WEST Morris, ‘L’ambassadeur’.

Sortie : 1965, Chez : Librairie Plon.

L’histoire à peine romancée d’un ambassadeur des Etats-Unis au Vietnam à l’époque du président Diem (chrétien, il porte le nom de Cung dans le roman) que ses généraux (bouddhistes), appuyés semble-t-il par les forces américaines obscures, vont déposer et tuer. Il sera remplacé par une junte militaire qui n’évitera pas la reconquête du Vietnam du Sud par les troupes communistes du Nord, ni la retraite politique et militaire américaine. L’ambassadeur ainsi peint est Henry Cabot Lodge.

Outre les sales histoires de barbouzes et de supplétifs, inévitables dans ce genre de situation néocoloniale, M. West dresse la tableau des états d’âme d’un diplomate poussé à recommander et appliquer des solutions politiques avec lesquelles il n’est pas forcément d’accord et qui peuvent déclencher des cataclysmes et des morts. On peut imaginer que, comme dans le roman, la main de M. Cabot Lodge ait tremblé au moment de prendre les décisions, ou peut-être pas…

En quelques chapitres bien sentis il ébauche aussi l’impossible réconciliation entre l’Orient et l’Occident et l’inanité à vouloir imposer de l’extérieur des principes et des stratégies à des peuples qui n’en veulent pas, ou qui ne les comprennent pas forcément.

Diem a été assassiné en 1963, le roman a été publié en 1965, évidemment le lecteur d’aujourd’hui connaît la suite de l’histoire qui ne fut pas en faveur des Etats-Unis obligés de se retirer du pays en 1973 après y avoir laissé 50 000 morts dans une guerre qui en fit probablement 1,5 millions chez les vietnamiens. La partition du pays en Nord communiste et Sud libéral ne tint que jusqu’en 1975 date à laquelle le Vietnam fut réunifié par la force sous la bannière communiste.

Malgré tout, l’engagement occidental (majoritairement américain) a endigué la progression du communisme en Asie, puis, plus tard, sur le reste de la planète. Quelque-part, dans les coulisses du pouvoir américain, des présidents se sont succédés à la Maison-Blanche et ont décidé ce que devait être la raison d’Etat, même au prix de guerres dévastatrices. Aujourd’hui, le Vietnam et la Chine n’ont plus de communiste que le patronyme de leur parti unique. De façon inattendue, la retraite politique et militaire des Etats-Unis n’a pas empêché les pays vainqueurs, le Vietnam mais aussi la Chine et la Russie, d’adopter rapidement et sans vergogne les grandes lignes du système capitaliste mais sous leur propre souveraineté. C’est la morale de cette triste histoire.

Un chef terroriste-religieux tué en Syrie par l’armée américaine

Honoré (Charlie Hebdo – 2015)

Les Etats-Unis, par la voix de leur président ont annoncé avoir tué le chef du groupe terroriste Etat islamique M. Al Bagdhadi, calife auto-proclamé de ce proto-état, au nord-est de la Syrie où il se cachait. L’information reste à être documentée mais elle est probablement vraie. L’évènement est de taille compte tenu de la responsabilité de l’impétrant mais ne va sans doute pas changer la diffusion de l’idéologie religieuse mortifère de ce groupe.

M. Ben Laden chef du groupe Al Qaïda fut un précurseur dans les meurtres de masse avec le premier attentat « mondialisé » en septembre 2001. Il a dirigé des avions de ligne qui se sont écrasés contre les tours jumelles à New-York et le pentagone à Washington, il y eut plus de 3 000 morts et la prise de conscience en occident de la puissance de ces mouvements religieux capables de susciter un tel acte qui a provoqué la sidération dans les pays occidentaux et, parfois, quelques soutiens dans certains pays orientaux. Ben Laden fut également tué par l’armée américaine en 2011.

Bagdhadi a surmonté Ben Laden au niveau de l’idéologie en réussissant à lancer ses troupes dans des actions d’une barbarie rarement égalée : égorgements de prisonniers, d’autres brûlés vifs, tortures diverses, attentats aveugles en Orient comme en Occident, rétablissement de l’esclavage (voir le sort des yézidis), négoce d’êtres humains (on vend les femmes), implication des enfants (les « lionceaux du califat ») dans des actions terroristes et même des meurtres ; toutes ces joyeusetés au nom de Dieu et en direct sur Youtube et les réseaux dits sociaux.

Bagdhadi a également « enrichi » le recrutement de son mouvement avec un flux significatif de terroristes venus des pays occidentaux pour participer, parfois de façon très active, à ces actions meurtrières mondialisées. La France n’est pas en reste dans l’alimentation de ces flux avec une population de jeunes issus de l’immigration, ressassant un mélange de frustrations en lien avec le racisme dont ils sont victimes, la colonisation affrontée par leurs ancêtres, la précarité de leurs situations économiques et la religion qui les anime, croyant se réaliser en allant en famille s’associer à un environnement religieux et terroriste. Encore plus étonnant, le groupe Etat islamique a su attirer dans ses rets des jeunes français de bonnes familles catholiques, pas particulièrement défavorisées, dont les enfants se sont convertis à l’islam puis ont émigré vers la Syrie ou l’Iraq, parfois avec femmes, enfants et parents. Ce fut un des grands « succès » de la stratégie de ce mouvement dont Bagdhadi fut le chef (le calife) et, sans doute, le guide.

Encore pire, Bagdhadi a inoculé de virus du terrorisme religieux au sein même des sociétés occidentales, d’où les attentats réguliers menés par ces fameuses « cellules dormantes » comme celui contre la préfecture de police de Paris au début du mois (5 morts dont le terroriste français). Et il y en aura sûrement d’autres.

Le groupe Etat islamique a été forcé de rendre les territoires en Syrie et en Iraq sur lesquels il régnait. Beaucoup de ses combattants sont morts. Les pays occidentaux doivent maintenant se dépatouiller avec leurs citoyens survivants et leurs familles qui, souvent, au moins pour les français, ont l’air de vouloir revenir en France ce qui ne déclenche pas vraiment l’enthousiasme ni des dirigeants ni de l’opinion publique.

La mort du « calife » est une victoire militaire des forces anti-Etat islamique mais qui ne va certainement pas stopper pour autant ce terrorisme religieux qui ronge le Proche et Moyen-Orient ainsi que les pays occidentaux. C’est un mouvement profondément ancré qui prendra des générations avant de s’arrêter. Le temps de faire comprendre à tous ces enfants perdus qu’ils ont aussi à gagner en investissant, non seulement dans le dogme, mais aussi dans la raison et l’intelligence…

HUREAUX Yanny, ‘Le pain de suie’.

Sortie : 1999, Chez : Editions Jean-Claude Lattès.

Inspiré de faits réels, ce roman raconte l’histoire d’une famille d’agriculteurs des Ardennes en 1915, alors que les « verts de gris », autrement dit l’armée allemande, occupent de nouveau ce territoire français. Après la guerre de 1870 et sa défaite de Sedan c’est la deuxième fois que le grand voisin prend ses aises dans l’Est de la France et cela fait un peu beaucoup pour le bon sens paysan de cette famille Titeux dans son hameau des Emouchet…

Les jeunes ont été mobilisés, il ne reste sur place que les seniors, les femmes et les enfants qui doivent continuer à faire tourner la ferme. Les allemands réquisitionnent à tour de bras : le matériel, les bêtes, les grains… et veulent « civiliser » ces paysans avec les lois de la « Grande Allemagne ». Il faut survivre. C’est alors que deux militaires français sont déposés par aéroplane derrière les lignes. Ils seront cachés par les Titeux qui les aideront dans leur mission d’espionnage. L’affaire se terminera mal pour le patriarche et sa fille Jeanne-Marie.

80 ans plus tard, le journal de cette dernière sera publié, y inclus les lettres écrites à son fiancé au front qui, lui, survivra au massacre de cette première guerre industrielle mondialisée. Ces lignes écrites par un journaliste-écrivain du cru sont émouvantes en ce qu’elles font partager la vie, les sentiments et les réactions de ces paysans du début du Xxème siècle confrontés, une nouvelle fois, à la barbarie européenne. Hélas, ce ne sera pas la dernière !

SEPULVEDA Luis, ‘Yacaré – Hot Line’.

Sortie : 1998, Chez : Editions Métailié.

Deux courtes nouvelles de l’écrivain chilien Luis Sepulveda qui a connu les geôles du régime Pinochet après une condamnation à 28 ans commuée en une peine d’exil suite à l’intervention de différentes organisations de défense des droits de l’Homme.

Depuis cette sombre période, Sepulveda a consacré son œuvre à ses combats pour la démocratie, l’écologie et les droits des populations d’origine indienne. Il est question de ces luttes dans ces deux nouvelles et le militantisme. L’une se déroule à Santiago dans une société post-Pinochet où une partie de la population n’a pas complètement tourné la page de l’ère Pinochet. L’autre se déroule à Milan et aborde le trafic d’animaux sauvages qui alimente la consommation occidentale en produits de luxe.

Plus que des nouvelles ce sont des fables, menées tambour battant par des personnages hauts en couleurs. Ou comment un écrivain de talent peut diffuser ses idées en quelques pages !

Jugement à l’emporte-pièce dans un dîner en ville

Entendu dans un dîner en ville :

– Le Monde est un journal « facho »

– Ah, mais lis-tu vraiment ce journal car si Le Monde est un journal « facho », La Cause du Peuple doit être « centre droit » alos ? Après, il y a des opinions qui sont exprimées dans ses colonnes par des intellectuels aux pensées et certitudes diverses mais la ligne éditoriale générale ne semble pas véritablement fasciste !

– As-tu vu l’actionnariat de ce journal ?

– Oui, ce sont à 75% des hommes d’affaires et le groupe espagnol Prisa avec un système compliqué de minorité de blocage donnée aux minoritaires, et notamment la société des rédacteurs, censée assurer leur indépendance vis-à-vis de l’actionnariat majoritaire.

– Eh bien ces hommes d’affaires capitalistes et mondialistes font diffuser leurs idées néfastes à travers le journal. Cela ne se voit pas ponctuellement mais se révèlera pernicieux à long terme.

– Les lecteurs n’acceptant pas de payer le vrai coût de production de leur quotidien, la presse fait maintenant appel à des capitalistes disposés à la financer. On ne peut pas complètement exclure qu’ils veuillent utiliser ces médias pour faire passer leurs idées, espérons qu’ils le font avec décence. Pour le moment, tant qu’il n’y a pas de journaux plus « fachos » que Le Monde sur le marché français, on peut sans doute estimer s’en tirer à bon compte.

RUSSIER Gabrièle, ‘Lettres de prison précédé de « Pour Gabrielle » par Raymond Jean’.

Sortie : 1970, Chez : Editions du Seuil

Peu de gens se souviennent, ou savent ce que fut, l’affaire Gabrielle Russier. Eventuellement certains on vu le président Pompidou sur des images d’archives citer partiellement un poème d’Eluard à la fin d’une conférence de presse alors qu’il était interrogé quelques jours après le suicide de Gabrielle Russier le 01/09/1969.

Gabrielle était une professeure agrégée de lettres, trentenaire, divorcée mère de deux enfants, qui vécut une histoire d’amour avec l’un de ses élèves, mineur. Bien que Mai-68 soit passé par là, la rigidité des mentalités est loin de s’être assouplie et les parents du jeune homme portent plainte. Gabrielle est emprisonnée deux fois pour quelques semaines à Marseille pour détournement de mineur. Elle est condamnée à un an de prison avec sursis mais le parquet fait appel. Ne comprenant son « crime », elle perd progressivement pieds, en prison puis en maison de repos. La dépression prend le dessus jusqu’à sa mort volontaire.

Le prologue écrit par l’un de ses professeurs d’université explique ce qui paraît incompréhensible aujourd’hui : l’empêchement d’une histoire d’amour par deux personnes consentantes. Après avoir relaté ce qui les a rapproché, les études de lettres, l’agrégation, il décrit très factuellement mais avec beaucoup de tristesse la lente descente aux enfers de Gabrielle dont l’issue était à craindre.

Les lettres publiées après sa mort montrent son courage pour essayer de s’en sortir, ce qu’elle doit aux siens, mais aussi la progression du désespoir. Ecrites de prison où d’une maison de repos, elles mêlent les soucis quotidiens échangés avec sa voisine qui s’occupait de ses deux enfants, son chat, sa voiture chez le garagiste… et l’incompréhension devant l’acharnement que la société déploie pour empêcher cet amour et briser sa personne.

De Christian, l’être aimé, on ne dit rien. Lui-même à sa majorité livrera une unique interview sur cet amour empêché, avant de replonger dans l’anonymat et ne pas en ressortir.

Cette histoire émut l’intelligentsia de l’époque et elle fut retracée, notamment, dans le film « Mourir d’aimer » (avec une bande originale signée Charles Aznavour) dans lequel Annie Girardot fit pleurer la France entière. Juste une histoire stupide et tragique !

Interview Pompidou (INA) : https://m.ina.fr/video/I00016723

La citation de Pompidou (auteur par ailleurs d’une anthologie de la poésie française) créa elle aussi la polémique car Eluard avait écrit ce poème en hommage aux femmes tondues en 1944/45 à la libération pour complaisance avec l’ennemi. L’assimilation de Gabrielle à ces victimes fut certes accrobatique, mais avec un peu d’imagination on peut sans difficulté en reporter toute l’émotion sur ce drame Russier. Le voici en entier :

COMPRENNE QUI VOUDRA

Comprenne qui voudra
Moi mon remords ce fut
La malheureuse qui resta
Sur le pavé
La victime raisonnable
À la robe déchirée
Au regard d’enfant perdue
Découronnée défigurée
Celle qui ressemble aux morts
Qui sont morts pour être aimés

Une fille faite pour un bouquet
Et couverte
Du noir crachat des ténèbres

Une fille galante
Comme une aurore de premier mai
La plus aimable bête

Souillée et qui n’a pas compris
Qu’elle est souillée
Une bête prise au piège
Des amateurs de beauté

Et ma mère la femme
Voudrait bien dorloter
Cette image idéale
De son malheur sur terre.

Paul Eluard – 1944

« Chambre 212 » de Christophe Honoré

Une jolie comédie qui se penche sur le démon de la jeunesse qui revient hanter les quinquas ! On voit un couple (Chiara Mastroianni et Benjamin Biolay [qui ressemble étrangement à Saint-Exupéry]) se confronter à ce qu’ils furent 20 ou 30 années plus tôt. Se noue alors un étrange dialogue entre ces deux personnages et leurs doubles lorsqu’ils étaient jeunes. Cette confrontation est productive et les amènera à comprendre leur amour d’aujourd’hui après une prise de conscience que le temps est passé et que les folies de la jeunesse sont désormais remplacées par la sérénité et l’attachement. C’est frais, un peu naïf, mais plutôt agréable.

Mayotte… encore et toujours

Le président de la République française passe à Mayotte pour parler dans le vide. Près d’un habitant sur deux de ce département français d’outre-mer est un étranger en situation illégale, le plus généralement issu des Comores. Il n’y a pas de solution technique pour endiguer ce flux. La France ne va pas tirer sur les bateaux et les Comores n’ont ni les moyens, ni sans doute la volonté d’empêcher leurs citoyens d’émigrer vers ce bout de France au milieu de l’océan indien et à seulement 70 km de ses côtes. Il n’y a juste pas de solution durable autre que rendre aux Comores la souveraineté sur Mayotte pour en supprimer l’avantage comparatif.

C’est la logique géographique et l’évidence politique. C’est un projet qui sera difficile et complexe à mettre en œuvre. Les Comores ne respecteront évidemment pas les engagements qu’elles pourraient prendre dans le cadre d’une négociation d’indépendance et chercheront au maximum à tirer la couverture à elles. Il faudra proposer aux mahorais en situation légale au jour dit de pouvoir choisir entre rester et devenir comoriens ou émigrer en France métropolitaine. Les contribuables nationaux seront mis à contribution. Il y aura des cas tragiques, des manifestations, de la répression, sans doute des morts. La France sera accusée de lâchage et de traitrise à court terme mais sur la durée c’est une voie qui est inévitable.

Lire aussi : Capacité de nuisance comorienne

Alors les promesses d’un président de passage n’y changeront pas grand-chose et ne seront suivies que très peu d’effets, comme celles faites par ses prédécesseurs. Il faut négocier avec les Comores pour une rétrocession de Mayotte dans les moins mauvaises conditions possibles pour les citoyens français qui y sont présents, comme le demandent d’ailleurs les Nations Unies de façon régulière.

Lire aussi : Mayotte à la dérive

Vieillir avec Mick Jagger

« How the years they rush on by
Birthdays, kids and suicides
Still I play the fool and strut
Still you’re a slut »

“All the Way Down” – The Rolling Stones

Comment les années s’écoulent à toute allure
Anniversaires, enfants et suicides
Je fais toujours l’imbécile et je me pavane
Tu es toujours une salope.

Traduction – www.DeepL.com

L’Europe continue à vouloir s’élargir malgré ses blocages

Le dernier conseil des chefs d’Etat et de gouvernement des 28 pays membres de l’Union européenne (UE) qui s’est tenu à Bruxelles les 17 et 18 octobre a eu à examiner une demande d’ouverture de négociations d’adhésion de l’Albanie et de la Macédoine du Nord. Oui, vous avez bien lu : l’Albanie et la Macédoine du Nord souhaitent adhérer à l’UE, on peut le comprendre, mais la Commission européenne propose d’ouvrir les négociations et il se trouve que seuls la France et les Pays-Bas se sont opposés à l’approbation d’une telle ouverture de négociations.

Ce qui veut dire que sur 28 pays membres, 26 envisagent à peu près sereinement de cohabiter au sein d’une même union politique et économique avec l’Albanie et la Macédoine… Quand on voit les difficultés qu’il y à marcher ensemble dans la même direction à 28 (ou même seulement 27 si l’on considère que le Royaume-Uni est déjà sorti) on a du mal à croire que ces deux pays balkaniques ne seront pas une nouvelle source de division et de blocage pour une institution qui n’en a vraiment pas besoin.

Comme toujours, les partisans de l’élargissement à ces deux pays font valoir son côté « stratégique », la nécessité « d’accrocher ces nations au train européen » sous peine de voir d’autres influences (Chine, pays du Golfe persique) prendre la place, l’apaisement des conflits locaux, etc. Ces arguments sont systématiquement employés pour justifier de nouvelles adhésions à l’UE et une fois acquises, celles-ci se transforment en casse-tête institutionnel bloquant progressivement l’action par impossibilité de décision commune de la part d’un groupe de pays aux intérêts si divergents.

Nous sommes en Europe donc les considérations d’efficacité et d’intérêt général sont facilement oubliées, chaque pays regardant à l’aune de ses propres intérêts ou de sa capacité de nuisance vis-à-vis des autres. C’est ainsi que l’on voit la Hongrie et Pologne fervents défenseurs de l’adhésion de l’Albanie et de la Macédoine du Nord alors que Budapest et Varsovie n’arrêtent pas depuis plusieurs années de critiquer l’aspect multinational de l’UE, refusent d’endosser nombre de ses politiques, sauf celles en leurs faveurs, conteste la libre circulation des personnes et ont plutôt tendance à se replier sur eux-mêmes sur le thème favori des directions populistes : « chez nous c’est bien, nos problèmes viennent de l’étranger, et tout particulièrement de l’Union européenne ». Qu’importe, en soutenant l’adhésion des confettis balkaniques qui seront à priori plus proches de l’Europe centrale que de sa partie occidentale, ils enfoncent un coin dans le pouvoir et l’influence des pays fondateurs, déjà bien entamé.

On reste curieux d’entendre et d’analyser les arguments qui seront développés à Berlin, Rome ou Varsovie, pour expliquer aux citoyens agités par des forces populistes et de d’extrême droite, l’intérêt qu’ils ont à accueillir l’Albanie et la Macédoine du Nord au sein de l’Union !

Le combat de la France et des Pays-Bas est sans doute vain puisque la grande majorité des pays membres est favorable à cette adhésion et c’est là le point le plus incompréhensible pour le citoyen lambda qui n’arrête pas d’entendre que l’Europe est bloquée. La constitution française prévoit en son article 88-5 stipule que toute nouvelle adhésion d’un Etat à l’UE devra être approuvée par référendum ou par une majorité trois cinquièmes des deux assemblées du parlement. La France aura toujours, en principe, la capacité de ne pas ratifier l’adhésion, si la constitution n’a pas été changée d’ici-là.

Les conclusions du conseil européen sont lapidaires et ne font que reporter à plus tard la décision, le temps de faire céder Paris et La Haye :

ÉLARGISSEMENT Le Conseil européen reviendra sur la question de l’élargissement avant le sommet UE-Balkans occidentaux qui se tiendra à Zagreb en mai 2020.

Conclusions réunion du Conseil européen (17 et 18 octobre 2019) – réf. : EUCO23/19, CO EUR 22, CONCL 7

ROY Jules, ‘Adieu ma mère, adieu mon cœur’.

Sortie : 1996, Chez : Albin Michel

Jules Roy (1907-2000), écrivain et officier français, né en Algérie, raconte dans ce court ouvrage un retour dans son pays natal, décidé sur un coup de tête, en plein cœur de la décennie terroriste des années 90′, pour aller se recueillir sur la tombe de sa mère et de sa famille à Sidi-Moussa près d’Alger. Escorté par les forces de sécurité locales compte tenu de sa notoriété, il déposera des roses au cimetière mais ne pourra retourner dans son village natal de Rovigoni ni à L’Arba où vécut sa mère, trop dangereux. Il pourra quand même faire un rapide pèlerinage à Blida, la ville de ses premiers émois, mais toujours encadré par les « ninjas » roulant à tombeau ouvert pour éviter les terroristes du GIA qui mettent l’Algérie (et un peu la France) à feu et à sang au nom de Dieu.

Ce livre est un touchant dialogue avec sa mère et un retour sur le temps où l’Algérie était un département français, contre toute réalité. Sa mère était l’archétype de ces pieds noirs, considérant les arabes comme des paresseux et s’attribuant les mérites d’avoir viabilisé le pays. Jules, jeune officier tirailleur algérien reste séduit par l’Action française et le maréchal Pétain jusqu’en 1942 où il rejoint le Royaume-Uni où il combattra dans la Royal Air Force. Après la libération il poursuivra avec la guerre d’Indochine avant de démissionner de l’armée en 1953 (il est alors colonel) pour protester contre les méthodes de l’armée. Il se consacre désormais pleinement à la littérature (il a déjà reçu le prix Renaudot en 1946 pour « la Vallée heureuse »). Ami de Camus et d’Amrouche, il dénonce publiquement la guerre d’Algérie et ses atrocités.

En évoquant la dure vie menée par les colons français, sa famille, et leurs sentiments qu’il ne partage pas bien entendu, ce livre est une sorte de psychothérapie-réconciliation avec ceux qui restent les êtres aimés de son enfance. Il ne justifie pas leur idées mais les expliquent. Se référant à cette Algérie sanglante des années 1990′, il admet que les jugements à l’emporte-pièce de sa mère avaient un fond de réalisme mais ces pieds-noirs ne savaient pas voir que l’indépendance du pays était inévitable et d’ailleurs souhaitable, et que la colonisation fut globalement un désastre même si nombre de situations individuelles étaient humaines, voire bénéfiques pour tous. L’illusion de la cohabitation fit long feu et se termina dans la barbarie. Il est des moments historiques où l’intérêt général doit primer sur les intérêts particuliers. Ce fut la raison pour laquelle Jules Roy pris fait et cause pour l’Algérie, contre les idées de sa famille.

Ce ne fut qu’un des multiples déchirements que généra la colonisation. Jules Roy, avec son style emporté sait le restituer avec tout l’amour qu’il n’a cessé de porter aux siens et ce dernier hommage à sa maman l’atteste avec émotion, car, comme Camus, il a toujours « …préféré sa mère à la justice » !

Mauvais souvenirs en Irlande du nord

Le Royaume-Uni fait toujours partie de l’Union européenne mais avec la volonté renouvelée d’en sortir. L’un des partis nord irlandais, soutien du gouvernement britannique conservateur actuel, le Parti unioniste démocrate (DUP), en faveur du maintien de l’Irlande du nord sous la couronne britannique, est dirigé par Mme. Arlene Isabel Foster. Dans le cadre des négociations en cours pour la sortie du Royaume-Uni, elle a marqué sa ferme opposition a tout accord qui atténuerait la force du lien entre Londres et Belfast et qui pourrait être un premier signal en faveur d’une réunification de l’île irlandaise.

Lorsqu’elle avait 8 ans son père a été victime d’un attentat de l’IRA (l’armée catholique irlandaise) et survécut à une balle dans la tête. Quelques années plus tard, la même IRA fait exploser une bombe dans un bus scolaire où je trouve la jeune Arelen, la jeune fille à côté d’elle est grièvement blessée.

Depuis, Mme. Foster qui est députée DUP au parlement britannique vote systématiquement contre tout ce qui ressemble à une amorce de détachement de l’Irlande du nord de la monarchie de Londres et pourrait la rapprocher de la République d’Irlande. On comprend mieux pourquoi…

Compte tenu de la sauvagerie de la guerre qui a opposé les terroristes catholiques, favorables à la réunification, aux unionistes protestants ne voulant pas entendre parler d’une séparation, il est probable qu’il faille attendre que la génération qui a mené ces combats soit éteinte pour envisager une inévitable réunification irlandaise. En attendant, le parti DUP dispose d’une sérieuse capacité de nuisance démocratique avec les 4 ou 5 députés dont il dispose à Londres.

CHARLES-ROUX Edmonde, ‘Nomade j’étais – Les années africaines d’Isabelle Eberhardt’.

Sortie : 1995, Chez : Editions Grasset & Fasquelle.

Edmonde Charles-Roux signe une magnifique biographie d’Isabelle Eberhardt, exploratrice du désert et d’absolu, journaliste et écrivain, fille illégitime d’une femme issue de la noblesse russe et d’un père arménien-anarchiste. Elle passe son enfance à Genève puis suit sa mère qui s’installe à Annaba (l’ancienne Bône), la grande ville de l’est de l’Algérie. Nous sommes à la fin du XIXème siècle, l’Algérie est colonisée par la France qui y pratique un traitement différencié des populations selon qu’elles soient musulmanes ou d’origine métropolitaine. Isabelle y découvre la réalité du système colonial, guère brillante.

La biographie raconte les années 1900 à 1904. Elle meurt en octobre 1904, emportée par la crue d’un oued dans le village où Lyautey était installé pour lutter contre la rébellion marocaine. Ils ont sympathisé, beaucoup parlé ensemble. On dit qu’ils furent amants.

Isabelle parle arabe, s’est convertie à la religion musulmane et devenue membre d’une des nombreuses confréries secrètes locales au sein desquelles se mêlent religion et maraboutisme, voire, parfois, lutte anticoloniale. Elle fuit consciencieusement le monde européen et colonial pour s’intégrer aux populations arabes. Elle étudie leurs modes de vie et le Coran et, pour cela, crapahute à travers le pays. Fascinée par le Sud saharien, elle partage la dure vie des caravanes et s’exile dans des villages de bout du monde pour assouvir son besoin d’absolu.

Bien sûr, la plupart de ces territoires sont militaires et nécessitent des autorisations administratives pour les fouler. Elles seront l’occasion de rencontres avec certains officiers français, mystiques et lumineux, fascinés par le Sahara, qui vivent leur expérience du désert comme une communion, bien loin des bassesses de la colonisation.

Isabelle attise la méfiance des responsables coloniaux, civils et militaires, frisant parfois la paranoïa. Le plus souvent habillée en homme, membre d’une confrérie musulmane, une vie affective agitée avec des « indigènes », de nationalité russe ; et si elle utilisait ses relations locales pour participer à la rébellion anti-française ? Elle commettra des imprudences en laissant entraîner dans diverses affaires de complot. Elle sera explusée d’Algérie puis y reviendra après avoir acquis la nationalité française suite à son mariage avec Slimène, un sous-officier « indigène » de l’armée française.

Malgré un mode de vie des plus austères, Isabelle écrit pour laisser des traces de sa passion pour le désert et ses habitants. A la fin de sa vie elle est journaliste pour un journal algérien alternatif ce qui assure à son couple un petit revenu mais son grand-œuvre est constitué des nouvelles qu’elle écrit sur cette Algérie qu’elle vénère. Ces nouvelles et des extraits de son journal ayant survécu à cette vie d’errance seront publiés bien après sa mort.

Ce fascinant personnage d’Isabelle Eberhardt ne pouvait qu’intéresser Edmonde Charles-Roux, rebelle elle aussi à sa manière. Son style est romanesque. Avec des phrases courtes et ciselées elle sait diffuser ce parfum d’aventure qui rend le lecteur impatient de tourner la page. Ce n’est pas un roman, à peine un récit, c’est un riche mais mince aperçu de ce que fut l’incroyable vie d’une aventurière partie à la poursuite de ses rêves d’intégration dans le monde arabo-musulman et de son combat contre la colonisation. Le combat était juste et l’Algérie fut indépendante des décennies plus tard. Sa tentative d’intégration dans une communauté locale complexe, si loin des normes occidentales, fut plus délicate (elle fut victime d’une tentative d’assassinat), mais ne la découragea point. Elle semblait avoir trouvé un semblant d’équilibre dans sa vie professionnelle, son couple et sa fascination pour le Grand-Sud et ceux qui le peuple. Hélas, l’oued d’Aïn-Sefra en décida autrement le 21/10/1904 et emporta cette espérance et Isabelle qui la portait.

Les mille et une nuits

C’est l’histoire des turcs sunnites, les enfants de l’ex-Empire ottoman, qui s’allient avec des milices syriennes arabes sunnites, plus ou moins proches du groupe Etat islamique, appliquant un islam radical et souvent meurtrier ; ensemble ils envahissent un territoire appartenant à la Syrie dont le pouvoir alaouite, une branche du chiisme, réprime férocement (entre 300 et 500 mille morts) une rébellion politico-religieuse, plutôt sunnite, qui mine le pays depuis 2013. Pour se faire épauler dans ce combat, la dictature syro-alaouite, soutenue par sa minorité chrétienne, reçoit l’aide des russes orthodoxes et des iraniens chiites qui veulent tous deux avoir un accès à la Méditerranée. Dans ce territoire syrien envahi par les turcs s’étaient rassemblés depuis quelques années des syriens kurdes, majoritairement musulmans sunnites mais du genre plutôt flexible (les femmes combattent et ne sont pas voilées) versus les syriens arabes sunnite (les femmes sont voilées et restent à la maison), mais aussi alliés des turcs kurdes, eux-aussi musulmans. Les kurdes, syriens comme turcs, sont pourchassés de façon obsessionnelle et depuis des décennies par le pouvoir turc non-kurdes.

Comme tout ceci était finalement un peu trop simple, la dictature syro-alaouite n’ayant pas réussi à réduire la rébellion interne, cette dernière a prospéré en Syrie dans de multiples directions politico-religieuses dont celle défendue par des sunnites-salafistes encartés au groupe Etat islamique. Ce groupe on le sait veut abattre l’Occident et convertir la planète à ses convictions religieuses. Dans ce but il commet des massacres terroristes dans les grandes capitales. Les pays occidentaux touchés, majoritairement chrétiens, se sont donc alliés aux syriens kurdes pour lutter sur le terrain contre le groupe Etat islamique basé en Syrie. Comme ces occidentaux ne veulent pas risquer de se retrouver face à face avec l’armée turque avec laquelle ils sont membres d’une alliance commune, l’OTAN, eh bien ils ont lâché les syriens kurdes et sont rentrés chez eux. Du coup les syriens kurdes sunnites flexibles viennent de de réconcilier avec le pouvoir syrien alaouite inflexible pour limiter les ambitions turques sunnite sur le territoire syrien !

Vous n’avez pas tout compris ? C’est normal, reprenez depuis le début mais ne tardez pas trop car toutes ces alliances incompréhensibles sont éphémères et changent tous les matins.

Ce que l’on peut affirmer sans trop de risques de se tromper c’est que si la Turquie maintient son invasion du territoire syrien elle risque de le regretter. Cela ne sera sans doute pas aussi tranquille que l’occupation turque illégale d’une partie de Chypre, pays membre de l’Union européenne depuis 1974. Si aucun pays de l’Union n’a estimé vraiment opportun de faire la guerre à « l’allié » turc pour un bout d’île méditerranéenne, on peut prévoir que dans le contexte moyen-oriental tortueux décrit ci-dessus l’occupation de la Syrie va déclencher du bruit et de la fureur.

Un match de fouteballe France-Turquie

Les hasards du calendrier fouteballistique ajoutés à l’incongruité d’avoir inclus un pays asiatique dans une compétition européenne font qu’un match France-Turquie a lieu ce soir au Stade de France dans le cadre du championnat d’Europe de fouteballe. Compte tenu de l’humeur actuelle va-t-en-guerre de la Turquie qui vient d’envahir le nord de la Syrie, le ministre français des Affaires étrangères vient d’annoncer qu’il n’assistera pas à ce match.

Voilà au moins un effet collatéral positif des évènements actuels, un ministre français évitera d’aller perdre son temps dans une compétition sportive sans intérêt et pourra ainsi passer plus de temps sur ses vrais dossiers.

“Un jour de Pluie à New York” de Woody Allen

Une comédie plaisante de Woody Allen qui se déroule dans sa ville fétiche de New York : deux étudiants (d’une université moyennement cotée, hors de la ville) amoureux doivent y passer deux jours et rien ne va se passer comme prévu. Venant tous deux de familles aisées, originaire de New York pour lui mais de l’Arizona pour elle, bobos contre ploucs, mais ils croient s’aimer au-delà des stéréotypes propres à leurs origines.

Alors Woody accumule tous ces petits clins d’œil qui nous font tant sourire depuis le début de sa carrière, sur la mère, la famille, les habitudes de la bourgeoisie intellectuelle de New York, la communauté cinématographique hollywoodienne, etc. Finalement, ce week-end agité va faire réaliser au jeune héros que sa vie est dans cette ville et qu’il se morfondrait ailleurs. Une fois réalisée cette évidence, il renvoi sa petite amie dans son université de province et reste au cœur de Big Apple où il a déjà initié une relation avec une pure new-yorkaise : jolie et peste.

Ce film est un délice de fraîcheur réalisé par ce jeune cinéaste de 83 ans qui ne peut plus diffuser ses productions aux Etats-Unis compte tenu des accusations de harcèlement sexuel dont il est accusé. L’Europe, bonne mère, continue à l’accueillir et l’acclamer. Le temps passe, hélas, pour tout le monde, mais on regrette un peu l’époque où Woody jouait dans ses propres films. C’est encore lui qui arrivait le mieux à exprimer cet humour allenien tellement apprécié en France.

DEDET Christian, ‘La mémoire du fleuve – l’Afrique aventureuse de Jean Michonet’.

Sortie : 1984, Chez : d’ailleurs phébus

La biographie passionnante d’un forestier au Gabon, avant et après l’indépendance de ce pays : rédigé à la première personne par le médecin-écrivain Christian Dedet, ce livre est un « roman-vrai », fruit de l’amitié et du dialogue entre l’auteur et Jean Michonet, le héros.

Le récit remonte au grand-père qui a fait deux enfants (dont la mère de Jean) avec une femme noire mariée « à la coutume »*. Après le décès de ses deux parents de tuberculose dans l’hôpital de Lambaréné du Dr Schweitzer (1875-1965, prix Nobel de la paix 1952), Jean, métis, prend la suite de son père après la Iième guerre mondiale en exploitant des permis forestiers achetés à l’administration coloniale puis à l’Etat gabonais une fois créé. A l’époque tout est manuel, les arbres sont abattus à la hache et transbordés à Port Gentil par le fleuve, camions et remorqueurs apparaîtront plus tard. Les forêts sont peuplées d’insectes, de maladies, d’éléphants, de crocodiles et, surtout, de traditions ancestrales et peu compréhensibles pour les coloniaux faisant plus confiance à Descartes qu’aux gris-gris. Le cannibalisme n’est jamais loin. Jean Michonet en tant que métis cohabite avec ces deux cultures et se fera initié au bwiti, sorte de société secrète se prétendant quasi-religion.

Le lecteur suit la vie de Jean, ses expéditions à 15 ans dans le Sud afin de « recruter » des bras pour les compagnies forestières, le lancement et la chute de différents business de bois, puis de peaux de crocodiles, son implication dans les dispensaires soignant la lèpre, dans des écoles privées pour démocratiser l’enseignement autant que faire se peut. Ses mariages, ses enfants, ses relations complexes avec ses familles française et gabonaise, ses rencontres avec d’autres forestiers au cœur de nulle part, les histoires de vieux blancs entre deux bouteilles qui hantent encore l’Afrique de nos jours.

Le roman est « vrai », l’aventure est réelle et plutôt admirable. Il n’est pas bien sûr que les choses aient véritablement changé au cœur de la forêt depuis cette période. L’indépendance, la mauvaise gouvernance et les compromissions avec la francafrique ont enrichi le clan familial au pouvoir, il y a sans doute moins de tuberculose, et encore, mais tout autant de traditions bloquant un véritable développement de ce pays où l’on a découvert depuis de très grands gisements de pétrole qui devaient pourtant assurer sa prospérité.

Michonet porte d’ailleurs un regard partagé sur ces traditions si prégnantes : il fait soigner ses enfants à l’hôpital et fait plus confiance aux chiffres qu’aux Dieux pour la gestion de ses affaires. Mais il doit composer avec les comportements des hommes et femmes qui l’entourent. Alors il croise des chefs et marabouts aux pouvoirs surnaturels dont il raconte des exploits auxquels il aurait assisté, entre hallucination collective de fêtes traditionnelles et véritables phénomènes inexplicables. On sent son scepticisme devant ces manifestations que sa double origine l’empêche sans doute de rejeter définitivement.

Il mourra bêtement noyé dans l’océan avec ses deux filles qu’il eut avec une deuxième femme mariée « à la coutume » après que la première, française, renonçât avec leurs deux enfants à cette vie de forestiers usante.

Quoi qu’il en soit, ces personnages ont vécu une véritable aventure dont le récit est devenu un des livres culte des apprentis-aventuriers d’une Afrique immobile.

* Ce qui veut dire dans le langage de l’époque, un couple mixte dont l’élément africain risque d’être oublié plutôt facilement au gré des évènements, et qui se traduira souvent par « un vieux blanc avec une gamine locale », toujours valable des décennies plus tard.

Et on ne se refuse rien

À la suite des meurtres de quatre fonctionnaires de police commis à la préfecture de police de Paris le 3 octobre par un terroriste religieux (lui-même tué par un autre policier) il s’est trouvé au moins une personne en France pour soutenir le meurtrier. Hadama Traoré, activiste-créateur du mouvement La Révolution Est En Marche (LREEM, à ne pas confondre avec LREM le parti actuellement majoritaire au parlement La République En Marche) a appelé à manifester le 10 octobre en faveur du meurtrier, également fonctionnaire de la préfecture de police et qui, souffrant d’un handicap de surdité partielle, aurait été discriminé au travail d’où ses crimes. Celui-ci ne serait en aucun cas un terroriste mais un travailleur discriminé.

La manifestation a été interdite et M. Traoré placé en garde à vue. Il s’était déjà fait connaître fin 2017 pour avoir porté plainte contre le préfet de Seine-Saint-Denis à la suite de sa révocation d’un poste qu’il occupait à la mairie d’Aulnay-sous-Bois comme responsable d’antenne jeunesse à la suite d’insultes qu’il aurait proférées par divers canaux à des élus et des fonctionnaires. Début 2018 la CGT organise une manifestation pour protester contre sa révocation et publie la lettre que M. Traoré adressa au président de la République.

Bref, la manifestation qu’il proposait d’organiser en faveur du meurtrier de la préfecture a été interdite. On ne sait pas où en est sa plainte contre le préfet.

Incompétence et hystérie de la presse

Impayable : hier soir la police de Glasgow annonce avoir arrêté un homme qui pourrait être Xavier Dupont de Ligonnès qui est soupçonné du meurtre de sa femme et de leurs quatre enfants à Nantes et qui a disparu de la circulation depuis 10 ans. On a retrouvé les corps des cinq premiers mais jamais le sien, laissant supposer toutes sortes d’hypothèses pour ce qui le concerne. La presse et ses acteurs qui adorent ce genre d’histoires ont produit depuis nombre d’articles, de livres et de documentaires retraçant ce que l’on sait des meurtres et ce que l’on imagine de la fuite de celui qui en est le principal accusé.

Alors quand la nouvelle de l’arrestation possible de celui qui est soupçonné d’avoir commis cette tuerie est rendue publique, les radios et télévisions d’information continue se jettent sur l’affaire comme un nuage de crickets sur un champ de sorgho. Les ridicules logo « Edition spéciale » fleurissent comme des fleurs sur un tas de fumier et leurs soirées sont consacrées à répéter en boucle ce qu’ils ne savent pas. Tous et toutes s’y mettent avec un enthousiasme désarmant.

Les empreintes digitales de la personne seraient comparables avec celles de l’accusé alors on s’en lèche les babines sur les plateaux médias où sont convoqués avec concupiscence tous les soi-disant experts de cette affaire criminelle mystérieuse. Une équipe de police française serait en route vers l’Ecosse pour réaliser des tests ADN. En attendant les envoyés spéciaux des chaînes font le pied de grue devant l’aéroport de Glasgow à répéter qu’ils ne peuvent pas en dire plus à ce stade. Tous les journaux parus ce matin ont titré sur cette arrestation.

Las, les tests ADN réalisés ce matin ont montré que la personne arrêtée n’est pas le soupçonné. Elle est donc relâchée à Glasgow sans autre forme de procès. Depuis ce soir ce sont encore des « éditions spéciales » à tous les étages pour répondre à la question existentielle « Affaire Ligonnès : y-a-t-il eu défaillance [de la police] ? ». On croit rêver ! Les journalistes font tout de même, du bout des lèvres, amende honorable mais cherchent maintenant les coupables de leur déroute en dehors de leur profession.

En réalité, pour douloureuse que soit cette affaire criminelle pour les familles qui y sont impliquées, elle n’est qu’un fait divers qui ne justifie en rien tout ce tapage médiatique, que l’on ait ou pas retrouvé le principal accusé. Au mieux cela peut générer trois lignes d’information en dernière page de l’édition du journal une fois le fait établi. Mais non ! Des journalistes de circonstance, unanimes, ont fait leurs choux gras d’une rumeur de caniveau sans aucun intérêt, montrant le peu de cas qu’ils font de leur mission de vérification et d’analyse de l’information qu’ils diffusent, décrédibilisant encore un peu plus leur profession. Au moins auraient-ils pu employer un peu plus le conditionnel, mais ce doit être une conjugaison que l’on n’enseigne plus dans les écoles de journalisme. Pas plus que la hiérarchie de l’information d’ailleurs, comme s’il n’y avait rien de plus approprié à publier hier soir et ce matin qu’une rumeur de commissariat de police concernant un obscur dérangé du 22 long rifle alors que le Moyen-Orient est à feu et à sang, que l’économie mondiale ralentit, que le parlement français traite de la loi bioéthique et de l’immigration, etc. ?

Ainsi va la presse de nos jours : hystérie, précipitation et incompétence. Tous les risques se justifient pour un scoop de caniveau.

Bonnes nouvelles sur le front de la décolonisation

En application des accords de Nouméa, un second référendum sur l’indépendance sera organisé en Nouvelle Calédonie en septembre 2020 après celui du 4 novembre 2018 qui avait donné un score de 43,3% en faveur de l’indépendance de ce territoire. Un troisième référendum pourra encore être mené dans les deux ans si, par malheur, la majorité n’était pas réunie pour l’indépendance.

Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, on apprend que le mouvement corse indépendantiste Corsica Libera, dirigé par Jean-Guy Talamone-avec-un-i-muet, par ailleurs président de l’assemblée territoriale corse et Rock Wamytan, président du congrès calédonien, ont signé à… Paris, une « convention de partenariat ». Celle-ci régente des relations de coopération entre les deux institutions sans manquer de rappeler la notion de « peuple » et des références à « la reconnaissance du droit à l’autodétermination des nations sans-Etat » ou « la préservation de nos terres au profit des intérêts de nos peuples ».

Cette coopération est annonciatrice d’avancées en faveur de l’indépendance de ces îles. Il n’est pas impossible que le second référendum calédonien permette d’aboutir à la décolonisation de cette terre comme le suggère régulièrement l’assemblée générale des Nations Unies et comme le promeut son comité spécial de la décolonisation. Espérons que Nouméa glissera progressivement vers une indépendance apaisée montrant ainsi le chemin à la Corse et aux autres confettis de l’empire.