Guide et médiation

On ne dit plus un « guide » dans un musée mais on parle de « médiation ». Dans les musées parisiens, les ex-guides portent désormais un badge « Médiation ».

« La collection Morozov – icônes de l’art moderne » à la fondation Louis Vuitton

C’est l’histoire de deux frères russes, Mikhaïl (1870-1903) et Ivan (1871-1921) Morozov, dont les arrière-grands-parents étaient serfs dans la Russie tsariste et le père un très riche industriel. Ils vont recevoir très tôt une éducation artistique et, à leur majorité, poursuivre les affaires familiales tout en constituant progressivement une collection de peinture impressionnante grâce à leur goût certain. A la révolution, les tableaux sont confisqués par le pouvoir bolchévique, Ivan s’enfuit en Finlande et mourra en 1921 loin de son pays natal, Mikhaïl étant, lui, décédé jeune avant la révolution.

Considérés comme incompatibles avec le « réalisme-socialiste » certains tableaux (notamment les impressionnistes puis las avant-gardes fauves et cubistes) furent interdits de présentation durant la terreur stalinienne, mais, malgré tout, l’ensemble de la collection fut mis à l’abri hors de Moscou en Sibérie pour le protéger durant la seconde guerre mondiale.

C’est une grande partie de cette collection, désormais exposée dans les musées d’Etat russes, qui est accrochée dans la fondation Louis Vuitton. L’accumulation de chefs d’œuvre est impressionnante, donnant une idée de la sensibilité artistique (et de la fortune) des Morozov. Manet, Corot, Monnet, Toulouse-Lautrec, Degas, Bonnard, Denis, Gauguin, Van Gogh, mais aussi Picasso et des peintres russes.

L’ensemble des salles de la fondation est consacré à cette collection. Vu l’architecture du bâtiment dans lequel il n’y a pas une pièce aux murs droits, on se perd un peu dans les étages et les numéros de pièces, mais qu’importe, tout est beau (sauf le bâtiment de la fondation…)

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« Eugénie Grandet » de Marc Dugain

Marc Dugain, romancier et réalisateur, met en scène le roman de Balzac. On y retrouve l’atmosphère sombre et calfeutrée de la famille Grandet vivant de la viticulture à Saumur au XIXème siècle. Comme la demeure familiale, le film suinte l’humidité et la moisissure, la solitude d’Eugénie, la fille unique, que son père ne veut pas marier par refus de devoir constituer sa dote, les cancans des notables de la ville et, surtout, le patriarcat sévère d’une époque révolue.

La subtilité de Balzac à décrire la comédie humaine est magnifiquement retranscrite dans le scénario du film. Dugain le termine sur une note moderne et optimiste en laissant Eugénie libre et sereine face à son destin, alors que Balzac l’a fait retourner à sa condition en la mariant finalement avec un notable après le décès de ses deux parents.

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« Vivian Maier » au Musée du Luxembourg

Le musée du Luxembourg expose Vivian Maier (1926-2009), photographe américaine qui, sa vie durant, a photographié la vie quotidienne de rue à New-York puis Chicago, principalement durant les années 1950/1960 dans une Amérique conquérante. Cela donne de superbes instantanés pris sur le vif. On voit l’œil de l’artiste-photographe, les clichés ont tous les attraits du naturel mais sont merveilleusement réfléchis. Vivian Maier avait l’habitude de filmer en Super-8 les scènes sur lesquelles elle prenait ensuite ses photos. Certains de ces films sont diffusés dans l’exposition. Les photos sont très majoritairement en noir-et-blanc, la couleur n’apparaissant qu’à la fin de son œuvre.

Le plus extraordinaire dans la vie de cette artiste fut qu’elle était gouvernante d’enfants et photographe seulement « amatrice ». Elle vécut une vie modeste et connut quelques difficultés financières au temps de sa vieillesse où elle fut aidée par les frères Gensburg qu’elle avait gardé durant 17 ans et qui lui restèrent fidèles. Ses négatifs (150 000 images) étaient déposés dans un garde-meubles dont elle avait du mal à payer les factures. Ils furent mis en vente par son créancier et c’est à ce moment en 2007, deux ans avant sa mort, qu’elle obtint une reconnaissance après les publications de ses photos sur Internet.

Une très belle exposition de photos de la rue américaine, spécialement pour ceux qui se retrouve dans cette époque du début post guerres-mondiales, celle du rêve américain !

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Paul Valéry à Sète

Tombe de Paul Valéry au cimetière marin de Sète

Epitaphe

O récompense après une pensée
Qu’un long regard sur le calme des dieux

A Lyon

Musée des Confluences à Lyon

Au musée des Confluences de Lyon une exposition « Jusqu’au bout du monde – regards missionnaires » aborde les histoires de ces missions religieuses envoyées par l’occident à travers le monde pour l’évangéliser avec plus ou moins de succès.

« Ne mettez aucun zèle, n’avancez aucun argument pour convaincre ces peuples de changer leurs rites, leurs coutumes et leurs mœurs à moins qu’elles ne soient évidement contraires à la religion et à la morale. Quoi de plus absurde de transporter chez les Chinois, la France, l’Espagne, l’Italie ou quelque autre pays d’Europe ? »

Instruction de la Congrégation de la Propagande Fide, 1659

C’eut été bien que les puissances occidentales méditent cette réflexion avant d’aller envahir les tropiques ces derniers siècles. Vous remplacez « à moins qu’elles ne soient évidement contraires à la religion et à la morale. » par « à moins qu’elles ne soient évidement contraires à la démocratie et aux droits de l’homme » et vous avez l’explication des batailles perdues des XXème et XXIème siècle. La récente défaite occidentale en Afghanistan illustre jusqu’à l’excès l’absurdité de ces errances politico-militaires.

« Un village » exposition Madeleine de Sinéty au Centre d’Art GwinZegal de Guingamp

Merveilleuse exposition de photo au centre d’art GwinZegal aménagé dans l’ancienne prison de Guingamp : Madeleine de Sinéty (1934-2011), photographe, est passée par hasard en 1974 dans le petit village breton de Poilley. Elle fut tellement séduite par ce lieu et ses habitants qui l’adoptèrent rapidement qu’elle s’y installa durant dix années et pris plus de 60 000 photos de la vie de ce bourg rural, resté un peu à l’écart de la modernité. Elle a ainsi marqué sur la pellicule une époque révolue dont les derniers contemporains, qui étaient alors des enfants, disparaissent progressivement.

Ce fonds photographique n’a jamais été trié par Madeleine avant sa disparition, et à peine montré. Ce n’est qu’en 2020 que son fils et le centre d’art GwinZegal décidèrent de monter cette exposition en extrayant environ 200 photos de cette masse dont le volume avait déjà diminué d’environ 30% par suite d’un dégât des eaux dans le lieu où elle était stockée.

Les photos exposées débordent de l’empathie et la tendresse que leur auteure éprouve à l’égard des habitants de Poilley dans tous les évènements de leur rude vie de paysans bretons. On y voit les récoltes, les cochons que l’on tue, les chevaux de trait à une époque où le tracteur était rare, les matchs de football, les crêpes qu’on lance au-dessus de la poêle, les mariages, les bals, les intérieurs très modestes que l’on imagine sans eau courante ni sanitaires, les enterrements, et il y a surtout les habitants, jeunes et moins jeunes, des gamins malicieux sur une remorque pleine de pommes, des vieux à casquettes, des femmes âgées en sabots. La bouteille de cidre ou de rouge n’est jamais loin ni l’alambic tracté passant dans le village pour fabriquer « la goutte ».

Dans une des « cellule » de la prison, une vidéo récente montre les interviews de villageois, qui étaient des gamins lorsque la photographe habitait Poilley, racontant comment elle travaillait et, surtout, combien elle avait été complètement intégrée à la vie du bourg.

Bref, une tranche de vie douce et émouvante sur la rude vie d’un petit village breton à l’intérieur des terres, avant qu’il ne soit saisi par la modernité. Le catalogue de l’exposition contient des extraits du journal tenu par Madeleine de Sinéty qui fit œuvre d’ethnologie derrière son appareil comme devant sa feuille blanche.

Le visiteur découvre à cette occasion le projet astucieux de reconversion de la prison de Guingamp en lieu culturel : https://gwinzegal.com/actualites.

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« Tinane » de Julia Ducornau

Le film d’horreur qui a obtenu la Palme d’Or au dernier festival de Cannes : une gamine se fait greffer un bout de titane dans le cerveau pour la sauver à la suite d’un accident d’automobile, et tout va déraper. A la recherche de son père absent elle va en trouver un de substitution qui, lui, cherche un fils disparu. Quelques assassinats plus tard, elle expire en accouchant d’un bébé moitié titane moitié humain…

Le spectateur émotif s’accroche à son siège et doit fermer les yeux lors de certains passages particulièrement dérangeants. La réalisatrice Julia Ducournau semble une femme plutôt « originale », le résultat est film primé, dérangeant et complètement « barjot ».

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« Nomadland » de Chloé Zhao

Un beau film de la réalisatrice chinoise Chloé Zhao (vivant aux Etats-Unis d’Amérique) sur ceux que le chagrin et le vide poussent sur la route : on suit les pérégrinations de Fern qui, après la mort de son mari et la fermeture de son usine, part crapahuter dans le pays aux commandes de son van dans lequel elle habite. C’est une histoire de « route », une histoire de fuite, une histoire d’exil… Elle croise la communauté hétéroclite de ses coreligionnaires vivant de petits boulots durant des étapes plus ou moins longues au cœur de l’Amérique profonde, mais toujours reprenant la route comme attirés par le néant magnifique des grands espaces pour absorber une peine ou, tout simplement, résoudre leur besoin de liberté, tous unis par leur slogan :

I’ll see you down the road!

Le film est lent, méditatif comme il sied à ce sujet. Les paysages américains se prêtent merveilleusement à cette balade mystique au milieu de nulle part mais où se retrouve le personnage de Fern, toujours un peu perdue dans ses pensées, bienveillante et accrochée à sa solitude, très bien interprété par Frances McDormand.

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« Benedetta » de Paul Verhoeven

Un film de Verhoeven un peu voyeur, un peu provocant, un peu sanguinolent… peu intéressant, basé sur une histoire vraie est-il annoncé sur le générique du début ; nous suivons au XVIème siècle les mésaventures d’une nonne régulièrement saisie par le démon qui la plonge dans le stupre lesbien et le mensonge avant que Jésus ne la reprenne sous son aile protectrice en la ramenant au remord et à la prière. Tout y passe, les stigmates de la crucifixion, une statue de vierge transformée en godmiché, la voix de Dieu sortant de la bouche de Benedetta, les amours saphiques sous les arches du couvent, les visions d’un Dieu immaculé venu sauver la pécheresse, le bucher des sorcières, la peste rédemptrice…

On pense plus aux scènes de masturbation simulée il y a quelques années par Madonna sous un crucifix dans ses concerts sur Like a Virgin qu’à un film sur la vie austère dans un couvent italien dans les années 1500, d’autant plus que les dialogues sont parfaitement contemporains. Mais après tout, il doit arriver parfois que les nonnes pèchent ce qui est censé exciter le spectateur, du moins est-ce le pari du réalisateur. Un film dispensable.

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Une palme d’or « inclusive »

La réalisatrice ayant emporté la Palme d’Or au festival de cinéma de cannes a déclaré en recevant son prix :

[merci de] reconnaître avec ce prix le besoin avide et viscéral qu’on a d’un monde plus inclusif et plus fluide. Merci au jury d’appeler pour plus de diversité dans nos expériences au cinéma et dans nos vies.

Traduit en français, ce vocabulaire fait référence au monde LGBTQIA+[1], le « fluide », et aux minorités de tous ordres (raciale, féministe, « décolonialiste », etc.), le « inclusif ». Cette réalisatrice donne en plein dans le jargonnage à la mode « woke », anglicisme désignant la nécessité d’être éveillé et combatif face au sort peu enviable des « minorités ».

Félix/Charlie Hebdo (14/07/2021)

Le film primé, « Titane », est assez étrange semble-t-il, mêlant sexualité, machines et délires variés. On est impatient de le découvrir en salle !


[1] Lesbien-Gay-Trans-Queer-Intersexe-Asexuel-plus tout ce qui n’est pas hétérosexuel et non encore identifié ou qualifié

Félix/Charlie Hebdo (14/07/2021)
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« La Fontaine en 10 leçons, de et par Jérôme Hauser » au Parc Sainte-Périne

La Mairie du XVIème arrondissement de Paris célèbre le 400ème anniversaire de la naissance de Jean de La Fontaine en organisant différents évènements en l’honneur du poète qui a donné son nom à nombre de bâtiments dans cet arrondissement ainsi qu’une rue. Aujourd’hui Jérôme Hauser dit, interprète et commente des poèmes de La Fontaine sur dix thèmes, l’amour, l’amitié, la liberté… et réjouit une petite audience (jauge oblige) attentionnée et ravie, jeune et moins jeune.

Cela se passe sur une petite scène éphémère montée à l’ombre d’un vaste mûrier dans le parc Sainte-Périne, aux pieds du centre hospitalier de soins palliatifs du même nom. Sur la colline des grands malades s’éteignent, dans le parc sous leurs fenêtres des enfants découvrent le fabuliste et de grands enfants s’émerveillent à nouveau devant la clairvoyance de La Fontaine à décrire nos travers. Le poète joue les passeurs du temps.

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« Le Caire confidentiel » de Tarik Saleh

Un film policier égyptien original, qui serait inspiré d’un fait réel, dans lequel on suit les enquêtes d’un policier corrompu du Caire, saisi d’une soudaine vague d’honnêteté lorsqu’il découvre des filles égorgées membre d’un réseau de prostitution de luxe impliquant les caciques du pouvoir. Sa rédemption trouvera ses limites quand la sécurité de l’Etat achètera le silence de son commissariat pour qu’il laisse accuser un riche homme d’affaire des crimes.

Tournées au Maroc, les images du film sont lugubres, toujours la nuit, souvent dans des bidonvilles surpeuplés habités par des immigrés soudanais. Elles rendent une vision sinistre de la ville du Caire à travers la morgue de ce policier désabusé. Nous sommes en 2011, les dernières images portent sur la révolution en marche Place Tahrir… Dix ans plus tard, un maréchal a remplacé un général après un pouvoir religieux en intermède. Pas sûr que grand-chose n’ait changé en Egypte !

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Victor-Hugo. Dessins, « Dans l’intimité du génie » au Musée Maisons de Victor-Hugo

Le musée des Maisons de Victor-Hugo (celle de Paris Place des Vosges, mais aussi celle de Guernesey Hauteville House) présente une collection des dessins de Victor-Hugo. On apprend à cette occasion que l’écrivain avait aussi des talents de dessinateur qu’il réservait aux siens, ne voulant pas considérer ses dessins (il en a produit plus de 4 000) comme faisant partie de son œuvre artistique. Nombre d’entre eux sont exposés ici après avoir été conservés par Juliette Drouet, sa maîtresse de cœur qui le suivra sa vie durant.

Son ami Célestin Nanteuil, dessinateur-graveur, va accompagner l’apprentissage d’Hugo et l’éclosion d’un véritable talent, en plus des autres… Son style est crépusculaire, sous forme de lavis de couleur sombres et ambrées, l’inspiration vient souvent de la nature qu’il dessine dans toute sa majesté, mais aussi de son combat pour la justice, son opposition à la peine de mort notamment.

Les dessins sont exposés au premier étage. Au deuxième on visite l’ancien appartement de l’écrivain-poète où ont été reconstituées certaines pièces de différents lieux où vécut l’artiste. On y voit notamment les meubles et les décors réalisés également par Victor-Hugo. On croise aussi les étapes de sa vie, les plus joyeuses comme celles qui furent tragiques (la perte de deux de ses enfants dont sa fille Léopoldine dont il était très proche), des photos émouvante d’Hugo avec ses petits-enfants (c’est l’époque de l’apparition des daguerréotypes), des écrits originaux exposés dans des vitrines, bref, tout le monde du créateur foisonnant que fut Victor-Hugo.

Oh ! Ces enfantements et ces créations,
Ces rencontres de l’âme avec les visions
Pèsent sur le génie, et, le courbant à terre,
Le penchent du côté le plus noir du mystère.
Du jour où tout ce monde étrange t’apparut,
Des passions d’en bas râlant l’horrible rut,
T’apportant des douleurs la sublime démence,
Ô sculpteur, à partir de cet instant immense,
Ta pensée à jamais fut mêlée à la nuit !

« Les Cariatides » (Les Quatre Vents de l’Esprit) Victor-Hugo

Voir aussi : | Maisons de Victor Hugo | Paris – Guernesey

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Musée de la Libération de Paris – musée du général Leclerc – musée Jean Moulin

Un nom un peu long pour un petit musée très intéressant sur la libération de Paris en août 1944. Complètement rénové, il a été déménagé en 2019 de la gare Montparnasse à Denfert-Rochereau à l’occasion du 75ème anniversaire de la libération de Paris, dans le bâtiment même dont le sous-sol avait été transformé en quartier général du commandement de la résistance parisienne lors des combats d’août 1944 autour de l’entrée de la 2ème division blindée commandée par Leclerc dans la capitale.

Le musée est aussi consacré à Jean Moulin et au général Leclerc dont les vies sont retracées avec de nombreux documents d’époque. Le premier était déjà mort dans les prisons de la Gestapo à la Libération de Paris dont le second a été un acteur important. On découvre leurs parcours entremêlés avec les heures décisives des combats de Paris en 1944. Des vidéos connues, le célèbre discours de de Gaulle à l’Hôtel de Ville « … mais Paris libéré… », le voyage de Pétain en mars 1944 venu dans la capitale pour compatir avec les victimes des bombardements aériens alliés, la reddition des nazis le 25 août, les derniers bombardements allemands du 26…

En descendant 100 marches on se retrouve dans les caves qui avaient été aménagées pour être un abri de défense passive et accueillir les personnels de l’administration parisienne qui travaillaient dans le bâtiment du rez-de-chaussée donnant sur la place Denfert-Rochereau. Cet abri est devenu le quartier général de colonel Rol-Tanguy, chef (communiste) des Forces françaises de l’intérieur (FFI) de la région parisienne qui participèrent à l’insurrection de Paris durant ces heures décisives d’août 1944. Le visiteur se promène avec un casque de réalité virtuelle sur la tête en suivant le soldat Jean qui le fait pénétrer dans les salles reconstituées numériquement avec les personnages animés qui les occupaient : le standard téléphonique, les bureaux du colonel Rol et celui de Madame qui lui servait d’assistante…

Un beau musés dédié aux grandes heures des combats pour la Liberté animées par des grands hommes et des anonymes. Quelle époque !

« Henri Cartier-Bresson – Revoir Paris » au Musée Carnavalet

Pour sa réouverture après quatre années de travaux, le Musée Carnavalet présente une exposition temporaire Cartier-Bresson (1908-2004) sur Paris. Photographe majeur du XXème siècle, proche des surréalistes, compagnon de route du Parti communiste français, il voyage très tôt à travers la planète, il photographie nombre d’évènements clés de son temps : la guerre d’Espagne, la libération de Paris en 1944, la partition des Indes coloniales, la mort de Gandhi, la révolution cubaine, Mai 68 à Paris… Photographe il s’essaye aussi au cinéma, fut assistant de Renoir dans les années 1930 et tourne quelques films politiques. Fait prisonnier pendant la guerre, il s’évade et entre dans la résistance.

Alors que le photographe à beaucoup voyagé et travaillé de par le monde il est souvent revenu à Paris retrouver son port d’attache. Il a laissé de très nombreuses photos de ses pérégrinations dans la capitale dont celles présentées à Carnavalet. On y trouve des regards émouvants sur la vie de tous les jours de parisiens de milieux populaires : pique-niques sur les bords de Marne, gamins jouant dans les rues, devantures de magasins… mais aussi des portraits de sujets qu’il admire : Mauriac, Ezra Pound, les obsèques d’Aristide Briand, Sartre… et d’autres moins connus.

On est frappé par la justesse des mises en scène où tout semble instantané mais réglé au cordeau. C’est sans doute la définition du talent. Cela révèle en tout cas l’incroyable coup d’œil de l’artiste qui fait rentrer sous terre le photographe déplorable qu’est devenu aujourd’hui n’importe quel possesseur de smartphone ! Le sens de la géométrie propre à Cartier-Bresson est aussi révélé de façon éclatante dans nombre des clichés présentés. Un quai de seine, un alignement de voies ferrées, un escalier de Montmartre, le photographe repère les figures ainsi formées pour en faire un décor des plus harmonieux sur lequel s’incruste son sujet principal dans une magie de lignes, comme sur un calque d’architecte, mais il s’agit de la réalité. Une vraie réalité d’ailleurs puisqu’il précise ne jamais compromettre avec les tirages : pas de retouche, pas de suppression. Ce qui est sur le négatif est agrandit sur le papier.

A mon sens, la photographie a le pouvoir d’évoquer et ne doit pas simplement documenter. Nous devons être des abstraits d’après nature.

On apprend par ailleurs que l’artiste a appris le dessin au crépuscule de sa vie. Certains d’entre eux sont exposés, montrant le Parc des Tuileries croqué depuis la fenêtre de son appartement de la rue de Rivoli.

Une très belle exposition qui permet aussi de mieux connaître l’intéressante personnalité du photographe.

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« Un espion ordinaire » de Dominic Cooke

Ce film raconte comment les services secrets britannique et américain ont embarqué dans les années 1960 un représentant de commerce londonien pour servir de porteur de courrier entre un dirigeant de la sécurité militaire soviétique (GRU) à Moscou, Oleg Penkovsky, et les services à Londres. Il ne connaît pas le contenu des messages qui portent sur l’installation de missiles nucléaires à Cuba par Moscou. Basé sur une histoire vraie, le film détaille ensuite la chute de l’agent-double soviétique, qui sera exécuté en 1963, et de son correspondant britannique qui fera deux années de prison à Moscou avant de faire l’objet d’un échange d’espions comme il s’en pratiquait régulièrement à l’époque entre les deux camps.

Le film est bien mené, les acteurs sont crédibles et le décors « année 60 » magnifiquement reconstitué, du Bolchoï de Moscou au clubs londoniens.

On suppose que ce qui a été révélé de l’affaire Penkovsky et qui sert de base au scénario est effectivement vrai, mais qui peut savoir ? Evidement, réduire 40 années d’espionnage durant la guerre froide en un film de 90 minutes pousse certainement à quelques simplifications de scénario mais l’essentiel est sans doute là : dans la guerre « froide » mais féroce qui opposait deux conceptions du monde, des citoyens, parfois ordinaires, ont pris le risque soit de trahir leur pays soit d’aider la trahison d’agents doubles appartenant à l’autre côté. Beaucoup l’ont fait par conviction, certains par intérêt, nombreux sont ceux qui l’ont payé de leurs vies et de celles de leurs familles. Les trahisons ont eu lieu dans les deux sens mais il convient de rappeler aux plus jeunes qu’à l’époque le goulag était à l’Est et les pacifistes à l’Ouest…

Aujourd’hui le combat de blocs continue de façon différente mais tout aussi violente. L’actualité regorge d’informations sur des assassinats d’ex-agents doubles russes ou soviétiques réfugiés en Europe, de scientifiques iraniens dans leur propre pays ou de chefs de guerre religieux au Moyen-Orient. La situation est plus complexe et les moyens utilisés plus sophistiqués mais la lutte pour la suprématie reste identique.

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« Nous vous aimons, Madame » ‘Simone Veil 1927-2017’ à l’Hôtel de Ville de Paris

La mairie de Paris organise plusieurs évènements en souvenir de Simone Veil (1927-2017), personnage politique consensuel d’une grande élévation, qui a parcouru les drames du XXème siècle sans rien abdiquer de ses principes renforcés à la terrible expérience des camps d’extermination nazis.

La salle d’exposition de la rue de Lobau retrace la vie de Simone Veil avec photos, vidéos et documents historiques, objets marquants dont son épée d’académicienne marquée de son numéro de déportée 78651 tatoué sur son bras gauche, du nom du camp de Birkenau, les devises française « Liberté, égalité, fraternité » et européenne « Unie dans la diversité », les flammes symbolisant les fours crématoires mais aussi deux mains jointes pour rappeler la fraternité.

Née dans une famille juive (Jacob) non pratiquante plutôt bourgeoise, enfance à Nice, vacances à la montagne ou à La Ciotat, entrée dans la clandestinité en 1944 pour échapper aux rafles anti-juives avant d’être arrêtée avec toute sa famille en mars de cette même année, le retour en en France en 1945, sans ses deux parents et son frère assassinés sur place, les études de droit, son mariage avec Antoine Veil (1926-2013) rencontré à Sciences-Politiques et l’amorce d’un long et brillant parcours dans la magistrature puis la politique. Chaque étape de cette vie foisonnante est restituée dans les salles d’exposition jusqu’à son entrée à l’Académie française où Jean d’Ormesson l’accueillera avec émotion et cette phrase partagée par beaucoup : « Nous vous aimons, Madame », puis son entrée au Panthéon avec son mari, quelques mois après son décès en 2017.

On s’attarde sur sa foi et son expérience européennes, elle fut présidente du parlement européen en 1979, son combat pour faire voter une loi en France sur l’interruption volontaire de grossesse en 1974, et on relit avec consternation les attaques dont elle fut l’objet de la part de parlementaires conservateurs et d’anonymes, allant même jusqu’à la traiter de nazie à la tribune de l’assemblée nationale ou via des lettres anonymes d’insultes… On s’émeut devant ses témoignages de l’horreur nazie qu’elle vécut de l’intérieur qu’elle rapporte via d’innombrables cérémonies, souvenirs, visites des camps, interviews, engagements notamment à la présidence de la « Fondation pour la mémoire de la Shoah »… et dont elle parle inlassablement toujours avec cette indicible tristesse de ceux qui sont revenus de la barbarie et ne s’en sont jamais remis.

Une intéressante exposition sur une femme politique que « nous aimons » bien sûr, et dont nous regrettons encore plus la stature quand on la compare au niveau des débats politiques actuels.

« Napoléon » à la Grande Halle de La Villette

« Napoléon »

A l’occasion du bicentenaire de la mort de Napoléon, décédé à Sainte-Hélène le 05/05/1821, la France du Café du Commerce a polémiqué pour savoir s’il fallait « célébrer », « commémorer » ou « déboulonner » le souvenir de l’empereur. Au-delà de ces débats de peu d’intérêt, cet anniversaire voit s’organiser différentes expositions historiques sur la vie et l’œuvre du personnage globalement cher au cœur des Français en ce qu’il leur rappelle un temps révolu où leur pays était puissant et dominateur.

La Grande Halle de La Villette présente la vie de Napoléon répartie par période chronologiques, de la naissance en Corse en 1769 à l’exil à Sainte-Hélène en 1815. Très pédagogique, l’exposition est plutôt tournée vers le public jeune mais il ne fait pas de mal aux plus seniors de se remémorer dates et réalisations. Documents écrits, interviews filmées, cartographies animées des grandes batailles, costumes et matériels d’époque, notices explicatives, tous les outils muséaux modernes sont mis en œuvre pour permettre à chacun de connaître les faits : la conquête, les guerres, les massacres, le rétablissement de l’esclavage, le déclin, l’ambition, les défaites…

Mise en place par des historiens l’exposition présente l’homme intelligemment et dans son contexte d’époque. On en sort admiratif de l’ambition forcenée qui anima cet homme sa vie durant, lui permettant de décider de l’organisation administrative moderne de la France tout en ravageant l’Europe de guerres qu’il finit par perdre, entraînant le pays qu’il dirigeait dans le chaos. Comme souvent, qu’il s’agisse de monarques, de militaires ou de civils, quand ils exercent un pouvoir absolu sans le risque d’être déposés, par les armes ou par un vote démocratique, même les meilleurs se mettent à dériver vers la tyrannie. Napoléon n’échappa point à ce funeste sort !

Deux siècles plus tard, cette leçon est toujours d’actualité… Ce n’est pas le moindre intérêt de cette exposition que de le rappeler aux visiteurs.

« L’Heure bleue » de Peter Severin KRØYER au Musée Marmottan Monet

L’Heure bleue

Le Musée Marmottan expose le grand peintre danois Peter Severin Krøyer (1851-1909) dans une symphonie de bleus majoritairement inspirée par les séjours de l’artiste à Skagen, à l’époque modeste village de pêcheurs situé le plus au nord du Danemark, aux confins des mers du Nord et Baltique.

Peter Severin Krøyer

Il est question d’étendues maritimes, de plages infinies, de ciels vertigineux le tout dans des bleus crépusculaires que Krøyer restituent avec une incroyable majesté, sur des toiles monumentales comme sur de petits tableaux.

La profonde et sereine luminosité existant dans ce bout du monde septentrional a poussé un groupe d’artistes-peintres à former le « groupe de Skagen » dont un tableau représente une joyeuse agape : des trognes scandinaves, saines et pleines de santé, le teint buriné aux grands espaces marins, trinquant devant un nombre de bouteilles de vodka impressionnant…

Krøyer sut capter cette « heure bleue », instant fugace de la nuit tombante avant qu’elle ne gagne la voute céleste, et expression vulgarisée par le parfumeur Guerlain qui en baptisa l’un de ses célèbres parfums en 1912. Peintre naturaliste par excellence il s’essaya également aux portraits au début de sa carrière, ceux de sa femme Marie, peintre également, de ses amis de Skagen, d’enfants sur la plage, mais également de personnalités du « grand monde » de la capitale danoise.

Au-delà des portraits, dont ceux de son épouse qui révèlent une grande tendresse, le visiteur se perd avec délice dans les grands paysages de ce peintre d’exception. Toutes ces nuances de bleu et les reflets du soleil couchant sur les vagues ont un effet apaisant et nous plonge dans une méditation sans fin sur la beauté du Monde. Les tableaux Krøyer pourraient illustrer une conférence sur les risques que fait courir le réchauffement climatique !

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