C’est fini

Dernière journée de travail chez mon employeur : des réunions techniques quand même, puis il faut rendre son ordinateur, son téléphone et son badge, et c’est fini. Demain matin ma boîte email professionnelle sera clôturée. On ne perd pas de temps, les processus d’offboarding sont bien huilés désormais. En attendant on écluse quelques bières au bistrot portugais du coin de la rue avec quelques potes et puis c’est fini.

Bacon en toutes lettres

In Memory of George Dyer (1971)

Exposition dédiée à Francis Bacon (1909-1992) au centre Pompidou de Paris : peinture mêlée aux lettres, des petites salles sonorisées disent des textes d’Eschyle, Nietzsche, Bataille, Leiris, Conrad et Eliot, écrivains ayant inspirés le peintre qui était un grand lecteur. On ne trouve pas de lien direct évident entre les œuvres peintes et écrites sinon une folie un peu morbide et effrayante des deux côtés.

Les œuvres exposées sont celles peintes entre 1971 et le décès de l’artiste britannique. Elles sont parfois de grande taille, souvent en triptyque, toujours avec un fond de couleur chatoyante et le personnage central dans les beiges-marrons. Les formes sont celles si typiques de Francis Bacon, dégoulinantes, désarticulées, monstrueuses. Rien n’est droit, tout est mouvant, c’est la réalité telle que l’artiste la voyait. Certaines toiles sont dédiées à George Dyer, son modèle et amant qui se suicidera (drogue et alcool) en 1971 à Paris à la veille d’une rétrospective au Grand Palais. Elles ne sont pas plus perturbantes que les autres.

Tout s’effondre dans cette vision du monde tellement particulière. Le texte de Conrad présenté dans l’une des salles est celui si célèbre repris par Marlon Brando dans Apocalypse Now se terminant par ce mot répété deux fois dans un souffle : « L’horreur ! L’horreur ! ». C’est un peu le fil rouge de la création de cet artiste, on éprouve de la fascination voyeuriste devant ces images de dévastation qui hante Francis Bacon : que peut-il se passer dans l’âme d’un créateur pour produire de telles œuvres ?

Le texte d’Eschyle est lui aussi évocateur :

J’entre au fond du sanctuaire, couvert d’offrandes, et je vois près de l’ombilic un homme souillé de sacrilège assis en suppliant, qui serre dans ses mains dégoutantes de sang une épée fraichement tirée et un long rameau d’olivier soigneusement enveloppé de bandelettes, ou pour mieux dire comme une éclatante toison.

Eschyle, « Les Euménides »

On découvre par ailleurs l’amitié inattendue de Bacon avec Michel Leiris (1901-1990), écrivain-poète et ethnologue français. Inattendue tant ces deux personnages paraissaient peu assortis. Le second a fait connaître le premier en France à la fin des années 60’ qui lui a aussi inspiré des textes. Leiris a aussi préfacé la majorité des catalogues de Bacon. Les deux artistes vont s’inspirer et se stimuler l’un l’autre au long de ces années de fréquentation. Des portraits de Leiris sont présentés dans l’exposition.

On ne mettrait sans doute pas les tableaux de Bacon dans son salon sous peine de sérieusement perturber l’atmosphère, mais cette exposition rend un bel hommage à cet artiste important du XXème siècle.

Il fait chaud dans le golfe persique

Un championnat du monde d’athlétisme se déroule actuellement au Qatar. Les sportifs qui y concourent se plaignent de… la chaleur. Un stade est climatisé mais les épreuves qui se déroulent en dehors de celui-ci. Il fait effectivement plus de 40° la nuit avec un taux d’humidité de 70%. Ce qui est étonnant est que les autorités sportives responsables de l’organisation de tels évènements n’anticipent pas que dans le golfe persique… il fait chaud, même la nuit, même à l’automne !

Les footeux ont mis quelques années à se rendre compte qu’une coupe du monde de fouteballe organisée également au Qatar en 2022 en été est annonciatrice de grosse chaleur… Dans un grand accès de clairvoyance il a finalement été décidé de déplacer cette compétition d’été en hiver.

Il faudrait sans doute prévoir une petite formation aux bases de la météorologie pour les patrons de fédérations sportives. En attendant les sportifs se plaignent et le stade de Doha où de déroule la compétition d’athlétisme est plutôt déserté par les spectateurs.

C’est un peu trop

Jacques Chirac, politicien français longue durée, ancien président de la République, est mort cette semaine à 86 ans. Il était sévèrement malade depuis plusieurs années et sa fin avait déjà été annoncée prématurément en 2016 par l’ineffable Christine Boutin :

Tweet du 21/09/2016

Comme à chaque disparition d’un président de la République, la France entière se recueille devant le souvenir d’un de ceux qui l’a dirigée. Les chaînes de médias d’information affichent leurs logos « édition spéciale » et glosent jusqu’à l’écœurement sur les grands moments et la petite histoire du disparu. Mme. Michu pleurniche devant les caméras, oubliant qu’elle a voté Mitterrand en 1981. Les stades de fouteballe respectent une minute de silence. La mise en scène est de rigueur. Ce sont les règles de la communication de masse.

En l’occurrence le coté simple de Chirac est loué par tous, sa maladie neurodégénérative ainsi que le handicap de sa fille qui s’est suicidée il y a quelques années emportent l’affection des citoyens, même ceux qui se sont opposés à lui. Quelques convictions rivées à l’âme, d’autres beaucoup plus mouvantes, ont marqué une carrière politique qui aura plus brillé par sa longueur que par son brio. L’heure est au recueillement et à la nostalgie. On dirait que les français apprécient ces évènements morbides pour se réunir. En tout cas c’est aussi un passage obligé pour le président en titre de prononcer un hommage télévisé en l’honneur d’un de ses prédécesseurs décédés. Chirac lui-même avait marqué les esprits en 1996 par son beau discours à l’occasion de la mort de François Mitterrand. Macron s’est acquitté de cette tâche, plutôt bien, jeudi dernier.

En vérité, Jacques Chirac fut un garçon sympatoche, un politicien madré, un homme du XXème siècle, auteur de certaines fulgurances en politique internationale (les guerres en ex-Yougoslavie ou en Irak, l’écologie) et de beaucoup d’immobilisme dans le domaine national. Ce légitime hommage unanime sur sa personnalité est de circonstance, l’heure du bilan politique viendra plus tard. Il se dit que Chirac préférait les vins d’honneur au Café du commerce aux cérémonies officielles sous les dorures des palais de la République. Là où il se trouve, il pense peut-être que la France en fait un peu trop…

Notons qu’à cette heure Christine Boutin n’a pas twitté sur cette disparition mais s’est contentée de retwitter une annonce du site https://twitter.com/InfosFrancaises.

Un adieu affectueux et rock

Vingt années se terminent au cœur d’un mastodonte du CAC40 avec une belle photo de Keith Richards offerte par mes collègues reconnaissants qui ne pouvaient mieux tomber :

après avoir passé plusieurs années avec une photo de Mick Jagger accrochée à la paroi de mon bureau du temps où nous avions des places attribuées :

It’s only Rock’n’Roll, but I like it.

Le système des retraites selon la CGT

Philippe Martinez, chef du syndicat CGT explique ce matin sur France Culture sa vision du système de retraites que l’on peut résumer ainsi :

  • Rejet total du projet actuel de réforme proposée par le pouvoir en place établissant, notamment, une retraite universelle dite « à points » et la suppression des régime spéciaux.
  • Elargissement des domaines d’application des « régimes spéciaux » plus favorables que le régime général.
  • Retour à la retraite à 60 ans pour tous, sauf ceux qui bénéficient déjà d’un âge de départ inférieur à 60 ans et qui doivent le conserver.
  • Que les opposants aux régimes spéciaux viennent se lever tous les jours à 3 heures du matin pour conduire un bus à Saint-Denis et on les réinterrogera ensuite sur ce qu’ils pensent de ces traitements plus favorables.
  • Et pour le financement : instauration d’une taxe de 50% sur les dividendes versés aux capitalistes du CAC40 et l’on pourra même financer au-delà des régimes de retraite.

Tout est dit ! Il suffit maintenant de trouver une majorité de parlementaires pour voter pour une réforme allant dans le sens de ces propositions. Si on ne peut rassembler une telle majorité, eh-bien c’est une autre réforme qui sera votée. Ainsi va la démocratie.

Le Grenelle des tics verbaux

On ne dit plus une « réunion sur les violences conjugales » mais le « Grenelle sur les violences conjugales ».

Le terme « Grenelle » fait référence à la réunion qui eut lieu au ministère du travail rue de Grenelle à Paris en 1968 entre les syndicats ouvriers et patronats, et le gouvernement pour mettre fin aux émeutes de cette année 1968. Désormais, chaque fois qu’un grand raout politico-social est organisé on parle de « Grenelle de ceci ou de cela » : le Grenelle de l’environnement en 2007, le Grenelle des violences conjugales cette année, etc.

Cela pose son homme de se référer à Grenelle. Cela fait sans doute aussi plus cultivé ! C’est le propre du tic verbal de remplacer un mot par un autre, sans véritable rationnel autre que « c’est plus joli ».

Dugain Marc, ‘Ils vont tuer Robert Kennedy’.

Sortie : 2017, Chez : folio 6635

Marc Dugain continue à mettre à contribution son imagination fertile au service des grands évènements et personnages de notre XXème siècle occidental. Avec un talent particulier il mêle réalité et fiction et convoque les Etats-Unis d’Amérique des années post-2ème guerre mondiale en plein conflit de puissance avec l’Union soviétique. Alors repassent dans ses romans « documentaires » tous les combats d’une époque qui n’en fut pas avare.

On suit ici la famille Kennedy en pleine tourmente politico-morale, les relations douteuses entre mafia, rebelles cubains et pouvoir politique, les projets des services secrets en quête d’innovations diverses pour gagner la guerre froide contre l’ours soviétique, et une famille canadienne sans doute mêlée à ces projets pour mettre la psychologie au service de ce combat !

Mais finalement, tout ceci a-t-il existé ou n’est-ce que le fruit de la paranoïa du personnage principal ? Le lecteur tirera sa propre conclusion de ce roman haletant. Ce qui est sûr est que John et Robert Kennedy ont été assassinés dans ce pays à la violence endémique.

L’inde : sa citoyenneté, son immigration et ses religions

L’Inde est, comme beaucoup d’autres pays, soumise à des tiraillements identitaires et religieux. L’Histoire n’est jamais loin dans cette ancienne colonie britannique dont la partition qui avait suivi l’indépendance en 1947 après la seconde guerre mondiale était destinée à faire un pays musulman, le Pakistan, et un pays hindouiste, l’Inde. Cette séparation s’était déroulée dans une grande violence et avait fait des centaines de milliers de morts. Evidement cette illusoire répartition basée sur la religion n’a pas été hermétique et chemin faisant les populations se sont mélangées au fur et à mesure des guerres, des catastrophes naturelles, de la mauvaise gouvernance… alors aujourd’hui le président de cette vaste nation, Narendra Modi, que l’on qualifierait de « populiste » dans notre vieille Europe a lancé un recensement dans la province de l’Assam, frontalière du Bangladesh (ex-Pakistan oriental érigé en pays souverain de religion également musulmane en 1971) destiné à identifier et, sans doute, expulser des résidents « illégaux ». Au terme de ce recensement, près de deux millions de personnes se sont vues privées de leur nationalité indienne. La notion de religion n’entrait théoriquement pas dans les critères mais on peut craindre qu’elle ne fût quand même considérée compte tenu du projet Modi de reconstituer une « nation hindoue » !

A priori l’analyse des dossiers se basait sur l’antériorité de leur présence sur le sol indien, état de fait qu’il était souvent extrêmement délicat à documenter dans un pays où l’administration est peu efficace. Alors personne n’est content : des données ont été manipulées, le fait du prince a souvent été appliqué quelques soient les documents justificatifs produits, des indiens dits « authentiques » ont été déchus, le parti au pouvoir de M. Modi claironnait qu’au moins 5 millions de personnes devaient être concernées par ce recensement qui n’a finalement identifié que 2 millions « d’outsiders » comme on les appelle. Aujourd’hui personne ne sait bien ce que vont devenir ces 2 millions de déchus devenus apatrides.

Comme à chaque fois qu’un Etat commence à jouer sur les notions d’identité, d’origine, de pureté… les résultats peuvent être imprévisibles et risquent d’être nauséabonds. En Occident il existe souvent des lois empêchant un Etat de rendre apatrides ses propres citoyens. L’Inde n’a pas ce genre de prévenances et va devoir maintenant régler le « problème » de ces 2 millions de personnes déchues. Il est peu probable qu’elles puissent être déplacée vers le Bangladesh qui doit déjà accueillir les réfugiés Rohingyas expulsées du Myanmar (ex-Birmanie) à coups de pogroms, le plus souvent aussi car ils sont musulmans.

En France nous avons Eric Zemmour et sa théorie du « grand remplacement » qui favorisent les succès de l’extrême droite, en Inde il y a Narendra Modi et cela se termine par 2 millions d’apatrides. Dans les deux pays il y a des leaders d’opinion qui abaissent les débats et tiennent des propos de café du commerce pour s’attaquer à de vrais sujets qui troublent les populations. Dans les deux pays les solutions préconisées ne règlent pas les problèmes (que va faire l’Inde avec ses 2 millions d’apatrides ?). L’intelligence et le droit devraient rester les guides de toute réflexion dans le domaine de l’immigration et de la nationalité ; hélas ce sont plus souvent la haine et la beaufitude qui s’emparent du débat. Il faut sans doute remettre en cause la mondialisation et la liberté de circulation, ou tout du moins, gérer différemment ces concepts qui montrent leurs limites. Les « Eric Zemmour » aux petits pieds affolent Mme. Michu mais n’apportent pas pour le moment de solution viable. Voyons déjà comment l’Inde va se sortir de la situation actuelle dans l’Assam.

Les corses veulent exproprier les « étrangers »

Sur son site web www.corsicalibera.com le mouvement indépendantiste corse Corsica Libera dirigé par Jean-Guy Talamone-avec-un-i-muet revient sur son vieux projet de créer un statut de résident local qui réserverait l’accès à la propriété auxdits résidents. Une décision en ce sens a été prise par l’assemblée de Corse en 2014. Bien qu’évidemment inconstitutionnelle cette volonté locale est maintenant assortie d’une menace de procédures d’expropriation contre tous les acquéreurs « étrangers à la Corse » depuis le 24/04/2014, date de l’adoption de cette mesure.

Si jamais ces expropriations étaient légalement possibles, ce que l’on a tout de même du mal à imaginer, il faudrait garantir la réciprocité aux « résidents » corses en leur imposant les mêmes restrictions sur le territoire continental. Une fois encore, un peuple qui a élu une majorité de ses représentants votant ce genre de brûlots séparatistes mérite vraiment son indépendance.

Depuis des années, les acheteurs étrangers à la Corse font augmenter fortement les prix de l’immobilier et, ce faisant, empêchent les Corses, d’origine et d’adoption, d’acheter une maison ou un morceau de terrain dans leur village ou dans leur quartier.

C’est la raison pour laquelle l’Assemblée de Corse, sur la proposition des élus indépendantistes, a voté en 2014 une délibération relative au statut de résident.

Cette délibération n’a pas été, pour l’heure, validée par Paris, et elle n’a pas encore été introduite dans le droit positif. Toutefois, Corsica Libera, à l’origine de cette démarche, tient à affirmer que pour elle, cette délibération de l’Assemblée de Corse a toute sa légitimité politique. C’est pourquoi, les élus indépendantistes continueront, dans les mois et les années à venir, à se battre pour obtenir le respect du fait démocratique et l’application du statut de résident à partir de la date de délibération de l’Assemblée de Corse, soit le 24 avril 2014.

Aussi, Corsica Libera tient à informer les candidats-acheteurs étrangers à la Corse qu’ils s’apprêtent à la fois à faire une mauvaise action (en empêchant de jeunes Corses de devenir propriétaires dans leur pays) et une mauvaise affaire (en risquant fort d’être expropriés dans quelques années).

Il nous a semblé responsable et honnête de leur donner largement cette information, au moment où de nombreuses agences immobilières étrangères conseillent – notamment sur internet – d’effectuer un achat immobilier en Corse.

En fait, un bien mauvais conseil pour un bien mauvais investissement.

Il y a seulement 5 ans, la plupart des observateurs estimaient que ce statut de résident ne serait jamais demandé officiellement par les institutions corses « légales ». Pourtant, le 24 avril 2014, l’Assemblée de Corse l’a fait à travers un vote acquis à une large majorité. Observons que ce vote a eu lieu avant même la victoire électorale des nationalistes et que c’est une majorité de gauche « traditionnelle » qui l’a permis.

En décembre 2015, une liste d’union entre les autonomistes et les indépendantistes remportait les élections. Les indépendantistes participent pleinement à présent au gouvernement de la Corse et un indépendantiste préside l’Assemblée de Corse.

Aussi, la mise en œuvre des orientations politiques défendues par les indépendantistes sera très probablement à l’ordre du jour dans les mois et les années qui viennent.

Afin que chacun sache à quoi s’en tenir, nous tenons à apporter les précisions suivantes.

Certes, sur le plan juridique, le statut de résident (5 ans de résidence à titre permanent dans l’île pour pouvoir acheter un bien immobilier, sauf pour les Corses de la diaspora) ne s’applique pas à l’heure actuelle.

Mais nous tenons à dire que pour notre part, nous considérons que la décision de l’Assemblée de Corse est parfaitement légitime politiquement. Aussi, ceux qui ont acquis depuis ce vote un bien immobilier dans l’île ou ceux qui comptent le faire dans les temps à venir, violent délibérément la volonté exprimée démocratiquement par les institutions corses.

Nous tenons donc à prévenir les candidats acheteurs que nous engagerons dès que nous en aurons la possibilité une démarche d’expropriation de tous les biens immobiliers acquis en Corse depuis le 24 avril 2014 par des personnes physiques ou morales ne remplissant pas les conditions posées par la délibération de l’Assemblée de Corse.

Nous demandons à l’ensemble des professionnels intervenant dans le secteur de l’immobilier (notaires et agents immobiliers, notamment) d’informer les candidats acheteurs non résidents du caractère extrêmement risqué de l’acquisition projetée, et ce conformément à leur devoir de conseil.

Quant à nous, nous prévenons solennellement les acheteurs étrangers à la Corse: n’écoutez pas ceux qui vous disent que l’acquisition est sûre en l’état du cadre légal actuel. Car compte tenu des évolutions politiques enregistrées en Corse ces dernières années, il est probable que ce cadre juridique sera considérablement modifié dans les mois et les années à venir. Pour notre part, nous ferons tout pour remettre en question l’ensemble des acquisitions postérieures au 24 avril 2014.

Rappelons pour finir que cet avertissement n’émane pas d’un mouvement politique d’opposition mais de l’une des deux composantes de l’actuelle majorité corse.

www.corsicalibera.com

Les doigts dans le pot de confiture !

Une polémique franchouillardo-culturo-germanopratine souffle sur la rive gauche : Yann Moix, écrivain de plateaux télévisés voit sortir de derrière les fagots des écrits et dessins antisémites qu’il a commis il y a de nombreuses années. D’abord dans le déni, il admit ensuite ces dérives expliquant qu’il a depuis vécu un long chemin de croix pour purger ces erreurs. L’auteur brillant plus ces derniers temps par ses apparitions polémiques dans les médias que par sa création littéraire, ces saillies racistes lui sont renvoyées en boomerang dans les leçons de morale qu’il a un peu trop pris l’habitude de déclamer sur les ondes.

C’est le risque, quand on est à ce point fasciné par sa propre image que l’on en sature les médias (et les spectateurs), ceux qui brillent un peu moins ne vous ratent pas. Yann Moix en subit les effets qu’il aurait pu anticiper en manifestant moins d’autosatisfaction et un peu plus d’humilité.

Ainsi va la dure vie de Saint-Germain-des-Prés !

Mort de Ric Ocasek leader du groupe The Cars

Ric Ocasek, leader-compositeur-auteur-créateur-producteur-chanteur du groupe américain The Cars, peintre et poète à ses heures, est mort ce 15 septembre à un âge estimé à 75 ans. Dans les années 70/80 il a mené ce groupe new-wave qui est devenu une usine à tubes avec un musique dansante, simple, rythmée et agrémentée de petites ritournelles au clavier, un vrai bonheur. Grande bringue dégingandée, toujours affublé de lunettes sombres et de cheveux longs et noirs, il affirmait n’avoir jamais aimé les tournées, il était par contre devenu un producteur apprécié : les machines plutôt que le public. Adieu Ric !

La mère des réformes pour les retraites

Après plus d’une année de travail un « haut-commissaire à la réforme des retraites » a présenté un rapport en ce sens au premier ministre. Le document de 132 pages est assez facilement compréhensible par ceux qui prennent la peine de le lire et qui sont plutôt rares si l’on en juge par les réflexions et questions assénées au Café du commerce et sur les plateaux télévisés.

Le rapport prend acte que le système des retraites français date de 1945 et qu’il est nécessaire de le faire évoluer pour s’adapter à notre société du XXIème siècle. Il s’agit en gros de maintenir un système par répartition (les actifs payent pour les retraités) et qui tend à l’universel c’est-à-dire un système unique où chacun accumule des points durant sa vie active et se les voit restituer sous forme de rente lors de sa retraite. La valeur du point est la même pour tous. Les plus de 40 systèmes existant de retraites spécifiques devraient donc être fusionnés dans un seul avec des conditions de solidarité particulières pour la prise en compte des carrières différentes.

La rente versée à la retraite sera fonction du nombre de points acquis et… de la valeur de celui-ci. Alors évidement comme lors de toute réforme, il y aura des gagnants et des perdants. Ceux qui ont à perdre s’agitent et ceux qui vont gagner sont silencieux. C’est à qui défendra le mieux les intérêts particuliers de certains, l’intérêt général étant allègrement passé aux oubliettes. Les syndicats opposés et les journalistes mobilisent leurs troupes et s’égosillent en questionnant : « mais comment sera fixé la valeur du point ? Celle-ci peut-elle baisser ? ». Il suffit de lire le rapport, la réponse est claire :

La détermination de l’évolution des retraites. Si la règle de revalorisation par défaut sera l’inflation, le Conseil d’administration aura la possibilité de proposer une règle pluriannuelle de revalorisation des retraites. Le cas échéant, cette modalité d’évolution permettra, compte tenu des prévisions économiques réalisées, d’ajuster la revalorisation des retraites à la situation du pays, sans dépendre trop fortement des évolutions conjoncturelles du cycle économique.

La détermination de la revalorisation de la valeur du point. Si la règle de revalorisation par défaut tiendra compte de l’évolution du revenu moyen par tête (RMPT), le Conseil d’administration aura la possibilité de proposer une autre règle de revalorisation, au regard d’une analyse pluriannuelle de la situation du système.

La détermination de l’évolution de l’âge du taux plein par génération. Si la règle par défaut consistera à s’assurer que les éventuels gains d’espérance de vie soient partagés à 2/3 pour l’allongement de la durée de vie en activité et à 1/3 pour l’allongement de la durée de vie en retraite, le Conseil d’administration pourra proposer de moduler cet âge par génération. Pour ce faire, il tiendra compte des évolutions de gains d’espérance de vie constatées au sein de la population française.

Tout est dit, le point évoluera comme l’inflation sauf… lorsqu’il évoluera différemment. Il pourra effectivement baisser ou augmenter en fonction de l’équilibre financier à long terme du système. C’est déjà le cas aujourd’hui où l’on joue à chaque réforme (tous les 4 ou 5 ans) sur les paramètres habituels : âge légal de départ, durée de cotisation et revalorisation (ou gel) des rentes. La proposition sur la table est de faire la même chose de façon plus transparente. Nous verrons ce que sera la loi finale mais les grands principes du rapport vont dans le bon sens.

Indiscipline, reniement et nombrilisme

C’est l’histoire des trois candidats à la candidature à la mairie de Paris sous la bannière du parti au pouvoir La République en Marche (LREM) avant l’été. Tous ont juré amour, soutien et fidélité à celui d’entre eux qui serait désigné vainqueur de cette élection primaire. Evidemment, ni une ni deux, l’un des perdants vient d’annoncer qu’il maintenait sa candidature contre vents et marées. Il y a donc deux candidats pour la même élection municipale issus du même parti, ce qui n’est pas un gage de succès dans les règles électorales de la Vème République ! On peut imaginer qu’un des deux va se retirer, si ce n’est pour le deuxième tour, sinon avant le premier, pour éviter un naufrage de LREM, mais on reste étonnés devant un tel manque à la parole donnée, qui plus est en public.

Ainsi va notre époque, ce que l’on a pu dire ou signer ne compte guère trois jours après. L’honneur est remplacé par la félonie, comment imaginer que de telles pratiques menées sous les ors de la République inspirent autre chose dans les familles, les banlieues ou au bistrot ?

Malgré tout, après trois mandats socialistes successifs à la tête de la mairie de Paris, il est probable que les électeurs parisiens voudront voter pour un peu d’alternance. C’est ce qui risque de sauver LREM malgré les comportements infamants de ses membres qui prétendent aux fonctions les plus hautes. Triste époque.

Des dirigeants de rencontre qui jouent avec leurs institutions

L’Italie était dirigée jusqu’à ces jours derniers par une improbable alliance entre l’extrême droite et un parti populiste. Le ministre de l’intérieur (issu des rangs extrême-droite) passant plus te temps sur Twitter et Facebook qu’à son bureau claironnait partout en permanence que l’étranger était responsable de tous les malheurs de l’Italie : les immigrés bien entendu mais aussi l’Europe supranationale qui empêchait ce beau pays de se développer comme il le voulait !

Aucun de ces deux courants n’ayant une majorité suffisante pour gouverner seul, ils conclurent une alliance qui n’aura duré qu’un peu plus d’une année. Le ministre de l’intérieur dont le poids politique en faisait un premier ministre bis a rompu l’alliance, voulant ainsi forcer une élection parlementaire anticipée qu’il pensait pouvoir gagner et ainsi être mis en position de gouverner seul.

Il n’y a finalement pas eu besoin d’organiser d’élection car le parti populiste a pu passer une alliance avec un parti centriste et aboutir à un nouvel accord de gouvernement. L’aboyeur d’extrême droite s’est ainsi retrouvé le bec dans l’eau et sorti du gouvernement. Il n’est pas dit qu’il n’y reviendra pas si cette nouvelle et fragile alliance échoue encore, mais il est au moins mis sur le bas-côté pour quelques temps. C’est la vieille histoire de l’arroseur arrosé !

Elle montre que, souvent, quand des dirigeants ambitieux pour eux-mêmes veulent jouer avec les institutions de nos vieilles démocraties, ils ne sont pas toujours gagnants. La solidité éprouvée de celles-ci est parfois la plus forte. On se souvient à ce sujet de l’incroyable dissolution de l’assemblée nationale à laquelle Jacques Chirac a procédé en 1997 et qui s’est terminée par… cinq années de gouvernement socialiste, période plutôt heureuse de la vie politique et économique dont finalement, et c’est le comble, Chirac fut crédité.

Des dirigeants sérieux et responsables vont au bout des mandats qui leur sont confiés par leurs électeurs. Ce ne fut pas le cas de Chirac en France, de Salvini en Italie ou de Netanyahou en Israël, ex-premier ministre qui se retrouve actuellement minoritaire après avoir provoqué des élections anticipées dans ce pays et va devoir sans doute composer avec des partis encore plus différents du sien que ceux avec lesquels il n’a pas su s’entendre.

Dans ces cas, les institutions ont été les plus fortes mais combien de temps le resteront-elles devant les coups de boutoir de dirigeants de rencontre plus préoccupés par leurs carrières que par l’intérêt général et le respect de leurs engagements ?

La situation britannique devient risible

Après l’échec assumée par l’ancienne première ministre britannique de conclure un accord de brexit modéré, son successeur est en train d’échouer à obtenir un brexit dur, c’est-à-dire sans accord avec l’Union européenne sur les conditions du divorce. Ce qui est inattendu dans cette affaire est que le blocage relève en fait du parlement : les députés votent « Non » à tous et ne proposent rien en contrepartie. Ils ne veulent pas de sortie sans accord, ils n’ont pas voulu de l’accord proposé et ils veulent empêcher l’actuel premier ministre de mener sa barque seul car celui-ci a promis de réaliser ce fameux brexit au plus tard au 31 octobre coûte que coûte !

Aucun parti au parlement ne veut compromettre, personne ne lâche le morceau, chacun est persuadé de son bon droit et tout ceci produit une irresponsabilité collective à laquelle la démocratie britannique ne nous avait pas habitués. Après avoir essayé sans succès la méthode douce il n’est pas illégitime de passer à un processus plus énergique puisqu’il faudra bien que le Royaume Uni quitte l’Europe qu’il n’a d’ailleurs jamais vraiment intégrée. Alors que le nouveau premier ministre claironne qu’il réalisera cette évacuation avec ou sans accord est plutôt logique. Pourquoi diable des députés immobiles, effrayés par l’inconnu, paniqués par leurs ombres, inconscients de leur inertie, voudraient l’en empêcher. Tout le monde a peur, sauf Boris Johnson le ministre premier tonitruant. Il va bien falloir y arriver pourtant.

Pour le moment la situation est de nouveau bloquée : un dirigeant bouffon est empêché par des parlementaires incompétents d’appliquer une décision populaire, acquise après une campagne de Café du commerce, et dont personne n’est capable d’anticiper les conséquences, grandioses ou dévastatrices. On est à la limite du coup d’Etat constitutionnel : va-t-il oser ?

Emotions diverses pour Hong Kong

L’ancienne colonie britannique de Hong Kong que Londres a rendue à la Chine en 1997, son continent de rattachement naturel et historique, s’agite devant la reprise de contrôle progressive de Pékin. En fait, la Chine prend juste un peu d’avance sur les accords de rétrocession qui prévoyaient un régime spécifique jusqu’en 2047, sur les plans démocratiques et économiques. Sans doute peu de gens pensaient que Pékin attendrait sagement jusqu’à la date fatidique pour aligner Hong Kong sur le reste du pays. C’est ce qui est train de se passer et bien sûr les citoyens du territoire vivent mal de voir leurs libertés démocratiques fondre progressivement.

C’était malheureusement écrit et on peut penser que Pékin gardera ce qu’il faut de liberté à Hong Kong pour ne pas tuer la poule aux œufs d’or tant qu’elle lui est encore utile, mais ce temps va en se raccourcissant au fur et à mesure que s’accroit la puissance du continent. Alors l’Occident écrase quelques larmes de crocodile mais qui envisage d’autres réactions que quelques protestations polies, et encore ?

Personne n’a eu envie de se battre contre Moscou après l’annexion des territoires géorgiens en 2008 ou de l’Ukraine en 2013, personne ne s’est ému bien longtemps lorsque Hanoi s’est assis sur les accords de Paris signés en 1975 avec les Etats-Unis d’Amérique pour reprendre par les armes le Viêt Nam dit « du Sud », ou qu’Alger en 1962 ait massacré les « harkis » après l’indépendance.

Ainsi va le cours tragique de l’Histoire, la lutte inégale des Empires ! Il faut juste avoir la chance de naître au bon endroit au bon moment.

Sally Man au musée du Jeu de Paume

Sally Man (née en 1951) est une photographe américaine née en Virginie dont l’œuvre est hantée par l’Histoire tragique de son pays, de la guerre de sécession à l’esclavage en passant par l’émancipation des populations noires au XXème siècle. L’Etat de Virginie où elle est née fut pionnier de l’indépendance américaine au XVIIIème mais également, plus tard, un Etat confédéré au XIXème, partisan de l’esclavagisme et qui abrita même à Richmond la capitale des Confédérés.

La photographe est partie sur les traces des champs de bataille de la guerre civile en prenant des photos en noir-et-blanc, étranges saisies avec un procédé particulier dit « collodion » donnant un rendu imparfait, très sombre et un peu flou, laissant le spectateur composer lui-même ce qu’il veut voir derrière le tirage.

Une série très émouvante est également consacrée à « Gee-Gee », la nounou noire de la famille, qui a élevé Sally, puis ses enfants, prodiguant à ces deux générations un extraordinaire amour maternel. Ces photos, ainsi qu’une vidéo de commentaires, marquent les ambiguïtés de ces familles américaines pour l’émancipation des populations afro-américaines mais continuant à employer des nounous issues de celles-ci. Sur la vidéo les petites-filles de Gee-Gee racontent à Sally comment leur grand-mère partageait sa vie entre les Man à qui elle vouait un véritable amour, et sa vraie famille. Tout était doublé comme ces deux Noëls qu’elle fêtait pour partager avec ses deux « familles », ou le mariage de sa petite-fille qu’il fallut organiser à 7h du matin car se déroulant le même jour que celui de Sally à midi et que Gee-Gee n’aurait manqué pour rien au monde.

La série sur sa famille est encore plus touchante et lui fut d’ailleurs reprochée tant les corps de ses trois enfants, souvent nus, sont mis en scène. Toutes ces photos sont prises au cœur une nature profonde et foisonnante, en noir-et-blanc pour la plupart, montrant le temps qui passe inexorablement en tuant cette innocence rendue de façon si bouleversante dans ces clichés. La mort est au bout du chemin, une photo de son mari atteint d’une maladie musculaire dégénérative nous le rappelle, son fils Emmet s’est donné la mort récemment pour en finir avec la schizophrénie dont il souffrait (cet évènement n’est pas abordé dans l’exposition), mais la fin n’est qu’évoquée à travers cette profonde méditation dans laquelle nous plonge l’œuvre de cette photographe d’exception.