Les moulins à vent de la presse

Comme à chaque fois que des déclarations politiques de haut niveau sont annoncées pour une date précise, la presse de circonstance passe les jours précédents à jouer Mme. Irma et cherche à anticiper ce qui va être dit par l’oracle. En l’occurrence le président de la République française devrait s’exprimer dans les médias demain soir pour donner ses vues sur le confinement en cours. L’allocution n’est pas mentionnée sur l’agenda officiel du président.

Bien entendu tout le monde aimerait bien qu’il annonce de bonnes nouvelles mais personne ne sait bien ce qu’il va dire puisqu’il… ne l’a pas encore dit ! Alors les commentateurs commentent ce qu’ils ne savent pas encore, une habitude pour eux. Sans doute bénéficient-ils de fuites plus ou moins officielles, plus ou moins téléguidées, plus ou moins destinées à manipuler leurs bénéficiaires. Bref, il n’y a que des risques à parler de ce que l’on ignore, et très peu d’utilité à procéder ainsi, ni pour les commentateurs, encore moins pour leurs spectateurs.

Le mieux serait que tout le monde attende demain soir, écoute tranquillement la parole présidentielle puis ensuite la commente sur des bases documentées. Ainsi, en attendant, les médias pourraient parler de choses réelles et intelligentes et leurs spectateurs se concentrer sur la vraie vie plutôt que perdre leur temps à chercher à anticiper ce que dira un président qui ne le sait pas même peut-être lui-même.

« The Big Short » d’Adam McKay (2015)

Un film passionnant pour expliquer la spéculation « à la baisse » menée par quelques aventuriers de la finance lors de la crise des subprimes de 2008 qui avaient eu la clairvoyance d’anticiper l’effondrement du marché de ces titres hypothécaires. Comme ils étaient spéculateurs, eh bien, ils ont spéculé et ont gagné beaucoup d’argent. C’est la base de la finance : un jeu à somme nulle, ce que perdent les uns est gagné par les autres, sauf lorsque tout s’effondre, ce qui aurait été le cas en 2008 si les contribuables privés n’étaient pas venus au secours des spéculateurs.

Les noms des vrais personnages sont repris par le scénario, les techniques utilisées sont détaillées (Credit Default Swap [CDS], Collateralized Debt Obligations [CDO], Mortage Backed Securities [MBS]…), mais il est mieux d’avoir un peu de culture financière pour tout suivre, et le déroulement haletant de cette incroyable explosion des marchés due à la rapacité sans limite d’une bande de forbans de la finance se croyant au-dessus de tout et de tous. Le plus extraordinaire dans cette affaire fut qu’ils furent sauvés par les contribuables car ils étaient « too big too fail », la chute de leurs établissements qui aurait été moralement justifiée aurait entraîné encore plus d’inconvénients économiques que leur sauvetage.

Certains des personnages du film affichent quelques états d’âme lorsqu’ils réalisent la manière dont ils s’enrichissent : spéculer à la baisse des titres hypothécaires (CDO) signifie que, si elle se réalise, des millions de petits propriétaires qui eux-mêmes spéculaient sur la hausse de leurs biens immobiliers vont être expropriés, voire ruinés. C’est ce qui s’est passé dans la vraie vie. La morale de l’histoire fut aussi qu’un monde basé uniquement sur la spéculation fait perdre la tête à ses acteurs qui renoncent à tout sens de la mesure, et même à l’intelligence. L’Etat américain n’a pas été non plus sans tâche dans cette histoire car en autorisant, voire favorisant, l’octroi de financements bancaires au « petit peuple » pour lui permettre ainsi de bénéficier de la hausse du marché immobilier, il donnait à ces citoyens un moyen d’arrondir leurs fins de mois sans y contribuer avec des fonds publics, jusqu’à ce que la hausse de l’immobilier s’inverse, ce qui ne devait pas manquer d’arriver, et arriva !

Il fallut une dizaine d’années pour que la planète financière et le marché immobilier récupère ses pertes. Il y eut quelques réformes des marchés financiers internationaux pour cantonner certains excès du monde financier, mais sans doute pas au point d’assainir un système qui porte en lui les germes de crises régulières. Heureusement les contribuables restent fidèles au rendez-vous pour absorber les débordements jusqu’à, peut-être, la super-crise qui fera tout exploser.

Lire aussi : Margin Call

Les républicains américains continuent à se battre pour la victoire de leur candidat à l’élection présidentielle

Signature de Donald Trump

Alors que le président Trump continue, entre deux parties de golf à inonder le réseau dit « social » Twitter de messages contestant la victoire de son concurrent démocrate Biden, les soutiens dont il bénéficie au sein de son propre parti Républicain commencent à s’étioler au fur et à mesure que sont rejetés les recours initiés en justice pour accuser les Démocrates de fraude électorale.

L’aspect plutôt comique dans cette bataille est aussi lié au mode de vote des Etats-Unis. A l’occasion de l’élection présidentielle les électeurs se prononcent sur le même bulletin pour toute une série d’élections complémentaires, variables selon des Etats. En l’occurrence ils ont voté pour le renouvellement d’un tiers des cent sénateurs et ont laissé pour le moment la majorité aux Républicains, ce qui procure à ce parti la capacité de bloquer toute mesure significative pour le pays comme cela a été fait durant la présidence Obama.

Contester la légalité du vote revient à remettre en cause non seulement le résultat en faveur du candidat démocrate mais aussi les votes en faveurs des sénateurs républicains puisque tous ont été exprimés sur le même bulletin. Difficile de rejeter l’un en gardant les autres. Mais cela peut toujours être tenté par le bataillon d’avocats mis en œuvre par l’entourage du président actuel, qui a lui aussi tendance à se réduire comme peau de chagrin face au poids de la réalité.

En réalité on semble bien se diriger vers le non-renouvellement du président Trump ce que devrait définitivement valider le vote des grands électeurs prévus pour mi-décembre. Ensuite il faudra juste faire déménager l’actuel résident de la Maison Blanche. On n’ose imaginer qu’il faille employer la force ou qu’il refuse d’assister à la cérémonie de prestation de serment de mi-janvier comme le veut la tradition du pays. Tout est possible ! En attendant il reste encore deux mois au président américain pour pratiquer la politique de la terre brûlée et jouer au golf.

Lire aussi : Compte Twitter Donald Trump

MALRAUX André, ‘Antimémoires’.

Sortie : 1967, Chez : Gallimard.

On suit dans les « Antimémoires » les pérégrinations culturelles et mystiques d’un André Malraux envoyé en voyage en Asie par de Gaulle, président de la République française, en 1965. Il se murmure que cette mission avait aussi un but curatif pour apaiser ce personnage hanté, en proie à dépression et addictions. Le récit est basé sur deux rencontres capitales : Nehru en Inde et Mao en Chine, complétées par des visites à personnages moins connus mais tout aussi importants dans le cheminement intellectuel de Malraux, ainsi que des lieux de référence : les pyramides d’Egypte, Singapour (où l’on retrouve Clappique qui inspira le personnage du même nom de la « Condition Humaine »), Hong-Kong, les jardins japonais présentés par un moine bouddhiste…

Avec Nehru (qu’il avait déjà rencontré auparavant) ils échangent sur le pouvoir et la spiritualité, sur Gandhi et les masses indiennes, sur la violence de la partition du pays postindépendance et l’influence du Bhagavad-Gîtâ (long poème fondateur de la pensée religieuse hindouiste) écrit quelques siècles av. J.-C. Il est question de Krisna, de Dieu… de la vie, de la mort et la pensée.

Avec Mao, il est question de la « Longue Marche » qui a ponctué l’interminable prise de pouvoir des communistes chinois contre le Kuo-min-tang de Tchang Kaï-check qui aboutit en 1949. Ils parlent du monde rural qu’il fallut convertir, souvent de force, aux « mérites » du maoïsme, des « intellectuels » dont il fallut réduire les tendances contrerévolutionnaires. Il conclut son entretien avec Malraux :

« Je suis seul,
enfin avec quelques lointains amis, veuillez saluer le général de Gaulle.
– quant à eux [les Russes] la révolution, vous savez, au fond, ça ne les intéresse pas… »

Les différents chapitres du récit sont ponctués de mentions des évènement historiques auxquels Malraux participa : la guerre d’Espagne, la résistance, son arrestation à Toulouse, la libération de la France. Il est souvent question en toile de fond des camps d’extermination nazi comme un rappel de la barbarie de la vieille Europe face à ces pays neufs qui cherchent leurs propres voies pour émerger en se libérant des affres du colonialisme qui les a soumis, un temps.

C’est un dialogue de géants concernant des pays, des hommes, des idéologies qui ont forgé le XXème siècle. La puissance du style de Malraux et son insondable culture planétaire et historique forcent l’admiration. En lisant cet auteur de génie on approche du sens de ces grands évènements et de la spiritualité de ceux qui en ont été les acteurs. C’était le XXème siècle…

Corporatisme et petits intérêts particuliers

Une bande de dangereux gauchistes a envahi ce dimanche les parvis d’églises et de cathédrales catholiques d’une vingtaine de villes françaises pour exiger le retour des messes. En effet, les règles du deuxième confinement en place depuis le 30 octobre stipulent que les lieux de culte peuvent rester ouverts mais que les cérémonies (des rassemblements) sont interdites pour lutter contre la diffusion du virus, sauf les obsèques. Ces manifestations font également suite à un recours déposé par la Conférence des évêques de France devant le Conseil d’Etat le 29/10/2020 pour contester cette interdiction. Ledit Conseil a rejeté la requête épiscopale le 07/11/2020.

Les évêques déplorent avant tout que les fidèles demeurent ainsi dans l’impossibilité de participer à la messe, sommet de leur foi et rencontre irremplaçable avec Dieu et avec leurs frères.

Demander à pouvoir assister à la messe n’a rien d’une revendication catégorielle : la prière de l’Église catholique est universelle. Dans sa liturgie, elle supplie Dieu pour la paix et pour le bien de tous les peuples, sans oublier ceux qui exercent l’autorité et ont en charge le bien commun.

https://eglise.catholique.fr/espace-presse/communiques-de-presse/508994-suite-a-rencontre-premier-ministre-ministre-de-linterieur-16-novembre-2020/

On croyait les églises en partie désertées par les croyants et les curés. On pensait le catholicisme plus concerné par l’altruisme et le bien de son prochain. L’Eglise catholique comme d’autres corporations défend ses intérêts propres et conteste les décisions contraignantes prises par l’Etat en principe au nom de l’intérêt général.

Depuis fin octobre toutes les professions et activités contraintes par le confinement s’ingénient à en exiger la levée en expliquant que chez eux « le virus ne circule pas ou moins que chez le voisin » ou que leur survie économique est en jeu. Il y a effectivement des situations dramatiques qui vont se traduire par des faillites, certains secteurs d’activité risquent de disparaître corps et âme, d’autres vont devoir réviser en profondeur leurs modes de fonctionnement. On pensait que les catholiques étant autorisés à se rendre librement dans les églises pour y prier et à regarder les messes à la télévision en attendant un déconfinement qui ne saurait tarder, se considèreraient comme plutôt privilégiés face au cataclysme socio-économique qui est déjà en route pour notre pays… Il n’en est rien, et les évêques réclament comme le reste des français.

Bien entendu l’inénarrable Christine Boutin est en première ligne sur le thème « Réndez nous la messe [SIC] ». Plus troublant, la Conférence des évêques de France lance un processus de contestation devant la justice administrative. Que d’énergie et de temps perdu…

Les différentes églises ne se sont pas particulièrement distinguées dans cette crise sanitaire, que ce soient les orthodoxes grecs, les juifs intégristes en Israël ou maintenant les évêques catholiques français. La preuve est donnée une nouvelle fois que science et religion ne font pas vraiment bon ménage. Et l’on se souvient que lors de la première vague l’une des sources de contagion la plus cataclysmique fut le rassemblement religieux évangélique de Mulhouse début mars 2020. Dans ces conditions, les évêques de France s’honoreraient à afficher un peu plus de sens de la discipline de façon à mieux inspirer leurs ouailles. Plutôt que d’entamer des procédures contre l’Etat il serait plus efficace qu’ils instruisent les croyants sur les mérites de la prière en solitaire dans les églises qui sont ouvertes. La messe réelle peut bien encore attendre quinze jours et Dieu se satisfaire d’encore deux semaines de messes radiodiffusées.

« L’instinct de mort » et « L’ennemi public n°1 » de Jean-François Richet (2008)

Ce film en deux parties résume la vie de Jacques Mesrine, braqueur-voyou-assassin-taulard, qui connut son heure de gloire dans les années 1960-70’ avant d’être abattu par la brigade antigang du commissaire Broussard qui s’était rendu quasiment aussi célèbre que la proie qu’il pourchassait. Mesrine a pu séduire en son temps par culot dont il fit preuve à l’occasion de ses multiples évasions de prison et de braquages plutôt osés qu’il mena. De la guerre d’Algérie au grand banditisme, Mesrine a vécu hors des règles de la société. Même s’il voulut se donner une image de « Robin des bois » il fut un parasite. Il était engagé dans un combat dont la fin était écrite.

Vincent Cassel joue magnifiquement le rôle qui couvre les vingt dernières années de dérive la vie de Mesrine, jusqu’à incarner sa métamorphose physique. Il illustre avec efficacité le côté flambard et égocentrique du voyou, attiré par la lumière des flashs mais guidé par le côté sombre de la vie.

AGHION Philippe au Collège de France, leçon donnée le 06/10/2020 : « Destruction créatrice et richesse des nations » 1/6

Covid et économie.

Chaire : Destruction créatrice et richesse des nations
Cours : Économie des institutions, de l’innovation et de la croissance

Le livre « Le Pouvoir de la Destruction Créatrice » (Philippe Aghion, Céline Antonin, Simon Bunel – 2020) va servir d’architecture à ce cours.

Il y a d’abord eu des modèles épidémiologiques d’Imperial College prévoyant des centaines de milliers de morts mais qui ne prenaient pas en compte les réactions de la société face à la menace (masques, gestes barrière, etc.) qui permirent de réduire les dégâts. Les épidémiologistes se sont alors mis à parler aux économistes qui savent prendre en compte les interactions, les effets des politiques, etc.

Le covid représente un choc d’offre et demande.

Le nombre de décès/jour augmente significativement à partir de début mars en Europe jusqu’à 4 000/j et suit aux Etats-Unis avec un mois de retard jusqu’à 2 600/j, puis la courbe redescend. Le pic n’a jamais atteint les premières prévisions épidémiologiques du fait des mesures qui ont été prises pour endiguer la contagion. Ce qui crée le choc économique ce ne sont pas les décès directement mais les mesures de confinement prises pour lutter contre les décès et la contamination.

On a mesuré la mobilité à partir de données Google de smartphones (Google mobility index) qui se sont effondrées de 70% en France et Italie, un peu moins en Allemagne et aux Etats-Unis. Si les gens se sont moins déplacés ils ont quand même utilisé le télétravail ou les transactions en ligne. On voit néanmoins dans les données de PIB trimestrielles une baisse aux T1 et T2 2020 de 10 à 20%, deux fois pire que la crise financière de 2008. Cela veut dire : vive le télétravail et vive le téléachat. Le PIB a moins baissé que la mobilité.

Comment minimiser le coût économique à court terme et remettre l’économie sur pieds ?

Le PIB a baissé à cause du choc d’offre : le confinement a obligé la fermeture de restaurants, hôtels, lignes aériennes… donc la production a automatiquement baissé (choc d’offre sur les secteurs directement affectés), le chômage a augmenté, l’incertitude également (on a peur de consommer) qui a un effet de demande qui va aussi baisser en affectant toute l’économie, y compris les secteurs non directement exposés.

Les mesures d’aide en France ont permis de limiter la baisse de consommation qui a été moins importante que la baisse du PIB, ces mesures ont été efficaces. Ce fut un mélange de politique fiscale et de politique monétaire.

Selon le modèle keynésien, à court terme c’est la demande qui détermine l’emploi et la production alors qu’à long terme il y a un ajustement de l’offre et la demande par les prix, c’est l’offre de production qui déterminerait la demande.

L’équilibre sur le marché des biens et services : Y [le PIB] = C(Y) [consommation, fonction croissante du PIB, « plus on produit, plus on épargne »] + I(r) [investissement, fonction décroissante du taux d’intérêt] + G [dépense publique]. Finalement, plus le taux d’intérêt est faible plus la production est élevée et vice versa.

C’est la Banque Centrale qui détermine le taux d’intérêt, et donc le niveau de production, à travers sa politique de vente/achat d’actifs financiers. Le Quantity Easing actuel fait que les banques centrales achètent tout et n’importe quoi, y compris de la dette privée… et font ainsi baisser les taux mais aux risques d’inflation et de bulles financières. La banque centrale détermine le taux ce qui fixe le niveau de production et donc l’emploi. C’est la politique monétaire.

Il y a ensuite la politique budgétaire : j’augmente G par exemple, je fais de la dépense publique. Si Y est constant c’est donc l’épargne qui va baisser, l’offre de capitaux (I) pour les entreprises va baisser et donc le r devrait augmenter mais il est fixé, donc c’est le Y (la production) qui augmente. En augmentant G, cela fait du revenu supplémentaire qui est dépensé donc la demande augmente et le niveau de production Y aussi ! Ce modèle à court terme ne différencie pas dans le G les dépenses de fonctionnement et d’investissement de l’Etat.

On a deux manières d’augmenter (ou baisser) le Y : politique budgétaire ou politique monétaire, ou les deux en même temps.

Les effets du confinement

Dans le secteur directement affecté par la covid on a forcé la décroissance du niveau de production Y en « fermant » l’économie. La production était à son niveau d’équilibre et on l’oblige à en sortir. Comme je réduis l’emploi dans le secteur affecté cela revient à réduire la demande dans le secteur non directement affecté, et donc sa production.

La réponse macroéconomique

Dans le secteur affecté il ne sert à rien d’augmenter G puisqu’il est interdit de produire davantage du fait du confinement. En revanche la politique budgétaire va essayer d’atténuer le choc de demande du secteur non affecté.

La politique monétaire d’achats d’actifs financiers fait encore baisser le taux d’intérêt et permet aussi de compenser en partie la baisse de la production.

L’action conjuguée des gouvernements et des banques centrales a été positive.

De la théorie à la réalité

Politique budgétaire : subventions aux employés et aux entreprises, délais paiement impôts, prêts bancaires garantis par les Etats. Politique monétaire : quantity easing de la FED et la BCE.

Cette combinaison explique que la consommation a beaucoup moins baissé que l’activité (PIB). Mais ce modèle général cache les inégalités et le problème du soutien aveugle qui empêchera les restructurations (certaines activités vont disparaître : destruction créatrice). Comment protéger et permettre la réallocation vers de nouvelles activités ?

Comment repenser notre modèle économique et social à plus long terme ?

Le covid est un révélateur de déficiences plus profondes et préexistantes.

Chaînes de valeur

Contraste France-Allemagne sur le nombre de décès de beaucoup inférieur à l’est du Rhin : pourquoi y avait-il plus de respirateurs, de masques, de tests en Allemagne ? Cela révèle des problèmes industriels qui ont empêché la France de faire rapidement du testing à grande échelle. De ce fait le confinement en France a été beaucoup plus dur et impactant sur la baisse du PIB français.

On a regardé dans les statistiques de la commission européenne les données concernant les produits « anti-covid » : composants pharmaceutiques, instruments (respirateurs…), équipements de protection (masques, gants…). Au début des année 2000 la France et l’Allemagne étaient comparables en matière d’importations et d’exportations de ces biens. Aujourd’hui, la France a légèrement augmenté son niveau d’import/export de ces produits quand l’Allemagne l’a explosé. Cela veut dire que l’Allemagne n’a pas fait de protectionnisme (ses importations ont aussi beaucoup augmenté) mais elle a fait de l’innovation. En 2019 les allemands présentaient un surplus des exports sur les imports de 20 milliards d’euros sur les produits « anti-covid » quand la France était en très léger excédent. Les importations françaises viennent d’ailleurs surtout d’Allemagne, des Pays-Bas et de Belgique, un peu moins de Chine et des Etats-Unis.

Dans le secteur pharmaceutique France-Allemagne, la production domestique de la France stagne et celle de l’Allemagne progresse, alors que les avoirs français à l’étranger grimpent quand ceux de l’Allemagne sont stables. Cela signifie que la France a beaucoup plus délocalisé que l’Allemagne.

A la demande du gouvernement français nous avons élargi cette étude à l’ensemble des industries « critiques » et avons analysé les dépôts de brevets (enregistrés à la fois aux Etats-Unis, en Europe et au Japon, donc des brevet significatifs). Dans le domaine pharmaceutique et médical la France était bonne au milieu des années 1990’ et s’est détériorée par rapport aux meilleurs depuis pour aboutir aujourd’hui loin de la « frontière technologique ». Dans l’énergie nucléaire la France était et reste dans le peloton de tête. Pour les véhicules du futur la France est proche de la frontière technologique mais en dégradation depuis la décennie 2000. Dans l’aérospatiale, très bon classement de la France et stabilité de celui-ci. Electroniques, résultats mitigés. Isolation thermique la France se maintient proche de la frontière technologique. Idem pour les machines agricoles et conception informatique de composants industriels.

Maintenant que la France a de nouveau un commissaire au plan, elle va pouvoir se relancer dans la définition d’une nouvelle politique industrielle active pour endiguer la désindustrialisation dans les filières stratégiques, par création de nouvelles entreprises, nouvelles activités, non pas en fermant des usines en Chine…

On montre aussi, et nous y reviendrons, que plus on automatise et plus baisse les coûts de production et améliore la productivité. L’augmentation conséquente des marchés (effet taille) compense les pertes d’emploi (effet de substitution) dues à cette robotisation. L’utilisation renforcée de l’intelligence artificielle et des technologies de l’information est un moyen beaucoup plus efficace pour la croissance que de jouer sur les droits de douanes supposés protéger un marché. Plus on automatise et mieux on maîtrise les chaînes de valeur, et en même temps on crée de l’emploi.

Le modèle social

Le début de la réflexion sur quel type de capitalisme :

  • Le modèle américain présente peu de chômage mais un risque de pauvreté accru lors des crises et une couverture santé limitée (US cut throat capitalism)
  • Le modèle allemand : chômage et risque de pauvreté faible, couverture santé pleine
  • Le modèle européen : chômage élevé, risque de pauvreté faible, couverture santé pleine

La crise du covid illustre parfaitement ces modèles. On a regardé les conséquences sur le chômage, le taux de pauvreté et la couverture santé en appliquant aux prévisions de chômage du FMI les taux de pauvreté de de couverture santé constaté dans le passé. On constate en 2020 une explosion du chômage et des pertes de couverture santé quand en Allemagne le chômage augmente légèrement et tout le monde conserve sa couverture santé. Les comparaisons sont à peu près similaires entre les Etats-Unis et les autres pays européens. On a des résultats similaires quand on mesure le risque de pauvreté avec l’évolution du chômage, Etats-Unis versus pays européens.

La covid montre l’importance d’avoir des filets de sécurité en cas de crise et permet de se positionner sur savoir si nous voulons un modèle américain ou pas. Les opposants à l’Obamacare vont peut-être revoir leur position une fois que sera fait le bilan social du covid aux Etats-Unis !

Innovation

Quand on regarde les statistiques de dépôt de brevet par habitant on constate que les Etats-Unis sont les meilleurs mais qu’un pays comme la Suède est juste derrière, or la Suède a un modèle social mais a mené des réformes structurelles importantes dans les années 1990’ expliquant cette bonne performance. Les Etats-Unis ont un écosystème de l’innovation très performant que nous sommes très très loin d’atteindre en Europe, ce qui explique leur 1er rang en matière de brevets. Ils sont défaillants en matière de modèle social mais ils sont très bons pour la culture de l’innovation. Le défi est de garder la protection et d’améliorer l’innovation comme l’ont fait les pays scandinaves dans les années 1990’.

Société civile et confiance

Il faut le marché (sans marché, pas d’innovation, l’URSS n’a pas su transformer sa recherche fondamentale en innovation sauf dans les domaines militaire et spatial où elle était en concurrence avec les Etats-Unis), il faut l’Etat pour assurer les risques macroéconomiques (exemple du covid actuel), investir et protéger les citoyens comme les firmes, redistribuer. Il faut aussi la société civile (réciprocité, normes sociales, altruisme…) qui s’assure que la séparation des pouvoirs soit effective, que l’exécutif ne truste pas tout le pouvoir ni réalise de collusion entre l’Etat et le marché. Dans le cas du covid il a fallu un Etat pour confiner, pour l’imposer au besoin par coercition. Mais dans certains pays la société civile a complété l’action de l’Etat expliquant les meilleurs résultats de certains pays (Allemagne, Suède par exemple).

Des analyses statistiques montrent également la corrélation entre le niveau de défiance de la société civile à l’encontre de l’Etat, les compagnies… et le niveau des réglementations existantes. En France par exemple, on constate une grande défiance mais toujours plus de normes : on déteste l’Etat mais on demande toujours plus de règles. La covid nous fait constater qu’en France on s’est trop reposé sur l’Etat sans suffisamment prendre en compte la société civile. C’est un défi pour la France de modifier cette répartition des pouvoirs et des responsabilités.

Conclusions

La covid est un révélateur :

  • Sur les chaînes de valeur, les pays qui exportaient très peu de produits anti-covid ont d’avantage souffert sur les plans sanitaire et économique. Faut-il simplement stocker des masques, par exemple, où intégrer ces produits dans une politique industrielle ? Faut-il des réformes horizontales ou verticales pour pousser l’innovation ? Du protectionnisme ou de l’investissement ? etc.
  • Le modèle social, peut-on rendre le capitalisme plus « douillet » sans qu’il ne soit moins innovant ?
  • Comment la France peut-elle donner un rôle plus important à la société civile (dialogue social, décentralisation, système électif proportionnel…) ?

Pourquoi les religieux « évangéliques » soutiennent le président Trump ?

Alors que le président Trump continue à revendiquer sa victoire à l’élection du 3 novembre, ses soutiens « évangéliques » se désolent de cette défaite annoncée. Depuis la campagne électorale de 2016 et tout au long du mandat Trump de quatre années, le soutien de ce courant religieux protestant ultra-conservateur a été total à la politique du président qui n’a pas manqué de prendre des décisions inspirées par ceux-ci. Ce soutien paraît curieux tant le comportement personnel du président semble bien éloigné de préceptes chrétiens minima ! Il s’agit en fait d’intérêts partagés et bien compris. Le président bénéficie d’électeurs et d’un soutien politique fort. Les évangéliques voient leurs convictions religieuses mieux prises en compte dans la politique américaine. Après tout, qu’importe si le président se comporte comme un jet-setteur de bas étage du moment qu’il respecte ses engagements en faveur de l’idéologie. Trump aura sans doute fait plus en direction des évanlégiques que le président Jimmy Carter qui était membre de la communauté.

Son vice-président Mike Pence est de religion catholique mais se dit « évangélique catholique » après s’être éloigné du catholicisme sans avoir jamais renié sa foi d’origine. Il soutient les thèses du créationnisme édictant que Dieu a créé le ciel et la terre. Il considère par ailleurs que la théorie de l’évolution est une théorie parmi d’autres et que l’ensemble de ces théories devraient pouvoir être enseignées à l’école, sans privilégier l’une par rapport à l’autre.

La fiche wikipédia Evangélisme nous apprend que ce courant religieux protestant retient la Bible comme seule référence à sa foi, voit la conversion à l’évangélisme comme une nouvelle naissance, promeut le bénévolat dans l’Eglise et considère le crucicentrisme comme central (la crucifixion et la résurrection de Jésus). Il y aurait 600 millions d’adhérents à travers la planète dont une petite centaine aux Etats-Unis d’Amérique.

Le site World Evangelical Alliance publie une déclaration de foi relativement classique :

Nous croyons
Que l’Écriture Sainte est la Parole infaillible de Dieu, divinement inspirée, entièrement fiable, autorité souveraine en matière de foi et de vie.
En un seul Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit de toute éternité.
En Jésus-Christ notre Seigneur, Dieu manifesté en chair, né de la vierge Marie, à son humanité exempte de péché, ses miracles, sa mort expiatoire et rédemptrice, sa résurrection corporelle, son ascension, son œuvre médiatrice, son retour personnel dans la puissance et dans la gloire.
Au salut de l’homme pécheur et perdu, à sa justification non par les œuvres mais par la foi seule, grâce au sang versé par Jésus-Christ notre Seigneur, à sa régénération par le Saint-Esprit.
En l’Esprit Saint qui, venant demeurer en nous, nous donne le pouvoir de servir Jésus-Christ, de vivre une vie sainte et de rendre témoignage.
À l’unité véritable dans le Saint-Esprit de tous les croyants formant ensemble l’Église universelle, corps du Christ.
À la résurrection de tous : ceux qui sont perdus ressusciteront pour le jugement, ceux qui sont sauvés ressusciteront pour la vie.

Jusqu’ici rien de très surprenant mais le plus curieux dans ces convictions, pour les non-initiés, est le soutien indéfectible des évangéliques à Israël. Les gestes politiques américains récents en faveur de ce pays, notamment la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l’Etat israélien et le soutien à la colonisation juive de la Cisjordanie (qu’ils désignent Judée-Samarie comme les orthodoxes juifs), ont complètement satisfait les évangéliques car conformes à la profession biblique voulant que le retour de tous les juifs en terre d’Israël préfigure le retour du Messie, Jésus-Christ, et l’établissement du royaume de Dieu sur la terre pendant mille ans. En Israël, les juifs orthodoxes acceptent ce soutien avec des pincettes par crainte du prosélytisme qui pourrait y être associé. Pas sûr non plus qu’ils attendent le même Messie…

Incidemment on comprend aussi mieux pourquoi le concept français de laïcité semble si hermétique aux Etats-Unis.

Le tweetos de la Maison Blanche

Donald Trump

Président en principe « en sursis » sous réserve du résultat des recours qu’il fait mener contre les résultats de l’élection présidentielle du 3 novembre, Donald Trump continue à gouverner par message Tweeter. Le président ne serait pas sorti de la Maison Blanche depuis ce jour funeste du 3 novembre où il aurait perdu l’élection, sauf pour aller jouer au golf.

Son ministre de la défense a appris aujourd’hui qu’il était remplacé sine die :

On devrait pourtant être habitué après quatre années de mandat Trump, mais on reste pourtant toujours stupéfaits que la première puissance militaire mondiale puisse décider de virer son ministre de la défense par un message de trois lignes publiées sur un réseau dit « social » avec effet immédiat. On ne sait pas si le ministre en question a été préalablement averti ou non. La période est également inattendue alors que les Etats-Unis sont en pleine période de transition présidentielle… Certes, un nouveau ministre a été immédiatement désigné mais espérons que l’Etat major américain serait capable de réagir en cas d’évènement malgré toute cette agitation.

On peut quand même s’interroger sur l’efficacité de cette méthode de gouvernement alternative… Si Joe Biden entrait effectivement à la Maison Blanche voilà au moins un point qui devrait changer significativement et rapidement.

MonGénéral est mort il y a 50 ans

Le 12 novembre 1970 des centaines de milliers de français remontaient les Champs Elysées pour déposer une fleur sous l’arc de triomphe en hommage au Général de Gaulle qui était décédé le 9 novembre chez lui à Colombey-les-deux-Eglises. Le chroniqueur âgé de 13 ans était parmi eux et vivait sa première manifestation.

Cinquante ans plus tard la France continue à pleurer son papa disparu et les commentateurs de se demander : « qu’aurait fait Mongénéral, qu’aurait dit Mongénéral aujourd’hui… ? », comme toujours, on ne se remet jamais complètement de la mort d’un père. Ces questionnements sont vains et ne servent pas même à nous faire oublier combien notre époque et nos comportements se sont éloignés de la grandeur et de l’intelligence de cet homme d’exception !

Alors le mieux est effectivement de lui rendre hommage, de lire son œuvre littéraire et, surtout, d’éviter de le mêler à nos politicailleries du moment.

Le président américain conteste le résultat de l’élection présidentielle du 3 novembre

Le président Trump s’accroche à son siège et conteste les résultats de l’élection présidentielle de mardi dernier avec sa conception de la réalité très personnelle comme l’ont déjà montré ses quatre années à la Maison Blanche. Le processus un peu long du dépouillement des votes par correspondance (près de 100 millions), souvent réalisés par anticipation, qui s’est déroulé après le décompte des votes physiques, le tout ayant mis trois ou quatre jours à être finalisé. Cette procédure est complexe dans son exécution mais conforme aux lois américaines. Le clan Trump clame à tous les étages que ce vote est entaché de fraude, Trump lui-même tweet compulsivement que l’élection a été volée et un certain nombre de recours ont été déposés en justice pour contester les résultats dans certains Etats. Ces recours devraient aboutir d’ici mi-décembre, c’est alors que l’on pourra considérer comme définitive la victoire du candidat démocrate. La plupart des dirigeants mondiaux n’ont pas attendu cette date et ont déjà félicité Joe Biden pour sa victoire.

Le président Trump garde ses peins pouvoirs jusqu’à la passation de pouvoir officielle du 20 janvier 2021. Il n’a en tout cas pas perdu sa capacité à tweeter, on se demande bien s’il fait autre chose de ses journées en ce moment ? Ah si, samedi et dimanche il est allé jouer au golf.

Une nouveauté américaine, nombre de ses messages sont désormais marqués par Twitter comme « contestable » et on a même vu des chaînes de télévision couper la retransmission de conférences de presse alors que le président Trump commençait à dire des contre-vérités sur les résultats de l’élection :

AGHION Philippe au Collège de France, leçon inaugurale donnée le 01/10/2015 : « Les énigmes de la croissance »

Les énigmes de la croissance de la chaire Économie des institutions, de l’innovation et de la croissance

Une théorie schumpétérienne

Philippe Aghion développe une théorie schumpétérienne de la croissance économique basée sur la modélisation et l’empirisme. Les théories de la croissance existantes se sont révélées insatisfaisantes aux niveaux théorique comme empirique. La théorie néoclassique dominante était basée sur l’accumulation du capital : la production se fait avec du capital et c’est la croissance la croissance du stock de capital qui fait croître le PIB. C’est l’épargne venant de la production qui fait que le capital s’accumule, le reste de l’épargne non accumulée en capital partant en consommation. Ce modèle est censé produire une croissance durable même sans innovation (cas URSS par exemple).

Mais au bout d’un moment les rendements de l’accumulation de capital décroissent, la production permet d’accumuler de moins en moins. C’est le progrès technique qui va permettre de relancer la machine. Cependant cela ne permet pas d’expliquer pourquoi certains pays croissent plus vite que d’autres, ni pourquoi certains ne croissent plus.

En 1987 Aghion élabore un modèle de croissance avec Peter Howitt, également « schumpétérien » basé sur les principes suivants :

  • La croissance de long terme résulte de l’innovation
  • L’innovation résulte d’investissement (R&D, incitations économiques, …)        
  • Destruction créatrice : le nouveau remplace l’ancien

Ce modèle a été confronté à l’évidence empirique. La concurrence nuirait à l’innovation disent les innovateurs pour garder leurs rentes alors que l’on constate le contraire dans les chiffres. On a dialogué avec les empiristes et on s’est aperçu que les firmes innovantes ne partaient pas toutes de 0, mais qu’elles étaient souvent déjà innovantes. Donc je fais déjà des profits, la concurrence arrive, ampute mes profits et me pousse donc à innover pour faire d’autres profits qui vont plus que compenser ceux que je perds par ailleurs. J’innove pour échapper à la concurrence (escape competition) car je suis une firme « à la frontière technologique », celles qui en sont loin cessent d’innover quand la concurrence réduit leurs profits. On a concilié les empiristes avec la théorie !

Les énigmes de la croissance

Le « paradoxe argentin » 

  • De 1870 à 1930, l’Argentine présente un PIB/habitant stable à 40% du PIB/h états-uniens, ce qui signifie qu’elle croît au même rythme que les Etats-Unis.
  • A partir fin années 30, il y a une rupture de tendance et un décrochage par rapport au PIB/h américain. C’est à cette époque que l’Argentine a mis en place une politique de substitution aux importations qui a entraîné une baisse concurrence des pays étrangers. L’Argentine n’a pas su passer d’une économie du rattrapage à une économie de l’innovation comme celle des Etats-Unis. C’est grosso-modo le même diagnostique pour le Japon et France.            

Innovation, inégalités, et mobilité sociale

On constate une augmentation rapide des inégalités sociales depuis les années 80. Les inégalités mesurées par la part du Top 1% de la population d’un pays dans le revenu national augmentent parallèlement au nombre de brevets par habitants. L’innovation fait augmenter les marges et donc les revenus du Top 1% qui ne croit pas uniquement du fait de la spéculation et de la rente foncière, mais aussi par l’innovation. Celle-ci qui génère de la croissance mais les rentes de l’innovation sont temporaires du fait concurrence.

La destruction créatrice : le nouveau remplace l’ancien, favorise la mobilité sociale comme on le voit en examinant les indicateurs de cette mobilité entre la Californie, Etat innovant, et l’Alabama, qui ne l’est pas. La croissance par l’innovation fait fonctionner l’ascenseur social.

L’indicateur « gini » mesure l’inégalité pour la population au sens large, et non plus simplement le Top 1% versus 99%. Il est démontré que le « gini » reste stable avec l’innovation. Donc, certes on augmente le Top 1% mais l’inégalité générale est stable. C’est l’exemple de la Suède qui a mené des réformes structurelles, dont fiscales, majeures dans les années 1980-90 lui permettant d’assurer sa croissance.

Nous ne nous opposons pas à l’innovation au seul prétexte qu’elle augmente le Top 1% car elle génère de la croissance, de mobilité sociale tout en assurant la stabilité du « gini ». Il faut donc une fiscalité qui différencie les inégalités dues à l’innovation des autres : Steve Jobs (grande fortune générée par sa capacité d’innovateur) vs. Carlos Slim (grande fortune générée par sa rente monopolistique des télécom au Mexique).

Le débat sur la « stagnation séculaire »

Après les crises américaines de 1929 puis de 2008 nombres d’économistes ont prédit une « stagnation séculaire » post-crise. Les économistes schumpétériens pensent le contraire car l’innovation dans les technologies de l’information a amélioré la façon de produire des idées (interactions plus élevées dans la recherche) et la mondialisation a augmenté les effets potentiels de l’innovation (on gagnera plus d’argent avec le marché Monde).

Mais alors pourquoi la croissance de l’innovation ne s’accompagne plus d’une croissance de la productivité ? En fait c’est plutôt un problème de mesure des effets de l’innovation. Dans les Etats où il y a beaucoup de création destructrice comme les Etats-Unis, on aurait un impact négatif du nombre de brevets sur la productivité ! C’est en réalité un problème de mesure sur lequel nous menons actuellement des recherches. On ne sait pas mesurer les effets de l’innovation. Nous sommes confiants sur la possibilité de contrer le concept de « stagnation séculaire ».

L’Europe croît moins vite que les Etats-Unis car n’a pas fait les réformes structurelles nécessaires. La Suède les a faites dans les années 90’ et sa productivité s’est nettement améliorée, le Japon c’est l’inverse.

Penser les politiques de croissance

Philippe Aghion s’intéresse en tant que chercheur à ces politiques économiques quand certains de ses prédécesseurs s’en éloignent.

  • Les politiques peuvent être utilisées par le chercheur comme instrument pour identifier un effet causal qu’il cherche à mettre en évidence.
  • Influence du chercheur sur la politique éco. On peut casser les fausses idées ou structurer la pensée économique. Une politique industrielle colbertiste des « champions nationaux » biaise la concurrence et entrave la destruction créatrice et l’entrée de nouvelles firmes innovantes. Il vaut mieux soutenir horizontalement l’éducation, les PME innovantes… que de subventionner des secteurs industriels. En fait il faut être au centre, entre les deux pour la politique industrielle : on peut aider un secteur industriel mais d’une façon à favoriser la concurrence et non maintenir les rentes en place.
  • Débat en cas de crise entre relance keynésienne et réduction impôts/puissance publique. Synthèse : il faut des réformes structurelles plus politique économique proactive qui aura plus d’effets dans un environnement modernisé.

Next

La fantastique amélioration de l’accès aux données (ex. les nouvelles informations concernant la fiscalité individuelle) permet une recherche encore plus ciblée mais il ne faut pas laisser tomber la macroéconomie pour compléter les études empiriques comme celles d’Esther Duflot. Il faut maintenir le lien entre la macro et la micro.

Conclusion : ne craignions pas la nouveauté, l’innovation, etc. Cet enseignement au Collège de France et nos recherches en cours vont y contribuer.

« L’Aveu » de Costa-Gavras (1970)

« L’Aveu », un classique de Costa-Gavras sur les procès de Prague qui se sont déroulés en 1951. Le film est basé sur le récit réel d’Artur London, ministre-adjoint des affaires étrangères de son pays, qui fut avalé par la machine stalinienne anthropophage qui dévora les siens. Les plus élevés dans la hiérarchie communiste étaient mis en scène dans des procès d’opérette (procès « de Moscou » dans les années 1930, « de Prague » dans les années 1950’ et bien d’autres) où ils étaient forcés d’avouer « leurs crimes », les pires étant bien entendu le titisme et le trotskisme. Les anonymes étaient plus simplement passés par les armes ou oubliés dans un goulag.

London raconte dans son récit « L’Aveu » et Costa-Gavras met en scène dans son film éponyme les tortures morales et physiques subies par les dirigeants communistes (dont London lui-même) jusqu’à ce qu’ils avouent des crimes qu’ils n’ont pas forcément commis, ce qui ne leur évitait généralement pas l’exécution à l’issue de ces procès. Yves Montant joue à merveille ce militant communiste, passé par les écoles du parti et la guerre d’Espagne, qui voue toute sa foi à l’idéologie et ne comprend d’abord pas comment le parti peut se retourner contre lui, car le parti ne peut pas se tromper ! Les techniques d’interrogatoire sont redoutables, largement inspirées par les grands-frères soviétiques. Elles cassent même les hommes les plus solides.

Dans la vraie vie, London fut le seul à n’être pas fusillé à la fin du procès. Sa femme (Simone Signoret dans le film) persuadée de sa culpabilité demandera le divorce avant de retirer sa requête. En 1956 il sera finalement réhabilité ainsi que ses co-accusés, à titre posthume seulement pour ces derniers, malheureusement pour eux. London émigrera en France où il publiera ses livres jusqu’à son décès en 1986. L’ouverture des archives tchécoslovaques montra par la suite qu’il fut un communiste « pur et dur » durant la guerre d’Espagne durant laquelle il ne fut pas le dernier à participer aux purges sanglantes à l’intérieur du camp républicain internationaliste qui eurent lieu durant cette guerre civile.

On ajoutera que ce film sorti en 1970 déclencha un violent débat en France entre le parti communiste en déclin et le monde intellectuel dont certains membres s’était déjà éloignés du communisme. La participation de Montant et Signoret dans ce film, qui furent « compagnons de route » du parti, marqua aussi leur propre reniement de cette idéologie, ou tout du moins de ce qui en avait été fait par ses dirigeants.

Costa-Gavras, né grec, a été le cinéaste des dictatures, décrivant par le menu le cheminement de la répression dans ces régimes qui avaient pour objectif de s’emparer des cerveaux des citoyens, par la terreur ou par la conviction (souvent un peu des deux). D’Athènes à Prague en passant par Santiago-du-Chili, il a révélé les vérités que notre XXème siècle a voulu cacher au nom d’idéologies mortifères et répressives. Il a fait œuvre politique et n’ailleurs peut-être pas fini.

Lire aussi : « Missing » de Costa-Gavras (1982)

Que faire des terroristes islamiques nationaux

Le débat interne français sur l’opportunité d’expulser, ou non, dans leurs pays d’origine les immigrés convaincus de visées terroristes, ou déjà emprisonnés en France pour en avoir commis, se déchaîne. Après les attentats religieux commis à Paris, Conflans-Sainte-Honorine et Nice ces dernières semaines par des étrangers, l’Etat a annoncé avoir lancé l’expulsion d’environ 200 personnes étrangères soupçonnées de terrorisme. La principale difficulté de ce processus est de forcer les pays d’origine à réadmettre des ressortissants dont ils ne veulent plus.

Globalement il n’y a pas grand monde qui ne soit pas d’accord avec le principe de ces expulsions. Bien évidement les commentateurs de plateaux télévisés qui ont des solutions à tout balayent d’un revers de mains les difficultés d’exécution. Bien malheureusement personne sur ces plateaux mondains ne mentionne le lien avec les terroristes religieux français détenus dans des pays étrangers, au Moyen-Orient principalement.

Le parallèle n’est pourtant pas très difficile à faire et les mêmes commentateurs expliquent doctement que les djihadistes français détenus en Irak ou en Syrie, lieux où ils commirent leurs crimes, doivent y être jugés et exécuter les peines auxquelles ils seront éventuellement condamnés pour surtout ne pas être rapatriés en France. On sait qu’une partie de ces terroristes de nationalité française détenus dans des camps kurdes du nord de la Syrie, à défaut d’avoir pu être expulsés vers la France ont été relâchés dans la nature après que la Turquie eut mené son offensive contre les forces kurdes dans cette région syrienne. Tout le monde espère que l’on entendra plus parler d’eux ; les analystes faisant leur métier savent qu’une partie d’entre eux ressurgira forcément un jour ou l’autre, et sans doute pas pour devenir des citoyens français modèles. Personne ne veut de cette catégorie de population aveuglée par la religion jusqu’à commettre les crimes que l’on sait au nom d’un Dieu, ni la France, ni les autres pays. Le problème est qu’elle est apparue un peu comme une génération spontanée dans tous les pays, développés ou pas, religieux ou pas, démocratiques ou pas et qu’aucun Etat ne sait vraiment comment gérer cette situation mondialisée. Chacun applique ses propres méthodes.

La France cherche à convaincre les pays d’origine de réadmettre leurs citoyens terroristes (avec sans doute quelques arguments et moyens de pression) tout en refusant de reprendre les siens. C’est une question de rapports de force, comme souvent, où la cohérence politique n’a sans doute que peu à faire. En revanche, les plateaux télévisés pourraient expliquer à Mme. Michu l’ambivalence de la République qui veut expulser les terroristes étrangers tout en refusant de réintégrer les siens, non point pour critiquer l’Etat, mais pour édifier Mme. Michu sur la complexité de cette situation. Il y a des mesures de rétorsion possibles des Etats étrangers intéressés.

Si on organise un référendum demain posant la question : « voulez-vous expulser les terroristes religieux étrangers dans leurs pays d’origine ? », il est probable que la réponse sera majoritairement « Oui ».

Si en revanche la question était : « voulez-vous expulser les terroristes religieux étrangers dans leurs pays d’origine et réadmettre en France les terroristes religieux français arrêtés à l’étranger ? », il est probable que la réponse serait moins nette !

Ensuite, c’est la grandeur et la noblesse du métier de politique dans une démocratie que d’arbitrer entre les solutions possibles et d’appliquer les décisions une fois prises. Nos dirigeants sont payés pour ça par nos impôts.

Une otage française retournée

Le 9 octobre dernier, un otage français, Sophie Pétronin (75 ans), détenue au Mali par un groupuscule terroriste touareg-islamiste depuis quatre ans est libérée et atterrit en France devant l’aéropage officiel habituel à ce genre de circonstance. Les négociations semblent avoir été par le nouveau gouvernement militaire malien issu d’un récent coup d’Etat. En plus de la française, un dirigeant de l’opposition politique malienne et deux civils italiens ont également été libérés. La transaction s’est faîte contre l’échange de deux centaines de djihadistes qui ont été remis aux ravisseurs des deux otages et probablement une rançon financière. Certains de ces terroristes libérés étaient coupables d’assassinats religieux plutôt sanglants et avaient été arrêtés par les militaires français en opération dans la Sahel. Les voici donc remis dans la nature et ils n’ont pas tardé à donner de leurs nouvelles via des vidéos de leurs agapes de retrouvailles dans le désert diffusées sur les réseaux dits « sociaux ».

Plus intéressant, l’otage française a débarqué l’avion qui l’a ramenée à Villacoublay en portant un voile islamique et a déclaré assez rapidement dans la salle de l’aéroport où elle était interviewée par une presse avide de scoop qu’elle s’était convertie à l’islam, que son prénom n’était plus Sophie mais Mariam, qu’elle voulait retourner le plus vite possible au Nord-Mali et que ses ravisseurs n’étaient pas « islamistes » mais des « combattants armés ». Bref, l’otage a été retournée par ses otages et ne cache pas ses nouvelles convictions. Les officiels français sur place, dont le président de la République, en ont la chique coupée et se garde bien de faire les habituelles déclarations. Quelques jours plus tard, le chef d’Etat major s’est ému de ces déclarations d’une citoyenne française alors que ses hommes combattent et meurent au Mali pour mettre fin au terrorisme religieux qui gangrène la région.

C’est une victoire de poids pour les touaregs-islamistes maliens. Non seulement ils sortent de prison deux cents des leurs qui vont certainement retourner au combat mais ils sont arrivés à retourner une vieille femme, humanitaire de 75 ans, en la convertissant à leur religion. C’est le soft power des islamistes qui est à l’œuvre et celui-ci est efficace dans les banlieues françaises mais le semble aussi auprès d’une population plus inattendue comme celle à laquelle appartient Sophie Pétronin. Son fils s’est escrimé durant quatre ans à faire libérer sa mère, intervenant auprès des autorités françaises, dans les médias, multipliant les voyages au Mali. Il semble un peu gêné lui aussi et explique que sa mère a dû s’adapter pour survivre.

Le pouvoir attractif de cette religion reste un mystère pour beaucoup, sa capacité à transformer la croyance religieuse en barbarie destructrice de toute autre forme de pensée défie le sens commun. Cette histoire est loin d’être terminée.

Quant à l’implication militaire de la France au Sahel, il va bien falloir y mettre fin un jour. Comme l’intervention occidentale en Afghanistan, il est à craindre qu’elle n’ait fait que reculer la prise du pouvoir par les religieux dans la capitale malienne comme dans les pays alentours.

Recrudescence d’attentats religieux islamistes à travers le monde

Les mouvements terroristes islamistes continuent à répandre la terreur sur la planète. Les pays ciblés sont multiples et divers.

En France, ce 29 octobre, un citoyen tunisien tue trois personnes avec un couteau dans la basilique Notre-Dame de Nice. Un homme (le sacristain) et une femme qui se recueillait sont égorgés, la troisième victime, une femme, est lardée de coups de couteau et décèdera quelques minutes plus tard dans un café proche où elle s’est réfugiée. Le terroriste a été blessé et arrêté par la police. C’est le troisième attentat commis dans le pays en quelques semaines après la décapitation d’un professeur devant son école à Conflans-Saint-Honorine et les deux personnes blessées (avec un hachoir de boucher) à Paris.

Lire aussi : Un nouvel attentat religieux devant les anciens locaux de Charlie Hebdo

Lire aussi : Un enseignant tué par un terroriste religieux islamique

Le 2 novembre, trois terroristes du groupe Etat islamique (qui a revendiqué l’attaque par la suite) attaquent l’université de Kaboul en Afghanistan. On déplore plus d’une vingtaine de morts sur ce campus. C’est la deuxième fois que cette université est l’objet d’une attaque religieuse.

Le même jour, c’est en Autriche que se déroule un nouvel attentat qui fait quatre morts et de nombreux blessés. L’assassin est un citoyen autrichien d’origine nord-macédonienne, connu pour sa radicalisation, a été abattu par la police après avoir tiré un peu au hasard sur six sites différents situés autour de la grande synagogue de Vienne. L’attaque a été également revendiquée par le groupe religieux Etat islamique

Si la France apparaît en « tête de gondole » des pays ciblés par la fréquence des meurtres religieux commis sur son territoire, on voit qu’elle n’est pas la seule à subir les foudres de ces mouvements moyenâgeux qui veulent imposer leur façon de croire, d’apprendre, de penser et de vivre au reste de la planète. L’Autriche n’a ni le passé colonial et l’histoire d’immigration de la France. Elle n’a pas plus adopté le principe de laïcité mais elle est attaquée quand même. L’Afghanistan est déjà un pays musulman et les assassinats commis dans ce pays sont journaliers, sans doute plus causés par des querelles de pouvoirs internes que par des questions religieuses dans un pays où tout le monde croit au même Dieu.

Les mouvements islamistes sont toujours en route lutte pour la conquête du reste du monde. Ils emploient leur méthode favorite, celle de la terreur qui révulse une majorité des citoyens des pays où elle est mise en œuvre mais attire à eux de nouveaux fans sur la planète, y compris d’ailleurs dans les pays attaqués. Le combat est rude et le restera.

Des journalistes de rencontre

Christine Ockrent (76 ans) assène des contrevérités sur les plateaux télévisés avec l’assurance d’un François Hollande annonçant « l’inversion de la courbe du chômage ». Invitée par François Langlet, journaliste économique, à parler de la crise sanitaire (on se demande d’ailleurs à quel titre), elle affirme qu’il n’y a pas de système d’assurance santé aux Etats-Unis d’Amérique ce qui rend difficile les soins aux populations. Langlet opine du chef.

En réalité, comme chacun le sait, il existe un système d’assurance publique obligatoire aux Etats-Unis, le fameux « Obamacare » qui concerne une minorité de citoyens disposant de revenus modestes (environ 30 millions de personnes) et permet de cofinancer avec des fonds fédéraux l’accès à un système d’assurance santé universelle pour des personnes qui n’en n’avaient pas. La présidence Trump a tenté de défaire ce système considéré comme « dangereusement gauchiste » mais sans succès, nombre de parlementaires conservateurs hésitant à voter pour une suppression qui remettrait en cause ce système.

Par ailleurs, préalablement à l’Obamacare, existaient, et existent toujours, le système Medicaid pour les personnes les moins favorisées qui bénéficiaient ainsi d’une assurance maladie et le système Medicare servant la même prestation aux personnes de plus de 65 ans.

Au-delà de ces catégories de citoyens spécifiques, les américains peuvent souscrire eux-mêmes librement leurs assurances santé privées, sans aucune obligation légale. Bien entendu il s’agit d’assurance privée donc le niveau de couverture dépend des cotisations payées, bien loin de la philosophie française : « on cotise selon ses moyens et on bénéficie selon ses besoins ». Mais il y a bien de l’assurance santé aux Etats-Unis.

Cet oubli de Christine Ockrent (76 ans) est bien excusable compte tenu de son âge. Le mieux serait qu’elle se retire progressivement des plateaux médiatiques sur lesquels elle n’est plus d’une valeur ajoutée très significative. Mais c’est un peu le péché mignon du monde journalistique français de se réunir entre ses membres, de s’autocongratuler, de s’autopromouvoir, bref, de faire dans la consanguinité qui, on le sait, ne donne jamais de très bons résultats en matière d’intelligence. Christine Ockrent (76 ans) a fait son temps, a mené une belle carrière (sans doute bien rémunérée) et a été décorée de la légion d’honneur et de l’ordre du mérite. Il est temps pour elle de se retirer désormais, cela lui évitera de nouvelles erreurs.

Lire aussi : Les retraités reprennent du service