Le Grenelle des tics verbaux

On ne dit plus une « réunion sur les violences conjugales » mais le « Grenelle sur les violences conjugales ».

Le terme « Grenelle » fait référence à la réunion qui eut lieu au ministère du travail rue de Grenelle à Paris en 1968 entre les syndicats ouvriers et patronats, et le gouvernement pour mettre fin aux émeutes de cette année 1968. Désormais, chaque fois qu’un grand raout politico-social est organisé on parle de « Grenelle de ceci ou de cela » : le Grenelle de l’environnement en 2007, le Grenelle des violences conjugales cette année, etc.

Cela pose son homme de se référer à Grenelle. Cela fait sans doute aussi plus cultivé ! C’est le propre du tic verbal de remplacer un mot par un autre, sans véritable rationnel autre que « c’est plus joli ».

Dugain Marc, ‘Ils vont tuer Robert Kennedy’.

Sortie : 2017, Chez : folio 6635

Marc Dugain continue à mettre à contribution son imagination fertile au service des grands évènements et personnages de notre XXème siècle occidental. Avec un talent particulier il mêle réalité et fiction et convoque les Etats-Unis d’Amérique des années post-2ème guerre mondiale en plein conflit de puissance avec l’Union soviétique. Alors repassent dans ses romans « documentaires » tous les combats d’une époque qui n’en fut pas avare.

On suit ici la famille Kennedy en pleine tourmente politico-morale, les relations douteuses entre mafia, rebelles cubains et pouvoir politique, les projets des services secrets en quête d’innovations diverses pour gagner la guerre froide contre l’ours soviétique, et une famille canadienne sans doute mêlée à ces projets pour mettre la psychologie au service de ce combat !

Mais finalement, tout ceci a-t-il existé ou n’est-ce que le fruit de la paranoïa du personnage principal ? Le lecteur tirera sa propre conclusion de ce roman haletant. Ce qui est sûr est que John et Robert Kennedy ont été assassinés dans ce pays à la violence endémique.

L’inde : sa citoyenneté, son immigration et ses religions

L’Inde est, comme beaucoup d’autres pays, soumise à des tiraillements identitaires et religieux. L’Histoire n’est jamais loin dans cette ancienne colonie britannique dont la partition qui avait suivi l’indépendance en 1947 après la seconde guerre mondiale était destinée à faire un pays musulman, le Pakistan, et un pays hindouiste, l’Inde. Cette séparation s’était déroulée dans une grande violence et avait fait des centaines de milliers de morts. Evidement cette illusoire répartition basée sur la religion n’a pas été hermétique et chemin faisant les populations se sont mélangées au fur et à mesure des guerres, des catastrophes naturelles, de la mauvaise gouvernance… alors aujourd’hui le président de cette vaste nation, Narendra Modi, que l’on qualifierait de « populiste » dans notre vieille Europe a lancé un recensement dans la province de l’Assam, frontalière du Bangladesh (ex-Pakistan oriental érigé en pays souverain de religion également musulmane en 1971) destiné à identifier et, sans doute, expulser des résidents « illégaux ». Au terme de ce recensement, près de deux millions de personnes se sont vues privées de leur nationalité indienne. La notion de religion n’entrait théoriquement pas dans les critères mais on peut craindre qu’elle ne fût quand même considérée compte tenu du projet Modi de reconstituer une « nation hindoue » !

A priori l’analyse des dossiers se basait sur l’antériorité de leur présence sur le sol indien, état de fait qu’il était souvent extrêmement délicat à documenter dans un pays où l’administration est peu efficace. Alors personne n’est content : des données ont été manipulées, le fait du prince a souvent été appliqué quelques soient les documents justificatifs produits, des indiens dits « authentiques » ont été déchus, le parti au pouvoir de M. Modi claironnait qu’au moins 5 millions de personnes devaient être concernées par ce recensement qui n’a finalement identifié que 2 millions « d’outsiders » comme on les appelle. Aujourd’hui personne ne sait bien ce que vont devenir ces 2 millions de déchus devenus apatrides.

Comme à chaque fois qu’un Etat commence à jouer sur les notions d’identité, d’origine, de pureté… les résultats peuvent être imprévisibles et risquent d’être nauséabonds. En Occident il existe souvent des lois empêchant un Etat de rendre apatrides ses propres citoyens. L’Inde n’a pas ce genre de prévenances et va devoir maintenant régler le « problème » de ces 2 millions de personnes déchues. Il est peu probable qu’elles puissent être déplacée vers le Bangladesh qui doit déjà accueillir les réfugiés Rohingyas expulsées du Myanmar (ex-Birmanie) à coups de pogroms, le plus souvent aussi car ils sont musulmans.

En France nous avons Eric Zemmour et sa théorie du « grand remplacement » qui favorisent les succès de l’extrême droite, en Inde il y a Narendra Modi et cela se termine par 2 millions d’apatrides. Dans les deux pays il y a des leaders d’opinion qui abaissent les débats et tiennent des propos de café du commerce pour s’attaquer à de vrais sujets qui troublent les populations. Dans les deux pays les solutions préconisées ne règlent pas les problèmes (que va faire l’Inde avec ses 2 millions d’apatrides ?). L’intelligence et le droit devraient rester les guides de toute réflexion dans le domaine de l’immigration et de la nationalité ; hélas ce sont plus souvent la haine et la beaufitude qui s’emparent du débat. Il faut sans doute remettre en cause la mondialisation et la liberté de circulation, ou tout du moins, gérer différemment ces concepts qui montrent leurs limites. Les « Eric Zemmour » aux petits pieds affolent Mme. Michu mais n’apportent pas pour le moment de solution viable. Voyons déjà comment l’Inde va se sortir de la situation actuelle dans l’Assam.