Des sous…

Riss / Charlie-Hebdo (05/12/2018)

Vous avez aimé les émeutes sociales de l’année 2019 ?  Vous allez adorer les lendemains sociaux de la crise sanitaire en cours !

Les observateurs découvrent que toute une série de « petits métiers » sont nécessaires au fonctionnement de l’économie d’un pays. Alors que les bobos télétravaillent depuis l’Ile-de-Ré les caissières sont dans les supermarchés, les poissonniers dans leurs échoppes, les aides-soignantes dans leurs hôpitaux et les ramasseurs de poubelle sur leurs camions. Ils font un travail qui n’est que peu numérisable et doivent exercer physiquement leurs tâches lorsque celles-ci sont considérées comme de « première nécessité ». En cas de pandémie ils prennent plus de risques pour leur santé que le bobo à l’Ile-de-Ré.

La preuve de leur utilité étant faites, ces corporations réclament « une reconnaissance » c’est-à-dire de manière plus directe : « des sous ». Le gouvernement a déjà annoncé des versements de primes exceptionnelles au personnel soignant. Les entreprises vont être soumises à de rudes revendications salariales dès la sortie de crise, en tout cas pour celles qui survivront à cette période de confinement. Jusqu’ici les salaires étaient plutôt fixés sur les critères de l’offre et la demande, si demain les salaires doivent être fixés sur base de l’utilité sociale de leurs bénéficiaires c’est un changement de paradigme (pour reprendre un mot à la mode). La simple définition de « l’utilité sociale » sera déjà un casse-tête de première catégorie, tout le monde voulant bien entendu apparaître comme socialement utile et éligible à « une reconnaissance ». Des lendemains sociaux qui s’annoncent chauds dans un pays en faillite !

La chasse est ouverte

Petite guéguerre dans le monde feutré des patrons du CAC40. Le fonds d’investissement activiste Amber Capital veut remplacer l’héritier Lagardère, Arnaud, toujours à la tête du groupe qui porte son nom. Le groupe a été fondé par son père, Jean-Luc Lagardère, sous forme d’un conglomérat avec une nature majoritairement industrielle (Matra [voitures, espace, missiles et armements divers], co-fondateur d’EADS [l’ancêtre d’Airbus], édition avec Hachette, média avec la radio Europe 1). Jean-Luc est décédé brutalement en 2003 d’une infection nosocomiale lors d’une intervention chirurgicale bénigne à l’hôpital. Le fiston (unique) a hérité du bébé et s’est employé depuis à en gommer la nature industrielle pour le recentrer sur la presse, l’édition et le sport.

Le pouvoir d’Arnaud sur le groupe est verrouillé via le statut de la société de tête sous forme de commandite. La stratégie et la gestion du groupe sont fortement contestées. Il se murmure que, très endetté à titre personnel, Arnaud gèrerait son groupe en fonction de ses intérêts personnels (le remboursement de sa dette) et non celui des actionnaires. Sommé par le tribunal de commerce de Paris de publier les comptes de ses holdings personnelles Arnaud s’y refuse, préférant payer une astreinte à la place, sa situation personnelle réelle est donc opaque. Des actionnaires minoritaires activistes essayent régulièrement de le remplacer, sans succès jusqu’ici car le garçon est malin et sait s’allier avec certains de ses pairs du CAC40 et ses amis du Qatar. L’assemblée générale du 5 mai prochain donnera lieu à une nouvelle offensive d’Amber Capital qui veut remplacer tout le conseil de surveillance ce qui devrait lui permettre de désigner un nouveau gérant, le mandat d’Arnaud arrivant à son terme en 2021, et de changer le statut juridique de la société. Amber publie de pleines pages de publicité dans la presse française cette semaine et a ouvert un site web pour défendre sa position car il a besoin du soutien d’une partie de l’actionnariat pour emporter la victoire

Amber therefore wishes to propose to Lagardère shareholders the complete replacement of its Supervisory Board. The Board, “emanation of shareholders” in charge of the permanent control of the management of the company, is indeed the only counter power to the Management within a private company limited by shares (société en commandite par actions). Its entire replacement is therefore the sine qua none condition for initiating a real turning point in the organisation, structuring and strategy of the company, the effects of which will benefit the stakeholders.

https://strongerlagardere.com/our-resolutions/

Ces dernières semaines, Lagardère a fait entrer quelques « amis » à son capital dont MM. Bolloré et Ladreit de Lacharrière[1] pour l’appuyer. La bataille va être rude et même si Amber Capital était défait, M. Lagardère se retrouve avec de nouveaux actionnaires « amis » qui ont très certainement des intérêts à défendre au-delà de leur « amitié » pour Arnaud Lagardère. Dans un cas comme dans l’autre, fiston se retrouve comme un petit poisson dans un marigot où frayent des requins assoiffés de sang.


[1] Condamné récemment pour avoir assuré un emploi fictif à l’épouse de l’ancien premier ministre Fillon, après avoir plaidé coupable et donc reconnu les faits.

La France éternelle…

Le gouvernement français a présenté à l’Assemblée nationale son plan de déconfinement des citoyens à mettre en œuvre à partir du 11 mai. Cette présentation a été suivie par l’expression des chefs de groupes parlementaires puis par un vote consultatif. Avant même cette présentation naissait une polémique, l’opposition voulant disposer d’un délai de réflexion de 24 heures avant le vote, le gouvernement préconisant un vote immédiat.

Compte tenu du niveau d’incertitude pesant sur l’évolution à venir de la pandémie, les mesures annoncées sont à géométrie variable et susceptibles d’être actualisées au jour le jour. En revanche, ce qui est certain c’est l’effondrement économique en cours de la France, et d’ailleurs de la planète entière, qu’il convient de limiter par une reprise de la production. Ce plan annoncé atermoie entre ces incertitudes qui entourent la relance de l’économie et la protection des citoyens. C’est un exercice impossible mais qu’il est de la responsabilité des dirigeants élus de mener, ils sont élus et payés pour ça. Le gouvernement l’a fait cette après-midi, ce plan n’est pas plus mauvais qu’un autre et on l’adaptera au fur et à mesure.

Ce qui ne l’aide pas beaucoup ce sont les positionnements politiciens d’une opposition plus préoccupée par les effets de tribune que par l’intérêt de la République. Les uns réclament « la sécurité totale » pour la réactivation des usines arrêtées (heureusement certaines n’ont jamais été stoppées), les autres refusent de rouvrir les écoles dans ces conditions, et bla-bla-bla, et bla-bla-bla. La sécurité totale est évidemment impossible à garantir, le déconfinement de l’économie est évidemment incontournable. Il y aura des prises de risque à prendre, le mieux que l’on puisse faire est de les limiter.

Le vote exprimé à l’Assemblée nationale a approuvé le plan proposé. 100 députés, félons et irresponsables, dont les noms suivent se sont exprimés contre comme l’affiche le site Internet de l’Assemblée.

Groupe La République en Marche (297), Contre 1 : Mme Martine Wonner.

Groupe Les Républicains (104), Contre 24 : M. Julien Aubert, M. Thibault Bazin, Mme Valérie Boyer, M. Gérard Cherpion, M. Pierre Cordier, Mme Marie-Christine Dalloz, M. Fabien Di Filippo, M. Julien Dive, M. Pierre-Henri Dumont, M. Jean-Jacques Gaultier, M. Philippe Gosselin, M. Sébastien Huyghe, M. Olivier Marleix, M. Franck Marlin, M. Gérard Menuel, M. Maxime Minot, M. Jean-François Parigi, Mme Bérengère Poletti, M. Antoine Savignat, M. Raphaël Schellenberger, M. Éric Straumann, M. Jean-Charles Taugourdeau, M. Patrice Verchère et M. Stéphane Viry.

Groupe du Mouvement Démocrate et apparentés (46), Contre 0.

Groupe Socialistes et apparentés (30), Contre 20 : M. Joël Aviragnet, Mme Marie-Noëlle Battistel, Mme Gisèle Biémouret, M. Jean-Louis Bricout, M. Luc Carvounas, M. Alain David, Mme Laurence Dumont, M. Olivier Faure, M. David Habib, M. Christian Hutin, M. Régis Juanico, Mme Marietta Karamanli, M. Jérôme Lambert, Mme George Pau-Langevin, Mme Christine Pires Beaune, Mme Valérie Rabault, Mme Claudia Rouaux, Mme Sylvie Tolmont, M. Boris Vallaud et Mme Michèle Victory.

Groupe UDI, Agir et Indépendants (27), Contre 3 : M. Pascal Brindeau, M. André Villiers et M. Michel Zumkeller.

Groupe Libertés et Territoires (20), Contre 11 : M. Jean-Félix Acquaviva, M. Michel Castellani, M. Jean-Michel Clément, Mme Frédérique Dumas, M. Olivier Falorni, Mme Sandrine Josso, M. François-Michel Lambert, M. Jean Lassalle, M. Paul Molac, M. Bertrand Pancher et Mme Sylvia Pinel.

Groupe La France insoumise (17), Contre 17 : Mme Clémentine Autain, M. Ugo Bernalicis, M. Éric Coquerel, M. Alexis Corbière, Mme Caroline Fiat, M. Bastien Lachaud, M. Michel Larive, M. Jean-Luc Mélenchon, Mme Danièle Obono, Mme Mathilde Panot, M. Loïc Prud’homme, M. Adrien Quatennens, M. Jean-Hugues Ratenon, Mme Muriel Ressiguier, Mme Sabine Rubin, M. François Ruffin et Mme Bénédicte Taurine.

Groupe de la Gauche démocrate et républicaine (16), Contre 14 : Mme Huguette Bello, M. Moetai Brotherson, M. Alain Bruneel, Mme Marie-George Buffet, M. André Chassaigne, M. Pierre Dharréville, M. Jean-Paul Dufrègne, Mme Elsa Faucillon, M. Sébastien Jumel, M. Jean-Paul Lecoq, M. Jean-Philippe Nilor, M. Stéphane Peu, M. Fabien Roussel et M. Hubert Wulfranc.

Non-inscrits (20), Contre 10 : M. Louis Aliot, Mme Delphine Bagarry, M. Bruno Bilde, M. Sébastien Chenu, M. Nicolas Dupont-Aignan, M. José Evrard, Mme Marine Le Pen, M. Nicolas Meizonnet, M. Ludovic Pajot et M. Joachim Son-Forget.

APPELFELD Aharon, ‘Des jours d’une stupéfiante clarté’.

Sortie : 2018, Chez : POINTS P4908 (2018).

Aharon Appelfeld aborde dans ce roman publié en 2014 la sortie des camps de concentration par ceux qui ont survécu. Ce fut notamment son cas puisqu’il s’évada du camp de Transnistrie (frontière entre Roumanie et Ukraine) où il était prisonnier. Sa mère fut assassinée en 1940 et il retrouva son père seulement en 1957, lui aussi survivant de la Shoah.

Theo est le héros de ce récit qui démarre après la libération du camp et alors qu’il a décidé de prendre la route à pieds, seul, pour retrouver son village en Autriche, à 300 km de là. Cette décision est tout de même un peu hésitante du fait de ses remords de laisser ses camarades de détention et de l’immense incertitude dans laquelle il se trouve sur qui il va retrouver, ou pas, dans sa famille. En cours de route il croise une rescapée qui s’avère être l’ancienne amoureuse de son père, et qui est en bien triste état. Ensemble il vont parler du passé et le fils découvrir un aspect de la personnalité de son père qu’il ne connaissait pas.
Sur la route du retour la mère de Theo occupe ses pensées et son espoir. C’était une mère aimante, originale, artiste mais psychologiquement très fragile (sans doute « bipolaire » dirait-on aujourd’hui), qui avait du quitter sa famille pour s’exiler dans un monastère.

Alors Theo marche vers son destin. Il croise des rescapés qui ont plutôt tendance à rester entre eux dans des camps de fortune désormais approvisionnés en vivres. Il y dort la nuit quand il ne préfère pas le bord de la route. Il rencontre d’autres marcheurs. Il est habité par ses souvenirs familiaux et hanté par ce qu’il va en rester… Le roman se termine alors qu’il va franchir la frontière autrichienne et qu’il n’est plus qu’à quelques kilomètres de son village. Chaque lecteur fera sa propre fin mais en l’espèce, le pire était probablement dans l’esprit de l’auteur compte tenu de sa propre histoire.

Le style d’Appelfeld est lent et mystérieux. Le rythme est celui de la marche à pieds dans une nature printanière mais surtout celui du cheminement des pensées de Theo, survivant en marche vers un probable désastre. On songe à l’état d’esprit qui pouvait être celui de ces déportés survivants après leur libération. Au-delà des déportés d’ailleurs, il y eut dans l’immédiat après-guerre des mouvements massifs de population à travers toute l’Europe, les uns fuyant l’occupation soviétiques, les autres se mettant à l’abri du remodelage des frontières ou cherchant à échapper aux vengeances touchant les minorités. Ce fut une époque terrible avec son cortège de misère, de massacres et d’errements. Il a fallu quelques décennies pour s’en relever mais l’Europe ne s’en est jamais vraiment remise et débuta sa décadence à cette époque. Appelfeld consacra sa vie post-conflit à sa reconstruction personnelle qui passait par l’écriture. Son œuvre fut majoritairement consacrée au sort des juifs. Il est mort en 2018 à 85 ans. Il fit partie de la génération des derniers témoins de la Shoah, avec noblesse il en a écrit les conséquences sa vie durant.

Le prix de la démondialisation se profile

Les consommateurs français constatent une augmentation des prix de leurs fruits et légumes depuis le début de la crise sanitaire. L’inflation générale n’est pas significative notamment car elle est tirée vers le bas par le prix du pétrole, mais sur certains produits alimentaires il faut payer plus cher. La raison est notamment que les produits d’origine française sont maintenant majoritaires sur les étals et que les frais de transport ont augmenté du fait du confinement. Le ministre de l’économie assène que c’est là le prix de la qualité à payer car la fraise gariguette est meilleure que la fraise espagnole.

C’est en tout cas un effet à méditer en ces temps où les commentateurs de plateaux télévisés expliquent à tout va qu’il faut « démondialiser » et « relocaliser » comme l’une des conséquences à tirer de la crise sanitaire en cours qui révèle les interdépendances mondiales. Eh oui, mais revenir à des productions purement nationales reviendra à des augmentations de coûts de production pour les pays à coûts salariaux élevés comme la France, des augmentations qu’il sera difficile à faire absorber par des efforts de productivité.

Si l’Inde et la Chine sont devenues les premiers pays producteurs de médicaments génériques c’est aussi parce que les autorités de santé des pays développés ont voulu contrôler la hausse permanente de leurs budgets de santé et, en ouvrant la concurrence, ont rendu les productions de ces produits en Chine et en Inde plus compétitives que les productions françaises.

Quel que soit le secteur concerné, de la fraise gariguette aux médicaments, relancer la production en France aura sans doute des avantages macroéconomiques favorables en termes d’emploi et d’activité, mais génèrera aussi très certainement des augmentations de prix. La réflexion à venir sur la redéfinition des rapports économiques entre pays de la planète va être un passionnant et difficile sujet aux enjeux considérables. Il nécessitera une capacité d’analyse qui est fort peu partagée sur les plateaux télévisés ni sur les comptes Tweeter des aboyeurs politicards. Il sera certainement à l’affiche des prochains mois.

Le secteur aérien en sérieux décrochage

Pour la énième fois depuis sa création les contribuables français vont être amenés à sauver la compagnie aérienne Air France de la faillite.  Ce fut déjà le cas à différentes reprises lorsque cette société était détenue à 100% par l’Etat. C’est encore le cas après sa privatisation avec la part publique ramenée à 14,3% (dans le capital du Groupe AirFranceKLM, la participation de l’Etat néerlandais étant de 14%). Un prêt octroyé par les banques et les deux Etats actionnaires de 6 milliards d’euros, 100% garanti par les Etats, est mis en place pour permettre à la compagnie de survivre à l’arrêt quasi-complet de son activité pour cause de pandémie. Il n’est pas sûr que le groupe AirFranceKLM soit sauvé du désastre, encore moins que le prêt soit remboursé normalement. Les contribuables vont sans doute y laisser des plumes, en plus du reste. Le transport aérien va probablement devoir revoir son mode de fonctionnement après la crise, pas sûr qu’il y aura autant de voyageurs pour se bousculer dans les aéroports et sur les plages de Phuket avant longtemps. En France, le transport aérien, qu’il soit privé ou public, coûte aux contribuables. Ce sont en fait eux qui subventionnent en partie les prix cassés sur les billets d’avions des vacances à Phuket du bobo qui préfère voler sur Air France que sur la Thaï.

Peut-être qu’un virus microscopique va arriver à modifier les comportements transhumants de l’humanité là où les défenseurs du climat ont échoué ? Peut-être que les bobos iront cet été plus en vacances en Corrèze qu’au bord du Zambèze ? Peut-être que les futurs salariés licenciés d’Air France seront recyclés dans la production d’éoliennes et autres énergies propres ?

L’étape suivante va concerner les difficultés annoncées dans la construction aéronautique, secteur de pointe important pour l’économie française et européenne…

Des montagnes de dettes qui s’accumulent

La France, comme nombre de ses partenaires occidentaux, déversent actuellement des montagnes d’argent sur son économie pour tenter de passer la crise sanitaire et de plus ou moins maintenir son système productif en état de repartir une fois que les citoyens (producteurs et consommateurs) seront déconfinés. Elément nouveau, l’Etat (c’est-à-dire ses contribuables) prend en charge le « chômage partiel » de millions de salariés et met en place un système équivalent pour les indépendants. Même le personnel de maison est éligible à ce système de chômage partiel. En gros, la République a décidé de rémunérer elle-même ses citoyens qui sont empêchés de travailler afin d’éviter leur licenciement par les entreprises qui sont à l’arrêt et de maintenir le système à flot, prêt pour la reprise. Cette tactique avait été mise en œuvre en Allemagne lors de la crise financière de 2008, avec un relatif succès. A défaut d’autres idées, on suppose que cette méthode produira aussi des effets positifs en 2020.

En termes de finances publiques le chômage partiel ne doit pas coûter beaucoup plus que le chômage classique, mais en trésorerie le déboursement est immédiat alors que si on avait laissé les entreprises licencier leurs personnels et attendre que ces derniers soient inscrit à Pôle-Emploi il aurait coulé de l’eau sous les ponts avant que l’assurance chômage ne soit mise à contribution. Outre son immédiateté, l’avantage majeur de ce système est de transférer la charge des salaires des citoyens qui ne travaillent plus temporairement des entreprises vers les cotisants/contribuables, préservant ainsi la capacité des entreprises à survivre et reprendre leurs activités dès le lendemain du déconfinement.

En outre, l’Etat a mis en place très rapidement un plan de garanties publiques des prêts aux entreprises (300 milliards d’euros) et mis sur pieds un plan de relance à démarrer dès après la crise. Pour autant que l’on puisse savoir ces actions sont relativement opérationnelles et nous sommes nombreux à constater autour de nous des exemples précis de salariés ou d’indépendants ayant perçu leurs indemnités de chômage partiel du mois de mars dès la mi-avril, ou d’entreprises ayant reçu la garantie publique de leur financement bancaire sur une simple déclaration sur un site internet.

Enfin, la banque centrale européenne (BCE) a accepté de refinancer les dettes des Etats pour des montants considérables (1 000 milliards d’euros) et l’Union européenne se prépare également à mettre en œuvre différents mécanismes budgétaires déjà disponibles pour financer les pays en crise et la relance qui, espère-t-on, devrait suivre. Tous ces montants annoncés risquent fortement d’être revus en hausse compte tenu de l’incertitude majeure dans laquelle se trouve l’économie mondiale.

Alors Mme. Michu se demande d’où vient tout cet argent et comment peut-il être aujourd’hui disponible alors qu’hier il ne l’était pas ? Majoritairement cet argent va être emprunté par nos Etats sur les marchés financiers, dans la mesure où l’on trouvera des prêteurs, et aux taux d’intérêt que ceux-ci voudront bien consentir. Pour ce qui concerne les rachats de dette publique de la BCE c’est un mécanisme un peu plus complexe qui permet de refinancer les créances que les établissements financiers prêteurs détiennent sur les Etats. En principe ces refinancements sont provisoires et se terminent lorsque les Etats ont remboursé leurs dettes. Il n’y a donc pas création définitive de monnaie centrale sauf… si les Etats ne remboursent pas ! Dans l’intervalle il y a création provisoire de monnaie centrale, qui devient définitive en cas de défaut de paiement des Etats. La théorie monétaire veut que si la création de monnaie est déconnectée de la production, l’ajustement se fait par l’inflation des prix. C’est ce qui s’est passé en Allemagne dans les années 30’ (avec les funestes conséquences que l’on connaît) et c’est ce qui se passe en Argentine depuis quelques années. On peut toutefois noter que la théorie monétaire ne sait pas trop expliquer pourquoi l’Occident garde une faible inflation malgré la création massive de monnaie centrale post-crise financière de 2008 ! C’est sans doute l’exception qui confirme la règle…

En France, des commentateurs aux connaissances économiques limitées et des hommes politiques roublards expliquent à Mme. Michu que ces montagnes de dettes ne seront jamais remboursées, qu’elles doivent être « annulées » et que cela peut être fait « sans conséquence » sur les citoyens. S’agissant de la dette des Etats, une annulation génèrera une perte identique chez les prêteurs et leur réaction immédiate de stopper de l’octroi de tous nouveaux financements. Les prêteurs ne sont pas les « méchants banquiers capitalistes » qui ne sont que des intermédiaires prêtant l’argent des citoyens. Par ses quelques économies placées à la Caisse d’épargne ou dans un contrat d’assurance-vie Mme. Michu prête aussi aux Etats. Comme nous le disions ce 14 avril dernier les ménages français disposent de 3 500 milliards d’épargne monétaire, eh bien une partie de ces 3 500 milliards est la contrepartie de la dette publique française de 2 300 milliards d’euros (avant la crise en cours). Ne pas rembourser cette dette revient à annuler une partie de cette épargne monétaire qui ne sera donc perdue pour Mme. Michu. C’est techniquement possible. Lorsque la République annule, par exemple, la dette des pays en développement elle renonce ainsi à des remboursements qui devaient venir financer ses propres dépenses, y compris pour rembourser sa propre dette et c’est donc Mme. Michu qui verra ses impôts financer ce que les remboursements desdits pays ne financeront plus. Simplement dans le cas d’espèce les montants en jeu sont d’une ampleur limitée et sont absorbés sans trop de difficultés par le budget de l’Etat.

Lire aussi : L’épargne des ménages risque d’être entamée.

Et si l’on dit à la place (comme l’assène les « souverainistes » français) : la BCE rachète définitivement les dettes publiques, voire finance directement les Etats, ce que l’on appelait autrefois « faire tourner la planche à billets » et créer plus de monnaie que la croissance de la production, eh bien Mme. Michu le paiera par de l’inflation qui amputera son pouvoir d’achat, et son épargne lorsqu’elle en dispose.

Dans un cas comme dans les autres, nous allons devoir tous payer ces montagnes de dettes qui s’accumulent par des impôts, par de l’inflation et, probablement, subir les affres de la décroissance car il apparaît désormais peu probable que l’économie mondiale reparte « comme avant » après un tel séisme.

CUSSET Catherine, ‘Vie de David Hockney’.

Sortie : 2018, Chez : Folio 6702.

La vie du peintre David Hockney (né en 1937) a été immaginée par Catherine Cusset sur la base des lectures approfondies qu’elle a faîte de tout ce qui est paru sur cet artiste. Elle précise dans son prologue qu’elle ne l’a jamais rencontré mais que « tout les faits sont vrais… [et qu’elle n’a inventé que] les sentiments, les pensées, les dialogues. »

Il en résulte un récit-roman illuminé par la passion du dessin et de la peinture qui a guidé, et continue de le faire, tous les instants de l’artiste. Il connut la réussite et la reconnaissance plutôt jeune, affichat ses préférences artistiques pour l’hyperréalisme sans égard pour une critique un peu élitiste. Qu’importe, ses œuvres ont toujours trouvé preneurs ce qui lui a permis de (bien) vivre comme il l’entendait. Partageant son temps entre Los Angeles et l’Europe, il s’est aussi consacré à la gravure, à la photographie et même à la numérisation quant il produit des œuvres sur iPhone et iPad. Il a également créé des décoords d’opéra.

Une vie très « Californie », très gay aussi, pleine de fêtes et de soleil comme ses célèbres toîles sur les piscines de la cité des anges. Une vie d’artiste inspiré, un peu miraculeuse par son succès et sa créativité, ainsi que les risques auxquels il s’est confronté dans son œuvre et son mode de vie. Toujours il a crée sous les bonnes étoiles qui l’on abrité et Catherine Cusset arrive à bien rendre ce climat plutôt joyeux et productif. On ne sait pas s’il est la réalité d’Hockney, c’est en tout cas l’idée que l’on s’en donne lorsque l’on admire ses toiles.

Lire aussi : David Hockney à Beaubourg

La Chine s’amuse

En période de pandémie planétaire, le Café du commerce international est en pleine activité. Ce fameux coronavirus est parti, a priori, de la ville de Wuhan en Chine. Le président américain l’a donc requalifié de « virus chinois » ce qui a tendance à légèrement énerver les dirigeants de Pékin. Comme certains autres Etats occidentaux en profitent également pour émettre des doutes sur la gestion de cette maladie par la Chine : aurait-elle déclaré ou pas tous les morts ? Le virus ne se serait-il pas échappé par accident d’un de ses laboratoires ? Et patati et patata. Bref, « des gouvernants de rencontre ont pu capituler, cédant à la beaufitude, oubliant l’intelligence, livrant le pays à l’abrutissement[1] ».

La Chine se défend avec la subtilité d’un nunuche de 8 ans dans une cour d’école primaire, un porte-parole du ministre des affaires étrangères accuse à son tour les Etats-Unis d’avoir diffusé le virus et les ambassadeurs chinois relaient la petite guéguerre. Un passage sur le site de l’ambassade de Chine permet de s’en persuader :

Certains présomptueux ont affirmé que « tant que le gouvernement garantira son bonheur et sa sécurité, le peuple chinois tolèrera ce régime autoritaire », mais que l’épidémie « met à mal le contrat entre le peuple et le régime ». Quelle ânerie ! La vocation première et la mission originelle des communistes chinois a toujours été la recherche du bonheur pour le peuple, et de la renaissance pour la nation.
C’est un engagement solennel vis-à-vis de la population. Face aux difficultés, le parti communiste chinois s’est toujours tenu aux côtés de son peuple. Jamais il ne l’abandonnera et le peuple chinois lui fait entièrement confiance. Ceux qui tentent de discréditer le PCC et de créer la discorde entre le peuple et le Parti se condamnent à l’échec et à l’humiliation. Pardonnez ma question mais, la vocation des partis de gouvernement en Occident est-elle autre que d’œuvrer pour le bonheur et la sécurité de leurs peuples ?

Chine Magazine 01/03/2020

Or, dans le même temps, en Occident, on a vu des politiciens s’entre-déchirer pour récupérer des voix ; préconiser l’immunisation de groupe, abandonnant ainsi leurs citoyens seuls face à l’hécatombe virale; s’entre-dérober des fournitures médicales ; revendre à des structures privées les équipements achetés avec l’argent public pour s’enrichir personnellement ; on a fait signer aux pensionnaires des maisons de retraite des attestations de « Renonciation aux soins d’urgence »; les personnels soignants des EHPADs (* *)ont abandonné leurs postes du jour au lendemain, ont déserté collectivement, laissant mourir leurs pensionnaires de faim et de maladie ; on a vu le Commandant d’un porte-avions demander à ses supérieurs l’autorisation d’accoster pour permettre à des marins infectés d’être traités à terre. Il a été limogé…, et j’en passe. Et pourtant, je n’ai pas vu beaucoup de reportages ou d’enquêtes approfondies des grands médias occidentaux révélant ces faits. Ces médias et ces experts, tant épris d’objectivité et d’impartialité, ont-ils donc une conscience ? Ont-ils la déontologie ?

Ambassade de Chine 12/04/2020

Le mieux serait que tous ces dirigeants bien payés par leurs contribuables, à l’Ouest comme à l’Est, fassent leur boulot au lieu de parader dans les médias pour savoir qui a « la plus grosse ». La Chine se serait honorée à ne pas répondre à cette querelle de bas étage mais à laisser parler les faits. Outres quelques centaines de milliers de morts, le coronavirus aura fait une nouvelle victime : l’intelligence collective des dirigeants politiques de la planète. Heureusement, les échos reçus du monde scientifique semblent démontrer que la collaboration entre scientifiques mondiaux est bonne et menée sur des bases de transparence et de sens de l’intérêt général, du moins pour ceux d’entre eux qui travaillent dans leurs laboratoires et non sur les plateaux télévisés.


[1] Inspiré par Mongénéral

C’est « compliqué » de parler français

On ne dit plus « c’est difficile de faire ceci » ou « c’est impossible de dire cela ». On dit « c’est compliqué de… » généralement suivi d’un « on va dire… » histoire de faire bonne mesure. Les tics verbaux compulsifs se dispersent dans l’atmosphère comme les postillons et leur virus.

BRONTË Emily, ‘Les Hauts de Hurle-Vent’.

Sortie : 1847, Chez : Le Livre de Poche n°105 (édition 1984)

L’un des romans les plus célèbres de la littérature britannique, voire mondiale, « Les Hauts de Hurle-Vent » ont marqué non seulement par la noirceur de l’atmosphère qui y est narrée mais aussi par la personnalité de son auteure Emily Brontë (1818-1848). Elle publia par ailleurs de nombreux poèmes en plus de cet unique roman sorti un an avant sa mort, de tuberculose, à 30 ans.

L’intrigue se passe dans l’environnement triste et montagneux du Yorkshire, là où vécut Emily avec ses deux sœurs et leur frère (deux autres sœurs aînées décèdèrent encore jeunes ainsi que leur mère) dans le presbytère dont leur père était le pasteur. L’intrigue démarre sur le thème d’un enfant abandonné, Heathcliff, recueuilli à Londres qui est ramené dans la famille Linton. Il va y semer un cataclysme émotionnel et matériel durable. On suit ses effets sur trois génération de Linton et de la famille Earnshaw qui lui est liée, entre la demeure de Hurlevent (Wuthering Height) et celle de Thrushcross Grange quelques kilomètres plus bas dans la vallée.

A la recherche désespérée de reconnaissance, Heathcliff va tomber amoureux de Catherine Earnshaw, la fille de son père adoptif. Et même une fois celle-ci mariée à un Linton, puis décédée, il continuera ses noirs desseins avant de rejoindre Catherine dans sa tombe au terme d’une folie destructrice qui ne laissera que ruines et dévastation dans les cœurs et les âmes de ce petit coin du Yorkshire. Le personnage d’Heathcliff est sans doute largement inspiré par celui de son frère Branwell addict aux drogues et à l’alcool et dont les violentes crises de délire ont marqué sa courte vie (il est décédé peu de temps avant elle et lui a probablement transmis la tuberculose dont il souffrait). Il n’est question dans ce récit que de malfaisance, de mort et de folie. Il est d’un romantisme sombre et surtout d’une incroyable maturité de la part de son auteure.

Dès ses plus jeunes années, Emily a créé des mondes imaginaires avec ses sœurs Charlotte, Anne et son frère, dans lesquels ils évoluaient ensemble et qui lui inspirèrent son abondante création poétique. Charlotte et Anne vont-elles aussi publier des romans, dont « Jane Eyre » pour la première. On ne sait pas grand-chose de la vie affective d’Emily sinon qu’elle dût être plutôt stérile compte tenu de l’époque et de l’environnement dans lesquels elle vécut. Mais la puissance de l’imagination et la réalité d’une vie dure et isolée, seulement illuminée par une culture classique assez exceptionnelle pour une femme à l’époque, lui ont permis d’écrire ce roman d’amour violent. C’est le miracle de l’écriture fondée sur l’inspiration.

Ce roman de légende a aussi guidé nombre de cinéaste et de musiciens, dont Kate Bush ou Genesis pour son album « Wind and Wuthering » qui reprend quelques extraits du livre dans ses paroles.

L’abrutissement publicitaire se poursuit même en période de confinement

Les radios et télévisions publiques diffusent plusieurs fois par heure des messages publicitaires informant les citoyens de l’épidémie de coronavirus en cours et des gestes « barrière » à appliquer pour en limiter les risques. Ils sont dévidés avec le même ton commercial traînant et horripilant que les publicités pour les barils de lessive. Sont-ils vraiment utiles ? Y-a-t-il encore vraiment dans ce pays des citoyens qui ignorent que nous sommes atteints par une pandémie et qu’il faut se laver les mains régulièrement ? C’est tout de même assez peu probable.

Mais c’est sans doute aussi la mission de service public radiotélévisé d’abrutir ses auditeurs et spectateurs en leur rentrant de force dans le cerveau ces messages sanitaires en utilisant les méthodes abêtissantes du marketing de masse. Il faut donc supporter, ce n’est pas très grave, juste un peu agaçant.

Décès de Christophe

Le musicien Christophe est décédé cette semaine à 74 ans d’un emphysème plus ou moins accéléré par le coronavirus baladeur. C’est un drôle de parcours que celui de cet artiste français, fils d’immigrés italiens, chanteur tendance yé-yé dans les années 60’ il était devenu ces dernières années une puriste du son et des productions sophistiquées, une sorte de Brian Eno à Montparnasse, produisant des musiques étranges et mystérieuse. Il cultivait par ailleurs son image d’oiseau de nuit, lunettes teintées et long cheveux blonds, dormant le jour, travaillant la nuit sur ses machines. Un personnage et un musicien intéressant !

Il a rejoint Lou Reed et David Bowie au paradis des rockers. Sa fille a suggéré au corps médical de Brest (où il avait été transporté en réanimation) de lui passer Just a Perfect Day et Heroes pour ses derniers instants. Un homme de goût !

Pavlov et le coronavirus

Parmi les réflexes pavloviens qui surgissent régulièrement dans le débat français, deux d’entre eux réapparaissent avec vigueur en ces temps de coronavirus baladeur : la fermeture des frontières et l’annulation de la dette africaine…

Quelle que soit la courbe des évènements, qu’il fasse beau ou qu’il pleuve, que l’économie croisse ou décroisse, que la criminalité baisse ou augmente, que les français soient heureux ou non, la droite conservatrice préconise la fermeture des frontières comme mode essentiel de gouvernement. Si ça va mal, c’est de l’étranger que vient le mal. Si cela va mieux, cela serait encore meilleur si les étrangers ne venaient pas consommer notre bonheur. Les Marine Le Pen et autres Thierry Mariani appellent sans cesse à la fermeture des frontières comme l’alpha et l’oméga de toute politique en France. L’Union européenne a d’ailleurs fermé ses frontières extérieures pour le moment mais ce n’est pas assez pour les tenants du nationalisme qui veulent fermer les frontières de l’Etat et non pas uniquement celles de l’Union [des Etats]. Ce n’est pas la décision qui a été prise à ce stade par les élus français.

Dans son intervention récente de lundi dernier, le président de la République française a appelé à « l’annulation de la dette africaine » pour aider ce continent à lutter contre le virus. C’est aussi un maronier de la doxa française : quoi qu’il se passe, annulons les dettes de l’Afrique ! Cela ne fait jamais de mal d’ânonner ce genre de slogan surtout lorsque l’on n’est plus le créditeur principal… La France (et donc ses contribuables) a déjà annulé par le passé des dizaines de milliards de dettes publiques au bénéfice des pays africains et délivre désormais son aide aux Etats des pays les moins avancés sous forme de dons. Evidemment cela fait moins de sous disponibles pour les bénéficiaires que lorsqu’elle distribuait généreusement des prêts en entretenant la fiction qu’ils seraient remboursés.

Il semble qu’une partie significative de la dette des pays les moins avancés soit désormais le fait de prêteurs privés et de la Chine (en tant qu’Etat ou via des prêteurs chinois privés). Il leur revient d’annuler, ou non, cette dette qui, soit dit en passant, ne concerne pas que le continent africain. Le G20 a entériné lors de sa réunion du 15 avril une suspension provisoire des remboursements dus par les pays les plus pauvres (the poorest countries) aux Etats membres et demandé aux créanciers privés de s’associer à cette initiative, sans bien sûr pouvoir l’exiger puisqu’il s’agit de prêteurs privés. Il a par ailleurs lancé une énième réflexion sur l’inextricable et permanent serpent de mer : comment continuer à prêter à bas taux à des emprunteurs qui ne sont pas en mesure de rembourser leurs dettes. Si la réponse est « il n’y a pas de solution », il faut alors transformer les financements en dons ce qui nécessite une plus grande générosité des contribuables des pays riches. Cela fait juste un siècle que cette question tourne en boucle sans trouver de réponse vraiment satisfaisante ni définitive… si ce n’est de ressortir à chaque choc économique que les pays pauvres ont bien entendu plus de difficultés à amortir que les pays riches.

We support a time-bound suspension of debt service payments for the poorest countries that request forbearance. We agreed on a coordinated approach with a common term sheet providing the key features for this debt service suspension initiative, which is also agreed by the Paris Club. All bilateral official creditors will participate in this initiative, consistent with their national laws and internal procedures. We call on private creditors, working through the Institute of International Finance, to participate in the initiative on comparable terms. We ask multilateral development banks to further explore the options for the suspension of debt service payments over the suspension period, while maintaining their current rating and low cost of funding. We call on creditors to continue to closely coordinate in the implementation phase of this initiative.

G20 Finance Ministers and Central Bank Governors Meeting 15 April 2020 [Virtual]

Le lien entre ces deux réflexes pavloviens est d’ailleurs que les partisans de la fermeture des frontières sont généralement contre l’annulation de dettes en faveur des pays pauvres, préférant favoriser leurs citoyens nationaux plutôt que des emprunteurs étrangers…

La France et ses fromages

 « Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 258 variétés de fromage ? »

Mongénéral

La théorie des 258 fromages ressurgit tous les jours en ces temps de pandémie de coronavirus. Le président de la République française a annoncé en début de semaine que le déconfinement des français va démarrer en principe le 11 mai par la réouverture des écoles mais sans doute un processus plus progressif pour les français considérés comme « vulnérables », les personnes âgées notamment.

Aussitôt était lancé le bal des pleureuses : « on réouvre les écoles trop tôt, comment s’assurer que des gamins de 5 ans puissent respecter les gestes barrières ? » disent les uns, « on ne peut pas ségréger les personnes âgées, c’est de la discrimination » se lamentent les autres. Le président aurait annoncé le déconfinement immédiat des personnes âgées mais provisoire des écoliers, les pleureuses auraient inversé leurs arguments.

Tout ceci est un peu décourageant… Nos sociétés sont habituées au « zéro risque » ou à ce que l’Etat assume tout pour eux. Nous sommes arrivés à une ère de déresponsabilisation globale des citoyens. La France a même constitutionalisé le « principe de précaution » en incluant l’article suivant dans la Chartres de l’environnement :

Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d’attributions, à la mise en œuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage.

Article 5 – Chartre de l’environnement

Depuis 25 ans il y a selon l’INSEE entre 520 et 620 mille décès « ordinaires » chaque année en France. L’épidémie actuelle a déjà fait environ 20 mille morts « directs » à ce jour. Il y en aura d’autres en attendant la mise au point de traitements et de vaccins. Comme il y aura probablement d’autres apparitions de nouveaux virus, certains dévastateurs, d’autres moins. Dans la situation actuelle il semble difficilement envisageable de garder le pays (comme la planète) à l’arrêt, il faudra bien redémarrer l’activité un jour ou l’autre. Les autorités ont décidé de lancer le processus ce 11 mai, de façon raisonnée, d’autres pays confinés adoptent plus ou moins un calendrier similaire. Appliquons-le avec intelligence, faisons confiance aux dirigeants qui font ce qu’ils peuvent avec l’aide de scientifiques et de praticiens. Ces gens n’ont pas pour objectif de décimer la population française mais d’encadrer ce retour à la vraie vie. Il reste encore nombre de questions sans réponses, des pénuries de matériel handicapantes, des théories qui s’affrontent, des spécialistes qui s’écharpent… Gouverner c’est choisir et donc prendre des risques. A la fin il faut bien prendre des décisions et il n’y en a pas d’incontestables ni de faciles. Dans le cas d’espèce il existe des mesures dîtes « barrière » qui permettent de limiter ces risques, suivons-les.

Bien sûr il va sûrement y avoir quelques gamins qui vont attraper ce virus du fait de leur retour à l’école, peut-être en mourir. Ce sera un drame indicible pour les familles concernées qui déclenchera à coup sûr des polémiques de plateaux télévisés sans fin. Mais c’est un risque que la collectivité s’apprête à prendre en cherchant à le contrôler autant que faire se peut. Nous sommes en présence d’une épidémie, personne ne l’a souhaitée et il faut bien faire avec. Son effet le plus immédiat est d’accroître le niveau de risque dans lequel évolue la société et ses citoyens. C’est ainsi.

Boris est sorti de l’hôpital

Coco / Charlie-Hebdo (23/10/2019)

Au début de la crise sanitaire, le premier ministre britannique Boris Johnson a fait partie des dirigeants occidentaux sceptiques quant à la gravité de ce virus, se vantant même à la télévision de ne pas respecter les gestes-barrière préconisés par le corps médical. Début 2020 le Royaume-Uni envisageait de suivre la stratégie de « l’immunisation de groupe » visant à laisser courir le virus pour qu’une majorité de citoyens s’auto-immunise quoi qu’il en coûte en nombre de morts.

Plus récemment, et devant les prévisions dramatiques de morbidité si on laissait la pandémie courir, M. Johnson s’est finalement résolu à ordonner le confinement de ses citoyens. Dans le même temps il informait le peuple qu’il était lui-même contaminé. Il dut être hospitalisé en soins intensifs la semaine dernière et se trouve maintenant en convalescence dans sa résidence, sans doute pas à 100% de ses capacités pour tenir la barre du Royaume.

Les négociations sur la relation future de la Grande-Bretagne avec l’Union européenne que Londres souhaitait conclure pour le 31 décembre 2020 sont au point mort et Boris Johnson a refusé de s’associer aux différents programmes de relance et de soutien mis en place dans le cadre de l’Union. Décidemment le Royaume-Uni reste tourné vers le large. Nous verrons dans 10 ans s’il a eu raison de persévérer dans son individualisme national.

Un nouveau tic verbal compulsif

On ne dit plus « des recommandations évolutives » mais des « injonctions contradictoires ». Ce nouveau terme est utilisé par les commentateurs mondains pour critiquer le fait que les positions des dirigeants et des scientifiques changent au fur et à mesure de la connaissance de ce méchant coronavirus.