Jeunes sans frontières et sans contraintes

Dans les dîners en ville la jeunesse s’émeut qu’il faille obtenir et payer une Autorisation de voyage électronique (ETA) pour entrer au Royaume-Uni, même pour un court séjour. Pire encore, les Etats-Unis d’Amérique envisageraient de rendre obligatoire la mention de ses comptes sur les réseaux dits « sociaux » lors de la demande de visa pour entrer sur ce territoire ; elle est pour le moment facultative. Il s’agirait pour les autorités douanières américaines de pouvoir refuser l’entrée à des étrangers qui auraient dit ou écrit du mal des Etats-Unis ou de ses dirigeants.

C’est ce qu’on appelle des frontières ! Evidemment, nos jeunes dopés aux programmes Erasmus qui n’ont jamais rien connu d’autre que la libre circulation des biens et des personnes entre les pays membres de l’Union européenne (UE) et la presque-disparition des frontières entre les pays membres et signataires des accords de Schengen, ont un peu oublié le concept même de frontière. Ils comprennent difficilement pourquoi ils doivent demander l’autorisation du gouvernement britannique et payer 20 livres pour aller à Londres, ou donner les références de leurs comptes TikTok à la douane américaine pour rentrer, éventuellement.

A une époque où une grande partie des citoyens et de la classe politique se lamentent au sujet des « abandons de souveraineté » que la France, comme tous les pays-membres, a consenti au profit de l’UE, le retour des frontières et des visas donnent un aperçu de ce que pourrait être la récupération de certains de ces éléments de souveraineté. Demander un visa ou un ETA n’est pas bien pénalisant même si légèrement contraignant. L’Autorisation de voyage électronique demandée par les autorités britanniques n’est en fait que la version moderne des petites fiches cartonnées que les anciens remplissaient dans l’avion avant le débarquement pour remise au douanier avec son passeport. Si malgré tout on ne veut pas se soumettre à ces formalités trop « intrusives », il suffit de ne pas se rendre au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis.

Ces petites contraintes devraient permettre d’éclairer la réflexion de chacun sur les avantages et inconvénients pour un pays comme la France à faire partie, ou pas, d’une alliance politique et commerciale comme l’UE. Comme chaque décision il y a du pour et du contre, le bilan consiste à faire la somme des « + » et des « – » et de se positionner en conséquence. Le Royaume-Uni a montré qu’il était possible de quitter l’Union européenne si le peuple le voulait. On peut aussi rétablir les frontières intra-européennes, après tout, les accords de Schengen qui les ont abolis ne datent que de 1985 et l’Europe a vécu pendant des siècles avec des frontières dont les franchissements furent plus ou moins fluides selon les époques et les pays. Mais dans ce cas il vaut mieux être cohérents et arrêter de se lamenter sur les « contraintes » que représenteraient les visas ou les ETA.