Le Kremlin toujours malin

Alice / Charlie Hebdo (29/05/2019)

Avec pas mal de perversité et une plutôt bonne efficacité le Kremlin mène sa guerre contre l’Ukraine, non seulement sur le terrain mais en utilisant le soft power à sa main, en troublant le jeu occidental.

Alors que l’Occident se demandait s’il fallait utiliser « l’arme du gaz » pour ralentir ou stopper ses achats d’hydrocarbures à Moscou, c’est en fait la Russie qui prend la décision de fermer progressivement le robinet vers l’Europe, l’augmentation considérable des prix compensant largement l’éventuelle baisse des volumes. Le Kremlin observe avec un sourire en coin l’affolement des gouvernements occidentaux devant l’inflation sur les produits énergétiques, désorganisant la stabilité sociale dans ces pays.

La décision de la Russie d’exiger le paiement des ventes de pétrole et de gaz russes dans leur devise locale, le rouble, et non plus en euros ou en dollars, est techniquement très avisée et a permis le maintien de la valeur du rouble, de façon un peu superficielle certes mais qui offre à Moscou l’occasion de triompher. La gouverneure de la banque centrale russe semble avoir été de bons conseils et la politique monétaire de crise mise en place très rapidement après le début du conflit a permis d’éviter une crise financière pour ce pays par ailleurs peu endetté et à la balance des paiements largement excédentaire, guerre ou pas guerre.

La Russie explique que les difficultés sur le marché des céréales sont liées aux sanctions occidentales ce que nombre de pays émergents sont tout à fait disposés à croire. Des popes orthodoxes russes bénissent les avions et les missiles avant qu’ils ne fassent feu sur l’Ukraine. Des images de militaires tchétchènes barbus expliquant en territoire occupé que si M. Poutine le leur demande ils iront jusqu’à Berlin, ponctuant leurs sorties tonitruantes de cris de gloire à Allah. Quant à la télévision officielle russe, ses analyses auraient fait pâlir d’envie la Pravda de l’époque soviétique. Cerise sur le gâteau, différents dirigeants russes font valoir d’autres revendications territoriales, notamment sur l’Alaska américain, des villes dans les pays baltes, etc.

Dans les territoires ukrainiens occupés par la Russie, le Rouble est mis en place pour remplacer la devise ukrainienne, les réseaux de téléphonie mobile russes remplacent leurs homologues ukrainiens, la nationalité russe est octroyée sans vergogne aux citoyens restés sur place dont une partie semble plutôt russophile, la piste du référendum est envisagée pour russifier définitivement ces territoires. Une stratégie similaire avait été mise en place en 2014 lors de l’annexion de la Crimée. A défaut de victoire militaire majeure sur le terrain, la Russie utilise tous les moyens à sa disposition pour rendre définitive les conquêtes déjà réalisées

Quelle que soit l’issue de la guerre, on voit mal aujourd’hui comment on pourrait revenir en arrière sur cet état de fait à moins que l’Occident ne rentre en guerre totale contre la Russie, hypothèse peu probable. Nous rentrons dans un nouveau genre de guerre froide dont ne connaît pas encore bien les conditions. Ce qui semble très probable est que la fâcherie avec la Russie va durer longtemps et que l’un des enjeux sera la lutte entre les régimes démocratiques et les régimes autoritaires. C’était déjà un peu le cas lors de la première guerre froide contre l’Union soviétique de la seconde moitié du XXème siècle, mais à l’époque la puissance économique se trouvait sans conteste du côté des démocraties ce qui n’est plus vraiment le cas aujourd’hui où elle est désormais partagée. Le vainqueur de ce nouveau combat n’est pas désigné d’avance.

On assiste également à l’effondrement d’une des thèses défendues par l’Occident qui voulait que le développement économique, la mondialisation du commerce, poussent les pays de la planète à s’entendre et à s’unir. Cela n’a pas été le cas en ce début de XXIème siècle où la puissance économique acquise par des pays comme la Chine ou la Russie a été utilisée pour remettre en cause l’ordre établi au profit de l’Occident après la deuxième guerre mondiale. Le monde rentre dans l’inconnu et bouleverse ses fondamentaux, en commençant par le réarmement des démocraties pour rattraper le retard pris à l’égard du monde autoritaire. L’heure des révisions déchirantes a sonné, dans l’incertitude !

Flammarion, « David Bowie »

Sortie : 2022, Chez : Flammarion.

Les éditions Flammarion ont demandé à une vingtaine de photographes qui ont eu, à un moment ou à un autre, à photographier l’artiste David Bowie de rassembler quelques un de leurs meilleurs clichés et de les introduire en quelques lignes.

Cela donne un ouvrage de qualité sur la rockstar et les différents personnages qu’il incarna. Les amateurs ont déjà vu la plupart des images mais ce livre de photos a sa place dans toute bibliothèque d’admirateur du musicien. On se replonge avec bonheur dans les photos du Thin White Duke, celles de la tournée « Heroes », celle publiée en couverture de Libération le jour de sa mort où l’artiste est allongé avec sa fille encore nourrisson posée sur son ventre, devant une fenêtre donnant sur la ville de New York, celles de l’époque London Boy, bref un retour passionné sur la carrière à l’incroyable créativité du musicien britannique.

Les ministres Philippe, Darmanin et Maracineanu jettent l’argent public par les fenêtres et signent leur méfait

Trois ministres félons ont signé le 27 juin 2020 un décret exonérant les organisations chargés des jeux olympiques (JO) et paralympiques de Paris 2024 d’impôts sur les sociétés et de différentes taxes (dont celle sur les salaires). Les trois ministres sont MM. Philippe, Darmanin et Mme. Maracineanu. Ils ont choisi de sacrifier les finances publiques au profit d’une opération de prestige que la France n’a plus les moyens de se payer. Ils accréditent l’idée que notre pays préfère financer les jeux du cirque plutôt que la recherche fondamentale ou son système éducatif.

Accessoirement, les organisations multinationales organisatrices de ces compétitions sont souvent localisées en Confédération Helvétique et sans doute pas que pour des considérations climatiques (olympiques [CIO à Lausanne] ou de fouteballe [FIFA à Zurich]). Le siège de la fédération internationale de rugby est, quant à lui, sis à Dublin en Irlande, pays également tristement célèbre pour les accommodements fiscaux très préférentiels visant à attirer les entreprises sur son sol. Les scandales financiers pullulent également dans ces organisations compte tenu des montants financiers considérables en jeu pour l’organisation des compétitions sportives internationales qu’elles gèrent. Bref, l’Etat français, représenté par ces trois signataires félons a pris l’habitude d’octroyer des exonérations à des institutions fraudeuses et mafieuses… Ce n’est pas brillant !

Au-delà de cette décision navrante de gaspillage de l’argent tiré des poches des contribuables, c’est aussi une occasion manquée pour illustrer auprès de ses citoyens que l’Etat ne peut pas payer tous leurs caprices et que la Nation ne peut plus tout se permettre. C’était le moment d’expliquer que la France renonce à l’organisation des compétitions internationales onéreuses et consacre les ressources ainsi économisées à des sujets prioritaires comme l’éducation, la santé, les places de prison ou, plus simplement, la réduction de la dette.

Mais l’Etat et ses représentants irresponsables ont préféré, une nouvelle fois, dépenser l’argent public. C’est avec de tels comportements que le budget des finances publiques est déficitaire depuis 1974 et que la dette augmente d’année en année. Quel ménage, quelle entreprise pourrait mener durablement une telle gabegie ? Aucun bien sûr, et la France va bientôt se heurter à la réalité. Le prochain choc sera financier, il risque d’être sévère !

Lire aussi : L’escroquerie fouteballistique se poursuit !
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L’hystérie médiatique

Félix / Charlie Hebdo (17/06/2022)

Le résultat des élections législatives de juin dernier a donné une majorité de 250 députés au parti présidentielle qui reste la première force de l’assemblée nationale sans pour autant disposer d’une majorité absolue lui permettant de faire passer les lois de façon quasiment assurée à 100%. Les commentateurs de tous bords n’arrêtent pas de parler de situation « inédite ». On se demande bien ce qui justifie le choix de ce qualificatif tant la situation d’un parti présidentiel rencontrant des difficultés face à l’assemblée nationale ? Le général de Gaulle en 1958, M. Mitterrand en 1988 mais aussi nombre de pouvoirs bénéficiant de majorités dîtes « absolues » ont dû batailler contre leurs députés pour faire passer des textes. La plus emblématique fut la majorité socialiste du président Hollande qui s’est progressivement effritée avec l’émergence des « frondeurs » qui ont bloqué nombres de projets présidentiels. La situation politique d’aujourd’hui n’est donc pas inédite mais va nécessiter que le pouvoir négocie sa politique avec le parlement, ce n’est pas une hérésie, juste un changement d’habitudes !

Les mêmes commentateurs à la recherche de grands mots parlaient déjà de réélection « historique » du président Macron en avril qui aurait été le seul président depuis de Gaulle à être « réélu hors période de cohabitation ». Il est certain que si on élimine tous sont qui ont été réélus dans le passé le cas de Macron est « inédit ». La vérité est que sur huit présidents de la cinquième République, l’un est mort, un autre ne s’est pas représenté pour un second mandat, quatre ont été réélus et, donc, deux n’ont pas été réélus. Qualifier la réélection d’un président de la Vème République « d’historique » est inapproprié et relève du racolage médiatique.

La Vallée aux Loups de Chateaubriand

La Vallée aux Loups (Châtenay-Malabry), dans la chambre de Juliette Récamier au 1er étage de la maison que Chateaubriand occupa de 1807 à 1816, une historienne de l’art narre l’histoire de Juliette, princesse mondaine tenant salon culturel, qui avait Paris à ses pieds, et, surtout, Chateaubriand dans son cœur. Ils partagèrent l’amour puis une longue amitié. Il lui dédia ses Mémoires d’Outre-tombe. François-René, vicomte de Chateaubriand, grand séducteur, marié à une femme riche qu’il n’aimait pas mais qu’il respecta, avait aussi une sœur aînée Lucile, neurasthénique, avec laquelle il partageait un lien chaste mais fort et qui dédia sa vie à son frère cadet écrivain (elle se serait suicidé).

Sous les cèdres du Liban centenaires plantés par Chateaubriand erre l’âme du grand auteur qui justement consacra les dix ans qu’il passa dans la vallée à entretenir son jardin et écrire une bonne partie de son œuvre.

Lire aussi : La vallée de Chateaubriand
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« Decision to leave » de Park Chan-wook

Le magnifique film du réalisateur sud-coréen Park Chan-wook qui a reçu le prix de la mise en scène du festival de Cannes 2022 : « Decision to leave » ! Un policier aux brillants états de service se voit embarqué dans deux affaires de maris morts, peut-être assassinés, avec la même épouse, une immigrée chinoise en Corée au charme troublant et parfois venimeux. Les deux enquêtes vont être bousculées par le désir et l’amour qui interviendront de façon désynchronisée et jamais au bon moment pour le couple improbable de l’enquêteur et de la soupçonnée.

Les acteurs de ces enquêtes amoureuses pratiquent le téléphone intelligent avec dextérité, laissant ou trackant traces et manipulations qui aboutiront finalement aux révélations menant à la vérité. La beauté et l’élégance du policier et de l’objet de son investigation amoureuse sont troublantes.

La mise en scène est faite de tiroirs qui s’ouvrent les uns dans les autres avant que tout ne s’éclaire. Les prises de vue sont originales, à travers les yeux d’un mort, d’un téléphone mobile, de jumelles, du ciel et, finalement, de la marée qui monte emportant les espoirs d’une fin heureuse. Un excellent film à l’originalité asiatique

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LOGAN T. M., ‘The Catch’.

Sortie : 2020, Chez : Zaffre, Version en anglais.

Logan est un auteur britannique à succès de romans à suspense. Celui-ci raconte l’histoire d’un mauvais pressentiment, celui d’un père pour son futur gendre. Son enquête, haletante, va le mener à découvrir le vrai visage de l’amoureux de sa fille. Cela se terminera mal pour lui et pour d’autres, mais sa fille arrivera à s’extirper de l’emprise mortifère de son compagnon qu’elle a épousé.

Des ministres, des élus et du sexe

Félix / Charlie Hebdo (16/06/2022)

Les accusations de crimes ou délits sexuels pleuvent sur hommes et femmes politiques. Certaines paraissent quelque peu improbables, ainsi pour Damien Abad, transfuge du parti Les Républicains (LR) vers le parti présidentiel, ex-président du groupe LR de l’assemblée nationale sous la précédente législature, actuel ministre des handicapés, lui-même handicapé physique avec des avant-bras nécrosés et la démarche très sérieusement boiteuse et perturbée. Il est accusé de viol par plusieurs femmes.

La définition juridique du viol est :

Le viol désigne tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, ou tout acte bucco-génital, commis avec violence, contrainte, menace ou surprise.

https://violences-sexuelles.info/definition-legale-du-viol/

Quand on voit la lourdeur du handicap physique dont souffre M. Abad on a tout de même du mal à l’imaginer pratiquer un viol sur une femme : il n’a plus de mains, quasiment plus d’avant-bras et ses jambes ou son bassin ne sont a priori plus en très bon état de fonctionnement. Si viol il y eut, ce n’est sans doute pas par la force qu’il s’est imposé, peut-être par l’emprise ? La justice enquête sur le sujet et se prononcera ultérieurement. En attendant, sa position de ministre est sérieusement discutée tant les féministes de tous bords ont déjà pris fait et cause contre lui. Il n’est pas sûr qu’il puisse la conserver.

Une autre ministre, une femme cette fois-ci, est également mise en cause : Chrysoula Zacharopoulou, sous-ministre chargée du Développement, de la Francophonie et des Partenariats internationaux est accusée de viol par certaines de ses patientes, elle est gynécologue. On n’a pas de détails à ce stade sur le mode opératoire de ces viols supposés.

Plus comique cette fois-ci, une rumeur vient d’être lancée concernant des comportements inappropriés avec les femmes qu’aurait une des leaders de la France insoumise (LFI, extrême gauche), Éric Coquerel, récemment élu président de la commission des finances de l’assemblée nationale. Cette rumeur a été lancée dans les médias par Rokhaya Diallo, journaliste, papesse de l’indigénisme, du décolonialisme, du féminisme et autres déconstructions diverses. Il n’y aurait pas de plaintes de victimes à ce stade, seulement des soupçons diffusés par les médias. Rokhaya Diallo qui accuse Éric Coquerel d’agression sexuelle c’est un peu l’hôpital qui se moque de la charité tant les idéologies féministes défendues par ces deux personnages sont similaires et excessives.

Les accusations de dérives sexuelles sont en train de remplacer Les accusations de dérives sexuelles sont en train de remplacer progressivement pour les hommes et femmes politiques français celles de malversations financières qui fleurissaient il y a quelques années. Dans un cas comme dans l’autre il doit y avoir un doux mélange de vérités, de calomnies et de rumeur. Il serait sans doute préférable que tout ce petit monde travaille aux affaires de la République pour lesquelles ils sont payés par les contribuables, plutôt que de s’écharper sur des questions sexuelles. La justice, quand elle est saisie, y retrouve généralement ses petits mais à son rythme. Laissons-là travailler !

Union européenne : le recul annoncé

Comme c’était prévisible, le conseil européen réunissant les chefs d’Etats et de gouvernements des vingt-sept pays membres de l’Union européenne (UE) a entériné le principe d’un nouvel élargissement vers l’Est. Dans les conclusions du conseil figurent :

Point 10 : Le Conseil européen reconnaît la perspective européenne de l’Ukraine, de la République de Moldavie et de la Géorgie. L’avenir de ces pays et de leurs citoyens réside au sein de l’Union européenne.

Point 11 : Le Conseil européen a décidé d’accorder le statut de pays candidat à l’Ukraine et à la République de Moldavie.

Point 15 : L’Union européenne exprime son attachement total et sans équivoque à la perspective de l’adhésion des Balkans occidentaux à l’UE et appelle à accélérer le processus d’adhésion.

Ce communiqué marquera pour longtemps le pivotement de l’UE vers l’Est et la décision librement choisie par les 27 d’initier le délitement de l’aspect politique de l’Union. Accessoirement c’est également le lancement d’un programme de dépenses qui va se chiffrer en centaines de milliards d’euros sur des décennies afin de mettre les pays candidats au niveau moyen des membres et, conjoncturellement, de reconstruire l’Ukraine lors la guerre avec la Russie sera terminée.

Depuis l’adhésion des pays ex-affiliés à l’Union soviétique au début des années 2000 on a vu progressivement le processus de décision se gripper, particulièrement sur les aspects politiques concernant les concepts de démocratie, de droits de l’homme, de migration, de justice, de liberté de la presse et bien d’autres. La guerre russe n’a fait que mettre temporairement sous le boisseau les litiges en cours entre Bruxelles d’une part, la Pologne et la Hongrie d’autre part qui ne partagent ni ne respectent plus les notions d’Etat de droit tels que les envisageaient les pères fondateurs de l’Europe politique. On image ce que sera demain la situation lorsque l’Albanie, l’Ukraine ou la Moldavie siègeront à la table du conseil européen…

Conçue à l’origine comme un club de pays démocratiques occidentaux riches, l’UE devient progressivement un accord commercial réunissant des pays dont les modes de gouvernement s’étalent entre la démocratie et l’autoritarisme, dont nombre peuvent être économiquement considérés comme émergeants et vont donc être pris en charge pour longtemps par les plus riches. Ce changement est désormais irréversible tant l’agression militaire dont pâtit l’Ukraine rend intenable la position de ceux qui, comme les Pays-Bas, l’Allemagne ou la France, considéraient la situation socio-économique de ce pays comme incompatible avec une adhésion. Autant il a été possible de laisser sur le côté la Macédoine du Nord ou l’Albanie tout en les rassurant sur « leur perspective d’adhésion » et bla-bla-bla, autant ce n’est plus envisageable pour l’Ukraine après le désastre qu’elle affronte.

L’honnêteté intellectuelle voudrait que les citoyens soient informés de cette transformation irréversible de l’UE à la suite de son élargissement vers l’Est. Les Français quant à eux devront être consultés pour toute nouvelle adhésion par référendum au terme de l’article 88-5 de la constitution sauf en cas de vote d’une motion à la majorité des deux-tiers par l’Assemblée nationale et le Sénat. Le jour où l’adhésion de l’Albanie viendra devant le Parlement, nous verrons si deux-tiers des parlementaires l’approuvent, ou s’ils préfèrent prudemment se décharger de la décision sur le peuple, à moins que la constitution n’ait été changée entre temps…

Autre problème qui se poser à court terme est le temps que prendra la mise à niveau aux normes de l’UE des pays candidats avant leur adhésion. Compte tenu de la situation très éloignée du standard européen de ces pays, c’est en décennie qu’il faut compter. Bien évidemment ils ne manqueront pas de demander des passe-droits pour pouvoir adhérer plus vite. L’alternative est, soit d’attendre que les pays atteignent le standard avant de les faire adhérez, ainsi il n’y a pas dilution du niveau de l’Union, soit d’accepter leur adhésion avant en diluant ainsi l’exigence des pays membres, outre le fait que l’on crée ainsi un régime préférentiel pour les nouveaux adhérents qui se traduira certainement par des revendications (sans doute financières) des anciens qui exigeront d’être compensés pour les efforts qu’ils ont menés alors qu’on ne les demande pas, ou partiellement, aux nouveaux !

Lire aussi : Une première victoire de la Russie
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Les antivax de plateaux télévisés contaminés par le dégagisme

Quelques candidats députés n’ont pas survécu à la pandémie de dégagisme qui a saisi les électeurs français à l’occasion du premier tour des élections législatives ce 12 juin dernier. L’ironie de la situation veut que chacun de ces trublions ait affiché des positions très opposées à l’obligation vaccinale lors de la pandémie de Covid19, affichant des argumentaires complotistes de tous ordres et d’une fantaisie de première catégorie. Tous qualifiaient avec entrain la France de dictature sanitaire.

A cet égard le chanteur de variété Francis Lalanne était le roi de cette bouffonnerie, appelant même à destituer le président français dans un élan que Robespierre même n’aurait pas renié.

Lire aussi : Un grand moment de solitude & Francis Lalanne toujours en pointe
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Dans leur grande sagesse, les électeurs ont renvoyé ces zozos à la maison dès le premier tour de l’élection. Rappelons leurs scores de premier tour tels qu’ils ont été publiés par le ministère de l’intérieur :

  • Joachim Son-Forget, 1,00% des inscrits dans la 6ème circonscription des Français établis hors de France
  • Francis Lalanne, 1,06% des inscrits dans la 3ème circonscription de la Charente,
  • Florient Phillipot, 1,60% des inscrits dans la 6ème circonscription de la Moselle
  • Martine Wonner, 2,55% des inscrits dans la 4ème circonscription du Bas Rhin

Voici des résultats qui semblent indiquer que les électeurs ne se sont pas trop laissés dupés par ces comiques.

« Charles Camoin – Un fauve en liberté » au Musée de Montmartre

Une visite au charmant petit musée de Montmartre est toujours un délice. Dans un embrouillamini d’escaliers donnant sur de petites pièces d’exposition, il retrace l’histoire de ce quartier, annexé à Paris en 1860, qui fut un creuset de la peinture française jusqu’à l’entre-deux guerres où les artistes se déplacèrent vers Montparnasse, laissant la Butte Montmartre aux touristes et à Dalida.

Picasso, Renoir, Utrillo, Braque… ont fréquenté les bistrots de la butte, le Bateau-Lavoir notamment où ils forgèrent leur créativité devant force verres d’absinthe. Le dernier étage d’un des deux bâtiments du musée abrite l’ancien atelier de Suzanne Valadon et son fils Maurice Utrillo. De la vaste verrière de la pièce on aperçoit la petite vigne de Montmartre et, à l’opposé, le cimetière du « village ».

L’exposition temporaire est consacrée à Charles Camoin (1879-1965), peintre lumineux qui s’inspira des couleurs de Saint-Tropez et des atmosphères de Montmartre pour décliner son œuvre. Il resta fidèle à la Butte où il décède dans son atelier en 1965. Il devint également célèbre dans le milieu de la peinture pour des motifs juridiques : après avoir déchiré et jeté une partie de ses toiles en 1914, il s’aperçut que les débris avaient été reconstitués et les tableaux vendus par un marchand. Dans un arrêt célèbre, la Justice reconnaîtra la continuité de la propriété du peintre sur ces toiles reconstituées, inaugurant ainsi le droit de la propriété intellectuelle.

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The Smile – 2022/06/06 – Paris la Philharmonie

La créativité sans borne de Thom Yorke leader-fondateur du groupe britannique Radiohead fondé en 1985, l’amène à décliner son imagination musicale via un nouveau groupe, The Smile, monté avec son compère Jonny Greenwood par ailleurs guitariste de Radiohead, non dépourvu d’inspiration créative lui non plus, c’est le moins que l’on puisse dire, et Tom Skinner,batteur du groupe de jazz Sons of Kemet. Ce nouveau groupe est produit par Nigel Godrich, l’indéboulonnable producteur, et membre caché, de Radiohead. Le trio et ses machines passe pour deux soirées à la Philharmonie de Paris dans le cadre du festival Days Off.

Avec de pareils calibres réunis dans une nouvelle formation, autant dire que les deux soirées sont complètes et la Philharmonie est pleine des admirateurs de ces musiciens qui déclinent leur inventivité sous la forme d’un groupe restreint monté à l’occasion de la crise sanitaire qui a réduit leurs interactions sociales et musicales. Le quatrième membre de ce supergroupe est évidemment le fatras de machines électroniques qui parsèment la scène de la grande salle Pierre Boulez sur lesquelles Thom et Jonny vont s’escrimer lorsqu’ils lâchent les cordes des bass et des guitares dont ils se saisissent selon les morceaux joués. Quelques problèmes techniques sur le lancement de Waving a White Flag obligent Yorke à faire quelques aller-retours entre les machines capricieuses afin de faire rentrer les récalcitrantes dans le rang.

On aurait pu craindre un Radiohead au rabais, que nenni ! ces trois-là s’expriment d’une manière originale sous l’aile protectrice de leur producteur historique Nigel Goodrich. Jonny et Thom alternent les instruments (guitares, bass, claviers, machines) et la voix de ce dernier plane loin au-dessus de l’âme des spectateurs, éthérée dans les morceaux mystiques, saccadée lors des parties plus électro, elle est l’instrument principal de ce combo impromptu. Les morceaux se déroulent avec harmonie, du romantique au mécanique, dans un dépouillement sophistiqué qui tend à la pureté.

Les instruments forment le cadre harmonieux où se pose la voix de Yorke qui vrille les âmes et touche vraiment au sublime. Qu’elle soit plaintive ou vigoureuse, décrochée et solitaire dans les aigus ou rythmée par le beat des machines, de Radiohead à The Smile, en passant par les performances solos de cet artiste britannique si inspiré, cette évolution vers plus electro était déjà sensible dans l’évolution de la production discographique du groupe Radiohead, dans celle aussi de Thom Yorke qui a sorti plusieurs disques sous sa seule signature, plus « DJ », que rock, d’ailleurs également joués à la Philharmonie en 2019, où les boucles synthétiques remplacent les guitares. The Smile assure une harmonieuse synthèse entre les deux.

Au sortir de ce show intriguant et fascinant, les fans historiques de Radiohead attendent toujours la prochaine production du groupe qui seul, jusqu’ici, les enthousiasme complètement, leur âge moyen les rendant tout de même moins réceptifs à l’électronique…

Setlist : The Smile (William Blake song) (Read by Cillian Murphy)/ The Same/ The Opposite/ You Will Never Work in Television Again (with Robert Stillman)/ Pana-Vision/ The Smoke/ Speech Bubbles/ Thin Thing/ Bodies Laughing/ Open the Floodgates/ Free in the Knowledge/ A Hairdryer/ Waving a White Flag (Started again due to sequencer difficulties)/ We Don’t Know What Tomorrow Brings/ Skrting on the le publicSurface

Encore : Just Eyes and Mouth/ Feeling Pulled Apart by Horses (Thom Yorke song)

1ère partie : Robert Stillman

ORWELL George, ‘1984’.

Sortie : 1949, Chez : The Estate of the Late Sonia Brownell Orwell

Le magnifique roman d’anticipation de George Orwell « 1984 », publié en 1949 et dont la lecture et la relecture ont un goût particulier en notre époque où les empires se bousculent pour dominer la planète et où l’information est devenue un véritable enjeu de pouvoir.

Nous sommes en 1984, Winston, membre du parti unique, travaille au « Ministère de la Vérité », en charge de réécrire le passé dans la presse, les livres d’histoire et les bibliothèques pour faire correspondre le passé à ce que la Parti avait annoncé, ainsi la mémoire des citoyens est manipulée et adaptée : « qui contrôle le passé contrôle l’avenir, et qui contrôle le présent contrôle le passé » clame l’un des slogans du Parti unique.

Mais Winston garde encore au fond de lui un esprit vaguement rebelle qui va le mener à sa perte. Cette rébellion s’exprime via une histoire d’amour avec Julia, hors des règles du Parti, et par la compréhension des modes de fonctionnement et de domination du système qui a pour objectif de maîtriser les sentiments du citoyen qui, seuls, comptent pour assurer la prééminence du Parti sur tout et tous. La hiérarchisation de la société et le maintien d’une classe majoritaire pauvre et ignorante pour exécuter les ordres, la destruction de la langue pour ne retenir que les mots « utiles » à la société, la guerre extérieure permanente, fut elle imaginaire, contre les autres empires pour fédérer les citoyens, l’espionnage continuel pour surveiller le respect des règles, la torture physique et mentale pratiquée dans les caves du « Ministère de l’Amour » pour redresser ceux qui sortiraient du « droit chemin », la perpétuation de Parti comme guide impersonnel mais éclairé de la masse…

Et Winston, « criminel de la pensée » échouera face au rouleau compresseur idéologique qui l’écrase. Soumis à des mois de tortures, il abdique, trahit Julia et admet que « 2+2=5 » si c’est le Parti qui le dit. Transformé en épave, le Parti ne voit même pas de raison de l’exécuter puisqu’il ne peut plus nuire.

Ecrit en 1949 ce livre théorise le monde impitoyable du totalitarisme alors que le Nazisme et le Soviétisme ont déjà sévi sur l’Europe, et même un peu au-delà, en ce début du XXème siècle. Hélas, ces méthodes restent toujours d’actualité lorsqu’un système veut dominer la pensée de ses citoyens au mépris de toute humanité. Elles ont été, et restent, déployées avec plus ou moins de subtilité dans nombre d’autres pays de la planète et aujourd’hui, le combat entre démocratie et totalitarisme continue de faire rage. Qualifié de « roman d’anticipation », ‘1984’ relève plutôt de l’analyse sociologique !

Le Kremlin malin

Foltz/Charlie Hebdo (02/03/2022)

Alors que la guerre russe contre l’Ukraine est appelée à durer plus que prévu lorsqu’elle a été déclenchée le 28/02/2022, les conséquences économiques du conflit sont planétaires et avaient elles-aussi été largement sous-estimées par les commentateurs. On s’aperçoit notamment que la Russie et l’Ukraine sont parmi les plus gros exportateurs de céréales. Les sanctions économiques occidentales prises contre la Russie excluent les produits agricoles mais, néanmoins, leurs effets collatéraux pénalisent les flux commerciaux de ces produits. L’Ukraine quant à elle exporte la grande majorité de ses céréales destinées aux pays tiers à partir de la mer Noire qui est sous blocus de la marine russe et en partie minée par les deux belligérants.

L’armée russe détruit consciencieusement les infrastructures ukrainiennes pour pénaliser le transport des grains et même des dépôts où est stockée une partie de la récolte ukrainienne de l’an passé. On ignore ce que sera la récolte de cette année compte tenu des conditions actuelles. Et même si celle-ci pouvait être récoltée, on ne saurait pas où la stocker puisque les entrepôts sont soit pleins, soit détruits.

De ce fait, les cours des céréales explosent. A court terme, les pays importateurs s’émeuvent et les pays exportateurs se réjouissent ; à plus long terme l’inquiétude est grande que cette situation ne déclenche des famines et des troubles politiques dans nombre de pays en développement. L’Afrique est l’un des continents qui dépend le plus de ces importations en provenance de Russie et d’Ukraine, le président de l’Union africaine s’est donc déplacé à Moscou pour y rencontrer le président Poutine qui lui a affirmé que la Russie ferait tout pour assurer les exportations fluides vers l’Afrique si… l’Occident levait une partie des sanctions prises contre ce pays, le message subliminal étant que c’est l’Occident qui est responsable des troubles actuels sur le marché des céréales, en aucun cas la Russie qui a déclenché cette « opération militaire spéciale pour préserver les intérêts populations russophiles de l’Ukraine victimes d’un génocide »… Ce retournement de responsabilités au profit du pays envahisseur ne manque pas de sel

Les dirigeants russes mentent comme ils respirent, c’est de bonne guerre, si l’on ose dire, et ce n’est pas nouveau. Les contre-vérités sont assénées sans vergogne dans un pays où la presse est muselée, donc plus c’est gros plus cela passe d’autant plus que la moitié de la planète est toute prête à entendre ce discours antioccidental.

L’Occident n’est pas en reste non plus en termes de propagande même si exercée avec un peu plus de subtilité. Les services secrets de plateaux télévisés annoncent sans relâche que le président russe est en phase finale d’un cancer ou que des coups d’Etat ont été fomentés contre lui. A ce jour, il est toujours au Kremlin, ne semble pas vraiment handicapé par la maladie et continue à diriger d’une main de fer une guerre dévastatrice en Ukraine où des villes entières sont détruites.

Si les exportations et la production de céréales continuent à être freinées depuis les deux pays en conflit et que la famine rode dans les pays pauvres cela va être un jeu du « je te tiens par la barbichette » entre la Russie et l’Occident sur qui lâchera le premier. Compte tenu du peu de cas que fait Moscou des peuples tiers et du sentiment de culpabilité qui ronge l’Europe occidentale, si elle y est acculée il est probable que celle-ci n’opte pour un allègement des sanctions plutôt que de voir la famine se développer au Sud.

Dans tous les cas, la meilleure façon d’avancer est de mettre un terme à cette guerre dévastatrice sur la base d’une négociation et d’un traité qui devra forcément entériner des concessions des deux parties. La seule alternative serait que l’Ukraine écrase la Russie jusqu’à obtenir une reddition sans condition, ou vice-versa. Cette hypothèse nécessiterait une guerre mondiale et, probablement, l’apocalypse nucléaire. Elle n’est donc pas souhaitable, même si l’Ukraine doit céder quelques régions à la Russie qui les aura conquises par la force.

Un dépouillement apaisé et convivial

Un vestiaire de l'Ecole polyvalente de la Sibelle à Paris

19h55 en ce dimanche de deuxième tour d’élections législatives, arrivent une vingtaine de citoyens volontaires pour le dépouillement des suffrages dans une paisible école de quartier du XIVème arrondissement. 75 minutes plus tard, 220 bulletins ont été dépouillés à 4 à la table n°2 du bureau n°40 dans la joie et la bonne humeur. Le président du bureau et ses assesseurs apportent l’aide nécessaire aux scrutateurs débutants. Les documents à remplir manuellement sont clairs et lisibles. L’atmosphère est conviviale et apaisée. C’est la République pour tous.

Dans ce bureau dont les électeurs habitent autour du Parc Montsouris, c’est l’union de la gauche radicale (NUPES) qui l’emporte au détriment de la candidate de la majorité présidentielle.

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« Love Songs – Photographies de l’intime » à la Maison européenne de la photographie

Intéressante exposition à la Maison européenne de la photographie (MEP) qui réunit des séries de quatorze photographes de différentes nationalités que l’on suit avec un casque gracieusement mis à disposition des spectateurs diffusant des chansons douces (ponctuées d’horripilantes publicités, nous sommes sur Youtube…), de Gainsbourg aux Cure.

L’amour est représenté sous toutes ses formes : tragique lorsqu’il accompagne une amante japonaise mourante ; jeune et passionné (photo ci-dessus) entre deux artistes, elle japonaise, lui chinois ; violent lorsque mêlé à l’héroïne que s’injectent des adolescents des rues (Larry Clark) ; romantique lors d’une lune de miel asiatique…

Mais c’est surtout leur amour présenté par des photographes de talents chacun avec ses yeux et selon sa mise en scène. On ne sait pas forcément ce qui relève de la mise en scène ou de l’intimité, mais qu’importe, le visiteur y trouve ce qu’il ressent et se réfère à sa propre histoire, au hasard de la déambulation dans les galeries.

« Another Love Story »

En se dirigeant vers la sortie une exposition complémentaire « Another Love Story » donne accès à un roman-photo composé de petits formats et de textes explicatifs raturés.

C’est l’histoire d’une femme qui découvre que son amoureux mène une double vie avec une autre qu’elle contacte et qu’elle rencontre pour mettre fin à l’imposture. Elle-même photographe, elle recrute un modèle pour rejouer le parcours félon de son amoureux perdu. Malgré la peine, c’est une belle façon de mettre en scène cette déchirure en lui gardant un caractère léger.

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Une guerre dévastatrice

Félix/Charlie Hebdo (26/01/2022)

Après plus de trois mois de la guerre initiée par la Russie contre l’Ukraine la réalité de ce conflit apparaît comme celle d’une guerre d’un autre siècle. Les reportages montrent des villes dévastées rappelant les images de Dresde ou de Berlin en 1945. La guerre éclair de frappes chirurgicales s’est transformée en une guerre d’artillerie et de tranchées où l’assaillant noie l’Ukraine sous un tapis de bombes pour casser les infrastructures et briser le moral des Ukrainiens. Rien ne leur est épargné, des écoles, des gares, des hôpitaux ont été bombardés ; des crimes ont été commis dans les villes occupées (viols, exécution de civils, mises en scène de prisonniers…). Les troupes ukrainiennes sont également accusées d’avoir commis certaines exactions, bien qu’en nombre plus réduit.

Bref, le voile est tombé, sur le mythe d’une guerre éclair qui aurait provoqué l’effondrement rapide de l’Ukraine. Les prévisionnistes de tous bords qui ont déjà été surpris de voir la Russie franchir le Rubicon le 24 février en lançant ses troupes à l’assaut de l’Ukraine, sont encore plus ébahis de constater la résilience de la Russie face aux sanctions occidentales et sa capacité à détruire son « pays-frère » sans vergogne et sans remords, sûre de son bon droit impérial, avec pour objectif de le mettre au pas.

Les conséquences économiques sont déjà sensibles dans le reste de la planète, les impacts politiques à terme risquent d’être significatifs pour des générations en opposant L’Est et l’Ouest. Le pire n’est pas exclu, conflit nucléaire ou crise économique mondiale mortifère. Pour l’instant c’est l’Ukraine qui en fait surtout les frais. La décision russe du Kremlin ce 24 février va rester dans l’histoire comme génératrice d’un cataclysme qui va faire pour encore longtemps un sujet d’études pour les politistes et les écoles de sciences politiques.

« Mizrahim, les oubliés de la terre promise » de Michale Boganim

Michale Boganim est issue d’une famille juive maroco-ukrainienne installée au Maroc. Dans les années 1950, le père, Charlie, décide d’émigrer vers Israël avec les siens. Michale y est née en 1977, à Haïfa. L’arrivée en « terre promise » est rude : le pays toujours entre deux guerres est à construire entre désert et mer Méditerranée, les juifs sépharades (venant d’Afrique du Nord) baptisés « Mizrahim », bien que majoritaires en nombre, sont plutôt mal considérés par les juifs aschkenazes (venant d’Europe centrale où ils ont affronté la Shoah) qui trustent le pouvoir et l’influence dans la nouvelle nation israélienne créée en 1948. Les Mizrahim sont installés en périphérie, sans qu’on leur demande vraiment leur avis, dans des villes dîtes « de développement », où ils sont censés travailler à la construction du pays dans des conditions de vie difficiles.

Charlie militera pour tenter d’améliorer le sort des Mizrahim qui le révolte. Il est membre du mouvement des « Panthères Noires » israélien qui, sur le modèle de son jumeau américain, combat pour la reconnaissance des droits d’une communauté opprimée. Moins violent que son homologue noir-américain, le mouvement exercera quand même une influence politique en Israël avant de sombrer dans l’oubli. Finalement, la famille décide de reprendre la route de l’exil, cette fois-ci vers… la France, à Arcueil en région parisienne. Michale a 7 ans. Elle fera plus tard des études de philosophie et d’anthropologie (sous la direction de Jean Rouch).

Le présent documentaire est mené sous la forme d’un road-movie suivant la route que refait Michale, avec sa propre fille de 6 ans, du Maroc à Israël puis Antony. Elle raconte ce périple en voix off, les espérances et désillusions de ceux qui l’ont suivi, de la génération de ses parents et des suivantes.

Il s’agit bien sûr d’exil, de tout quitter pour une nouvelle vie qui n’est que rarement à la hauteur des attentes qui ont provoqué la difficile décision du départ, tout laisser derrière soi sans beaucoup d’espoir de retour. Mais il y a aussi ce concept un peu fou de « terre promise » qui a fait advenir tant de déceptions. De la Bible à la vraie vie, le fossé est parfois infranchissable. Le film nous fait repasser dans les différentes villes où fut trimballée la famille Boganim et, à chaque étape, s’exprime le sentiment d’exclusion des Mizrahim par les Achkénazes. Le plus fascinant est de voir la similitude des modes de vie entre ces sépharades élevés avant leur émigration vers Israël, depuis des générations, en terre arabe, avec les arabes israéliens, eux-aussi citoyens de seconde zone. Ils parlent les mêmes langues (l’arabe et l’hébreu), partagent la même allure physique, les mêmes habitudes alimentaires, écoutent la même musique… Ils auraient pu réussir à s’entendre pour, peut-être, bâtir une terre de paix en Israël. Hélas, les dogmes religieux et les ambitions politiques ont empêché cette réconciliation qui semblait possible, voire naturelle.

Michale Boganim montre dans ce documentaire qu’il y a les rêves et puis il y a la « vraie vie » et celle-ci n’est que rarement à hauteur des premiers. Mais peut-être que seuls les rêves les plus fous poussent l’homme à se transcender avant, progressivement, de retomber dans une routine parfois mortifère ? La création d’Israël après la Shoah est à cet égard un modèle du genre !

A sa mort, Charlie sera enterré à Jérusalem qu’il visitait chaque année depuis Antony. Seule la mort lui a permis, peut-être, de se réconcilier avec la « terre promise » pour y vivre un exil apaisé et définitif. Le film lui est dédié.

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« A la rencontre du Petit Prince » au musée des Arts décoratifs

C’est une délicieuse plongée dans le monde romantique et philosophique d’Antoine de Saint-Exupéry, écrivain-pilote-explorateur-philosophe-rêveur, qu’offre cette exposition organisée par le musée des Arts décoratifs autour des manuscrits du Petit Prince conservés habituellement aux Etats-Unis d’Amérique, à New York où cette œuvre a été écrite durant les années de guerre (1942-43).

L’exposition complète les manuscrits avec de nombreux documents familiaux dont les lettres à sa mère qui montrent Saint-Ex écrivant tous les jours à sa Maman, lui soumettant ses projets d’écrits et de dessins, s’impatientant lorsqu’elle ne lui répond pas assez vite… Il y a aussi de nombreux dessins et esquisses, des poèmes de jeunesse, on apprend également qu’enfant il voulait devenir poète plutôt qu’écrivain.

Il y a surtout l’atmosphère si touchante, et doucement désespérée, de l’œuvre de Saint-Exupéry, une infinie humanité cachée derrière ce qui apparaît comme de la naïveté mais qui révèle en fait une véritable philosophie de la vie basée sur une observation avisée du monde et des hommes.

Petite déception, l’accrochage du musée n’est pas optimal. Beaucoup de documents écrits sont exposés dans la pénombre, et pas toujours à une bonne hauteur, ce qui rend leur lecture malaisée. D’autre part, si les manuscrits, très raturés, sont reproduits et dactylographiés à côté des vitrines, ce n’est pas le cas de nombre d’autres documents qui sont difficiles à déchiffrer.

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