Des députés sous pseudonymes

A l’occasion d’affrontements violents ayant abouti au meurtre à Lyon en février dernier d’un militant d’extrême droite par des membres supposés de la Jeune Garde, organisation « antifa » en voie de dissolution, on apprend qu’un député de la République peut légalement être enregistré sous un pseudonyme. C’est le cas de Raphaël Arnault qui a fait les grands titres de la presse ces dernières semaines car il fut l’un des co-fondateurs de la Jeune Garde en 2018. Selon sa fiche Wikipédia il semble qu’à l’état civil il s’appelle Raphaël Archenault, ce qu’il n’a jamais démenti. Le député fat partie du groupe de gauche propalestinienne La France insoumise (LFI).

Sa page sur le site de l’assemblée nationale nous apprend qu’il était, avant son élection, « Employé civil et agent de service de la fonction publique ». Sa déclaration (obligatoire) « Intérêts et Activités » précise qu’il était « assistant d’éducation » de 2020 jusqu’à son élection en 2024 et porte-parole de la Jeune Garde jusqu’à sa dissolution le 12/06/2025, le mouvementy est qualifié de « Jeune garde antifaciste ». Il est également précisé que le contrat de son collaborateur parlementaire, Jacques-Elie Favrot, mis en examen dans le meurtre de Lyon, a été résilié en février 2026.

On se demanda ce qui peut pousser un député à se faire élire sous pseudonyme ? Du fait de son aspect public, cette fonction élective devrait par nature être transparente. M. Arnault a à son passif une condamnation définitive à de la prison avec sursis pour « violences volontaires en réunion », peut-être voulait-il masquer son lien avec cet épisode ? Si tel est le cas il a juste sous-estimé le fait qu’aujourd’hui bien peu d’évènements peuvent rester cachés, surtout s’agissant d’un homme politique. Peut-être plus simplement est-ce une référence au bon vieux temps de la semi-clandestinité dans laquelle la génération précédente d’extrême gauche s’est cachée avec des « blazes » lorsqu’elle adhérait à la Gauche prolétarienne ou autres mouvements trotskystes assimilés dans les années 1960-1970. Cambadélis se faisait alors appeler « Kostas », Jospin avait choisi « Michel », etc. Les « gauchistes » d’aujourd’hui qui semblent plus préoccupés par la bagarre que par l’idéologie et manient mieux la batte de base-ball que la dialectique, se donnent ainsi sans doute un air de vrai révolutionnaire à peu de frais.

Il n’en reste pas moins que l’on peut s’interroger sur l’opportunité de laisser la latitude aux députés de s’enregistrer sous un faux nom à l’assemblée nationale lorsqu’ils y sont élus. A moins que des motifs sérieux à cette liberté nous échappent, sa suppression serait opportune.

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