« RBG – Ruth Bader Ginsburg » de Betsy West et Julie Cohen

Un joli documentaire de 2018 sur Ruth Bader Ginsgburg, icône démocrate féministe, avocate, juge fédérale puis nommée juge à la Cour suprême des Etats-Unis d’Amérique en 1993 et décédée il y a quelques jours. Le documentaire décrit son parcours : des parents juifs-russes immigrés d’Odessa qui incitent leur fille à faire les études qu’ils n’ont pas pu faire, l’université juridique, son mari rencontré à l’université, une carrière brillante qui se termine en apogée avec sa nomination à la Cour suprême où elle fut la deuxième femme à entrer. Le combat féministe guida sa vie et son action, mais un combat intelligent et apaisé qui fit probablement plus progresser la cause que la lutte excessive menée par certains de ses successeurs.

« RBG », un petit bout de femme énergique, convaincue, mesurée qui atteint le statut d’icone alors que la Cour suprême se droitisait progressivement avec les nominations de juges (ils sont nommés à vie) conservateurs. Elle n’hésita pas jusqu’au bout à émettre des avis contradictoires aux jugements majoritaires de la Cour. Sa seule faille ? Peut-être n’avoir pas démissionné sous la présidence Obama (elle avait déjà plus de 80 ans) pour être remplacée par un juge d’orientation démocrate alors que le président républicain Trump est en train de la remplacer par une juge très conservatrice, bloquant pour les prochaines décennies la majorité de cette Cour suprême dans une vision ultra-conservatrice.

Paris 1910-1937 : Promenades dans les collections Albert-Kahn à la Cité de l’Architecture

Vue du Trocadéro avant sa reconstruction pour l’exposition universelle de 1937

Albert Kahn (1860-1940) fut un banquier mécène et humaniste qui a consacré une partie de sa vie et de sa fortune à répertorier les richesses du monde à travers le projet les « Archives de la Planète ». Il a utilisé la technique naissante de l’autochrome (photo couleur) et du cinématographe pour documenter ces merveilles. La présente exposition montre une série de photos et de films sur le Paris de l’entre-deux guerres.

L’exposition de la Cité de l’Architecture est captivante sur l’histoire proche de notre capitale. On y apprend que le Palais du Trocadéro était d’un tout autre style que ce que nous connaissons aujourd’hui (cf. photo) et ressemblait plutôt à la basilique Sainte-Sophie. Il avait été construit pour l’exposition universelle de 1900 et l’actuel bâtiment l’a été pour celle de 1937. On voit des photos des murailles Vauban qui étaient censées protéger Paris des envahisseurs et qui montrèrent leur inefficacité durant les guerres allemandes de 1870 et 1914-18, qui furent détruites et remplacées par des logements pour répondre à la demande galopante. On s’arrête devant les vues des jardins ouvriers, des bidonvilles, des maisons closes…

Une époque où l’on hésitait moins qu’aujourd’hui à refonder la ville. Des quartiers entiers furent détruits et reconstruits, des monuments également au gré des expositions universelles qui se succédaient. Ce fonds Albert Kahn est un trésor (5 000 autochromes et 90 000 mètres de film) et sera de nouveau mis en valeur au musée départemental Albert Kahn en cours de rénovation à Boulogne-Billancourt : réouverture prévue pour 2021.

L’attirance pour le conflit

Un nouveau conflit international apparait dans le Caucase dans lequel la Turquie se précipite avec délices et empressement. Il s’agit en fait d’un très vieux litige qui oppose l’Azerbaïdjan et l’Arménie, obscurs anciens territoires soviétiques. A l’intérieur du territoire azerbaïdjanais tel que reconnu par la communauté internationale, une enclave peuplée majoritairement de citoyens d’origine arménienne a proclamé unilatéralement son indépendance en 1991 : le Haut-Karabagh qui compte environ 150 000 habitants pour la surface d’un petit département français. Cette situation est évidemment contestée par l’Azerbaïdjan et des affrontements armés se déroulent régulièrement entre cet Etat et la Haut-Karabagh sécessioniste. C’est une sorte de problème Serbie-Kosovo répliqué dans le Caucase. On s’en passerait bien.

Evidemment dès que la Turquie voit l’Arménie apparaître quelque part, elle est contre et prend position. Ici elle soutient fermement l’Azerbaïdjan (riche en ressources pétrolières) qui, de plus, est musulman (plutôt chiite quand la Turquie est plutôt sunnite, mais qu’importe). La Russie coopère avec les deux parties au conflit à qui elle vend des armes et qui font partie de son arrière-cour. La France, ainsi que d’autres pays européens, qui compte une communauté d’origine arménienne significative sur son territoire, soutient plutôt l’Arménie chrétienne.

Bref nous avons là un conflit régional de peu d’ampleur (à « bas-bruit » comme l’on dit désormais sur les plateaux télévisés branchés) comme il en existe tant dans les Balkans ou le Caucase. Le plus notable dans cette affaire est la célérité avec laquelle la Turquie plonge dans ce nouveau litige avec passion. La volonté de rétablir le lustre de l’empire ottoman à la face du monde emporte tout souci de diplomatie et de mesure. S’il faut attiser une nouvelle guerre étrangère eh bien la Turquie s’y engage sans barguigner. Après Chypre, l’Irak, la Syrie, la Libye, Ankara envoie des armes et des troupes (souvent supplétives) en dehors de ses frontières pour tenter d’y faire valoir sa loi. La Grèce n’a plus qu’à bien se tenir, l’Europe aussi d’ailleurs !

Comme la France en Afrique et au Moyen-Orient, la Turquie intervient et crée le trouble dans les territoires autrefois conquis. C’est le syndrome des anciennes puissances coloniales qui n’arrivent pas à se détacher de leurs possessions passées ni à tourner la page de leur statut d’empire déchu. La Turquie veut reconstruire l’empire ottoman quand la France se demande comment se « débarrasser » des confettis du sien ; la Nouvelle-Calédonie continue à refuser son indépendance et les pays africains appellent les armées françaises à leur secours pour assurer leur survie, en Centrafrique, au Sahel, même au Liban… Dans les deux cas, contraintes ou recherchées, ces interventions étrangères sont néfastes et, très probablement, condamnées à l’échec pour les pays intervenants comme pour ceux qui sont envahis.