Sortie : 1921, 1922 & 1950, Chez : Editions Bernard Grasset.
André Maurois (1885-1967, de son vrai nom Emile Herzog, est un écrivain français, proche du philosophe Alain, issu d’une famille juive alsacienne qui a quitté l’Alsace après la guerre de 1870 afin de rester français. Durant la première guerre mondiale il sert comme agent de liaison interprète auprès des forces britanniques sur le front des Flandres.
« Les silences du colonel Bramble » parlent de cette expérience guerrière, sans doute de façon romancée mais basée sur sa propre expérience. Malgré les circonstances tragiques il raconte avec affection ses relations avec l’Etat-major britannique dont il retrace la diversité et le sens de l’humour inégalable de ce peuple aux expériences mélangées. L’un est écossais, l’autre revient des colonies britanniques d’Asie, tous affichent ce détachement propre aux citoyens de Sa Majesté. Même au cœur de la mitraille ce petit monde galonné ne manque pas la cérémonie du thé l’après-midi ou du whisky après le dîner, tout en philosophant sur la bataille.
Mais si nous laissions passer ce moment où nous pourrions paraître donner la paix plutôt que de la recevoir, je crains fort que cet éclat éblouissant ne s’évanouisse en fumée. Et si le destin nous réservait des revers, je tremble en pensant à la paix qu’imposerait à des vaincus un ennemi qui a le courage de la refuser à des vainqueurs…
On a du mal à croire à autant de détachement dans l’environnement des tranchées et on se demande si Maurois n’a pas un peu enjolivé le tableau. Il rapporte en tout cas avec admiration et tendresse cette attitude britannique qui force l’admiration.
Et comme Aurelle (le narrateur) noua une relation forte avec le Dr O’Grady, ils continuèrent à se voir après-guerre alors qu’il poursuit sa carrière d’écrivain et que son ami docteur parcours la monde. Ensemble, et autour d’un bon whisky bien entendu, ils philosophent sur la seconde guerre mondiale qui s’est terminée sur le feu nucléaire et sur le temps qui passe, toujours avec humour et profondeur.
Sur la guerre :
Les barbares ont toujours donné l’assaut aux empires trop heureux et […] il n’est pas plus possible de changer la nature des hommes que celles des vautours ou des tigres.
Sur la cuisine anglaise :
Le plaisir pris à manger est toujours un mauvais signe. La gourmandise est la consolation de l’impuissance.
« Les discours du Dr. O’Grady » ont été publiés en 1922, « Les nouveaux discours… » en 1950. L’un et l’autre complétant « Les silences du colonel… », forment un bel hommage à l’amitié franco-britannique, à l’histoire de deux peuples qui se sont tant affrontés durant l’Histoire mais qui se sont finalement réconciliés sur des valeurs communes qu’ils abordent chacun avec leur propre attitude et, pour toujours, séparés par la Manche.


