La Turquie et l’histoire coloniale

Le président turc continue à pointer le « génocide » dont les forces coloniales françaises se seraient rendues coupables en Algérie jusqu’à l’indépendance de ce pays, et, plus récemment, du rôle de Paris dans le génocide commis au Rwanda en 1994.

La Turquie critiquant le passé colonial de la France, c’est l’hôpital qui se moque de la charité, mais rien n’arrête les envolées lyriques du président turc. Le passé colonial de son pays est largement aussi trouble que celui de la France, et notamment en Algérie que l’empire ottoman occupa durant près de trois siècles, sans parler de la Grèce, de l’Europe de l’Est ou du Moyen-Orient, y compris l’Arménie où la Turquie est également accusée de « génocide ».

Evidemment, le président français a tendu « les cordes pour se faire battre » puisqu’il est allé déclarer lui-même en 2017 lors de sa campagne électorale que « le colonialisme [fut] un crime contre l’humanité ». Ironie de l’histoire, il répondait alors à une interview du journaliste algérien Khaled Drareni qui vient… d’être condamné ce 15 septembre à deux années de prison par la cour d’Alger pour « incitation à un attroupement non armé et atteinte à l’intégrité du territoire national ». Il est assez peu probable que jamais un représentant de la République turque qualifie aussi négativement le colonialisme de l’empire ottoman. Il se fera en revanche un plaisir de reprendre en l’amplifiant l’auto-critique française. Par ailleurs, comme en Algérie, nombre de journalistes connaissent les geôles du régime ce qui permet de museler d’éventuels avis divergents.

En notre époque faîte de slogans et de révisionnisme, où l’intelligence et la modération sont réduites à néant, les déclarations turques font mouche dans les pays émergents d’autant plus qu’elles sont accompagnées de rodomontades militaires en Méditerranée orientale. Voilà déjà longtemps que la Turquie politique s’est révélée telle qu’elle est. Le paradoxe est que malgré ce rejet de l’Occident par le pouvoir d’Ankara, la population turque cherche à venir s’y installer ou, à tout le moins, pouvoir y voyager librement, sans parler de la présence de la Turquie comme Etat membre de l’alliance militaire atlantique OTAN où elle est censée participer à la défense des autres pays membres… qu’elle attaque dans le discours quand ce n’est pas sur les terrains de bataille en Syrie et en Libye.

Ainsi vont les relations internationales en ces temps d’émergence (ou de réémergence) de nouvelles puissances dont les méthodes sont d’un genre disruptif. Il ne sert pas à grand-chose de s’en offusquer et il faut faire avec. Peut-être serait-il plus efficace de laisser la tribune médiatique à la Turquie et à son président mais d’agir de façon discrète et ciblée, sans grandes déclarations ni messages Twitter, pour défendre les intérêts nationaux de la France ?

Lire aussi : « Les nouveaux garde-frontières délocalisés« 

Emeutes et vulgarité

Jean-Marie Bigard, humoriste à la lourdeur incommensurable, soutien des gilets jaunes et du professeur Raoult, se fait insulter lors d’une émeute de ses amis à laquelle il voulait s’associer cette après-midi à Paris en se faisant traiter « d’enculé », « on n’en veut pas », « espèce de nazi, va » ou « Bigard collabo ». Il est exfiltré dans une pizzeria par des gros bras qui l’y mettent à l’abri. Sont-ce ses gardes du corps ? Auquel cas le garçon aurait montré une certaine prudence quant à la qualité de l’accueil qu’il recevrait…

Ceux qui voudraient le soutenir dans ce moment difficile peuvent acheter son T-Shirt 20 euros au lieu de 25, en vente sur sa page Facebook :

On se souvient par ailleurs que Bigard avait rendu visite au pape en 2007 dans une délégation accompagnant le président de la République Sarkozy, visite qu’il avait qualifiée de « kif absolu ». Evidemment, l’accueil a dû être plus serein au Vatican que sur les ronds-points. Récemment le président de la République Macron lui avait téléphoné pour recueillir son avis sur la gestion de la crise sanitaire… On croit rêver !

Le mieux serait que les dirigeants français aillent voir les spectacles de l’humoriste pendant leurs heures de loisirs s’ils sont attirés par la subtilité de son humour, mais qu’ils évitent de le mêler à la politique de la Nation pour laquelle il lui manque encore quelques compétences.

Le capitalisme hexagonal s’agite

Veolia, grosse multinationale de la « gestion optimisée des ressources » comme l’indique son site web, ce qui signifie de façon plus concrète la gestion de l’eau, des déchets et de l’énergie, ex-Compagnie générale des Eaux, impliquée dans les années 70-80 dans de multiples scandales de financements politiques, lance une offre de rachat à 15,50 euros l’action, en plusieurs étapes, de son concurrent Suez, ex-compagnie coloniale crée à l’origine au XIXème siècle pour exploiter le juteux Canal de Suez, reclassée depuis dans la production de « … solutions innovantes pour accompagner [les] clients dans le passage d’un modèle linéaire qui surconsomme les ressources à une économie circulaire qui les recycle et les valorise. (SIC)», tout un programme…

Aussitôt se déchaînent les « banques conseils » prestant leurs conseils à prix d’or pendant que les gros cigares du CAC 40 salivent à l’avance devant ce combat de coqs sur un tas de fumier sentant bon les synergies, les honoraires et les règlements de comptes. C’est bien sûr le bal des faux-c… qui rivalisent en faux-jettoneries et en slogans de circonstance. Qu’on en juge :

 « L’urgence écologique est plus forte que jamais, face à l’état des ressources naturelles et au dérèglement climatique. La pression grandissante de l’opinion publique, le Green Deal européen et les plans de relance qui s’annoncent dans de nombreux pays font de l’ambition écologique une nécessité. Ce projet nous permettra de compléter les solutions que nous fournissons aux acteurs publics et privés afin de leur donner les moyens de réduire durablement leur impact environnemental. Cette opportunité historique permettra de construire le grand champion mondial français de la transformation écologique, tout en accélérant le développement international et en renforçant la capacité d’innovation du nouvel ensemble. Ce projet s’inscrit dans une approche amicale, tant nous partageons avec Suez les mêmes métiers, la même culture et les mêmes valeurs. »

Pédégé de Veolia

Ou :

« Le Conseil d’Administration de SUEZ considère l’approche hostile de Veolia incompatible avec l’intérêt de la société et de ses parties prenantes. Il confirme le caractère fortement créateur de valeur du plan stratégique de SUEZ en tant que société indépendante. »

Conseil d’administration de Suez

Un gros zizi veut s’emparer d’un plus petit, c’est le darwinisme capitaliste vieux comme le monde. Le petit risque de perdre et d’être dévoré, ce sont les risques du métier. Dans sa grande clairvoyance, Monsieur le Marché va arbitrer et choisir. Sans doute les 15,50 euros par action vont être augmentés, certainement quelques postes d’administrateurs Veolia vont être redistribués, des retraites chapeaux seront augmentées. Ah oui, on pourrait appeler le nouvel ensemble « Veolia-Suez » durant quelques années pour préserver les susceptibilités de certains et dans quelques années le « Suez » passera à la trappe des oubliés du CAC 40.

Malgré les affirmations péremptoires de l’attaquant, il y aura bien entendu des pertes d’emploi du nouvel ensemble. L’Etat sera « attentif » aux aspects sociaux de l’absorption du petit par le gros, exigera quelques engagements qui seront vite oubliés et la transaction devrait se faire, mais pour plus cher. Quand on voit le passé des deux belligérants on ne peut que sourire devant leur façon de se présenter comme « lavant plus blanc que blanc » pour le bien des consommateurs et de la planète…

Au niveau économique personne ne peut véritablement anticiper ce qu’il résulterait de cette opération si elle se faisait. Il y aurait moins de concurrence dans le secteur, mais plus de puissance dans les mains du survivant. Affaire à suivre !

« Les carnets d’Albert Camus » par Stéphane Olivié-Bisson

Stéphane Olivié-Bisson, metteur en scène et acteur, récite des extrais des « Carnets » au Lucernaire. Petite salle, décor minimaliste, texte puissant ; pas sûr que la relative emphase du jeu d’Olivié-Bisson apporte beaucoup aux mots de Camus, mais après-tout il est acteur et joue son rôle en interprétant ce que lui inspire l’auteur.

Il est question d’Algérie, bien sûr, de sa mère, évidemment, et du reste : le temps qui passe, les guerres qui dévastent, les idéologies qui ravagent, les femmes qui tournent la tête, bref, le parcours d’un grand Homme de son temps, résumé en un peu plus d’une heure. Cela donne surtout envie de se plonger dans les « Carnets » pour y profiter plus en profondeur de la pensée de Camus.

« Cœurs – du romantisme dans l’art contemporain » au Musée de la vie romantique

Les représentations du cœur dans l’art contemporain : dans un filet de pêcheur, sur un obélisque phallique de Niki de Saint Phale, une photographie de Sophie Calle dédiée à un toréro encorné… C’est un peu étrange, comme l’inspiration débridée de ces artistes.

L’intérêt de cette exposition est aussi de découvrir ce Musée de la vie romantique, ancien hôtel particulier d’Ary Scheffer (1795-1858), peintre d’origine hollandaise, où il reçoit le tout-Paris artistique, et particulièrement musical. Chopin joue dans le salon où il retrouve Liszt et Rossini, mais aussi Delacroix et Georges Sand. Les bâtiments sont rachetés par l’Etat en 1956 et transformés en musée. Il n’y a qu’en France que l’on est capable d’investir de l’argent public dans « la vie romantique », ce qui est toujours mieux que de financer des Jeux Olympiques !

Jargonnage féministe

Lorsque l’on est féministe, on ne dit plus « cumuler les galères » mais « affronter la discrimination intersectionnelle » ! En gros, si vous êtes femme et noire, vous souffrirez à la fois du paternalisme et du racisme. C’est l’intersectionnalité.

Comme disait Francis Blanche : « il vaut mieux être riche et en bonne santé que pauvre et malade. » C’était, en langage populaire, les prémices de ce nouveau concept.

Dans une tribune publiée dans le journal Le Monde le 13/08/2020, Camille Froidevaux-Metterie, philosophe et professeure de science politique à l’université de Reims Champagne-Ardenne, répond à une autre tribune du 28/07/2020, plutôt dispensable, écrite par la romancière Mazarine Pingeot, dénonçant la haine qui guiderait le nouveau féminisme :

…Cette aspiration anime également celles et ceux qui défendent la cause féministe au prisme de l’intersectionnalité ; c’est le second aspect visé par ces tribunes dénonçant les « nouveaux maccarthystes ». Ainsi que la crise sanitaire l’a cruellement montré, des millions de femmes endurent un faisceau croisé de discriminations, où le genre se superpose à la classe sociale et à la condition racisée pour produire des modalités d’existence insupportables et indignes. C’est ce que mettent au jour les analyses intersectionnelles. Il a fallu quelques décennies pour que les féministes françaises se débarrassent de leur solipsisme blanc et les intègrent. Nous sommes dans le moment de cette prise de conscience où le féminisme croise le chemin de l’antiracisme, et cela génère quelques remous, comme à chaque fois qu’il faut accepter de remettre en cause des privilèges aussi prégnants qu’impensés…

Camille Froidevaux-Metterie (Le Monde 13/08/2020)

Il faut suivre…

Encéphalogramme toujours plat dans le fouteballe

Une bande de tatoués-mal-coiffés parisiens s’est fait bousculer par une horde de musculeux munichois dans la finale de l’une des nombreuses compétitions du fouteballe européen ce dimanche 23 août. Aussitôt une meute de supporters avinés s’est retrouvée à Paris autour des Champs-Elysées pour piller des boutiques, brûler des voitures en criant « Marseille, on t’enc… » et autres subtilités du même ordre. Les policiers sont caillassés et ripostent. 150 voyous sont arrêtés et placés en garde à vue. La justice décidera de la suite à donner aux délits commis.

Encore une illustration des effets terribles de l’alcool sur les encéphalogrammes désespérément plats des supporters de fouteballe. Les chaînes d’information se déchaînent sur le sujet, Michel Onfray se plaint que la répression constatée sur les gilets jaunes ne soit pas répliquée sur les fouteux, Nadine Morano tweete « Cette sale racaille doit être sévèrement matée et punie ! », les idéologues de tous bords se lancent slogans habituels, recettes « à 2 balles » et tweets vengeurs… et le problème subsiste.

Comme souvent en France il faut trouver un responsable, voire un coupable, et qui mieux choisi que l’Etat pour porter le chapeau ? Il serait « laxiste », la justice « de gauche », la police « sous-équipée », l’éducation nationale « gangrenée par l’idéologie » et bla-bla-bla et bla-bla-bla. La vérité est que les premiers coupables sont les délinquants qui commettent ces actes illégaux, les seconds sont leurs parents et familles qui n’ont pas su ou voulu en faire des citoyens, en dernier ressort il est vrai que l’Etat ne sait pas comment améliorer cette situation. Des gouvernements, de droite comme de gauche (un ancien ministre de l’intérieur conservateur a même été élu président de la République), ont essayé différentes solutions, autoritaires ou bienveillantes, les prisons ont été remplies (il doit bien y avoir quand même quelques peines qui sont appliquées) puis vidées et la voyoucratie continue à prospérer. Le sens de l’intérêt général est un concept qui fait ironiser même les bobos dans les dîners en ville ; alors inutile de préciser qu’on ne doit même plus savoir ce qu’il veut dire en Seine-Saint-Denis ou dans les quartiers Nords de Marseille. L’avachissement de notre société, l’abrutissement de la population par le fouteballe, la télé-réalité de TF1, les raps de Booba et les tweets de Nadine Morano, la démission des familles, nourrissent cette décadence.

Force est de constater que nous portons une responsabilité collective face à cette situation délétère et ce n’est pas en invoquant les vieilles lunes des uns et des autres que la violence qui couve et la contestation systématique qui perdure vont significativement changer. Si les « conservateurs » se plaignent que la justice soit « de gauche », se sont-ils interrogés de savoir pourquoi leurs enfants préfèrent faire HEC que l’école de la Magistrature, choisir d’être trader chez Goldman Sachs plutôt que juge à Mourmelon ? Si les « progressistes » s’émeuvent à l’idée du tout-répressif qui pointe à l’horizon, se sont-ils demandé s’il n’y avait rien de mieux à faire qu’introduire l’écriture inclusive au Parti socialiste ou le mariage-pour-tous dans la Loi ?

Bref, l’Etat c’est nous les citoyens et il ne fait aujourd’hui que dupliquer nos propres contradictions et notre incapacité à s’unir pour agir intelligemment. Dans un monde idéal on imaginerait que face à une difficulté durable et d’ampleur nationale sur laquelle le diagnostic est unanimement partagé, celui d’une voyoucratie conquérante, les partis politiques compromettent ensemble pour faire émerger une solution commune, quitte à appliquer une méthode A durant cinq ans puis de passer à la méthode B pour les cinq années suivantes si A est en échec ? Mais non, nous sommes en France alors on s’étrille, on parade, on provoque, on ergote, on caquète, on démonte ce qui a été monté par les prédécesseurs et l’on agit que fort peu, toujours dans la confusion et le capharnaüm.

Si l’on prend l’exemple du terrorisme religieux, qui existe depuis bien longtemps en France mais qui s’est gravement renforcé à partir des années 2010, on peut globalement considérer que le monde politique et législatif a agi avec une certaine efficacité pour freiner le processus. Il y a toujours des attentats en France mais ils sont plus difficiles à organiser. La surveillance des citoyens a été renforcée, leur judiciarisation facilitée en cas de soupçons, leur « neutralisation » sur les champs de bataille du Moyen-Orient entérinée, leurs condamnations par le système judiciaire durcies. On est pour ou contre, il reste encore de nombreuses questions sans réponse (notamment, que faire des terroristes emprisonnés une fois qu’ils auront effectué leurs peines ?), évidemment le problème de fonds des origines de ces actes commis par des citoyens généralement français n’est pas véritablement résolu, mais l’Etat, soutenu par le peuple et ses élus, a pu élever en dix ans un mur de protection contre ces comportements. On se demande bien pourquoi une telle attitude n’est pas possible sur la question de la délinquance ?

GREENE Graham, ‘Un américain bien tranquille’.

Sortie : 1956, Chez : Robert Laffont / J’ai lu.

Le classique de Graham Greene sur la guerre du Vietnam, publié en 1956 soit aux temps de la colonisation française : il mêle les actions secrètes déjà menées par les Etats-Unis qui veulent endiguer la progression du communisme en Asie du sud-est, la vision souvent opposée des vieilles puissances européennes représentées par le journaliste britannique Fowler et celle de l’Amérique neuve mais trouble sous le personnage de Pyle, la passion que nombre d’occidentaux ont éprouvé pour cette région et ses habitants avec Phuong dont nos deux héros sont épris. Mais nous sommes en guerre et les histoires d’amour se terminent souvent mal…

Phuong et sa sœur vivent au jour le jour dans leur monde bouleversé, rêvent d’argent et d’Occident et manifestent un fatalisme qui sera la condition de leur survie face à des enjeux qui les dépassent et menacent de les dévorer.

Dès 1956 Greene a parfaitement compris les enjeux de la décolonisation en cours au Vietnam qu’il expose par les dialogues entre Fowler et Pyle pris dans les engrenages mortifères de la guerre et de l’amour. L’avenir post-roman fera beaucoup de perdants, les forces étrangères seront défaites et évacueront piteusement le pays, le parti communiste vietnamien survivra et même se renforcera en s’adaptant, mais le communisme perdra la bataille globale dans la région. Quant à l’amour, il est éternel, comme chacun sait !

« Epicentro » d’Hubert Sauper

Un documentaire touchant sur le Cuba d’aujourd’hui par Hubert Sauper, cinéaste autrichien qui avait déjà réalisé « Le cauchemar de Darwin » (en 2004 sur l’économie de la perche du Nil et des trafics autour du lac Victoria en Afrique de l’Est) et « Nous venons en amis » (en 2014 sur la création de l’Etat du Soudan du sud et le cortège de guerres, conflits, corruption qu’elle entraîna et génère toujours).

« Epicentro » montre le Cuba d’aujourd’hui (plus exactement La Havane) : souriant et en ruines, à travers le regard de gamins des rues rigolards et malins qui récitent de temps à autres la propagande locale sur « les méchants impérialistes » en rêvant de visiter Disneyland… L’air de rien Sauper passe en revue l’histoire de ce pays : l’esclavage, la colonisation espagnole, la « libération » américaine après l’explosion qui coula l’USS Maine dans la baie de La Havane en 1898 et qui va rapidement se transformer en prise de contrôle de l’île transformée en lupanar à ciel ouvert pour les mafias et les casinos nord-américains, l’arrivée de Castro et du Che, les années révolutionnaires, l’effondrement de l’URSS qui met Cuba sur la paille, la légère ouverture du pays après la mort de Castro et le nouveau « colonialisme touristique » en cours.

Sauper développe sa vision altermondialiste qui n’est pas nouvelle. Le thème général de ses films-documentaires est de démonter les effets néfastes de la mondialisation et de l’exploitation du monde en développement par les puissances du Nord. Le choix de passer par les yeux des enfants pour décrire Cuba est original et ajoute cette touche de naïveté et de vérité qui donne tout son « charme » au documentaire. A sa demande l’actrice espagnole Oona Chaplin (petite fille de Charlie) intervient dans le film et ses dialogues et scènes avec les enfants sont merveilleux. Elle conclut le film avec une très nostalgique chanson interprétée en jouant de l’Ukulélé.

Ce documentaire est dédié à Marcelline Loridan-Ivens (1928-2018), écrivaine-cinéaste, témoin de la déportation et compagne de Simone Veil durant à Auschwitz-Birkenau en 1944.

MAURIAC François, ‘La baiser du lépreux’.

Sortie : 1922, Chez : Editions Bernard Grasset / Le Livre de Poche 1062.

François Mauriac (1885-1970), prix Nobel de littérature en 1952, est un écrivain bordelais humaniste et engagé, qui a reçu une éducation très catholique du côté de sa mère qui a orienté son œuvre littéraire.

« Le baiser au lépreux » est un roman publié en 1922, au début de sa carrière , et qui déjà se penche sur le bien, le mal et le sacrifice, tryptique qui inspirera Mauriac dans nombre de ses œuvres. Jean Péloueyre est un garçon au physique ingrat qui épouse lors d’un mariage arrangé, par son père et le curé du village, une très belle jeune femme : Noémi. Malgré sa culpabilité très chrétienne, elle ne parvient pas à aimer son mari qu’elle trouve physiquement repoussant. Il en conçoit une amertume qui vire au désespoir et le fera fréquenter un ami tuberculeux afin d’attraper sa maladie et en mourir.

Une fois veuve, Noémi, ayant compris le suicide de son mari, désespérée se verra soumise à la « tentation » et y résistera pour se consacrer toute entière à la mémoire de ce mari si bon qu’elle n’a pas su aimer.

Ce roman illustre le mode de vie d’une génération corsetée dans des normes et modes de vie extraordinairement rigides, où l’empire des apparences et de la religion priment sur l’humain. Les lecteurs du XXIème siècle restent tout de même étonnés de le redécouvrir. La flamboyance des sentiments est merveilleusement analysée et rendue par l’auteur dont la fluidité et l’élégance du style forcent l’admiration.

Le Liban a-t-il vraiment besoin d’un Macron en goguette ?

Le Liban est un pays en faillite financière depuis quelques mois, en déliquescence politique depuis des décennies, en guerre chaude contre Israël de temps à autres, en guerre froide en permanence, en guerre civile régulièrement, occupé par des forces étrangères (palestiniennes, syriennes, israéliennes, Nations-Unies …) durant de longues et récurrentes périodes, tiraillé entre les idéologies religieuses, bref, le Liban est un pays en situation difficile de façon structurelle.

Et voici qu’un incroyable accident s’est produit au port de Beyrouth ce 4 août : l’explosion de près de trois mille tonnes de produits chimiques dévastant la moitié de la ville. On ne sait pas bien ce qui a déclenché l’explosion, de mauvaises conditions de stockage ou une intervention extérieure, voire terroriste.

La France qui se croit toujours plus ou moins protectrice de cet Etat, à la création duquel elle participa dans des conditions troubles, envoie son président de la République sur place dès le 6 août. Il se promène en chemise blanche dans les rues de Beyrouth, monopolise le président libanais, conférence devant la presse, lâche quelques incongruités diplomatiques et rentre chez lui en fin de journée. Comme si le Liban n’avait rien de mieux à faire en ces circonstances que de recevoir une délégation française de haut niveau. A quoi peut donc servir un Emmanuel Macron un 6 août à Beyrouth ?

L’ironie de l’histoire réside aussi dans la leçon de gouvernance infligée par Macron à son alter égo libanais, le Général Aoun, chrétien de 85 ans, passé par les milices, la sécession, les alliances hasardeuses et… l’exil en France durant quinze ans après avoir été exfiltré de l’ambassade de France où il s’était réfugié, ce qui lui a probablement sauvé la vie ! Ce qui ne l’empêche pas de refuser la proposition française d’une enquête internationale sur les causes de l’explosion. Cerise sur le gâteau, alors qu’il déambule dans la ville des habitants implorent l’aide de la France pour « se débarrasser de cette classe politique », et même le retour de Paris comme puissance mandataire, le président Macron répond :

 « Le Liban est un peuple souverain, ce n’est pas à moi de le faire, c’est à vous.

Cela manque pour le moins de diplomatie et, totalement, de réalisme politique. Paris a également expliqué que l’aide sera distribuée directement à la population pour contourner la corruption endémique. Là encore il s’agit d’un vœu pieux puisqu’il est techniquement impossible pour un donateur étranger d’accéder à chaque citoyen du pays aidé. A défaut de passer par l’Etat, il faudra évidemment utiliser d’autres intermédiaires, sans doute des organisations non gouvernementales elles-aussi soumises à la corruption car ce phénomène ne peut fonctionner que globalement : les gros sont grassement corrompus, les moyens sont moyennement corrompus et les petits sont petitement corrompus. C’est ainsi, la corruption est aussi un système de redistribution mais, à la différence de l’impôt, il est organisé informellement en dehors de la Loi.

Dans cet « Orient compliqué », le mieux à faire pour la France est d’aider matériellement ce pays mais surtout ne pas se mêler de sa gouvernance car il n’y a que des coups à prendre et aucun espoir de réussir à faire évoluer les choses. Il faut laisser les libanais et les puissances régionales réformer la gestion de ce pays fracturé, s’ils l’estiment nécessaire. Peut-être le président français est-il confronté à suffisamment de dossiers nationaux urgents pour ne pas aller se mêler de ce qui ne le regarde pas dans les affaires des autres pays, fussent-ils proches de Paris (ce qui d’ailleurs reste encore prouver dans le cas du Liban) ?

Compromissions politiques

Vous souvenez-vous de Gaspard Gantzer ? Non ? Ne vous inquiétez pas tout ceci est parfaitement normal. Le garçon, plutôt socialisant fut conseiller du président de la République François Hollande, chargé de la communication. Il tourna ensuite dans le sens du vent de la République en marche, comme nombre de ses camarades. Il lança le mouvement « Parisiennes, Parisiens » pour les élections municipales de Paris en 2020. C’est lui qui proposa de supprimer le boulevard périphérique. Devant les sondages déplorables provoqués par sa candidature, il rallia finalement dans le VIème arrondissement la liste présidentielle menée par Agnès Buzin, pour finalement n’y être pas élu.

Ancien élève de l’ENA (école nationale d’administration), il semble surtout avoir travaillé dans la politique, fort peu dans l’administration et un peu dans le secteur privé via une agence de communication crée en 2017. On apprend récemment qu’il sera chroniqueur de l’émission de télévision journalière « Balance ton Post » présentée par l’inénarrable Cyril Hanouna. Les productions télévisuelles de cet animateur sont généralement des monuments de vulgarité, aussi racoleuses que dispensables. On reste coi devant la décision de Gantzer de rejoindre une telle écurie, est-ce par nécessité ou par goût ? On espérait quand même que malgré ses déboires électoraux cet ancien serviteur de l’Etat aurait manifesté de plus hautes ambitions que de compromettre avec l’un des puissants vecteurs d’abrutissement du peuple que sont les émissions d’Hanouna ! Triste époque.

MAURIAC François, ‘Le nœud de vipères’.

Sortie : 1933, Chez : Editions Bernard Grasset / Le Livre de Poche 251.

François Mauriac (1885-1970), prix Nobel de littérature en 1952, écrivain bordelais humaniste et engagé, a médité sa vie durant sur le bien, le mal et la rédemption, sans doute influencé par l’éducation très catholique reçue du côté de sa mère.

Le roman « Le nœud de vipères » illustre ce tiraillement existentiel en la personne d’un avocat riche, avare et célèbre, en froid avec sa femme et leurs deux enfants qu’il cherche par tous les moyens à déshériter afin qu’ils ne bénéficient pas de sa fortune accumulée et jalousement gardée. Il rédige une longue lettre (qui compose le texte du roman) qu’il veut déposer dans son coffre pour qu’à sa mort, sa famille n’y trouve aucune valeur mais ce simple règlement de comptes. La vie en décidera autrement et, finalement, le vieil acariâtre libérera sa tendresse (et ses biens) avant la fin.

Le style de Mauriac nous ramène à celui de cette génération d’écrivains du début du XXème siècle : élégant, précis, fluide, un peu morne ; celui du temps qui s’écoule dans ces grandes familles bourgeoises de l’époque, empesées dans leur statut et leurs convenances, mais où le feu des sentiments peut dévaster les âmes. « Le nœud de vipères » est souvent considéré comme le chef d’œuvre romanesque de Mauriac.

Le képi en chef du Mali

Colonel Goïta chef de la junte du Mali

Voici la tête du nouveau pouvoir militaire malien : jeune, galonnée et en tenue de combat ! Le coup d’Etat militaire est une tradition dans ce pays pour changer le pouvoir, les élections et l’organisation démocratique n’ayant jamais fonctionné correctement, du moins tel qu’on l’entend en Occident. Parlement, partis politiques, commissions électorales et tous les attributs des régimes démocratiques des pays du Nord ont été vainement répliqués, et à plusieurs reprises, dans ce pays sahélien qui va de mal en pis depuis des décennies. Il est probable que ce nouveau régime suivra la voie de ses prédécesseurs et sera bientôt rejeté par ceux qui l’acclament aujourd’hui. Et quand bien même rendrait-il un jour le pouvoir aux civils, ceux-ci se retrouveraient de nouveau à la tête de ce pays immense, partiellement désertique, incapable de recouvrer l’impôt pour construire un Etat toujours inexistant depuis l’indépendance en 1960, tiraillé entre les clans et les ethnies, entre les religieux et les libéraux, occupé par des armées étrangères « amies » venues aider à lutter contre le terrorisme islamique… on ne voit pas beaucoup de lumière au bout d’un tunnel qui risque d’être long !

Lire aussi : Les képis reprennent le pouvoir au Mali

de BEAUVOIR Simone, ‘La longue marche – essai sur la Chine’.

Sortie : 1957, Chez : NRF – Gallimard.

En 1955, Simone de Beauvoir (1908-1986) voyage en Chine avec un groupe d’intellectuels invités par le gouvernement révolutionnaire qui a pris le pouvoir au terme de la guerre civile chinoise (1927-1949) sous la direction de Mao Zedong (Mao-Tsé-Toung à l’époque). Elle a déjà publié en 1949 l’essai « Le deuxième sexe » qui a rencontré un succès mondial et fait de son auteure la figure de proue de la libération de la femme. Elle a reçu le prix Goncourt en 1954 pour « Les Mandarins ». Sa pensée est clairement de gauche et ses sentiments plutôt favorables à la Chine maoïste révolutionnaire qu’elle découvre lors de ce voyage « organisé » de six semaines.

Elle prend soin dans un prologue d’expliquer la totale liberté qui prévalut dans ce périple « encadré » : toutes les questions pouvaient être posées aux guides, toutes les visites pouvaient être demandées et obtenues, tous dialogues pouvaient être menés où que ce soit avec qui que ce soit, modulo bien entendu la nécessité de traduction et donc de traducteurs mis à disposition par les autorités.

Simone de Beauvoir décrit et analyse successivement la ville de Pékin en 1955, les paysans, la famille, l’industrie, la culture, la lutte défensive [pour l’unification du pays et le combat contre les capitalistes contre-révolutionnaires], le [célébration du] premier octobre, les villes de Chine avant de conclure. C’est un vaste tableau d’un immense pays bouleversé par les traditions, les guerres, les empereurs, l’idéologie, bref, par l’Histoire, et dont l’étape communiste en cours observée alors par Beauvoir ne manque pas de fasciner au plus haut point nombre d’intellectuels occidentaux.

Nous sommes en 1955, six ans après la fin de la guerre civile. La Chine est millénaire mais son unité est encore chancelante. Avec l’aide de l’Union soviétique, « pays frère », Mao et les siens vont tendre à transformer cet immense territoire, rongé par des siècles d’un environnement moyenâgeux où des seigneurs guerroyaient entre eux et contre les « barbares », avec une économie très majoritairement agricole et des paysans réduits à l’état de serfs. Le colonialisme occidental y fit des ravages à partir du XIXème siècle, prospérant notamment sur le commerce de l’opium importé d’Indes avec son cortège d’addictions et de banditisme. Le colonialisme japonais ne fut guère moins dévastateur en Mandchourie…

Bref, Mao prend les commandes d’un pays à reconstruire, ce qu’il va faire en appliquant les théories marxistes, revues et sinisées. Après la révolution bolchévique c’est une nouvelle expérience révolutionnaire mise en œuvre à grande échelle sur une population qui compte déjà 600 millions de personnes. En 1955, les dramatiques initiatives du « Grand bond en avant » (1958-1960) et de la « Révolution culturelle » (1966-1976) n’ont pas encore eu lieu et Beauvoir analyse la situation sous un jour plutôt favorable. Elle base son argumentation principalement sur le fait que « c’était bien pire avant » et que le collectivisme et la dictature du parti unique mis en œuvre à marche forcée ont amélioré la situation « des masses ». Elle a évidemment une vision un peu angélique des transformations du pays :

« C’est peut-être ce qu’il y a de plus émouvant en Chine : cette fraîcheur qui par moments donne à la vie humaine le lustre d’un ciel bien lavé. »

« La longue marche » – page 415

« Certes la Chine n’est pas un paradis ; il lui faut s’enrichir et se libéraliser ; mais si on considère avec impartialité d’où elle vient, où elle va, on constate qu’elle incarne un moment particulièrement émouvant de l’histoire : celui où l’homme s’arrache à son immanence pour conquérir l’humain. »

« La longue marche » – page 484 (dernier chapitre de la conclusion)

Le plus ironique dans cette enquête est que Beauvoir cite abondamment les slogans du parti communiste expliquant que la Chine se donnait alors 50 ans pour rattraper son retard et dépasser la réussite économique du capitalisme occidental. Eh bien, on peut dire en 2020 que cet objectif a été globalement atteint mais pas par les moyens imaginés alors par les penseurs de la gauche de l’époque. La dictature du parti (communiste) unique a persisté mais l’économie a été partiellement libéralisée. Le premier résultat de cet étrange cocktail a été de rétablir la puissance mondiale chinoise en ce début de XXIème siècle, laissant les penseurs libéraux plus ou moins ébahis devant cette autoritaire efficacité.

On ne saura jamais ce que Beauvoir et Sartre penseraient aujourd’hui de cette métamorphose inattendue, malgré les millions de morts légués par le maoïsme, en Chine et ailleurs ! L’Histoire risque encore de nous réserver bien des surprises qui pourront alimenter les réflexions des successeurs de ces deux intellectuels, qui se sont beaucoup trompés malgré la vigueur de leur pensée.

Les képis reprennent le pouvoir au Mali

Avec une régularité de métronome, qui finit par être un peu lassante, une bande de galonnés dépenaillés a mené un coup d’Etat au Mali hier et cette nuit, forçant le pouvoir civil élu à démissionner, érigeant un « Comité national pour le salut du peuple » et promettant monts et merveilles aux « Maliennes et Maliens » …

Certes le coup militaire est le mode favori de changement de pouvoir dans ce pays depuis des décennies, mais cette armée dépenaillée ferait sans doute mieux de concentrer son énergie à renforcer sa capacité de lutte contre le terrorisme religieux et touareg qui mine le Mali plutôt qu’à prendre et reprendre un pouvoir civil qu’elle n’est pas en mesure d’assumer. Cela risque très certainement d’avoir des conséquences sur la lutte anti-terrorisme menée par des forces internationales, majoritairement françaises, dans tout le Sahel. Les forces religieuses qui luttent pour imposer leur dictature à toute la région doivent se frotter les mains !

Juan-Carlos exilé aux Emirats : quelle vulgarité !

L’ex-roi d’Espagne Juan Carlos vient d’annoncer son exil aux Emirats-Arabes Unis. Il avait abdiqué en faveur de son fils en 2014 alors qu’il était déjà soupçonné de corruption, notamment en provenance des monarchies du Golfe persique, outre ses frasques en 2012 alors qu’il chassait l’éléphant avec une maîtresse au Botswana, ses enfants illégitimes, etc.

Quelle tristesse alors que Juan Carlos avait su assurer une transition en douceur à la fin de la dictature militaire de Franco en 1975, et même défendre la démocratie lors d’une tentative de coup d’état militaire en 1981 ! Quelle destination vulgaire pour un Bourbon : les Emirats-Arabes Unis, royaume du clinquant où tout n’est qu’étalage de richesses et de tape-à-l’œil…

Son entourage a fait savoir qu’il restait à la disposition de la justice en tant que de besoin si les affaires en cours nécessitaient sa parution. Un roi, même ex, fuyant son pays, qui plus est un Bourbon, voilà qui rappelle de mauvais souvenirs. A défaut de rester en Espagne, n’aurait-il pu choisir un pays d’exil un peu plus « européen » ? Après une fin de règne chaotique, voilà qu’il entame une fin de vie plutôt honteuse.

GIONO Jean, ‘Regain’.

Sortie : 1930, Chez : Bernard Grasset / Le Livre de Poche 382

Giono (1895-1970), continue à écrire sans relâche sur cette Haute-Provence qu’il vénère. ‘Regain’ est le dernier volume de la ‘Trilogie de Pan’ démarrée avec ‘Colline’ et ‘Un de Baumugne’. C’est l’histoire d’un village abandonné dans les collines où ne survit plus que Panturle, seul contre tous. Puis il rencontre une femme et tous les deux vont être à l’origine de la renaissance de la vie dans ce lieux perdu.

L’écriture de Giono est pénétrée de la Provence, ses odeurs, ses bruits, sa chaleur, son patois… Chaque mot sent la garigue et la passion de l’auteur pour ce coin du Sud de la France, habité à l’époque par des paysans durs à la souffrance et sensible à la poésie de leur environnement. C’était avant le tourisme de masse et l’installation des bobos dans le Lubéron, mais même après cette évolution, ceux qui savent découvrir la Haute-Provence retrouvent les senteurs de l’écriture de Giono dans leurs pérégrinations dans ces Alpes du sud.

On qualifierait maintenant Giono d’auteur « du terroir », c’était plus simplement un magnifique écrivain qui a dédié son écriture et son œuvre à sa région et dont la prose si parfaitement choisie ruisselle de son amour pour ses collines.