« The House of Cards » d’Andrew Davies, épisodes 1 et 2/4

Arte rediffuse cette série britannique de 1990 romançant la succession de Margaret Thatcher au poste de premier ministre. C’est une « série », donc du cinéma étriqué et à courte vue. C’est une « série », donc du simplisme et du papotage de Café du commerce. C’est une « série », donc un format peu intéressant et il serait vraiment superfétatoire de regarder les épisodes 3 et 4.

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« Pulp Fiction » de Quentin Tarantino (1994)

Près de 25 ans après Orange mécanique, Tarantino nous a régalé de la violence ironique de Pulp Fiction qu’il ne faut pas de priver de revoir ! Monté de façon non chronologique on y suit les aventures des deux porte-flingues d’un puissant mafieux de Los-Angeles ainsi que d’un boxeur sur le retour chargé de truquer un match par le chef mafieux. Beaucoup de sang, beaucoup de cynisme et d’humour, il ne faut pas craindre l’hémoglobine mais les mises en situation sont burlesques, les comportements et dialogues de Vincent Vega (John Travolta) et Jules Winnfield (Samuel L. Jackson) sont hilarants. Le film a obtenu la palme d’or au Festival de Cannes 1994 ce qui fut bien mérité et lança la carrière internationale de Tarantino qui poursuit depuis son œuvre sur le même sillon.

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« Orange mécanique » de Stanley Kubrick (1971)

Alors que des sauvageons mal élevés mettent à mal l’autorité de la police et de la justice en injuriant, taguant et agressant à tout va, certains parlent d’une génération « Orange mécanique ». Il était temps de revisionner ce film de Stanley Kubrick, tiré du roman d’Anthony Burgess paru en 1962, le film datant de 1974. Et l’on suit les aventures d’Alex et sa bande, modérément intéressés par la chose scolaire mais beaucoup plus par la violence et le sexe. Alex, passionné de Beethoven, laisse ses parents désemparés qui ne savent pas comment le ramener à la raison. La police essaiera de s’en charger et, en prison, il subira un protocole médical destiné à le faire revenir dans le droit chemin. Un peu de chimie en échange d’un peu plus de tranquillité pour la société, deal qui se retournera contre le pouvoir politique qui croyait avoir trouvé le graal contre la violence mais sera finalement accusé de totalitarisme !

Le roman ainsi que film peuvent être qualifiés « d’anticipation » et la métaphore du traitement chimique provoquant un débat de société n’est pas très éloignée des polémiques sans fin de notre monde d’aujourd’hui face à une ultraviolence qui elle, est bien notre quotidien.

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« Phantom of the Paradise » de Brian de Palma

1974, Brian de Palma réalise « Phantom of the Paradise » ou le mythe de Faust adapté au monde du glamrock de l’époque. Winslow a composé et interprète une cantate mais il se fait maltraiter par le producteur Swan (joué par le musicien et acteur Paul William qui a aussi écrit la bande originale du film ainsi que de nombreux autres hits) qui veut la faire chanter par d’autres. Swan a passé un acte avec le diable qui lui assure une éternelle jeunesse. S’en suivent bien des évènements au cours desquels Winslow signe lui aussi un pacte avec Swan pour que Phoenix, la chanteuse qu’il a choisie soit son interprète. Ensemble, ils se rendent « du côté de chez Swan » pour finaliser la cantate qui sera jouée en public et aboutira à un incroyable final avec la mort de Swan et de Winslow, et le triomphe de Phoenix.

Un beau film, une très belle musique, à revoir régulièrement !

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« Manipulations, une histoire française » de Jean-Robert Viallet 5et6/6

Dans ces deux derniers épisodes du documentaire sur l’affaire Clearstream, on rentre dans l’incroyable implication de la politique intérieure française dans cette affaire grandguignolesque. Le repris de justice Lahoud ayant bien compris comment fonctionnait le cerveau torturé et complotiste du haut-fonctionnaire Gergorin, va l’alimenter avec ce qu’il attendait. Gergorin, ancien diplomate est toujours proche de Dominique Galouzeau de Villepin alors ministre des affaires étrangères, lui-même en guerre ouverte contre Nicolas Sarkozy alors ministre de l’intérieur, pour de basses histoires politiciennes de règlement de comptes sur fond de fidélité/trahison à l’égard du président de la République Chirac.

Alors, le repris de justice Lahoud introduit frauduleusement les noms de Sarkozy et de quelques autres sur les listings de comptes privés « non publiés » détenus par la société financière luxembourgeoise Clearstream, Gergorin devint fébrile et porta ces listings à Galouzeau de Villepin qui sans doute trépignait à l’idée de ce qu’il pourrait en faire avant, raisonnablement, de les transmettre à la justice, pour une enquête dans laquelle le juge Van Ruymbeke va ajouter des complications de procédure aboutissant à ce que le haut fonctionnaire Gergorin lui « transmette » ces listings via des lettres anonymes… On entre ici dans le côté burlesque de l’affaire où même ce juge expérimenté, notamment en charge de l’affaire des frégates de Taïwan, va lui aussi se faire embobiner par le repris de justice Lahoud et le Gergorin au cœur tendre !

Il sera finalement démontré assez facilement que les listings avaient été grossièrement falsifiés, sans doute par le repris de justice Lahoud, qui ne l’a jamais reconnu et tout ceci s’est terminé devant la justice et sur les plateaux télévisés :

  • Le repris de justice Imad Lahoud est de nouveau condamné définitivement à de la prison ferme pour dénonciation calomnieuse, faux et usage de faux (il est aujourd’hui à 53 ans professeur de mathématique)
  • Le haut-fonctionnaire au cœur tendre Jean-Louis Gergorin est condamné définitivement à de la prison ferme pour dénonciation calomnieuse, usage de faux, recel d’abus de confiance et vol (il est aujourd’hui à 74 ans chroniqueur-essayiste sur les sujets liés à la cybersécurité et on le voit régulièrement signer des chroniques publiées dans la presse quotidienne)
  • L’ex-ministre Dominique Gallouzeau de Villepin est relaxé des soupçons de non-dénonciation de listings truqués (il est aujourd’hui âgé de 67 ans et sévit dans des activités de conseil et de lobbying majoritairement en faveur de pays émergents)
  • Denis Robert, le journaliste qui avait initialement enquêté sur les mécanismes financiers de Clearstream avant d’être impliqué un peu malgré lui dans l’affaire du même nom et fait l’objet de multiples procédures menées par Clearstream pour diffamation, est blanchi de toute accusation
  • Le général Rondeau, « le maître espion français » aux petits pieds, révoqué par les services secrets et qui servit de petit télégraphiste pour distribuer les faux-listings est mis hors de cause dans l’affaire (il est décédé en 2017)

Ce documentaire très détaillé est mené à charge, sans doute à raison, contre les corneculs qui furent les vedettes de cette affaire, mais aussi contre « le système financier oppresseurs de citoyens » et c’est la que ses concepteurs prennent parti. En réalité, les chambres de compensation du type Clearstream sont des éléments nécessaires pour les activités financières désormais mondialisées et ont existé de tous temps. On ne peut évidement pas exclure que Clearstream, comme beaucoup d’autre banques à l’époque, ait procédé à du blanchiment d’argent et de l’escroquerie fiscale, plus ou moins couvert par des dirigeants peu scrupuleux. C’est ce que Denis Robert a voulu démontrer dans ses publications. La justice luxembourgeoise, sans doute assez peu pointilleuse sur le sujet à l’époque, ne l’a pas établi…

Le plus catastrophique dans cette lamentable histoire est de voir comment l’incompétence de hauts responsables français a pu les laisser se faire embobiner par la fratrie Lahoud, aussi rapidement et aussi complètement. Quelques jours après sa sortie de prison, Imad Lahoud était dans la salle à manger présidentielle d’EADS en présence de l’un de ses vice-présidents, Jean-Louis Gergorin, introduit par son frère Marwan. Quelques semaines plus tard il était recruté par les services secrets, sous couverture d’un contrat de travail avec EADS, sous l’égide d’un ex-membre de ces services qui en fut révoqué, le général Rondeau. Les bases de l’affaire Clearstream étaient jetées et tout ce petit monde va s’activer à brasser du vent et du complot durant des mois aux frais des contribuables (EADS est une société largement publique et les autres personnages sont des fonctionnaires), se laissant raconter toutes les sornettes possibles par un repris de justice, Imad Lahoud, au charme sans doute ravageur mais d’autant plus pernicieux qu’il s’adressait à des incompétents qui vont aller jusqu’à impliquer le monde politique qui n’a guère était plus perspicaces qu’eux tant les fausses informations diffusées les arrangeaient. Lahoud est longuement interviewé dans les six épisodes et raconte avec un petit sourire malicieux avec quelle facilité il a pu tromper ce petit monde de naïfs.

Reconnaissons néanmoins que les « vrais » services secrets après l’avoir recruté comme « correspondant » l’ont rapidement « débranché » compte tenu du non-respect de ses engagements à fournir de l’information au sujet des circuits financiers de la famille Ben Laden. La justice quant à elle, une fois saisie, a également facilement mis à jour la falsification des informations Lahoud et même déchargé le juge en charge qui était sortie du code de procédure pénale.

En réalité, cette lamentable affaire est plus une histoire de défaillance RH (ressources humaines) qu’autre chose. Les copinages franchouillards ont amené les groupes Lagardère puis EADS à embaucher un haut-fonctionnaire au cœur tendre pour un poste de vice-président « en chocolat » qui passa beaucoup de temps dans son bureau à comploter et envoyer des lettres anonymes, tâches qui ne figuraient manifestement dans la fiche de poste pour laquelle il était rémunéré. Il n’avait rien à faire dans cette fonction.

Le recrutement à sa sortie de prison de l’escroc Lahoud par EADS était également une erreur de casting qui n’aurait jamais dû se produire. La politisation de la gouvernance du groupe EADS a permis ce dysfonctionnement. Le maintien du général Rondeau dans les cabinets ministériels bien qu’il ait été révoqué par les services secrets est également difficilement compréhensible, à près de 70 ans à l’époque, et après de brillants états de services, il aurait été préférable pour la République qu’il goûte les joies d’une retraite paisible.

Bref, l’affaire Clearstream c’est trois pieds nickelés qui illustrèrent les dysfonctionnements de l’Etat dans le choix de certains de ses hauts responsables. Dès qu’elle arriva dans des mains professionnelles, celles de la justice, elle se révéla pour ce qu’elle était et la baudruche se dégonfla. Elle provoqua toutefois beaucoup d’agitation, de temps et d’énergie perdus, de soupçons infondés et le renforcement du sentiment populaire « on nous cache tout, on ne nous dit rien ». A ce titre, elle a affaibli la République.

Lire aussi : « Manipulations, une histoire française » de Jean-Robert Viallet 1/6
« Manipulations, une histoire française » de Jean-Robert Viallet 2et3/6
« Manipulations, une histoire française » de Jean-Robert Viallet 4/6

« Manipulations, une histoire française » de Jean-Robert Viallet 4/6

Ce quatrième épisode de la saga Clearstream nous emmène sur les ventes d’armes françaises, notamment à Taïwan avec le désormais très fameux contrat dit des « frégates de Taïwan » mené par Thomson CSF, entreprise d’électronique de défense, nationalisée en 1981, et son patron Alain Gomez, dans les années 1990’. Ce contrat engage également d’autres fournisseurs comme la DCN (Direction des constructions navales, société publique) et Lagardère (missiles, groupe privé). Grand patron « de gauche », Gomez s’oppose en tout à Jean-Luc Lagardère, dont le groupe est également partie à ce contrat pour la partie des missiles devant équiper les navires de combat et dont les amitiés sont plutôt à droite. Le premier n’hésite pas à corrompre les acheteurs pour emporter les marchés, le second a plus de prévenance sur le principe. Dans le contrat taïwanais c’est Gomez qui va l’emporter et le montant exceptionnel de plus d’un demi-milliard d’euros est budgété pour les commissions à payer aux intermédiaires et aigrefins de tous genre qui rôdent autour de l’affaire d’une quinzaine de milliards au total. Le versement de commission est à l’époque légal. Ce qui l‘est beaucoup moins c’est le concept de rétrocommission qui apparaît à cette occasion, c’est-à-dire qu’une partie des commissions versées aux intermédiaires étrangers sont ensuite repayées en France à d’autres aigrefins. Il s’agit sans doute d’une nouvelle manière de financer les partis politiques qui n’ont plus la possibilité d’utiliser le système simpliste de la fausse facture utilisé durant des décennies mais la justice française ne parvint jamais à identifier qui encaissa ces rétrocommissions.

Et le lien avec Clearstream ? Eh bien il n’y en a pas sinon que le fonctionnaire Gergorin aimerait en voir un et que le repris de justice Lahoud (employé par le premier) va introduire le nom de Gomez dans les listings. Il n’en faut pas de plus pour rendre Gergorin définitivement fébrile à l’idée de pouvoir compromettre l’ennemi intime de son ex-patron déifié : Jean-Luc Lagardère, décédé depuis. Il va alors faire jouer tout son carnet d’adresses pour faire cheminer ses délires à travers ce qu’il lui reste de correspondants dans la haute administration et les ministères. Son employé, le voyou Lahoud, lui sert sur un plateau tout ce qu’il attend pour renforcer sa tactique de pied nickelé.

Lire aussi : « Manipulations, une histoire française » de Jean-Robert Viallet 1/6
« Manipulations, une histoire française » de Jean-Robert Viallet 2et3/6

« Manipulations, une histoire française » de Jean-Robert Viallet 2et3/6

Les épisodes 2 et 3 de l’affaire Clearstream font apparaître la Justice et le Parlement français qui, intéressés par les reportages du journaliste Denis Robert sur le fonctionnement de l’organisme de compensation bancaire Clearstream, vont mener informations judiciaires et commission d’enquête sur ce sujet techniquement complexe donc propice aux phantasmes des uns et des autres.  Chambre de compensation classique entre banques et établissements financiers, dont l’utilité a été renforcée dans le contexte de mondialisation financière, le journaliste soupçonne Clearstream d’abriter en plus des comptes d’entreprises et de particuliers « non publiés » permettant de procéder à des opérations frauduleuses et opaques.

Cela donnera lieu à « L’Appel de Genève » émis en 1996 par les grands juges européens anti-corruption (dont le français Renaud Van Ruymbeke) plus ou moins initié par Denis Robert et qui fera le sujet de l’un de ses livres « La justice ou le chaos ». Il est question de lutte contre les paradis fiscaux, les opérations financières opaques et autres dérives de la finance en voie de mondialisation qui aboutiront à l’apothéose de la crise financière des « subprimes » en 2008. Un rapport d’information parlementaire « sur les obstacles au contrôle et à la répression de la délinquance financière et du blanchiment des capitaux en Europe » est également publié par les députés socialiste Peillon et Montebourg qui semblent découvrir (avec une naïveté sans doute simulée) que les arcanes de la finance mondialisée peuvent aussi abriter de la fraude et du blanchiment… Ils entendent Denis Robert qui, entre temps, est l’objet de multiples procédures judiciaires initiées par Clearstream qui n’apprécie sans doute pas d’être mise en pleine lumière !

Le fil du documentaire quitte ensuite dans l’épisode 3 le cours ordinaire de Clearstream pour en venir au « complexe militaro-industriel » français. Le point d’entrée est Jean-Luc Lagardère, ingénieur flamboyant et visionnaire, qui est à l’origine du groupe portant son nom qui va réussir dans la production et la vente d’armes, et les médias, jusqu’à devenir l’un des actionnaires de référence du groupe européen EADS regroupant les activités aéronautiques (Airbus), militaires et spatiales de certains grands pays européens dont la France et l’Allemagne. C’est là qu’apparaît l’un des personnages clés de l’affaire : le fonctionnaire Jean-Louis Gergorin, ancien diplomate recyclé dans la vente d’armes, débauché du Quai d’Orsay par le groupe Lagardère puis recyclé chez EADS, et développant une espèce d’admiration amoureuse envers Jean-Luc Lagardère lequel va décéder en 2003 d’une infection nosocomiale à la suite d’une intervention chirurgicale bénigne à l’hôpital.

Il n’en faut pas plus à Gergorin pour théoriser l’assassinat de Lagardère. Dans le même temps le repris de justice Lahoud continue à vendre ses rêves aux services plus ou moins secrets de la République et à Gergorin qui l’emploie chez EADS ce qu’il veut entendre, il présente des listings de comptes tenus chez Clearstream obtenus par Denis Robert qui les avait lui-même reçus d’anciens employés de cette société dans le cadre de son enquête journalistique. Gergorin qui a priori n’est pas suremployé chez EADS monte des histoires abracadabrantesques sur ces comptes et les informations fantasmagoriques de Lahoud auxquelles il va donner une impulsion politique qui va déboucher sur l’une des plus incroyables affaires de la République.

Il reste encore trois épisodes…

Lire aussi : « Manipulations, une histoire française » de Jean-Robert Viallet 1/6

« Manipulations, une histoire française » de Jean-Robert Viallet 1/6

Jean-Louis Gergorin

L’affaire Clearstream est le sujet de cette série documentaire en six épisodes. Ce scandale politique du début des années 2000 a impliqué, entre autres, les ministres Sarkozy et Galouzeau de Villepin ainsi que l’établissement financier Clearstream. Il a surtout été à l’origine de phantasmes sans fin, de Madame Michu au personnel politique, en passant par des journalistes, des hauts fonctionnaires et des aigrefins.

Ce premier épisode commence fort en posant la personnalité des exécutants de cette triste affaire, à commencer par Iman Lahoud et Jean-Louis Gergorin. Le premier est un repris de justice, ex-trader dans une banque américaine à Londres, qui, immédiatement à sa sortie de la prison de la Santé, va se faire recruter par les services secrets français avec une couverture fournie par EADS (prédécesseur d’Airbus, fabricant d’armes, d’avions et de spatial) en faisant valoir sa connaissance (hypothétique) des circuits financiers du groupe Ben Laden. Gergorin, ancien diplomate, plus ou moins en liaison avec le renseignement français, nommé vice-président d’EADS après être passé chez Matra (ancêtre du groupe Lagardère, fabricant d’armes), et qui consacre une partie de ses fonctions à grenouiller avec d’anciennes relations dans les services secrets. On ne sait pas s’il le fait de sa propre initiative ou s’il est investi d’une mission officieuse, toujours est-il qu’au lieu de faire le boulot pour lequel il est payé, il réseaute, grenouille, magouille et il va croire sans le moindre doute le galimatias servi par le repris de justice Lahoud dont le frère, Marwan, travaille sous ses ordres chez EADS. Bien sûr apparaît également dans ce tableau le général Rondeau, le « maître espion » français dont les carnets allaient devenir fameux.

On a du mal à croire que ces corneculs incompétents et haut placés aient pu à ce point mener les organisations régaliennes dans lesquelles ils exerçaient un pouvoir immérité dans les dérives que les épisodes suivants vont nous détailler. C’est un dysfonctionnement majeur de la République des copains et des coquins dont on espère qu’elle s’est depuis corrigée !

« Chambre 2806 : l’affaire DSK » de Jalil Lespert

Un documentaire de quatre épisodes (3h30) sur la sexualité de Dominique Strauss-Kahn (DSK), centré sur « l’affaire » du Sofitel qui défraya la chronique en mai 2011 et empêcha l’impétrant de se présenter à l’élection présidentielle française en 2012.

Le spectateur bien informé n’y apprend pas grand-chose de nouveau mais recharge son effarement en revoyant combien cet homme, dominé par ses pulsions sexuelles, pouvait être malfaisant. Tout y passe (si l’on ose dire) : ses maîtresses lorsqu’il dirigeait le Fonds monétaire international (FMI, il se faisait prendre en photo avec elles dans le bureau présidentiel), ses agressions parisiennes, ses soirées échangistes à Lille, ses habitudes new-yorkaises (il a fait monter une femme dans sa chambre la nuit précédant son agression matinale contre la femme de chambre, Nafissatou Diallo), etc.

L’exploit judiciaire de ses avocats américains, de très grosses pointures du barreau local, fut d’arriver à faire annuler les poursuites à son encontre dans l’affaire Diallo à la suite des contradictions de celles-ci (il s’est avéré, notamment, qu’elle avait menti pour pouvoir obtenir un statut de réfugié aux Etats-Unis d’Amérique). Dans l’affaire des soirées échangistes de Lille où il était accusé de proxénétisme, sa défense a argué du fait qu’il n’était pas au courant que les femmes participantes étaient rémunérées par des entreprises pour le prix de leurs faveurs…

Le visionnage d’interviews de ses « amis » du parti socialiste est également édifiant. Certaines datent de l’époque, d’autres du tournage du documentaire. Et tous (l’inénarrable Jack Lang [81 ans aujourd’hui, les cheveux dégoulinant de teinture], Elisabeth Guigou, Jean-Christophe Cambadélis, …) de vanter le pouvoir de séduction, d’intelligence et de compétence du personnage !

La bonne nouvelle c’est que ces « évènements » ont empêché la France d’élire un président déviant. La moins bonne c’est qu’une classe politique de gauche, quasi unanime, et dont il est à peu près acquis que « tout le monde savait », soutenait sans vergogne un candidat pervers. La droite, elle, aurait peut-être ébruité les habitudes du candidat si celui-ci s’était approché du pouvoir de trop près, ou échangé son silence contre autre chose. Qui sait ! Quant à l’image de la France donnée par un directeur du FMI tout autant préoccupé par des aventures avec ses employées que par la dette du Sénégal, pas grand monde ne semble en avoir cure. Triste époque !

DSK, 71 ans et remarié, vit désormais au Maroc de la profession de consultant financier pour les dirigeants de nombre de pays qui font appel à lui. Il ne culpabilise pas excessivement de ce qui s’est passé et comprend difficilement ce qu’on lui reproche. Il a publié un tweet le 4 décembre annonçant pour 2021 un documentaire dans lequel il a accepté de « revenir sur l’ensemble de [son] histoire personnelle et professionnelle de la politique française aux sphères internationales. »

« The Big Short » d’Adam McKay (2015)

Un film passionnant pour expliquer la spéculation « à la baisse » menée par quelques aventuriers de la finance lors de la crise des subprimes de 2008 qui avaient eu la clairvoyance d’anticiper l’effondrement du marché de ces titres hypothécaires. Comme ils étaient spéculateurs, eh bien, ils ont spéculé et ont gagné beaucoup d’argent. C’est la base de la finance : un jeu à somme nulle, ce que perdent les uns est gagné par les autres, sauf lorsque tout s’effondre, ce qui aurait été le cas en 2008 si les contribuables privés n’étaient pas venus au secours des spéculateurs.

Les noms des vrais personnages sont repris par le scénario, les techniques utilisées sont détaillées (Credit Default Swap [CDS], Collateralized Debt Obligations [CDO], Mortage Backed Securities [MBS]…), mais il est mieux d’avoir un peu de culture financière pour tout suivre, et le déroulement haletant de cette incroyable explosion des marchés due à la rapacité sans limite d’une bande de forbans de la finance se croyant au-dessus de tout et de tous. Le plus extraordinaire dans cette affaire fut qu’ils furent sauvés par les contribuables car ils étaient « too big too fail », la chute de leurs établissements qui aurait été moralement justifiée aurait entraîné encore plus d’inconvénients économiques que leur sauvetage.

Certains des personnages du film affichent quelques états d’âme lorsqu’ils réalisent la manière dont ils s’enrichissent : spéculer à la baisse des titres hypothécaires (CDO) signifie que, si elle se réalise, des millions de petits propriétaires qui eux-mêmes spéculaient sur la hausse de leurs biens immobiliers vont être expropriés, voire ruinés. C’est ce qui s’est passé dans la vraie vie. La morale de l’histoire fut aussi qu’un monde basé uniquement sur la spéculation fait perdre la tête à ses acteurs qui renoncent à tout sens de la mesure, et même à l’intelligence. L’Etat américain n’a pas été non plus sans tâche dans cette histoire car en autorisant, voire favorisant, l’octroi de financements bancaires au « petit peuple » pour lui permettre ainsi de bénéficier de la hausse du marché immobilier, il donnait à ces citoyens un moyen d’arrondir leurs fins de mois sans y contribuer avec des fonds publics, jusqu’à ce que la hausse de l’immobilier s’inverse, ce qui ne devait pas manquer d’arriver, et arriva !

Il fallut une dizaine d’années pour que la planète financière et le marché immobilier récupère ses pertes. Il y eut quelques réformes des marchés financiers internationaux pour cantonner certains excès du monde financier, mais sans doute pas au point d’assainir un système qui porte en lui les germes de crises régulières. Heureusement les contribuables restent fidèles au rendez-vous pour absorber les débordements jusqu’à, peut-être, la super-crise qui fera tout exploser.

Lire aussi : Margin Call

« L’instinct de mort » et « L’ennemi public n°1 » de Jean-François Richet (2008)

Ce film en deux parties résume la vie de Jacques Mesrine, braqueur-voyou-assassin-taulard, qui connut son heure de gloire dans les années 1960-70’ avant d’être abattu par la brigade antigang du commissaire Broussard qui s’était rendu quasiment aussi célèbre que la proie qu’il pourchassait. Mesrine a pu séduire en son temps par culot dont il fit preuve à l’occasion de ses multiples évasions de prison et de braquages plutôt osés qu’il mena. De la guerre d’Algérie au grand banditisme, Mesrine a vécu hors des règles de la société. Même s’il voulut se donner une image de « Robin des bois » il fut un parasite. Il était engagé dans un combat dont la fin était écrite.

Vincent Cassel joue magnifiquement le rôle qui couvre les vingt dernières années de dérive la vie de Mesrine, jusqu’à incarner sa métamorphose physique. Il illustre avec efficacité le côté flambard et égocentrique du voyou, attiré par la lumière des flashs mais guidé par le côté sombre de la vie.

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« L’Aveu » de Costa-Gavras (1970)

« L’Aveu », un classique de Costa-Gavras sur les procès de Prague qui se sont déroulés en 1951. Le film est basé sur le récit réel d’Artur London, ministre-adjoint des affaires étrangères de son pays, qui fut avalé par la machine stalinienne anthropophage qui dévora les siens. Les plus élevés dans la hiérarchie communiste étaient mis en scène dans des procès d’opérette (procès « de Moscou » dans les années 1930, « de Prague » dans les années 1950’ et bien d’autres) où ils étaient forcés d’avouer « leurs crimes », les pires étant bien entendu le titisme et le trotskisme. Les anonymes étaient plus simplement passés par les armes ou oubliés dans un goulag.

London raconte dans son récit « L’Aveu » et Costa-Gavras met en scène dans son film éponyme les tortures morales et physiques subies par les dirigeants communistes (dont London lui-même) jusqu’à ce qu’ils avouent des crimes qu’ils n’ont pas forcément commis, ce qui ne leur évitait généralement pas l’exécution à l’issue de ces procès. Yves Montant joue à merveille ce militant communiste, passé par les écoles du parti et la guerre d’Espagne, qui voue toute sa foi à l’idéologie et ne comprend d’abord pas comment le parti peut se retourner contre lui, car le parti ne peut pas se tromper ! Les techniques d’interrogatoire sont redoutables, largement inspirées par les grands-frères soviétiques. Elles cassent même les hommes les plus solides.

Dans la vraie vie, London fut le seul à n’être pas fusillé à la fin du procès. Sa femme (Simone Signoret dans le film) persuadée de sa culpabilité demandera le divorce avant de retirer sa requête. En 1956 il sera finalement réhabilité ainsi que ses co-accusés, à titre posthume seulement pour ces derniers, malheureusement pour eux. London émigrera en France où il publiera ses livres jusqu’à son décès en 1986. L’ouverture des archives tchécoslovaques montra par la suite qu’il fut un communiste « pur et dur » durant la guerre d’Espagne durant laquelle il ne fut pas le dernier à participer aux purges sanglantes à l’intérieur du camp républicain internationaliste qui eurent lieu durant cette guerre civile.

On ajoutera que ce film sorti en 1970 déclencha un violent débat en France entre le parti communiste en déclin et le monde intellectuel dont certains membres s’était déjà éloignés du communisme. La participation de Montant et Signoret dans ce film, qui furent « compagnons de route » du parti, marqua aussi leur propre reniement de cette idéologie, ou tout du moins de ce qui en avait été fait par ses dirigeants.

Costa-Gavras, né grec, a été le cinéaste des dictatures, décrivant par le menu le cheminement de la répression dans ces régimes qui avaient pour objectif de s’emparer des cerveaux des citoyens, par la terreur ou par la conviction (souvent un peu des deux). D’Athènes à Prague en passant par Santiago-du-Chili, il a révélé les vérités que notre XXème siècle a voulu cacher au nom d’idéologies mortifères et répressives. Il a fait œuvre politique et n’ailleurs peut-être pas fini.

Lire aussi : « Missing » de Costa-Gavras (1982)

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Pérégrinations lorraines

Metz

Metz, l’un des « trois évêchés » avec Toul et Nancy, dans la tranquillité de l’automne déploie de jolies couleurs le long de la Moselle et de Seille, dans un entrelacs de courbes, de petits îlots et de verdure.

Au centre de la vieille ville trône sa majestueuse cathédrale gothique Saint-Etienne, construire en pierre de Jaumont (calcaire pus oxyde de fer) comme la plupart des bâtiments, donnant cette couleur jaune d’or à toute la ville :

Cathédrale de Nancy

Et bien sûr le Musée Centre Pompidou-Metz qui déploie sa structure en bois et toile sur le parvis de Droits de l’Homme, comme une immense tente blanche, offrant aux messins les joies des collections du Centre Pompidou. En ce moment, Yves Klein (1928-1962) et ses contemporains sont exposés dans « Le ciel comme atelier » : pas mal d’élucubrations artistiques sur l’espace, la couleur, le « rien »…, des tableaux, des installations, des regroupements d’artistes dans des collectifs improbables, de l’imagination à en revendre… tout ceci plutôt contemporain, après tout c’est bien la philosophie du Centre Pompidou, même à Metz. Fin novembre ce sera Chagall qui remplacera Klein.

Et encore, le musée de la Cour d’Or, entre cathédrale et préfecture, construit sur les ruines d’un site romain pour nous rappeler l’histoire millénaire de la ville qui s’appelait Divodurum à l’époque gallo-romaine avant JC. Puis les siècles passèrent, la ville s’enrichit par le commerce et la banque, devient une République oligarchique objet de guerres permanentes entre le Saint-Empire germanique et la France. Metz est annexé par la France en 1552, par la Prusse en 1870, reste allemande jusqu’en 1918 période durant laquelle le français est toléré comme langue étrangère. Considérant cette ville comme appartenant pour toujours à leur « espace vital » les allemands y investissent et la modernisent significativement. Et Metz redevint française en 1918 après la défaite de l’Empire et de nouveau allemande après l’invasion du IIIème Reich en juin 1940. Himmler est sur place en septembre, Hitler pour Noël 1940 (renonçant à faire un discours pour ne pas froisser les susceptibilités locales), Goebbels en 1941. L’évêque de Metz sera même député au Reichstag. La propagande nazie fera rage jusqu’à la reprise de la ville par l’armée américaine en novembre 1944. Metz est redevenue française depuis.

Chaque coin de rue de la ville historique rappelle ce passé trouble qui s’est traduit à chaque étape par d’importants mouvements de population dans tous les sens.

« Ouvre ton regard à la poésie du hasard, force-le à s’arrêter sur les traces chaotiques de la vie ordinaire, donne-lui à voir la fuite du temps et ces vanités que l’habitude a rendu invisibles. »

Affiché au Musée des Beaux-Arts de Metz

Nancy

30 minutes de train, voici Nancy, sa place Stanislas et son « Ecole de Nancy », sorte d’art nouveau architectural et mobilier, lancé à la fin du XIXème siècle alors que nombre de messins fuyant l’annexion de l’Alsace-Moselle par la Prusse viennent se réfugier à Nancy et alentours, apportant avec eux capitaux et créativité. La « Villa Majorelle » et le musée de l’Ecole de Nancy présentent les mécènes et grandes signatures de cette époque dans le cadre reconstitué de leur habitat. On y retrouve ce mobilier de bois sombre, un peu lourd et torturé, orné de magnifiques créations de maîtres verriers (Daum notamment).

Sur la place Stanislas donne l’opéra construit durant la première guerre mondiale après l’incendie du précédent opéra. Il s’est voulu une réduction de l’opéra Garnier parisien mais avec des façades extérieures respectant rigoureusement la rigueur carrée et l’harmonie de cette célèbre place. Le musée des beaux-arts se trouve la porte à côté, la cathédrale et son orgue imposant, à peine plus loin.

A l’église des Cordeliers, dans la vieille ville, sont exposés les tombeaux des Ducs de Lorraine qui se sont succédé sept siècles durant à la tête de ce territoire. Au fil des alliances, au gré des batailles, ils menèrent finalement à l’annexion du duché de Lorraine à la France en 1766. Un temps allié des Habsbourg la Lorraine a toujours concerné l’Empire d’Autriche. Les visiteurs d’aujourd’hui se recueillent devant les gisants comme le firent Marie-Antoinette, princesse d’Autriche, avant de rejoindre son mari Louis XVI ou, en 1867, ou François-Joseph 1er, Empereur d’Autriche. Dans la chapelle des Cordeliers continuent à être célébrés mariages et requiem pour les Habsbourg. En 2011 une messe de requiem y a été dite en hommage à l’archiduc Otto de Habsbourg-Lorraine


La Lorraine désormais apaisée affiche ses richesses et ses secrets à travers ces villes qui entretiennent soigneusement leurs patrimoines. Merci à la République de maintenir cette culture à la portée de tous !

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Les tulipes de Jeff Koons au Petit-Palais

Après une polémique bobo-mondano-culturelle comme seule notre pays sait en provoquer sur des non-sujets, l’œuvre de l’artiste américain Jeff Koons, cadeau en hommage à Paris par suite des attentats terroristes islamiques de 2015, est exposée dans les jardins du Petit-Palais. La polémique a porté sur le côté kitsch de l’œuvre (10 mètres de haut, 30 tonnes), sa localisation, la publicité gratuite qu’elle rapportera à son auteur, le coût de l’entretien, les déductions fiscales dont bénéficieront les mécènes qui financeront ce dernier, et, enfin et surtout, le fait que le dossier s’est retrouvé sur la table de la maire de Paris, Anne Hidalgo, honnie par une partie de la ville.

Bref, les tulipes sont installées et Anne Hidalgo a été réélue pour six années comme maire de Paris lors des élections municipales de juin 2020. Si l’on veut se débarrasser des unes comme de l’autre, il suffit de le décider et de voter différemment aux municipales de 2028, bref, être cohérents. Rien, ni personne, n’est éternel sur ce bas monde. Gageons que la polémique ne va pas manquer de ressurgir dès que quelques tâches de rouille vont apparaître, à moins que d’ici là les bobos parisiens n’aient trouvé des sujets plus vitaux à prendre en compte.

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« L’âge d’or de la peinture danoise (1801-1864) » au Petit Palais

Une jolie exposition qui trace l’histoire de la peinture danoise au XIXème siècle. On y réapprend quelques éléments d’histoire sur la Scandinavie lorsque le monarque du Danemark régnait aussi sur la Norvège et la Suède au XVIème siècle, les guerres déclenchées pour conserver le pouvoir et les territoires jusqu’au XVIIIème, la faillite du pays en 1814, les deux conflits menés par la Prusse pour récupérer le Schleswig au nord de leur « espace vital » (déjà)…

Les tableaux exposés sont inspirés par cette Histoire agitée mais aussi par la lumière de ce pays nordique. Certains paraissent de véritables photographies de personnages ou de paysages. On chemine agréablement dans la création artistique qui nous fait découvrir ce pays intéressant.

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« Missing » de Costa-Gavras (1982)

« Missing » : un film politique marquant sorti en 1982, qui a reçu la palme d’or au festival de Cannes, Jack Lemon étant primé du prix d’interprétation masculine. Basé sur une histoire vraie, le scénario raconte la vie bohème d’un couple de jeunes américains installés à Santiago du Chili au moment du coup d’Etat militaire du général Pinochet (11/09/1973) contre le pouvoir socialiste d’alors dirigé par Salvador Allende, président de la République, qui mourra dans son palais, officiellement suicidé bien la thèse de l’assassinat soit aussi défendue par certains.

Charles, le mari de Beth (jouée par Sissy Spacek) et fils de Ed Hormann (Jack Lemmon dans le film) a découvert par hasard l’implication des Etats-Unis dans le coup d’Etat militaire. Il est enlevé par les militaires chiliens puis exécuté, après avoir été probablement torturé comme la pratique en était habituelle par le régime militaire. Son élimination ayant même été peut-être autorisée par les Etats-Unis. Avant que ne soit confirmé cet assassinat, son père, homme d’affaires new-yorkais arrive à Santiago pour rechercher son fils. Au fur et à mesure de ses investigations avec sa bru, et la collaboration plus ou moins forcée de l’ambassade américaine locale, il découvre avec effarement l’implication de son gouvernement dans le renversement du pouvoir chilien élu. Et il redécouvre avec émotion que son fils était quelqu’un de bien, que l’amour qu’il portait à sa femme était immense et que leur conception poétique de la vie, bien éloignée de celle de Wall Street qui était la sienne, était aussi défendable et ne justifiait en aucun cas les méthodes appliquées par la junte militaire chilienne, soutenue par les Etats-Unis. Et alors qu’il se confronte, éploré, à l’ambassadeur qui reconnait à demi-mots l’implication de son pays dans les évènements en cours où son fils a sans doute perdu la vie, ce dernier prône l’intérêt général des Etats-Unis qui est de défendre les entreprises américaines présentes au Chili (du risque de nationalisation), ce qui bénéficie également aux citoyens américains ; son collaborateur ajoute que le fils d’Ed a fouiné là où il n’aurait pas dû, ce qui était sans doute la cause de son probable décès.

Dans la vraie vie, la famille Hormann portât ensuite plainte contre le gouvernement américain mais cette action n’aboutit pas. Le corps de Charles a été renvoyé dans son pays plus de sept mois après le départ de son père de Santiago alors que le consul américain le lui avait promis pour « dans quelques jours » après lui avoir présenté la facture du rapatriement, avant d’y renoncer. Des analyses ADN réalisées quelques années plus tard ont montré que le corps restitué semble ne pas avoir été celui de Charles.

Sortie en 1982, ce film a déclenché la polémique et a été bien entendu interdit de diffusion au Chili jusqu’au retour du pays à la démocratie en 1988 (après un référendum qui entraînera le départ volontaire du Général Pinochet deux ans plus tard). Le contexte de l’époque était celui d’un conflit idéologique binaire entre le marxisme et son économie collectivisée emmené par l’Union soviétique et le libéralisme et l’économie capitaliste dont les Etats-Unis étaient le leader. Cet affrontement se traduisait par une guerre qualifiée de « froide » dans les pays développés mais plutôt chaude dans les pays en développement, dont l’Amérique latine faisait partie. L’Europe de l’Est restait sous le joug soviétique, l’Amérique latine (Cuba excepté) restait « l’arrière-cour » nord-américaine. Il n’y avait pas de milieu, il fallait choisir son camp et chaque puissance utilisait les outils de… sa puissance pour maintenir sa prééminence, quel qu’en soit le prix humain.

Le monde intellectuel de l’époque s’est ému de la violence des dictatures militaires sud-américaines (le plus souvent d’inspiration extrême droitiste) tout en contestant « l’impérialisme américain » et prônant plus de démocratie. Il n’a pas été écouté et la lutte à mort s’est poursuivie jusqu’à la chute de l’Empire soviétique par KO. Au moment du coup d’Etat militaire du Chili fin 1973, les Etats-Unis signaient un accord de retrait de leurs troupes du Vietnam du Sud après leur défaite militaire et politique. Quelques mois plus tard en 1975, le Vietnam du Nord se « réunifiait » avec le Sud sous la bannière communiste et le Cambodge instaurait sa dictature maoïste qui aboutit à un génocide de sa propre population qui fit entre 2 et 3 millions de morts. Des milliers de citoyens du Vietnam, du Cambodge et du Laos se sont alors mis à fuir leurs pays par la mer (les boat-people, on estime que 200 à 250 000 personnes moururent en mer) pour peupler, notamment, le XIIIème arrondissement parisien ainsi que nombre d’autres pays d’accueil, dont les Etats-Unis…

Le monde était binaire, nous l’avons dit. Ceux qui tiraient les ficelles n’ont pas su ou pas voulu le gérer de façon apaisée, voire démocratique. La dictature chilienne en est l’un des avatars. Si le clan soviétique l’avait emporté la planète aurait été différente mais il est difficile de rembobiner l’Histoire tragique pour savoir si c’eut été en bien ou en mal ? Il ne reste qu’à l’imaginer. Sans doute est-il utile de rappeler ces éléments de contexte aux jeunes spectateurs.

En 1983, alors que l’Union soviétique pointait des missiles nucléaires vers l’Europe de l’Ouest, le président français Mitterrand lâchait cette célèbre phrase devant le Bundestag : « Les pacifistes sont à l’Ouest, et les missiles sont à l’Est. »

Quoi qu’il en soit le film « Missing » est à voir et à revoir, méritant largement sa Palme d’Or de 1982 !

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« Comme en 40 » au Musée de l’Armée – Invalides

Le Musée de l’Armée retrace le traumatisme national que fut la défaite de juin 40 après que l’armée allemande eut enfoncé les armées belge, néerlandaise et française très en de violents combats entre mi-mai et mi-juin 1940. A une date toujours incertaine, le 15, 23 ou 28 juin, Hitler fait l’unique voyage de sa vie à Paris pour contempler sa victoire. Le 22 juin il assiste à la signature de l’armistice entre les Allemands et les Français dans le wagon de la forêt de Compiègne où avait été signé en 1918 un armistice entre les mêmes parties… La ligne Maginot était réputée imprenable, la Wehrmacht est donc passée au nord par la Belgique avant d’installer son QG avenue Kléber quatre semaines plus tard.

Les infographies nous détaillent la progression allemande vers l’ouest tout au long de ces quatre semaines. Les cartes nous montrent la zone occupée et la zone libre. Les photographies et les films nous illustrent les bombardements, l’évacuation de la poche de Dunkerque, les 8 millions de réfugiés lâchés sur les routes, la Wehrmacht défilant sur l’avenue Foch, le drapeau nazi hissé au sommet de la Tour-Eiffel, etc. Des mannequins nous présentent les costumes militaires des différentes armées, des deux côtés (nous sommes amis maintenant). Des vitrines nous exposent la presse, les ouvrages d’époque, dont « Main Kampf », les affiches de propagande comme les annonces faites aux citoyens par les autorités d’occupation (dont la mise à l’heure allemande des pendules françaises) où les autorités françaises.

La bataille de France fut bien plus rude que ce qu’il en resté dans l’imaginaire français et l’armée allemande y a laissé hommes et matériels qui lui manqueront plus tard. On parle de 60 000 morts de chaque côté. Elle fut aussi un terrible traumatisme pour la nation : les « Boches » pour la troisième fois en France en moins d’un siècle… et l’annonce du pouvoir absolu donné au vieux maréchal Pétain et à la clique des félons qui l’ont entouré pour mener la République à l’abîme !

Et comme nous sommes définitivement amis, l’exposition démarre sur l’esplanade des Invalides où sont parqués un char français et un Panzer. Certains doivent tout de même s’en retourner dans leurs tombes.

« Les Trois Jours du Condor » de Sidney Pollack

Un grand classique du film d’espionnage sorti en 1975, en pleine guerre froide. Un bureau new-yorkais de l’agence américaine d’espionnage américaine (CIA) regroupe une dizaine de lecteurs de tout ce qui est publié à travers la planète afin de trouver des idées. Un jour, toute l’équipe est sauvagement éliminée dans ses locaux sauf Turner « Condor », parti chercher le déjeuner à l’extérieur, joué par Robert Redford qui va mener son enquête, avec ses moyens, alors qu’il est pourchassé par le réseau parallèle qu’il a mis à jour un peu par hasard au cœur de la CIA.

Outre une petite affaire amoureuse entre Redford et Faye Dunaway, le film voit surtout se heurter la logique sinistre de la real politik menée par l’Etat américain avec la naïveté romantique d’un jeune homme, qui travaille tout de même pour… la CIA, même s’il s’agit d’un job a priori loin de l’espionnage. Il se trouve que la cellule noire de la CIA planifiait une hypothèse d’occupation des champs de pétrole du Moyen-Orient si la nécessité s’en faisait sentir car il faut bien alimenter l’économie en énergie, ainsi que les voitures des citoyens américains en pétrole…

Evidemment, Turner-Redford s’en émeut, d’autant plus que cet objectif a failli se faire au détriment de sa vie. Le spectateur est laissé dans l’incertitude sur le futur du héros romantique et de son combat. Pas sûr que ce ne soit pas le méchant qui gagne cette fois-ci. Un très beau film.

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Gregory Halpern – « Soleil cou coupé » et Sergio Larrain – « Londres » à la Fondation Henri Cartier-Bresson

Exposition croisée de photos prises aujourd’hui en Guadeloupe par un américain et à Londres durant l’hiver 1958-59 par un chilien. Comme à son habitude la Fondation Cartier-Bresson dévoile dans le Marais dans de petites salles les regards sur le monde de photographes généralement inconnus du grand public. C’est toujours bon à prendre.

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« RBG – Ruth Bader Ginsburg » de Betsy West et Julie Cohen

Un joli documentaire de 2018 sur Ruth Bader Ginsgburg, icône démocrate féministe, avocate, juge fédérale puis nommée juge à la Cour suprême des Etats-Unis d’Amérique en 1993 et décédée il y a quelques jours. Le documentaire décrit son parcours : des parents juifs-russes immigrés d’Odessa qui incitent leur fille à faire les études qu’ils n’ont pas pu faire, l’université juridique, son mari rencontré à l’université, une carrière brillante qui se termine en apogée avec sa nomination à la Cour suprême où elle fut la deuxième femme à entrer. Le combat féministe guida sa vie et son action, mais un combat intelligent et apaisé qui fit probablement plus progresser la cause que la lutte excessive menée par certains de ses successeurs.

« RBG », un petit bout de femme énergique, convaincue, mesurée qui atteint le statut d’icone alors que la Cour suprême se droitisait progressivement avec les nominations de juges (ils sont nommés à vie) conservateurs. Elle n’hésita pas jusqu’au bout à émettre des avis contradictoires aux jugements majoritaires de la Cour. Sa seule faille ? Peut-être n’avoir pas démissionné sous la présidence Obama (elle avait déjà plus de 80 ans) pour être remplacée par un juge d’orientation démocrate alors que le président républicain Trump est en train de la remplacer par une juge très conservatrice, bloquant pour les prochaines décennies la majorité de cette Cour suprême dans une vision ultra-conservatrice.

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