Pas très gaie la Gay Pride

Je me laisse surprendre ce soir à la Bastille par la fin de la Gay Pride ou plus exactement la Marche des Fiertés LGBT (lesbiennes-gay-bi & trans). Je suis en retard à mon dîner mais, retard pour retard, je reste 10 mn sur la place pour observer. C’est tout de même assez particulier. Je vois le char des Ginettes Armées avec une bande de lesbiennes musclées-tatouées-rasées qui se déhanchent aux rythmes d’une techno inaudible, je vois un gay bedonnant torse nu-poilu en slip paillettes embrasser à pleine bouche son ami, je vois des drag-queens chercher à séduire des CRS, je vois un monde assez incroyable, très saturé de bière, j’entends le maire de Paris et quelques politicards de service à la pêche aux voix et je ne suis pas bien sûr que tout ceci fasse du bien à la cause. Le risque est sans doute que si notre parlement vote une loi antiburqa quelques conservateurs rajoutent subrepticement un article pour interdire à ces zozos de parader ainsi. A 1h du matin, la Bastille est un immense champ de bataille et un cimetière de bouteilles cassées, une très forte et aigre odeur d’urine pèse sur tout le quartier.

A quoi peut donc bien servir un ministre des Sports ?

A l’occasion de la nomination d’un nouveau gouvernement on se sluvient qu’il existe un ministre des Sports dans notre République. Soit ! Mais à quoi peut servir un ministre des Sports dans une démocratie ? Que fait-il le matin en arrivant à son bureau ? Les enjeux en matière de sport sont-ils si importants qu’ils doivent être réglés à l’échelon politique ministériel ? Est-ce qu’un bon fonctionnaire (voire haut-fonctionnaire) ne serait-il pas capable de gérer correctement le budget affecté aux sportifs ?

La France dépensière

Sarkozy, le président hyper-agité présente le principe d’un emprunt national comme une grande avancée conceptuelle et le fruit d’une politique subtile. Bon, en fait, c’est juste un moyen de financement qui tombera dans le trou du déficit de la République. Il est étonnant qu’il n’y ait pas un journaliste ou un économiste pour rappeler aux citoyens que la trésorerie de l’Etat est fongible et quelle que soit l’origine de ses ressources : impôts, bons du trésor, emprunts sur les marchés financiers ou chez les particuliers, ces ressources ne sont pas affectées à des dépenses particulières mais financent les besoins de l’Etat.

Il vaudrait donc mieux expliquer les tenants et aboutissants du plan de survie/relance de l’économie française, ainsi que ses coûts, plutôt que de citer les outils techniques mis en œuvre pour payer ces coûts. Ce ne sont que des outils au service d’une politique, sans grand intérêt à détailler.

En réalité se cache derrière cette communication tonitruante une illusion : la volonté de l’Etat de montrer le soutien du peuple qui souscrira à cet emprunt. Pour remporter ce succès, il consentira des conditions attractives pour le particulier et sans doute plus coûteuses que pour une émission de bons du trésor sur les marchés financiers qui sont plutôt gourmands ces derniers temps de la signature française.

Beaucoup plus grave, l’affirmation présidentielle que les impôts n’augmenteront pas. C’est un mensonge lourd de conséquence car il est clair que les montagnes de dettes accumulées ces derniers mois (et le pire reste à venir) vont évidemment générer un accroissement de la pression fiscale. Ce n’est pas le retour d’une molle croissance qui permettra de rembourser les créanciers de la République. Les enfants de nos enfants continueront à payer pour les errements financiers de notre génération. On ne réduit pas un déficit en lançant un emprunt mais en diminuant l’écart entre les dépenses et les recettes. On ne règle pas une crise de l’endettement en empruntant.

A la soupe

Ça commence : Hortefeux élu député européen semble devoir renoncer à ce poste pour rester ministre. S’il est plus utile à la République qu’à l’Union européenne il eut été plus honnête de ne pas se présenter aux élections pour une place de député européen… Comme l’on parle également de Barnier comme commissaire français, ce qui l’amènerait également à renoncer à son poste tout frais de député européen, il ne faut pas trop s’étonner que l’électeur communautaire pris pour un gogo se désintéresse du sujet !

Saint Hervé

C’est la Saint Hervé : à part saint Yves de Tréguier, il n’est pas de saint aussi populaire que lui en Bretagne. Il était né dans une famille de bardes. Aveugle depuis son jeune âge, guidé par un loup, selon la légende, il mena une vie de pèlerin. Un jour cependant, il se fixa à Plouvien, puis à Lan-Houarneau (Herwan ou Hervé en breton) où il se consacra à Dieu pour en chanter les louanges dans le monastère qu’il y fonda. Certains avancent qu’il vivait avec ses loups à l’endroit qui s’appelle actuellement l’ermitage Saint-Hervé à Tréouergat. Il s’agit d’un petit bois où on peut encore trouver les traces une ancienne chapelle, d’un abri (sans doute celui de Saint Hervé), ainsi qu’une fontaine qui laisse toujours couler de l’eau.

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Du racolage à tous les étages

Il faut lire les tracts électoraux officiels du scrutin européen de demain dimanche. Rien de bien percutant ; intriguant néanmoins, la liste « antisioniste pour une Europe libérée de la censure du communautarisme des spéculateurs et de l’OTAN » de Dieudonné Mbala Mbala, humoriste amer, qui inclut un coupon réponse proposant trois options : (i) je soutiens la liste antisioniste, (ii) je soutiens financièrement la liste antisioniste et (iii) je suis sioniste et je soutiens Tsahal !

Dieudonné a organisé en direct lors de l’un de ses récents meetings un coup de fil avec Carlos depuis sa prison de la santé qui soutient la liste antisioniste. Comment est-ce possible ? Comment Carlos, terroriste condamné à perpétuité, qui a fait trembler l’Occident pendant des années, peut-il tranquillement téléphoner à Dieudonné du fond de sa prison ? Est-ce que la loi ne peut rien contre une telle situation, ne pourrait-on coincer le Dieudonné pour ce soutien qui devrait au minimum pouvoir être qualifié d’illégal ? La faiblesse des démocraties face à ces alliances nauséabondes est insondable.

Pendant ce temps le pédégé de la branche média du groupe Lagardère (Didier Quillot) fêtait hier soir son anniversaire sur une péniche de bord de Seine. Le collectif Sauvons les Riches a arraisonné la péniche et ses membres déguisés en pirate font une haie d’honneur aux invités où ils ont reconnu toute une palanquée de mondains médiatico-politicards. Les jet-setters surpris par cet accueil réagissent plus ou moins bien. On y trouve entre autres Messier, Xavier Bertrand, Elkabbach et l’ineffable BHL. Tapie n’a pas été signalé, ce sera pour l’an prochain. Rigolo !

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La question de la Tong

C’est le retour des beaux jours et de la Tong en ville. C’est étrange cette capacité des jeunes filles à marcher en tongs sur le béton parisien. D’abord cette savate nécessite des pieds élégants et agiles pour être portée avec nonchalance. Ce n’est malheureusement pas le cas de la majorité des citoyens amateurs de tongs. Ensuite, crapahuter en ville avec de telles sandales entraîne en quelques minutes un noircissement des pieds des impétrants, état de fait difficile à cacher bien entendu. Le recyclage d’une savate de plage en chaussure de ville ne présente a priori que des inconvénients techniques, mais quels avantages acquis n’abandonnerions-nous pas au profit du look ?

L’extrême gauche toujours vivace

Etonnante interview écrite de Julien Coupat, mis en examen pour terrorisme et soupçonné de sabotage de caténaires de la SNCF. On y découvre un stupéfiant discours extrême. Quelques extraits :

Vous reconnaissez-vous dans les qualifications de « mouvance anarcho-autonome » et d' »ultragauche » ?

Laissez-moi reprendre d’un peu haut. Nous vivons actuellement, en France, la fin d’une période de gel historique dont l’acte fondateur fut l’accord passé entre gaullistes et staliniens en 1945 pour désarmer le peuple sous prétexte d' »éviter une guerre civile ». Les termes de ce pacte pourraient se formuler ainsi pour faire vite : tandis que la droite renonçait à ses accents ouvertement fascistes, la gauche abandonnait entre soi toute perspective sérieuse de révolution. L’avantage dont joue et jouit, depuis quatre ans, la clique sarkozyste, est d’avoir pris l’initiative, unilatéralement, de rompre ce pacte en renouant « sans complexe » avec les classiques de la réaction pure – sur les fous, la religion, l’Occident, l’Afrique, le travail, l’histoire de France, ou l’identité nationale.

Face à ce pouvoir en guerre qui ose penser stratégiquement et partager le monde en amis, ennemis et quantités négligeables, la gauche reste tétanisée. Elle est trop lâche, trop compromise, et pour tout dire, trop discréditée pour opposer la moindre résistance à un pouvoir qu’elle n’ose pas, elle, traiter en ennemi et qui lui ravit un à un les plus malins d’entre ses éléments. Quant à l’extrême gauche à-la-Besancenot, quels que soient ses scores électoraux, et même sortie de l’état groupusculaire où elle végète depuis toujours, elle n’a pas de perspective plus désirable à offrir que la grisaille soviétique à peine retouchée sur Photoshop. Son destin est de décevoir.

Dans la sphère de la représentation politique, le pouvoir en place n’a donc rien à craindre, de personne. Et ce ne sont certainement pas les bureaucraties syndicales, plus vendues que jamais, qui vont l’importuner, elles qui depuis deux ans dansent avec le gouvernement un ballet si obscène. Dans ces conditions, la seule force qui soit à même de faire pièce au gang sarkozyste, son seul ennemi réel dans ce pays, c’est la rue, la rue et ses vieux penchants révolutionnaires. Elle seule, en fait, dans les émeutes qui ont suivi le second tour du rituel plébiscitaire de mai 2007, a su se hisser un instant à la hauteur de la situation. Elle seule, aux Antilles ou dans les récentes occupations d’entreprises ou de facs, a su faire entendre une autre parole.

Cette analyse sommaire du théâtre des opérations a dû s’imposer assez tôt puisque les renseignements généraux faisaient paraître dès juin 2007, sous la plume de journalistes aux ordres (et notamment dans Le Monde) les premiers articles dévoilant le terrible péril que feraient peser sur toute vie sociale les « anarcho-autonomes ». On leur prêtait, pour commencer, l’organisation des émeutes spontanées, qui ont, dans tant de villes, salué le « triomphe électoral » du nouveau président.

La police vous considère comme le chef d’un groupe sur le point de basculer dans le terrorisme. Qu’en pensez-vous?

Une si pathétique allégation ne peut être le fait que d’un régime sur le point de basculer dans le néant.

Que signifie pour vous le mot terrorisme ?

Rien ne permet d’expliquer que le département du renseignement et de la sécurité algérien suspecté d’avoir orchestré, au su de la DST, la vague d’attentats de 1995 ne soit pas classé parmi les organisations terroristes internationales. Rien ne permet d’expliquer non plus la soudaine transmutation du « terroriste » en héros à la Libération, en partenaire fréquentable pour les accords d’Evian, en policier irakien ou en « taliban modéré » de nos jours, au gré des derniers revirements de la doctrine stratégique américaine.

Rien, sinon la souveraineté. Est souverain, en ce monde, qui désigne le terroriste. Qui refuse d’avoir part à cette souveraineté se gardera bien de répondre à votre question. Qui en convoitera quelques miettes s’exécutera avec promptitude. Qui n’étouffe pas de mauvaise foi trouvera un peu instructif le cas de ces deux ex – « terroristes » devenus l’un premier ministre d’Israël, l’autre président de l’Autorité palestinienne, et ayant tous deux reçus, pour comble, le Prix Nobel de la paix.

Le flou qui entoure la qualification de « terrorisme », l’impossibilité manifeste de le définir ne tiennent pas à quelque provisoire lacune de la législation française : ils sont au principe de cette chose que l’on peut, elle, très bien définir : l’antiterrorisme dont ils forment plutôt la condition de fonctionnement. L’antiterrorisme est une technique de gouvernement qui plonge ses racines dans le vieil art de la contre-insurrection, de la guerre dite « psychologique », pour rester poli.

L’antiterrorisme, contrairement à ce que voudrait insinuer le terme, n’est pas un moyen de lutter contre le terrorisme, c’est la méthode par quoi l’on produit, positivement, l’ennemi politique en tant que terroriste. Il s’agit, par tout un luxe de provocations, d’infiltrations, de surveillance, d’intimidation et de propagande, par toute une science de la manipulation médiatique, de l' »action psychologique », de la fabrication de preuves et de crimes, par la fusion aussi du policier et du judiciaire, d’anéantir la « menace subversive » en associant, au sein de la population, l’ennemi intérieur, l’ennemi politique à l’affect de la terreur.

L’essentiel, dans la guerre moderne, est cette « bataille des cœurs et des esprits » où tous les coups sont permis. Le procédé élémentaire, ici, est invariable : individuer l’ennemi afin de le couper du peuple et de la raison commune, l’exposer sous les atours du monstre, le diffamer, l’humilier publiquement, inciter les plus vils à l’accabler de leurs crachats, les encourager à la haine. « La loi doit être utilisée comme simplement une autre arme dans l’arsenal du gouvernement et dans ce cas ne représente rien de plus qu’une couverture de propagande pour se débarrasser de membres indésirables du public. Pour la meilleure efficacité, il conviendra que les activités des services judiciaires soient liées à l’effort de guerre de la façon la plus discrète possible », conseillait déjà, en 1971, le brigadier Frank Kitson [ancien général de l’armée britannique, théoricien de la guerre contre-insurrectionelle], qui en savait quelque chose.

Une fois n’est pas coutume, dans notre cas, l’antiterrorisme a fait un four. On n’est pas prêt, en France, à se laisser terroriser par nous. La prolongation de ma détention pour une durée « raisonnable » est une petite vengeance bien compréhensible au vu des moyens mobilisés, et de la profondeur de l’échec; comme est compréhensible l’acharnement un peu mesquin des « services », depuis le 11 novembre, à nous prêter par voie de presse les méfaits les plus fantasques, ou à filocher le moindre de nos camarades. Combien cette logique de représailles a d’emprise sur l’institution policière, et sur le petit cœur des juges, voilà ce qu’auront eu le mérite de révéler, ces derniers temps, les arrestations cadencées des « proches de Julien Coupat ».

Il faut dire que certains jouent, dans cette affaire, un pan entier de leur lamentable carrière, comme Alain Bauer [criminologue], d’autres le lancement de leurs nouveaux services, comme le pauvre M. Squarcini [directeur central du renseignement intérieur], d’autres encore la crédibilité qu’ils n’ont jamais eue et qu’ils n’auront jamais, comme Michèle Alliot-Marie.

Vous êtes issu d’un milieu très aisé qui aurait pu vous orienter dans une autre direction…

« Il y a de la plèbe dans toutes les classes » (Hegel).

Vous définissez-vous comme un intellectuel? Un philosophe ?

La philosophie naît comme deuil bavard de la sagesse originaire. Platon entend déjà la parole d’Héraclite comme échappée d’un monde révolu. A l’heure de l’intellectualité diffuse, on ne voit pas ce qui pourrait spécifier « l’intellectuel », sinon l’étendue du fossé qui sépare, chez lui, la faculté de penser de l’aptitude à vivre. Tristes titres, en vérité, que cela. Mais, pour qui, au juste, faudrait-il se définir?

Comment analysez-vous ce qui vous arrive?

Détrompez-vous : ce qui nous arrive, à mes camarades et à moi, vous arrive aussi bien. C’est d’ailleurs, ici, la première mystification du pouvoir : neuf personnes seraient poursuivies dans le cadre d’une procédure judiciaire « d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », et devraient se sentir particulièrement concernées par cette grave accusation. Mais il n’y a pas d' »affaire de Tarnac » pas plus que d' »affaire Coupat », ou d' »affaire Hazan » [éditeur de L’insurrection qui vient]. Ce qu’il y a, c’est une oligarchie vacillante sous tous rapports, et qui devient féroce comme tout pouvoir devient féroce lorsqu’il se sent réellement menacé. Le Prince n’a plus d’autre soutien que la peur qu’il inspire quand sa vue n’excite plus dans le peuple que la haine et le mépris.

Ce qu’il y a, c’est, devant nous, une bifurcation, à la fois historique et métaphysique: soit nous passons d’un paradigme de gouvernement à un paradigme de l’habiter au prix d’une révolte cruelle mais bouleversante, soit nous laissons s’instaurer, à l’échelle planétaire, ce désastre climatisé où coexistent, sous la férule d’une gestion « décomplexée », une élite impériale de citoyens et des masses plébéiennes tenues en marge de tout. Il y a donc, bel et bien, une guerre, une guerre entre les bénéficiaires de la catastrophe et ceux qui se font de la vie une idée moins squelettique. Il ne s’est jamais vu qu’une classe dominante se suicide de bon cœur.

La révolte a des conditions, elle n’a pas de cause. Combien faut-il de ministères de l’Identité nationale, de licenciements à la mode Continental, de rafles de sans-papiers ou d’opposants politiques, de gamins bousillés par la police dans les banlieues, ou de ministres menaçant de priver de diplôme ceux qui osent encore occuper leur fac, pour décider qu’un tel régime, même installé par un plébiscite aux apparences démocratiques, n’a aucun titre à exister et mérite seulement d’être mis à bas ? C’est une affaire de sensibilité.

La servitude est l’intolérable qui peut être infiniment tolérée. Parce que c’est une affaire de sensibilité et que cette sensibilité-là est immédiatement politique (non en ce qu’elle se demande « pour qui vais-je voter ? », mais « mon existence est-elle compatible avec cela ? »), c’est pour le pouvoir une question d’anesthésie à quoi il répond par l’administration de doses sans cesse plus massives de divertissement, de peur et de bêtise. Et là où l’anesthésie n’opère plus, cet ordre qui a réuni contre lui toutes les raisons de se révolter tente de nous en dissuader par une petite terreur ajustée.

Nous ne sommes, mes camarades et moi, qu’une variable de cet ajustement-là. On nous suspecte comme tant d’autres, comme tant de « jeunes », comme tant de « bandes », de nous désolidariser d’un monde qui s’effondre. Sur ce seul point, on ne ment pas. Heureusement, le ramassis d’escrocs, d’imposteurs, d’industriels, de financiers et de filles, toute cette cour de Mazarin sous neuroleptiques, de Louis Napoléon en version Disney, de Fouché du dimanche qui pour l’heure tient le pays, manque du plus élémentaire sens dialectique. Chaque pas qu’ils font vers le contrôle de tout les rapproche de leur perte. Chaque nouvelle « victoire » dont ils se flattent répand un peu plus vastement le désir de les voir à leur tour vaincus. Chaque manœuvre par quoi ils se figurent conforter leur pouvoir achève de le rendre haïssable. En d’autres termes : la situation est excellente. Ce n’est pas le moment de perdre courage.

Fascinant ! On en vient à se demander à quoi ce jeune intellectuel a pu être biberonné pour développer une telle pensée au XXIème siècle. Le délit d’opinion n’est plus reconnu par le droit français mais on ne peut s’empêcher de penser que l’auteur d’un tel texte est capable d’avoir posé des bouts de ferraille sur des caténaires de la SNCF.

La protection sociale française coûte cher

Intéressant (mais compliqué) rapport de l’INSEE (dit rapport « Cotis » du nom de son directeur général) sur le partage de la valeur ajoutée, des profits et les écarts de rémunérations en France : il en ressort que la part des rémunérations dans la valeur ajoutée des entreprises non financières (donc hors administration, sociétés financières et ménages, soit environ 60% de la valeur ajoutée nationale en 2007) est restée stable depuis 1950 aux environs des 2/3, avec un pic post-choc pétrolier dans les années 70 puis une redescente dans les années 90. Mais à l’intérieur de ce bloc de 2/3, la part consacrée aux charges sociales a progressé plus vite que le salaire net. De même que la progression du millième le mieux rémunéré a été plus forte que celle des salaires médians, elle-même moins forte que celle des bas salaires.

On y découvre que les 10% des plus hauts revenus salariaux appartiennent aux trois secteurs du conseil, des activités financières et du commerce de gros. En 2005 le revenu moyen (salaires + divers transferts) était de 20 500 EUR, avec une progression très forte à partir des années 90 pour les 0,01% des plus hauts revenus que pour les 90%. Il semble que le creusement de cet écart en faveur des plus riches soit beaucoup plus fort dans les autres pays. La France est dans la moyenne, entre les Etats-Unis où les inégalités sont les plus fortes et la Suède à l’autre bout de l’échelle.

L’excédent brut d’exploitation, c’est-à-dire les 40% de valeur ajoutée restant après déduction des 60% consacrés aux rémunérations, est réparti en 2007 est réparti entre l’autofinancement des entreprises (40%), les revenus du capital versés aux propriétaires du capital (25%), les impôts (15%), les frais financiers (10%) et divers dont (10%).

La conclusion note que malgré la stabilité sur longue période de la part de la valeur ajoutée consacrée aux rémunérations (60%), la faible « dynamique » (ce qui signifie croissance) des salaires nets s’explique notamment par l’augmentation de la part des salaires bruts consacrée au financement de la protection sociale de haut niveau (choix politique français), la montée en puissance de l’emploi précaire.

Bref, une réflexion sophistiquée afin de donner un peu de sens aux débats « café du commerce » que l’on entend dans les enceintes politiques relayées par les journaux de TF1.

Lire le rapport ici

La Justice tranquille

Tranche de vie du XIVème arrondissement n°1 : au tribunal où l’on dépose sa procuration de vote pour les prochaines élections européennes, je suis servi par un employé sans doute un peu benêt mais très serviable. Une administrée placée devant moi fond en larmes en découvrant un jugement rendu (qu’elle lit tout haut comme pour être sûre de bien le comprendre) qui bloque « l’exhumation du corps ». On ne sait pas de quel cadavre il s’agit, ni pourquoi, ni comment, ni pour qui, il était nécessaire de le ressortir de son cimetière : une recherche en paternité, un complément d’enquête pour un crime ? Allez, c’est aussi bien comme ça, il n’est pas nécessaire d’aller interroger les morts pour régler des soucis de vivants.

Il est rassurant de voir la République rendre la Justice, même si cela se passe dans un bâtiment un peu délabré. On ne peut pas aller déterrer les morts n’importe comment.

Un président n’a-t-il rien d’autre mieux à faire ?

Un match de foot-balle oppose deux clubs bretons pour une finale franchouillarde et parisienne. Tout se passe correctement, pas de massacre de CRS, pas de symbole extrémiste, pas de bagarre hystérique, pas de crâne rasé, juste le Grand Ouest tranquille qui vient taper dans un ballon.

Seul débat, la venue ou non du président de la République pour regarder le ballon rouler. Il semble qu’il avait autre chose à faire mais que devant le scandale qu’aurait représenté son absence (i) pour la dignité des bretons et (ii) la culture française, il aurait finalement décidé de venir faire le zouave dans un stade aux frais des contribuables qui payent son salaire pour qu’il bosse.

Adieu pédégé de la Société Générale

Daniel Bouton, président de la Société Générale, jette l’éponge et démissionne, cette fois-ci pour de bon. Ancien fonctionnaire de la République il n’a finalement été ni meilleur ni moins bon que ses coreligionnaires ou ses employés, il a simplement été plus voyant. Il y a une vidéo repassée en boucle ces derniers temps par les télévisions qui le montre dans une réunion en train de rallumer un gros cigare coincé entre ses dents, serrées dans un rictus pour tenir la bête. Ces images lui ont fait autant de mal que ses stock-options.

Il a participé à la grande fête financière de ces dix dernières années, attisant les illusions auxquelles il a sans doute cru, que le monde serait financier ou ne serait pas. Il a mangé dans la même soupe que toute la communauté financière, il l’a même aussi servie d’ailleurs. Il a réussi à maintenir sa banque indépendante ce qui n’est pas le plus mince de ses exploits. Il l’a sauvée après la découverte de l’escroquerie de Kerviel le trader-fraudeur. Mais il aurait bien voulu rester encore quelques années dans son fauteuil car lorsque l’on a goûté aux charmes des hauteurs il est bien difficile d’en redescendre.

Dans sa lettre adressée au personnel il explique que les attaques personnelles dont il est l’objet en permanence lui sont insupportables et risquent de nuire à la banque. C’est vrai, à force d’être trop voyant et de rallumer ses cigares devant les caméras il est devenu le symbole de tous les excès du capitalisme financier et la cible préférée des médias et gouvernants. En ces temps de débâcle mondiale il a tellement incarné le patron arrogant repu de rémunération à 6 zéros que le petit monde des internautes et autres blogueurs en est venu à l’exécrer quand dans le même temps il glorifiait Kerviel le trader-fraudeur. Déplorable inversion des rôles mais résultat prévisible d’un comportement général du monde de la finance.

Il se retire, c’est correct de sa part et utile pour son entreprise. Il ne sera pas irremplaçable, la Société-Générale vivra après Bouton.

Bernard Tapie en pleine forme

Bernard Tapie, ancien taulard, repris de justice, truqueur de matchs de fouteballe, ex-ministre, ex-député, comédien de boulevard, en faillite personnelle mais refinancé par le contribuable français, se remet à l’ouvrage et fait la une de l’actualité. Il fait part de son intérêt pour racheter des entreprises comme Le Club Méditerranée. Aussitôt le cours en bourse de celle-ci flambe. C’est dire que les soi-disant analystes financiers et investisseurs en mal de bonnes idées estiment que Tapie à la barre du Club pourrait apporter de « la valeur » pour l’actionnaire. A quel point de désespoir en sont-ils arrivés !

Ce Tapie est tout de même un incroyable phénomène. On peut lui reprocher tout ce qui précède et percevoir son retour avec effroi dans les différents mondes qu’il a déjà fréquentés, mais on ne peut guère l’accuser de manque de pugnacité. Bien d’autres que lui seraient allé se la couler douce au soleil grâce au magot empoché sur le dos du contribuable français et du fait des errements du Crédit Lyonnais (parmi bien d’autres). Eh bien non, lui il remet ça.

On risque même de le revoir en politique car en France les repris de justice se présentant au vote des électeurs remportent généralement un franc succès (Emmanuelli, Mellick, Juppé). Il lui faudra tout de même veiller au grain car c’est un domaine où il a trouvé plus roué que lui par passé.

Des joueurs de foute impécunieux

La meilleure de l’année, voire de la décennie ! Des footeux français se sont fait sortir de je ne sais plus quelle compétition de fouteballe par des Ukrainiens et c’est évidemment une tragédie nationale. On entend une analyse journalistique étonnante : cette défaite serait due au taux d’imposition excessif des footeux résidents français. Rendez-vous compte, les revenus desdits joueurs seraient imposés 20% de plus que leurs collègues britanniques ce qui expliquerait leur incompétence face à l’Ukraine. Et la concierge de presse d’implorer le gouvernement d’abaisser le taux d’imposition des footeux jouant dans les clubs nationaux pour leur redonner de la motivation. Il vaut mieux entendre ça que d’être sourd.

Mon Dieu, pardonnez-leur et faite que cette génération abrutie par les matchs de fouteballe et les journaux de TF1 puissent un jour s’en sortir.

Des états d’âme chez Natixis

Chez NATIXIS (1,5 milliard de pertes en 2008 à la suite de spéculations hasardeuses, 500 suppressions de poste ou plus, quelques échos de parachutes dorés et autres bonus, sans parler de la nomination contestée du nouveau pédégé des deux maisons mères Caisses d’Epargne et Banques Populaires) il y a une commission « Stress, prévention du harcèlement et souffrance au travail » très fréquentée en ce moment parait-il par les traders éprouvés par les états d’âme…

La France n’arrive toujours pas à maîtriser ses dépenses publiques

L’Etat se fait des nœuds au cerveau pour trouver comment expliquer aux élus locaux que l’on va supprimer leur taxe professionnelle mais que ce trou dans leur budget sera intégralement compensé par d’autres ressources. C’est là que le bât blesse pour une France budgétivore. Si l’on supprime un impôt il faudrait arriver à supprimer des dépenses en conséquence, mais si aussitôt la taxe professionnelle passée à la trappe on la compense avec d’autres impôts, on revient au point de départ. Eternel recommencement !

Et les impôts locaux 2009 sont annoncés en forte hausse dans quasiment toutes les villes de France. En fait les municipalités spéculaient sur l’immobilier en encaissant des droits de mutation en constante progression. Du fait de la baisse des transactions immobilières, en nombre et en valeur, l’assiette taxable se réduit comme peau de chagrin. Les dépenses ne suivant pas la même voie, il faut bien se rattraper sur d’autres impôts. Les municipalités, comme les propriétaires, petits et grands, avaient fini par considérer comme normal que la valeur immobilière progresse de plus de 10% par an. Cela s’appelle de la spéculation, au sens propre du terme.

Concept et marketing

Ma supérette change de look en passant de la marque « Attac » à celle de « Simply Market ». Le caissier m’explique doctement qu’il s’agit d’un nouveau concept ! En gros tous les rayons ont été secoués, on y trouve la même chose mais à des endroits différents, un peu comme lorsque l’on passe de Windows XP à Windows Vista. Et au lieu de recevoir son bonus à la demande, il est déduit de chaque achat. Pipeautez, pipeautez, il en restera toujours quelque chose. Et puis je suggère que l’on réserve ce terme de « concept » qui veut dire « idée conçue par l’esprit » à des choses moins bestiales que la supérette du coin…

Etonnant Père Lachaise

Au cours de récentes pérégrinations au cimetière du Père Lachaise on découvre que la tombe de Paul Eluard est mitoyenne de celle de Maurice Thorez. Quelle insalubre promiscuité !

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