Le journal de Mme. Michu au Café du Commerce

« Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 258 variétés de fromage ? » (MonGénéral)

Très longues files de fuyards dans Paris

Alors qu’une nouvelle période de confinement est instaurée à partir de demain, il y eut aujourd’hui plus de 730 kilomètres de bouchons en Ile-de-France. Cela dépasse le niveau des grèves des transports de décembre 2019 et tangente le record absolu dû à l’enneigement de février 2018. Paris et ses environs ont été littéralement congestionnés. Alors on se demande ce qui peut bien expliquer de tels encombrements ? Qui étaient les conducteurs et leurs passagers qui ont passé la journée dans leurs voitures ?

Il semble qu’il s’agisse de parisiens partant se mettre au vert dans leurs résidences secondaires ou chez des parents en province. On ignorait que tant de personnes disposassent de résidences secondaires. On croyait que le fait que les écoles restent ouvertes pousseraient les parents à rester dans leurs résidences d’Ile-de-France. Que nenni ! C’est l’exode comme en 1940’ et les français prennent la route avant l’arrivée de l’ennemi (les « boches » en 1940, le confinement en 2020). La bonne nouvelle est que nombre de citoyens disposent de résidences secondaires, il reste du patrimoine immobilier dans ce pays.

Emeutes et vulgarité

Jean-Marie Bigard, humoriste à la lourdeur incommensurable, soutien des gilets jaunes et du professeur Raoult, se fait insulter lors d’une émeute de ses amis à laquelle il voulait s’associer cette après-midi à Paris en se faisant traiter « d’enculé », « on n’en veut pas », « espèce de nazi, va » ou « Bigard collabo ». Il est exfiltré dans une pizzeria par des gros bras qui l’y mettent à l’abri. Sont-ce ses gardes du corps ? Auquel cas le garçon aurait montré une certaine prudence quant à la qualité de l’accueil qu’il recevrait…

Ceux qui voudraient le soutenir dans ce moment difficile peuvent acheter son T-Shirt 20 euros au lieu de 25, en vente sur sa page Facebook :

On se souvient par ailleurs que Bigard avait rendu visite au pape en 2007 dans une délégation accompagnant le président de la République Sarkozy, visite qu’il avait qualifiée de « kif absolu ». Evidemment, l’accueil a dû être plus serein au Vatican que sur les ronds-points. Récemment le président de la République Macron lui avait téléphoné pour recueillir son avis sur la gestion de la crise sanitaire… On croit rêver !

Le mieux serait que les dirigeants français aillent voir les spectacles de l’humoriste pendant leurs heures de loisirs s’ils sont attirés par la subtilité de son humour, mais qu’ils évitent de le mêler à la politique de la Nation pour laquelle il lui manque encore quelques compétences.

Fausse rumeur de dîner en ville

Entendu dans un dîner en ville : « on ne peut jamais perdre la nationalité française qui vous suit jusqu’à la fin de vos jours ».

Un rapide fact checking permet de constater que cette assertion est incorrecte. Le Code Civil prévoit des cas de « perte volontaire de la nationalité française », notamment si l’on acquiert une autre nationalité, ou si l’on prend la nationalité de son conjoint étranger. La répudiation est prononcée par un tribunal. Tous les détails de procédures sont disponibles sur le site de l’administration :

Vous pouvez demander la perte de la nationalité française (NF) si vous avez une autre nationalité. La démarche s’effectue par déclaration ou par décret.

La démarche pour perdre la NF est déclarative dans les situations suivantes : acquisition d’une autre nationalité, naissance à l’étranger avec un seul parent français, naissance en France avec un seul parent né en France, NF du fait de l’acquisition de la NF par un parent, acquisition de la nationalité étrangère de l’époux(se).

Si vous ne remplissez pas les conditions pour faire une déclaration, vous pouvez demander l’autorisation de perdre la NF par décret (procédure appelée libération des liens d’allégeance envers la France).

https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F3073.

Il y a quelques conditions préaliables mais cela n’a pas l’air très compliqué de les remplir. Et s’il en manque, il existe même une procédure de perte de la nationalité « par décret ». Il serait intéressant de connaître le nombre annuel moyen de français qui renoncent ainsi à leur nationalité, recherche de statistiques en cours…

58,4% d’abstention aux élections municipales

Près de 60% des électeurs en France ne se sont pas déplacés ce dimanche pour aller voter aux élections municipales. Cela en dit long sur la tartuferie des analyses entendues à longueur de temps sur les plateaux télévisés et les dîners mondains comme quoi le poste de maire est le dernier qui inspire le respect, que Monsieur le Maire est l’homme des « territoires », proche du « peuple » et bla-bla-bla et bla-bla-bla.

En réalité cela veut dire que sur dix pochtrons au Café du Commerce, six sont restés devant leur blanc sec contre quatre qui sont allés dans l’isoloir. La vérité c’est qu’une majorité de français se moque de son maire comme de sa première chemise mais saura, en revanche, trouver le chemin de la Mairie pour aller se plaindre et geindre de ne pas recevoir assez d’argent public.

Ainsi va la France du XXIème siècle !

La constance dans la vacuité

Avec une constance qui force l’admiration, la population française, ses élus et la presse font remonter comme préoccupation majeure en ces temps de virus et de crise économique : l’accès aux plages et aux parcs urbains. Ces lieux restent encore souvent soumis à des restrictions d’accès, variables suivant les zones et la France n’aime pas les restrictions. Peut-être qu’effectivement il serait souhaitable que les français profitent un peu du bon air de l’été car la rentrée risque d’être saignante avec son cortège de faillites, de chômeurs, d’émeutes et de déficits divers !

Oyé-oyé bonne gens : vivez au mieux vos derniers instants de sérénité, votre réveil sera brutal et violent !

Le drame des bobos à déconfiner

Le déconfinement des citoyens initié depuis hier pose au moins deux problèmes significatifs. Le premier est de rapatrier les troupeaux de bobos partis se confiner dans leurs résidences secondaires en dehors des centres urbains. On parle d’un million de parisiens qui auraient fui l’Ile-de-France à la mi-mars. Et l’on a sans doute à déplorer de pareilles transhumances à partir des autres villes du pays. Tout ce petit monde a tranquillement télétravaillé depuis l‘Ile-de-Ré pendant deux mois en offrant des classes vertes à ses enfants. Mais demain c’est la fin des vacances et il va falloir retourner en entreprise et à l’école pour les minos. A court terme on ne sait pas bien comment rapatrier ces bataillons de privilégiés. Dieu merci, la plupart sont équipés de SUV clinquants avec lesquels ils vont pouvoir rallier le VIIème arrondissement parisien sans utiliser une SNCF aux capacités de transport elles aussi-confinées. Qui plus est, certains d’entre eux vont rester encore quelques temps sur l’Ile-de-Ré, après-tout, télétravailler en temps de confinement ou de déconfinement c’est toujours travailler.

Le deuxième sujet d’importance concerne la prise d’assaut attendue des salons de coiffure par Mmes. Michu qui ont été sevrées de mises-en-plis. La réouverture de l’activité des coiffeurs va-t-elle permettre de satisfaire cette forte demande ou maintenir Mme. Michu en stress psychique pour défaut de permanente ?

On voit que le déconfinement n’est pas une œuvre de tout repos.

Les bobos hors du temps

Dans un « dîner en ville » virtuel, un interlocuteur met en doute le fait que 20% des électeurs français aient voté pour l’extrême gauche représentée par Jean-Luc Mélenchon lors du premier tour des élections présidentielles de 2017. Une fois raccroché, un rapide fact-checking permet de se remémorer les résultats de cette élection :

Premier tour 
M. Emmanuel MACRON, EN MARCHE ! 24,01 %
Mme Marine LE PEN, FRONT NATIONAL, 21,30 %
M. François FILLON, LES RÉPUBLICAINS, 20,01 %
M. Jean-Luc MELENCHON, LA FRANCE INSOUMISE, 19,58 %
M. Benoît HAMON, PARTI SOCIALISTE, 6,36 %
M. Nicolas DUPONT-AIGNAN, DEBOUT LA France, 4,70 %
M. Jean LASSALLE, RÉSISTONS ! 1,21 %
M. Philippe POUTOU, NOUVEAU PARTI ANTICAPITALISTE, 1,09 %
M. François ASSELINEAU, UNION POPULAIRE RÉPUBLICAINE, 0,92 %
Mme Nathalie ARTHAUD, LUTTE OUVRIÈRE, 0,64 %
M. Jacques CHEMINADE, SOLIDARITÉ ET PROGRÈS, 0,18 %

Si l’on additionne les voix qui se sont portées sur Mélenchon, Poutou et Arthaud on obtient 21,31 % des suffrages pour l’extrême gauche et l’avenir radieux promis par ces candidats. Au marché ou dans les dîners en ville cela veut dire qu’une personne sur cinq autour de nous a voté pour les idées d’extrême gauche. C’est aussi la raison pour laquelle les émeutes sociales ont mis beaucoup de citoyens dans la rue tous les samedis de l’année 2019 et qu’en ces temps de pandémie tant de monde conteste les dirigeants, râle, réclame, corporatise, se plaint, se tourne vers l’Etat…

C’est l’une des spécificités françaises de long terme dont les origines, sans remonter à la révolution de 1789, ont été largement entretenues par toute une partie de l’intelligentsia du XXème siècle commentant avec gourmandise les « expériences » soviétique, maoïste, voire même Khmer rouge pour certains. C’est à cette aune que s’est forgée une partie de la nation française. Il en reste quelques traces. Cette multiplicité de candidats de gauche et d’extrême gauche a d’ailleurs peut-être permis d’éviter en 2017 l’élection d’un candidat d’extrême droite. La parcellisation de la gauche en 2017 aura absorbé des voix qui se seraient portées ailleurs s’il y avait eu un candidat commun de la gauche… Les élections présidentielles de 2022 seront la prochaine étape.

Le retour du marché noir

Coco / Charlie-Hebdo (13/03/2020)

Le chroniqueur faisant ses courses en ces temps de confinement constate avec intérêt que beaucoup de citoyens portent désormais des masques en extérieur, plutôt une majorité d’ailleurs, au moins pour les passants du quartier. On est en revanche surpris de réaliser que nombre de ceux-ci portent des modèles chirurgicaux, voire même de type FFP2 (et non pas des masques « alternatifs ») alors que ces deux catégories sont en principe réquisitionnées par l’Etat et réservées au personnel soignant. Comment ces citoyens se procurent-ils des masques réquisitionnés ? Un rapide sondage obtient toujours le même genre de réponse : « ma copine infirmière m’en a laissé un ce matin » ou « mon employeur nous en a donné », etc.

On se retrouve un peu comme en 40 où la Kommandantur réquisitionnait les kartoffeln en laissant les topinambours aux parisiens. Il arrivait que le grand-père de Mme. Michu se lance dans le marché noir pour récupérer des patates et les revendre au prix fort. De la collaboration en 40 à Goldman Sachs qui expliquait en 2008 au gouvernement grec comment trafiquer sa comptabilité publique, les ressources du marché et la créativité de ses acteurs sont sans limite pour détourner les réglementations.

Au Café du commerce

L’impréparation et le déni de nos dirigeants vont nous coûter bien plus cher qu’un stock de masques et des équipements hospitaliers décents pour faire face à la pandémie.

Mme. Michu au Café du commerce

Comme à son habitude Mme. Michu rouspète et rabâche ses plaintes en boucle au Café du commerce entre deux ballons de blanc sec. Elle est largement relayée par les « experts » de plateaux télévisés qui ont fait du sujet « masque » l’une de leurs polémiques favorites après avoir raillé et ironisé il y dix ans la constitution de stocks de vaccins et, déjà, de masques lors de l’épidémie de grippe H1N1 en 2009. Ces stocks n’avaient finalement pas été utilisés puis avaient été très significativement réduits et la responsabilité de leur détention partagée entre l’Etat et les établissements hospitaliers.

A la question « serait-il préférable d’avoir un stock de masques plus important aujourd’hui » la réponse est évidemment oui, non seulement à Paris, mais dans tous les pays qui sont en chasse de volumes considérables de ces fameux masques dont la planète manque cruellement. A la question « faudra-t-il adapter le système de santé à ces risques épidémiques, ou en tout cas à certains d’entre eux », la réponse est évidemment oui en choisissant le niveau de risque que l’on veut couvrir. A la question « qui va payer », la réponse est évidemment : M. et Mme. Michu !

Plutôt que le pitoyable bal des pleureuses donné en spectacle sur les plateaux télévisés et au Café du commerce, le mieux est que toute cette énergie perdue soit consacrée à soutenir notre pays qui lutte contre cette maladie, pas plus mal que certains et bien mieux que beaucoup. On n’a pas assez de masques, eh bien les chaînes logistiques sont sur le terrain pour améliorer l’approvisionnement. Notre système de santé est dimensionné pour 5 000 lits de réanimation et ce n’est pas assez, eh bien le corps médical a réussi à faire passer l’offre à 10 000 lits en quelques semaines. Certaines régions sont dramatiquement touchées, eh bien on transfère dans d’autres villes des patients à coups de trains à grande vitesse transformés en ambulances, d’hélicoptères transformés en tapis volants. On a dû fermer les écoles et les universités, eh bien on a recyclé l’enseignement dans le cloud… etc.

Est-ce que tout ceci est 100% satisfaisant : non bien sûr. Est-ce que l’on ne se porterait pas mieux si le virus était resté en Chine : bien sûr que oui. Alors arrêtons de geindre, cessons de critiquer, gelons les polémiques, admirons ce qui fonctionne, soutenons les premières lignes, appliquons les recommandations. Bref, soyons moins franchouillards et plus efficaces, Mme. Michu y compris.

Le syndrome « rue Lauriston »

Les râleurs et les escrocs prospèrent en période de crise, rien que de très normal tant que cela reste statistiquement minoritaire. En l’occurrence on est en train de dépasser les bornes de la décence avec des dénonciations qui rappellent le temps où la grand-mère de Mme. Michu dénonçait son voisin juif au siège de l’officine française de la gestapo rue Lauriston durant l’occupation allemande de la France lors de la IIème guerre mondiale.

Aujourd’hui des infirmiers et infirmières qui sont amenés à croiser des malades du coronavirus dans leur activité professionnelle reçoivent des courriers, anonymes ou pas, de voisins des immeubles dans lesquels ils habitent leur demandant de veiller à ne pas toucher les boutons d’ascenseur, de se garer plus loin, etc… et même d’aller « habiter ailleurs si possible ». L’un d’eux a reçu un courrier officiel du syndic de l’immeuble qui s’est excusé ensuite.

Les arnaqueurs font par ailleurs preuve de créativité et d’énergie pour escroquer ladite Mme. Michu qui, une fois qu’elle a dénoncé son voisin, se fait fourguer des faux masques de protection vendus sur internet par des aigrefins de passage.

Cette montée de ploucitude est désolante, sans doute inévitable en de telles circonstances où la peur prend le pouvoir sur les neurones de certains, déjà bien atteints par des décennies de match de fouteballe à la télévision et les tweets de Nadine Morano.

Déjà des plaintes en justice

Ça y est, il n’aura pas fallu attendre plus de quelques semaines après le déclenchement de la crise sanitaire pour que des individus portent le sujet devant la Justice. En l’occurrence, quelques médecins généralistes attaquent l’Etat pour que les masques FFP2 (à haut niveau de protection) soient fournis aux généralistes. Si l’Etat était déclaré coupable il serait dans l’obligation de fournir ces masques qu’il n’a pas en quantités suffisantes pour le moment d’où la gestion de pénurie. C’est un peu comme ce fameux droit opposable au logement que le président Chirac avait fait voter dans un grand élan de générosité (et sans doute pour avoir la paix) obligeant l’Etat à fournir un logement social à toute personne sans logement répondant par ailleurs à quelques conditions, distribution qu’il est évidemment incapable de faire puisqu’il n’en détient pas assez.

Cette déplorable tendance franchouillarde à polémiquer et à trouver des têtes à couper se manifeste une nouvelle fois, et en plein cœur d’une crise grave. Ces médecins n’ont-ils rien de mieux à faire que d’ester en justice par les temps qui courent ? Il y a pour le moment un écart entre l’offre et la demande de masques qui semble-t-il est en voie de réduction. Des gens intelligents et opérationnels s’occupent d’augmenter les capacités de production nationales. Des millions de masques sont produits et distribués chaque semaine, d’autres sont commandés à l’étranger. Ne doutons pas que chacun fait le maximum pour participer à la réduction du goulot d’étranglement, les actions en justice n’y changeront pas grand-chose sinon de satisfaire les égos de plaignants en mal de gloriole personnelle peu soucieux d’efficacité opérationnelle, et d’emboliser un système judiciaire lui aussi au ralenti.

C’est d’autant plus regrettable que cela risque d’être le début d’une longue litanie d’actions judiciaires que devrait mener un peuple développant un réflexe pavlovien : « c’est la faute à l’Etat » ! Si tous les citoyens pouvaient se mettre au travail et consacrer toute leur énergie à la résolution de la crise ce serait bien.

Des cultures et des virus

Riss/Charlie-Hebdo (18/03/2020)

En cette période de confinement mondialisé ordonné pour faire face à une pandémie d’un virus inconnu, on voit les réactions différentes de citoyens marqués par des cultures diverses : en France Mme. Michu se précipite dans son supermarché pour dévaliser les rayons de nouilles et du papier-toilette, aux Etats-Unis M. Smith envahit son armurier pour acheter des flingues. Dans un cas comme dans l’autre, chacun avance le principe de précaution et la nécessité de la prudence.

Elections et discipline

Dans un petit bureau de vote parisien c’est le désert pour ce premier tour des élections municipales. Pendant ce temps, le jardin public contigüe est plein de familles prenant le soleil, allongées sur les pelouses ou faisant la queue devant la bicoque à confiseries. La veille au soir le premier ministre avait appelé les citoyens à rester chez eux pour cause de virus baladeur, sauf pour faire leurs courses alimentaires et voter… Il y a encore un peu de travail à faire pour améliorer le sens civique de la population.

La France aux 258 fromages

Entendu au Café du commerce entre une gamine de 25 ans qui veut claquer la bise à un senior de 62 en ces temps d’épidémie de coronavirus :

– Le senior qui refuse la bise : en principe les recommandations des autorités de santé sont de ne pas s’embrasser ni se serrer la main,
– La gamine dépitée : mais tout ça c’est des co… et si je les applique, qu’est-ce que je fais dans le métro pour ne pas être contaminée ?
– Le senior : eh bien si déjà tu élimines deux sources potentielles c’est déjà mieux que de ne pas les éliminer, non ?
– La gamine : c’est une véritable psychose, cela n’a pas de sens, la grippe ordinaire est bien plus grave,
– Le senior : mais est-ce que vraiment arrêter pour un temps de serrer des mains bouleverse à ce point ta vie et ton psychisme que tu ne puisses pas le faire ?
– Et blablabla, et blablabla…

On a ici un bon exemple d’une réalité déjà soulignée par Mongénéral en son temps : « Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 258 variétés de fromage ? » Entre ceux qui dénient l’épidémie en refusant d’appliquer les recommandations de santé publique comme la gamine précitée et les bataillons de Mme. Michu qui se ruent dans les supermarchés pour dévaliser les rayons de nouilles, nombre de français refusent juste d’être raisonnables. Ainsi va la République !

Un grand moment de solidarité nationale

A la suite d’une épidémie en Chine d’un virus un peu bizarre, des citoyens français sont rapatriés en France, dans le sud, près de la base militaire d’Istres sur laquelle ils ont atterri. Ils doivent passer quinze jours en « quarantaine » avant d’être relâchés dans la nature ou soignés le cas échéant. Evidemment Mme. Michu, habitant le village où doit se dérouler la quarantaine, vitupère contre ce « scandale sanitaire » et demande que les français rapatriés de Chine soient installés… ailleurs que près de chez elle.

Depuis déjà quelques jours M. et Mme. Michu exprimaient leur rejet de tout ce qui ressemble à un « chinois » à force d’insultes sur les réseaux dits sociaux ou dans la rue comme le rapportent nombre de journaux sérieux. Heureusement la famille Michu reste minoritaire dans la République mais elle ne manque décidemment pas une occasion de manifester sa totale beaufitude, hélas.

Discussion avec un chauffeur de taxi

Dans les encombrements parisiens un chauffeur de taxi peste contre la terre entière.

– Le chauffeur : depuis « qu’ils » ont mis un feu rouge au milieu de la transversale du pont de la Concorde c’est du grand n’importe quoi ! Et puis pour m’acheter ma voiture « ils » ont nanti mon appartement et les salaires de mes parents. Mon appartement d’ailleurs qui valait 700 000 euros a baissé à 400 000 depuis à cause de Delanoé qui a construit le tramway. Pour remplacer mon véhicule complètement amorti je vais acheter une voiture électrique puisque c’est la mode et que Hidalgo est écolo, ça compensera la baisse de valeur de ma licence à cause des VTC et bla-bla-bla et bla-bla-bla…

– Le client : allez, si je comprends bien vous avez un patrimoine de 700 mille euros plus une licence de taxi, même si tout ceci a baissé et est nanti vous possédez quand même un montant d’actifs respectable, hauts les cœurs, tout n’est pas complètement perdu !

– Le Chauffeur : oui c’est vrai, on n’est pas les plus malheureux.

Nous sommes en France… donc tout va mal et un citoyen possédant un travail et plus de 500 mille euros de patrimoine râle !

Une nouvelle étape franchie dans l’abrutissement des masses

Coco – Charlie-Hebdo 2016

Les plateformes de films et séries en ligne proposent désormais le visionnage en vitesse accélérée, provoquant un peu d’émotion, au moins en France, de la part des créateurs d’œuvres cinématographique et vidéos. Cette vitesse accélérée est censée donner la possibilité aux spectateurs d’ingurgiter plus de marchandises dans le même temps.  

On commence vraiment à toucher le fond… Non content d‘abrutir les spectateurs avec de la publicité envahissante et bêtifiante, ou avec le fouteballe à tous les étages, l’écosystème médiatique invente maintenant le gavage accéléré des consommateurs transformés en canards d’élevage. Tout ceci est un peu déprimant ! A force de vouloir augmenter la part de marché de la bêtise humaine, le capitalisme de l’information et du divertissement risque de le faire au détriment du segment de l’intelligence réduit à portion congrue. A moins que les deux segments ne se développent chacun au même rythme malgré les apparences.

C’est une vieille histoire… le chroniqueur qui, dans les années 70’ avait été standardiste dans une radio commerciale (Europe n°1 pour ne pas la citer) comme job d’étudiant, avait déjà été frappé à l’époque par la stratégie d’un tel média : la monétarisation de la bêtise humaine. Un marché prometteur…

Convergence ou coagulation

Riss – Charlie Hebdo 2018

Les râleurs continuent de râler, tout le monde réclame des sous, certains en obtiennent (que les autres vont devoir payer), les préavis de grève se multiplient. Rien ne va : les retraites, le pouvoir d’achat, le fonctionnement des hôpitaux, les prix agricoles, les impôts trop hauts, les dépenses trop faibles, les bourses étudiantes insuffisantes, etc.

Pendant ce temps la presse glose pour savoir si l’on risque une « coagulation des revendications », une « convergence des luttes », une « fédération des colères » ou une « cristallisation des actions » samedi prochain pour le premier anniversaire du déclenchement des émeutes de novembre 2018. Les experts de plateaux télévisés s’échangent des sondages sur les sentiments de Mme. Michu mais toujours aussi peu d’analyse ni de pédagogie pour expliquer à ladite Mme. Michu que ce qui sera donné d’une main sera évidemment repris de l’autre.

Et comme le président de la République a déjà plus ou moins annoncé l’enterrement de première classe du plafond de déficit des finances publiques fixé à 3% du produit intérieur brut, toutes les corporations se lèchent les babines en se préparant à mordre avec bonheur dans la dépense publique pour arracher la part la plus grosse. On dirait une volée de ménagères guettant l’ouverture des Galeries Lafayette le premier jour des soldes !

Haine et beufitude

Le chroniqueur consterné fait manifestement partie d’une des mailing-list de Mme. Michu et reçoit l’email suivant dans sa boîte aux lettre déjà débordante de spams :

« Anne Hidalgo a eu raison de fermer les voies sur berges de Seine à Paris pour éviter la pollution par les voitures !
C’est beaucoup mieux maintenant… »

Cette image, et surtout le commentaire qui l’accompagne, est symptomatique de la haine que déclenche la maire actuelle de Paris, Anne Hidalgo. Elle a été élue par les parisiens et l’aspect démocratique du processus électoral n’a pas été remis en cause par les oppositions qui ont perdu le combat. Le conseil municipal de majorité socialiste-écologique a décidé, notamment, de réduire la place consacrée à la voiture dans la ville et de fermer les voies sur berge ce qui déclenche l’ire des partisans de la bagnole. Evidement ce genre de changement ne se fait jamais dans la bonne humeur et l’harmonie. Chaque camp développe sa propre argumentation, le citoyen est un peu perdu, mais la décision est prise et appliqué, elle est d’ailleurs réversible si une majorité suivante en décidait ainsi.

Le commentaire ironique de Mme. Michu sur cette photo, « C’est beaucoup mieux maintenant… », rend la mairie responsable de l’incivilité des citoyens alors qu’il s’agit principalement d’un problème de mauvaise éducation des enfants de Mme. Michu qui ont sans doute passé plus de temps à regarder le fouteballe à la télévision plutôt qu’à potasser leur éducation civique.

La photo est ponctuelle et, évidemment, passe sous silence que les services de propreté de la municipalité, payés par les impôts locaux de Mme. Michu, ont dû nettoyer ces déchets dans les 24 heures de leur apparition comme cela est réalisé, et plutôt bien fait, après chaque évènement rassemblant des citoyens mal-élevés jetant leurs déchets un peu partout.

Mais surtout, Anne Hidalgo est une femme (aux cheveux teints) et cela passe mal dans l’imaginaire toujours plus ou moins misogyne de l’électorat moyen, même parisien et supposé évolué. Qu’il se rassure cet électorat conservateur, il suffira de voter pour une autre majorité lors des élections municipales programmées début 2020 et il aura de nouvelles têtes pour administrer la commune de Paris. Après trois mandats socialistes à Paris, il est de toute façon temps de passer la main, mais la droite qui se tire dans les pattes est capable de perdre l’affaire encore cette fois-ci. Si elle ne parvient pas à trouver l’unité nécessaire pour emporter la mairie ce sera à désespérer mais on ne peut pas complètement exclure ce cas de figure…