« Drive my car » de Ryusuke Hamaguchi

Un metteur en scène en vue monte « Oncle Vania » de Tchekhov, à Hiroshima. Une jeune femme est mise à sa disposition pour le conduire en voiture. Une étrange relation va s’établir entre eux au hasard des coïncidences de la préparation de la pièce. L’un et l’autre ont un passé douloureux en mémoire dont l’évocation va les rapprocher sans que l’amour ne les réunissent, sans doute trop de différence d’âge, certainement des origines socio-culturelles très éloignées.

C’est une histoire de perte et de douleur, un récit sur la rédemption après la disparition d’êtres aimés ou détestés. C’est la tristesse et l’espoir qui va réunir ces deux personnages si touchants afin qu’ils arrivent à regarder vers le futur, chacun de leur côté.

Evidemment, Hamagouchi, jeune cinéaste (43 ans) s’adresse à une clientèle cinéphile plutôt élitiste, film de 3 heures dans le contexte d’une pièce de Tchékhov jouée en japonais et en langage des signes coréen, mais les sentiments intimes évoqués sont universels. Peut-être aurait-il pu légèrement réduire la durée du film en résumant un peu plus dans le scénario les passages consacrés à la préparation d’ « Oncle Vania » ?

Lire aussi : « Contes du hasard & autres fantaisies » de Ryusuke Hamaguchi
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Omerta corse ou association de malfaiteurs

La justice française est en train de renoncer à faire la lumière dans l’affaire de l’assassinat en 2012 de Jacques Nacer, président de la chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Corse du Sud. Cet assassinat s’est déroulé un mois après celui du bâtonnier de la ville d’Ajaccio, Me Antoine Sollacaro. Dans l’affaire Nacer, un non-lieu général vient d’être émis, faute d’éléments. Il met fin aux investigations et les coupables resteront certainement impunis.

Ces assassinats en série fleurent bon les règlements de comptes entre clans mafieux. On a évoqué la bande « du Petit Bar », Alain Orsoni, Jacques Santoni, bref, toute la fine fleur du banditisme corse teinté de revendications nationalistes. Tout ce petit monde s’assassine et se tient par la barbichette et, surtout, respecte une redoutable omerta qui protège les uns et les autres des foudres de la justice.

Les mafieux corses préfèrent régler leurs comptes directement entre eux plutôt que de laisser agir le pouvoir judiciaire censé protéger les citoyens de leurs errances. La population semble ne guère leur en vouloir et participe d’ailleurs plus ou moins à l’omerta. C’est une preuve supplémentaire de l’incompatibilité de la Corse avec la République française. Cela tombe bien car les premières négociations sur l’autonomie sont programmées maintenant qu’un nouveau gouvernement a été désigné à Paris. Il faut rapidement avancer vers cette autonomie préalable à une totale indépendance qui est la seule voie pour organiser un futur serein et apaisé à la Corse qui fut rattachée à la France en 1769.

Décès de Miss Tic

La célèbre grapheuse Miss Tic est morte ce 22 mai des suites d’une longue maladie. Elle nous a enchanté de ses pochoirs découverts au hasard des rues de Paris : des beautés pulpeuses qui affichent leur émancipation et leur sens de l’humour. Elles sont les avatars de cette artiste de rue crypto punk progressivement devenue l’égérie d’un monde urbain « branché ». Adieu Miss !

Le risque de l’hubris

Alors que l’armée russe rencontre une franche résistance de l’armée ukrainienne dans sa tentative de mettre au pas ce « pays frère », voire affronte quelques défaites majeures comme l’abandon de son objectif de conquérir Kiev ou la destruction de son navire amiral « Moskva », l’Ukraine et ses soutiens occidentaux commencent à afficher des comportements un peu trop optimistes quand on voit la réalité militaire sur le terrain et la situation politique prévalant dans ces deux pays.

La guerre est sans doute loin d’être terminée et l’égo des dirigeants, voire le nationalisme exacerbé des deux populations, rendent pour le moment improbables toute négociation pour mettre fin à cette guerre et, dans le même temps, font que les deux parties refusent toute concession possible.

La raison devrait pousser les belligérants à tout faire pour négocier et convenir d’un cessez-le-feu dans les meilleurs délais, mais elle est pour l’instant hors de portée des parties qui préfèrent laisser parler les armes. L’Ukraine et ses soutiens occidentaux seraient bien avisés de ne pas trop parader derrière une évolution du conflit qui semble en leur faveur. Discrétion et modestie devraient guider leur attitude. L’action sans triomphalisme devraient guider leur politique en laissant l’hubris au vestiaire.

L’escroquerie continue

Lors des récentes élections présidentielles françaises, tous les candidats ont rivalisé de mesures visant à « préserver le pouvoir d’achat » des citoyens en une période de retour à l’inflation. Cela consiste en réalité à faire payer par les uns ce que les autres ne peuvent ou ne veulent pas payer. C’est généralement le contribuable qui est mis à contribution. Lorsque le prix de l’essence est subventionné par l’Etat comme c’est actuellement le cas et affiché sur toutes les stations-service, l’Etat prend en charge entre 15 centimes par litre acheté par le consommateur, c’est-à-dire que le contribuable rembourse entre 15 centimes/litre au consommateur. Lorsque le contribuable est également consommateur de carburant, l’opération est plus ou moins neutre. Si ce dernier est un gros rouleur et est peu imposé, il tape dans la poche du contribuable, et vice-versa.

Dans le cas de l’électricité où le producteur historique EDF est forcé par son actionnaire majoritaire, l’Etat, à livrer de l’électricité à bas coût à des distributeurs « indépendants », le transfert est un peu plus sinueux mais est largement similaire puisque EDF, société publique surendettée et non maître de ses prix de vente, doit être régulièrement recapitalisée par l’Etat, donc le contribuable. L’imposition de prix de vente « bas » à EDF revient à précipiter l’inévitable recapitalisation de ce producteur d’énergie par les contribuables.

Un autre grand classique de campagne électorale est l’annonce de baisse d’impôt sans annoncer quelles dépenses publiques diminueront en conséquence ou quel autre impôt augmentera pour compenser celui qui est annoncé comme devant baisser.

Dans une malhonnêteté intellectuelle toute française, les dirigeants expliquent que ces dispositifs sont destinés à éviter aux français de se heurter aux hausses des prix :

Pour plus de pouvoir d’achat dès cet été : maintien des boucliers gaz et électricité, « prime Macron » jusqu’à 6000 euros sans charges ni impôts, indexation des retraites sur l’inflation, suppression de la redevance télé et baisse des impôts de succession.

Mesure n°1 tract électoral Macron 2ème tour (24/04/2022)

L’Etat ne sait plus dire non aux nouvelles dépenses exigées par les citoyens, c’est probablement l’une de ses plus grandes défaillances. L’exemple de l’acceptation du financement sur fonds publics de la coupe du monde de rugby en 2023 et des jeux olympiques en 2024 en est probablement la plus flagrante illustration. En termes de priorité tout le monde est d’accord pour placer l’école, le système de santé, la recherche, la police, l’armée, etc… bien plus prioritaires que le sport, et pourtant la France a préféré financer les jeux du cirque plutôt que ses instituteurs.

Et c’est ainsi que le dernier budget de la République en équilibre date de 1974, une époque où le président Macron n’était même pas né…

« Varsovie 83, une affaire d’Etat » de Jan P. Matuszynski

Nous sommes en Pologne en 1983, le pays de l’Est le plus turbulent du bloc communiste, où la religion catholique a toujours aidé le peuple à lutter contre l’oppression marxiste un peu considérée comme l’antéchrist ! Basé sur une histoire vraie, le film détaille le processus de l’oppression dans lequel des forces de sécurité (la milice) se croient autorisées à toutes les pratiques non-démocratiques, les responsables de ces forces s’estimant investis de la mission divine de faire respecter l’ordre communiste quel qu’en soit le prix, en l’occurrence la mort d’un gamin « déviant » tabassé dans un commissariat par la milice.

La machine répressive cherche alors à « régulariser » le crime pour l’attribuer à d’autres, ce qu’elle va réussir à faire avec un relatif mais incomplet succès. En 1983 la Pologne est déjà agitée de soubresauts démocratiques, attisés par la religiosité de la majorité de sa population mais la machine communiste est encore la plus forte à cette époque pour broyer les aspirations démocratiques d’une grande partie de sa population. Devant la publicité et l’émotion populaire provoquée par la mort violente de ce gamin, le pouvoir communiste en place se sent quand même obligé de se justifier, à défaut d’avoir pu cacher ce décès, la meilleure façon d’y arriver étant encore de faire porter le chapeau par un autre.

Le film revient sur ce processus délétère du maquillage de la vérité, l’un des arts majeurs du communisme et des dictatures en général. Nous sommes en 1983, le communisme a encore quelques années à vivre et beaucoup y laisseront encore leur vie avant la « chute du Mur » et la débandade de l’idéologie afférente en Europe. On se souvient qu’il n’y eut pas d’intervention militaire du « grand frère » soviétique en Pologne lors des grandes contestations du communisme par le syndicat Solidarnosc. Le pouvoir polonais incarné par le général Jaruzelski décida de faire seul le travail de rétablissement de l’ordre et l’Union soviétique n’eut pas à intervenir directement comme elle le fit à Prague en 1968 par exemple.

Ce fut peut-être encore pire en Pologne car ce sont des Polonais qui ont martyrisé d’autres Polonais. Les comptes n’ont jamais été vraiment soldés ni réglés dans ce pays que l’on voit de nouveau dériver vers les rivages dangereux de la « démocrature » tout en ayant choisi le camp occidental et l’abri financièrement rassurant de l’Union européenne. Le film illustre bien cette période trouble.

BOILE Anthony, ‘The Stranglers – Black and White’.

Sortie : 2020, Chez : Discogonie.

Une analyse pertinente du troisième disque des Stranglers, « Black and White » (1978), dans cette jolie collection, « Discogonie », dont chaque volume est consacré à un disque de rock. Anthony Boile est un historien de l’art qui est manifestement un amateur de ce groupe marquant du post-punk et qui dure toujours depuis le mitan des années 1970.

Chaque chanson du disque est détaillée dans un chapitre dédié ce qui donne l’occasion de revenir sur la personnalité des musiciens et leurs références artistiques dans le contexte de l’époque. C’était la guerre froide, la crise économique, l’américanisation abêtissante de la jeunesse occidentale, le jubilé de la reine Elisabeth insultée par les Sex Pistols… le mouvement punk a balayé les hippies et les babas, choqué les bourgeois et fait exploser le monde du rock. Les Stranglers font partie de cette vague avec une spécificité musicale liée aux claviers de Dave Greenfield (1948-2020) que l’on a souvent comparé à Ray Manzarek des Doors.

A l’époque de « Black and White » la musique des Stranglers était rugueuse et ses membres ne dédaignaient pas de faire le coup de poing contre les journalistes ou les hooligans qui perturbaient leurs concerts. Ils se sont depuis un peu embourgeoisés mais continuent à produire des disques et à faire des tournées.

Au fur et à mesure du déroulement des chansons de l’album, Boile se penche sur les références politiques et littéraires de ce groupe engagé, l’intérêt du bassiste Jean-Jacques Burnel pour Mishima, celui du guitariste Hugues Cornwell pour Asimov, le nihilisme de tous qui a donné ces albums de légende dont « Black and White est l’un des symboles. L’auteur détaille aussi de façon intéressante les techniques musicales spécifiques qui marquent l’originalité du groupe.

« Black and White » : le livre est évidemment à lire en écoutant cet album charnière d’un groupe détonnant et attachant.

« THIS MUCH I KNOW TO BE TRUE – Nick Cave & Warren Ellis” de Andrew Dominik

Nick Cave continue à mettre sa vie artistique en scène avec ce nouveau film « This is much I know to be true » tourné au printemps 2021. Il s’agit d’une prestation live avec son compère Warren Ellis, tournée dans une ancienne église transformée en studio, les peintures religieuses parent toujours les murs, l’intérieur du bâtiment a été dépouillé de tout élément architectural ou mobilier offrant ainsi un immense espace dédié à la prestation musicale. Au centre trône un piano à queue autour duquel se répartissent les deux musiciens. La scène est cernée par un grand cercle en rail sur lequel roulent des caméras. Des choristes et des cordes interviennent sur certains morceaux qui sont tous joués par nos deux compères : Nick au chant et au piano, Warren au violon ou au clavier. Ils interprètent des morceaux de « Ghosteen » (dont la tournée programmée en 2020 a été annulée pour cause de pandémie) et de « Carnage » .

Lire aussi : Nick Cave & Warren Ellis – 2021/10/13 – Paris Salle Pleyel

Le résultat est subtil, tout en inspiration, loin du monde matériel, tourné vers la magie qui inspire les grands artistes, et le tragique de la vie de Nick Cave. Voila qui compense quelque peu l’annulation de la tournée « Ghosteen » pour cause de pandémie et nous replonge dans la magie de la tournée « Carnage » l’an dernier.

Nick Cave et son compère Warren Ellis continuent à mettre leur vie artistique en disques et en films, pour notre plus grand bonheur.

Lire aussi : « 20 000 jours sur terre » de Iain Forsyth & Jane Pollard

Bonne nouvelle : la théorie économique est confirmée

L’inflation est de retour dans le monde, et particulièrement dans les pays occidentaux. Depuis le début de la crise sanitaire les économistes avaient du mal à comprendre comment après avoir déversé tant d’argent « central » sur les économies, sans aucun rapport avec l’évolution de la production qui était au ralenti, nous n’avions pas constaté un retour de l’inflation.

Il y a sans doute eu un peu d’inertie mais cette création monétaire débridée ajoutée à la hausse significative des prix des matières premières a déclenché le retour de l’inflation qui semble durable en cette année 2022. La théorie économique est donc toujours d’actualité : si l’on crée plus de monnaie que n’en nécessite l’évolution de la production, la différence va dans l’inflation. Nous en sommes là !

Les conséquences sont diverses :

  • Les sexagénaires rajeunissent en se souvenant des années 1980 où l’inflation était à deux chiffres et que c’est un gouvernement… socialiste qui a cassé la spirale inflationniste, notamment en coupant le lien entre salaires indexés et inflation.
  • Les banques centrales ont déjà commencé à faire remonter les taux d’intérêt ce qui va ralentir la croissance en renchérissant le coût de la dette.
  • Les pays financièrement mal gérés et en déficits publics permanents, comme la France, vont devoir payer des charges d’intérêt de plus en plus importantes compte tenu des niveaux extravagants de leurs dettes.

La prochaine crise risque d’être financière et toucher plus gravement les pays surendettés…

Pendant la guerre, le gaz à flots continus

La guerre de la Russie contre l’Ukraine remet au goût du jour la dépendance énergétique de nombreux pays européens à l’égard de Moscou mais le plus étonnant est l’espèce d’équilibre de fait, accepté par les belligérants et l’Europe. Alors que les combats font rage avec leur cortège d’exactions, de civils et militaires tués de part et d’autre, de villes dévastées par les bombes, la Russie continue à envoyer son gaz dans les pipelines en direction de l’Ouest, y compris le pipeline traversant l’Ukraine.

L’utilisation de l’arme d’un embargo/coupure de l’approvisionnement du gaz russe effraie tout le monde : la Russie qui du coup verrait disparaître les revenus correspondants, les pays européens qui devraient demander à leurs citoyens de réduire leur consommation. Alors les bombardements russes comme ukrainiens prennent bien soin de ne pas risquer d’endommager les pipelines qui sont à leur portée sur le territoire de l’Ukraine, les autres tuyaux d’approvisionnement se trouvant dans d’autres pays. Le gaz circule joyeusement et il est payé rubis sur l’ongle à des cours extravagants compte tenu de la loi du marché. Le gaz passe d’Est en Ouest et les sous font le chemin inverse. On voit même la Russie payer à l’Ukraine les droits de passage dus au titre du transit de son gaz par les oléoducs traversant ce pays…

En voyant cet accord tacite inattendu entre des nations qui ne se parlent plus qu’à coups de bombes, on se dit que la guerre mondiale n’est pas encore pour tout de suite !

Les bonnes âmes occidentales qui n’osent toujours pas dire à Mme. Michu qu’il va falloir qu’elle diminue sa consommation et que, même après restriction, elle paiera plus cher pour se chauffer, parlent de « diversifier » les approvisionnements c’est dire d’aller acheter des hydrocarbures au Qatar ou en Arabie-Saoudite, pays guère plus recommandables que la Russie et tout aussi capables de couper le robinet si leurs intérêts le commandaient.

On parle de « diversifier » la consommation d’hydrocarbures et non de la diminuer, c’est bien là le problème. Les programmes électoraux présidentiels français d’avril dernier de nombre de candidats misaient sur l’arrêt des projets éoliens, notamment :

Protection de nos paysages : pas d’éolien sans accord des populations.

Mesure 24 de Valérie Pécresse

Interdire tout nouveau projet d’éoliennes.

Eric Zemmour

Et sans parler de l’inénarrable Stéphane Bern qui a pris la tête d’une croisade contre les éoliennes en 2021 en les qualifiant de « supercherie ». Par les temps qui courent, tous ces pourfendeurs d’énergie non carbonées vont peut-être devoir ravaler leurs arguments de « bobos en circuits courts ». Certes, l’énergie éolienne n’est sans doute pas exempte de défauts et ne va pas tout résoudre, mais c’est probablement une diversification aussi intéressante que d’aller acheter du pétrole au Qatar qu’il convient de ne pas négliger. La diversification doit concerner non seulement l’origine mais aussi la nature de l’énergie. D’ailleurs on entend beaucoup moins M. Bern ces derniers temps ce qui est de toute façon une bonne chose.

Lire aussi : Le goût de la polémique
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Retour en fanfare de la faucille et du marteau à Moscou

A Moscou ce 9 mai, la Russie célèbre la victoire de l’Union soviétique dans la deuxième guerre mondiale. Pour ce faire, le fameux drapeau siglé de la faucille et du marteau est ressorti du placard et défile fièrement sur la Place rouge. Voici qui va rappeler des souvenirs à de nombreux citoyens de l’ancien empire déchu !

BANNEL Cédric, ‘Baad’.

Sortie : 2016, Chez : Editions Robert Laffont.

Cédric Bannel, né en 1966, est un auteur de romans noirs plutôt improbable : énarque, haut fonctionnaire dans les services financiers de l’Etat, parti « pantoufler » dans le privé (Renault), puis entrepreneur créateur d’entreprises financières, champion de karaté, il est aussi passionné par l’Afghanistan qui sert de cadre à des thrillers écrits sur la période guerrière contemporaine de ce pays asiatique et qui rencontrent un succès de librairie.

« Baad » est l’histoire entremêlée d’un commissaire afghan, Oussama, et d’un ancien agent français des services d’espionnage, Nicole. L’enquête du premier, à la recherche d’un tueur occidental s’en prenant à des fillettes afghanes, va percuter les recherches de la seconde en butte aux pressions de la mafia italienne qui a pris sa famille en otage pour la forcer à retrouver un chimiste français inventeur d’une nouvelle drogue ne provoquant pas d’accoutumance.

L’histoire se déroule dans les années 2000, principalement dans le cadre afghan. Bannel nous y décrit un monde fait de sauvagerie, de corruption généralisée, de trafics de drogue, d’égorgements au couteau, de conflits tribaux, de chefs de guerre sanguinaires, de dogmes religieux omniprésents, de misère, de pratiques moyenâgeuses, d’interventions occidentales désordonnées… bref, un monde apocalyptique qui n’est probablement pas très éloignée de la réalité de l’Afghanistan d’aujourd’hui.

Il met en rapport ces modes de fonctionnement avec ceux des mafias italiennes. Certains sont assez similaires quant il s’agit de massacrer, de torturer, de faire chanter, de trafiquer… la seule différence, de taille, étant qu’à Kaboul ils sont pratiqués par ce qui sert d’Etat et de gouvernants à ce pays alors qu’ils relèvent en Italie des gangs mafieux, même si parfois une certaine complaisance étatique a pu être mise à jour dans le passé.

Dans son prologue Bannel écrit :

Au-delà de la trame romanesque et policière, j’espère que les lecteurs partageront mon amour de cet Afghanistan-là, avec ces paysages uniques, sublimes et majestueux, et de tous ceux qui y vivent, si attachants en dépit de la violence, du dénuement et de l’instabilité politique.

Pas sûr que l’objectif de Bannel de faire aimer ce pays à ses lecteurs ne soit atteint, sauf à ceux qui sont attirés par l’enfer terrestre.

« Baad » se termine bien et le « gentil » triomphe finalement des méchants. On voit aujourd’hui que la passion de Bannel pour l’Afghanistan l’a aveuglé car ce qui qui se passe en 2022 dans ce pays, six ans après l’écriture du roman, montre à quel point toute fin heureuse (au sens occidental du bonheur) est définitivement exclue !

Les romans de DOA situés dans le même paradigme étaient plus réalistes et crédibles.

La Commission européenne a choisi

La représentation de la Commission européenne à Paris est installée face à l’assemblée nationale dans ce très bel immeuble arrondi qui fait l’angle du boulevard Saint-Germain et du Quai Anatole France. Son balcon du premier étage est pavoisé de drapeaux bleu européen frappés des douze étoiles jaunes. Le drapeau central, beaucoup plus grand que les autres est à double-faces : au recto les couleurs européennes, au verso les couleurs ukrainiennes.

On le sait, la Commission européenne est largement en faveur d’une adhésion de l’Ukraine le plus vite possible à l’Union européenne. D’une manière générale, la Commission a toujours promu les élargissements de l’Union. Comme un chef d’entreprise qui n’aime rien tant que voir grossir son business, la Commission qui exécute les décisions prises par les Etats mais avec une forte capacité d’influence, voire une totale indépendance pour les questions commerciales, accroit son pouvoir à chaque fois que de nouveaux pays entrent dans son périmètre. C’est humain.

Outre l’Ukraine, aujourd’hui la Serbie, l’Albanie et la Macédoine du Nord sont sur la liste des candidats ; la Géorgie et la Moldavie viennent de s’y inscrire dans la suite de Kiev. On imagine aisément ce que serait un Conseil européen avec ces 6 pays en plus des 27 préexistants : un capharnaüm indescriptible et ingérable dans lequel serait sans doute impossible tout décision politique, une espèce d’ONU à 33 pays, sans équivalent du Conseil de sécurité permettant à un petit groupe de pays privilégiés d’imposer leurs décisions aux autres.

Ce serait sans doute la fin de l’Europe politique telle que voulue par ses pères fondateurs, sans parler des pratiques mafieuses pratiquées dans ces pays candidats et sans doute pas en voie de disparition sur le court terme… L’invasion russe contre laquelle se bat courageusement aujourd’hui l’Ukraine lui vaudra sans doute son ticket d’entrée sans trop de discussions et, dans ces conditions, il sera difficile de le refuser aux 5 autres.

Quoi qu’il en soit, ce n’est pas la Commission européenne qui décide d’accepter les candidats mais les Etats-membres. En France, la constitution stipule dans son article 88-5 que :

Tout projet de loi autorisant la ratification d’un traité relatif à l’adhésion d’un État à l’Union européenne est soumis au référendum par le Président de la République.

Toutefois, par le vote d’une motion adoptée en termes identiques par chaque assemblée à la majorité des trois cinquièmes, le Parlement peut autoriser l’adoption du projet de loi selon la procédure prévue au troisième alinéa de l’article 89.

https://www.conseil-constitutionnel.fr/le-bloc-de-constitutionnalite/texte-integral-de-la-constitution-du-4-octobre-1958-en-vigueur

Ce qui signifie que l’adhésion de l’Albanie ou de l’Ukraine devront être approuvées par un référendum, sauf si elle était approuvée dans les mêmes termes par le sénat et l’assemblée nationale à une majorité des 3/5. Compte tenu des conséquences prévisibles sur l’avenir de l’Union, il est peu probable qu’une telle majorité puisse être atteinte. Le référendum devrait en principe être inévitable si le texte constitutionnel n’est pas modifié et est appliqué. Voilà qui promet des débats animés.

Lire aussi : Une première victoire de la Russie
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Albert Edelfelt (1854-1905) – Lumières de Finlande

Le Petit-Palais poursuit la découverte des peintres nordiques. Après son exposition sur L’âge d’or de la peinture danoise, le musée complète ce cycle nordique avec le peintre finnois Albert Edelfelt (1854-1905) qui fut à la fois un portraitiste hors pair de son époque et un naturaliste de grand talent.

Installé à Paris durant quelques années il reste fidèle à sa Finlande natale où il retourne tous les ans et qui lui inspire de sublimes tableaux des rudes citoyens finlandais dans un environnement marin à la lumière merveilleuse. Certains tableaux sont tellement précis et lumineux qu’ils ont l’aspect d’une photo. Ils sont le fruit d’un très long travail et suivent parfois les d’aller-retours de l’artiste entre Paris et la Finlande pour qu’il puisse continuer à y travailler.

Patriote sa vie durant, il illustra aussi les luttes de son pays contre les envahisseurs, notamment l’empire russe qui a toujours cherché à « russifier » sa patrie, et a d’ailleurs poursuivi cet objectif au XXème siècle. Un peintre et une œuvre intéressants.

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Saint Bolloré et ses apôtres veillent sur leurs téléspectateurs

Félix / Charlie Hebdo (20/01/2021)

Les médias détenus par l’homme d’affaires breton Vincent Bolloré diffusent la bonne parole le dimanche. On connaît les convictions catholiques traditionnalistes du patron, alors elles sont déclinées le dimanche sur l’antenne. « En quête d’esprit » d’Aymeric Pourbaix le matin pour aborder « l’actualité d’un point de vue spirituel et philosophique », « Face à Rioufol » le soir. Véronique Jacquier, commentatrice pieuse et conservatrice, fait le lien entre les deux programmes auxquels elle participe.

Yvan Rioufol est chroniqueur au Figaro et sur CNEWS, plutôt anti-gouvernement actuel sans que l’on sache vraiment quelle offre politique emporterait son agrément, plus que sceptique sur les politiques sanitaires et climatiques appliquées ou envisagées, se plaignant régulièrement de la « dictature sanitaire » dans laquelle le fait vivre le pouvoir français. Il recevait ce soir Laurent Toubiana, chercheur épidémiologiste qui s’est rendu célèbre par des positions anti-establishment lors de l’épidémie de Covid, et Christian Gerondeau (84 ans), que les anciens connaissent comme le Délégué à la sécurité routière dans les années 1970, et qui consacre sa retraite à développer des thèses climato-sceptiques.

Lire aussi : Le Café du commerce sur CNews
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Rioufol et Jacquier ont du mal à cacher leur jubilation en écoutant ces invités dont ils partagent les convictions. De la religion le matin à l’actualité post-scientifique le soir, la chaîne Bolloré surfe sur le dogme. C’est une orientation qui rencontre de plus en plus de téléspectateurs et de militants. CNEWS en est l’un des piliers.

Le groupe Bolloré a récemment annoncé la vente de tout son business de logistique et de transport en Afrique, ce qui devrait lui rapporter quelques milliards d’euros. Vincent Bolloré (70 ans) que l’on qualifiait de « Mozart du cash-flow » à l’époque où il a construit son groupe risque d’investir ce nouveau trésor dans d’autres médias pour saturer le paysage audiovisuel de ses idées. Espérons que les médias plus orientés sur le journalisme que la croyance survivront pour pouvoir continuer à opposer la contradiction.

« Les passagers de la nuit » de Mikhaël Hers

Un film tendre et nostalgique de retour aux années 1980. L’histoire banale d’une mère (Charlotte Gainsbourg) de deux adolescents, cancer du sein, quittée par son mari, devant se recycler car n’ayant jamais travaillé et croisant la route d’une jeune femme junkie qu’elle accueille dans l’appartement familial qu’elle occupe en hauteur dans les tours parisiennes Beaugrenelle où elle va semer un peu d’amour et beaucoup de désolation.

Avec son sourire désarmant Charlotte Gainsbourg joue à la perfection le rôle de la mère aimante et fragile, tendrement malmenée par ses ados qui tracent leur route, entre révolution et poésie. La reconstitution de l’époque est parfaite : bus à plateforme, poster des Dogs dans la chambre du fils, automobiles R16 sur les voies du berge pompidoliennes, téléphones à cadran, la bande son avec Lloy Cole et Television… Et tout se termine à peu près bien, sauf pour la junkie dont on ignore le sort final dont on peut craindre qu’il ne soit pas trop positif.  

Un film est touchant !

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Le temps de l’irresponsabilité

On se souvient que des émeutiers on copieusement saccagé villes, magasins, bâtiments public, véhicules variés et mobilier urbain, et ce tous les samedis durant des mois entre 2018 et 2020. La préfecture de Puy-en-Velay avait même été attaquée et incendiée et le président de la République qui s’y était rendu quelques jours plus tard pour soutenir le préfet et son équipe, le 04/12/2018, avait dû être évacué d’urgence devant les menaces des manifestants.

L’une des premières émeutes avait abouti au saccage de l’arc de triomphe lors d’une des premières manifestations avec une série de photos et de vidéos impressionnantes dont notamment celles d’une bande de zozos faisant les clowns sur ta tombe sur soldat inconnu. Pendant ces deux années de troubles insurrectionnels il y eut de nombreux blessés lors de combats de rue entre les forces publiques et les émeutiers, et des dizaines de millions d’euros de dégâts.

Bien entendu, les contribuables et les assurances (donc leurs clients-cotisants) avaient payé rubis sur l’ongle pour réparer ces destructions et soigner les blessés. On apprend aujourd’hui que le tribunal administratif de Paris vient de condamner l’Etat à indemniser la municipalité de Paris à hauteur de 1,4 millions d’euros.

…en raison des dégradations subies à l’occasion des manifestations organisées dans le cadre du mouvement des « gilets jaunes ».

https://presse.paris.fr/pages/20148

On est là au cœur de la déresponsabilisation des citoyens qui tend à être érigée en règle de fonctionnement de nos démocraties repues. Quand des furieux dévastent l’environnement commun c’est la faute de l’Etat et donc de ses contribuables qui doivent payer. D’autres villes ont déjà, ou auront, des indemnisations similaires. La puissance publique est accusée de ne pas savoir maintenir l’ordre et est donc jugée financièrement responsable des dommages endurés par la communauté.

En l’occurrence il s’agit d’un transfert de charges des contribuables locaux vers les contribuables nationaux, ce qui ne change pas grand-chose : les contribuables payent ! C’est ainsi, l’Etat français est considéré comme ayant des poches profondes et disponible pour régler tous les errements de ses citoyens.

Lire aussi : Le coût des émeutes
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Ces émeutes nous ont quand même donné l’occasion d’une franche poilade lorsque l’on vit les opposants de droite au début du mouvement à la fois soutenir les émeutiers et critiquer le « laxisme » du gouvernement. L’inénarrable Laurent Wauquiez a même revêtu le « gilet jaune » emblème des contestataires sur son inséparable parka rouge :

Toutefois, ces imprudents se sont assez rapidement mis en retrait de ce soutien un peu trop vite octroyé, lorsque les émeutiers ont commencé à défoncer les portes de ministères à coup de bulldozers, ou à affirmer leur volonté de « prendre l’Elysée ». Trop tard, les photos et les enregistrements étaient pris et restent disponible pour illustrer l’opportunisme qui est quand même le mode de fonctionnement privilégié de la classe politique française, au détriment de l’intelligence, hélas !

MENGISTE Maaza, ‘Le roi fantôme’.

Sortie : 2019, Chez : Editions de l’Olivier (2022)

C’est le magnifique deuxième roman de cette écrivaine éthiopienne de nationalité américaine centré cette fois sur la période de la colonisation italienne (1933-1941) après avoir traité de la révolution marxiste éthiopienne de 1974 dans « Sous le regard du lion » sorti en 2012. Son écriture s’est renforcée, son style perfectionné pour, toujours et encore, parler de ce pays martyrisé qui la hante et que sa famille a fui en 1974 alors qu’elle était encore enfant.

A travers des personnages appartenant à trois environnements qui s’entrechoquent : le roi Hailé Sélassié et sa cour, le colonisateur italien plutôt violent et dominateur, et les combattants locaux, elle raconte l’Ethiopie éternelle, son organisation sociale et politique d’un autre âge, la sauvagerie de la colonisation inspirée par Mussolini, qui n’a jamais vraiment abouti au-delà du contrôle de quelques grandes villes, et le combat fiévreux de son peuple inspiré par son Roi-divinité, ses traditions et son attachement à la terre des ancêtres.

Les deux personnages principaux, Ettore, le soldat italien photographe, qui scelle sur la pellicule les atrocités de l’armée d’invasion à laquelle il appartient, et Hirut, la servante éthiopienne devenue rebelle, voient leurs destins s’entrecroiser jusqu’à leurs retrouvailles en 1974 dans une gare d’Addis-Abeba où elle lui remettra les lettres qu’il a écrites à ses parents et jamais envoyées durant la guerre coloniale. Car cet italien a aussi un passé à découvrir, celui de ses parents, juifs slaves, victimes des pogroms antisémites qui pullulaient au début du Xxème siècle en Russie et en Ukraine, celui d’un frère aîné a priori disparu dans ces massacres, passé qu’il ne fait qu’effleurer à l’occasion d’une lettre reçue de son père au milieu des plateaux brûlants de l’Ethiopie.

Hirut lui a fait face l’occasion des combats mais l’a finalement épargné alors qu’elle tenait son sort entre ses mains. Elle a senti le dilemme de cet homme reproduisant des actes criminels à l’encontre des Ethiopiens, ou à tout le moins, ne les contestant pas, identiques à ceux endurés par son frère et ses parents en Europe de l’Est, tout en ignorant ce qu’ils avaient subi. En décrivant la vie de Hirut, Mengiste ne cache pas l’aspect moyenâgeux de l’Ethiopie où les nantis ont libre cours pour battre, violer, et traiter les pauvres à leur services comme des esclaves.

C’est aussi une histoire de rédemption et, presque, de pardon, qui mêle les guerres de colonisation en Afrique avec la guerre contre le fascisme qui a dévasté l’Europe au milieu du Xxème siècle. L’auteure raconte cette aventure comme une épopée où parfois les légendes se mêlent à la réalité et où les personnages mènent en parallèle le dialogue avec leurs contemporains de conversations avec ceux qui ne sont plus là. L’animisme si présent en Afrique infuse l’écriture de Maaza Mengiste qui mélange avec talent la réalité de la colonisation, du servage, du combat et les chimères d’un mysticisme qui permet à ces hommes de survivre dans la barbarie dont est baigné leur pays.

Une guerre d’un autre âge

La guerre russe contre l’Ukraine (qualifiée officiellement d’« opération militaire spéciale ») se poursuit. L’armée russe semble avoir abandonné, au moins provisoirement l’idée d’occuper tout le pays et d’en changer le gouvernement élu, pour se concentrer sur la région du Donbass, frontalière de la Russie, à l’est de l’Ukraine, et déjà partiellement occupé depuis 2014.

A Moscou c’est toujours le même défilé de galonnés qui expliquent dans les médias que « l’opération spéciale » suit son cours selon les plans initiaux. Le président russe et son ministre des affaires étrangères continuent à évoquer la menace d’une guerre nucléaire contre l’Occident. La Russie ne semble pas gênée outre-mesure par les sanctions économiques prises par les pays occidentaux même s’il est probable que l’impact ne manquera pas d’être négatif à moyen terme. Pour autant que l’on sache, l’opinion russe n’est pas majoritairement opposée à cette guerre ni à la volonté de leur président à rendre à la Russie son statut de grande puissance.

L’Ukraine fait profil bas sur ses opérations militaires contre la Russie qui semblent être plutôt bien menées à l’aide d’importantes fournitures d’armes occidentales. Les images diffusées par les médias sont terrifiantes quant au niveau de destruction des villes qui ont été attaquées par Moscou. Marioupol en est le symbole où tous les immeubles civils semblent avoir été visés par des bombardements qui ont tout détruit. On se demande même ce que fera Moscou de cette ville si elle arrive à la garder dans son escarcelle : ses habitants ukrainiens l’ont en grande partie désertée, il n’y a plus ni infrastructures ni habitat possible pour le moment. Est-ce que la Russie la coloniserait en y faisant venir des Russes « de souche » et la reconstruirait ? Il est peu probable que l’Occident paye pour réhabiliter une ville ukrainienne qui resterait occupée par la Russie. Le cas de Marioupol n’est pas unique et d’autres villes ukrainiennes ont connu le même sort même si de façon moins extrême semble-t-il.

Cette guerre est un désastre humain, politique et financier. Elle relève d’un autre âge, du temps où l’Union soviétique envoyait l’Armée rouge reprendre le contrôle des « pays frères » communistes qui, déjà, cherchaient à prendre la tangente avec la doxa du Kremlin. Elle va laisser des traces pour des siècles. Les haines et les rancunes vont peser durablement, non seulement entre les deux belligérants, mais aussi entre la Russie et l’Occident. C’est le retour à l’atmosphère de la guerre froide avec des risques de confrontations directes probablement plus importants compte tenu des comportements plus irresponsables et populistes des dirigeants d’aujourd’hui.

L’après-guerre risque d’être aussi une période de confrontations ardues, mais sur le tapis vert ce qui généralement provoque moins de morts que la guerre « chaude ». La Russie s’est déjà éloignée du monde occidental et va vivre son destin, probablement asiatique. L’illusion d’une compatibilité de ce pays avec l’Europe a fait long feu. Il restera Chostakovitch et Tolstoï, et pour la réconciliation, on en reparle dans trois cents ans !

La déconvenue des traîtres à droite

Lorsqu’Éric Zemmour, polémiste de plateaux télévisés, annonça sa candidature à l’élection présidentielle en novembre 2021 il remporta un franc succès dans les sondages, montant jusqu’à 15% des intentions de vote, à tel point que nombre d’élus aux convictions molles ont quitté les partis Les Républicains (LR) et Rassemblement National (RN) pour rejoindre Reconquête !, le parti créé par Zemmour pour soutenir sa conquête.

Guillaume Peltier (vice-président LR), Gilbert Collard (74 ans, avocat médiatique), Jérôme Rivière (chef des eurodéputés RN), Philippe de Villiers (73 ans, retraité de la droite décomplexée), Christine Boutin (78 ans, ancienne ministre conservatrice et bigote), Patrick Buisson (73 ans, ancien conseiller conservateur du président Sarkozy, impliqué dans différentes affaires financières et qui enregistrait secrètement ses conversations avec le président) et surtout, Marion Maréchal ex-Le Pen, petite fille du parrain Jean-Marie Le Pen, qui a trahi sa cousine Marine Le Pen, candidate du partie RN.

Tout ce petit monde devait croire en la victoire de son poulain polémiste de plateaux télévisés, espérer quelques postes en échange d’un soutien de dernière heure. Las, il a terminé avec un score peu glorieux de 7% au premier tour ce qui l’a empêché bien entendu de s’aligner pour le second. Ses afficionados de circonstance ont dû se mordre les doigts de leur félonie et doivent se promettre d’y réfléchir à deux fois avant une nouvelle trahison, car il va bien falloir qu’ils se recasent (sauf pour les plus âgés) : rester chez le perdantou refranchir le Rubicon pour retrouver leurs anciens camarades ?

Lire aussi : Le bal des traîtres en surchauffe
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Changer de camp, en politique comme en privé, est toujours un risque à prendre et on ne gagne pas à tous les coups. Le moins dangereux est sans doute de rester fidèle à ses idées en essayant de convaincre ses amis plutôt que de fuir dans le camp d’à côté à la moindre alerte sondagière !