Patrick Chamoiseau et le « système d’outre-mer »

Ecrivain martiniquais, prix Goncourt 1992 pour son roman « Texaco », publie une intéressante chronique dans le Journal Le Monde du 7 septembre. Il y constate, comme tout le monde, que le « système outre-mer » est une « ténèbre d’archaïsme et d’aberrations ». Il y qualifie les départements et territoires d’outre-mer de « peuples-nations sans Etat » et la loi sur la départementalisation de 1946 de « loi d’assimilation ».

Le diagnostic de Chamoiseau est implacable et réaliste, écrit dans le style flamboyant et un peu abscons propre à l’auteur, il indexe autant les politiques locaux avides d’exonérations fiscales, de subventions ou du « rattrapage d’un retard millénaire » que la France cherchant à « maintenir actif un paradigme colonial ».

Le « système outre-mer » a généré un « syndrome du poulailler » où – même si la cage grillagée est suffisamment large pour battre des ailes sur quelques mètres – aucune poule ni aucun coq vaillant n’a le cœur à voler. Enfin, ce n’est pas un but en soi : c’est un processus.

Que propose Chamoiseau pour résoudre cette inextricable situation qu’aucun gouvernement métropolitain ni pouvoirs outre-mer n’ont jamais réussi à faire bouger ? Rien de bien neuf sinon un moulinet de grands mots.

Cela demande une nouvelle Constitution française, qui inscrirait dans son marbre un cadre juridique du devenir – un curseur sécurisant adapté à la diversité du monde, aux multiplicités infranationales et aux incertitudes de ce qui vient. Ce cadre, et ses implications en matière de politiques publiques, à commencer par le champ culturel, permettraient à nos peuples-nations de vivre sans crainte leurs projections, et d’aller au bout de leurs diverses, imprévisibles, irréductibles, maturations.

C’est beau comme l’antique mais aussi inutile qu’un vol de mouettes sur la mer Caraïbe. Chamoiseau pense-t-il véritablement qu’un changement de la constitution française fera évoluer le « poulailler » vers plus de sérénité et d’apaisement ? Sans doute pas mais il n’ose prononcer le seul mot qui vaille, celui de « l’indépendance » ! Alors plutôt que de deviser sur la « responsabilisation », Patrick Chamoiseau pourrait utiliser son aura et son talent pour initier et accompagner l’évolution de son peuple « d’outre-mer » vers l’indépendance qu’il mérite et qu’il redoute.

Khieu Sampan, le dernier acte

Le tribunal spécial chargé de juger les Khmers rouges a confirmé en appel la condamnation de Khieu Sampan à une deuxième peine de prison à perpétuité, cette fois-ci pour génocide et crimes contre l’humanité (meurtres, mise en esclavage, mariages forcés, viols). La première condamnation reposait sur des crimes contre l’humanité commis lors de l’évacuation forcée de Phnom Penh. Agé aujourd’hui de 91 ans, il est probablement le dernier survivant de la caste maoïste qui a conduit le génocide au Cambodge de 1976 à 1979 qui a assassiné près de deux millions de citoyens.

Formé dans les universités françaises à la fin des années 1950, il était chez de l’Etat cambodgien durant les années « Khmers rouges ». Compagnon de route du Parti communiste français et des militants anticolonialistes, notamment Jacques Vergès qui le défendra lors de son premier procès au Cambodge, il a mis en pratique lorsqu’il était au pouvoir les concepts économiques qu’il avait soutenu dans sa thèse parisienne. Le résultat fut l’extermination de 20% de la population cambodgienne.

Lire aussi : Les Khmers rouges au tribunal de l’Histoire

La France, ancienne puissance coloniale du Cambodge, gérant ses propres contradictions dans cette histoire morbide, s’est impliquée dans le déroulement des procès. Son ambassade au Cambodge a publié un communiqué :

Condamnation de l’ancien dirigeant khmer rouge Khieu Samphân (22 septembre 2022)

Déclaration de la porte-parole du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères

La Chambre de la Cour suprême des Chambres extraordinaires au sein des Tribunaux cambodgiens a confirmé ce jour, en appel, la condamnation de l’ancien dirigeant khmer rouge Khieu Samphân à la réclusion criminelle à perpétuité pour génocide, crimes contre l’humanité et violations graves aux conventions de Genève.

La France salue cette décision. Elle soutient les Chambres extraordinaires depuis leur établissement en 2006. Les travaux de ces Chambres ont contribué à la consolidation de la paix et de l’État de droit au Cambodge, dans la continuité du processus ouvert par les accords de paix signés à Paris en 1991.

La décision prononcée ce jour, qui marque l’achèvement des travaux judiciaires des Chambres, constitue une étape majeure. À travers la préservation et la valorisation des archives des Chambres, les autorités cambodgiennes pourront favoriser la transmission de la mémoire du génocide à toutes les générations du peuple cambodgien. La France se tient prête à soutenir ces objectifs et rappelle son engagement déterminé en faveur de la justice et de la réconciliation.

Réunion du Groupe des amis des Chambres extraordinaires au sein des Tribunaux cambodgiens

La France, co-présidente avec le Japon du Groupe des amis des Chambres extraordinaires (CETC), a organisé le 21 septembre 2022 une réunion du Groupe en présence de M. Stephen D. Mathias, Sous-Secrétaire Général des Nations Unies aux Affaires Juridiques, de représentants de l’administration des CETC et du Gouvernement royal du Cambodge. Ils ont échangé sur les dernières activités du Tribunal khmer rouge, la situation budgétaire et la transition vers les fonctions résiduelles des CETC.

La réunion s’est tenue à la veille du prononcé de l’arrêt en appel dans l’affaire 002/02 contre Khieu Samphân, la dernière affaire pendante devant la Chambre de la Cour suprême des CETC. Le Groupe des Amis des CETC, pleinement engagé dans la lutte pour la justice et contre l’impunité, a rappelé son soutien et les efforts considérables déployés par de nombreuses parties prenantes depuis le début des activités des CETC en 2006. Il espère que l’importance et l’héritage des CETC seront transmis à la prochaine génération.

Dernière modification : 23/09/2022

https://kh.ambafrance.org/Condamnation-de-l-ancien-dirigeant-khmer-rouge-Khieu-Samphan-22-septembre-2022

Lire aussi : BIZOT François, ‘Le portail’.

Lire aussi : BIZOT François, ‘Le silence du bourreau’.

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Catégorisé comme Asie, Histoire

Toujours plus bas

Charlie Hebdo (23/12/2020)

Jérôme Béglé, journaliste à l’hebdomadaire Le Point, passant une grosse partie de son temps sur les plateaux télévisés des chaînes appartenant à l’influenceur de l’ombre, homme d’affaires, Vincent Bolloré, chroniqueur « bon client » de la bande du Café du commerce de Pascal Praud, a comparé sur son plateau la ferveur des citoyens britanniques suivant les obsèques de leur reine Elisabeth II aux « obsèques de Johnny ». Sans le vouloir, ni sans doute le savoir, ce journaliste de circonstance, a illustré jusqu’à l’absurde ce qui différencie la noblesse de la vulgarité.

Qu’une telle comparaison ait pu germer dans son esprit en dit long sur le niveau de ses analyses et l’intérêt de ses articles.

Arcade Fire – 2022/09/15 – Bercy

Kronic à venir

Setlist : Rhapsody in Blue (George Gershwin song)/ Age of Anxiety I/ Ready to Start/ Black Wave/Bad Vibrations (First time since 2008)/ It’s Never Over (Hey Orpheus) (Régine on B-stage)/ My Body Is a Cage (Win and Régine on B-stage)/ Afterlife/ Reflektor/ Age of Anxiety II (Rabbit Hole)/ The Lightning I/ The Lightning II/ Rebellion (Lies)/ Month of May (Tour debut)/ The Suburbs / The Suburbs (Continued)/ Unconditional I (Lookout Kid)/ Haïti (with Boukman Eksperyans)/ Sprawl II (Mountains Beyond Mountains)/ Everything Now

Encore : End of the Empire I-III (Encore performed on B-stage)/ End of the Empire IV (Sagittarius A*)/ Pendant que les champs brûlent (Niagara cover)/ Wake Up (with a 15mn-outro a cappella outside the arena)

Conquérante de l’inutile : la reine Elisabeth II est morte

Le décès ce 8 septembre à 96 ans de la Reine du Royaume-Uni et d’Irlande du Nord, Elisabeth II (1926-2022), émeut l’Occident tant cette souveraine a été animée d’un sens de son devoir hors pair, enrobé d’une raideur royale toute britannique et pendant si longtemps, plus de 70 ans. A une époque où dirigeants et électeurs de nos démocraties se laissent dériver vers toujours plus de bouffonnerie, la mort de cette reine nonagénaire fait craindre qu’avec son cercueil ne se referme aussi l’ordre géopolitique de la planète mis en œuvre après 1945 sur un monceau de cadavres et un abysse de barbarie, ordre qu’elle et son royaume ont si bien incarné.

Evidemment, cette reine étant (bien) rémunérée pour ne rien dire et ne rien faire de politique, il lui a sans doute été plus facile dans ces conditions de construire sa stature d’autant plus que personne ne lui contestait son poste, avantage de la monarchie constitutionnelle. Elle a passé beaucoup de temps à s’occuper de ses chiens, de ses chevaux ou à changer de résidence (Windsor, Buckingham, Balmoral et bien d’autres), sans doute aussi à administrer ses propriétés et ses actifs, ainsi qu’une famille parfois incontrôlable. Elle a néanmoins tenu ce rôle avec dignité : conquérante de l’inutile et artisane du maintien de la tradition d’un pays qui a si souvent orienté l’Histoire, celle du capitalisme, de la démocratie, de l’Empire, de la décolonisation… sans oublier celle du Rock‘n’Roll.

Lire aussi : Honneur et hommage !

Enrôlée volontaire dans la branche féminine de l’armée britannique durant la seconde guerre mondiale, elle a accompagné depuis tous les évènements traversés par son royaume avec la même élégante froideur et cette distante indifférence qui fascinait tant les pays latins incapables de ne pas se laisser déborder par leurs émotions vulgaires et contradictoires. Guidée par ce qu’elle pensait être l’intérêt du royaume et de la monarchie, au service de son peuple, « Never complain, never explain » était le slogan officieux de la Couronne, la dignité qu’elle afficha son règne durant force l’admiration. C’est sans doute le sens originel de ce qu’on appelle la noblesse ! Tout ceci a beaucoup, beaucoup, beaucoup d’allure.

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Les Britanniques appréciaient Elisabeth II dans leur grande majorité. Ils semblent disposés à maintenir l’institution royale, aussi grandiose qu’inutile, et à en payer les coûts. Nous verrons si les successeurs de la reine défunte sauront maintenir ce niveau de ferveur populaire.

Décès de Mikhaïl Gorbatchev

L’ancien et dernier président de l’Union soviétique Mikhaïl Gorbatchev (1931-2022) est mort le 30 août dernier à Moscou. Alors que la Russie successeur de l’Union soviétique (URSS) est empêtrée au milieu d’une guerre contre l’Ukraine ce décès est passé plutôt inaperçu dans l’actualité brûlante de ce pays asiatique. Le pouvoir du Kremlin et la frange nationaliste russe qui le soutient considèrent le défunt comme le fossoyeur de l’URSS et de la puissance de Moscou.

En réalité la dislocation de l’URSS a plutôt été provoquée par le russe Boris Eltsine en 1991 qui déclara la souveraineté de la Russie, s’opposa au putsch des généraux russes conservateurs qui voulaient déposer Gorbatchev et interdit les activités du Parti communiste d’Union soviétique sur le territoire de la Fédération de Russie dont il a fait hisser le drapeau sur les bulbes du Kremlin pour remplacer le drapeau rouge orné de la faucille et du marteau chers à Lénine.

Qu’importe que ce soit l’un ou l’autre, l’URSS était à bout de souffle et aucun dirigeant sans doute n’aurait pu la maintenir en vie. L’effondrement était économique, politique et idéologique. L’idéal de la « dictature du prolétariat » avait sombré depuis longtemps dans l’esprit des soviétiques comme de leurs soutiens à l’étranger, l’évidence de la dictature totale exercée par le Parti était apparue à tous. Bref, la fin était proche.

On apprit par la suite que Gorbatchev avait vainement tenté d’obtenir une aide économique et financière des pays occidentaux pour essayer de sauver l’URSS du désastre. Le mur de Berlin était tombé, les pays d’Europe de l’Est, ex-satellites soviétiques se carapataient vers l’Ouest. Sa seule décision majeure fut de ne pas faire sortir l’Armée rouge de ses casernes pour tenter de maintenir l’URSS contre ses propres membres qui voulaient la détruire. L’aide occidentale fut refusée et n’aurait sans doute pas beaucoup changé le destin de ce conglomérat fictif de républiques soviétiques. Mis à part quelques nostalgiques, dont le Parti communiste soviétique, personne n’a vraiment semblé s’attrister à l’époque de cette fin peu glorieuse de l’URSS, ni à l’intérieur, ni à l’extérieur.

Hélas, la Fédération de Russie fut ensuite livrée à la voracité d’oligarques qui en ont pillé les biens publics vendus à l’encan dans un processus de privatisation sauvage. L’ouverture démocratique fut bien vite refermée après l’ère Eltsine, le pays fut transformé en émirat pétrolier, négligeant son développement économique. L’Etat russe retourna progressivement à ses sirènes dictatoriales sous la botte d’une clique de dirigeants issus de ses services de sécurité qui réécrivent l’Histoire et s’éloignent de l’Occident.

Gorbatchev était le coupable tout désigné pour assumer la responsabilité de ces échecs. Le président Poutine fut désigné comme le seul sauveur capable de redonner à la Russie son lustre d’antan. Il n’est pas vraiment sûr qu’il emploie actuellement la bonne manière pour y parvenir !

ALLEG Henri, ‘La question’.

Sortie : 1958, Chez : Les Editions de Minuit.

« La question » fut un des livres clé qui fit basculer la guerre d’Algérie et comprendre à la population métropolitaine ce qui se passait vraiment dans ce « département français ». Publié en 1958, soit quatre années avant l’indépendance algérienne de 1962, le livre fut immédiatement censuré pour « atteinte au moral de l’armée » ce qui n’empêcha pas des exemplaires d’être imprimés en Suisse et de circuler largement en France.

Henry Alleg (1921-2013) était directeur du journal Alger Républicain et membre du Parti communiste français. Parti s’installer en Algérie depuis 1939 il était très proche du Partic communiste algérien et, bien entendu, en faveur de l’indépendance de l’Algérie. Il fut arrêté à Alger par l’armée française en 1957, alors qu’il était déjà passé à la clandestinité, et torturé par des parachutistes durant plusieurs semaines en même temps que Maurice Audin, dont il était l’ami, qui, lui, fut finalement exécuté extrajudiciairement. Alleg pensait d’ailleurs subir le même sort :

« …j’étais convaincu qu’ils [l’armée française] préféreraient affronter le scandale de ma mort plutôt que celui des révélations que je ferais, vivant. Ils avaient dû peser cela puisque l’un des paras m’avait dit ironiquement, alors que j’étais encore incapable de me lever : ‘C’est dommage, tu aurais pu en raconter des choses, de quoi faire un gros bouquin !' »

Le livre expose avec simplicité et réalisme les tortures qui ont été appliquées à Alleg des jours durant : électricité, brûlures, noyade, soif, violences diverses, etc. Il résista à ces méthodes de militaires à la dérive et ne parla pas. Il s’empressa par la suite d’écrire ce qu’il avait vécu en désignant nommément les militaires qui l’avaient torturé. Après l’indépendance algérienne, il poursuivra ensuite sa carrière de journaliste en France au sein du journal communiste « L’Humanité ».

Ces chapitres écrits par un militant politique ont ouvert les yeux de la France sur les méthodes de guerre mise en œuvre par son armée à qui le monde politique avait laissé les pleins pouvoirs. Et c’est bien là sans doute la grande leçon de ce livre et des évènements qu’il narre : quand, dans une démocratie, le pouvoir politique abandonne ses pouvoirs, librement ou de force, à ses militaires, l’histoire se termine souvent mal. Quand des militaires en viennent à torturer leurs nationaux, nous sommes presque en guerre civile. C’est ce qui s’est passé dans les caves des parachutistes à El-Biar (Alger).

En l’occurrence, l’armée française déjà traumatisée par sa défaite en Indochine, voyant se profiler le même sort en Algérie, y compris cette blessure d’honneur de devoir abandonner leurs alliés locaux à un sort peu enviable, va commettre l’irréparable et lancer depuis Alger un putsch en 1961 contre la République qui l’avait menée dans cette impasse. Heureusement les choses vont rapidement rentrer dans l’ordre républicain côté français et l’Algérie obtenir son indépendance.

Alleg n’instruit pas dans ce livre le procès de l’institution Armée même s’il désigne les membres de cette institution qui l’ont torturé. Il n’évoque pas plus le fantasme de « l’Algérie française » tel que le vivaient les « Français d’Algérie (les « pieds-noirs ») mais son histoire personnelle illustre mieux que tout l’aveuglement d’une partie du pouvoir politique et militaire français qui n’a pas su accompagner pacifiquement l’indépendance algérienne qui était inévitable et souhaitable.

Plutôt revancharde, la France condamna Alleg en 1960 à 10 ans de prison « pour reconstitution de ligue dissoute -le Parti communiste algérien- et atteinte à la sûreté de l’Etat ». Emprisonné à Rennes, il s’évada, passa en Suisse puis en Tchécoslovaquie. Il revint en France après les accords d’Evian entre la France et l’Algérie en 1962, tenta de relancer l’Alger républicain en Algérie avant d’y être déclaré persona non grata par le régime Boumediene issu d’un coup d’Etat… Le reste de sa vie il gardera sa foi de militant communiste, soutenant l’intervention soviétique en Afghanistan ou l’ancien dirigeant d’Allemagne de l’Est Honecker. Il se sera beaucoup trompé mais au moins pas sur le destin de l’Algérie.

La retraite de Russie ?

Alors que la guerre se poursuit entre la Russie et l’Ukraine, les forces de Kiev ont lancé une contre-offensive depuis quelques jours qui semble rencontrer un franc succès devant des forces russes à la dérive à tel point qu’une reconquête des territoires ukrainiens occupés semble maintenant concevable. Même les médias officiels et quelques dirigeants russes conviennent de l’échec de leurs troupes, évoquant à demi-mots des erreurs stratégiques de leur gouvernement. Il convient sans doute de ne pas se réjouir trop vite tant la Russie a des ressources et la volonté de nuire à l’Ukraine et à l’Occident mais elle ne s’avance pas depuis six mois que dure cette guerre vers une franche et nette victoire.

Evidemment, sans trop triompher publiquement, tout le monde se réjouit à l’Ouest de voir l’ours russe trébucher dans son invasion de l’Ukraine. Tout le monde se rassure en Occident de constater que l’armée russe supposée invincible et de haute technologie trébuche sur les rives du Dniepr. Tout le monde ne peut que constater que les armes occidentales fournies en masse à l’Ukraine sont plus dommageables que celles d’en face.

Localement le Kremlin est toujours soutenu par un fan-club d’ultranationalistes comme l’ancien président Medvedev très disert sur Telegram :

L’avenir est incertain, le président russe commençant à être mis en cause intérieurement va sans doute devoir réagir pour sauver son poste, voire sa tête. Sans doute l’invasion de l’Ukraine a été le pas de trop de la Russie après ses invasions « réussies » de la Transnistrie (1992), la Géorgie (2008), de la Syrie (2013), du Donbass et la Crimée (2014), sans doute la Russie a eu les yeux plus gros que le ventre en s’attaquant à son « frère » ukrainien.

La Russie n’a pas dit son dernier mot dans cette volonté de puissance et de nuisance qui l’anime depuis des siècles. On reste confondu de constater comment la décision d’un clan de quelques individus enfermés derrière les murs du Kremlin, étouffés par leurs égos, peut à ce point bouleverser durablement la situation du monde, dans son économie et sa géopolitique. Cela rappelle aussi a contrario, pour ceux qui en doutent, l’un des mérites des démocraties dont les institutions rendent improbables de telles folles et mortifères décisions.

A suivre…

« Cancers » à la Cité des Sciences et de l’Industrie

La maladie du cancer, vue sous toutes ses formes, exposée à la Cité des Sciences ; il y a de la technique médicale et biologique, de la sociologie, de l’humain et de l’histoire. C’est passionnant et transmis sous forme de vidéos thématiques et pédagogiques, d’interviews de scientifiques, de médecins et de patients mais aussi d’animations très claires faisant comprendre les mécanismes incroyablement pernicieux de ces cellules cancéreuses qui peuvent se développer dans l’organisme pour essayer de le tuer, ce qu’elles n’arrivent pas toujours à faire.

Ces cellules sont programmées pour déconnecter les gènes habituellement chargés de bloquer la prolifération, de créer des canaux sanguins pour les alimenter, de contourner les barrières immunitaires qui, en principe, empêchent les agressions étrangères… Bref, on a une incroyable illustration de la malignité appliquée par ces corps unicellulaires microscopiques. C’est désarmant et pourrait presque faire croire au diable !

Mais la créativité humaine n’est pas encore à court et l’on découvre des trésors d’inventivité déployés par la science pour combattre ce mal. Heureusement elle y parvient parfois. Des patients racontent leur parcours, parfois tragique, sur un mode dramatique ou rigolard, apportant la touche humaine nécessaire au centre de ce monde de combattants pour la survie.

La Russie et ses nouveaux amis

Biche / Charlie Hebdo (27/04/2022)

La Russie organise en ce moment un Forum économique oriental (Eastern Economic Forum) à Vladivostok dans l’extrême orient russe. Le président russe y accueille certains de ses partenaires comme le Myanmar (ex-Birmanie), l’Arménie, la Mongolie, la Chine, l’Inde, la Malaisie ou le Vietnam.

Le président Poutine a fait un discours d’accueil et est bien sûr revenu sur les effets de la guerre encours dont il fait porter la responsabilité à l’Occident :

I am referring to the Western sanctions frenzy and the open and aggressive attempts to force the Western mode of behaviour on other countries, to extinguish their sovereignty and to bend them to its will. In fact, there is nothing unusual in that: this policy has been pursued by the “collective West” for decades.

What I am saying is, many European countries today continue to act as colonisers, exactly as they have been doing in previous decades and centuries. Developing countries have simply been cheated yet again and continue to be cheated.

Russia is coping well with the economic, financial and technological aggression of the West. I am talking about a real aggression; there is no other word for it. Russia’s currency and financial market has stabilised, inflation is going down, as I have already mentioned, and the unemployment rate is at an all-time historical low of less than 4 percent. The assessments and forecasts of our economic performance, including by businesspeople, are more optimistic now than in early spring.

It is important for Russia that the economy of the Russian Far East grows together with Asia Pacific economies, that this region provide modern living conditions, boost people’s incomes and well-being, and that it create high-quality jobs and cost-effective production facilities.

Etc, etc, etc.

http://en.kremlin.ru/events/president/news/69299

M. Poutine décline ensuite longuement les réussites économiques de l’Asie, dont celles de la Russie, les difficultés que l’Occident est en train de s’infliger en soumettant la Russie à des sanctions et les avantages mutuels dont la Russie et l’Asie vont bénéficier en coopérant désormais ensemble. L’avenir dira si les nouveaux amis de Moscou investissent suffisamment pour remplacer les anciens que sont les occidentaux qui ont cessé tout investissement en Russie et même poussé nombre de leurs entreprises à y désinvestir en fermant leurs filiales locales.

La semaine prochaine une rencontre entre les présidents Russe et Chinois aura lieu dans le cadre d’un sommet de l’Organisation de coopération de Shangaï à Samarcande en Ouzbékistan. Moscou se détourne de l’Europe pour se tourner vers l’Est. C’est une page qui se tourne et sans doute pour longtemps. Personne ne sait bien aujourd’hui si ces nouvelles alliances seront bénéfiques. Elles auront au moins le mérite de la clarté : les démocraties libérales basées sur le droit d’un côté, les régimes autoritaires fondés sur un parti ou un dictateur de l’autre. Les dernières illusions d’un monde réconcilié et mondialisé post-guerre froide sont en train de tomber.

Désarmement industriel

Alice / Charlie Hebdo (06/07/2022)

La guerre menée par la Russie contre l’Ukraine depuis le 24 février dernier divise le monde entre l’Occident qui se place plutôt du côté de l’Ukraine et le reste du monde qui soutient la Russie, même si c’est parfois du bout des lèvres. Le soutien occidental se traduit par des ventes d’armement importantes à Kiev (dont il est d’ailleurs probable qu’elles ne seront jamais payées par l’acheteur mais financées par les impôts des contribuables des pays vendeurs). Ces transferts d’équipements militaires semblent être efficaces sur le terrain où l’armée ukrainienne a bloqué le rouleau compresseur russe mais seraient en train d’atteindre leurs limites par… insuffisance de stocks !

Le citoyen néophyte constate que les armées occidentales semblent être à peu près équipées pour une guerre de « haute intensité » (une guerre totale en français dans le texte) de deux ou trois mois mais guère plus. L’armée russe disposerait toujours de stocks d’armes et de munitions datant de la période soviétique, certes moins sophistiquées que les armements occidentaux mais plus disponibles.

Les processus de production d’armes ont probablement été relancés en Occident et les budgets d’argent public nécessaires débloqués. Il est désormais plus que probable que la Russie va rester un ennemi de l’Occident pour des générations, sinon pour toujours, quelle que soit l’issue de sa guerre d’invasion en cours. Il va falloir réarmer, les industriels du secteur doivent déjà se frotter les mains, et les Français ne sont pas les moins bien placés. Simplement il va bien falloir arbitrer entre les dépenses publiques. Un pays comme la France ne pourra pas tout se payer : des jeux olympiques (par exemple) et refaire ses stocks d’armes. Il va falloir arbitrer dans les dépenses et la France n’est vraiment pas compétente dans ce jeu, le montant de ses dettes publiques est d’ailleurs là pour l’attester.

Espérons que les ogres russes ou leurs amis asiatiques ne vont pas attaquer l’Occident avant que celui-ci n’ait remis ses stocks au niveau nécessaire pour affronter ce nouveau péril !

On n’y comprend plus rien

Juin / Charlie Hebdo (02/09/2022)

On ne comprend plus grand-chose à l’imbroglio sur la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia. Depuis le déclenchement de la guerre de la Russie contre l’Ukraine, cette installation (la plus grande d’Europe) qui comporte six réacteurs électriques est occupée par l’armée Russe. Il semble que les techniciens qui la font fonctionner sont ukrainiens mais que des ingénieurs russes ont également été installés sur place. L’opérateur nucléaire ukrainien Energoatom continue à diffuser des communiqués sur le (mauvais) fonctionnement de la centrale qui serait sous contrôle russe… Bref, on ne sait plus bien qui a les commandes, ce qui n’est pas particulièrement rassurant s’agissant d’une centrale nucléaire.

Située au milieu d’une zone de combat, elle est l’objet de bombardements dont Kiev et Moscou se renvoient la paternité. On a du mal à comprendre qui tire sur qui compte tenu du fait qu’il y a des personnels (plusieurs milliers) à la fois russes et ukrainiens sur le site, et que tout accident nucléaire provoqué par cette guerre touchera en tout premier la Russie et l’Ukraine, modulo le sens du vent ! C’est juste de la géographie.

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) vient d’y envoyer une mission d’inspection conduite par son directeur général. Seule la télévision russe a été autorisée à médiatiser l’évènement. La délégation a été guidée par un responsable russe, et encadrée par des soldats, russes également. On voit sur les images des camions militaires russes, des bouts de missiles plantés dans des toits en béton, des trous dans les murs. Le chef de mission a pudiquement déclaré que « l’intégrité de la centrale avait été violée à plusieurs reprises ».

Des réacteurs sont branchés ou débranché du réseau électrique au hasard des bombardements dont on ignore exactement la provenance. L’alimentation électrique des réacteurs est importante car c’est elle qui, en premier niveau, assure le refroidissement du cœur des réacteurs sans laquelle ceux-ci risquent de fusionner (comme ce fut le cas à Three Mile Island [Etats-Unis en 1979], Tchernobyl [Union soviétique en 1986] et Fukushima [Japon en 2011]) et de rejeter des nuages radioactifs dans l’atmosphère.

Further underlining the fragile nuclear safety and security situation, there had been continued shelling of the site from 29 August up to the day before the Director General and his team arrived at the ZNPP. There was damage to the facility’s solid radioactive waste storage, the ventilation pipe of special building 1, and the ZNPP training building.

https://www.iaea.org/newscenter/pressreleases/update-97-iaea-director-general-statement-on-situation-in-ukraine

Voilà qui est encore moins rassurant…

Le combat idéologique de la Russie

Les réalités du champ de bataille de la guerre entre la Russie et l’Ukraine sont ce qu’elles sont et ne semblent pas aussi brillantes que ce à quoi s’attendait l’armée russe en franchissant la frontière pour « libérer » ses « frères » ukrainiens.

En revanche, sur le terrain du « softpower », la Russie démontre toujours témérité et efficacité. Depuis le début de la guerre, une dizaine d’oligarques (ceux qui se sont approprié l’outil industriel soviétique lors des privatisations de l’ère Eltsine) sont morts dans des conditions mystérieuses, parfois violentes et accompagnés de membres de leurs familles, parfois même en dehors de Russie. Des officiers supérieurs des services de sécurité auraient aussi disparu suite à leurs performances jugées insuffisantes au cours de cette guerre, sans parler des généraux russes tués eux sur le champ de bataille, en principe, par les forces ukrainiennes.

La disparition des oligarques semble relever plus de la restructuration de l’économie que de la guerre en Ukraine, mais l’occasion fait le larron et le pouvoir russe n’a pas laissé passer la situation de chaos provoquée par la guerre en cours pour régler ses propres comptes. L’assassinat récent de la fille d’un idéologue nationaliste dans l’explosion de son véhicule près de Moscou semble aussi relever de cette logique. Elle-même journaliste engagée dans la promotion des idées de son père, la victime aurait décidé au dernier moment de prendre la voiture paternelle, il n’est donc pas exclu que ce fût le père qui était visé et non sa fille.

Pus pernicieuse et potentiellement inextricable est la politique de russification et de déportation des populations appliquée dans les territoires ukrainiens « libérés » par l’armée russe. Aussitôt installée une administration prorusse dans ces zones, le rouble remplace la monnaie ukrainienne, idem avec les réseaux de téléphonie mobile et les chaînes de télévision. Les programmes et les manuels scolaires sont réécrits par la Russie et il est question que des référendums soient organisés de façon express pour rendre définitif le rattachement de ces territoires à la Russie, sur le modèle appliqué avec la Crimée en 2014.

La Russie a par ailleurs accueilli quelques millions de citoyens évacués des zones de guerre, y compris des enfants isolés. Ceux-ci sont présentés comme des « réfugiés » par Moscou mais qualifiés de « déportés » par Kiev. Evidemment, personne ne leur a demandé où ils souhaitaient se rendre. Pas sûr qu’ils aient choisi la Sibérie si on leur avait proposé la Pologne, mais la Russie présente ce flux d’Ukrainiens vers son territoire comme une opération humanitaire, même si cela rappelle furieusement les mouvements massifs de population pratiqués en Union soviétique pour une raison ou pour une autre.

Tout ceci va être difficile à défaire dans l’hypothèse où cette guerre se terminerait un jour. Moscou le sait bien et ne se gêne pas pour avancer ses pions et marquer « son territoire ». Après tout, en 1945, l’Occident avait bien dû entériner les territoires conquis par l’Armée rouge au jour du cessez-le-feu, et avait même dû en restituer quelques-uns à Staline dans le cadre de la reddition allemande. Il est vrai qu’à l’époque l’Union soviétique faisait partie des vainqueurs de la IIème guerre mondiale, mais il n’est pas encore écrit qu’elle soit vaincue dans son conflit contre l’Ukraine !

Malgré tout, le rideau de fer s’était ouvert cinquante ans plus tard et nombre des « pays frères » de l’Union soviétique en avaient profité pour renier aussitôt la protection ex-soviétique et rejoindre l’Occident. C’est d’ailleurs l’une des origines de la guerre en cours : comment empêcher les dernières républiques soviétiques qui n’ont pas déjà pactisé avec l’Occident de le faire ? L’ours russe utilise ses méthodes habituelles qui ne sont pas empreintes de beaucoup de subtilité et n’ont jamais produit de succès durable !

Gazprom n’aime plus la France

Le producteur de gaz russe aurait informé le distributeur français Engie de la coupure du robinet à compter de jeudi comme communiqué sur le réseau dit « social » Telegram :

Le motif affiché serait une dette française impayée. Il doit s’agir plutôt du refus de payer le gaz en rouble comme exigé par le russe depuis la guerre en Ukraine. Qu’importe, le Kremlin joue avec ses clients occidentaux sur le thème « je te tiens, tu me tiens par la barbichette, rira bien qui rira le dernier ». On ne sait pas encore qui dépend le plus de qui et qui rira le dernier. L’hiver qui approche devrait bientôt permettre de statuer sur cette question un peu existentielle.

La hausse des cours du gaz semble compenser la baisse des volumes mais il va bien arriver un jour ou si le robinet est coupé pour tout le monde il n’y aura plus de recettes. On entend dire que les flux de gaz et de pétrole qui ne sont plus vendus par Moscou à l’Ouest le serait désormais vers l’Est, mais on dit aussi que ces nouveaux acheteurs en profitent pour obtenir de sérieux rabais…

Une inquiétude certaine commence à diffuser en Europe sur la perspective de devoir baisser le chauffage en cas de pénurie, voire pire. Nous n’étions plus très habitués à ça. Après la moutarde, le gaz pourrait lui aussi être en rupture de stock à l’arrivée des frimas. On ne sait pas si la Russie peut encore gagner sa guerre contre l’Ukraine mais elle a en tout cas réussi à très sérieusement tournebouler l’Occident son ennemi en désorganisant le marché mondial de l’énergie, en mettant sa croissance économique en péril et en menaçant le confort de ses habitants. Quelle que soit l’issue du conflit, Moscou aura déjà atteint cet objectif ce que même l’Union Soviétique au plus fort de la guerre froide n’avait pas réussi.

Pendant ce temps, l’ancien président russe Medvedef, et ex-premier ministre du président Poutine, inonde les réseaux dits « sociaux » de messages narquois et infantiles, se moquant de la faiblesse occidentale et prévoyant l’effondrement de l’ennemi ukrainien. La traduction automatique du russe est un peu hasardeuse mais suffit à appréhender le ton du message :

On est loin de la Russie de Tolstoï…

BIAGI-CHAI Francesca, ‘Traverser les murs – La folie, de la psychiatrie à la psychanalyse’.

Sortie : 2020, Chez : Editions Imago.

Francesca Biagi-Chai, psychiatre et psychanalyste, répond dans ce livre aux questions posées par deux psychologues sur la folie chez l’homme et son traitement à l’hôpital psychiatrique au sein duquel elle œuvre depuis le début de sa carrière. La première partie est plutôt centrée sur les concepts qui laissent le néophyte dans le brouillard tant ceux-ci sont complexes et utilisent un jargon hors de portée du lecteur non initié (syntagme, signifiant, parlêtre, sinthome…).

La seconde partie est plus abordable et raconte l’expérience d’hospitalisation de jour (HDJ, à ne surtout pas appeler, selon l’auteure, « hôpital de jour ») mise en place par Mme. Biagi-Chai pour accueillir des patients dans un environnement différent de l’hôpital même si localisé dans le même lieu (la notion de lieu semble très importante pour le traitement de la folie).

On reste confondu devant l’emprise de la folie sur les patients qu’elle rencontre, qui sont suffisamment psychotiques pour consulter l’hôpital, ou y être conduits par leurs familles ou des tiers. Le dialogue avec eux est surréaliste, les conclusions tirées sont difficilement compréhensibles pour les non-avertis mais que faire d’autre ? D’ailleurs, certains cas évoluent favorablement. On comprend que l’HDJ met plutôt en œuvre la psychanalyse par les mots que la psychiatrie par la médicamentation, mais souvent les deux méthodes sont menées en parallèle tant l’intensité de la folie est forte.

La complexité pour comprendre et soigner cette matière humaine à la dérive ne peut que nécessiter des solutions sophistiquées. Les échanges entre la thérapeute et ses patients (certains ayant déjà commis des homicides, guidés par leurs « voix ») sont parfois lunaires, les conclusions qu’elle en tire sont souvent incompréhensibles pour le lecteur lambda, mais personne n’a vraiment de meilleures solutions pour prendre en charge cette souffrance qui peut s’avérer dangereuse pour le patient comme pour son entourage.

Les querelles entre lacaniens (école à laquelle appartient l’auteure), les freudiens, ou d’autres, semblent de bien peu d’importance ni de réalité face au mur de la folie. Chacun espère ne jamais avoir à heurter celui-ci au cours de sa vie mais on s’inquiète d’apprendre que, parfois, un élément déclencheur inattendu peut entraîner une collision, et tout s’effondre. Des soignants en France travaillent sur ce sujet et recherchent des voies d’accompagnement. C’est bien sûr beaucoup de tâtonnements, d’hypothèses, de théories, d’échecs, d’expérimentations, mais c’est aussi une prise en charge par des personnels qui dévouent leurs vies professionnelle à la folie. C’est rassurant !

La Turquie n’est pas contente

Lors d’une de ses déclarations faites en Algérie à l’occasion de sa visite « officielle et d’amitié » le président français a évoqué le fait que :

« Beaucoup de réseaux qui sont poussés en sous-main qui par la Turquie qui par la Russie et qui par la Chine, ont un ennemi la France. Et ils ont un agenda d’influence, néo-colonial et impérialiste. Il y a un ennemi simple c’est la France, ça met tout le monde d’accord »

Cet état de fait a déclenché l’ire de la Turquie qui n’aime pas qu’on lui rappelle son passé impérial qui était finalement assez proche du statut d’une puissance colonial. A son apogée au XVIIIème siècle l’empire ottoman, qui a duré six siècles, occupait toute la bande côtière du sud de la Méditerranée, de l’Egypte à l’Algérie, le Moyen-Orient (Palestine, Syrie, Irak, Iran) et une partie de l’Europe (Grèce, Bulgarie, pays balkaniques). L’échec du siège de Vienne l’empêcha d’aller plus loin en Europe. La philosophie de l’occupation ottomane était un peu différente du concept colonial français en Algérie, basé sur une colonisation de peuplement, mais la réalité était bien l’occupation de terres étrangères pour accroître le territoire de l’empire de la Sublime Porte.

Comme tous les empires, l’empire ottoman s’est délité, d’autant plus rapidement qu’il avait pris parti pour l’Allemagne lors de la 1ère guerre mondiale. Il a donc été démantelé. Comme tous les anciens empires gouvernés désormais par des régimes autoritaires et nationalistes, la Turquie d’aujourd’hui est nostalgique de son passé glorieux et cherche à rétablir son influence d’antan.

Le porte-parole du ministère turc des affaires étrangères a publié hier le communiqué suivant :

Il est extrêmement regrettable que le président français, Emmanuel Macron, ait fait des déclarations visant la Türkiye, ainsi que d’autres pays, lors de sa visite en Algérie.

Il est inacceptable que le président français Macron, ayant du mal à affronter son passé colonial en Afrique, notamment en Algérie, tente de s’en débarrasser en lançant des accusations contre d’autres pays, dont la Türkiye.

La Türkiye, qui prône l’amitié plutôt que l’hostilité, et qui figure parmi les partenaires stratégiques de l’Union africaine, développe jour après jour ses relations avec l’Algérie et d’autres pays du continent africain. Ces relations, fondées sur la confiance mutuelle et le principe du gagnant-gagnant, progressent dans le respect de la volonté des pays eux-mêmes.

Si la France est d’avis qu’il y a des réactions contre elle sur le continent africain, elle devrait chercher la source de ces réactions dans son propre passé colonial et dans ses efforts pour poursuivre encore ces pratiques à travers les méthodes différentes, et elle devrait essayer de les réparer. Le fait de prétendre que ces réactions sont causées par les activités des pays tiers, plutôt que d’affronter et de résoudre les problèmes liés à son propre passé, c’est non seulement un déni des faits sociologiques et de l’histoire, mais reflète également la mentalité déformée de certains hommes politiques.

Nous espérons que la France atteindra le plus rapidement possible la maturité nécessaire pour faire face à son propre passé colonial sans accuser d’autres pays, y compris le nôtre.

QR-23, 27 août 2022, Déclaration du porte-parole du ministère des Affaires étrangères, l’ambassadeur Tanju Bilgiç, en réponse à une question concernant les déclarations du président français, Emmanuel Macron, visant notre pays

C’est un communiqué plutôt malin vu d’Ankara, assez facile à rédiger et qui a dû provoquer une grande satisfaction chez tous les dirigeants turcs. La presse des pays africains s’est empressée de largement diffuser des extraits de ce communiqué qui a certainement aussi enthousiasmé toutes les populations africaines. La France a tout contre elle dans cette affaire et va devoir boire le calice jusqu’à la lie comme prix à payer pour acheter du gaz à son ancien « département d’Algérie » !

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Catégorisé comme Turquie

La démagogie à l’assaut des « superprofits »

Différents parlementaires, plutôt de gauche mais pas seulement, sont partis à l’assaut des « superprofits » que réaliseraient les entreprises « profiteuses de la guerre en Ukraine » et qu’il faudrait taxer. La bonne nouvelle est que ces profits sont déjà taxés puisque l’impôt sur les sociétés (IS) étant proportionnel (25%) au bénéfice, si une entreprise réalise plus de profit elle paiera donc plus d’IS, toutes choses étant égales par ailleurs.

Ce qu’expriment probablement maladroitement ces élus c’est qu’ils voudraient une « super-taxe » (en plus de l’IS) sur les profits des entreprises concernées, plutôt qu’une taxe sur les « superprofits ». C’est théoriquement possible à mettre en œuvre et il suffit de la voter dans la Loi de finances 2023. Après, il faudra en définir le périmètre et donner les critères à retenir pour désigner ce qu’est une entreprise « profiteuse de guerre » ? Pas facile à faire intelligemment et, certainement, un débat qui promet des affrontements idéologiques de première catégorie…

Pour le moment, le gouvernement français s’est contenté d’obtenir du pétrolier Total dont le siège est en France, mais dont les actionnaires sont mondialisés, une ristourne de 20cts/litre de carburant dans les stations Total en France. Ces stations étant jusqu’ici celles qui vendaient l’essence la plus chère, cette remise ramène le prix de vente au consommateur un peu en dessous de celui des stations d’autres marques, du coup ces dernières estiment la concurrence faussée et ont obtenu des aides spécifiques de l’Etat pour les plus petites d’entre elles. Et on est entré dans la mécanique infernale des subventions en économie de marché. La prochaine étape, complexe, sera la sortie de ces dispositifs qui n’ont pas vocation à être éternels mais auxquels les consommateurs s’habituent très vite… tout en pestant sur le fait qu’ils payent trop d’impôts !

Lire aussi : Le cours du pétrole revient à un étiage cohérent

AGHION Philippe au Collège de France, leçon donnée le 27/10/2020 : « Destruction créatrice et richesse des nations / Le débat sur l’environnement » 4/6

Chaire : Économie des institutions, de l’innovation et de la croissance

Cours : Destruction créatrice et richesse des nations

Leçon :  https://www.college-de-france.fr/site/philippe-aghion/course-2020-10-27-14h00.htm

Partie 1 : Introduction

En ces temps d’épidémie Covid nous sommes un peu dans une période de pessimisme ambient alors que l’innovation va nous permettre de traiter ce sujet. Une autre raison de pessimisme est le réchauffement climatique qui pousse certains à affirmer que nous sommes condamnés à la décroissance pour y faire face. Dans les années 1970 eut lieu une prise de conscience que la surpopulation allait causer des difficultés à l’humanité d’où la proposition de la décroissance. Dans les années 1990 c’est le réchauffement climatique qui a commencé à inquiéter avec l’augmentation de l’émission des PPM (particules de dioxyde de carbone par millions) aux conséquences dommageables. Sommes-nous condamnés à la décroissance ?

Dans une économie où l’activité est dépendante de l’accumulation du capital et de la consommation du stock de matières premières énergétiques, le développement n’est pas soutenable et la croissance ne peut pas durer éternellement. La croissance du capital va forcément être limitée un jour par l’extraction du stock d’énergie qui est fini. C’est le raisonnement de Greenpeace, mais l’innovation va permettre de limiter le besoin d’énergie nécessaire pour la croissance, voire de s’en passer complètement, et atteindre ainsi une croissance durable.

La mauvaise nouvelle est que les entreprises ne vont va pas spontanément aller vers cette innovation verte.

Partie 2 : L’effet de dépendance au sentier (path dependence)

Dans le marché de l’automobile on distingue les brevets verts (véhicules électriques) des autres brevets (véhicules polluants). Depuis 1978-2005 les brevets triadiques (déposés en Europe, aux Etats-Unis et au Japon) polluants sont plus nombreux que les verts mais ces derniers rattrapent doucement leur retard. Malheureusement, les entreprises innovent dans le domaine où elles ont déjà réussi (path dependence) donc les brevets polluants restent majoritaires. Il va falloir que l’Etat intervienne pour rediriger les investissements.

On connaît les passés des entreprises en matière de dépôt de brevets et l’on constate que le flux d’innovations propres dépend du stock d’innovation propres (clean), et vice-versa pour les innovations polluantes (dirty). C’est la « dépendance au sentier ». Plus j’ai fait du sale dans le passé plus je vais continuer à faire du sale. Si l’Etat n’intervient pas les entreprises ne vont pas aller vers le propre toutes seules.

En revanche, on constate que plus le prix du carbone est élevé et plus les entreprises vont innover dans le propre. On peut donc diriger le changement technique à travers le prix du carbone.

On réalise des simulations sur l’effet-prix du carbone sur les flux de brevets propres vs. sales. Si en 2005 on avait taxé à 40% le prix carbone les courbes se croisent et le propre surpasse le sale. Evidemment augmenter les taxes n’est pas très populaire, on peut aussi raisonner en termes de subventions à l’innovation verte, vers les entreprises comme vers la société civile.

Partie 3 : En quoi la prise en compte de l’innovation change les termes du débat ?

Nordhaus vs. Stern

Le constat de Nordhaus (modèle DICE) est que les entreprises produisent en fonction de différents facteurs (travail, coût du carbone, capital) mais leur productivité dépend négativement de la qualité de l’air. En produisant les entreprises détériorent le climat ce qui fait baisser leur productivité et va contre la croissance. Mais chaque producteur ne prend pas en compte l’effet de sa propre production sur la détérioration de climat, donc il ne s’autodiscipline pas. Chaque entreprise pense qu’elle a un effet négligeable sur les émissions globales de CO2, elles ne se disent pas que leur propre productivité va baisser du fait de la pollution. Cet effet n’est pas internalisé d’où l’utilité de l’instrument taxe carbone pour embarquer cet effet pollution/productivité.

Stern est pour la taxation immédiate et massive pour éviter une perte de PIB à court terme quand Nordhaus prône de ne pas tuer le potentiel de croissance de l’économie, donc y aller progressivement pour ne pas casser la croissance qui permettra d’affronter le problème dans le temps.

C’est en fait une question de taux d’actualisation : Nordhaus privilégie les générations présentes en taxant progressivement, Stern favorise les générations futures en taxant immédiatement de façon très significative. Mais le modèle doit évoluer avec l’introduction de l’innovation.

2 instruments pour 2 externalités

Supposons une économie qui produit des véhicules électriques non polluants et des véhicules thermiques polluants. Les entreprises peuvent innover dans les deux secteurs. Nous avons en fait deux externalités : l’externalité environnementale (la pollution) mais aussi l’externalité technologique de la path dépendance qui veut que si j’investis aujourd’hui dans le polluant, j’y investirai aussi probablement demain. Dans ce monde à deux externalités il faut deux instruments de politique économique : la taxe carbone et la politique industrielle (subvention à l’innovation verte). L’intervention de l’Etat complète la décision des entreprises.

Il faut agir maintenant car plus on attend et plus il faudra agir durement (coût de l’intervention encore plus fort c.a.d. taxe carbone à mettre en œuvre plus tard) et plus la consommation future sera inhibée. Au bout d’un temps fini les entreprises prennent le relais de l’Etat qui n’a plus besoin d’intervenir et les entreprises vont aller naturellement vers les investissements verts sans plus d’incitation, car c’est leur intérêt.

En appliquant la combinaison des deux instruments, taxe carbone et subvention, on peut donc agir plus modérément avec la taxe et donc moins freiner sur la croissance. C’est plus vivable avec « la carotte et le bâton ».

Le débat Nord-Sud

L’environnement est un bien commun mondial. Lorsqu’un pays investit dans le propre, toute la planète en bénéficie. En revanche il y a la tentation du free rider qui pousse un pays à ne rien faire en se disant son inaction n’aura pas d’impact sur l’ensemble. Evidemment le Sud reproche au Nord de s’être développé en polluant en lui déniant le droit d’en faire autant. Le Nord répond, oui c’est vrai mais si on continue à polluer, tout le monde coule.

Aujourd’hui le Nord possède différentes technologies (ce qui n’était pas le cas au XIXème) et peut les mettre à disposition du Sud pour moins polluer. La Chine est un cas à part au Sud car elle innove beaucoup. Le deal serait que le Nord dise au Sud on vous donne les technologies vous permettant de vous développer en polluant moins que nous au XIXème pendant la révolution industrielle et en échange on se fixe des objectifs communs de réduction du CO2

Nous n’aurions même pas besoin d’un accord multilatéral ; si le Nord passe aux investissements verts, le Sud suivra presqu’automatiquement car ne pourra plus produire « sale » de façon rentable. C’est l’externalité technologique.

La mauvaise nouvelle c’est que le libéralisme économique peut générer l’apparition de paradis polluants, des places où l’on favorise la concentration d’industries polluantes qui réexportent ensuite leurs productions vers les pays « verts ». Ce genre de cas se traite avec la taxe carbone aux frontières qui pourrait être introduite dans les nouvelles règles de l’OMC.

Partie 4 : Penser la transition énergétique

Les énergies intermédiaires peuvent être moins polluantes que les hydrocarbures mais plus polluantes que les énergies renouvelables, le gaz naturel ou le gaz de schiste (qui est un gaz naturel non conventionnel). Le gaz est moins polluant que le charbon ou le pétrole. Faut-il subventionner la recherche et le subventionnement de ces énergies. Aux Etats-Unis on a vu une augmentation de la part du gaz dans la production d’électricité en remplacement de celle du charbon qui a diminué. Il y a eu substitution depuis 2008.

A court terme on remplace le charbon par du gaz et on pollue moins par unité d’énergie produite. Mais il y a des effets indirects. Notamment la baisse du prix du charbon car il y aura plus d’offre de matières premières. Donc on va rendre le prix de l’énergie en général moins cher, donc la demande va augmenter… donc plus de pollution. Il faut comprendre quel effet domine : le direct ou l’indirect. Aux Etats-Unis, à court terme l’arrivée du gaz de schiste a fait baisser la pollution, même en prenant en compte la baisse du prix de l’énergie qui a entraîné une augmentation de la consommation.

Mais à long terme i y eut un effet pervers. L’arrivée du gaz de schiste a entraîné une plus forte demande d’innovation sur les technologies du gaz de schiste, au détriment des renouvelables moins polluantes. On voit cet effet avec le nombre de brevets liés au renouvelable qui a baissé aux Etats-Unis à partir de 2008. C’est l’effet pervers du gaz de schiste.

Il faut garder le gaz de schiste mais éliminer les effets indésirables avec un mix de taxe carbone « raisonnable » et de subventionnement des investissements verts.

Partie 5 : Le rôle de la société civile

L’intervention de l’Etat permet d’inciter les entreprises à se tourner vers les investissements verts, mais est-ce suffisant ? Le débat sur la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE) : faut-il que les entreprises aient comme seul objectif la maximisation du profit ? C’est la position de Friedman (ultralibéral, 1970) qui ajoute que s’il y a des points qui ne plaisent pas à l’Etat c’est à lui de mettre en place des régulations (contre le travail des enfants par exemple), chacun dans son rôle. Certains antilibéraux sont également friedmanniens car ils craignent que la RSE déresponsabilise l’Etat…

Mais l’Etat a aussi ses propres limites et dysfonctionnements : il est sous pression du lobbying et il ne peut rien faire tout seul si les autres pays agissent différemment. Pourquoi ne pas s’appuyer également sur la société civile, les consommateurs. Il y a aussi les actionnaires qui peuvent orienter le choix des entreprises.

Faire de la publicité sur les produits « environnementaux ». Les préférences des consommateurs sont aussi forgées par leur éducation.

La concurrence tend à faire baisser les prix donc augmenter leur production/consommation et polluer plus (effet chinois). Mais dans un pays où les consommateurs se soucient de l’environnement la production va être poussée vers l’innovation verte pour attirer les attirer. Ce peut être une force importante comme démontré par des calculs économétriques qui montrent qu’une intensification des valeurs sociales des consommateurs dans un monde concurrentiels équivaudrait à une augmentation de la taxe carbone de 40%.


Pour une politique verte efficace il faut combiner tous les instruments passés en revue : taxe carbone, subventions, énergie intermédiaire, concurrence et éducation des consommateurs.

Parie 6 : L’économie politique de la taxe carbone

Les tentatives d’appliquer en France le principe du « pollueur-payeur » a échoué (exemple des « Gilets jaunes » en 2018) car les taux d’effort demandés étaient plus importants en pourcentages de leurs revenus pour les ménages les plus modestes que pour les plus favorisés. Il y avait aussi une inégalité horizontale entre villes et campagnes. L’idée était bonne mais l’aspect redistributif n’avait pas été pris en compte et, surtout on a compris que cet argent collecté n’était pas affecté à l’énergie verte, mais utilisé par l’Etat pour lui-même. De plus, cette taxe est arrivée à un moment où, conjoncturellement, le prix du pétrole augmentait, donc un calendrier très mal choisi. On a loupé l’économie politique de cette réforme, comme celle des retraites d’ailleurs.

Le président Macron va à Canossa en passant… par Alger

Juin / Charlie Hebdo (24/08/2022)

Nous venons de vivre quelques mois de tension dus à la énième brouille entre la France et l’Algérie sur des questions mémorielles et migratoires, la température se réchauffe et le président français a démarré ce soir une visite « officielle et d’amitié » de trois jours à son alter égo algérien. Cette énième réconciliation sent le gaz et on peut craindre que la France se prépare à compromettre avec Alger pour y acheter plus de gaz en substitution du gaz russe.

Lire aussi :

Vaut-il mieux que la France dépende de l’Algérie ou de la Russie pour ses importations de gaz ? La réponse n’est pas évidente. La Russie fait la guerre à l’occident, y inclus la France, l’Algérie n’aime pas son ancienne puissance coloniale et lui fait savoir, parfois vertement. Le mieux serait de laisser les autres pays européens acheter le gaz algérien et que la France aille acheter au Qatar, aux Etats-Unis d’Amérique, en Norvège etc., partout plutôt qu’à Alger.

La prochaine brouille entre les deux pays est déjà inscrite dans le calendrier et les contrats commerciaux, surtout ceux de nature politique comme pour l’énergie, seront forcément perturbés lors de la prochaine fâcherie. On peut imaginer que l’Algérie ne va pas déclarer la guerre demain à la France, mais elle ne sera jamais mécontente de la menacer ou de lui nuire. C’est ainsi, le passé étant ce qu’il est entre la France et l’Algérie, il vaudrait mieux pour Paris ne dépendre que le moins possible d’Alger, surtout concernant des produits aussi stratégiques que les hydrocarbures. Il reste assez de fournisseurs disponibles dans le monde pour pouvoir se passer de l’Algérie. Le choix de ceux-ci relève juste d’une question de gestion du risque dans laquelle l’intrusion de la politique est toujours malvenue.

Lire aussi : STORA Benjamin, ‘Rapport sur les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie’.