« Le monde de Steve McCurry » au musée Maillol

Steve McCurry est ce photographe américain qui s’est rendu mondialement célèbre pour avoir pris, dans les années 1980, et diffusé cette photo d’une jeune femme afghane aux yeux verts. McCurry a pris bien d’autres photos dont 150 sont exposées en grand format au musée Maillol. Elle avait une quinzaine d’années à l’époque et, 35 ans plus tard, elle vient d’être accueillie en exil en Italie pour fuir le retour du pouvoir taliban, après avoir déjà fui au Pakistan ce même régime au début des années 2000. L’exposition montre le portrait initial en face du portrait récent, le temps à passé mais les talibans sont revenus aux commandes.

Outre cette femme aux yeux si fascinants, on suit les pérégrinations de McCurry à travers la planète et son intérêt pour les portraits. Il arrive à capter des trognes incroyables que son sens des couleurs met magnifiquement en valeur. L’audioguide nous apprend que ces clichés sont, le plus souvent, le résultat d’un long travail, sauf pour notre afghane iconique qu’il n’a prise que deux ou trois fois dans une salle de classe.

L’exposition ne parle pas d’une polémique qui a été déclenchée dans les années 2010 accusant McCurry d’avoir retouché certaines de ses photos, pratique contraire à l’éthique du photojournalisme. Qu’importe, ces photos sont de véritables œuvres d’art et, finalement, McCurry s’est qualifié de « conteur visuel, pas [de] photojournaliste », et c’est très bien ainsi.

Publié le
Catégorisé comme No Musique

« Fallait pas le dire » de Salomé Lelouch

Une pièce de théâtre légère et amusante, ou les discussions d’un couple sur les petits sujets qui agitent notre société : l’indépendance financière des femmes, l’écologie, le « non-binarisme », l’homosexualité, la GPA, le consentement, et bien d’autres. La pièce est composée de petits sketches qui passent plutôt bien, joués sur le modèle « Café du commerce ». Elle est écrite par Salomé Lelouch, la fille qu’Evelyne Bouix a eu avec le réalisateur Claude Lelouch et qui a été élevée par le couple (sur scène comme à la ville) qu’elle compose avec Pierre Arditi. Une plaisante affaire de famille donc !

Publié le
Catégorisé comme No Musique

L’Aquarium de Paris

En plein cœur de la capitale, dans les jardins du Trocadéro, l’Aquarium de Paris permet aux petits enfants parisiens de se rendre compte que les poissons dans l’océan ne se présentent pas en pavés panés sortant d’une barquette surgelée Findus. On y voit toutes sortes de poissons, petits et gros, de rochers et de grands fonds, des crustacés, des méduses aux formes variées et, clou du spectacle, un grand bassin où évoluent des (petits) requins, requins gris, requins à pointes noires, requins chabots à taches blanches, requins zèbres, etc.

Un beau spectacle pour la jeunesse qu’elle pourra magnifier en visitant l’aquarium de Brest, d’une autre dimension.

Publié le
Catégorisé comme No Musique

« Twist à Bamako » de Robert Guédiguian

On pensait Guédiguian plus concerné par Marseille que par l’Afrique, ce joli film montre le contraire. Il semble que l’idée lui en soit venu après avoir visionné les photos du malien Malik Sidibé. Les accointances politiques du réalisateur (il a adhéré au parti communiste français en 1968, à 14 ans, avant de rendre sa carte en 1979 après l’abandon du « programme commun ») ont sans doute fait le reste pour décrire les illusions perdues d’un pays qui s’est cru socialiste après avoir été indépendant en 1962.

Lire aussi : https://rehve.fr/2018/02/malik-sidibe-mali-twist-a-la-fondation-cartier/

Le film suit les pérégrinations de Samba, jeune militant parcourant le pays et ses traditions pour convaincre les citoyens des bienfaits du socialisme. Il a du mal à convaincre mais il rencontre Lara dans un village, dont il tombe amoureux. Comme le socialisme se heurte aux résistances des comportements, leur amour se frotte à des traditions paternalistes ancestrales. Les deux échoueront face à l’inertie et l’immobilisme. Les dernières minutes du film évoquent le pays 50 ans plus tard, en 2012, sous le joug terrible du pouvoir islamiste. Il est dur de changer les choses en Afrique !

Publié le
Catégorisé comme No Musique

« La panthère des neiges » de Marie Amiguet et Vincent Munier

A la suite du récit éponyme de Sylvain Tesson, ce film documentaire retrace les jours et les nuits d’affût de Vincent Munier et Sylvain Tesson dans les montagnes du Tibet, à la poursuite de cette panthère des neiges mythique et fuyante, mais que l’on verra tout de même quelques minutes à la fin du film.

Munier et Marie Angelet sont des cinéastes animaliers de talent qui ont donné ici un film méditatif sur ce monde animal secret qui continue à prospérer dans la beauté dans d’un monde perdu, resté pour l’instant à l’abri de la dévastation humaine. La voix off de Tesson commente, la musique est de Warren Ellis et Nick Cave chante quelques couplets. On aurait pu apprécier plus de musique et moins de commentaires…

Publié le
Catégorisé comme No Musique

« Ubuntu, un rêve lucide » au Palais de Tokyo

Une exposition au Palais de Tokyo est par nature contemporaine, Ubuntu ne déroge pas à la règle et y ajoute une touche africaine. Des installations symbolisant le colonialisme, des photos du monde queer en péril au Nigeria, des montages-collages rappelant le parcours violent du Zimbabwe (ex-Rhodésie) vers l’indépendance, un film « A world of illusions, 2019 » projeté sur un grand écran blanc sur lequel évoluent des danseurs noirs dans une chorégraphie étrange mais esthétique pendant qu’une voix off récite en anglais un long texte où les mythes grecs et Frantz Fanon sont utilisés pour « déconstruire » la condition africaine. Narcisse, Œdipe, Antigone recyclés dans la défense de la cause LGBTQIA+ et de la condition Noire. La traduction française, en « écriture inclusive » bien sûr, est disponible à la sortie de la salle de projection.

Voici en tout cas une exposition « décoloniale » et « non-binaire » ! Il n’est pas sûr que le personnel de sécurité du musée, en majorité « racialisé », surveillant les œuvres et installlations, n’y voit une grande avancée de sa condition.

La présentation de cette exposition sur le site web du Palais de Tokyo nous apprend que « Ubuntu » veut dire quelque chose comme « Je suis parce que nous sommes ». Le visiteur geek sait surtout que « Ubuntu » est le nom commercial d’une des versions du logiciel libre Linux qui permet à tous d’exploiter un ordinateur et de communiquer sur Internet sans passer sous les fourches caudines, et onéreuses, des nouveaux monstres capitalistes de l’économie numérique, les « GAFAM » !

Au sortir de ce choc culturel, le bobo peut aller se remettre au café italien-chic du Palais de Tokyo : Bambini.

Publié le
Catégorisé comme No Musique

« Signac collectionneur » au Musée d’Orsay

Paul Signac – le port de Saint-Tropez

Paul Signac (1863-1935), peintre et collectionneur, adepte du « pointillisme » (sport-painting en anglais), est exposé au Musée d’Orsay en compagnie des artistes contemporains qu’il a aimés et collectionnés : Seurat, Van Gogh, Degas, Monet, Cézanne… Habitué de Saint-Tropez et de la Provence où il se réside une partie de l’année, il y reçoit ses amis et, ensemble, ils s’inspirent des couleurs et des paysages ensoleillés du sud, s’influencent les uns les autres pour nourrir le mouvement « néo-impressionniste » de leurs œuvres.

On apprend aussi en passant que, de tendance anarchiste-libertaire, Signac va s’éloigner de Degas qui était antidreyfusard. Il ira même jusqu’à revendre une œuvre de ce dernier pour marquer son opposition politique. Mais l’admiration artistique qu’il porte à Degas sera la plus forte, il tentera durant cinquante années de racheter ce dessin vendu trop vite sur un coup de tête…

Sa curiosité de collectionneur infuse sa créativité de peintre. Cette exposition entremêlée, de ses toiles et de celles qu’il a acquises, le montre, pour le plus grand intérêt des visiteurs.

Publié le
Catégorisé comme No Musique

« The Card Counter” de Paul Schrader

L’histoire troublante de Bill, un militaire américain impliqué dans les tortures dont l’armée s’est rendue coupable durant la guerre d’Irak, a été condamné à de la prison et s’est recyclé dans le jeux itinérant à travers les casinos américains. Hanté par ses souvenirs, il erre sur les routes, solitaire, pour fuir la culpabilité de ce à quoi il a participé. Il va y rencontrer un jeune étudiant à la dérive à la recherche de la vérité à la suite du suicide de son père qui a fréquenté le même terrain de bataille que Bill. Ils font un bout de la route ensemble à la recherche de leur rédemption.

La musique, lancinante et crépusculaire, est de Robert Levon Been de l’excellent groupe américain Black Rebel Motorcycle Club.

Publié le
Catégorisé comme No Musique

« Expérience Goya » au Musée des Beaux-Arts de Lille

Le musée des Beaux-Arts de Lille plonge dans les mystères de l’œuvre du peintre espagnol Francisco de Goya (1746-1828) en se focalisant sur deux de ses œuvres emblématiques : « Les Jeunes » (1814-1819) et « Les Vieilles » (1808-1812). Le visiteur suit l’évolution de l’artiste d’un statut de peintre de la Cour d’Espagne et de l’aristocratie, produisant des toiles aux thèmes champêtres ou des portraits empesés, à celui de la noirceur inspirée par la guerre d’indépendance espagnole du début des années 1810 menée contre la France de Napoléon qui fut contrainte à la retraite après des batailles sauvages qui ont décimé les troupes et des civils des deux côtés.

Cette guerre terrible a manifestement transformé l’artiste dont la production sera désormais d’une noirceur palpable. De Saturne dévorant un de ses fils à la La Procession à l’ermitage Saint-Isidore il n’est traduit que dévastation et dévoration d’une humanité à la dérive, qui se meurt.

Ces scènes morbides ont beaucoup inspiré le cinéma : Le chien andalou de Bunuel, Il était une fois dans l’ouest de Sergio Leone… Le peintre donne d’ailleurs son nom aux prix remis annuellement en Espagne au monde du cinéma.

L’exposition utilise des procédés vidéo modernes pour détailler et interpréter ces œuvres avant d’aboutir à l’exposition des deux toiles, Les Jeunes et Les Vieilles, propriété du musée.

Publié le
Catégorisé comme No Musique

« Maison Cavrois » à Roubaix

Fin des années 1920, un riche industriel textile dans le nord, Paul Cavrois (1890-1965) confie à l’architecte Robert Mallet-Stevens (1886-1945) le projet de conception et de construction de sa villa. Réalisée dans le style Art-déco et, a priori, sans trop de contraintes budgétaires, la superbe construction connut différents aléas, occupation par les Allemands durant la dernière guerre, vente à un promoteur immobilier qui laissera le bâtiment à l’abandon et au pillage, avant son acquisition par l’Etat en 2001 et sa complète rénovation avant sa réouverture en 2015.

Les murs extérieurs sont en briques jaunes et cette couleur est dominante dans l’ensemble de la bâtisse. Evidemment, avec 1 840 m² habitables les volumes sont immenses mais le concepteur a su également préserver quelques coins d’intimité cosy devant une cheminée ou pour une chambre d’enfant. Le mobilier est à l’avenant, au style caractéristique de cette époque, souvent en bois clair rappelant le jaune dominant, mais sans négliger des touches de couleur (bleues dans une des chambres des enfants). Les matières sont nobles, marbres et bois, et disposées avec subtilité. Les dressings gigantesques font saliver les visiteuses. Au temps de sa splendeur, la villa était bien sûr entourée d’un très vaste terrain sérieusement réduit aujourd’hui. La famille

Chacun ressort ébloui devant cet ensemble harmonieux et démesuré qui, heureusement, a pu être préservé grâce à la générosité des contribuables et l’habilité des artisans spécialisés durant les douze années de rénovation.

Publié le
Catégorisé comme No Musique

« Musée de L’hospice Comtesse » à Lille

Ancien hôpital fondé par la comtesse Jeanne de Flandre en 1237, placé sous la protection de la Vierge, l’hospice continua d’être utilisé jusqu’en 1939 avant d’être transformé en magasin général de l’assistance publique de Lille, puis en musée en 1962. Ce petit musée historique (certaines salles sont actuellement fermées pour rénovation) placé au centre de Lille présente des peintures, des mappemondes, des plans, des sculptures de bois, des ustensiles divers qui nous rappellent que la ville et l’actuelle région du nord de la France appartinrent longtemps au Conté de Flandre qui couvrait, depuis les Romains, l’actuel Bénélux et le nord de la France, dont Lille. De guerres contre les Normands en batailles de succession dynastique en passant par des alliances successives avec les comptés d’Alsace, de Bourgogne, de Normandie, ou de la couronne d’Espagne, le comté de Flandre est découpé, partagé puis dissous au XVIIIème siècle. Lille avait déjà été reprise aux Espagnols par les armées de Louis XIV et est restée française depuis malgré quelques batailles avec le Royaume-Uni et l’Autriche.

Publié le
Catégorisé comme No Musique

Restitution d’œuvres d’art au Bénin : il faut continuer, élargir et accélérer

L’Etat français vient de restituer un premier lot d’une vingtaine d’œuvres d’art qui avaient été pillées lors de la présence coloniale française dans ce pays. C’est une excellente décision qui était attendue par l’Afrique depuis les indépendances il y a 70 ans. C’était un coin dans les relations post-coloniales et une demande récurrente des anciens colonisés. Le maintien dans les musées français de ces créations africaines n’avait plus guère de justifications et, finalement, assez peu d’intérêt sinon d’envenimer les relations diplomatiques avec les anciennes colonies.

L’argumentation utilisée par Paris des années durant pour empêcher ce rapatriement était basée sur la soi-disant « inaliénabilité » des œuvres des collections publiques françaises et les capacités limitées des musées africains à les conserver. Le premier obstacle est facilement tombé avec le vote d’une loi par le Parlement français et le second relève de la souveraineté des Etats récipiendaires. On peut imaginer que des copies 3D de ces œuvres ont été réalisées assez facilement et pourront être de nouveau exposées en France si le besoin s’en fait sentir. Après-tout, la Grèce expose bien des copies des fresques du Parthénon à Athènes, les originaux étant toujours détenus dans les musées londoniens…

Il faut maintenant continuer à restituer ces œuvres pillées, cela fera toujours un micro-sujet de contentieux en moins avec les anciennes colonies. Et ne nous empêchons pas de renvoyer l’obélisque de la place de la Concorde en Egypte. Les réserves des musées français regorgent d’œuvres qui ne peuvent pas être exposées faute de place. Celle libérée, et à libérer, par les restitutions permettra d’améliorer la situation.

« David Hockney. A Year in Normandie » au musée de l’Orangerie

David Hockney, célèbre artiste britannique du pop-art est installé en Normandie au Pays d’Auge depuis 2019 et a consacré son temps de confinement à peindre cette région une année durant sur une tablette. Malgré ses 84 ans, le peintre n’est pas rebuté par la technologie moderne qui n’est qu’un outil au service de sa créativité.

Lire aussi : https://rehve.fr/2017/07/david-hockney-a-beaubourg/

C’est une succession de scènes représentant les quatre saisons, imprimées sur papier et exposées par le musée de l’Orangerie à la façon des Nymphéas ou des Tapisseries de l’Apocalypse. Comme toujours c’est une explosion de couleurs chaudes qui réjouissent l’œil et le cœur. Comment ne pas rester optimistes devant un tel carrousel chromatique appliqué à une certaine naïveté du dessin ? Les saisons défilent le long des murs avec, bien sûr, une préférence pour le printemps et l’été, plus propices à la couleur avec laquelle joue si bien l’œil de Hockney.

Cet artiste crée à profusion et nous fait profiter de son imagination sans borne pour refaire le monde en couleurs acidulées et inspirantes. Réjouissons-nous !

Lire aussi : https://rehve.fr/2020/04/cusset-catherine-vie-de-david-hockney/

Publié le
Catégorisé comme No Musique

« Madres Paralelas » de Pedro Almodovar

Le dernier film du prolifique réalisateur espagnol Pedro Almodovar mêle une histoire d’échange involontaire de nourrissons dans une maternité et de mémoire de la guerre civile d’Espagne. A la suite de la mort « subite » de l’un des deux bébés, les deux mères nouent une histoire d’amour avant que l’enfant survivant ne revienne dans les bras de sa véritable maman et que la seconde ne refasse un enfant avec le père de celui qui est décédé. Tout ce petit monde se retrouve dans l’émotion et le souvenir à l’occasion de l’exhumation d’un charnier de républicains exécutés par les franquistes lors de la guerre, tous originaires du village de la mère de l’enfant décédé… et le chantier d’exhumation est dirigé par… son père !

Vous n’avez pas tout compris ? C’est normal, l’histoire est compliquée sur le papier, mais fluide et limpide l’écran, allez-voir le film. Nombre des sujets qui agitent notre société actuelle y sont abordés : la science qui permet désormais de connaître sans conteste les origines d’un enfant, la maternité passé 40 ans, l’amour lesbien, la différence d’âge dans un couple, les réponses aux questions non résolues souvenirs d’une guerre civile sauvage…, le tout dans l’habituelle symphonie des couleurs et la vivacité des dialogues propres aux films d’Almodovar.

Publié le
Catégorisé comme No Musique

« Tapisseries de l’apocalypse » au château d’Angers

Les tapisseries de « l’Apocalypse » ont été réalisées à la fin du XIVème siècle et sont merveilleusement exposées dans une salle du château d’Angers. Commandées par le duc Louis 1er d’Anjou, elles sont ensuite passées de main en main avant de revenir à l’Etat en 1905 tout en restant affectées au culte. Les tissages présentent les scènes un fond rouge ou bleu et sont inspirées par le texte de l’Apocalypse de Jean.

L’environnement sombre est destiné à préserver de la lumière l’œuvre qui a traversé les siècles. Il offre l’atmosphère idéale pour détailler ces tapisseries qui auraient mérité un peu plus d’explication pour le visiteur qui n’est pas parfaitement informé de « l’Apocalypse de Jean ».

Publié le
Catégorisé comme No Musique

« Frantz Fanon, la trajectoire d’un révolté » de Audrey Maurion et Mathieu Glissant

Un très bon documentaire sur la vie et la pensée de Frantz Fanon (1925-1961), psychiatre né en Martinique qui théorisa l’influence de la colonisation sur les troubles mentaux des colonisés. Affecté à l’hôpital psychiatrique de Blida en Algérie « française » il y soigne les gens du peuple ainsi que les victimes de la guerre d’indépendance, les torturés comme leurs bourreaux, qui fait alors rage. Solidaire de la cause algérienne, il démissionne de l’hôpital, renonce à sa nationalité française et devient l’un des compagnons de route du Front de libération nationale (FLN) qui mène la lutte contre la France colonisatrice.

Il devient l’un des penseurs majeurs du fait colonial et de son pendant, la décolonisation. Dans « Peau noire, masques blancs » il analyse de façon lumineuse comment la colonisation des esprits s’est surajoutée à celles des pays rendant le combat pour l’indépendance encore plus difficile car il faut non seulement reconquérir le territoire mais aussi les esprits. Outre son association au combat pour l’indépendance du FLN, Fanon va participer aux différentes conférences internationales qui se déroulent à la fin des années 1950 sur la décolonisation de l’Afrique, l’émergence du concept des « pays non-alignés », parfois en représentation du FLN. A son décès des suites d’une leucémie (soignée d’abord à Moscou, puis aux Etats-Unis) à 36 ans, il est enterré en Algérie en héros, porté en terre par ses camarades du FLN.

Il ne connaîtra, ni l’indépendance de l’Algérie, ni celles de la majorité des pays africains, ni, surtout, ce qu’en ont fait les peuples et les dirigeants de ces nouvelles nations. Il aurait été intéressant qu’il poursuive sa réflexion sur ces sujets. Car bien sûr, les années 1960 jusqu’à nos jours ont montré combien était clairvoyante sa vision de l’intrusion du phénomène colonial dans l’esprit des colonisés. Nombre de des anciennes colonies françaises ont poursuivi l’aliénation de leurs propres peuples via la mise en place de dictatures plus ou moins liées à l’ancienne puissance colonisatrice.

Les écrits de Fanon comme son action n’ont pas vraiment proposé de méthodes pour réussir la décolonisation, pour atteindre la responsabilisation pleine et entière des nouveaux dirigeants. La vérité est probablement que personne ne sait vraiment comment décoloniser de façon apaisée et efficace. Vu de très haut on pourrait penser que la décolonisation des pays ex-britanniques fut plus aisée que celle des pays ex-français. Peut-être est-ce aussi le fait que dans le cas de l’Empire britannique Londres a moins cherché à s’emparer des esprits, que la France qui a installé des écoles pour enseigner « nos ancêtres les gaulois » au fond de la brousse !

La situation troublée actuelle des départements d’outre-mer français, les derniers confettis de l’Empire, illustre à l’envie l’analyse de Fanon sur la colonisation intrusive des esprits. Les contradictions explosives dans lesquelles s’enferrent les populations de ces territoires confirment l’impasse dans laquelle se trouvent les parties sans solution pour décoloniser les esprits.

Lire aussi : FANON Frantz, ‘Les damnés de la terre’

Le documentaire est ponctué d’interventions de l’écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau dont l’œuvre et l’action sont tournées vers la « créolité », des interventions souriantes qui amènent un peu de légèreté dans ce film habité par la fièvre de Fanon pour son combat.

Lire aussi : FANON Frantz, ‘Peau noire masques blancs’

Publié le
Catégorisé comme No Musique

« Julie (en 12 chapitres) » de Joachim Trier

Le très joli film du réalisateur norvégien Joachim Trier, dont l’actrice Renate Reinsve a obtenu le prix d’interprétation féminine au festival de cannes 2021, traverse quelques années de la jeune Julie dans le milieu arty-bobo où elle essaye de se faire une place. On y parle d’amour, de mort, d’enfants, du tragique de la vie mais aussi de sa légèreté, le tout se passe dans une ville agréable, sans doute norvégienne, où l’on se laisse bercer par la langue locale un peu rugueuse. Un moment charmant et émouvant !

Publié le
Catégorisé comme No Musique

« One more jump » de Emanuele Gerosa

Un film documentaire sur la pratique du parkour par de jeunes palestiniens résidant à Gaza. Le parkour est une espèce de running de banlieue, ponctué de franchissement d’obstacles façon breakdance. C’est impressionnant et pratiqué par ces jeunes de Gazacomme un moyen d’évasion de leur chaudron Gazaouite, entre mer Méditerranée, police du Hamas et gardes-frontière israéliens, sans aucun espoir de futur sur place.

Alors tous ces gamins n’ont qu’une idée en tête : fuir leur prison vers l’Europe pour tenter d’y mener une vie meilleure. Le titre du film est une allégorie à cette tentation désespérée. L’un d’eux réussit à partir pour l’Italie pour participer à des compétitions de parkour et le film alterne entre les deux personnages principaux celui de Rome et celui de Gaza. Ceux qui sont restés envient le premier et… le condamnent d’être parti sans eux.

Présent dans la salle, le réalisateur revient ensuite sur les conditions de tournage en 2019 relativement aisées dans un environnement plutôt agité, l’obsession de ces jeunes pour quitter leur territoire sans espoir de retour, la bouffée d’air frais que représente la pratique du parkour dans l’environnement dévasté de Gaza. Il nous apprend pour finir que le premier personnage a eu un accident lors d’un entraînement en Italie et finira sa vie sur une chaise roulante et que le second a finalement pu quitter Gaza, également pour l’Italie, laissant les siens sur place sans doute pour toujours. Pas très gai ce documentaire, pas plus que la situation gelée en Palestine.

« Mourir peut attendre » de Cary Joji Fukunaga

Le dernier James Bond : une histoire compliquée d’arme bactériologique qui ne détruit que les ennemis dont l’ADN est listée par son utilisateur, mise au point par un chercheur russe machiavélique pour un donneur d’ordre très méchant. James Bond est à la retraite en Jamaïque avec son amoureuse mais on vient l’y chercher pour courir après le très méchant. Son remplaçant qui a repris le badge 007 est une femme, noire, dont l’histoire ne dit pas si elle adhère au mouvement LGBTQIA+ ou pas.

Tout s’enchaîne au milieu de paysages magnifiques, d’Aston-Martin en contre-virage, d’armes à feu, de bagarres et, à la fin, James Bond préfère se laisser mourir sous les missiles de Sa Majesté plutôt que de contaminer sa chérie car le grand 007 (il a retrouvé son badge, le temps de cette ultime mission) a perdu son combat face au très méchant. Il faut dire que James Bond tombant amoureux on comprend vite qu’il n’est plus à la hauteur des combats de titans qu’il a toujours gagnés.

Il y aura sans doute un nouveau 007 mais, sauf si les services secrets britanniques arrivent à ressusciter Bond, James Bond, il portera un autre nom. Les fans de la série parient sur une femme.

Publié le
Catégorisé comme No Musique

« Les Olympiades » de Jacques Audiard

Un film agréable sur la jeunesse du quartier parisien « Les Olympiades », autrement dit Chinatown sans le XIIIème arrondissement. On s’aime, on se quitte, on se retrouve, on travaille, on traîne, on se mélange… une existence de personnages sympathiques issus « de la diversité », chacun un peu affublé de ses stéréotypes d’origine et de ses histoires personnelles, mais le tout donne une image bienveillante de ce quartier surgit dans les années 1960, et asiatisé dans les années 1970.

Il existait après la dernière guerre mondiale une zone industrielle sur les quais de Seine accueillant déjà une communauté asiatique travaillant dans les usines. Après la fermeture de ces ateliers, un programme de construction d’immeubles a été promu dans les années 1960 mais plutôt peu apprécié par les Parisiens. Lorsqu’à la fin des années 1970, les « boat-people » fuyant les régimes communiste au Vietnam et maoïste au Cambodge commencèrent à fuir leurs pays, ils trouvèrent refuge en France dans cette zone du XIIIème où existaient de nombreux logements vides, ils trouvèrent naturellement refuge dans ce qui est devenu le Chinatown parisien. Cet afflux des « boat-people » marqua aussi en France la réconciliation entre Sartre et Aron qui allèrent ensemble à l’Elysées demander des visas pour ceux qui fuyaient le communisme au risque de leurs vies en s’embarquant sur de frêles esquifs en mer de Chine. Quelques photos montrent ces deux-là en 1979 sur le perron de la présidence en compagnie d’André Gluksmann. Déjà très affaibli par plusieurs attaques cérébrales, Sartre décèdera en 1980.

Les plus anciens ne peuvent s’empêcher de repenser à cette époque en visionnant le film d’Audiard, c’est aussi à celà que sert parfois le cinéma !

Lire aussi : Paris XIII : un riche passé industriel