« Cancers » à la Cité des Sciences et de l’Industrie

La maladie du cancer, vue sous toutes ses formes, exposée à la Cité des Sciences ; il y a de la technique médicale et biologique, de la sociologie, de l’humain et de l’histoire. C’est passionnant et transmis sous forme de vidéos thématiques et pédagogiques, d’interviews de scientifiques, de médecins et de patients mais aussi d’animations très claires faisant comprendre les mécanismes incroyablement pernicieux de ces cellules cancéreuses qui peuvent se développer dans l’organisme pour essayer de le tuer, ce qu’elles n’arrivent pas toujours à faire.

Ces cellules sont programmées pour déconnecter les gènes habituellement chargés de bloquer la prolifération, de créer des canaux sanguins pour les alimenter, de contourner les barrières immunitaires qui, en principe, empêchent les agressions étrangères… Bref, on a une incroyable illustration de la malignité appliquée par ces corps unicellulaires microscopiques. C’est désarmant et pourrait presque faire croire au diable !

Mais la créativité humaine n’est pas encore à court et l’on découvre des trésors d’inventivité déployés par la science pour combattre ce mal. Heureusement elle y parvient parfois. Des patients racontent leur parcours, parfois tragique, sur un mode dramatique ou rigolard, apportant la touche humaine nécessaire au centre de ce monde de combattants pour la survie.

« Ennio » de Giuseppe Tornatore

© Jelmer de Haas, 2015

Un très joli film documentaire sur le musicien italien Ennio Morricone (1928-2020) ; plutôt connu pour les bandes originales (BO) qu’il composa pour des films et qui sont devenues la bande-son des dernières décennies chez les cinéphiles et bien au-delà. Ce n’est sans doute pas la moindre de ses performances d’avoir écrit les musiques inoubliables de Pour une poignée de dollars, Il était une fois dans l’Ouest, Sacco et Vanzetti, Il était une fois en Amérique, Mission…

Ennio voulait être médecin ; son père, trompettiste dans un groupe qui passait dans les cabarets de Rome, décida qu’il serait également trompettiste. Ainsi fut fait et Ennio, inscrit au conservatoire fit des études de musique classique poussées, sous l’aile protectrice du compositeur italien Petrassi, puis commença à vivre de sa musique. A défaut de pouvoir exploiter commercialement ses premières compositions classiques, il s’oriente vers les arrangements pour radios et télévisions, écrit quelques chansons avant sa grande rencontre avec son compatriote réalisateur Sergio Leone (1929-1989). La reconnaissance viendra rapidement et il composera des centaines de BO pour, entre autres, Bertolucci, Pasolini, Joffé, Malick, Tarentino, de Palma, Lautner… et tant d’autres. Il ne délaisse pas pour autant la composition classique et, dans les années 1990 il renoue avec la direction d’orchestre et dirige ses œuvres.

Il a composé la musique de la célèbre Ballade de Sacco et Vanzetti dont le texte a été écrit par Joan Baez, est devenue un véritable hymne de la jeunesse des années 1970 engagée pour la lutte pour les droits civiques et contre la guerre menée par les Etats-Unis au Vietnam

Le guide de ce documentaire est une interview, sans doute réalisée dans les dernières années de sa vie. Il y revient sur son parcours et ses rencontres, confortablement installé dans un appartement romain dont on devine toute l’élégance. Il décortique sa vie et le processus créatif qui lui permit d’écrire tant de monuments de la musique cinématographique en jouant sur les bruits de la vraie vie, la diversité des instrument (dont la flûte, manifestement l’un de ses préférés), l’art du contrepoint et l’inspiration de ses grand anciens (Bach). On sent au fond de lui une petite frustration d’avoir si bien réussi dans ce domaine qu’il n’ose qualifier de « mineur » mais il s’en fait une raison à la fin de sa carrière, d’autant plus que sa notoriété l’autorisa aussi à commettre des œuvres classiques.

Ses propres mots sont complétés par les commentaires et appréciations de ses pairs, musiciens ou acteurs du monde cinématographique et culturel. On reconnaît notamment le rocker-poète américain Bruce Springsteen ainsi que Paul Simonon (ex-bassiste du groupe britannique The Clash).

Nous sommes en Italie alors l’émotion est toujours palpable. Et nous sommes en présence d’un véritable musicien à l’infinie créativité qu’il a mise au service du média cinéma avec un immense brio.

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« Rifkin’s Festival » de Woody Allen

Le dernier film, dispensable, de Woody Allen : l’histoire d’un mari d’un âge certain qui suit sa jeune épouse, assistante d’un réalisateur français, au festival du film de San-Sebastian en Espagne. Des idylles se nouent pour chacun des membres de ce coupe décalé. Ou comment l’amour durable déjà difficile à maintenir dans l’absolu, l’est encore plus dans la différence d’âge, et encore pire dans la superficialité du monde du cinéma. De jolies vues et couleurs de la cité espagnole sous le soleil !

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Musée Albert-Kahn de Boulogne

Abraham Kahn (1860-1940) a réussi dans les affaires puis, fortune faîte, a lancé un projet philanthropique visionnaire : « Les archives de la planète » afin de constituer des bases de données (photographiques, cinématographiques et documentaires) sur un monde dont il pressentait que les transformations en cours rendraient bientôt caduques le style de vie, d’où sa volonté de documenter ce monde en disparition. Pour ce faire il finança des équipes de géographes et de reporters pour parcourir la planète et documenter le monde.

Une partie de ce travail est exposée par le musée via un immense mur de petites images et, en grands formats, sur différents écrans où le visiteur peut faire défiler celles-ci par thèmes avec affichage de commentaires.

Après ce parcours dans le passé, le très agréable parc offre un havre de paix et d’apaisement dans des jardins composés avec harmonie, en référence également à différentes régions du monde.

Après la grave crise économique de 1929, Albert Kahn du mettre fin à ses activités philanthropiques par suite de sa mise en faillite. Heureusement son œuvre lui a survécu.

Lire aussi : Paris 1910-1937 : Promenades dans les collections Albert-Kahn à la Cité de l’Architecture
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La Vallée aux Loups de Chateaubriand

La Vallée aux Loups (Châtenay-Malabry), dans la chambre de Juliette Récamier au 1er étage de la maison que Chateaubriand occupa de 1807 à 1816, une historienne de l’art narre l’histoire de Juliette, princesse mondaine tenant salon culturel, qui avait Paris à ses pieds, et, surtout, Chateaubriand dans son cœur. Ils partagèrent l’amour puis une longue amitié. Il lui dédia ses Mémoires d’Outre-tombe. François-René, vicomte de Chateaubriand, grand séducteur, marié à une femme riche qu’il n’aimait pas mais qu’il respecta, avait aussi une sœur aînée Lucile, neurasthénique, avec laquelle il partageait un lien chaste mais fort et qui dédia sa vie à son frère cadet écrivain (elle se serait suicidé).

Sous les cèdres du Liban centenaires plantés par Chateaubriand erre l’âme du grand auteur qui justement consacra les dix ans qu’il passa dans la vallée à entretenir son jardin et écrire une bonne partie de son œuvre.

Lire aussi : La vallée de Chateaubriand
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« Decision to leave » de Park Chan-wook

Le magnifique film du réalisateur sud-coréen Park Chan-wook qui a reçu le prix de la mise en scène du festival de Cannes 2022 : « Decision to leave » ! Un policier aux brillants états de service se voit embarqué dans deux affaires de maris morts, peut-être assassinés, avec la même épouse, une immigrée chinoise en Corée au charme troublant et parfois venimeux. Les deux enquêtes vont être bousculées par le désir et l’amour qui interviendront de façon désynchronisée et jamais au bon moment pour le couple improbable de l’enquêteur et de la soupçonnée.

Les acteurs de ces enquêtes amoureuses pratiquent le téléphone intelligent avec dextérité, laissant ou trackant traces et manipulations qui aboutiront finalement aux révélations menant à la vérité. La beauté et l’élégance du policier et de l’objet de son investigation amoureuse sont troublantes.

La mise en scène est faite de tiroirs qui s’ouvrent les uns dans les autres avant que tout ne s’éclaire. Les prises de vue sont originales, à travers les yeux d’un mort, d’un téléphone mobile, de jumelles, du ciel et, finalement, de la marée qui monte emportant les espoirs d’une fin heureuse. Un excellent film à l’originalité asiatique

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« Charles Camoin – Un fauve en liberté » au Musée de Montmartre

Une visite au charmant petit musée de Montmartre est toujours un délice. Dans un embrouillamini d’escaliers donnant sur de petites pièces d’exposition, il retrace l’histoire de ce quartier, annexé à Paris en 1860, qui fut un creuset de la peinture française jusqu’à l’entre-deux guerres où les artistes se déplacèrent vers Montparnasse, laissant la Butte Montmartre aux touristes et à Dalida.

Picasso, Renoir, Utrillo, Braque… ont fréquenté les bistrots de la butte, le Bateau-Lavoir notamment où ils forgèrent leur créativité devant force verres d’absinthe. Le dernier étage d’un des deux bâtiments du musée abrite l’ancien atelier de Suzanne Valadon et son fils Maurice Utrillo. De la vaste verrière de la pièce on aperçoit la petite vigne de Montmartre et, à l’opposé, le cimetière du « village ».

L’exposition temporaire est consacrée à Charles Camoin (1879-1965), peintre lumineux qui s’inspira des couleurs de Saint-Tropez et des atmosphères de Montmartre pour décliner son œuvre. Il resta fidèle à la Butte où il décède dans son atelier en 1965. Il devint également célèbre dans le milieu de la peinture pour des motifs juridiques : après avoir déchiré et jeté une partie de ses toiles en 1914, il s’aperçut que les débris avaient été reconstitués et les tableaux vendus par un marchand. Dans un arrêt célèbre, la Justice reconnaîtra la continuité de la propriété du peintre sur ces toiles reconstituées, inaugurant ainsi le droit de la propriété intellectuelle.

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« Love Songs – Photographies de l’intime » à la Maison européenne de la photographie

Intéressante exposition à la Maison européenne de la photographie (MEP) qui réunit des séries de quatorze photographes de différentes nationalités que l’on suit avec un casque gracieusement mis à disposition des spectateurs diffusant des chansons douces (ponctuées d’horripilantes publicités, nous sommes sur Youtube…), de Gainsbourg aux Cure.

L’amour est représenté sous toutes ses formes : tragique lorsqu’il accompagne une amante japonaise mourante ; jeune et passionné (photo ci-dessus) entre deux artistes, elle japonaise, lui chinois ; violent lorsque mêlé à l’héroïne que s’injectent des adolescents des rues (Larry Clark) ; romantique lors d’une lune de miel asiatique…

Mais c’est surtout leur amour présenté par des photographes de talents chacun avec ses yeux et selon sa mise en scène. On ne sait pas forcément ce qui relève de la mise en scène ou de l’intimité, mais qu’importe, le visiteur y trouve ce qu’il ressent et se réfère à sa propre histoire, au hasard de la déambulation dans les galeries.

If you start making pictures about love, it’s impossible.
But you can make pictures, and you can be in love.
That way, people feel the authenticity of what you are doing.

Emmet Gowin

« Another Love Story »

En se dirigeant vers la sortie une exposition complémentaire « Another Love Story » donne accès à un roman-photo composé de petits formats et de textes explicatifs raturés.

C’est l’histoire d’une femme qui découvre que son amoureux mène une double vie avec une autre qu’elle contacte et qu’elle rencontre pour mettre fin à l’imposture. Elle-même photographe, elle recrute un modèle pour rejouer le parcours félon de son amoureux perdu. Malgré la peine, c’est une belle façon de mettre en scène cette déchirure en lui gardant un caractère léger.

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« Mizrahim, les oubliés de la terre promise » de Michale Boganim

Michale Boganim est issue d’une famille juive maroco-ukrainienne installée au Maroc. Dans les années 1950, le père, Charlie, décide d’émigrer vers Israël avec les siens. Michale y est née en 1977, à Haïfa. L’arrivée en « terre promise » est rude : le pays toujours entre deux guerres est à construire entre désert et mer Méditerranée, les juifs sépharades (venant d’Afrique du Nord) baptisés « Mizrahim », bien que majoritaires en nombre, sont plutôt mal considérés par les juifs aschkenazes (venant d’Europe centrale où ils ont affronté la Shoah) qui trustent le pouvoir et l’influence dans la nouvelle nation israélienne créée en 1948. Les Mizrahim sont installés en périphérie, sans qu’on leur demande vraiment leur avis, dans des villes dîtes « de développement », où ils sont censés travailler à la construction du pays dans des conditions de vie difficiles.

Charlie militera pour tenter d’améliorer le sort des Mizrahim qui le révolte. Il est membre du mouvement des « Panthères Noires » israélien qui, sur le modèle de son jumeau américain, combat pour la reconnaissance des droits d’une communauté opprimée. Moins violent que son homologue noir-américain, le mouvement exercera quand même une influence politique en Israël avant de sombrer dans l’oubli. Finalement, la famille décide de reprendre la route de l’exil, cette fois-ci vers… la France, à Arcueil en région parisienne. Michale a 7 ans. Elle fera plus tard des études de philosophie et d’anthropologie (sous la direction de Jean Rouch).

Le présent documentaire est mené sous la forme d’un road-movie suivant la route que refait Michale, avec sa propre fille de 6 ans, du Maroc à Israël puis Antony. Elle raconte ce périple en voix off, les espérances et désillusions de ceux qui l’ont suivi, de la génération de ses parents et des suivantes.

Il s’agit bien sûr d’exil, de tout quitter pour une nouvelle vie qui n’est que rarement à la hauteur des attentes qui ont provoqué la difficile décision du départ, tout laisser derrière soi sans beaucoup d’espoir de retour. Mais il y a aussi ce concept un peu fou de « terre promise » qui a fait advenir tant de déceptions. De la Bible à la vraie vie, le fossé est parfois infranchissable. Le film nous fait repasser dans les différentes villes où fut trimballée la famille Boganim et, à chaque étape, s’exprime le sentiment d’exclusion des Mizrahim par les Achkénazes. Le plus fascinant est de voir la similitude des modes de vie entre ces sépharades élevés avant leur émigration vers Israël, depuis des générations, en terre arabe, avec les arabes israéliens, eux-aussi citoyens de seconde zone. Ils parlent les mêmes langues (l’arabe et l’hébreu), partagent la même allure physique, les mêmes habitudes alimentaires, écoutent la même musique… Ils auraient pu réussir à s’entendre pour, peut-être, bâtir une terre de paix en Israël. Hélas, les dogmes religieux et les ambitions politiques ont empêché cette réconciliation qui semblait possible, voire naturelle.

Michale Boganim montre dans ce documentaire qu’il y a les rêves et puis il y a la « vraie vie » et celle-ci n’est que rarement à hauteur des premiers. Mais peut-être que seuls les rêves les plus fous poussent l’homme à se transcender avant, progressivement, de retomber dans une routine parfois mortifère ? La création d’Israël après la Shoah est à cet égard un modèle du genre !

A sa mort, Charlie sera enterré à Jérusalem qu’il visitait chaque année depuis Antony. Seule la mort lui a permis, peut-être, de se réconcilier avec la « terre promise » pour y vivre un exil apaisé et définitif. Le film lui est dédié.

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« A la rencontre du Petit Prince » au musée des Arts décoratifs

C’est une délicieuse plongée dans le monde romantique et philosophique d’Antoine de Saint-Exupéry, écrivain-pilote-explorateur-philosophe-rêveur, qu’offre cette exposition organisée par le musée des Arts décoratifs autour des manuscrits du Petit Prince conservés habituellement aux Etats-Unis d’Amérique, à New York où cette œuvre a été écrite durant les années de guerre (1942-43).

L’exposition complète les manuscrits avec de nombreux documents familiaux dont les lettres à sa mère qui montrent Saint-Ex écrivant tous les jours à sa Maman, lui soumettant ses projets d’écrits et de dessins, s’impatientant lorsqu’elle ne lui répond pas assez vite… Il y a aussi de nombreux dessins et esquisses, des poèmes de jeunesse, on apprend également qu’enfant il voulait devenir poète plutôt qu’écrivain.

Il y a surtout l’atmosphère si touchante, et doucement désespérée, de l’œuvre de Saint-Exupéry, une infinie humanité cachée derrière ce qui apparaît comme de la naïveté mais qui révèle en fait une véritable philosophie de la vie basée sur une observation avisée du monde et des hommes.

Petite déception, l’accrochage du musée n’est pas optimal. Beaucoup de documents écrits sont exposés dans la pénombre, et pas toujours à une bonne hauteur, ce qui rend leur lecture malaisée. D’autre part, si les manuscrits, très raturés, sont reproduits et dactylographiés à côté des vitrines, ce n’est pas le cas de nombre d’autres documents qui sont difficiles à déchiffrer.

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« Gallen-Kallela – Mythes et nature » au Musée Jacquemart-André

Les musées parisiens poursuivent leur cycle sur les peintres d’Europe du Nord, aujourd’hui : l’artiste finlandais Akseli Gallen-Kallela (1865-1931) au Musée Jacquemart-André. Inspiré par les mythes fondateurs de son pays il peint ceux-ci et soutient la nation finlandaise en pleine refondation contre une russification rampante. Il est aussi imprégné des paysages infinis du Grand Nord : les forêts sous la neige, le soleil de minuit reflété sur les lacs gelés, sa maison-atelier de Kalela perdue au milieu des bois…

Ces peintures d’une nature gelée invitent à la méditation. Le visiteur ressent le grand froid et l’impassibilité de ces paysages vierges d’un monde inconnu en Europe de l’Ouest.

Le lac Keitele, 1905

Lire aussi : Albert Edelfelt (1854-1905) – Lumières de Finlande & « L’âge d’or de la peinture danoise (1801-1864) » au Petit Palais
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« Drive my car » de Ryusuke Hamaguchi

Un metteur en scène en vue monte « Oncle Vania » de Tchekhov, à Hiroshima. Une jeune femme est mise à sa disposition pour le conduire en voiture. Une étrange relation va s’établir entre eux au hasard des coïncidences de la préparation de la pièce. L’un et l’autre ont un passé douloureux en mémoire dont l’évocation va les rapprocher sans que l’amour ne les réunissent, sans doute trop de différence d’âge, certainement des origines socio-culturelles très éloignées.

C’est une histoire de perte et de douleur, un récit sur la rédemption après la disparition d’êtres aimés ou détestés. C’est la tristesse et l’espoir qui va réunir ces deux personnages si touchants afin qu’ils arrivent à regarder vers le futur, chacun de leur côté.

Evidemment, Hamagouchi, jeune cinéaste (43 ans) s’adresse à une clientèle cinéphile plutôt élitiste, film de 3 heures dans le contexte d’une pièce de Tchékhov jouée en japonais et en langage des signes coréen, mais les sentiments intimes évoqués sont universels. Peut-être aurait-il pu légèrement réduire la durée du film en résumant un peu plus dans le scénario les passages consacrés à la préparation d’ « Oncle Vania » ?

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Décès de Miss Tic

La célèbre grapheuse Miss Tic est morte ce 22 mai des suites d’une longue maladie. Elle nous a enchanté de ses pochoirs découverts au hasard des rues de Paris : des beautés pulpeuses qui affichent leur émancipation et leur sens de l’humour. Elles sont les avatars de cette artiste de rue crypto punk progressivement devenue l’égérie d’un monde urbain « branché ». Adieu Miss !

« Varsovie 83, une affaire d’Etat » de Jan P. Matuszynski

Nous sommes en Pologne en 1983, le pays de l’Est le plus turbulent du bloc communiste, où la religion catholique a toujours aidé le peuple à lutter contre l’oppression marxiste un peu considérée comme l’antéchrist ! Basé sur une histoire vraie, le film détaille le processus de l’oppression dans lequel des forces de sécurité (la milice) se croient autorisées à toutes les pratiques non-démocratiques, les responsables de ces forces s’estimant investis de la mission divine de faire respecter l’ordre communiste quel qu’en soit le prix, en l’occurrence la mort d’un gamin « déviant » tabassé dans un commissariat par la milice.

La machine répressive cherche alors à « régulariser » le crime pour l’attribuer à d’autres, ce qu’elle va réussir à faire avec un relatif mais incomplet succès. En 1983 la Pologne est déjà agitée de soubresauts démocratiques, attisés par la religiosité de la majorité de sa population mais la machine communiste est encore la plus forte à cette époque pour broyer les aspirations démocratiques d’une grande partie de sa population. Devant la publicité et l’émotion populaire provoquée par la mort violente de ce gamin, le pouvoir communiste en place se sent quand même obligé de se justifier, à défaut d’avoir pu cacher ce décès, la meilleure façon d’y arriver étant encore de faire porter le chapeau par un autre.

Le film revient sur ce processus délétère du maquillage de la vérité, l’un des arts majeurs du communisme et des dictatures en général. Nous sommes en 1983, le communisme a encore quelques années à vivre et beaucoup y laisseront encore leur vie avant la « chute du Mur » et la débandade de l’idéologie afférente en Europe. On se souvient qu’il n’y eut pas d’intervention militaire du « grand frère » soviétique en Pologne lors des grandes contestations du communisme par le syndicat Solidarnosc. Le pouvoir polonais incarné par le général Jaruzelski décida de faire seul le travail de rétablissement de l’ordre et l’Union soviétique n’eut pas à intervenir directement comme elle le fit à Prague en 1968 par exemple.

Ce fut peut-être encore pire en Pologne car ce sont des Polonais qui ont martyrisé d’autres Polonais. Les comptes n’ont jamais été vraiment soldés ni réglés dans ce pays que l’on voit de nouveau dériver vers les rivages dangereux de la « démocrature » tout en ayant choisi le camp occidental et l’abri financièrement rassurant de l’Union européenne. Le film illustre bien cette période trouble.

« THIS MUCH I KNOW TO BE TRUE – Nick Cave & Warren Ellis” de Andrew Dominik

Nick Cave continue à mettre sa vie artistique en scène avec ce nouveau film « This is much I know to be true » tourné au printemps 2021. Il s’agit d’une prestation live avec son compère Warren Ellis, tournée dans une ancienne église transformée en studio, les peintures religieuses parent toujours les murs, l’intérieur du bâtiment a été dépouillé de tout élément architectural ou mobilier offrant ainsi un immense espace dédié à la prestation musicale. Au centre trône un piano à queue autour duquel se répartissent les deux musiciens. La scène est cernée par un grand cercle en rail sur lequel roulent des caméras. Des choristes et des cordes interviennent sur certains morceaux qui sont tous joués par nos deux compères : Nick au chant et au piano, Warren au violon ou au clavier. Ils interprètent des morceaux de « Ghosteen » (dont la tournée programmée en 2020 a été annulée pour cause de pandémie) et de « Carnage » .

Lire aussi : Nick Cave & Warren Ellis – 2021/10/13 – Paris Salle Pleyel

Le résultat est subtil, tout en inspiration, loin du monde matériel, tourné vers la magie qui inspire les grands artistes, et le tragique de la vie de Nick Cave. Voila qui compense quelque peu l’annulation de la tournée « Ghosteen » pour cause de pandémie et nous replonge dans la magie de la tournée « Carnage » l’an dernier.

Nick Cave et son compère Warren Ellis continuent à mettre leur vie artistique en disques et en films, pour notre plus grand bonheur.

Lire aussi : « 20 000 jours sur terre » de Iain Forsyth & Jane Pollard

Albert Edelfelt (1854-1905) – Lumières de Finlande

Le Petit-Palais poursuit la découverte des peintres nordiques. Après son exposition sur L’âge d’or de la peinture danoise, le musée complète ce cycle nordique avec le peintre finnois Albert Edelfelt (1854-1905) qui fut à la fois un portraitiste hors pair de son époque et un naturaliste de grand talent.

Installé à Paris durant quelques années il reste fidèle à sa Finlande natale où il retourne tous les ans et qui lui inspire de sublimes tableaux des rudes citoyens finlandais dans un environnement marin à la lumière merveilleuse. Certains tableaux sont tellement précis et lumineux qu’ils ont l’aspect d’une photo. Ils sont le fruit d’un très long travail et suivent parfois les d’aller-retours de l’artiste entre Paris et la Finlande pour qu’il puisse continuer à y travailler.

Patriote sa vie durant, il illustra aussi les luttes de son pays contre les envahisseurs, notamment l’empire russe qui a toujours cherché à « russifier » sa patrie, et a d’ailleurs poursuivi cet objectif au XXème siècle. Un peintre et une œuvre intéressants.

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« Les passagers de la nuit » de Mikhaël Hers

Un film tendre et nostalgique de retour aux années 1980. L’histoire banale d’une mère (Charlotte Gainsbourg) de deux adolescents, cancer du sein, quittée par son mari, devant se recycler car n’ayant jamais travaillé et croisant la route d’une jeune femme junkie qu’elle accueille dans l’appartement familial qu’elle occupe en hauteur dans les tours parisiennes Beaugrenelle où elle va semer un peu d’amour et beaucoup de désolation.

Avec son sourire désarmant Charlotte Gainsbourg joue à la perfection le rôle de la mère aimante et fragile, tendrement malmenée par ses ados qui tracent leur route, entre révolution et poésie. La reconstitution de l’époque est parfaite : bus à plateforme, poster des Dogs dans la chambre du fils, automobiles R16 sur les voies du berge pompidoliennes, téléphones à cadran, la bande son avec Lloy Cole et Television… Et tout se termine à peu près bien, sauf pour la junkie dont on ignore le sort final dont on peut craindre qu’il ne soit pas trop positif.  

Un film est touchant !

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« Contes du hasard & autres fantaisies » de Ryusuke Hamaguchi

Un film léger du cinéaste japonais Hamaguchi, coqueluche des bobos et des festivals de cinéma arty. Il est composé de trois scénettes séparées dans lesquelles des personnages s’entrechoquent avec les coïncidences de la vie et les surprises de l’amour. On y voit la séduction s’enrouler autour de la curiosité dans des environnements intimistes et les personnages qui se laisser porter par les hasards qu’ils ont eux-mêmes provoqués. C’est bien vu, agréablement joué et tout se termine généralement bien.

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« Abd el-Kader » au Mucem

Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MUCEM), les pieds plongeant dans la rade de Marseille, la grande bleue scintillant sur les infrastructures arabisantes du bâtiment, quel autre grand personnage de l’histoire méditerranéenne pouvait mieux symboliser pour le musée cette attraction-répulsion des deux rives Nord et Sud de cette mer civilisatrice que la personne de l’Emir Abd el-Kader (1809-1883). Et quel puissant symbole de l’exposer au Mucem aux portes du Vieux Port de Marseille qualifiée par les Algériens eux-mêmes de « première ville arabe en venant de Paris ».

Abd el-Kader est resté dans l’imaginaire franco-algérien comme un homme raisonnable, trahi par la France. Religieux certes, combattant l’invasion de 1830 de son pays par la France colonisatrice sans aucun doute, il accepta de signer des traités avec l’envahisseur français, reconnaissant son pouvoir sur l’Ouest algérien. Guerrier et administrateur, il remporte des succès militaires significatifs face à la brutalité de l’armée française du général Bugeaud notamment. Alors que Paris ne cesse de renier ses différents engagements en faveur de l’Emir, la guerre totale est menée contre lui qui doit finalement déposer les armes en 1847 contre la promesse de pouvoir s’exiler au Moyen-Orient.

Un dernier reniement français empêche son exil vers l’Orient et il prend finalement la route de la prison (Toulon, Pau, puis Amboise) avec sa suite. Un courant d’intellectuels européens prend fait et cause pour lui et pousse Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III le libère en 1952 et lui octroie une pension annuelle. Il prend alors la route de la Turquie puis de la Syrie où il décédera en 1883.

Cette exposition retrace de façon équilibrée le parcours de celui qui est devenu un héros de l’Algérie moderne, considéré par le pouvoir actuel en Algérie comme le véritable fondateur de l’Etat algérien. Descendant d’une famille de l’aristocratie religieuse soufi il s’est transformé en chef de guerre pour combattre l’envahisseur mais il n’échappa pas non plus à une certaine ambiguïté en négociant avec la France, ce qui continue à lui être reproché par certains extrémistes des deux bords de cette relation franco-algérienne si constamment houleuse 60 ans après l’indépendance.

Voir aussi : Marseille – Cassis

« Les fantômes d’Orsay » de Sophie Calle

L’artiste Sophie Calle, en 1979, dans la chambre 501 de l’ancien hôtel de la gare d’Orsay, devenue musée en 1986, à Paris. RICHARD BALTAUSS (Le Monde)

Sophie Calle, toujours décalée, de nouveau surprenante, jamais à court d’idées auxquelles personne ne pense sauf cette artiste plutôt unique, née en 1953.

A la fin des années 1979 la gare parisienne d’Orsay était désaffectée et promise à une transformation de qualité pour devenir ce très beau musée public d’Orsay. De passage devant cet immense bâtiment, Sophie Calle a forcé quelques portes pour se retrouver dans un ancien hôtel, lui aussi désaffecté, le « Palais d’Orsay », qui faisait partie intégrante de la gare au temps de sa splendeur. Cinq étages, les premiers commencent déjà à être occupés par ouvriers et architectes qui, progressivement, montent dans les étages. Sophie élit domicile dans la chambre « 501 » du cinquième étage où elle passe des journées de méditation plusieurs mois durant.

Et dans cet environnement délabré, presque dévasté, par des années d’abandon, elle divague dans les chambres et les couloirs pour y recueillir les traces de ce que fut ce lieu du temps de son activité. Radiateurs arrachés, poignées de porte volées, tuyauterie coupées, moquettes vermoulues, plafonds écaillés, literies abandonnées, billets d’instructions données au gérant, fiches de séjour de clients inconnus ou connus (Marcel Déat), ou dont elle reconstitue la vie… Tout cet univers inspire l’imagination débridée de l’artiste qui cherche à reconstruire ce qui fut. Les objets de sa curiosité sont soit exposés eux-mêmes, soit sous forme de photographies, chacun assorti d’un cadre en haut duquel figure en encre noire leur description clinique et scientifique (forme, destination, composition…) puis, en encre bleue, une interprétation de ce qu’ils pourraient être dans un autre monde ou un autre temps. Les textes sont de l’archéologue Jean-Paul Demoule, en parfaite harmonie avec la douce folie de Sophie Calle.

Quarante années plus tard, à l’occasion de la crise sanitaire qui ferme les musées, elle passe une nuit dans le musée d’Orsay. A l’emplacement de la chambre « 501 » est maintenant installé un ascenseur donnant accès aux bureaux administratifs du musée. Encore une occasion inespérée de construire des liens entre les anciennes fonctions du « Palais d’Orsay » et la nouvelle destination de ce même lieu !

Lire aussi : https://rehve.fr/2017/11/exposition-sophie-calle-au-musee-de-la-chasse-et-de-la-nature/
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Détective secrète du passé attentive à toutes les incongruités qui le composent, experte en observation des coïncidences de la vie, inventeuse de liens improbables entre les évènements et ceux qui les vivent, Sophie Calle nous régale encore de la mélancolique inventivité dont elle fait preuve dans cette exposition !

Lire aussi : https://rehve.fr/2010/10/sophie-calle-rachel-monique-au-palais-de-tokyo/
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