Déjà des plaintes en justice

Ça y est, il n’aura pas fallu attendre plus de quelques semaines après le déclenchement de la crise sanitaire pour que des individus portent le sujet devant la Justice. En l’occurrence, quelques médecins généralistes attaquent l’Etat pour que les masques FFP2 (à haut niveau de protection) soient fournis aux généralistes. Si l’Etat était déclaré coupable il serait dans l’obligation de fournir ces masques qu’il n’a pas en quantités suffisantes pour le moment d’où la gestion de pénurie. C’est un peu comme ce fameux droit opposable au logement que le président Chirac avait fait voter dans un grand élan de générosité (et sans doute pour avoir la paix) obligeant l’Etat à fournir un logement social à toute personne sans logement répondant par ailleurs à quelques conditions, distribution qu’il est évidemment incapable de faire puisqu’il n’en détient pas assez.

Cette déplorable tendance franchouillarde à polémiquer et à trouver des têtes à couper se manifeste une nouvelle fois, et en plein cœur d’une crise grave. Ces médecins n’ont-ils rien de mieux à faire que d’ester en justice par les temps qui courent ? Il y a pour le moment un écart entre l’offre et la demande de masques qui semble-t-il est en voie de réduction. Des gens intelligents et opérationnels s’occupent d’augmenter les capacités de production nationales. Des millions de masques sont produits et distribués chaque semaine, d’autres sont commandés à l’étranger. Ne doutons pas que chacun fait le maximum pour participer à la réduction du goulot d’étranglement, les actions en justice n’y changeront pas grand-chose sinon de satisfaire les égos de plaignants en mal de gloriole personnelle peu soucieux d’efficacité opérationnelle, et d’emboliser un système judiciaire lui aussi au ralenti.

C’est d’autant plus regrettable que cela risque d’être le début d’une longue litanie d’actions judiciaires que devrait mener un peuple développant un réflexe pavlovien : « c’est la faute à l’Etat » ! Si tous les citoyens pouvaient se mettre au travail et consacrer toute leur énergie à la résolution de la crise ce serait bien.

L’immigration agricole

C’est le printemps, les récoltes de fruits et légumes s’annoncent pour les jours à venir et l’habituel flux de travailleurs agricoles immigrés se tarit du fait de la fermeture plus ou moins hermétique des frontières nationales. Alors le principal syndicat agricole français fait appel aux bonnes volontés pour aller cueillir les fruits et légumes dans les champs. Il manquerait 200 000 travailleurs dans les champs :

Voici un effet plutôt inattendu de la fermeture des frontières. Et l’on découvre les travaux que les citoyens français ne veulent plus ou ne savent plus faire, et pour lesquels la République fait appel à l’étranger. C’est un bon exemple du sujet de la « démondialisation » qui devrait venir sur la table à l’issue de la crise. Si l’on veut résoudre cette dépendance à l’étranger pour notre agriculture il faudra juste trouver 200 mille personnes chaque année pour les 3 mois de récolte printanière. Pour cela il faudra peut-être augmenter les salaires versés ce qui accroîtra le prix du kilo de carottes payé par Mme. Michu au marché ; ou alors réquisitionner des travailleurs. Ce débat sera mené demain et promet nombre de polémiques franchouillardes, d’autant plus qu’il ne sera qu’un des sujets au milieu de bien d’autres similaires.

Ça va saigner

Au-delà des mesures sanitaires qui sont prise en France et dans le monde pour essayer de limiter les effets mortifères de l’épidémie actuelle de coronavirus, les Etats annoncent des plans de relance à coups de plusieurs centaines de milliards pour soutenir leurs économies durant cette période qui devrait être en principe provisoire. Il faut éviter les faillites en cascade d’entreprises de toutes tailles afin qu’elles aient la capacité de reprendre leurs activités lorsque l’épidémie touchera à sa fin. En France ce serait 33% de l’économie qui serait actuellement à l’arrêt. La République française annonce un premier plan de 300 milliards d’euros pour soutenir les entreprises et le chômage partiel ainsi qu’éventuellement des nationalisations si le besoin s’en fait sentir, la Banque centrale européenne prévoit une injection de liquidités de 750 milliards pour la zone euros, y compris du rachat de dettes publiques, les Etats-Unis annoncent 2 000 milliards de soutien, etc. Ce sont des méthodes « coup de massue » qui n’avaient pas été employées lors de la crise de 1929 mais qui avaient mise en œuvre après la crise des traders-fraudeurs de 2008. Espérons qu’elles seront efficaces également pour cette crise sanitaire d’un nouveau genre.

Ce que ne disent pas les dirigeants à Mme. Michu c’est que c’est elle qui va payer toutes ces dépenses in fine. En cela l’après crise devrait être particulièrement intéressante lorsqu’il faudra passer à la caisse. Bien évidemment les corporations qui auront pris des risques pour lutter contre l’épidémie réclameront des sous en dédommagement, le corps médical sera au premier plan, mais pas seulement. Les forces de sécurité notamment devraient aussi être en première ligne pour les revendications financières. A ce stade le pouvoir ne remplit que la colonne des dépenses, celle des recettes est laissée sous le tapis mais il faudra bien l’aborder à un moment ou à un autre. Les méthodes habituelles seront mises en œuvre : création monétaire puis que Banque centrale et Union européenne acceptent d’ouvrir les vannes, création qui ne déclenche toujours pas d’inflation ce que les économistes n’arrivent pas vraiment à expliquer, augmentation des impôts (voire rétablissement de l’impôt sur les grandes fortunes – ISF), baisse des dépenses de certains budget jugés dispensables (faut-il vraiment dépenser des milliards pour organiser des jeux olympiques à Paris en 2024 ?), etc. Mais ce qui est sûr c’est que ce sont bien les citoyens et les entreprises qui vont payer l’addition ce qui risque de déclencher des réactions violentes en France où la moindre réforme entraîne généralement manifestations et émeutes.

Evidemment, les pays mal gérés comme la France ou la Grèce, en déficit de leurs finances publiques depuis des décennies, n’ont pas su mettre des sous de côté lors des cycles économiques positifs. C’est la fable de la cigale et la fourmi. Il est sans doute peu probable que les générations actuelles verront un jour la République devenir la fourmi…

Des stratégies différentes

Certains pays anglo-saxons estiment pouvoir lutter contre la pandémie actuelle en laissant courir le virus afin qu’une partie significative de la population soit infectée et développe ainsi une « immunité de groupe » qui arrêtera naturellement le développement de l’épidémie. L’avantage principal d’une telle vision est que l’économie du pays n’est pas mise à l’arrêt mais cependant, en principe, la proportion de morts dans la population devrait être plus élevée que dans les pays qui tentent de stopper la progression du virus par des mesures de confinement.

Le Royaume-Uni et les Pays-Bas, notamment avaient adopté cette stratégie tout en précisant leur volonté de prendre en charge les personnes gravement atteintes. Evidemment s’ils font face à un déferlement de cas graves, leurs systèmes de santé ne parviendront pas à l’absorber. Les pays confinant, la majorité, prennent eux le pari qu’ils arriveront à limiter, peut-être à contrôler, la vague d’hospitalisation des cas graves et donc, toutes choses étant égales par ailleurs, à déplorer proportionnellement moins de décès. Mais en contrepartie, leurs économies sont très ralenties.

En fait personne n’est sans doute véritablement en mesure de dire quelle est la meilleure stratégie. Ce que l’on peut cependant constater c’est que la majorité de la planète opte pour le confinement et que même si les entreprises néerlandaises et britanniques continuent à produire, à qui vont-elles vendre leur production ? Le Royaume-Uni vient d’ailleurs de se résoudre à annoncer des mesures de confinement du pays, certes moins drastiques que dans le reste de l’Europe géographique. Les Pays-Bas également prennent quelques mesures comme la fermeture de lieux publics (y compris les coffee-shops où l’on peut consommer légalement du cannabis), mais pas de confinement général.

Le risque pour les dirigeants qui prennent des chemins de traverse c’est d’avoir tort contre tout le monde… Nous sommes pour le moment dans une relative incertitude sur la suite des événements mais on peut constater que les pays asiatiques qui ont appliqués ce confinement ont réussi, au moins provisoirement, à enrayer la hausse de la maladie. Donc, Royaume-Uni comme Pays-Bas sont en train de rejoindre le troupeau des confineurs, quitte à avoir tort mais avec tout le monde !

L’insurrection de l’Ile-de-Ré

La progression de la pandémie de coronavirus entraîne des décisions nationales de confinement d’une partie de la planète. A ce jour ce sont 2 milliards de citoyens de la planète qui seraient confinés chez eux de façon plus ou moins drastique. Sur une population de 7,5 milliards d’habitants cela fait quand même près de 25% de la planète ! Le corps médical mondial semble impuissant pour le moment à endiguer cette épidémie autrement qu’en imposant aux gens de rester chez eux pour couper tout contact entre les personnes et limiter la contagion. Sans aucun doute les systèmes de recherche scientifique travaillent d’arrache pieds pour identifier traitements et vaccins, mais pour le moment, s’agissant d’une nouvelle maladie virale on ne sait pas quoi faire.

Il y a déjà des quelques milliers de morts répertoriés au titre de ce virus, ce chiffre va continuer à progresser. On frémit en pensant ce que va donner cette pandémie lorsqu’elle va débouler sur le continent africain. Mais en principe l’épidémie s’arrêtera toute seule le moment venu, les spécialistes parlent de quelques mois. Du moins c’est ce qui s’est toujours passé dans l’Histoire. Espérons que cette pandémie ne dérogera pas à l’habitude…

En attendant une partie de l’économie mondiale est à l’arrêt et les effets négatifs vont être gigantesques, à la hauteur de ceux de la crise financière de 2008 déclenchée par la voracité et l’incompétence d’un secteur financier défaillant. Cette fois-ci le sinistre est produit par Dame Nature. Nous verrons dans quelques mois qui aura été le plus nuisible des financiers cupides ou du virus baladeur.

En France les choses vont à leur rythme habituel entre respect des directives de confinement, polémiques sur les ondes, débat sans fin de « spécialistes » et de « communicants » sur un sujet qu’ils ignorent et bien entendu incivilités ordinaires, notamment une invasion de bobos fuyant les villes pour vivre le confinement dans leurs résidences secondaires, au grand dam des habitants locaux qui voient ainsi arriver d’éventuels citoyens contagieux. C’est notamment l’insurrection sur l’Ile-de-Ré où 3 000 bobos, essentiellement parisiens, seraient venus s’installer dans leurs maisons de campagne, apportant avec eux leurs miasmes et leurs comportements :

Facebook du 23/03/2020

Où va-t-on si la Seine Saint-Denis se met à déteindre sur l’Ile de Ré ? Les recommandations officielles étaient de limiter au strict nécessaire les migrations inter-villes. On peut imaginer sans trop de risque de se tromper que les 3 000 parisiens détenant une résidence secondaire sur l’Ile de Ré ne doivent pas être logés dans des HLM de la Seine Saint-Denis et qu’ils auraient pu vivre le confinement dans des conditions pas trop désagréables dans leurs appartements du 7ème arrondissement. Ils n’ont manifestement pas eu la même lecture et se sont précipités dans les gares avec bien d’autres ce samedi 21 mars pour quitter le navire des grandes villes. On a vu dans l’Histoire de France exodes plus douloureux.

Au-delà de ces attitudes discutables, les personnes qui travaillent dans des secteurs vitaux sont priées de continuer à bosser, c’est évidemment le cas du personnel de santé qui est sur le pont pour parer à la crise dans la mesure des moyens disponibles et qui doivent être légèrement agacés de ces petites histoires franchouillardes s’ils ont du temps à y consacrer, ce qui n’est sans doute pas le cas. Il faut aussi nourrir les confinés alors l’agriculture et la distribution travaillent, les services indispensables (eau, énergie, communication) aussi. C’est bien.

Des cultures et des virus

Riss/Charlie-Hebdo (18/03/2020)

En cette période de confinement mondialisé ordonné pour faire face à une pandémie d’un virus inconnu, on voit les réactions différentes de citoyens marqués par des cultures diverses : en France Mme. Michu se précipite dans son supermarché pour dévaliser les rayons de nouilles et du papier-toilette, aux Etats-Unis M. Smith envahit son armurier pour acheter des flingues. Dans un cas comme dans l’autre, chacun avance le principe de précaution et la nécessité de la prudence.

Nous sommes bien peu de choses…

Riss/Charlie-Hebdo (18/03/2020)

L’épidémie du coronavirus « Covid 19 » continue à se répandre sur la planète devant des citoyens médusés et incrédules, spécialement dans les pays riches qui se croyaient définitivement à l’abri de ce genre de mésaventures, assis sur leurs certitudes technologiques. C’était une erreur que nous pouvons méditer tout à loisir, confinés dans nos logements pour quelques semaines. Ou comment un simple virus met la planète à genoux ; nous sommes décidément bien peu de choses !

Les polémiques franchouillardes circulent encore plus vite que le virus, entretenues par le bouillon de culture que sont les médias radio-télévisés et les médias dits-sociaux. Les deux principales concernent l’insuffisance de masques destinés à protéger ceux qui les portent de la contagion et la question de savoir si le système de santé français permettra d’absorber le pic de l’épidémie et de traiter en réanimation ceux qui le nécessiteront lorsque ledit pic sera atteint.

Les journalistes et médecins de plateaux télévisés ânonnent sans relâche qu’il y a une pénurie de masques tout particulièrement pour le personnel soignant, et pour bien d’autres professions en général. Pénurie il y a : les dirigeants et les producteurs de masques font ce qu’ils peuvent pour y remédier. Les premiers ont réquisitionné toutes les productions faîtes en France afin d’empêcher qu’elles puissent être exportées puisque, grosso-modo, la plupart des pays européens font face à une très forte demande de ces accessoires. D’après les informations sérieusement sourcées les capacités de production nationales augmentent progressivement sans pour autant rejoindre la demande également en forte augmentation. Les polémistes mondains font pleuvoir la critique sur le pouvoir en place, coupable d’aveuglement et de mondialisme, voire de comportements criminels « on envoie nos soignants au casse-pipe…[1] » et bla-bla-bla. Il semble qu’il existait un stock stratégique de masques détenu par l’Etat il y a une dizaine d’années mais que celui-ci aurait été déstocké après avoir été jugé inutile, cette décision faisant suite à la polémique de grande ampleur apparue à la suite de la décision publique de stocker plusieurs dizaines de millions de vaccins contre la grippe H1N1 en 2009, vaccins finalement non utilisés. Les mêmes commentateurs avaient alors raillé la ministre de la santé de l’époque Roselyne Bachelot, avaient ironisé sur toutes les antennes sur ce « scandale d’Etat ». Les mêmes aujourd’hui, ou leurs successeurs de la même engeance, tombent à bras raccourcis sur « l’imprévoyance du gouvernement »… Bon, il y divergence entre l’offre et la demande de masques, celle-ci devrait se résorber progressivement, c’est évidemment ennuyeux mais ce n’est pas non plus la peine de ne parler que de ça cela ne fait pas avancer la résolution du problème plus vite. Des gens sérieux et opérationnels s’en occupent en dehors des plateaux télévisés.

Deuxième sujet récurrent : y-aura-t-il assez de lits de réanimation pour accueillir les 5% de malades gravement atteints au pic de l’épidémie ? Là encore la question est rabâchée à toutes les sauces par les commentateurs mondains et assénée à tout intervenant sur le sujet. La réponse est : « on ne sait pas » puisque personne n’est en mesure d’évaluer combien de patients seront à traiter le moment venu. Ce que l’on sait c’est que les responsables développent tout ce qu’ils peuvent pour augmenter ce nombre lits de réanimation et lisser la courbe de l’épidémie pour essayer d’atténuer la divergence entre l’offre et la demande. Il y aurait 5 000 lits de réanimation disponibles en temps normal et l’on devrait atteindre 10 000 lits sous peu. S’il y a 20 millions de personnes contaminées et que 5% nécessitent des soins intensifs cela ferait un besoin d’un million de lits de réanimation si toutes ces personnes étaient malades au même moment, d’où les actions de confinement en cours pour lisser la courbe de progression de la maladie. Il est probable que, comme en Italie, nous n’y arriveront pas complètement et qu’il y aura sans doute des décès qui auraient pu être évités si le système de santé offrait 1 million de lits de réanimation au lieu de 10 000. On peut polémiquer sur ces simples statistiques, chercher des têtes à couper, parler dans le vide, surfer sur la peur et l’ignorance comme en ce moment sur les ondes radio-télévisées, mais plus difficile est de réfléchir sur ce sujet épineux. Après tout, il est assez simple de passer de 10 000 lits de réanimation x milliers (ou millions), il suffit de payer.

Si demain la République veut accroître ses stocks de sécurité de masques, de blouses, de lits de réanimation, de personnel soignant, etc. il suffit de dépenser plus. Ce n’est pas un problème technique mais une question budgétaire. Nous avons un parlement qui examine chaque année le budget de la sécurité sociale, dépenses comme recettes, et qui peut le doubler, le tripler ou le décupler. La difficulté sera évidemment d’expliquer aux citoyens comment ces augmentations seront financées car il faudra dans ce cas accroître les cotisations, les impôts, diminuer d’autres budgets pour compenser, sans doute un peu des trois. Et cela risque d’être douloureux mais c’est la grandeur de nos démocraties de prendre ce genre de décisions démocratiquement !

Rappelons une nouvelle fois que la corporation des titulaires de cartes de presse donneurs de leçons bénéficie d’une niche fiscale sous forme d’un abattement forfaitaire sur leurs revenus imposables pour « frais d’emploi ». Ces subventions financées par les contribuables devraient, à tout le moins, générer un comportement responsable des journaux et journalistes qui en sont les bénéficiaires. Ils sont ainsi reconnus un peu comme service public, qualification qui devrait être un gage de qualité et non de beaufitude.

Une solution serait peut-être de résilier cette niche fiscale imméritée et d’en allouer le produit à la reconstitution d’un stock de masques chirurgicaux. Ce serait sans doute ainsi une bien meilleure utilisation des fonds publics.


[1] Ivan Rioufol de Valeurs Actuelles sur un plateau

Les plateaux télévisés encombrés « d’experts » bavards

Depuis que la France est devenue l’un des épicentres européens de l’épidémie de coronavirus, ce sujet sanitaire occulte tous les autres. Outre les journalistes qui se sont tous érigés en experts épidémiologiques, un nombre significatif de représentants du corps médical se succède sous les spotlights pour édifier les spectateurs d’avis et de commentaires dispensables, souvent contradictoires, parfois polémiques. Les journalistes-experts adorent insister sur lesdites contradictions en pointant le fait que untel a dit ceci il y a deux jours et dit maintenant cela. Ils n’ont pas encore admis qu’une épidémie est évolutive et peu prévisible, alors les tactiques et stratégies mises en place évoluent au jour le jour en fonction de la situation. C’est ce pourquoi les contribuables payent leurs dirigeants politiques.

En revanche, on s’étonne un peu que ces médecins variés aient tant de temps à perdre sur les ondes radio-télévisuelles. Compte tenu des circonstances ne serait-il pas plus opérationnel pour le système de santé qu’ils soient au travail dans leurs cabinets et hôpitaux plutôt qu’à bavasser sur les plateaux ? Ensuite on a des décisions politiques liées à cette crise sanitaire qui sont prises tous les jours, elles-mêmes basées sur un « conseil scientifique » plutôt transparent qui publie désormais ses analyses via des communiqués lisibles par Mme. Michu. Alors Messieurs les professeurs de plateaux télévisés, le mieux est que vous alliez travailler pour appliquer les instructions politiques, aider vos collègues surchargés, ou que vous vous reposiez de vos efforts, mais votre envahissement des ondes est juste du temps perdu et détourné de la juste cause.

Elections et discipline

Dans un petit bureau de vote parisien c’est le désert pour ce premier tour des élections municipales. Pendant ce temps, le jardin public contigüe est plein de familles prenant le soleil, allongées sur les pelouses ou faisant la queue devant la bicoque à confiseries. La veille au soir le premier ministre avait appelé les citoyens à rester chez eux pour cause de virus baladeur, sauf pour faire leurs courses alimentaires et voter… Il y a encore un peu de travail à faire pour améliorer le sens civique de la population.

Le goût de la polémique

Les journalistes et commentateurs mondains, piliers de plateaux télévisés de chaînes d’information en continu, se sont érigés en experts épidémiologiques depuis que l’Europe, et tout particulièrement la France, est attaquée par un virus contre lequel il n’existe à ce stade ni traitement ni vaccin. Les mêmes qui ricanaient en 2009 face à la commande de vaccins faite par souci de prudence par l’Etat contre la grippe H1N1, puis finalement annulée, raillent aujourd’hui les autorités de santé de n’être pas assez prudentes en maintenant pour demain le premier tour d’élections municipales alors que le pays s’enfonce dans la crise sanitaire et les mesures de confinement.

Rappelons que la corporation des titulaires de cartes de presse bénéficie d’une niche fiscale sous forme d’un abattement forfaitaire sur leurs revenus imposables pour « frais d’emploi ». Ces subventions financées par les contribuables devraient, à tout le moins, générer un comportement responsable des journaux et journalistes qui en sont les bénéficiaires. Ils sont ainsi reconnus un peu comme service public, qualification qui devrait être un gage de qualité et non de beaufitude.

Une solution serait peut-être de résilier cette niche fiscale imméritée et d’en allouer le produit à la recherche pour un vaccin contre le coronavirus actuel. Ce serait sans doute ainsi une bien meilleure utilisation des fonds publics.

Les commentateurs et les statistiques

Les commentateurs et journalistes mondains qui édifient Mme. Michu sur l’évolution du virus qui attaque la planète entière ont manifestement du mal avec la science statistique. Ceux qui se veulent rassurants n’arrêtent pas de répéter que 80% des patients s’en sortent avec un peu de paracétamol, 15% doivent être traités plus sérieusement, éventuellement à l’hôpital, et les 5% restant nécessitent des soins intensifs en réanimation, dont 1% décèdera. Le problème dans ce ratio n’est donc pas le numérateur mais bien son dénominateur. Si 15 millions de citoyens sont infectés cela fera donc 750 000 personnes (5%) à passer en réanimation (heureusement pas toutes en même temps) et 150 000 morts (1%).

Le débat suivant concerne la capacité d’accueil des hôpitaux qui serait « le résultat scandaleux du sous-investissement de l’Etat dans son système de santé depuis des décennies ». Là encore le calcul statistique fait partie des critères de choix des stratégies. C’est un peu comme la construction d’une digue : on la dimensionne pour résister à la crue triennale, décennale, centenaire, millénaire, qu’importe mais elle aura une limite de résistance. Tout dépend de la hauteur de la vague. C’est une question de coût et de calculs techniques des ingénieurs responsables de la construction.

On parle d’une capacité de 5 000 lits de réanimation en France. Manifestement cette capacité est à peu près suffisante en temps « normal » mais n’a pas été dimensionnée pour une pandémie de coronavirus. Si l’on veut passer cette capacité à 100 000 lits c’est assez simple : il suffit de payer pour de nouveaux hôpitaux, du matériel et du recrutement de personnel médical. Pour ça il existe un parlement qui statue chaque année sur le budget de la sécurité sociale. Il peut décider de doubler, quintupler, décupler le budget actuel en indiquant aux citoyens les sources de financement à mettre en œuvre pour ce faire : cotisations sociales, impôts ou autres, car à la fin c’est bien le citoyen qui paiera.

Laissons passer l’épidémie actuelle qui provoque pas mal d’émotion, peu propice à des réactions raisonnables et, certainement, le débat reviendra sur la table une fois l’orage passé. En attendant il faut juste espérer pour soi et ses proches que nous resterons dans les 80% d’infectés qui se soignent au Doliprane. Statistiquement c’est le cas le plus probable…

La France aux 258 fromages

Entendu au Café du commerce entre une gamine de 25 ans qui veut claquer la bise à un senior de 62 en ces temps d’épidémie de coronavirus :

– Le senior qui refuse la bise : en principe les recommandations des autorités de santé sont de ne pas s’embrasser ni se serrer la main,
– La gamine dépitée : mais tout ça c’est des co… et si je les applique, qu’est-ce que je fais dans le métro pour ne pas être contaminée ?
– Le senior : eh bien si déjà tu élimines deux sources potentielles c’est déjà mieux que de ne pas les éliminer, non ?
– La gamine : c’est une véritable psychose, cela n’a pas de sens, la grippe ordinaire est bien plus grave,
– Le senior : mais est-ce que vraiment arrêter pour un temps de serrer des mains bouleverse à ce point ta vie et ton psychisme que tu ne puisses pas le faire ?
– Et blablabla, et blablabla…

On a ici un bon exemple d’une réalité déjà soulignée par Mongénéral en son temps : « Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 258 variétés de fromage ? » Entre ceux qui dénient l’épidémie en refusant d’appliquer les recommandations de santé publique comme la gamine précitée et les bataillons de Mme. Michu qui se ruent dans les supermarchés pour dévaliser les rayons de nouilles, nombre de français refusent juste d’être raisonnables. Ainsi va la République !