“Un jour de Pluie à New York” de Woody Allen

Une comédie plaisante de Woody Allen qui se déroule dans sa ville fétiche de New York : deux étudiants (d’une université moyennement cotée, hors de la ville) amoureux doivent y passer deux jours et rien ne va se passer comme prévu. Venant tous deux de familles aisées, originaire de New York pour lui mais de l’Arizona pour elle, bobos contre ploucs, mais ils croient s’aimer au-delà des stéréotypes propres à leurs origines.

Alors Woody accumule tous ces petits clins d’œil qui nous font tant sourire depuis le début de sa carrière, sur la mère, la famille, les habitudes de la bourgeoisie intellectuelle de New York, la communauté cinématographique hollywoodienne, etc. Finalement, ce week-end agité va faire réaliser au jeune héros que sa vie est dans cette ville et qu’il se morfondrait ailleurs. Une fois réalisée cette évidence, il renvoi sa petite amie dans son université de province et reste au cœur de Big Apple où il a déjà initié une relation avec une pure new-yorkaise : jolie et peste.

Ce film est un délice de fraîcheur réalisé par ce jeune cinéaste de 83 ans qui ne peut plus diffuser ses productions aux Etats-Unis compte tenu des accusations de harcèlement sexuel dont il est accusé. L’Europe, bonne mère, continue à l’accueillir et l’acclamer. Le temps passe, hélas, pour tout le monde, mais on regrette un peu l’époque où Woody jouait dans ses propres films. C’est encore lui qui arrivait le mieux à exprimer cet humour allenien tellement apprécié en France.

DEDET Christian, ‘La mémoire du fleuve – l’Afrique aventureuse de Jean Michonet’.

Sortie : 1984, Chez : d’ailleurs phébus

La biographie passionnante d’un forestier au Gabon, avant et après l’indépendance de ce pays : rédigé à la première personne par le médecin-écrivain Christian Dedet, ce livre est un « roman-vrai », fruit de l’amitié et du dialogue entre l’auteur et Jean Michonet, le héros.

Le récit remonte au grand-père qui a fait deux enfants (dont la mère de Jean) avec une femme noire mariée « à la coutume »*. Après le décès de ses deux parents de tuberculose dans l’hôpital de Lambaréné du Dr Schweitzer (1875-1965, prix Nobel de la paix 1952), Jean, métis, prend la suite de son père après la Iième guerre mondiale en exploitant des permis forestiers achetés à l’administration coloniale puis à l’Etat gabonais une fois créé. A l’époque tout est manuel, les arbres sont abattus à la hache et transbordés à Port Gentil par le fleuve, camions et remorqueurs apparaîtront plus tard. Les forêts sont peuplées d’insectes, de maladies, d’éléphants, de crocodiles et, surtout, de traditions ancestrales et peu compréhensibles pour les coloniaux faisant plus confiance à Descartes qu’aux gris-gris. Le cannibalisme n’est jamais loin. Jean Michonet en tant que métis cohabite avec ces deux cultures et se fera initié au bwiti, sorte de société secrète se prétendant quasi-religion.

Le lecteur suit la vie de Jean, ses expéditions à 15 ans dans le Sud afin de « recruter » des bras pour les compagnies forestières, le lancement et la chute de différents business de bois, puis de peaux de crocodiles, son implication dans les dispensaires soignant la lèpre, dans des écoles privées pour démocratiser l’enseignement autant que faire se peut. Ses mariages, ses enfants, ses relations complexes avec ses familles française et gabonaise, ses rencontres avec d’autres forestiers au cœur de nulle part, les histoires de vieux blancs entre deux bouteilles qui hantent encore l’Afrique de nos jours.

Le roman est « vrai », l’aventure est réelle et plutôt admirable. Il n’est pas bien sûr que les choses aient véritablement changé au cœur de la forêt depuis cette période. L’indépendance, la mauvaise gouvernance et les compromissions avec la francafrique ont enrichi le clan familial au pouvoir, il y a sans doute moins de tuberculose, et encore, mais tout autant de traditions bloquant un véritable développement de ce pays où l’on a découvert depuis de très grands gisements de pétrole qui devaient pourtant assurer sa prospérité.

Michonet porte d’ailleurs un regard partagé sur ces traditions si prégnantes : il fait soigner ses enfants à l’hôpital et fait plus confiance aux chiffres qu’aux Dieux pour la gestion de ses affaires. Mais il doit composer avec les comportements des hommes et femmes qui l’entourent. Alors il croise des chefs et marabouts aux pouvoirs surnaturels dont il raconte des exploits auxquels il aurait assisté, entre hallucination collective de fêtes traditionnelles et véritables phénomènes inexplicables. On sent son scepticisme devant ces manifestations que sa double origine l’empêche sans doute de rejeter définitivement.

Il mourra bêtement noyé dans l’océan avec ses deux filles qu’il eut avec une deuxième femme mariée « à la coutume » après que la première, française, renonçât avec leurs deux enfants à cette vie de forestiers usante.

Quoi qu’il en soit, ces personnages ont vécu une véritable aventure dont le récit est devenu un des livres culte des apprentis-aventuriers d’une Afrique immobile.

* Ce qui veut dire dans le langage de l’époque, un couple mixte dont l’élément africain risque d’être oublié plutôt facilement au gré des évènements, et qui se traduira souvent par « un vieux blanc avec une gamine locale », toujours valable des décennies plus tard.