« Retour à Séoul » de Davy Chou

Davy Chou est un réalisateur français d’origine cambodgienne dont la filmographie est orientée vers la recherche de l’histoire tourmentée du Cambodge et, plus généralement, celles de nos racines. Dans « Retour à Séoul » il traite l’histoire d’une jeune femme, Freddie, qui a été abandonnée encore bébé par ses parents sud-coréens et adoptée par un couple français. Un peu par hasard elle repasse à Séoul et part à la recherche de ses parents biologiques et de son pays.

Le scénario la suit pendant plusieurs années de rapprochement avec cet environnement qu’elle voudrait se réapproprier. Le personnage de cette femme est plutôt agité et provocateur, multipliant les conquêtes qu’elle se vante de pouvoir « sortir de [sa] vie d’un claquement de doigt » et qu’elle utilise au hasard de ses besoins sexuels, affectifs ou professionnels.

Les retrouvailles avec ses parents n’apparaissent pas forcément très positives mais au moins ont-elles le mérite de lever l’incertitude. Son père est un homme simple, qui boit, peut-être parce qu’il a abandonné son enfant, certainement parce qu’il est alcoolique, mais qui veut en tout cas s’en faire pardonner avec force démonstrations d’amour et d’attachement (et d’alcool) qui étouffent Freddie. Sa mère, qui ne vit plus depuis longtemps avec le père de sa fille, refuse de la rencontrer à plusieurs reprises avant, finalement, plusieurs années après son premier refus, de la serrer dans ses bras dans l‘institution coréenne qui gère les adoptions, entre larmes et caresses, seules voies de communication quand on ne partage pas les mêmes langues.

Le film est inspiré librement d’une histoire vraie. Il narre de façon sensible le traumatisme que l’abandon peut faire peser sur ceux qui en sont l’objet. Ici, la réaction de Freddie est ambivalente, feignant l’indifférence mais attirée par la Corée où elle va attacher sa vie professionnelle et, en partie, personnelle. Cerise sur le gâteau, elle travaille chez un marchand d’armes et présente la vente de missiles aux Sud-coréens comme sa participation à la défense contre l’agressive Corée du Nord. Sans doute la métaphore de l’agressivité qu’elle développe à l’encontre de son père biologique…

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« Professeur Yamamoto part à la retraite » de Kazuhiro Soda

Le documentariste japonais Kazuhiro Soda a produit en 2008 « Mental », suivant le dialogue du professeur Yamamoto, pionnier de psychiatrie au Japon. En 2022 il revient filmer le psychiatre qui, cette fois-ci, est en train de partir à la retraite. Le praticien consulte dans une clinique qui semble accueillir des pathologies psychiques graves et d’autres moins. On le voit avec ses derniers patients qui, tous, s’inquiètent de ce qu’ils vont devenir une fois leur thérapeute envolé. Avec l’un d’entre eux il tente de le convaincre de « réduire ses désirs à zéro » pour vaincre sa consommation compulsive. Il était, paraît-il, un adepte de cette théorie un peu bouddhiste.

Mais le film est surtout centré sur ce vieux couple composé par Yamamoto et sa femme, Yoshiko, dont on comprend au milieu du film qu’elle est atteinte d’une maladie neurodégénérative. Son mari prend soin d’elle comme il s’est occupé de ses patients et il va lui être aussi indispensable qu’il l’était pour eux.

Le documentaire est lent, comme les mouvements de ces deux personnes âgées et touchantes au crépuscule de leur vie. Il décrit plus le grand âge des Yamamoto, qu’il ne parle de psychiatrie. Mais ce métier auquel le professeur a consacré sa vie va certainement les aider à affronter ce destin qui nous attend tous et qui est rendu avec émotion dans un film où il ne se passe pas grand-chose.

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« Nostalgia » de Mario Martone

Un film sur la ville de Naples, où est né le réalisateur, et sur les destins croisés de deux personnages qui y étaient amis dans leur adolescence. Après un drame dont ils ont été les acteurs, l’un, Felice, le personnage principal du film, est parti faire sa vie en Egypte, l’autre est resté sur place et devenu un parrain de la mafia. 40 ans sont passés et le premier revient sur place pour accompagner les derniers jours de sa mère jamais revue depuis. Il va aussi avoir à cœur de solder ce drame vécu à l’époque avec son compagnon d’infortune. Mal lui en pris mais durant les quelques semaines passées à Naples à la recherche de son passé il croise un formidable jeune prêtre sur le « mode ouvrier », promenant sa soutane, son énergie et son espoir parmi les jeunes de son quartier pour leur faire choisir Dieu plutôt que la mafia. C’est lui qui pousse Felice à faire face à son histoire.

On déambule avec le héros dans le vieux Naples tel l’on imagine, des ruelles étroites dans un décor vallonné, au milieu d’immeubles un peu délabrés entre lesquels pend du linge à sécher. Des petits bistrots avec trois chaises en extérieur où l’on sert pizzas et café, la ronde incessante des scooters ronflant conduits par des jeunes sans casque. Chacun épie tout le monde dans le joyeux chaos de l’Italie du sud sous la protection menaçante du Vésuve.

Felice revient sur sa vie au cœur de cette ville qu’il a fui il y a quarante ans et où il veut maintenant se réinstaller. Le sort en décidera autrement car la violence sourd toujours dans cette cité, cela au moins n’a pas changé !

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“Les Banshees d’Inisherin” de Martin McDonagh

Nous sommes en Irlande dans les années 1920, au moment des combats pour l’indépendance contre le Royaume-Uni, sur une petite ile du bout du monde ; deux vieux amis, un bougon, compositeur de musique locale et un gentil, vivant avec sa sœur et leurs animaux, à quelques centaines de mètres l’un de l’autre, tous deux (en fait tous trois avec la sœur du gentil) dans deux vieilles maisons de pierre face à la mer. Tous les jours le gentil vient chercher le bougon pour aller au pub et discuter du temps qui passe et des cancans de leur ile-village.

Soudain le bougon décide de rompre cette vieille amitié et de ne plus voir son ami mais il n’est pas facile de ne plus se rencontrer sur ce territoire microscopique où tout le monde s’observe. Le gentil ne comprend pas cet abandon et relance le bougon qui veut juste « rester tranquille avec sa musique ». Mais le bougon est tellement décidé à rester muré qu’il va réagir violemment aux relances de son gentil ami.

C’est une fable sur l’irascibilité, sur la roue qui tourne et sur les choses comme les amitiés qui ne durent pas forcément éternellement. Cerise sur le gâteau, le bougon est à tendance psychotique et va aller jusqu’à s’automutiler pour marquer sa volonté de rupture. Le gentil en perd sa gentillesse et pense à la vengeance…

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« Oskar Kokoschka – Un fauve à Vienne » au Musée d’Art Moderne de Paris

Oscar Kokoschka (1886-1980) est un artiste autrichien qui a traversé le siècle et fait l’objet d’une vaste et profitable rétrospective au Musée d’Art Moderne. Une bonne occasion de le découvrir pour ceux, sans doute nombreux, qui l’ignoraient. Peintre, écrivain, dramaturge et poète, il s’est surtout fait connaître pour son œuvre picturale.

Ses portraits (et autoportraits) sur des fonds sombres montrent des personnages torturés, rares sont ceux qui sourient. Ils sont présentés avec des traits accentués, un peu à la façon de Lucian Freud, peints à grands coups de brosses, souvent avec des mains surdimensionnées aux articulations noueuses et osseuses (on dirait des mains de squelettes).

Engagé dans l’armée austro-hongroise en 1914, il est blessé grièvement durant cette guerre qui le laissera profondément déprimé. Une petite salle est consacrée aux dessins et peintures que lui inspira ce conflit, des embrouillaminis confus de traits de peinture pour des paysages et des ombres de personnages évoquant ce chaos. Sa famille étant d’origine juive il va affronter la montée du nazisme dans les années 1930 et sera qualifié d’artiste « dégénéré » par le pouvoir allemand. Il fuit l’oppression nazie en se réfugiant en Grande-Bretagne. Après la guerre il poursuit son œuvre et voyage à travers en Europe et en Afrique du Nord dont il revient avec de nouvelles inspirations, parfois plus bucoliques mais toujours troublantes.

Kokoschka mène une idylle passionnée et chaotique avec Alma Malher, veuve de l’immense musicien Gustav Malher, elle-même compositrice, entre 1912 et 1915 avant qu’elle ne le quitte. Cet amour fou et sa triste fin vont lui inspirer des œuvres et des dérives : il se fait composer une poupée grandeur réelle à l’image d’Alma avec laquelle il va vivre quelques temps avant de lui trancher la tête un soir de beuverie…

Avec Kokoschka, Alma Malher, Klimt… c’est une histoire de géants au cœur de notre vieille Europe dévastée par la barbarie qu’elle n’a pas su éviter durant la XXème siècle. L’œuvre de Kokoschka illustre ce parcours d’un temps de violence mais aussi de création où l’amour, les guerres, la dépression ont inspiré cet artiste dont la peinture, moderne sans être trop contemporaine, reste accessible et profonde, même pour le néophyte. Elle marque avec talent la tragédie d’une époque et l’ampleur de son auteur. Il est décédé en 1980 à 93 ans après avoir traversé le pire d’un siècle de dévastation mais aussi participé au meilleur de sa créativité.

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« Radio Metronom » d’Alexandru Belc

Ce film roumain revient sur la période communiste dans une Roumanie tenue sous le joug de la famille Ceausescu et de sa police politique, la Securitate. Une bande de lycéens volètent entre leurs cours, leurs histoires d’amour adolescentes et l’émission de rock « Metronom » de Radio Free Europe qui diffuse la propagande occidentale sur les pays communistes, déjà exsangues à l’époque. Entre deux morceaux des Doors et de Led Zeppelin, nos jeunes veulent écrire une lettre à la radio « capitaliste » mais ils sont trahis par l’un d’entre eux et la Securitate entre dans la danse.

Les fonctionnaires de cette police de sinistre réputation appliquent alors leurs méthodes habituelles en se limitant avec ces gamins à la violence psychologique. Ils arrivent à les faire se trahir les uns les autres en rédigeant des « aveux » circonstanciés et, au besoin, en faisant pression sur leurs parents. Cette jeunesse idéaliste est facilement broyée par le système. Certains essayent de ne pas abdiquer avant de compromettre.

Ce film intimiste pose la question éternelle de la résistance face à la dictature et des risques que chacun est prêt à prendre pour s’opposer. On imagine qu’actuellement dans les villages occupés par les armes par les Russes en Ukraine doit se reposer cette lancinante question de l’attitude à adopter face à l’oppression.

On se souvient qu’après la chute du Mur en 1989 et l’ouverture des archives des polices politiques communistes, nombre de citoyens ont pu découvrir qu’ils étaient dénoncés par leur voisin, leur épicier, parfois même par leurs enfants… La dictature génère souvent la guerre civile même si elle est le plus souvent justifiée comme le moyen d’y mettre fin.

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« Vivre » d’Oliver Hermanus

Un film intimiste, doux et un peu triste dont le scénario est tiré du livre « Vivre » (1952) d’Akira Kurosawa. C’est l’histoire d’un fonctionnaire britannique de la mairie de Londres (chef du bureau des travaux publics) au début des années 1950, magnifiquement joué par Bill Nighy, qui mène sa vie professionnelle comme personnelle, de façon morne et bien réglée. Apprenant que la maladie va rétrécir son futur, il décide alors de sortir de sa routine. Il le fait avec succès et bouleverse ses habitudes et celles de son environnement.

La description du petit monde de ces fonctionnaires en chapeau melon est désopilante. Leur froideur toute britannique est sans doute un peu caricaturale mais si proche des idées reçues que la vision de leurs discussions dans le train de banlieue tous les matins et tous les soirs est réjouissante. Mais l’espoir a ses limites et une fois leur chef enterré, les rigidités de l’administration et de ses fonctionnaires reprennent le dessus, jeunes et vieux du bureau des travaux publics replongent dans un quotidien sans aspérité.

Une fable triste sur les bonnes résolutions que l’on ne tient pas malgré leur évidence et sur l’habitude qui ronge créativité et originalité.

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« Füssli, entre rêve et fantastique » au Musée Jacquemart-André

Johann Heidrich Füssli (1741-1825) est un peintre suisse présenté par le Musée Jacquemart-André, auteur de tableaux et dessins inspirés par les légendes antiques, les tragédies shakespeariennes et le fantastique. Le résultat est assez sombre et révèle un imaginaire torturé. Freud fut d’ailleurs un grand admirateur du tableau « Le Cauchemar » et de tout l’inconscient trouble et mystérieux qu’il évoque. L’artiste est manifestement imprégné de toute la culture européenne qu’il relate dans son imagerie très variée. Le visiteur en ressort troublé plus qu’ému.

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« Les huit montagnes » de Charlotte Vandermeersch et Felix Van Groeningen

Un joli film sur l’amitié entre deux gamins qui se retrouvent à l’âge adulte, l’un toujours accroché à sa montagne et son mode de vie paysan, l’autre plutôt urbain et attiré par le grand large. On découvre que le père de l’urbain est resté en contact avec le montagnard pendant que son propre fils volait de ses propres ailes. Après le décès du père, les deux vont se retrouver pour réaliser le rêve de ce père et ami. Et puis la vie continue autour de ce chalet perdu dans les alpages, avec ses aléas, les deux jeunes en quête d’absolu connaîtront des destins différents et leur amitié ne leur permettra d’éviter les drames.

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« Forces spéciales » au Musée de l’Armée

Le musée de l’Armée aux Invalides présente une exposition dédiée aux forces spéciales. Le visiteur espère en savoir plus sur ces mystérieuses opérations « spéciales » menées par des supermen adeptes de technologies modernes et de conditions de vie rudimentaires aux quatre coins de la planète. Hélas, tout ceci est un peu confidentiel et l’on défile devant des matériels divers et des témoignages vidéo des membres de ces unités depuis les commandos Kieffer de la seconde guerre mondiale jusqu’à la guerre au Sahel. Les militaires toujours en service témoignent anonymement et prennent bien soin de ne divulguer aucune information sur leurs activités.

En revanche, de nombreux détails sont donnés sur les modes de recrutement et de formation, plutôt exigeants et rudes, des éléments de ces forces spéciales. En fait, cette exposition ressemble un peu à un bureau de recrutement. Depuis sa professionnalisation l’armée a besoin de convaincre pour recruter, c’est ce qu’elle tente de faire à travers cette exposition. D’ailleurs, nous sommes mercredi, c’est le jour des enfants qui se bousculent avec gourmandise devant les costumes et les images de ces robocop, peut-être quelques futures recrues parmi eux !

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« Frida Kahlo, au-delà des apparences » au Palais Galliera

Frida Kahlo (1907-1954), artiste-peintre mexicaine, créatrice inspirée, amie des surréalistes français (mais pas de Breton sur lequel elle écrit des mots amers), ayant partagé une liaison avec Trotski lors de l’exil de celui-ci à Mexico, elle est décédée en 1954 dans sa « Maison bleue [Casa azul] » à 47 ans après moulte traumatismes médicaux. Après sa mort, son mari, l’artiste en peintures murales Diego Riviera, a décidé de sceller la salle de bains et les placards de son épouse décédée. Il faudra attendre 2004, 50 ans après sa mort, pour que soit libérés ces biens, dévoilant 6 000 photos et 300 objets dont certaines des magnifiques robes portées par Frida, inspirées de la région de Oaxaca dont étaient originaires certains de ses ancêtres et où elle ne s’est jamais rendue.

La Palais Galliera expose cette intéressante collection en commençant, au sous-sol, par les photos retraçant la vie de l’artiste, son enfance, ses voyages, on voit même une courte vidéo avec Trotski et on mesure l’engagement artistique et politique de Frida Kahlo à travers ses idées, ses rencontres, ses expositions. Et une vie toujours à l’ombre de la souffrance physique dues la poliomyélite attrapée à 6 ans et, surtout, le grave accident automobile qu’elle subit à 18 ans qui lui laissera des traces indélébiles sa vie durant, forgeant sans doute sa pugnacité et sa volonté de vivre.

Dans la vaste salle du rez-de-chaussée sont exposées les robes portées par l’artiste et d’autres de couturiers plus contemporains, Jean-Paul Gaultier notamment, qui ont été inspirés par elle. On voit aussi la collection de corsets médicaux que son accident l’obligeât à porter toute sa vie et qu’elle a peints et décorés, l’un avec une faucille et un marteau.

Cette exposition est centrée sur la vie de l’artiste plus que sur son œuvre, mais elle donne furieusement envie de revenir sur celle-ci tant la personnalité de Frida Kahlo présentée par le Palais Galliera paraît exceptionnelle et flamboyante. En cela l’exposition est une réussite !

Les commentaires et explications muséales sont très « progressistes », comme par exemple :

Adolescente, Frida Kahlo a soigneusement construit et exprimé différentes identités de genre devant la caméra. Le 7 février 1926, Guillermo Kahlo a photographié sa fille vêtue d’un costume trois pièces pour homme, arborant une canne ornée.

Dans la terminologie moderne, nous pourrions dire qu’elle a rejeté les catégories binaires cisgenres, embrassant la fluidité des genres et une identité queer.

Très Palais Galliera, plus intersectionnel, tu meures !

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« Alice Neel. Un regard engagé. » au Centre Pompidou

Alice Neel (1900-1984) est une artiste-peintre américaine engagée, sympathisante du parti communiste, amie de nombre de ses « compagnons de route », habituée de la « Factory » d’Andy Warhol, féministe convaincue, en lutte pour les droits civiques… Elle fut même fichée par le FBI pour tendance gauchisante.

Elle est présentée au centre Pompidou comme l’une des représentantes importantes du courant figuratif américain. 75 tableaux sont exposés qui montrent la vie ordinaire d’Américains d’origines et d’âges divers. Ce sont majoritairement des portraits de personnages dans leur environnement familier. Des vues de manifestations font parfois allusion à la crise de 1929 ou à la lutte contre l’antisémitisme, mais le plus grand nombre de ces personnages sont peints dans leurs salons ou sur le fauteuil rayé offert par Alice à ses modèles. La misère sociale n’est qu’évoquée sur les traits de certains, elle n’est pas frappante dans les peintures alors que l’artiste a mené un combat contre ce fléau sa vie durant. Certains tableaux assez crus se réfèrent à la sexualité, voire la bisexualité et l’homosexualité, qui est sans doute un thème porté par l’artiste.

L’ensemble donne une impression du temps figé sur des personnages prenant la pose. A travers eux Alice Neel retrace les chemins tortueux d’une Amérique en proie à la lutte des classes. Par son œuvre et son engagement personnel elle voulut sans doute secouer le conservatisme social et moral d’une partie de cette société. Elle y a plutôt bien réussi.

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« Nouveaux chefs d’œuvre. La dation Maya Ruiz-Picasso » et « Maya Ruiz-Picasso, fille de Pablo » au musée musée Picasso – Paris

Maya est la fille que Picasso eut en 1935 avec Marie-Thérèse Walker. Abordée par hasard à la sortie d’un grand magasin il lui annonce : « Bonjour, je suis Picasso, nous allons faire de grandes choses ensemble. » Durant dix années elle deviendra la muse et le modèle du Maître, avant que Dora Maar ne vienne jeter le trouble dans ce couple créatif. Ils auront une fille, Maya, que Picasso a représentée enfant sur des peintures et des dessins à de très nombreuses reprises.

Certains de ces tableaux font partie d’une dation acceptée par l’Etat en paiement des droits de succession de Maya et sont exposés ici avec d’autres pièces de la collection personnelle de Picasso. Maya sous toutes ses formes au rez-de-chaussée, la relation de Maya avec son père au premier et une plongée dans la résidence de l’artiste sur les hauts de Cannes au troisième.

Le premier étage est intéressant et détaille la relation fusionnelle entretenue par l’artiste avec sa fille durant sa jeunesse. Ses cahiers d’écolières sont exposés dans lesquels Pablo dessinait pour lui enseigner les bases, ainsi que les multiples photos de l’enfant en famille, des extraits de Clouzot tournant le film « Le mystère Picasso » en 1955 pour lequel Picasso exigea que Maya, 20 ans, soit l’assistante du réalisateur. Et puis la rupture alors que Maya veut prendre son indépendance. Ils ne se reverront plus jusqu’à la mort de l’artiste. Ce que ne dit pas l’exposition c’est que Marie-Thérèse, la mère de Maya se suicidera par pendaison quatre années après la mort de l’artiste. Pas facile de vivre dans l’environnement d’un génie.

Les combles restaurés du musée sont consacrés à « La Californie », la somptueuse demeure acquise par l’artiste au-dessus de Cannes où il s’installe en 1955 dans une frénésie créatrice en compagnie de sa dernière femme, Jaqueline Roque, avant de migrer en 1961 à Mougins où il finira ses jours en 1973. Cette période est très documentée avec nombre films et photographies qui sont exposés dans ce musée parisien et plonge le visiteur dans l’environnement créatif de Pablo Picasso.

Un détour par le musée Picasso s’impose avant que l’exposition « Maya » ne prenne fin le 31 décembre de cette année.

Le deuxième étage expose les œuvres de Farah Atassi, inspirée par le cubisme picassien rendu ici sur de grandes toiles aux dessins géométriques de joyeux paysages de bords de mer aux couleurs pastel.

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MIZUBAYASHI Akira, ‘Ame brisée’.

Sortie : 2019, Chez : Editions Gallimard.

Une très belle et très sensible histoire de destins croisés autour de la musique et d’un violon : un gamin japonais voit son père violoniste arrêté en 1938 par les soldats de l’empereur menés par un officier amateur de musique qui va sauver l’enfant. Deux générations plus tard, en France, l’enfant japonais devenu un vieux luthier installé à Paris, retrouve la petite-fille de l’officier japonais, devenue elle-même une violoniste de talent. Ensemble ils retrouvent les petits cailloux de leurs histoires semés par leurs ancêtres au cœur d’une époque violente et tragique.

Mizubayashi, né en 1951, est un écrivain francophone et francophile. Il a rédigé ce roman musical en français et exprime tout en douceur l’imbrication de la musique et des sentiments de ses personnages. Le roman tourne autour du quatuor Rosamunde de Schubert et du concerto pour violon d’Alban Berg « A la mémoire d’un ange » que le lecteur se précipite pour écouter religieusement, dès le livre refermé.

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Exposition « Fernande Olivier et Pablo Picasso, dans l’intimité du Bateau-Lavoir » au Musée de Montmartre

Fernande Olivier (1881-1966) fut l’une des premières inspiratrices (et amantes) du jeune peintre Pablo Picasso (1881-1973). Violée et épousée de force à 16 ans elle fuit son sort et se retrouve dans le petit monde artistique de Montmartre qui bouillonne de créativité et de grands hommes en devenir. Elle sert de modèle aux peintres naissants du Bateau Lavoir puis s’installe chez Picasso avec qui elle vit durant huit ans. En pleine « période rose » le Maître réalisera moulte portraits de son inspiratrice. Après sa rupture avec Picasso elle s’essaie à la peinture, certaines œuvres sont exposées dans le musée, et à l’écriture. Elle publie « Picasso et ses amis » en 1933 préfacé de Léautaud, son journal intime posthume sort en 1988.

Le musée retrace la période vécue par Fernande à Montmartre et l’atmosphère foisonnante d’une époque révolue. Des citations de ses écrits sont affichées sur les murs. Elle a du talent mais ses ouvrages sont épuisés. Dommage car ses écrits intimes en disent long sur les acteurs cette période.

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« Humpty / Dumpty » de Cyprien Gaillard au Palais de Tokyo

Une visite au Palais de Tokyo est souvent un évènement improbable offrant des sensations variées. Au milieu de salles d’exposition dont on se demande toujours si elles sont en travaux ou dans leur décoration définitive, on regarde des « installations » mystérieuses, souvent incompréhensibles.

Des artistes exposés aujourd’hui, le plus abordable semble le français Cyprien Gaillard (né en 1980) dont les vidéos projetées sur grand écran sont intéressantes mêlant une inspiration urbaine sur le temps qui passe. Le film sur un vol de perruches vertes « à collier » sur fond de façades d’immeubles en Allemagne est frappant, diffusé sur un écran gigantesque de quatre mètres de haut sur une vingtaine de long, il illustre l’invasion de ces oiseaux tropicaux, importés en Europe par accident, qui se sont si bien adaptés à nos villes au climat tempéré. Ils sont désormais familiers de leurs habitants et offrent le magnifique et bruyant spectacle de leurs vols en armadas tout en s’avérant probablement dévastateurs pour la biodiversité. Le beau détruit le bien…

Plus obscures apparaissent les installations de Guillaume Leblon, Minia Biabiany, Miguel Gomes.

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« Monet – Michell » à la Fondation Louis Vuitton

Cette exposition donne à voir les œuvres de Joan Mitchell (1925–1992), peintre américaine francophile, inspirée par Claude Monet (1840–1926), à travers un parcours croisé au cœur de leurs peintures mélangées. D’ordre abstrait, les toiles de Mitchell sont de grande taille, tachetées de couleurs vives qui rappellent de loin en loin les somptueuses couleurs de Nymphéas ou des sublimes fleurs peintes par Monnet devant son jardin de Giverny. D’ailleurs Joan Mitchell s’installa à à Vétheuil à la fin de sa vie. Depuis sa terrasse elle dominait les courbes de la Seine et la maison de son Maître.

Cette exposition est l’occasion de se replonger dans les toiles de Monet et leur féérie de couleurs. La comparaison avec les tableaux de Joan Mitchell est redoutable, c’est celle du classisme versus la modernité abstraite. Le choix entre ces deux tendances relève sans doute d’une question de génération.

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BORTCHAGOVSKI Alexandre, ‘L’holocauste inachevé, ou comment Staline tenta d’éliminer les juifs d’URSS’.

Alors qu’il passait les 80 ans, le romancier et dramaturge « soviétique » Alexandre Bortchagovski (né en 1913, date de décès inconnue), éplucha les archives du pouvoir soviétique sur le dossier du « Comité antifasciste juif [CAJ] » et les tentatives staliniennes d’annihiler les juifs d’URSS, en commençant par l’élite représentée au sein du CAJ. Le récit raconte cette plongée dans l’absurde sanguinaire de la dictature stalinienne lancée contre les juifs. C’est très touffu, ponctué de référence à des personnages inconnus du grand public, du côté des victimes comme celui des bourreaux (ceux-ci ayant d’ailleurs vocation à devenir à leur tour des victimes un jour ou l’autre…), Wikipédia permet d’en savoir un peu plus sur ceux qui sont le plus cités.

L’antisémitisme de Staline et de son clan n’a pas pu vraiment s’exprimer durant la seconde guerre mondiale ni dans les quelques années qui suivirent tant l’idée même d’antisémitisme était associée à la barbarie nazie. C’est à cette époque qu’avait été créé le CAJ, en 1942, avec l’approbation de Staline afin de recueillir le soutien de la communauté juive internationale en faveur d’un soutien à l’Union soviétique dans son combat contre l’Allemagne nazie. Ce Comité joua son rôle jusqu’à la reddition allemande en 1945 puis les choses commencèrent à se gâter à la fin des années 1940 et l’antisémitisme du pouvoir russe put s’afficher de nouveau au grand jour.

On voit alors le régime stalinien se déchaîner contre le CAJ qui représente l’élite de la population juive d’URSS et dont les membres sont accusés de « nationalisme » et de menées « antisoviétiques ». Ils sont arrêtés, torturés parfois durant plusieurs années par des « officiers-instructeurs » jusqu’à ce qu’ils signent des aveux circonstanciés, le plus souvent de vrais tissus de mensonges qu’en l’occurrence ils contesteront lors de leurs procès, ce qui ne les empêchera pas pour la plupart d’être exécutés d’une balle dans la nuque. Généralement leurs bourreaux connaîtront le même sort quelques mois plus tard à l’occasion des purges suivantes tant la machine totalitaire avait besoin de coupables à se mettre sous la dent pour perdurer.

Rien de bien nouveau pour qui a vu le film « L’aveu » ou est familier avec la littérature du goulag, mais toujours cette incroyable constance du régime soviétique à extorquer des aveux aux contestataires du régime, même si tout le monde sait qu’ils sont montés de toutes pièces. Le mensonge et la désinformation sont érigés en mode de fonctionnement et vont générer des millions de morts.

Au détour des pages on apprend que la fille de Staline, Svetlana Allilouïeva, a épousé un russe d’origine juive en premières noces dont elle aura un fils et… des problèmes avec son père qui voyait cette union d’un très mauvais œil. On découvre également que Molotov, celui du pacte germano-soviétique (1939) encore appelé « Ribbentrop-Molotov », du nom des deux ministres des affaires étrangères des Etats signataires, était marié avec une femme juive, communiste pure et dure, soutien du CAJ. Arrêtée en 1948 pour « trahison » elle est condamnée à l’exil intérieur au Kazakhstan et le couple est poussé au divorce. Elle sera libérée après la mort de Staline en 1953 et pourra alors se remarier avec Molotov !

L’Histoire passe, les temps changent, les dictateurs succèdent aux autocrates à Moscou, mais la politique en Russie reste relativement linéaire. La guerre d’Ukraine déclenchée le 24/02/2022 repose sur la même volonté de puissance du clan au pouvoir, d’identiques mensonges auto-justificateurs et un similaire mépris de la vie humaine. Le résultat de cette guerre ne devrait pas grandir la Fédération de Russie qui a succédé à l’Union soviétique, hélas !

« Saint-Omer » d’Alice Diop

Le film relate un fait divers sordide qui a fasciné la réalisatrice, celui d’une jeune femme d’origine sénégalaise, arrivée enfant de Dakar à Paris pour faire des études qu’elle semble avoir suivies avec plus ou moins de convictions et d’assiduité, qui, ayant abandonné ses études et à cours de ressources, s’installe chez un ancien expatrié en Afrique, bien plus âgé qu’elle, déjà marié et père d’une fille de l’âge de sa maîtresse. Cette dernière tombe enceinte et donne naissance, toute seule à la maison, à une fille qu’elle cachera consciencieusement à son entourage, avant de la déposer, à deux ans, sur la plage de Saint-Omer alors que la marée monte. L’enfant est retrouvée morte le lendemain, la mère identifiée et arrêtée rapidement.

Le film rejoue le procès en cours d’assise dans cette petite ville de province, une présidente du tribunal bienveillante essaye de démêler l’histoire entre la thèse de l’acte prémédité et du mensonge de l’accusée défendue par le procureur et celle d’une victime de la négligence du père de l’enfant et du racisme ambiant avancée par l’avocate. Ce père témoigne à la barre et affiche sa coupable négligence. C’est le syndrome du « vieux blanc », bien connu de ceux qui ont vogué en Afrique, utilisant des gamines locales pour assouvir leur besoin de « chair fraîche », le tout dans la lâcheté et l’irresponsabilité.

L’accusée parle de ses visions, les psychiatres de « l’altération de son discernement », l’avocate de son errance culturelle dans un environnement tellement éloigné de celui de son pays natal. Cette femme est probablement psychiquement malade, elle sera néanmoins condamnée, ce que le film ne dit pas, à une peine de 20 années, réduite à 15 en appel.

L’engagement militant de la réalisatrice, elle-même d’origine sénégalaise, en faveur de la « diversité » transparaît dans le film, bien sûr, ce qui ne l’empêche pas de présenter ce procès dans le cadre d’une justice apaisée. L’actrice jouant le rôle de l’accusée (Fabienne Kabou, dans la vraie vie) semble mystérieuse, perdue dans un monde intérieur inaccessible, reconnaissant l’ignominie de son acte tout en déroulant calmement les éléments d’une existence décalée en France, sans but ni joie. A l’issue de ce film oppressant, le spectateur quitte la salle en se demandant ce que deviendra cette mère infanticide à sa sortie de prison ?

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« Années 80 » au musée des Arts décoratifs

L’exposition « Années 80 » dans la nef du musée des Arts décoratifs commence par la célèbre affiche « La force tranquille » qui a permis l’élection de François Mitterrand à la présidence en mai 1981. Cette arrivée de la gauche au pouvoir a déclenché un formidable coup de pied dans la fourmilière d’une France conservatrice post-soixante-huitarde qui avait déjà été un peu secouée par la présidence Giscard d’Estaing. L’espoir qui a alors saisi la France s’est aussi accompagné d’une recrudescence de créativité qui s’exprime ici par le visionnage des publicités de l’époque (qui rencontre un franc succès auprès des spectateurs), l’exposition des mobiliers créés par des « designers », profession qui entre dans la lumière à cette époque, le prêt-à-porter et la haute couture qui sortent du petit milieu confiné de l’avenue Montaigne, les couvertures du journal « Libération » qui fut un peu le porte-drapeau de cette libération sociétale, mais aussi référence aux « années SIDA » qui apparurent à la fin de cette décennie…

Et puis, bien sûr, une partie de l’exposition est aussi consacrée à l’ambiance de « fête » qui marqua ces années, au moins pour les privilégiés, au « Palace » ou aux « Bains Douches ». On voit défiler sur grand écran les images des soirées fastueuses (et même une exposition Yves Saint-Laurent à la fête de l’Humanité) dans ces lieux de la nuit où se croisaient Karl Lagerfeld, Andy Warhol, les « Depeche Mode » et Etienne Daho. Un monde de couleurs, un peu clinquant, très insouciant, qui n’est plus aujourd’hui.

Les années 1980 ont aussi marqué la fin des « trente glorieuses » et de l’insouciance d’un Occident économiquement et culturellement dominateur. L’émergence de l’Asie et d’autres pays contestant cette suprématie occidentale va marquer la fin du XXème siècle. Ce ne fut pas forcément une mauvaise nouvelle mais c’est évidemment un changement de statut parfois douloureux à franchir pour l’ego des tenants de cette hégémonie. Il y a un peu de nostalgie dans cette exposition…

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