FOGEL Benjamin, ‘Le renoncement de Howard Devoto’.

Sortie : 2015, Chez : Le mot et le reste.

Benjamin Fogel, né en 1981, est un écrivain auteur de nombreux ouvrages sur la pop-culture. « Le renoncement de Howard Devoto » est une biographie fictionnelle sur Howard Trafford, de son vrai nom, né en 1952 à Manchester dans une famille bourgeoise moyenne. Gamin peu intéressé par les études mais bien plus par la montée en puissance du mouvement punk au Royaume-Uni, il écoute les Stooges et Brian Eno, admire David Bowie, et convainc son pote Pete Shelley d’aller assister à un concert des Sex Pistols à Londres en 1976. C’est une nouvelle vie qui commence pour eux qui savent à peine jouer quelques notes, lui sur un clavier, Pete sur une guitare.

Ensemble ils créent le groupe Buzzcoks qui deviendra l’un des phares du mouvement punk. Howard est au chant et compose les chansons avec son compère. Garçon introverti et épris d’absolu, pas de compromission avec l’industrie de la musique, pas de promotion de leurs œuvres, il quitte les Buzzcoks au bout d’un an alors le succès s’annonce comme éclatant. Il le restera d’ailleurs longtemps puisque le groupe tournait encore dans les années 2010 avant le décès de Shelley en 2018.

Devoto fonde un nouveau groupe : Magazine, avec d’autres musiciens dont notamment John McGeoch, guitariste d’exception et Dave Formula, claviériste. Ensemble ils inaugurent une sorte d’avant-garde punk. McGeoch quittera Magazine, un peu lassé du manque de succès commercial, pour rejoindre Siouxsie and the Banshees menée par l’icône punk Siouxsie Sioux, puis de rejoindre Public Image Ltd, le groupe fondé par Johnny Rotten après la dissolution des Sex Pistols. Il est mort en 2004 à 48 ans.

Après quatre albums plutôt réussis, Howard Devoto, toujours effrayé par le succès et à la recherche d’autre chose, dissout Magazine, se lance dans quelques expériences musicales solo puis devient… archiviste dans une agence de presse durant 20 ans. Le temps d’une courte reformation en 2009, Magazine publie ce qui sera sans doute leur dernier album : No Thyself.

Fogel se penche avec intérêt sur le curieux parcours de Devoto, passé du statut de rock-star à celui d’archiviste, du monde punk un peu dévasté à la vie tranquille de salarié dans une agence de presse. Sa quête d’absolu ne lui a pas permis de poursuivre la voie de la musique de façon durable mais au moins a-t-il créé quelques albums de légende dont des groupes célèbres ont revendiqué l’influence, de Radiohead à Simple Minds en passant par Johnny Marr (guitariste compositeur au sein de The Smiths) ou Jarvis Cocker (Pulp). Un personnage créatif, novateur et égaré, comme seul le Royaume-Uni sait en créer dans le monde du rock.

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