HEBRARD Frédérique, ‘Le Château des Oliviers’.

Moitié roman de gare, moitié récit du terroir, « Le Château des Oliviers » a servi de base au scénario d’une série télévisée à succès dans les années 1990′. Son auteur, Frédérique Hébrard, née en région occitane, aime la Provence et le fait savoir. Le seul problème réside dans l’accumulation de faits improbables dans un roman un peu poussif, dégoulinant de bons sentiments.

VOLTAIRE, ‘Candide’.

Voltaire au Panthéon (Paris)

En ces temps troublés du XXIème siècle où des pans entiers de la pensée sont abandonnés aux idéologies, aux minorités, aux religions, à l’obscurantisme… relire « Candide » de Voltaire relève de l’hygiène de l’esprit.

Les pérégrinations de Candide, Pangloss, Mlle. Cunégonde et leurs amis à travers la planète sont un régal à lire. Plein d’ironie et de réalisme, Voltaire règle ses comptes avec Leibnitz qui, par les mots de Pangloss, pense que « les choses ne peuvent être autrement » et que tout est bien dans le meilleur des monde. Candide découvre qu’il en est malheureusement tout autrement et que les hommes se font la guerre, que les femmes sont violées, que la terre tremble, les villes flambent, que les religions divisent…

Mais l’Eldorado existe aussi, un monde de pureté et de paix, et parfois la providence nous fait retrouver ceux et celles que l’on croyait perdus et que malgré l’avidité et le nombrilisme des hommes il arrive que l’amour et la paix l’emportent pour peu que l’on « cultive son jardin », et que travailler « sans raisonner » permet de construire le Jardin d’Eden .

LOTI Pierre, ‘Pêcheur d’Islande’.

Sortie : 1886, Chez : Calmann-Levy / Le Livre de Poche n°2271.

Pierre Loti (1850-1923) a été marin et navigué sur toutes les mers du monde. « Pêcheur d’Islande » raconte la rude vie des pêcheurs de Paimpol partant chaque année pour plusieurs mois sur les bancs de poissons autour de l’Islande, laissant dans leurs petits villages bretons femmes et enfants, fiancées et parents. Chaque année quelques bateaux ne reviennent jamais et les noms des marins ainsi disparus sont inscrits sur les plaques de marbre affichées dans les petites chapelles de granit qui peuplent le long des côtes.

Nous sommes à la fin du XIXème siècle et la navigation est périlleuse dans les parages du grand Nord. La France est de plus engagée dans des combats en Indochine et la Royale recrute ses marins en Bretagne. Yann et Sylvestre vont tous deux ne pas revenir l’un d’Islande, ni l’autre du Vietnam, laissant Gaud, récemment mariée au premier et cousine du second, éplorée.

Ce petit roman retrace la vie austère de ces bretons taiseux et durs à la souffrance. Il décrit avec délicatesse l’enchantement des paysages de ces côtes sauvages et la rude vie à bord des bateaux de l’époque où la pêche harassante était entièrement manuelle, entre tempêtes déchaînées ou grands calmes, brouillards sans fin propices à laisser divaguer les âmes vers les villages où ils ont laissé leurs amours et leurs soucis. Désespérée, Gaud va rejoindre le peuple des veuves de marins qui trottinent, toutes vêtues de noir, sur les sentiers de douaniers qui longent cette mer nourricière si cruelle.

C’était la vie de Bretons aimantés par la mer, condition de leur survie mais aussi, souvent, de leur désespoir.

En se promenant dans Paimpol, le visiteur peut découvrir aujourd’hui une petite notice historique expliquant que ce roman a sans doute été inspiré à Loti par une paimpolaise dont il a été amoureux…

Plus de joujou pour le président

Certains réseaux dits « sociaux » ont supprimé purement et simplement les comptes personnels de Donald Trump à la suite de son appel à « marcher sur le Capitol », compris par ses fans comme « envahir le Capitole », qu’ils ont donc pris d’assaut ce 7 janvier provoquant cinq morts. C’est le cas notamment de Twitter et de Facebook, très utilisés par le président pour gouverner le pays durant son mandat qui se terminera ce 20 janvier.

Les défenseurs de la « liberté d’expression », même ceux qui sont opposés à ce président, s’émeuvent que la décision d’une entreprise privée puisse ainsi influencer sur le débat public. En réalité la liberté d’expression du président Trump n’est en rien bafouée. Il peut faire autant de conférences de presse qu’il le souhaite et la presse accréditée rendra compte de ses propos. Il peut communiquer via le site internet de la Maison-Blanche (The White House) et, s’il a vraiment besoin de continuer à utiliser un moyen de communication de type Twitter, n’importe quel gamin un peu geek peut lui créer un réseau avec trois serveurs, deux logiciels libres et une bonne liaison par fibre dans un grenier et il n’aura plus à passer sous les fourches caudines d’un réseau ou d’un hébergeur, et personne donc pour le censurer !

Au-delà de ce psychodrame de peu d’intérêt, le monde est en train de découvrir la puissance de ces fameux GAFAM (Google, Apple, Facebook, Microsoft et Amazon, et sans doute quelques autres). Grâce à leur phénoménale capacité d’innovation ces entreprises ont surfé sur l’économie libérale qui leur a permis de grossir et d’atteindre une situation de monopole. La théorie économique explique doctement qu’une entreprise qui atteint une taille de monopole ne joue plus avec les règles de la concurrence, écrase son secteur et perd ainsi sa capacité à innover. C’est la raison pour laquelle cette même théorie prévoit également des règles anti-trust pour rétablir le bon fonctionnement de la concurrence. L’exemple le plus marquant de cette politique fut le démantèlement du monopole des télécommunications d’AT&T (American Telephone & Telegraph) aux Etats-Unis dans les années 1970’.

En réalité, la censure que peuvent exercer les GAFAM et assimilés sur les réseaux dits « sociaux » qu’il contrôlent n’est qu’une toute petite partie émergée de l’iceberg et finalement de peu d’importance lorsqu’on voit le niveau « de caniveau » des messages qui y circulent. C’est un peu comme fermer le Café du Commerce du coin de la rue, la pensée survivra et s’en portera sans doute mieux. Limiter la diffusion de messages sur Twitter ce n’est pas nuire à la liberté d’expression, c’est au contraire rétablir l’exigence d’intelligence !

En revanche la capacité technologique des GAFAM à tracer nos vies numériques et en stocker tous les évènements est bien plus effrayante. L’économie libérale ferait sans doute bien de sérieusement réfléchir à l’opportunité de démanteler ces mastodontes du numérique, d’une part d’un point de vue sociétal, mais aussi afin de rétablir les conditions d’une saine concurrence présentée comme le Graal par la pensée économique capitaliste.

Retournements de veste en série après l’assaut contre le Capitole à Washington

L’invasion du Capitole de Washington par une bande furieux ce 6 janvier aura fait finalement cinq morts. Trois sont décédés à l’extérieur d’attaques cardiaques et autres pathologies ; dans l’enceinte même du bâtiment, un policier est mort de ses blessures le lendemain après avoir été frappé à coups d’extincteurs, une manifestante a été atteinte par un tir de la police. L’un des agresseurs portait un T-shirt siglé « Camp Auschwitz – Works brings freedom » autour d’une tête de mort, un autre était affublé de cornes de bisons et d’une peau de bête, certains couraient avec un drapeau confédéré au vent, une partie de la foule avait élevé une potence et appelait à « pendre » le vice-président qui avait « trahi » son chef en acceptant de valider la victoire de son successeur… Pendant ce temps, les parlementaires, le vice-président et le personnel avaient été évacués dans les parkings pour les mettre à l’abri.

C’est maintenant l’heure des retournements de veste en série. Un certain nombre de conseillers et de ministres du président Trump démissionnent huit jours avant son départ définitif de la Maison-Blanche arguant qu’il avait incité les manifestants, venus le soutenir physiquement, à envahir le Capitole. Ces démissionnaires de la dernière heure ne sont guère crédibles après avoir cautionné quatre années durant les actes de leur président. Tout ce petit monde a sans doute eu rétrospectivement peur que l’assaut du Capitole se soit terminé bien plus mal compte tenu de la passion américaine pour les armes et les tueries de masse réalisées régulièrement dans ce pays par des furieux encore plus furieux que la moyenne. La police a retrouvé quelques explosifs dans les véhicules de manifestants.

On a sans doute évité le pire pour cette fois mais ça n’est peut-être que partie remise. Il est à craindre qu’il n’existe parmi l’extrême droite quelques furieux-furieux capables de commettre un meurtre de masse dans l’enceinte d’une institution comme le Capitole. 15 000 hommes armés de la Garde nationale sont actuellement déployés dans la capitale afin de protéger la cérémonie d’investiture du nouveau président le 20 janvier prochain, et dans le même temps les réseaux dits « sociaux » fréquentés par les furieux fourmillent d’appels à manifestation dans différentes villes le 20 janvier.

Tout le monde tombe maintenant à bras raccourcis sur le président Trump après ce qu’il s’est passé au Capitole. En réalité les primo-coupables sont les furieux et ils sont activement recherchés. Certains ont déjà été arrêtés ce qui a été grandement facilité par leur propension à s’autofilmer avec leurs téléphones mobiles, à visages découverts, et à diffuser leurs exploits plus ou moins en direct sur les réseaux dits « sociaux ». Trump est bien sûr leur guide « spirituel » et il n’a cessé d’attiser leur colère. Le journal New York Times a analysé ses 11 500 tweets diffusés durant les trois premières années de sa présidence sur son compte personnel. Cela fait une moyenne de 10 tweets par jour qu’a priori il rédige le matin et le soir lorsqu’il est seul chez lui et donc non influencé par ses conseillers. Ces messages racontent donc la vraie pensée du président et son moyen de gouverner. Il y a des insultes et des fautes de grammaire, des contre-vérités et de la démagogie, mais aussi des décisions politiques (il a viré un certain nombre de ses ministres via ce réseau), bref, tout ce qu’il faut pour motiver la bande de furieux du Capitole dont on va encore entendre parler, même après le départ de leur héros de la présidence.

Les électeurs américains ont élu le président Trump en 2016 et il a gouverné à sa façon durant quatre ans. 74 millions lui ont renouvelé leur confiance en 2020 ce qui ne fut pas assez pour assurer sa réélection. Les Etats-Unis d’Amérique doivent maintenant se dépatouiller de cette situation et des furieux qu’elle a engendrés. Le problème Trump semble presque derrière nous mais il faut désormais gérer ses enfants. Pas sûr que la politique de la main tendue annoncée par le nouveau président ne soit efficace. On ne sait d’ailleurs pas bien quoi lui suggérer pour rétablir ce pays dans les clous d’une cohabitation apaisée entre ses citoyens. A moins que l’ensemble de l’occident ne bascule dans le trumpiste ce qui n’est pas totalement à exclure. Ce serait la fin de la démocratie telle que nous l’entendons aujourd’hui. On a les dirigeants que l’on mérite !

KLARSFELD Beate et Serge, ‘Mémoires’.

Sortie : 2015, Chez : Le Livre de Poche n°35809.

Après moulte tergiversations et malgré un programme toujours très chargé pour enrichir la mémoire de la Shoah en France et poursuivre les nazis et leurs affidés à travers la planète, le couple Klarsfeld (une allemande non juive et un français juif) ont décidé, à presque 80 ans, d’écrire leurs mémoires. Le résultat est passionnant et on lit ces 1 000 pages en format poche comme un roman policier sauf que… ce n’est pas un roman mais le récit de l’engagement de la vie de ce couple pour que les crimes nazis commis contre les juifs ne soient pas oubliés, et puissent même être condamnés quand les coupables étaient encore vivants.

Le père de Serge est mort en déportation, celui de Beate a été soldat dans la Wehrmacht, la rencontre de ce couple improbable se fait sur un quai du métro parisien en 1960 où commence leur amour et un combat qui dure toujours. Ensemble ils ont lutté contre le retour au pouvoir d’anciens nazis (le chancelier Kiesinger en Allemagne en 1968, Kurt Waldheim, secrétaire général de l’ONU puis président autrichien), ils ont traqué les nazis ayant fui l’Allemagne après la défaite pour se réfugier dans des dictatures et, parfois, collaborer avec les pouvoirs en place : Aloïs Brunner en Syrie, Mengele, Rauff ou Klaus Barbie en Amérique latine, ils sont arrivés à faire juger en Allemagne quelques criminels nazis de « haut vol » comme Liska ou Hagen qui menaient une vie tranquille en RFA.

Serge s’est plutôt spécialisé dans le traitement de la Shoah en France : faire reconnaître l’implication des gouvernants français dans les déportations, dans les lois anti-juives, allant même parfois au-delà des espérances nazies. Grâce à un colossal travail d’exploitation des archives ils vont à la fois confondre nombre de coupables français (Papon, Leguay, Bousquet…) et retracer en le documentant le parcours des juifs français victimes de la Shoah. Car on constate avec les auteurs que tout ou presque existait dans les archives sagement conservées par différents étages de la puissance publique : les noms de ceux qui ordonnaient les déportations, les notes manuscrites de Pétain sur le premier projet de loi anti-juive poussant à l’aggraver, les convois de la mort avec dates, horaires, numéros des wagons, listes des passagers, etc. Serge a publié plusieurs ouvrages retraçant en détails les parcours brisés de ces 76 000 juifs de France victimes de la Shoah, et particulièrement ceux des enfants

Les époux Klarsfeld ont passé 60 ans de leur vie dans les cartons d’archives, devant les tribunaux pour faire condamner les criminels nazis ou à la tête de manifestations à travers la planète pour protester contre l’impunité de certains criminels. Ils ont fait quelques séjours en prison pour avoir dépassé parfois les limites légales mais n’y sont jamais restés très longtemps. Leur incroyable ténacité leur a permis de faire changer des lois, condamner des coupables et, surtout, de soutenir et de réconforter la génération des enfants des déportés. Il n’y a guère de sujets liés à la Shoah en France où Serge Klarsfeld ne soit pas partie prenante, du Mémorial de la Shoah au discours du Vel d’Hiv du président Chirac, de la publication d’une documentation extrêmement détaillé et personnalisée sur les juifs assassinés à la politique d’indemnisation pour les orphelins.

Le style de ces mémoires est très sobre et factuel, rien de personnel ne transparaît dans ces pages uniquement consacrées à la narration des actions menées depuis 1960. Serge et Beate se passent la plume et chaque chapitre est rédigé par l’un d’eux. On sent transpirer dans ces mémoires l’incroyable et sereine volonté qui anime ce couple et lui a permis d’atteindre nombre de ses objectifs, sans haine particulière mais juste le but irrépressible de faire reconnaître les crimes commis, d’en perpétuer le souvenir et de soutenir les fils et filles des victimes.

Leur fils Arno (le prénom du père de Serge mort à Auschwitz-Birkenau), avocat comme son père, a pris le relais et les épaule déjà dans leurs actions depuis plusieurs années. Dans une postface à l’ouvrage, Serge constate qu’à plus de 80 ans sa tâche se termine mais que la mémoire de la Shoah exige que le combat se poursuive.

LERAUD et VAN HOVE – Inès et Pierre, ‘Algues vertes – l’histoire interdite’.

Sortie : 2019, Chez : La revue dessinée / Delcourt.

Irène Leraud est une journaliste d’investigation qui s’est spécialisée dans les sujets de santé publique après que sa mère ait été malade du fait de ses plombages dentaires. Elle relate ici sous forme de bande dessinée, grâce au talent du dessinateur Pierre van Hove, une enquête menée en Bretagne sur les algues vertes qui envahissent les plages et auraient provoqué des morts d’hommes et d’animaux, intoxiqués par le gaz généré par leur pourrissement. Ces algues seraient le résultat des rejets de nitrate dus à l’agriculture intensive : engrais étendus dans les champs et lisier produit par l’élevage des porcs.

Si ces algues vertes semble effectivement proliférer du fait de l’agriculture intensive menée en Bretagne depuis la fin de la Iième guerre mondiale, le reste est une affaire de lobbies qui s’opposent. Les scientifiques, les médecins, les agriculteurs intensifs, les extensifs, l’agro-industrie, le secteur du tourisme, l’administration, les élus locaux… bref, tout un petit monde plutôt nerveux (on est en Bretagne) et défendant ses intérêts corporatistes plutôt que l’intérêt général. On est d’accord pour évoluer mais pourvu que ce soit le voisin qui commence.

Nous sommes en France, alors tout le monde se tire dans les pattes, fait assaut de mauvaise foi et se tourne vers l’Etat (en ne cessant de le critiquer) pour régler des problèmes qui ne devraient pas remonter à ce niveau mais se résoudre localement entre gens bien élevés et de bonne compagnie. Le livre se termine sur une note très légèrement optimiste, constatant une baisse des taux de nitrate rejeté dans la mer, mais pas toujours à cause d’actions humaines. Qu’importe, c’est toujours bon à prendre !

Trop morts de rire les ennemis des Etats-Unis d’Amérique…

Après les émeutes de Washington qui ont vu une bande de furieux envahir le Capitol et fait cinq morts dont un policier à l’intérieur du parlement, tué à coups d’extincteur, les pays autoritaires ennemis de l’Amérique se tiennent les côtes devant l’évènement et n’ont pu s’empêcher de diffuser des messages ironiques sur la démocratie américaine. C’est de bonne guerre compte tenu des leçons de morale que les démocraties occidentales leur assènent régulièrement.

Un porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères a souhaité un « retour à l’ordre » tout en notant que lors de l’invasion du parlement de Hong-Kong par des manifestants prodémocratie les réactions de personnalités américaines avaient été fort différentes, mais que fort heureusement il n’y avait pas eu de mort à Hong-Kong.

Un élu russe, Konstantin Kosachev, président de la commission des Affaires étrangères de la chambre haute du Parlement, a proclamé que « la fête de la démocratie est terminée » en plaignant l’Amérique « boîtant des deux pieds ».

Et l’Iran bien sûr a ironisé par la voix de son président sur la « grande nation américaine » dirigée par un populiste qui a provoqué un désastre, en espérant que les prochains dirigeants américains en tiendront compte.

La leçon de tout ceci est que nos démocraties devraient à l’avenir s’abstenir de donner des leçons de gouvernance à la planète entière sur comment elles doivent se tenir. Organisons nos pays comme nous l’entendons et laissons les autres faire de même. Si nos Etats veulent promouvoir la démocratie chez les autres, qu’ils le fassent de façon discrète sans le claironner, exactement de la même façon que la Russie, par exemple, tente de saper les démocraties avec des cyberattaques d’ampleur et autres actions de soft power tout en niant continuellement en être à l’origine, même devant l’évidence. Et même en matière de hard power, on se souvient que lors de l’invasion de la Crimée ukrainienne par la Russie en 2014, les militaires russes ne portaient aucun insigne pouvant les rattacher à Moscou et, une fois avéré qu’ils étaient russes, le président Poutine avait déclaré, sans rire, qu’il ne pouvait pas empêcher ses citoyens d’aller passer leurs « vacances » en Crimée si tel était leur bon plaisir ! Ce n’est qu’une fois l’opération militaire aboutie par les « forces d’autodéfense » que le parlement de Crimée demanda son rattachement à la Russie, demande qui fut acceptée.

Agissons dans le respect de nos règles démocratiques plutôt que de communiquer, voici une tactique qui devrait d’ailleurs s’appliquer dans bien d’autres domaines.

Une fin de parcours en apothéose

Donald Trump

Le président des Etats-Unis d’Amérique Trump est en train de finir son mandat de quatre ans comme il l’avait entamé : en apothéose. Et il est même peut-être prématuré de parler de fin de mandat car il lui reste encore quinze jours avant de remettre les clés du camion à son successeur, soit encore largement assez pour nous surprendre.

Après avoir refusé d’admettre sa défaite à l’élection présidentielle du 3 novembre il a promu une manifestation de ses supporters hier à Washington à qui il a délivré un discours habituel sur cette « élection volée » et appelé ceux-ci à « marcher » sur le Capitole. Il n’y a pas eu besoin de leur répéter longtemps et ce Capitole étant situé à quelques centaines de mètre de la Maison Blanche, à 20h, heure locale, une horde de furieux cassait vitres et portes et entrait dans ce bâtiment. Les forces de sécurité n’ont pu empêcher cette invasion et on a vu circuler des photos redoutables de certains de ces furieux parader dans les bureaux des dirigeants du Parlement, dont celui de Nancy Pelosi, 80 ans, présidente de la Chambre des représentants.

Les parlementaires qui étaient en train de certifier l’élection du nouveau président ont été évacués par la police avant de pouvoir reprendre leurs travaux. Une femme a été tuée par la police à l’intérieur du Capitole et trois autres décès ont été constatés aux alentours, sans avoir plus de précisions sur les causes de ces morts. Les images de l’invasion du Capitole ont à ce point bouleversé les non-trumpistes que les réseaux dits « sociaux » ont suspendu les comptes de Donald Trump, notamment sur Facebook et Twitter. Ces deux réseaux étant le mode de communication favori de ce président tragico-comique, l’oiseau voit ainsi ses ailes un peu rognées pour le moment.

On a les dirigeants que l’on mérite. Trump a été élu, il est venu et il a gouverné à sa façon qui a quand même satisfait plus de 70 millions d’électeurs qui viennent de revoter pour lui. La majorité a choisi son successeur, voyons-le maintenant à l’œuvre mais il va bien devoir compromettre d’une façon ou d’une autre avec les 70 millions de trumpistes qui ne vont pas disparaître d’un coup.

En moins dramatique, la France a connu un épisode similaire lorsqu’en décembre 2018 une même horde de furieux a dégradé l’Arc de Triomphe au cours d’une manifestation, prenant des selfies assis sur le monument au soldat inconnu. Quelques émeutes plus tard, ils tentent de pénétrer dans le ministère du porte-parolat du gouvernement après avoir défoncé la porte d’entrée avec un véhicule de chantier volé. Certains se dirigent vers l’Elysée en affirmant leur objectif d’y « entrer » de force, ce qu’ils n’ont pas pu faire pour le moment.

Nos vieilles démocraties, de l’Amérique du nord à l’Europe, sont confrontées à l’émergence de ces populations insatisfaites renonçant aux méthodes de revendication habituelles, contestant tout ce qui vient du « système » et élisant des dirigeants à la Trump ou à la Bolsonaro (au Brésil). C’est l’échec de la démocratie telle qu’elle a été conçue par nos parents au lendemain de la IIème guerre mondiale. Nous vivons aujourd’hui un drame de la bêtise, des pays sont gouvernés sur Twitter, les réseaux dits « sociaux » prennent le pouvoir en 140 signes, la publicité abrutit les populations, des journalistes érigent l’absence de réflexion en mode de fonctionnement, des hommes politiques diffusent des images de leur sexe sur Facebook, d’autres sont condamnés en justice pour fraude fiscale ou détournement d’argent public, des joueurs de fouteballe sont décorés de la légion d’honneur, le dogme religieux empiète de plus en plus sur la raison, la vulgarité prend le pouvoir, des théories foutraques inspirent les gouvernants, la « vérité alternative » se glisse dans la politique, chacun menace et injurie son prochain… Dans beaucoup de pays une fantastique énergie est dépensée à flux continus pour critiquer et geindre en permanence plutôt qu’agir. La France, elle, se désagrège sans doute plus rapidement que ses voisins européens.

C’est ainsi et nous devons assumer la responsabilité collective de cette décadence. Personne ne sait où elle nous mènera, nos enfants sont en train de prendre le relais en élisant des dirigeants « populistes ». Peut-être vont-ils instaurer un nouveau mode d’organisation de la société qui balayera toutes les certitudes sur lesquelles les générations précédentes ont bâti le monde occidental ? Les institutions démocratiques actuelles leur en donnent le droit et leur en offre l’opportunité. L’exigence d’intelligence et de démocratie est en train de se dissoudre dans les réseaux dits « sociaux ». L’avenir dira si l’on peut gouverner et survivre sans intelligence !

Lire aussi : Le crépuscule des bobos, l’envol des ploucs ! – Keep on rockin’ in the free world (rehve.fr)

RUDASHEVSKI Yitskhok, ‘Entre les murs du ghetto de Wilno 1941-1943’.

Sortie : 2016, Chez : Editions de l’Antilope.

C’est le récit d’un gamin de 13/14 ans, juif, enfermé dans le ghetto de Wilno (aujourd’hui Vilnius – capitale de la Lituanie), qui terminera assassiné par les nazis ou leur affidés en 1943, comme la plupart des habitants de ces bidonvilles-prisons. Plutôt mûr pour son âge, il tient le journal de la vie du ghetto, celle des petits bonheurs lorsqu’il parvient à faire rentrer un peu de farine dans la maison familiale, celle des désastres lorsque la police juive du ghetto fait du zèle ou lorsque les lituaniens antisémites « pogromment » la population juive, celles des grands espoirs lorsqu’il suit les victoires de l’Armée rouge qui se rapproche… Hélas, les soviétiques n’arriveront pas assez vite pour sauver Yitskhok dont le journal s’arrête brusquement le 7 avril 1943.

L’histoire de son manuscrit est en elle-même un petit miracle. A la liquidation du ghetto, bien que caché avec sa famille dans une « maline » (une cave murée, ou un double plafond, ou un placard masqué) ils furent trouvés et expédiés à Ponar, une forêt au sud de Wilno où les allemands et les lituaniens exécutèrent en masse près de 70 000 juifs. Après la libération de Wilno en juillet 1944, sa cousine et très proche amie qui avait survécu retourne au ghetto dans les reste de la maison de Yitskhok, y retrouve des photographies et autres petits souvenirs de sa famille et… le manuscrit de Yitskhok qu’elle confia à une organisation mémorielle juive qui le publia en 1953, puis dans une version en hébreu en 1968, en anglais en 1973.

Evidemment, les documents-récits sur la Shoah sont toujours tragiques. Celui-ci étant le journal d’un enfant, est d’autant plus émouvant. La clairvoyance dont il fait preuve sur les hommes et femmes qui peuplent le ghetto est impressionnante. Ce qu’on imagine des conditions dans lesquelles vivaient ces gamins, cernés par la mort, les tortures et la dévastation brise le cœur.

Une nouvelle polémique franchouillarde

Différents vaccins contre le coronavirus à l’origine de la covid-19 commencent à être approuvés à travers la planète et les campagnes vaccinales ont démarré. La France est un pays où une partie de la population est, d’une façon générale, plutôt sceptique par rapport aux vaccins. Cette réticence est relayée par quelques influenceurs-comploteurs de plateaux télévisés comme Isabelle Adjani. Le résultat est que les citoyens français, d’après les sondages, ne manifestent pas un enthousiasme démesuré à l’idée de se faire injecter les vaccins anti-covid-19 dont certains sont issus de technologies innovantes.

Les autorités ayant décidé de ne pas rendre ce vaccin obligatoire, un protocole de consentement « éclairé » avec un délai de quatre jours pour une éventuelle rétractation a été mis en place afin de « respecter » la volonté des français et être sûrs qu’ils ont bien compris ce dont il s’agissait. Evidemment ce aboutit au fait que la France vaccine beaucoup moins vite que ses voisins. Et, évidemment, tout le monde tombe sur le gouvernement « incapable de protéger ses citoyens »…

A peine les premières vaccinations réalisées, le bal des pleureuses est parti dans une nouvelle polémique. Les râleurs auraient bien entendu inversé leurs arguments de Café du Commerce pour critiquer une campagne sans protocole de « consentement éclairé », et justifier leur présence permanentes dans les médias racoleurs. La politique vaccinale française est à l’image du pays : souvent moins efficace que ses voisins en termes industriel et logistique, et soumis à une permanente contestation de gens qui ont le loisir (et la liberté) de consacrer une partie de leur temps de cerveau à se plaindre au lieu d’agir.

La France est « un pays de veaux » disait MonGénéral dont on vient de fêter le cinquantième anniversaire du décès. Il était visionnaire, on le sait ! Bonne année 2021 quand même.

« Manipulations, une histoire française » de Jean-Robert Viallet 5et6/6

Dans ces deux derniers épisodes du documentaire sur l’affaire Clearstream, on rentre dans l’incroyable implication de la politique intérieure française dans cette affaire grandguignolesque. Le repris de justice Lahoud ayant bien compris comment fonctionnait le cerveau torturé et complotiste du haut-fonctionnaire Gergorin, va l’alimenter avec ce qu’il attendait. Gergorin, ancien diplomate est toujours proche de Dominique Galouzeau de Villepin alors ministre des affaires étrangères, lui-même en guerre ouverte contre Nicolas Sarkozy alors ministre de l’intérieur, pour de basses histoires politiciennes de règlement de comptes sur fond de fidélité/trahison à l’égard du président de la République Chirac.

Alors, le repris de justice Lahoud introduit frauduleusement les noms de Sarkozy et de quelques autres sur les listings de comptes privés « non publiés » détenus par la société financière luxembourgeoise Clearstream, Gergorin devint fébrile et porta ces listings à Galouzeau de Villepin qui sans doute trépignait à l’idée de ce qu’il pourrait en faire avant, raisonnablement, de les transmettre à la justice, pour une enquête dans laquelle le juge Van Ruymbeke va ajouter des complications de procédure aboutissant à ce que le haut fonctionnaire Gergorin lui « transmette » ces listings via des lettres anonymes… On entre ici dans le côté burlesque de l’affaire où même ce juge expérimenté, notamment en charge de l’affaire des frégates de Taïwan, va lui aussi se faire embobiner par le repris de justice Lahoud et le Gergorin au cœur tendre !

Il sera finalement démontré assez facilement que les listings avaient été grossièrement falsifiés, sans doute par le repris de justice Lahoud, qui ne l’a jamais reconnu et tout ceci s’est terminé devant la justice et sur les plateaux télévisés :

  • Le repris de justice Imad Lahoud est de nouveau condamné définitivement à de la prison ferme pour dénonciation calomnieuse, faux et usage de faux (il est aujourd’hui à 53 ans professeur de mathématique)
  • Le haut-fonctionnaire au cœur tendre Jean-Louis Gergorin est condamné définitivement à de la prison ferme pour dénonciation calomnieuse, usage de faux, recel d’abus de confiance et vol (il est aujourd’hui à 74 ans chroniqueur-essayiste sur les sujets liés à la cybersécurité et on le voit régulièrement signer des chroniques publiées dans la presse quotidienne)
  • L’ex-ministre Dominique Gallouzeau de Villepin est relaxé des soupçons de non-dénonciation de listings truqués (il est aujourd’hui âgé de 67 ans et sévit dans des activités de conseil et de lobbying majoritairement en faveur de pays émergents)
  • Denis Robert, le journaliste qui avait initialement enquêté sur les mécanismes financiers de Clearstream avant d’être impliqué un peu malgré lui dans l’affaire du même nom et fait l’objet de multiples procédures menées par Clearstream pour diffamation, est blanchi de toute accusation
  • Le général Rondeau, « le maître espion français » aux petits pieds, révoqué par les services secrets et qui servit de petit télégraphiste pour distribuer les faux-listings est mis hors de cause dans l’affaire (il est décédé en 2017)

Ce documentaire très détaillé est mené à charge, sans doute à raison, contre les corneculs qui furent les vedettes de cette affaire, mais aussi contre « le système financier oppresseurs de citoyens » et c’est la que ses concepteurs prennent parti. En réalité, les chambres de compensation du type Clearstream sont des éléments nécessaires pour les activités financières désormais mondialisées et ont existé de tous temps. On ne peut évidement pas exclure que Clearstream, comme beaucoup d’autre banques à l’époque, ait procédé à du blanchiment d’argent et de l’escroquerie fiscale, plus ou moins couvert par des dirigeants peu scrupuleux. C’est ce que Denis Robert a voulu démontrer dans ses publications. La justice luxembourgeoise, sans doute assez peu pointilleuse sur le sujet à l’époque, ne l’a pas établi…

Le plus catastrophique dans cette lamentable histoire est de voir comment l’incompétence de hauts responsables français a pu les laisser se faire embobiner par la fratrie Lahoud, aussi rapidement et aussi complètement. Quelques jours après sa sortie de prison, Imad Lahoud était dans la salle à manger présidentielle d’EADS en présence de l’un de ses vice-présidents, Jean-Louis Gergorin, introduit par son frère Marwan. Quelques semaines plus tard il était recruté par les services secrets, sous couverture d’un contrat de travail avec EADS, sous l’égide d’un ex-membre de ces services qui en fut révoqué, le général Rondeau. Les bases de l’affaire Clearstream étaient jetées et tout ce petit monde va s’activer à brasser du vent et du complot durant des mois aux frais des contribuables (EADS est une société largement publique et les autres personnages sont des fonctionnaires), se laissant raconter toutes les sornettes possibles par un repris de justice, Imad Lahoud, au charme sans doute ravageur mais d’autant plus pernicieux qu’il s’adressait à des incompétents qui vont aller jusqu’à impliquer le monde politique qui n’a guère était plus perspicaces qu’eux tant les fausses informations diffusées les arrangeaient. Lahoud est longuement interviewé dans les six épisodes et raconte avec un petit sourire malicieux avec quelle facilité il a pu tromper ce petit monde de naïfs.

Reconnaissons néanmoins que les « vrais » services secrets après l’avoir recruté comme « correspondant » l’ont rapidement « débranché » compte tenu du non-respect de ses engagements à fournir de l’information au sujet des circuits financiers de la famille Ben Laden. La justice quant à elle, une fois saisie, a également facilement mis à jour la falsification des informations Lahoud et même déchargé le juge en charge qui était sortie du code de procédure pénale.

En réalité, cette lamentable affaire est plus une histoire de défaillance RH (ressources humaines) qu’autre chose. Les copinages franchouillards ont amené les groupes Lagardère puis EADS à embaucher un haut-fonctionnaire au cœur tendre pour un poste de vice-président « en chocolat » qui passa beaucoup de temps dans son bureau à comploter et envoyer des lettres anonymes, tâches qui ne figuraient manifestement dans la fiche de poste pour laquelle il était rémunéré. Il n’avait rien à faire dans cette fonction.

Le recrutement à sa sortie de prison de l’escroc Lahoud par EADS était également une erreur de casting qui n’aurait jamais dû se produire. La politisation de la gouvernance du groupe EADS a permis ce dysfonctionnement. Le maintien du général Rondeau dans les cabinets ministériels bien qu’il ait été révoqué par les services secrets est également difficilement compréhensible, à près de 70 ans à l’époque, et après de brillants états de services, il aurait été préférable pour la République qu’il goûte les joies d’une retraite paisible.

Bref, l’affaire Clearstream c’est trois pieds nickelés qui illustrèrent les dysfonctionnements de l’Etat dans le choix de certains de ses hauts responsables. Dès qu’elle arriva dans des mains professionnelles, celles de la justice, elle se révéla pour ce qu’elle était et la baudruche se dégonfla. Elle provoqua toutefois beaucoup d’agitation, de temps et d’énergie perdus, de soupçons infondés et le renforcement du sentiment populaire « on nous cache tout, on ne nous dit rien ». A ce titre, elle a affaibli la République.

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« Manipulations, une histoire française » de Jean-Robert Viallet 2et3/6
« Manipulations, une histoire française » de Jean-Robert Viallet 4/6

HARRIS William, ‘Lebanon, an history 600-2011’.

Sortie : 2012, Chez : Oxford University press (version en anglais)

Un livre universitaire qui se penche sur l’histoire agitée, et jamais apaisée, du Liban. Démarrée au VIIème siècle cette saga met en lumière l’aspect clanique qui a gouverné ce pays de ses origines jusqu’à l’époque contemporaine, et les effets souvent néfastes des interventions étrangères, des ottomans aux français, en passant par les britanniques, les israéliens, les syriens, les américains et bien d’autres.

Rien n’a vraiment changé aujourd’hui, les chefs de guerre se disputent avec les potentats religieux, les armes sont distribuées à profusion aux copains et aux coquins, tout le monde tire sur tout le monde, puis se réconcilie, puis repart en guerre. Israël, pays frontalier au sud, rentre et sort du Liban comme d’une auberge espagnole. Les réfugiés palestiniens arrivés en 1948 se sont incrustés et multipliés, gouvernant un état dans l’Etat. Les massacres sont légion : les chrétiens maronites, les chrétiens non-maronites, les druzes, les orthodoxes grecs, les musulmans sunnites, les musulmans chiites, les milices et les mafias, les leaders charismatiques, les militaires, les religieux et les civils… tout le monde s’allie puis se fâche puis se tue.

Le pays dérive depuis des siècles dans des rivière de sang, d’anarchie et de religion. Il y a tout au Liban, sauf le sens de l’Etat et de l’intérêt général.

« Manipulations, une histoire française » de Jean-Robert Viallet 4/6

Ce quatrième épisode de la saga Clearstream nous emmène sur les ventes d’armes françaises, notamment à Taïwan avec le désormais très fameux contrat dit des « frégates de Taïwan » mené par Thomson CSF, entreprise d’électronique de défense, nationalisée en 1981, et son patron Alain Gomez, dans les années 1990’. Ce contrat engage également d’autres fournisseurs comme la DCN (Direction des constructions navales, société publique) et Lagardère (missiles, groupe privé). Grand patron « de gauche », Gomez s’oppose en tout à Jean-Luc Lagardère, dont le groupe est également partie à ce contrat pour la partie des missiles devant équiper les navires de combat et dont les amitiés sont plutôt à droite. Le premier n’hésite pas à corrompre les acheteurs pour emporter les marchés, le second a plus de prévenance sur le principe. Dans le contrat taïwanais c’est Gomez qui va l’emporter et le montant exceptionnel de plus d’un demi-milliard d’euros est budgété pour les commissions à payer aux intermédiaires et aigrefins de tous genre qui rôdent autour de l’affaire d’une quinzaine de milliards au total. Le versement de commission est à l’époque légal. Ce qui l‘est beaucoup moins c’est le concept de rétrocommission qui apparaît à cette occasion, c’est-à-dire qu’une partie des commissions versées aux intermédiaires étrangers sont ensuite repayées en France à d’autres aigrefins. Il s’agit sans doute d’une nouvelle manière de financer les partis politiques qui n’ont plus la possibilité d’utiliser le système simpliste de la fausse facture utilisé durant des décennies mais la justice française ne parvint jamais à identifier qui encaissa ces rétrocommissions.

Et le lien avec Clearstream ? Eh bien il n’y en a pas sinon que le fonctionnaire Gergorin aimerait en voir un et que le repris de justice Lahoud (employé par le premier) va introduire le nom de Gomez dans les listings. Il n’en faut pas de plus pour rendre Gergorin définitivement fébrile à l’idée de pouvoir compromettre l’ennemi intime de son ex-patron déifié : Jean-Luc Lagardère, décédé depuis. Il va alors faire jouer tout son carnet d’adresses pour faire cheminer ses délires à travers ce qu’il lui reste de correspondants dans la haute administration et les ministères. Son employé, le voyou Lahoud, lui sert sur un plateau tout ce qu’il attend pour renforcer sa tactique de pied nickelé.

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« Manipulations, une histoire française » de Jean-Robert Viallet 2et3/6

« Manipulations, une histoire française » de Jean-Robert Viallet 2et3/6

Les épisodes 2 et 3 de l’affaire Clearstream font apparaître la Justice et le Parlement français qui, intéressés par les reportages du journaliste Denis Robert sur le fonctionnement de l’organisme de compensation bancaire Clearstream, vont mener informations judiciaires et commission d’enquête sur ce sujet techniquement complexe donc propice aux phantasmes des uns et des autres.  Chambre de compensation classique entre banques et établissements financiers, dont l’utilité a été renforcée dans le contexte de mondialisation financière, le journaliste soupçonne Clearstream d’abriter en plus des comptes d’entreprises et de particuliers « non publiés » permettant de procéder à des opérations frauduleuses et opaques.

Cela donnera lieu à « L’Appel de Genève » émis en 1996 par les grands juges européens anti-corruption (dont le français Renaud Van Ruymbeke) plus ou moins initié par Denis Robert et qui fera le sujet de l’un de ses livres « La justice ou le chaos ». Il est question de lutte contre les paradis fiscaux, les opérations financières opaques et autres dérives de la finance en voie de mondialisation qui aboutiront à l’apothéose de la crise financière des « subprimes » en 2008. Un rapport d’information parlementaire « sur les obstacles au contrôle et à la répression de la délinquance financière et du blanchiment des capitaux en Europe » est également publié par les députés socialiste Peillon et Montebourg qui semblent découvrir (avec une naïveté sans doute simulée) que les arcanes de la finance mondialisée peuvent aussi abriter de la fraude et du blanchiment… Ils entendent Denis Robert qui, entre temps, est l’objet de multiples procédures judiciaires initiées par Clearstream qui n’apprécie sans doute pas d’être mise en pleine lumière !

Le fil du documentaire quitte ensuite dans l’épisode 3 le cours ordinaire de Clearstream pour en venir au « complexe militaro-industriel » français. Le point d’entrée est Jean-Luc Lagardère, ingénieur flamboyant et visionnaire, qui est à l’origine du groupe portant son nom qui va réussir dans la production et la vente d’armes, et les médias, jusqu’à devenir l’un des actionnaires de référence du groupe européen EADS regroupant les activités aéronautiques (Airbus), militaires et spatiales de certains grands pays européens dont la France et l’Allemagne. C’est là qu’apparaît l’un des personnages clés de l’affaire : le fonctionnaire Jean-Louis Gergorin, ancien diplomate recyclé dans la vente d’armes, débauché du Quai d’Orsay par le groupe Lagardère puis recyclé chez EADS, et développant une espèce d’admiration amoureuse envers Jean-Luc Lagardère lequel va décéder en 2003 d’une infection nosocomiale à la suite d’une intervention chirurgicale bénigne à l’hôpital.

Il n’en faut pas plus à Gergorin pour théoriser l’assassinat de Lagardère. Dans le même temps le repris de justice Lahoud continue à vendre ses rêves aux services plus ou moins secrets de la République et à Gergorin qui l’emploie chez EADS ce qu’il veut entendre, il présente des listings de comptes tenus chez Clearstream obtenus par Denis Robert qui les avait lui-même reçus d’anciens employés de cette société dans le cadre de son enquête journalistique. Gergorin qui a priori n’est pas suremployé chez EADS monte des histoires abracadabrantesques sur ces comptes et les informations fantasmagoriques de Lahoud auxquelles il va donner une impulsion politique qui va déboucher sur l’une des plus incroyables affaires de la République.

Il reste encore trois épisodes…

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La France éternelle

De tous temps les citoyens français ont marqué une certaine défiance à l’encontre du vaccin, soutenus par quelques « vedettes » du calibre d’Isabelle Adjani expliquant sur les ondes qu’elle n’a jamais vacciné ses enfants qui s’en portent très bien, ou le professeur Joyeux qui a même eu des problèmes avec l’ordre des médecins pour ses positions contre vaccins. Vouloir convaincre un antivaccin de devenir pro-vaccin est juste inutile, c’est un peu comme essayer de faire admettre à un israélien membre du Likoud qu’une solution à « deux Etats » amènera la réconciliation entre Israël et les palestiniens… autant dire que c’est sans espoir !

On a le droit en France d’être contre le vaccin. En principe la loi en prévoit 11 obligatoires pour les enfants. On peut aussi contrevenir à cette loi et, probablement, ne pas risquer grand-chose sinon le refus par certaines crèches ou écoles d’accueillir vos enfants s’ils ne sont pas vaccinés, à moins que vous puissiez bénéficier de faux certificats de vaccination ce qui ne doit pas être très compliqué à obtenir.

Alors que des vaccins contre le coronavirus commencent à être mis sur le marché, le plus notable en ce moment est que la population française, à la différence de nombre de pays voisins, continue à afficher dans les sondages sa volonté majoritaire de ne pas se faire injecter ces vaccins… tout en critiquant le gouvernement pour défaillance dans sa politique vaccinale qui ne vaccine pas assez vite les citoyens. Certes, ce ne sont sans doute pas toujours les mêmes mais on peut être sûrs qu’il y a des recouvrements entre les citoyens qui refusent le principe du vaccin et qui, dans le même temps, accusent leurs dirigeants d’incompétence dans la distribution du vaccin.

On se fait ainsi doublement plaisir : on marque sa rébellion antivaccin et on critique le pouvoir exécutif qui n’est pas capable de vous vacciner dans les temps car c’est tellement jouissif ! La France ne change pas…

Bon plan

Une réforme politique est passée un peu inaperçue en 2020, celle de la réactivation d’un Haut-commissariat au Plan. Le dernier datait du premier gouvernement Mauroy en 1981 sous la présidence Mitterrand. Michel Rocard avait été nommé ministre d’État, ministre du Plan et de l’Aménagement du territoire.

Le texte fondateur du présent Haut-commissariat stipule :

[qu’il est] chargé d’animer et de coordonner les travaux de planification et de réflexion prospective conduits pour le compte de l’Etat et d’éclairer les choix des pouvoirs publics au regard des enjeux démographiques, économiques, sociaux, environnementaux, sanitaires, technologiques et culturels.

Décret n° 2020-1101 du 1er septembre 2020 instituant un haut-commissaire au plan.

Le poste a été confié à François Bayrou (70 ans) « à titre gratuit ».

La simple évocation d’un « plan » fait généralement immédiatement défaillir les idéologues du libéralisme qui, en principe, font immédiatement référence à l’Union soviétique et à son « Gosplan » aux résultats mitigés. Pendant longtemps l’idée de planification était associée à la bureaucratie d’Etat, lourde et inutile, dictatoriale et invasive, inefficace et couteuse. Bref, un désastre à leurs yeux !

La mauvaise foi qui caractérisent ces vendeurs de libéralisme et ces chantres de l’économie privée les amenaient à passer sous le tapis le fait que les entreprises privées qu’ils déifiaient passent une bonne partie de leur temps à… planifier parce que la bourse le demande, parce que les banques veulent anticiper le futur de leurs emprunteurs, parce que les nécessités du management l’exigent, parce que les investissements engagent les entreprises pour des années, parce que tout simplement c’est une question de bon sens que d’essayer de prévoir l’avenir quand on y investit des ressources !

Aujourd’hui, en temps de pandémie, ces parangons de la liberté économique sont plutôt aux abonnés absents et ont ravalé leurs certitudes. Nos Etats, donc nous les contribuables, subventionnent l’économie et les entreprises privées à coups de dizaines de milliards d’euros et pas grand monde n’y trouve à redire ! La théorie est balayée par la réalité et l’économie privée est bien heureuse de se reposer sur les contribuables.

Alors, la réactivation d’un commissariat au plan n’est que bien peu de choses au regard des révisions déchirantes que doit mener la théorie libérale qui n’a pas fini d’avaler des couleuvres. Le célèbre slogan lancé par Ronald Reagan : « l’Etat n’est pas la solution mais le problème » atteint aujourd’hui ses limites. Il serait bon de s’en souvenir. Comme souvent la vraie vie économique demande modération et réflexion quand beaucoup ne savent nous servir qu’excès et idées toutes faites.

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Retour à la violence en Nouvelle Calédonie

Le nickel en Nouvelle Calédonie c’est un peu comme le pétrole en Ecosse : lorsque les cours sont élevés, l’idée d’indépendance est majoritaire, à l’inverse, lorsqu’ils baissent, on apprécie la dépendance à un Etat central qui compense les pertes de revenus… Il y a trois usines d’extraction du nickel dans ce territoire, celle du sud est détenue très majoritairement par le groupe brésilien Vale et à 10% par administrations locales. Elle exploite le nickel et le cobalt et elle est à vendre. Une négociation exclusive est en cours avec le consortium Prony Ressources composé notamment de l’actuel management et du personnel, mais aussi du groupe suisse Trafigura, spécialisé dans les matières premières, pour 25%.

Les partis indépendantistes s’opposent à cette vente, qui contrevient à leur objectif de contrôler les ressources minières locales, et le manifestent violemment depuis plusieurs semaines, s’en prenant directement à l’usine dans laquelle ils ont commis des dégâts importants, obligeant les forces de l’ordre à ouvrir le feu à balles réelles, sans toutefois faire de blessés. Comme les indépendantistes n’ont pas de solutions alternatives à proposer à cette vente qu’ils n’aiment pas, ils en appellent… à l’Etat français pour une nationalisation de l’usine du sud. On croit rêver !

En parallèle, le volet politique de l’indépendance calédonienne est au point mort et alors que les parties impliquées pour l’organisation du troisième référendum s’étaient coordonnés à peu près calmement en octobre dernier sous l’égide du ministre français de l’outre-mer, ils ne se parlent désormais plus et l’organisation du référendum qui doit se tenir au plus tard en octobre 2022 a du plomb dans l’aile. Une solution serait peut-être effectivement de nationaliser l’usine puis de la céder immédiatement aux partis indépendantistes pour l’euro symbolique afin qu’ils l’administrent selon leur bon vouloir. Ce serait évidement couteux pour les contribuables français mais cela montrerait la bonne volonté de la République pour accompagner ce territoire vers son indépendance méritée et attendue.

Lire aussi : La dépendance de la Nouvelle-Calédonie reste légèrement majoritaire à l’issue du référendum du 4 octobre