Au Café du commerce

L’impréparation et le déni de nos dirigeants vont nous coûter bien plus cher qu’un stock de masques et des équipements hospitaliers décents pour faire face à la pandémie.

Mme. Michu au Café du commerce

Comme à son habitude Mme. Michu rouspète et rabâche ses plaintes en boucle au Café du commerce entre deux ballons de blanc sec. Elle est largement relayée par les « experts » de plateaux télévisés qui ont fait du sujet « masque » l’une de leurs polémiques favorites après avoir raillé et ironisé il y dix ans la constitution de stocks de vaccins et, déjà, de masques lors de l’épidémie de grippe H1N1 en 2009. Ces stocks n’avaient finalement pas été utilisés puis avaient été très significativement réduits et la responsabilité de leur détention partagée entre l’Etat et les établissements hospitaliers.

A la question « serait-il préférable d’avoir un stock de masques plus important aujourd’hui » la réponse est évidemment oui, non seulement à Paris, mais dans tous les pays qui sont en chasse de volumes considérables de ces fameux masques dont la planète manque cruellement. A la question « faudra-t-il adapter le système de santé à ces risques épidémiques, ou en tout cas à certains d’entre eux », la réponse est évidemment oui en choisissant le niveau de risque que l’on veut couvrir. A la question « qui va payer », la réponse est évidemment : M. et Mme. Michu !

Plutôt que le pitoyable bal des pleureuses donné en spectacle sur les plateaux télévisés et au Café du commerce, le mieux est que toute cette énergie perdue soit consacrée à soutenir notre pays qui lutte contre cette maladie, pas plus mal que certains et bien mieux que beaucoup. On n’a pas assez de masques, eh bien les chaînes logistiques sont sur le terrain pour améliorer l’approvisionnement. Notre système de santé est dimensionné pour 5 000 lits de réanimation et ce n’est pas assez, eh bien le corps médical a réussi à faire passer l’offre à 10 000 lits en quelques semaines. Certaines régions sont dramatiquement touchées, eh bien on transfère dans d’autres villes des patients à coups de trains à grande vitesse transformés en ambulances, d’hélicoptères transformés en tapis volants. On a dû fermer les écoles et les universités, eh bien on a recyclé l’enseignement dans le cloud… etc.

Est-ce que tout ceci est 100% satisfaisant : non bien sûr. Est-ce que l’on ne se porterait pas mieux si le virus était resté en Chine : bien sûr que oui. Alors arrêtons de geindre, cessons de critiquer, gelons les polémiques, admirons ce qui fonctionne, soutenons les premières lignes, appliquons les recommandations. Bref, soyons moins franchouillards et plus efficaces, Mme. Michu y compris.

Le syndrome « rue Lauriston »

Les râleurs et les escrocs prospèrent en période de crise, rien que de très normal tant que cela reste statistiquement minoritaire. En l’occurrence on est en train de dépasser les bornes de la décence avec des dénonciations qui rappellent le temps où la grand-mère de Mme. Michu dénonçait son voisin juif au siège de l’officine française de la gestapo rue Lauriston durant l’occupation allemande de la France lors de la IIème guerre mondiale.

Aujourd’hui des infirmiers et infirmières qui sont amenés à croiser des malades du coronavirus dans leur activité professionnelle reçoivent des courriers, anonymes ou pas, de voisins des immeubles dans lesquels ils habitent leur demandant de veiller à ne pas toucher les boutons d’ascenseur, de se garer plus loin, etc… et même d’aller « habiter ailleurs si possible ». L’un d’eux a reçu un courrier officiel du syndic de l’immeuble qui s’est excusé ensuite.

Les arnaqueurs font par ailleurs preuve de créativité et d’énergie pour escroquer ladite Mme. Michu qui, une fois qu’elle a dénoncé son voisin, se fait fourguer des faux masques de protection vendus sur internet par des aigrefins de passage.

Cette montée de ploucitude est désolante, sans doute inévitable en de telles circonstances où la peur prend le pouvoir sur les neurones de certains, déjà bien atteints par des décennies de match de fouteballe à la télévision et les tweets de Nadine Morano.

Déjà des plaintes en justice

Ça y est, il n’aura pas fallu attendre plus de quelques semaines après le déclenchement de la crise sanitaire pour que des individus portent le sujet devant la Justice. En l’occurrence, quelques médecins généralistes attaquent l’Etat pour que les masques FFP2 (à haut niveau de protection) soient fournis aux généralistes. Si l’Etat était déclaré coupable il serait dans l’obligation de fournir ces masques qu’il n’a pas en quantités suffisantes pour le moment d’où la gestion de pénurie. C’est un peu comme ce fameux droit opposable au logement que le président Chirac avait fait voter dans un grand élan de générosité (et sans doute pour avoir la paix) obligeant l’Etat à fournir un logement social à toute personne sans logement répondant par ailleurs à quelques conditions, distribution qu’il est évidemment incapable de faire puisqu’il n’en détient pas assez.

Cette déplorable tendance franchouillarde à polémiquer et à trouver des têtes à couper se manifeste une nouvelle fois, et en plein cœur d’une crise grave. Ces médecins n’ont-ils rien de mieux à faire que d’ester en justice par les temps qui courent ? Il y a pour le moment un écart entre l’offre et la demande de masques qui semble-t-il est en voie de réduction. Des gens intelligents et opérationnels s’occupent d’augmenter les capacités de production nationales. Des millions de masques sont produits et distribués chaque semaine, d’autres sont commandés à l’étranger. Ne doutons pas que chacun fait le maximum pour participer à la réduction du goulot d’étranglement, les actions en justice n’y changeront pas grand-chose sinon de satisfaire les égos de plaignants en mal de gloriole personnelle peu soucieux d’efficacité opérationnelle, et d’emboliser un système judiciaire lui aussi au ralenti.

C’est d’autant plus regrettable que cela risque d’être le début d’une longue litanie d’actions judiciaires que devrait mener un peuple développant un réflexe pavlovien : « c’est la faute à l’Etat » ! Si tous les citoyens pouvaient se mettre au travail et consacrer toute leur énergie à la résolution de la crise ce serait bien.

Des cultures et des virus

Riss/Charlie-Hebdo (18/03/2020)

En cette période de confinement mondialisé ordonné pour faire face à une pandémie d’un virus inconnu, on voit les réactions différentes de citoyens marqués par des cultures diverses : en France Mme. Michu se précipite dans son supermarché pour dévaliser les rayons de nouilles et du papier-toilette, aux Etats-Unis M. Smith envahit son armurier pour acheter des flingues. Dans un cas comme dans l’autre, chacun avance le principe de précaution et la nécessité de la prudence.

Elections et discipline

Dans un petit bureau de vote parisien c’est le désert pour ce premier tour des élections municipales. Pendant ce temps, le jardin public contigüe est plein de familles prenant le soleil, allongées sur les pelouses ou faisant la queue devant la bicoque à confiseries. La veille au soir le premier ministre avait appelé les citoyens à rester chez eux pour cause de virus baladeur, sauf pour faire leurs courses alimentaires et voter… Il y a encore un peu de travail à faire pour améliorer le sens civique de la population.

La France aux 258 fromages

Entendu au Café du commerce entre une gamine de 25 ans qui veut claquer la bise à un senior de 62 en ces temps d’épidémie de coronavirus :

– Le senior qui refuse la bise : en principe les recommandations des autorités de santé sont de ne pas s’embrasser ni se serrer la main,
– La gamine dépitée : mais tout ça c’est des co… et si je les applique, qu’est-ce que je fais dans le métro pour ne pas être contaminée ?
– Le senior : eh bien si déjà tu élimines deux sources potentielles c’est déjà mieux que de ne pas les éliminer, non ?
– La gamine : c’est une véritable psychose, cela n’a pas de sens, la grippe ordinaire est bien plus grave,
– Le senior : mais est-ce que vraiment arrêter pour un temps de serrer des mains bouleverse à ce point ta vie et ton psychisme que tu ne puisses pas le faire ?
– Et blablabla, et blablabla…

On a ici un bon exemple d’une réalité déjà soulignée par Mongénéral en son temps : « Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 258 variétés de fromage ? » Entre ceux qui dénient l’épidémie en refusant d’appliquer les recommandations de santé publique comme la gamine précitée et les bataillons de Mme. Michu qui se ruent dans les supermarchés pour dévaliser les rayons de nouilles, nombre de français refusent juste d’être raisonnables. Ainsi va la République !

Un grand moment de solidarité nationale

A la suite d’une épidémie en Chine d’un virus un peu bizarre, des citoyens français sont rapatriés en France, dans le sud, près de la base militaire d’Istres sur laquelle ils ont atterri. Ils doivent passer quinze jours en « quarantaine » avant d’être relâchés dans la nature ou soignés le cas échéant. Evidemment Mme. Michu, habitant le village où doit se dérouler la quarantaine, vitupère contre ce « scandale sanitaire » et demande que les français rapatriés de Chine soient installés… ailleurs que près de chez elle.

Depuis déjà quelques jours M. et Mme. Michu exprimaient leur rejet de tout ce qui ressemble à un « chinois » à force d’insultes sur les réseaux dits sociaux ou dans la rue comme le rapportent nombre de journaux sérieux. Heureusement la famille Michu reste minoritaire dans la République mais elle ne manque décidemment pas une occasion de manifester sa totale beaufitude, hélas.

Discussion avec un chauffeur de taxi

Dans les encombrements parisiens un chauffeur de taxi peste contre la terre entière.

– Le chauffeur : depuis « qu’ils » ont mis un feu rouge au milieu de la transversale du pont de la Concorde c’est du grand n’importe quoi ! Et puis pour m’acheter ma voiture « ils » ont nanti mon appartement et les salaires de mes parents. Mon appartement d’ailleurs qui valait 700 000 euros a baissé à 400 000 depuis à cause de Delanoé qui a construit le tramway. Pour remplacer mon véhicule complètement amorti je vais acheter une voiture électrique puisque c’est la mode et que Hidalgo est écolo, ça compensera la baisse de valeur de ma licence à cause des VTC et bla-bla-bla et bla-bla-bla…

– Le client : allez, si je comprends bien vous avez un patrimoine de 700 mille euros plus une licence de taxi, même si tout ceci a baissé et est nanti vous possédez quand même un montant d’actifs respectable, hauts les cœurs, tout n’est pas complètement perdu !

– Le Chauffeur : oui c’est vrai, on n’est pas les plus malheureux.

Nous sommes en France… donc tout va mal et un citoyen possédant un travail et plus de 500 mille euros de patrimoine râle !

Une nouvelle étape franchie dans l’abrutissement des masses

Coco – Charlie-Hebdo 2016

Les plateformes de films et séries en ligne proposent désormais le visionnage en vitesse accélérée, provoquant un peu d’émotion, au moins en France, de la part des créateurs d’œuvres cinématographique et vidéos. Cette vitesse accélérée est censée donner la possibilité aux spectateurs d’ingurgiter plus de marchandises dans le même temps.  

On commence vraiment à toucher le fond… Non content d‘abrutir les spectateurs avec de la publicité envahissante et bêtifiante, ou avec le fouteballe à tous les étages, l’écosystème médiatique invente maintenant le gavage accéléré des consommateurs transformés en canards d’élevage. Tout ceci est un peu déprimant ! A force de vouloir augmenter la part de marché de la bêtise humaine, le capitalisme de l’information et du divertissement risque de le faire au détriment du segment de l’intelligence réduit à portion congrue. A moins que les deux segments ne se développent chacun au même rythme malgré les apparences.

C’est une vieille histoire… le chroniqueur qui, dans les années 70’ avait été standardiste dans une radio commerciale (Europe n°1 pour ne pas la citer) comme job d’étudiant, avait déjà été frappé à l’époque par la stratégie d’un tel média : la monétarisation de la bêtise humaine. Un marché prometteur…

Convergence ou coagulation

Riss – Charlie Hebdo 2018

Les râleurs continuent de râler, tout le monde réclame des sous, certains en obtiennent (que les autres vont devoir payer), les préavis de grève se multiplient. Rien ne va : les retraites, le pouvoir d’achat, le fonctionnement des hôpitaux, les prix agricoles, les impôts trop hauts, les dépenses trop faibles, les bourses étudiantes insuffisantes, etc.

Pendant ce temps la presse glose pour savoir si l’on risque une « coagulation des revendications », une « convergence des luttes », une « fédération des colères » ou une « cristallisation des actions » samedi prochain pour le premier anniversaire du déclenchement des émeutes de novembre 2018. Les experts de plateaux télévisés s’échangent des sondages sur les sentiments de Mme. Michu mais toujours aussi peu d’analyse ni de pédagogie pour expliquer à ladite Mme. Michu que ce qui sera donné d’une main sera évidemment repris de l’autre.

Et comme le président de la République a déjà plus ou moins annoncé l’enterrement de première classe du plafond de déficit des finances publiques fixé à 3% du produit intérieur brut, toutes les corporations se lèchent les babines en se préparant à mordre avec bonheur dans la dépense publique pour arracher la part la plus grosse. On dirait une volée de ménagères guettant l’ouverture des Galeries Lafayette le premier jour des soldes !

Haine et beufitude

Le chroniqueur consterné fait manifestement partie d’une des mailing-list de Mme. Michu et reçoit l’email suivant dans sa boîte aux lettre déjà débordante de spams :

« Anne Hidalgo a eu raison de fermer les voies sur berges de Seine à Paris pour éviter la pollution par les voitures !
C’est beaucoup mieux maintenant… »

Cette image, et surtout le commentaire qui l’accompagne, est symptomatique de la haine que déclenche la maire actuelle de Paris, Anne Hidalgo. Elle a été élue par les parisiens et l’aspect démocratique du processus électoral n’a pas été remis en cause par les oppositions qui ont perdu le combat. Le conseil municipal de majorité socialiste-écologique a décidé, notamment, de réduire la place consacrée à la voiture dans la ville et de fermer les voies sur berge ce qui déclenche l’ire des partisans de la bagnole. Evidement ce genre de changement ne se fait jamais dans la bonne humeur et l’harmonie. Chaque camp développe sa propre argumentation, le citoyen est un peu perdu, mais la décision est prise et appliqué, elle est d’ailleurs réversible si une majorité suivante en décidait ainsi.

Le commentaire ironique de Mme. Michu sur cette photo, « C’est beaucoup mieux maintenant… », rend la mairie responsable de l’incivilité des citoyens alors qu’il s’agit principalement d’un problème de mauvaise éducation des enfants de Mme. Michu qui ont sans doute passé plus de temps à regarder le fouteballe à la télévision plutôt qu’à potasser leur éducation civique.

La photo est ponctuelle et, évidemment, passe sous silence que les services de propreté de la municipalité, payés par les impôts locaux de Mme. Michu, ont dû nettoyer ces déchets dans les 24 heures de leur apparition comme cela est réalisé, et plutôt bien fait, après chaque évènement rassemblant des citoyens mal-élevés jetant leurs déchets un peu partout.

Mais surtout, Anne Hidalgo est une femme (aux cheveux teints) et cela passe mal dans l’imaginaire toujours plus ou moins misogyne de l’électorat moyen, même parisien et supposé évolué. Qu’il se rassure cet électorat conservateur, il suffira de voter pour une autre majorité lors des élections municipales programmées début 2020 et il aura de nouvelles têtes pour administrer la commune de Paris. Après trois mandats socialistes à Paris, il est de toute façon temps de passer la main, mais la droite qui se tire dans les pattes est capable de perdre l’affaire encore cette fois-ci. Si elle ne parvient pas à trouver l’unité nécessaire pour emporter la mairie ce sera à désespérer mais on ne peut pas complètement exclure ce cas de figure…

Jugement à l’emporte-pièce dans un dîner en ville

Entendu dans un dîner en ville :

– Le Monde est un journal « facho »

– Ah, mais lis-tu vraiment ce journal car si Le Monde est un journal « facho », La Cause du Peuple doit être « centre droit » alos ? Après, il y a des opinions qui sont exprimées dans ses colonnes par des intellectuels aux pensées et certitudes diverses mais la ligne éditoriale générale ne semble pas véritablement fasciste !

– As-tu vu l’actionnariat de ce journal ?

– Oui, ce sont à 75% des hommes d’affaires et le groupe espagnol Prisa avec un système compliqué de minorité de blocage donnée aux minoritaires, et notamment la société des rédacteurs, censée assurer leur indépendance vis-à-vis de l’actionnariat majoritaire.

– Eh bien ces hommes d’affaires capitalistes et mondialistes font diffuser leurs idées néfastes à travers le journal. Cela ne se voit pas ponctuellement mais se révèlera pernicieux à long terme.

– Les lecteurs n’acceptant pas de payer le vrai coût de production de leur quotidien, la presse fait maintenant appel à des capitalistes disposés à la financer. On ne peut pas complètement exclure qu’ils veuillent utiliser ces médias pour faire passer leurs idées, espérons qu’ils le font avec décence. Pour le moment, tant qu’il n’y a pas de journaux plus « fachos » que Le Monde sur le marché français, on peut sans doute estimer s’en tirer à bon compte.

Et on ne se refuse rien

À la suite des meurtres de quatre fonctionnaires de police commis à la préfecture de police de Paris le 3 octobre par un terroriste religieux (lui-même tué par un autre policier) il s’est trouvé au moins une personne en France pour soutenir le meurtrier. Hadama Traoré, activiste-créateur du mouvement La Révolution Est En Marche (LREEM, à ne pas confondre avec LREM le parti actuellement majoritaire au parlement La République En Marche) a appelé à manifester le 10 octobre en faveur du meurtrier, également fonctionnaire de la préfecture de police et qui, souffrant d’un handicap de surdité partielle, aurait été discriminé au travail d’où ses crimes. Celui-ci ne serait en aucun cas un terroriste mais un travailleur discriminé.

La manifestation a été interdite et M. Traoré placé en garde à vue. Il s’était déjà fait connaître fin 2017 pour avoir porté plainte contre le préfet de Seine-Saint-Denis à la suite de sa révocation d’un poste qu’il occupait à la mairie d’Aulnay-sous-Bois comme responsable d’antenne jeunesse à la suite d’insultes qu’il aurait proférées par divers canaux à des élus et des fonctionnaires. Début 2018 la CGT organise une manifestation pour protester contre sa révocation et publie la lettre que M. Traoré adressa au président de la République.

Bref, la manifestation qu’il proposait d’organiser en faveur du meurtrier de la préfecture a été interdite. On ne sait pas où en est sa plainte contre le préfet.

La fin de vie au Café du commerce

Entendu au sujet des difficultés croissantes de la fin de vie dans notre société vieillissante et en proie à différentes épidémies : cancer, maladies neuro-dégénératives…

– Mme. Michu : on ne fait rien en France pour légaliser le suicide assisté, c’est pas normal !

– Son contradicteur : comme de nombreux pays occidentaux, notre vieille démocratie réfléchit sur ce sujet intime et sensible. Un comité consultatif national d’éthique (CCNE) a été créé en 1983 et travaille sur toutes ces questions si délicates : la fin de vie, l’utilisation des nouvelles techniques liées à la biologie, les tests génétiques… Ce comité donne des avis mesurés et documentés qui aident à la réflexion des parlementaires légiférant sur les lois en la matière.

– MM : oui mais la société française devrait autoriser le suicide assisté !

– SC : pour le moment, le parlement élu par les citoyens, dans sa grande sagesse, n’a pas retenu cette option mais a préféré toiletter par touches progressives la loi dite « Leonetti » qui régit la fin de vie mais sans inclure l’option du suicide assisté. La société ne t’interdit pas de te suicider en te jetant sous un bus, en revanche elle estime qu’elle n’a pas à légiférer sur ce sujet. Si cela ne te plaît pas, soit tu vas t’installer dans un pays qui l’autorise, soit tu montes un parti politique pro-suicide assisté et tu cherches à emporter la majorité au parlement pour imposer tes vues.

Nous sommes en France et le citoyen demande et s’attend à ce que l’Etat intervienne partout, même dans la mort. Les avis du CCNE sont un modèle de subtilité et de profondeur sur les sujets fondamentaux de notre société, dont la mort. Peut-être un jour recommandera-t-il le suicide assisté. Ce n’est pas le cas pour le moment et il est estimé qu’il ne faut pas bousculer la société. Dans ce domaine plus que tout autre, le simplisme de Café du Commerce n’est pas de mise. C’est une bonne chose. La loi « Leonetti » a déjà fait évoluer significativement le corpus légal mis à disposition des familles et du corps médical pour éviter l’acharnement thérapeutique. Appliqué par des gens intelligents et mesurés, elle a produit des effets favorables. Nous verrons les évolutions ultérieures, en la matière il convient de se hâter lentement.

Panique dans un dîner en ville : tout va mal

Entendu dans un dîner en ville :

– Tout va mal, les hôpitaux s’effondrent, les professeurs se suicident, qu’allons-nous devenir ?

– N’as-tu pas l’impression de très légèrement dramatiser la situation ? Qui autour de cette table n’a jamais rencontré une difficulté pour se faire soigner, pour soi-même ou ses enfants ? Certes, nous avons tous eu à passer un jour ou l’autre 4 ou 6 heures, voire une nuit complète, dans un service d’urgence, mais est-ce un drame puisqu’à la fin nous avons été soignés ? Où est-il écrit que tout patient doit être pris en charge dans les 5 mn de son arrivée aux Urgences ?

– Ah oui, c’est vrai mais ce n’est pas pareil, nous, nous sommes favorisés en tant que catégorie socio-professionnelle ++ et je connais quelqu’un qui m’a dit qu’il connaissait quelqu’un qui avait rencontré quelqu’un qui lui a raconté que son cousin avait été mal soigné et bla-bla-bla…

– Certainement il y a des erreurs médicales, des médecins surchargés, des patients mal pris en charge mais on peut raisonnablement penser que l’espérance de vie de la population française augmentant, ladite population doit plutôt être globalement soignée correctement. Ensuite, la République adapte son système de santé avec l’évolution des besoins et des moyens, ce n’est jamais assez, jamais à temps, mais cela se fait. Après, si l’on veut doubler les salaires des infirmières, par exemple, il suffit de le décider et de payer en augmentant ou en optimisant les cotisations sociales ce qui posent d’autres problèmes puisque les français sont opposés à un accroissement de leurs impôts (sauf pour « les riches ») ou de leurs cotisations sociales (sauf s’il s’agit de celles du voisin). L’enceinte pour ce genre de débat s’appelle le Parlement qui arbitre entre les affectations, vote et contrôle les dépenses publiques et sociales.
Idem pour l’enseignement, certes une professeure vient de se suicider, débordée par ses mauvaises conditions de travail. C’est un drame humain incontestable mais pour savoir si c’est un problème généralisé il faudrait à tout le moins comparer le taux de suicide de cette profession avec le taux moyen de suicide dans la population. Quel qu’en soit le résultat, il n’y a sans doute pas tout à jeter dans le système éducationnel français, il doit bien subsister quelques îlots dans l’enseignement public où l’on apprend aux enfants le minimum de savoir et de comportements et où l’on ne deal pas de la cocaïne dans la cour ?

Comme souvent en France, les citoyens, largement épaulés par les médias et le populisme envahissants, ont tendance à généraliser tout ce qui va mal. Bien sûr, ceux qui bénéficient de situations positives n’en parlent pas car ils considèrent ceci comme une situation normale. On ne parle pas des trains qui arrivent à l’heure… Les français sont réputés être les plus pessimistes en Europe ; les dîners en ville le confirment largement. Un peu de raison devrait permettre de mettre les choses en perspective et ne découragerait en rien de s’attaquer aux choses qui vont moins bien.

Bobos et compagnie

A quoi peut donc bien servir un jus « d’eau de riz blanc et noisettes » ? Sans doute à pas grand-chose sinon à donner bonne conscience aux « bobos écolo-responsables ». Le kroniqueur n’a pas osé goûter ce breuvage bizarre dont pourtant le contenant affiche fièrement :

Délicieux
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Des slogans racoleurs vides de sens

Les tracts électoraux des 34 listes aux élections parlementaire européennes, tout au moins pour celles qui ont eu les moyens d’en émettre, sont parsemées de slogans naïfs, dans le meilleur des cas, racoleurs dans les autres, dignes du Café du commerce après 4 tournées de Ricard. Ils relèvent souvent au mieux de l’incompétence, au pire du mensonge, tant ils semblent ignorer que nombre des revendications affichées relèvent de politique purement nationale, la fiscalité par exemple. On voit par ailleurs des concepts étranges comme la double frontière « européenne et nationale » ; comment fait-on, l’une est en principe exclusive de l’autre ? Quand on passe la frontière française à Genève, rentre-t-on en France ou en Europe, ou les deux ?

Tous, en tous cas sous-estiment la complexité d’emporter les décisions lorsqu’on est 28 ou 27 autour de la table avec 28 ou 27 avis différents. Augmenter le pouvoir d’achat est certes un objectif noble mais est-ce que les bulgares et les allemands se mettront d’accord sur un salaire moyen commun compte tenu de leur différence de niveau de vie ? Sans doute difficilement. En attendant si la France veut augmenter son SMIC elle peut tout à fait le faire de son propre chef avec une loi votée par son parlement national ; mais si elle ne veut pas faire cavalier seul sur un sujet qui touche à la compétitivité, il suffit de s’entendre avec ses 27 partenaires

En vérité, l’Europe est un vieux et grand projet, pétrie d’une Histoire tragique, qui a déjà beaucoup donné à ses citoyens. Elle doit continuer à évoluer et elle le fera contre vents et marées, sur la base du consensus car aucun pays ne peut imposer ses vues aux autres, et c’est bien ainsi. Il faut négocier puis voter sur base de majorités qualifiées ou d’unanimité selon des procédures que les pays eux-mêmes ont décidés dans les traités qui régissent l’Union. Ainsi va la vie communautaire, un peu comme dans les familles.

Le bon sens devrait normalement triompher des populismes, ou en tout cas reprendre le flambeau de ceux-ci après leurs échecs programmés. Il est sûr qu’on ne peut qu’être sceptiques lorsque l’on mesure la stupidité de ces tracts électoraux. Ils sont hélas le lot commun des campagnes électorales françaises mais une fois face à leurs responsabilités, les élus européens  retrouvent généralement le chemin du réalisme au parlement, celui de la vraie vie, bien loin de saillies médiatiques de plateaux télévisés qu’ils croient nécessaires de proférer pour être réélus.

Florilège :

Donnons le pouvoir au peuple… Rétablir la démocratie en France en en Europe en respectant les citoyens – c’est possible ! (Rassemblement national)

Pour stopper l’immigration de masse, il faut imposer une double frontière, européenne et nationale. (Les Républicains)

Nos eurodéputé.es se battent et se battront pour augmenter les salaires de celles et ceux qui travaillent, et mettre fin à l’évasion fiscale de celles et ceux qui truquent et trichent. (Génération.s)

Respectons les votes des français ! Rendons à chaque pays le contrôle de ses frontières, de ses lois et de son budget. Mettons fin aux normes européennes absurdes. Instaurons le Référendum d’initiative citoyenne – RIC. (Debout la France)

Mettons fin aux inégalités salariales et garantissons les droits des femmes pour écrire une nouvelle page du progrès social. (Europe Ecologie)

Une fiscalité juste et une régulation financière efficace. (PS/Place Publique)

Envoyons des parlementaires de combat pour défendre au niveau européen nos services publics, le protectionnisme solidaire, le climat, la justice fiscale et nos droits sociaux. (La France Insoumise)

Défendre nos conditions de vie et notre pouvoir d’achat exige de s’affronter à la grande bourgeoisie qui tient les commandes. (Lutte Ouvrière)

La France doit se ressaisir. Elle doit cesser d’obéir à Bruxelles et aux lobbys. Elle doit adopter les mesures voulues par la majorité des Français : la hausse des salaires et du pouvoir d’achat, le référendum d’initiative citoyenne (RIC) en toutes matières, le retour de l’emploi en France par la réindustrialisation… (UPR)

Supprimer les 700 milliards de contributions nationales pour que l’Europe ne soit plus financée par nos contribuables mais par une taxe sur les transactions financières, sur les produits importés polluants et sur les visas touristiques. (UDI)

Création d’une clause de non-régression sociale : un Etat membre pourra s’opposer à toute décision de l’UE qui conduit à dégrader nos conditions de vie. (PCF)

Etc. etc.

Commérage de dîner en ville

Entendu dans un dîner en ville de convives qui ne lisent pas les programmes électoraux : « Macron va dans le sens du vent et se lance dans l’écologie pour embobiner les électeurs pour le futur parlement européen ; 9 points sur 10 de son programme sont verts. »

Vérification faite sur le site de la liste « Renaissance » du parti politique fondé par le président, seul 1 point sur 9 concerne l’écologie. Qu’on en juge sur les têtes de chapitre :

  1. Faire de l’Europe une puissance verte  
  2. Bâtir l’Europe de la justice sociale et fiscale  
  3. Faire respecter l’Europe dans la mondialisation  
  4. Donner à l’Europe les moyens de se défendre  
  5. Faire respecter nos valeurs et nos frontières  
  6. Unir autour de l’identité européenne  
  7. Rendre l’Europe aux citoyens  
  8. Pour une politique féministe européenne  
  9. Réussir la Renaissance européenne  

On dirait que cette année encore les électeurs français vont se prononcer sans avoir lu les programmes proposés.

La communication pousse à la non-décision

L’une des plaies de notre société occidentale moderne est l’envahissement de la communication qui, petit à petit, prend le pas sur la raison et la décision. L’asservissement volontaire du monde politico-médiatique à la communication est un renoncement de premier ordre qui n’est pas toujours très compréhensible.

Les plateaux télévisés et les débats politiques, même sur les ondes les plus sérieuses, sont envahis de communicants, sorte de sorcières cruella se sentant pousser des ailes en déversant sur les téléspectateurs des commentaires vides de sens et sans l’ombre d’une réflexion. Ils ont chacun monté leur boutique de communication et cherchent à vendre du conseil au Prince et à ses affidés, ou à défaut, sur les plateaux mondains. Ils se croient indispensables à la démocratie et fréquentent les dîners en ville dont ils dégorgent les ragots en guise de réflexion politique. Ils s’inquiètent que le président de la République n’ait plus de directeur de la communication depuis plusieurs semaines et semble s’en porter comme un charme. Comme l’indique son nom, il s’agit de communication, donc pas de fond ni de raison. On ne commente pas les programmes ni les propositions (que le plus souvent personne n’a pris le temps d’analyser ni de comprendre) mais les médias utilisés ou les moments choisis ou la décoration du bureau du président… L’une des phrases les plus prononcées par les journalistes commence par : « mais en termes de communication et bla-bla-bla… ». Il serait souhaitable que dirigeants et commentateurs travaillent un peu plus sur le fond pour le bien de leurs électeurs et de leurs spectateurs. La communication ne sert à rien s’il n’y a rien à transmettre, elle n’est qu’un moyen qui ne peut pas cacher une absence de fond plus de quelques heures. Pour le moment elle sert surtout à masquer incompétence et indécision, mais cela ne dure qu’un temps… de plus en plus court.