Sortie : 1922, Chez : Calmann-Lévy
La saga des Forsyte est un monument de la littérature britannique écrit au début du XXe siècle par John Galsworthy (1867-1933) qui a reçu le prix Nobel de littérature en 1932. Lui-même issu d’un milieu bourgeois aisé, il décrit dans les trois volumes de sa saga l’atmosphère de ce milieu de la bourgeoisie victorienne, niché à Londres au cœur de l’Empire britannique. Et il le fait avec ce sens de l’humour et de l’autodérision si propre à nos voisins anglais.
C’est un régal de suivre les voies empruntées par les branches de cette famille Forsyte à travers quatre générations qui s’étagent entre 1880 et 1920. Les affairistes croisent des artistes dans les demeures prospères de Londres, les conservateurs cohabitent avec les progressistes. Les guerres viennent mordre le bon ordonnancement des traditions et briser le cœur des mères. Comme souvent, l’amour vient perturber les trajectoires tracées depuis des décennies pour les membres du clan, et pas toujours pour le mieux. Mais, quoi qu’il arrive, la richesse de la famille continue de croître !
Trois volumes de 400 pages chacun que le lecteur dévore, écrits dans un style agréable et fondés sur une analyse très subtile des comportements humains.
Evidemment, les personnages traversent aussi l’histoire : le décès de la Reine Victoria, la guerre des Boers en Afrique du sud, prélude au démantèlement de l’Empire, la première guerre mondiale ; mais aussi la lente évolution des mœurs au sein d’un Angleterre particulièrement accrochée à ses principes et ses traditions. Comme souvent, les jeunes générations poussent les plus anciennes vers la sortie, avec plus ou moins d’égards et c’est ainsi qu’évolue une nation, même si le peuple britannique n’a jamais vraiment brisé le cadre qui la fonde, et c’est sans doute une de ses qualités.
Le Propriétaire (publié en 1906)
Le vieux Joylon Forsyte, à la tête d’un patrimoine important qu’il continue de gérer au mieux des intérêts de la famille, est reconnu comme le chef incontestable de celle-ci. Mais il doit aussi gérer les écarts de sa famille par rapport aux valeurs ancestrales de celle-ci, dont l’appât du gain bien entendu. La génération suivante, celle de ses enfants, neveux et nièces n’ont pas tous l’intention de suivre la voie tracée par les traditions Forsyte.
Soames, notamment, son neveu n’est pas aimé par sa femme Irène, avec qui il a conclu un mariage arrangé et intéressé, mais il en reste désespérément amoureux. Ses méthodes de forban de la bourse appliquées à son ménage vont mener au désastre. Et Irène va céder aux avances d’un cousin de Soames… Scandale !
Aux aguets (publié en 1920)
Soames qui souhaite laisser ses biens à un héritier veut maintenant divorcer d’Irène pour se remarier et avoir un fils. Ce divorce, particulièrement mal vu à cette époque en Angleterre, surtout dans ce milieu, sera mené douloureusement. Soames aura une fille et Irène, de son côté enfantera d’un fils avec Joylon le jeune. Le premier, marié à une femme française continuera à mener son ménage comme une entreprise, sans amour. La seconde vit au contraire en pleine félicité amoureuse avec un Forsyte artiste et sensible.
A louer (publié en 1921)
Et l’histoire se poursuit avec la quatrième génération, mais se complique. Voilà que Jon, le fils d’Irène, tombe amoureux de Fleur, la fille de Soames, alors que les deux branches de la famille sont toujours fâchées depuis le divorce scandaleux, Soames toujours amoureux d’Irène mais incapable de l’aimer, ainsi qu’Irène, n’envisagent pas de devenir grands-parents de la même descendance. Mais Irène veut le bonheur de son fils alors que Soames veut assurer le devenir de la famille Forsyte dans sa rigidité.
Le suspens dure jusqu’aux dernières pages : amour contre valeurs !

