Un excellent podcast sur David Bowie

On peut écouter l’excellente émission de Michka Assayas sur France-Inter : neuf épisodes sur l’œuvre de l’artiste britannique qui a marqué son époque. Michka est le nouveau Bernard Lenoir chroniquant le rock sur les radios publiques, largement à la hauteur de son prédécesseur. Il fait preuve d’une immense culture rock qu’il partage avec bonhommie.

« Retour à Séoul » de Davy Chou

Davy Chou est un réalisateur français d’origine cambodgienne dont la filmographie est orientée vers la recherche de l’histoire tourmentée du Cambodge et, plus généralement, celles de nos racines. Dans « Retour à Séoul » il traite l’histoire d’une jeune femme, Freddie, qui a été abandonnée encore bébé par ses parents sud-coréens et adoptée par un couple français. Un peu par hasard elle repasse à Séoul et part à la recherche de ses parents biologiques et de son pays.

Le scénario la suit pendant plusieurs années de rapprochement avec cet environnement qu’elle voudrait se réapproprier. Le personnage de cette femme est plutôt agité et provocateur, multipliant les conquêtes qu’elle se vante de pouvoir « sortir de [sa] vie d’un claquement de doigt » et qu’elle utilise au hasard de ses besoins sexuels, affectifs ou professionnels.

Les retrouvailles avec ses parents n’apparaissent pas forcément très positives mais au moins ont-elles le mérite de lever l’incertitude. Son père est un homme simple, qui boit, peut-être parce qu’il a abandonné son enfant, certainement parce qu’il est alcoolique, mais qui veut en tout cas s’en faire pardonner avec force démonstrations d’amour et d’attachement (et d’alcool) qui étouffent Freddie. Sa mère, qui ne vit plus depuis longtemps avec le père de sa fille, refuse de la rencontrer à plusieurs reprises avant, finalement, plusieurs années après son premier refus, de la serrer dans ses bras dans l‘institution coréenne qui gère les adoptions, entre larmes et caresses, seules voies de communication quand on ne partage pas les mêmes langues.

Le film est inspiré librement d’une histoire vraie. Il narre de façon sensible le traumatisme que l’abandon peut faire peser sur ceux qui en sont l’objet. Ici, la réaction de Freddie est ambivalente, feignant l’indifférence mais attirée par la Corée où elle va attacher sa vie professionnelle et, en partie, personnelle. Cerise sur le gâteau, elle travaille chez un marchand d’armes et présente la vente de missiles aux Sud-coréens comme sa participation à la défense contre l’agressive Corée du Nord. Sans doute la métaphore de l’agressivité qu’elle développe à l’encontre de son père biologique…

Publié le
Catégorisé comme No Musique

MASSU Jacques, ‘La vraie bataille d’Alger’.

Sortie : 1971, Chez : PLON.

Jacques Massu (1908-2002) est un militaire français, membre de la division Leclerc qui parcourut avec elle la longue route du Fezzan jusqu’à la libération de Berlin en août 1945. Compagnon de la libération, il participa aux guerres d’Indochine et d’Algérie, ainsi qu’à l’expédition de Suez, il fut marqué à jamais comme ayant été le patron de la 10ème division parachutiste (DP) chargée par le pouvoir politique de rétablir l’ordre à Alger face à la rébellion du FLN (Front de libération nationale) en lutte contre la France pour obtenir l’indépendance de l’Algérie. C’est la « célèbre » bataille d’Alger avec son cortège de dérives qui arrivent quand on demande à des miliaires de jouer un rôle qui n’est pas le leur. Cette bataille va durer toute l’année 1957 et le général Massu restera connu comme celui ayant patronné la torture pratiquée par sa division de parachutistes, et assumée comme telle par ce patron qui eut au moins le mérite de couvrir ses subordonnées.

15 ans après les faits, 10 ans après l’indépendance acquise par l’Algérie, il écrit ce livre comme une sorte de justification de son rôle et de celui de ses hommes. Les arguments sont éculés et avaient déjà été confrontés durant la guerre elle-même. Massu revient sur le combat militaire qui a été « gagné par ses paras » qui ont démantelé la rébellion dans la capitale algérienne. Il explique dans quel contexte a été pratiquée la torture ou les « interrogatoires musclés » : pour empêcher de nouveaux attentats dévastateurs du FLN. Il raconte avoir demandé à subir lui-même la « gégène » (torture par l’électricité) pour se rendre compte de son effet sur son propres corps.

Et, bien sûr, il relate la sauvagerie du FLN, avec force photos des massacres et mutilations commis par le mouvement révolutionnaire qui a sans doute tué bien plus d’algériens que l’armée française. On sait aujourd’hui que tout ceci s’est passé, que le combat fut féroce entre les paras et le FLN, que la bataille d’Alger fut gagnée par Massu mais que le combat politique fut perdu par la France qui laissa l’Algérie voguer vers son indépendance au terme des négociations menées à Evian en 1962 par les politiques. Bien sûr, aucune autre issue n’était envisageable et l’erreur fatale du pouvoir parisien est d’avoir laissé l’armée s’enferrer dans une impasse après lui avoir donné les pleins pouvoirs, au moins à Alger.

L’armée française avait connu moulte déconvenues après 1945 : Diên Biên Phu en Indochine en 1954, l’expédition de Suez en 1956. Massu était en Afrique lors de la défaite contre le Vietnam, il participa par contre au repli de Suez. Alors, quand les pleins pouvoirs lui sont confiés à Alger, il s’emploie avec cœur à rétablir l’honneur de l’armée… Et pendant que son épouse fait de l’humanitaire pour les enfants défavorisés de la ville, il mène ses paras à l’assaut des forteresses du FLN, à la poursuite de ses chefs (Ali « la Pointe », Yacef Saadi, Larbi Ben M’hidi…) et de leurs poseurs de bombe (Djamila Bouhireb, Djamila Bouazza…). Tous sont pourchassés, arrêtés (parfois sur dénonciation des clans adverses au sein du FLN) pour connaitre des sorts divers, dont des exécutions judiciaires ou extrajudiciaires, mais aussi des grâces accordées dans la foulée des accords d’Evian.

Massu mène combat contre ce qu’on lui désigne comme un ennemi de la France, selon un schéma relativement classique pour ce soldat à la déjà grande expérience. Mais il doit également affronter les membres de la « cinquième colonne », ces français installés en Algérie ou résidant en métropole, qui prennent fait et cause pour le FLN, position juste incompréhensible pour le général… Le plus souvent ils ne posent pas eux-mêmes les bombes mais aident ceux qui le font. Ces français eurent aussi des comptes à rendre aux paras de Massu. Certains n’en revinrent pas (Maurice Audin). Il règle ses comptes avec le Général de Bollardière placé sous ses ordres, qui demanda à être relevé de son commandement puis, à son retour à Paris en 1957, dénonce la pratique de la torture en Algérie. L’ethnologue Germaine Tillon est abondamment citée, elle qui rencontra certains chefs du FLN à Alger pendant la bataille pour essayer de leur en faire atténuer l’intensité. Elle joue aussi le rôle d’intermédiaire auprès des autorités françaises pour dénoncer le torture pratiquée au nom de la France et tenter de faire adoucir le sort des prisonniers algériens, toutes actions qui ne sont évidemment pas bien vues de Massu comme il le raconte vertement sans ce livre.

Massu en Algérie c’est l’histoire d’un soldat qui a obéi à des ordres stupides, un homme formaté par et pour le devoir, qui a été placé dans une position inextricable dont il s’est sorti par l’obéissance et l’action, au détriment de la morale, lui qui pourtant était un catholique pratiquant. Hélas pour lui, l’efficacité qu’il revendique n’a sans doute pas servi à grand-chose puisque l’indépendance de l’Algérie, inévitable et d’ailleurs souhaitable, a été finalement acquise en 1962. Ce « département français » ayant été conçu depuis 1830 comme une colonie de peuplement, la position des politiques était également très inconfortable : comment accorder pacifiquement l’indépendance à un territoire qui abrite plus d’un million de ressortissants français, certains y résidant depuis plusieurs générations ? Alors on a laissé se faire les choses qui ont mené tout naturellement à la violence.

Seul le Général de Gaulle eut le courage de trancher dans le vif et de mettre fin, dans la douleur, à ces errements coloniaux qui n’avaient plus d’avenir en cette deuxième moitié du XXème siècle.

La simple photo du général Massu sur la couverture de son livre suffit à comprendre le personnage : raide et ne pliant pas. C’est sans doute la raison pour laquelle en mai 1968, un autre général, de Gaulle, en plein désarroi face aux émeutes de mai 1968 à Paris, rendit une visite impromptue à Baden-Baden où son « fidèle compagnon » commandait les forces françaises d’occupation en Allemagne fédérale. Ils eurent deux heures d’entretien en tête-à-tête, personne ne sait ce qu’ils se sont dit malgré toutes les supputations qui ont circulé. Massu a juste déclaré en 1982 que de Gaulle était arrivé en disant : « Massu, tout est foutu » mais qu’au terme de cet entretien mystérieux de Gaulle avait immédiatement pris le chemin du retour vers l’Elysée pour reprendre la main politique.

Massu fut un exécutant zélé de la politique algérienne de la fin de la IVème République qui conduisit la France dans l’impasse et ses militaires dans la dérive. Il aurait pu démissionner mais un homme de devoir de sa trempe, qui à suivi Leclerc jusqu’à Berlin en 1945, ne quitte pas le navire en train de couler. Au crépuscule de sa vie en 2000 il a lui aussi, finalement, « plié » en déclarant au journal Le Monde regretter que la torture ait été pratiquée par les forces armées françaises pendant le guerre d’Algérie en précisant que :

La torture n’est pas indispensable en temps de guerre.

« Professeur Yamamoto part à la retraite » de Kazuhiro Soda

Le documentariste japonais Kazuhiro Soda a produit en 2008 « Mental », suivant le dialogue du professeur Yamamoto, pionnier de psychiatrie au Japon. En 2022 il revient filmer le psychiatre qui, cette fois-ci, est en train de partir à la retraite. Le praticien consulte dans une clinique qui semble accueillir des pathologies psychiques graves et d’autres moins. On le voit avec ses derniers patients qui, tous, s’inquiètent de ce qu’ils vont devenir une fois leur thérapeute envolé. Avec l’un d’entre eux il tente de le convaincre de « réduire ses désirs à zéro » pour vaincre sa consommation compulsive. Il était, paraît-il, un adepte de cette théorie un peu bouddhiste.

Mais le film est surtout centré sur ce vieux couple composé par Yamamoto et sa femme, Yoshiko, dont on comprend au milieu du film qu’elle est atteinte d’une maladie neurodégénérative. Son mari prend soin d’elle comme il s’est occupé de ses patients et il va lui être aussi indispensable qu’il l’était pour eux.

Le documentaire est lent, comme les mouvements de ces deux personnes âgées et touchantes au crépuscule de leur vie. Il décrit plus le grand âge des Yamamoto, qu’il ne parle de psychiatrie. Mais ce métier auquel le professeur a consacré sa vie va certainement les aider à affronter ce destin qui nous attend tous et qui est rendu avec émotion dans un film où il ne se passe pas grand-chose.

Publié le
Catégorisé comme No Musique

Tom Verlaine est mort

Le guitariste et chanteur-compositeur américain Tom Verlaine est mort hier à 73 ans (1949-2023). C’est l’un derniers représentants du rock underground américain qui s’échappe ainsi. Il a fondé le groupe éphémère Television en 1973 avec Richard Hell. Leur célèbre disque Marquee Moon, comme le premier disque du Velvet Underground (celui avec la banane) a été peu vendu en son temps mais a été écouté par tout ce qui comptait de la scène new-yorkaise de cette époque. Verlaine a influencé nombre de musiciens de l’époque et a continué une carrière solo discrète. Son nom de scène était un hommage au poète français.

Il joue sur Horses (1975) et Gone Again (1996) de Patti Smith qui doit désormais se sentir bien seule… C’est le crépuscule d’une époque musicale, ils sont tous en train de partir.

Lire aussi : Television – 2016/04/02 – Paris la Philharmonie

L’armée française quitte le Burkina Faso

Partisans du capitaine Ibrahim Traoré défilent avec un drapeau russe dans les rues de Ouagadougou (Burkina Faso), le 2 octobre 2022. SOPHIE GARCIA / AP

Le Burkina-Faso a dénoncé l’accord de défense qui le liait à la France et se traduisait, notamment, par le stationnement d’une base militaire française dans ce pays. Ces accords prévoient aussi généralement la possibilité d’intervention militaire française à la demande des autorités locales. Ils ont généralement été signés dans la foulée des indépendances et ont généré des interventions militaires discutables, essentiellement pour maintenir des dictatures au pouvoir : au Tchad, en Côte d’Ivoire, au Mali… Ces accords sont des survivances d’une époque révolue où la France voulait maintenir son statut d’ex-puissance coloniale en mal d’influence sur le monde.

Lire aussi : Le Mali a toujours un coup d’avance sur Paris

Ce temps est désormais passé, les pays partenaires dénoncent les accords les uns après les autres et la France évacuent ses bases militaires, parfois pour les remplacer par une coopération avec la Russie. C’est ainsi et ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle pour Paris ! Par les temps qui courent le redéploiement des militaires français sur l’Europe et la réaffectation des dépenses budgétaires engagées en Afrique ne présentent pas que des inconvénients. Dans le contexte de la guerre d’Ukraine des troupes françaises sont présentes en Roumanie et dans les pays baltes où elles sont a priori bien mieux accueillies qu’à Bamako ou à Ouagadougou, le choix est donc assez simple à faire.

Lire aussi : Bonne stratégie diplomatique au Burkina Faso

Après le départ de l’armée française du Burkina il restera encore des troupes au Niger, au Tchad, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, à Djibouti, au moins pour ce qui concerne l’Afrique et pour autant que l’on sache. Le sort à terme de ces bases militaires à l’étranger sera immanquablement posé un jour ou l’autre.

Un autre sujet de démantèlement qui lui n’avance pas beaucoup est celui du Franc CFA, monnaie commune de nombre de pays africains ex-colonies françaises du continent et dont la convertibilité avec l’euro est garantie par la France. La fin de cette monnaie commune et son remplacement par l’Eco ont été annoncés en 2019 mais le choses n’ont pas beaucoup bougé depuis et le Franc CFA a toujours cours dans ces pays. Dans le projet initial la France était toujours engagée à maintenir la convertibilité de l’Eco. Après la dénonciation de certains accords de défense il est temps de ressortir des cartons ce projet de réforme monétaire, de le mettre en œuvre, voire de l’ajuster en fonction du nouveau contexte des relations franco-africaines. Ce projet intéressant est au point mort, il mérite d’être relancé.

Lire aussi : Une bonne nouvelle pour l’Afrique

David Crosby est mort

Après le récent décès de Jeff Beck, c’est un autre géant de la guitare qui vient de s’éteindre. L’américain David Crosby (1941-2023) est mort ce 19 janvier à 81 ans. Il fut un compositeur-chanteur-guitariste de légende à travers les groupes The Byrds et CSN&Y ([David] Crosby, [Stephen] Still, [Graham] Nash & [Neil] Young), et une très riche carrière solo.

Issu du mouvement hippy il participe à son évolution psychédélique en fréquentant et collaborant avec tous les groupes californiens des années 1960-1970 : Jefferson Airplane, The Grateful Dead… Folkeux électrifié et électrisant, spécialiste des harmonies vocales-polyphoniques et des accordages étranges de guitare, mixant rock, folk, jazz dans une inspiration toujours bouillonnante, c’est un immense musicien de plus qui a rejoint le paradis des rockers. Sa survie jusqu’à 81 ans relève du miracle tant il d’adonna à toutes les addictions les plus dures de son époque. Malgré une vie sens dessus-dessous, un caractère affirmé qui le fit se fâcher avec la plupart de ses coreligionnaires, et tout spécialement ceux avec qui il composa ses plus belles mélodies, il publiait encore sa musique en 2021, ForFree.

En 2016 il créait le groupe The Ligthouse Band avec de jeunes et talentueux musiciens dont deux merveilleuses choristes avec lesquelles il poursuivait ses polyphonies si caractéristiques et déclarait : « I felt that I didn’t have any choice but to leave that band that I’m absolutely glad I did. ». Un disque live était encore produit l’an passé.

Il est temps de réécouter David Crosby !

L’Europe réarme, les LR en France en veulent plus

Alice / Charlie Hebdo (29/05/2019)

L’Occident réarme pour pouvoir de nouveau être en mesure de mener, et de gagner, une guerre dite de « haute intensité ». La dernière fois que cela s’est passé, les années 1940, cela s’est certes terminé en faveur dudit Occident, mais cela aboutit aussi à environ 60 millions de morts, 2,5% de la population mondiale… Donc on n’est pas très sûr que le réarmement en cours soit vraiment une bonne nouvelle !

Il donne lieu en tout cas à une minable passe d’arme politicienne franchouillarde. Le président de la République vient d’annoncer une enveloppe de 413 milliards d’euros pour la prochaine loi de programmation militaire (LPM) qui devrait courir sur la période 2024-2030, soit sept ans. C’est un montant très significatif mais à ne pas vraiment prendre au pied de la lettre tant les engagements budgétaires français au-delà de deux ou trois ans ont toujours été très-très aléatoires et soumis à nombre d’imprévus. De plus, en période de retour d’inflation, qui peut vraiment savoir à 30% près combien coûtera un char ou un chasseur dans cinq ans… Le seul enseignement que l’on peut vraiment en tirer est que la LPM est en hausse par rapport à la précédente. Le reste n’engage que ceux qui y croient.

Eh bien, ne voilà-t-il pas qu’un député du parti conservateur LR (Cédric Perrin) se plaint que cette somme est insuffisante et que « A moins de 430 milliards, on ne conservera pas un modèle d’armée complet ». Personne ne sait d’où il sort son chiffre ni ce qu’il financerait en plus des 413 Mds pour conserver son « modèle d’armée complet » à 430 Mds. Cela ressemble furieusement au sens de la contradiction systématique développé par LR depuis que la majorité de droite actuellement au pouvoir et à laquelle elle s’oppose, applique les programmes dont LR a toujours rêvé sans jamais oser les voter !

« Nostalgia » de Mario Martone

Un film sur la ville de Naples, où est né le réalisateur, et sur les destins croisés de deux personnages qui y étaient amis dans leur adolescence. Après un drame dont ils ont été les acteurs, l’un, Felice, le personnage principal du film, est parti faire sa vie en Egypte, l’autre est resté sur place et devenu un parrain de la mafia. 40 ans sont passés et le premier revient sur place pour accompagner les derniers jours de sa mère jamais revue depuis. Il va aussi avoir à cœur de solder ce drame vécu à l’époque avec son compagnon d’infortune. Mal lui en pris mais durant les quelques semaines passées à Naples à la recherche de son passé il croise un formidable jeune prêtre sur le « mode ouvrier », promenant sa soutane, son énergie et son espoir parmi les jeunes de son quartier pour leur faire choisir Dieu plutôt que la mafia. C’est lui qui pousse Felice à faire face à son histoire.

On déambule avec le héros dans le vieux Naples tel l’on imagine, des ruelles étroites dans un décor vallonné, au milieu d’immeubles un peu délabrés entre lesquels pend du linge à sécher. Des petits bistrots avec trois chaises en extérieur où l’on sert pizzas et café, la ronde incessante des scooters ronflant conduits par des jeunes sans casque. Chacun épie tout le monde dans le joyeux chaos de l’Italie du sud sous la protection menaçante du Vésuve.

Felice revient sur sa vie au cœur de cette ville qu’il a fui il y a quarante ans et où il veut maintenant se réinstaller. Le sort en décidera autrement car la violence sourd toujours dans cette cité, cela au moins n’a pas changé !

Publié le
Catégorisé comme No Musique

WOOLF Virginia, ‘Orlando’.

Un roman étrange écrit sous la forme d’un comte biographique, où l’auteure raconte le parcours d’Orlando tout en dialoguant avec son lecteur. Le héros nait à Londres au XVIème siècle dans une riche famille de l’aristocratie, tombe amoureux d’une princesse russe, Sacha qui abandonne son prétendant pour rentrer en Russie, est nommé ambassadeur de la couronne britannique à Constantinople où il se réveille un matin dans un corps de femme avant de rentrer en Angleterre où il traverse les siècles jusqu’en 1928, année où se termine le roman.

Orlando découvre le monde et ses habitants au travers de ses aventures narrées avec l’œil naïf et enfantin de son biographe. Il est sensible à la magnificence de la nature et revient toujours à celle de son pays natal. Orlando passe sa (longue) vie à écrire un long poème : « Le Chêne », commencé en tant qu’homme, puis publié et primé des siècles plus tard par son auteure devenue femme. Nous sommes dans le fantastique alors tout est possible, même Sacha réapparaît au Xxème siècle abimée par la vie mais brisant à nouveau le cœur d’Orlando.

Le personnage aurait été inspiré par Vita Sackville-West, écrivaine et poétesse avec laquelle Virginia Woolf eut une liaison amoureuse. Orlando est une personne flamboyante sans doute à l’image de Vita dont son fils dira que le roman est « la plus longue lettre d’amour de l’histoire ». Bien sûr, il faut aimer les contes pour venir à bout de cette biographie fantastique.

Le discours de Jean Jaurès sur l’Arménie en 1896

En 1896, l’Arménie fait partie de l’empire Ottoman et, déjà, les Arméniens (à majorité chrétienne) sont maltraités par les forces turques aidés par des tribus kurdes. On estime à 200 000 morts le bilan des massacres commis contre les arméniens entre 1894 et 1896. Ce furent les prémices du génocide arménien intervenu en 1915 et qui s’est soldé par plus d’un million de morts dans des conditions de barbarie élevées.

Le 3 novembre 1896, Jean Jaurès (1859-1914), homme politique de gauche, prononce un célèbre discours devant l’assemblée nationale française dans lequel il tance le gouvernement devant son inaction face aux massacres d’Arméniens, et, surtout, au non-respect des engagements de protection de l’Arménie délivrés par le Royaume-Uni, la France et la Russie.

En 1896, l’Arménie fait partie de l’empire Ottoman et, déjà, les Arméniens sont maltraités par les forces turques aidés par des tribus kurdes. On estime à 200 000 morts le bilan des massacres commis contre arméniens entre 1894 et 1896. Ce furent les prémices du génocide arménien intervenu en 1915 et qui s’est soldé par plus d’un million de morts dans des conditions de barbarie élevées.

Le 3 novembre 1896, Jean Jaurès (1859-1914), homme politique de gauche, prononce un célèbre discours devant l’assemblée nationale française dans lequel il tance le gouvernement devant son inaction face aux massacres d’Arméniens, et, surtout, au non-respect des engagements de protection de l’Arménie délivrés par le Royaume-Uni, la France et la Russie. Ces trois pays auraient pu entrer en guerre contre l’empire Ottoman ce qui aurait peut-être empêché le génocide arménien de 1915, ou peut-être pas…

Plus fondamentalement cet article vieux de 130 ans posait déjà la question de la guerre préventive pour éviter une guerre plus grave. L’Histoire a montré que ce concept de guerre préventive a toujours été difficile à mettre en œuvre de façon efficace. Il est aujourd’hui facile de dire que si la France et le Royaume-Uni avaient attaqué l’Allemagne en 1933 (année de l’arrivée au pouvoir d’Hitler), le monde aurait évité les ravages du nazisme. Et ensuite ? Les armées françaises et britanniques auraient de nouveau occupé l’Allemagne quinze années après la fin de la première guerre mondiale ? Imagine-t-on un instant que cette réoccupation aurait été paisible et que les Allemands seraient sagement revenus vers la République de Weimar ? Qui peut véritablement savoir à quoi elle aurait mené ?  La solution aurait-elle été plus saine que le problème ?

Les dirigeants et le parlement d’un pays doivent sans doute s’y reprendre à deux fois avant d’engager leurs nations dans une guerre. En 1870 la France déclare la guerre à la Prusse, les Français sont défaits en quelques mois ce qui soude l’unité allemande et l’empire allemand est fondé par Guillaume 1er dans… la galerie des glaces du Château de Versailles !

En 2003 les Etats-Unis d’Amérique partent en guerre contre l’Irak soupçonné de développer des « armes de destruction massive », accompagnés de quelques alliés. La coalition occidentale mettra plus de huit ans à se sortir du piège irakien qui a transformé tout le Moyen-Orient en poudrière dévasté par le terrorisme et le renouveau religieux. Le dictateur local a certes été arrêté, jugé et pendu, mais le chaos laissé dans la région a été dévastateur et dure encore, portant ses scories dans le monde entier.

En février 2022 la Fédération de Russie envahit à titre préventif l’Ukraine qui la « menaçait ». Elle y est encore et personne ne sait bien comment sortir de ce conflit qui a déjà fait des dizaines de milliers de morts de part et d’autre et a des conséquences mondiales désastreuses que nous vivons aujourd’hui.

Déclarer ou entrer dans la guerre est sans doute l’une des décisions politiques les plus dures à prendre, tout particulièrement dans les démocraties qui n’envisagent que rarement de gaîté de cœur d’envoyer leurs enfants au combat ni de plonger leurs pays dans l’incertitude. Elle est bien plus facile à prendre à la tribune ou sur les réseaux dits « sociaux »… La critique est facile mais l’art est difficile. Même M. Jaurès a semblé avoir un peu oublié le dicton.

CELINE Louis-Ferdinand, ‘Londres’.

C’est l’incroyable histoire d’un manuscrit de Céline écrit vers 1934, abandonné dans son appartement lors de sa fuite précipitée vers l’Allemagne en juin 1944 et qui réapparaît miraculeusement en 2020 pour être publié en 2022. Il s’agit d’un premier jet manuscrit, des mots sont illisibles, d’autres manquent, certains personnages changent de nom au cours des pages. L’éditeur a décidé de publier le livre en l’état et c’est un vrai régal.

L’histoire se passe à Londres, inspirée de celle de l’écrivain qui a fréquenté cette ville en 1915 alors qu’il était blessé de la guerre en 1914 et réformé provisoire. Il y fréquente le milieu interlope des proxénètes français se livrant à leur petit commerce.

Dans un style jouissif composé d’argot, de cynisme et de désabusement, Céline raconte une histoire où se mêlent des putes, des macs, des monte-en-l’air, des aristocrates britanniques alcooliques, des réfugiés russes et même le chat Mioup… Tout ce petit monde évolue dans les quartiers de Londres où les putes tapinent, où les dealers écoulent l’héroïne, les bistrot où l’alcool coule à flot, les quais de la Tamise où l’on met en scène les cadavres, les geôles que fréquentent tous ces voyous de temps à autre et mêmes les mairies où ils se marient.

De fêtes en parties fines, de saouleries en corrections de prostituées indisciplinées, tout n’est que dépravation, sexualité rude et immoralité, mais cette histoire sordide est racontée de façon tellement désopilante que son côté morbide est enveloppé dans la puissance de ce style incomparable de Céline. Notre petite bande de macs va aller de mal en pis. Le business des femmes se durcit, la police londonienne se renforce, les putes quittent leurs macs et deviennent amoureuses, les voyous se trahissent, s’entretuent. Petit à petit le clan se délite et le final extraordinaire laisse le lecteur pantelant.

Quel bonheur que ce livre ait pu être publié ! Même s’il s’agit d’une version non finalisée par son auteur elle est suffisante pour ravir ses lecteurs qui se demandent bien ce qu’aurait pu donner en plus une version plus abouties ?

Jeff Beck est mort

Le musicien britannique Jeff Beck (1944-2023) est mort ce 10 janvier. Guitariste de génie, il a joué dans les Yardbirds, notamment avec Jimmy Page pendant une courte période, avec Rod Stewart et Ron Wood dans le Jeff Beck Group. Il est invité par David Bowie sur la tournée de Ziggy Stardust, on le voit notamment sur Jean Genie dans le documentaire récent Mooage Daydream. Et il joue avec une multitude d’autres musiciens, Eric Clapton notamment. Dans sa carrière solo il se laisse aller vers le jazz-rock, style dans lequel il compose des morceaux étonnants.

Lire aussi : « Moonage daydream » de Brett Morgan

Virtuose, il était aussi techno et a travaillé le son sa vie durant, sur ses guitares traditionnellement d’un blanc immaculé. Il tournait encore récemment et est passé à l’Olympia en 2018.

Lire aussi : Jeff Beck – 2018/06/09 – Paris l’Olympia

“Les Banshees d’Inisherin” de Martin McDonagh

Nous sommes en Irlande dans les années 1920, au moment des combats pour l’indépendance contre le Royaume-Uni, sur une petite ile du bout du monde ; deux vieux amis, un bougon, compositeur de musique locale et un gentil, vivant avec sa sœur et leurs animaux, à quelques centaines de mètres l’un de l’autre, tous deux (en fait tous trois avec la sœur du gentil) dans deux vieilles maisons de pierre face à la mer. Tous les jours le gentil vient chercher le bougon pour aller au pub et discuter du temps qui passe et des cancans de leur ile-village.

Soudain le bougon décide de rompre cette vieille amitié et de ne plus voir son ami mais il n’est pas facile de ne plus se rencontrer sur ce territoire microscopique où tout le monde s’observe. Le gentil ne comprend pas cet abandon et relance le bougon qui veut juste « rester tranquille avec sa musique ». Mais le bougon est tellement décidé à rester muré qu’il va réagir violemment aux relances de son gentil ami.

C’est une fable sur l’irascibilité, sur la roue qui tourne et sur les choses comme les amitiés qui ne durent pas forcément éternellement. Cerise sur le gâteau, le bougon est à tendance psychotique et va aller jusqu’à s’automutiler pour marquer sa volonté de rupture. Le gentil en perd sa gentillesse et pense à la vengeance…

Publié le
Catégorisé comme No Musique

The Musical Box – 2023/01/10 Paris l’Olympia

The Musical Box, le tribute band canadien de Genesis, époque « Peter Gabriel », a repris la route et revient présenter l’œuvre finale du groupe britannique de rock-progressiste : The Lamb Lies Donwn on Brodawy. Nous les avions déjà vu au même endroit en 2005. Le spectacle original qui date de 1974 n’a pas pris une ride… c’était il y a cinquante ans, l’âge moyen des spectateurs ce soir à l’Olympia est là pour le rappeler.

Le spectacle, évidemment, n’a pas changé et est précédé d’une petite introduction vidéo sur les performances techniques que représentaient les shows de Genesis, avec, et même après Gabriel, à une époque où les outils n’étaient pas ce qu’ils sont devenus avec l’avènement de l’électronique et de l’informatique.

La puissance musicale et lyrique de ce concept album narrant l’histoire délirante de Rael demeure éternelle. Elle a marqué son époque et ceux qui l’ont découverte alors. En 1975, les Genesis étaient sur la fin ; la personnalité de Peter et sa médiatisation écrasaient les autres ce qui provoquait un peu de mal-être semble-t-il. Il était temps de se séparer ce qu’ils firent après la flamboyante tournée américaine de The Lamb… Et, tous poursuivirent leurs routes musicales avec succès dans des genres qui leur furent propres. Mais jamais aucun d’eux ne sut recréer la magie du Genesis d’origine, fruit de l’incroyable créativité qu’ils ont su générer ensemble à cette époque.

Peter Gabriel est resté ce trublion rock toujours curieux et novateur, apparaissant là où on ne l’attend pas, un fascinant lutin jongleur de mots, d’histoires et de mélodies. Ce n’est sans doute pas un hasard si son départ a transformé Genesis en une machine plus terne. D’ailleurs, Peter (72 ans) sera en concert à Paris cet été. Il continue à nous enchanter depuis son premier concert hors Genesis à la Fête de l’Humanité en 1977…

Les musiciens du Musical Box ont un peu changé des dernières années, Denis Gagné reste le clone de Gabriel dont même la voix présente le timbre un peu rocailleux de celle, si caractéristique de Peter. On ne sait toujours pas bien s’il s’agit de sa voix naturelle ou si des traitements électroniques sont à l’origine de cette similitude en tout cas parfaite. Mais le temps a un peu passé depuis 2005 et sans doute a-t-il un peu perdu en agilité vocale, pas toujours aussi facile de monter dans les aigus… Ce n’est pas grave et la soirée passe comme une madeleine jusqu’au rappel sur Musical Box et Watcher on the Skies.

Concert The Lamb… (la vraie histoire de Rael)

Lire aussi : The Musical Box – 2005/05/18 – Paris l’Olympia

Concerts Foxtrot et Selling England…

Lire aussi : The Musical Box – 2007/03/24-25 – Paris l’Olympia

Jet Black du groupe The Stranglers est mort

L’information est passée plutôt inaperçue en cette fin d’année 2022 mais Jet Black (Brian John Duffy de son vrai nom), le batteur des Stranglers est mort le 6 décembre, à 84 ans. Il a été un peu le père fondateur de ce groupe post-punk dans les années 1970, le plus âgé de la bande et sans doute le plus musicien aussi. Féru de jazz il a adapté son jeu à la musique plus rock du groupe.

En proie à de l’asthme depuis son enfance il ne tournait plus avec les Stranglers depuis 2012 mais, semble-t-il restait musicalement un membre actif du groupe, notamment sur les enregistrements studio. Après la mort du claviériste Dave Greenfield suite d’une Covid, le bassiste Jean-Jacques Burnel est le dernier historique du groupe, Hugh Cornwell ayant quitté la bande en 1990 pour poursuivre une carrière solo.

Lire aussi : Dave Greenfield est mort

Mais les Stranglers produisent toujours de la musique : ils seront à l’Olympia en mars prochain et leur dernier disque est sorti en 2022 et s’appelle « Dark Matters », on ne saurait mieux dire !

La Corse et ses démons

La Corse est l’objet ces dernières semaines de descentes de police dans les milieux nationalistes et mafieux qui ont donné lieu à de nombreuses gardes à vue. Ce sont souvent les mêmes têtes qui réapparaissent, marquant les liens oh combien troubles entre les milieux nationalistes et ceux du grand banditisme. C’est un peu chaque fois les mêmes histoires de personnes lourdement armées, récidivistes, circulant sur l’Ile dans des voitures blindées, détenant des armes sérieuses à leurs domiciles et dans leurs voitures, impliquées dans des évènements violents et des trafics en tous genres et, souvent, dans les milieux politiques « nationaliste », tous protégés par une omerta de rigueur en Corse tant les traditions claniques y sont fortes et dangereuses pour ceux qui s’en exonèrent.

Cette situation est devenue si difficile à cacher que l’assemblée corse elle-même a estimé nécessaire de s’en saisir sans que l’on ne sache vraiment ce qui est sorti de cette auto-saisine par une institution où cohabitent majoritairement des indépendantistes et des nationalistes. Vu les pédigrés de certains élus il y en a qui ont dû tousser lors des débats…

L’assemblée de Corse devant la violence endémique qui prospère sur l’ile

L’arrestation de Charles Pierri (72 ans) est caractéristique à cet égard : dirigeant de différents courants du FLNC (Front de libération national corse) qui a été multi-condamné pour extorsion de fonds, financement du terrorisme et autres joyeusetés du même ordre, a fait de la prison, qualifié dans un tweet la femme du préfet Erignac assassiné en 1998 d’être « le symbole de la femme française. Ces courageuses femmes françaises qui, de 1940 à 1944 réussirent à faire 400 000 petits bâtards aux valeureux soldats du 3e Reich. » (Délicat !). Il vient d’être à nouveau mis en examen en décembre dernier pour association de malfaiteurs et détention d’armes. C’est à désespérer !

Lire aussi : Dérapage corse, encore…

Au-delà de sa personne qui ne représente qu’un intérêt mineur, il est symbolique de l’incompatibilité de la Corse avec la République française et « l’Etat de droit », base de son organisation démocratique. Les négociations sur « l’autonomie » de l’île ont démarré cahin-caha avec l’Etat français à l’été 2022. Elles doivent véritablement déboucher sur une autonomie-responsabilisation de ce territoire comme prémices à son indépendance. Celle-ci sera longue, douloureuse et coûteuse à obtenir (surtout pour les contribuables continentaux) mais elle doit être clairement la direction fixée.

L’exemple de la Nouvelle-Calédonie et du processus initié en 1988 par Michel Rocard, premier ministre, est un modèle en ce sens. Certes il n’a pas encore permis de rendre son indépendance à cet archipel colonisé, mais il a été mené entre gens intelligents et constructifs qui ont décidé de mettre fin aux violences pour chercher une solution commune vers une indépendance librement consentie par référendum. Une majorité en ce sens n’a pas encore été trouvée en Nouvelle-Calédonie pour le moment mais elle pourrait peut-être émerger en Corse si l’on s’occupe sérieusement du sujet tant à Paris que sur « l’Ile de beauté » plutôt que de se parler à coups de pétoires ou de procédures judiciaires.

Il faut identifier des gens courageux à Paris comme en Corse pour oser proposer des solutions définitives et la méthode pour y parvenir. C’est l’intérêt de la Corse comme celui de la France !

« Oskar Kokoschka – Un fauve à Vienne » au Musée d’Art Moderne de Paris

Oscar Kokoschka (1886-1980) est un artiste autrichien qui a traversé le siècle et fait l’objet d’une vaste et profitable rétrospective au Musée d’Art Moderne. Une bonne occasion de le découvrir pour ceux, sans doute nombreux, qui l’ignoraient. Peintre, écrivain, dramaturge et poète, il s’est surtout fait connaître pour son œuvre picturale.

Ses portraits (et autoportraits) sur des fonds sombres montrent des personnages torturés, rares sont ceux qui sourient. Ils sont présentés avec des traits accentués, un peu à la façon de Lucian Freud, peints à grands coups de brosses, souvent avec des mains surdimensionnées aux articulations noueuses et osseuses (on dirait des mains de squelettes).

Engagé dans l’armée austro-hongroise en 1914, il est blessé grièvement durant cette guerre qui le laissera profondément déprimé. Une petite salle est consacrée aux dessins et peintures que lui inspira ce conflit, des embrouillaminis confus de traits de peinture pour des paysages et des ombres de personnages évoquant ce chaos. Sa famille étant d’origine juive il va affronter la montée du nazisme dans les années 1930 et sera qualifié d’artiste « dégénéré » par le pouvoir allemand. Il fuit l’oppression nazie en se réfugiant en Grande-Bretagne. Après la guerre il poursuit son œuvre et voyage à travers en Europe et en Afrique du Nord dont il revient avec de nouvelles inspirations, parfois plus bucoliques mais toujours troublantes.

Kokoschka mène une idylle passionnée et chaotique avec Alma Malher, veuve de l’immense musicien Gustav Malher, elle-même compositrice, entre 1912 et 1915 avant qu’elle ne le quitte. Cet amour fou et sa triste fin vont lui inspirer des œuvres et des dérives : il se fait composer une poupée grandeur réelle à l’image d’Alma avec laquelle il va vivre quelques temps avant de lui trancher la tête un soir de beuverie…

Avec Kokoschka, Alma Malher, Klimt… c’est une histoire de géants au cœur de notre vieille Europe dévastée par la barbarie qu’elle n’a pas su éviter durant la XXème siècle. L’œuvre de Kokoschka illustre ce parcours d’un temps de violence mais aussi de création où l’amour, les guerres, la dépression ont inspiré cet artiste dont la peinture, moderne sans être trop contemporaine, reste accessible et profonde, même pour le néophyte. Elle marque avec talent la tragédie d’une époque et l’ampleur de son auteur. Il est décédé en 1980 à 93 ans après avoir traversé le pire d’un siècle de dévastation mais aussi participé au meilleur de sa créativité.

Publié le
Catégorisé comme No Musique

« Radio Metronom » d’Alexandru Belc

Ce film roumain revient sur la période communiste dans une Roumanie tenue sous le joug de la famille Ceausescu et de sa police politique, la Securitate. Une bande de lycéens volètent entre leurs cours, leurs histoires d’amour adolescentes et l’émission de rock « Metronom » de Radio Free Europe qui diffuse la propagande occidentale sur les pays communistes, déjà exsangues à l’époque. Entre deux morceaux des Doors et de Led Zeppelin, nos jeunes veulent écrire une lettre à la radio « capitaliste » mais ils sont trahis par l’un d’entre eux et la Securitate entre dans la danse.

Les fonctionnaires de cette police de sinistre réputation appliquent alors leurs méthodes habituelles en se limitant avec ces gamins à la violence psychologique. Ils arrivent à les faire se trahir les uns les autres en rédigeant des « aveux » circonstanciés et, au besoin, en faisant pression sur leurs parents. Cette jeunesse idéaliste est facilement broyée par le système. Certains essayent de ne pas abdiquer avant de compromettre.

Ce film intimiste pose la question éternelle de la résistance face à la dictature et des risques que chacun est prêt à prendre pour s’opposer. On imagine qu’actuellement dans les villages occupés par les armes par les Russes en Ukraine doit se reposer cette lancinante question de l’attitude à adopter face à l’oppression.

On se souvient qu’après la chute du Mur en 1989 et l’ouverture des archives des polices politiques communistes, nombre de citoyens ont pu découvrir qu’ils étaient dénoncés par leur voisin, leur épicier, parfois même par leurs enfants… La dictature génère souvent la guerre civile même si elle est le plus souvent justifiée comme le moyen d’y mettre fin.

Publié le
Catégorisé comme No Musique

La dette française en passe d’être dégradée

La dette française au 30/09/2022 : 2 957 milliards d'euros

La société de notation Standard & Poor’s (S&P) a assorti la note de la dette française d’une perspective « négative » en décembre dernier. L’agence Fitch avait déjà fait de même. Cela veut dire que dans six mois la note elle-même sera sans doute aggravée, la dette française serait alors considérée comme plus risquée. Toutes choses égales par ailleurs, le taux d’intérêt demandé sera donc augmenté pour couvrir ce risque, indépendamment des hausses de taux actuellement générées sur les marchés par les banques centrales pour lutter contre l’inflation.

Le ralentissement de la croissance annoncé en France, et surtout la mauvaise gestion des finances publiques générant des déficits significatifs hors de contrôle inquiètent les prêteurs potentiels qui vont donc demander des intérêts supérieurs. On les comprend.