La maison de Balzac à Paris 16ème

Sur cette table Honoré de Balzac a écrit et corrigé toute la Comédie Humaine de 1840 à 1847. Il est installé dans une petite pièce modeste d’une maison de Passy (rue Raynouard) qui a l’époque était un village éloigné de Paris. Durant cette période, Balzac a loué un appartement de la maison de service d’un hôtel particulier qui a été détruit depuis. Le musée occupe cette dépendance et retrace l’atmosphère dans laquelle l’auteur a composé son œuvre majeure. Une exposition temporaire de Grandville est présentée en ce moment. Ce dessinateur-caricaturiste, proche de Balzac, a illustré certaines de ses créations. Il a surtout croqué la société que Balzac décrivait dans sa littérature. Les deux firent la paire pour nous laisser une fascinante plongée dans le mitan de ce XIXème siècle.

Cette petite table de travail sur laquelle furent écrites tant de grandes choses est émouvante. Ce musée parisien nous rappelle le parcours du grand écrivain. Il vaut le déplacement !

« Leonard de Vinci – 1452-1519 » au Louvre

Artiste-novateur au génie reconnu et vénéré, Léonard de Vinci est exposé au Louvre, cinq siècles après son décès, via une rétrospective de quelques tableaux (mais le peintre n’en a produit qu’une quinzaine) et, surtout, de beaucoup de dessins ou d’esquisses détaillant les étapes du processus créatif du peintre. On y voit le galbe d’un pied ou la courbe d’une épaule reproduits à l’infini sur des dessins avant d’aboutir sur le tableau final peint par Vinci ou par ses élèves sous son inspiration.

On découvre également des visions extraites par infrarouge des dessins sur lesquels la peinture définitive a été apposées. On passe devant des livres écrits ou annotés par le Maître. A défaut de nombreux tableaux de Vinci, la Joconde n’a pas été déplacée dans les salles de cette exposition, on ressort du Louvre avec une meilleure appréhension de la complexité du travail de Vinci, mêlant un investissement continu dans les sciences, la géométrie, la compréhension de l’espace, pour déboucher sur la création artistique. Le parcours d’un homme de valeur.

« Sympathie pour le diable » de Guillaume de Fontenay

Ce film est basé sur l’histoire de Paul Marchand, reporter de guerre, embarqué dans la folie du siège de Sarajevo par les forces serbes de 1992 à 1995. Le scénario est basé sur son autobiographie publiée en 1997. Cette guerre européenne si récente a été terrible, cynique et meurtrière, déclenchée après l’éclatement de la Yougoslavie sur des bases ethniques et religieuses, des motifs que l’on ne croyait encore possibles en cette fin de XXème siècles qu’en Afrique…

Marchand, un journaliste au cœur tendre, amoureux de sa traductrice (serbe), a pris parti dans cette guerre pour aider les bosniaques en lutte contre la barbarie serbe. Sur la voiture dans laquelle il parcourait la ville toujours le pied au plancher pour éviter les balles, il avait écrit « Don’t waste your bullets, I am immortal ». Il a pris des risques personnels considérables pour une cause qu’il estimait bonne, avant d’être atteint au bras par un snipper qui mit fin à sa carrière de journaliste.

Le film nous retrace une personnalité flamboyante et attachante impliquée dans un conflit qui la dépasse, ou quand la vraie vie s’avère souvent bien pire que la générosité débridée d’un individu. Le générique de fin nous apprend qu’il est décédé en 2019 (de mort volontaire, ce que précise Wikipédia) et que son amoureuse serbe qui a conseillé le film vit toujours à Sarajevo.


Ceux qui ne sont pas morts… par l’écrivain Stanley Péan publié le 24/06/2009

Bon, ma Laura dort dans mon lit et David vient de quitter l’appart. C’est le moment de ramasser mes idées, d’essayer d’être plus clair et plus digne de Paul que j’ai l’impression de l’avoir été, en début de soirée à L’été de tout le monde, l’émission de Joanne Prince sur la Première Chaîne de Radio-Canada. Car Paul est mort et vive Paul !

Je vais essayer d’écrire sur Paul M. Marchand, malgré les téléphones et les courriels d’amis à juste titre éplorés. Paul, dont je n’imaginais pas que la mort m’affecterait à ce point, peut-être parce que je n’avais pas imaginé qu’il puisse un jour mourir. Après tout, n’avait-il pas écrit sur le véhicule non-blindé à bord duquel il sillonnait les rues de Sarajevo assiégée cette formule tellement emblématique du personnage : « Don’t waste your bullets: I’m immortal.» Il ne l’était manifestement pas, immortel, ainsi qu’un sniper avait décidé de le lui faire savoir. Rapatrié d’urgence pour être hospitalisé, Paul avait-il retenu la leçon ? Sans aucun doute, dans sa chair meurtrie. Mais peut-être cette leçon ne l’avait-elle rendue que plus amer et plus téméraire.

J’ai connu Paul M. Marchand au Salon du livre de l’Outaouais en 1997. Oh, comprenez-moi bien : avant ça, je savais qui il était. Comme tout le monde, je l’avais entendu au Radiojournal de Radio-Canada, en direct de Beyrouth pendant huit ans de guerre du Liban, puis de la Bosnie pendant un couple d’années. Paul M. Marchand, le téméraire, celui qui n’avait jamais froid aux yeux, celui qui s’aventurait là où nul journaliste n’osait le faire — par couardise ou par « respect » des limites de la couverture des assurances. Le baveux. Le provocateur. La tête brûlée. Je le connaissais de réputation. Mais il avait fallu ce vendredi soir de mars 1997 pour que nous nous apprivoisions, au son du blues qui jouait à des heures indues et généreusement imbibées de la nuit dans ma chambre d’hôtel. Alors que tous les copains assemblés là autour de la bouteille de whisky déliraient ferme, Paul, stoïque, sobre, me demandait simplement s’il pouvait m’emprunter ma cire à chaussure liquide.

Je l’ai aimé tout de suite. Pas pour la cire liquide, on s’entend. Pour sa franchise frisant l’insolence. Pour son intransigeance dans la vie personnelle comme dans la vie professionnelle, cette haute exigence qu’il imposait à ses amis et à lui-même en tout finalement. Pour les prises de tête et les fous rires, pour les filles qu’on se disputait amicalement et sans le moindre sérieux. Pour cette compassion et cette capacité insoupçonnée d’écoute, qu’il prenait plaisir à dissimuler sous son dehors bourru et macho, sa carapace, son imprenable forteresse de solitude (en apparence, du moins). Je crois bien que cette affection était réciproque, au grand dam de ces faux francs-tireurs qui s’imaginaient peut-être qu’il suffisait de partager un repas, un cigare et un scotch avec lui pour s’autoproclamer de sa trempe. Paul n’avait rien de faux. C’était un vrai, jusqu’au bout des ongles. Et cette vérité a fini par en lasser plus d’un dans ce Québec mou, avec lequel il entretenait une relation d’amour-haine.

Je me souviens de Paul, chapitrant gentiment Jacques Godbout en direct à la radio pour avoir cité une chronique de Nathalie Petrowski durant une intervention : « Depuis que je suis dans ce foutu pays, on ne cesse de me répéter que vous êtes un cinéaste, un romancier, un intellectuel de grande envergure et c’est ça, votre référence, Nathalie Petrowski, une poubelle, une sorcière ! »

Je me souviens de Paul, me houspillant gentiment pour avoir été trop poli dans mon papier dans Ici sur celui qu’il appelait « l’enfant de chienne de Thierry Séchan » qui avait eu le culot un soir de parader dans Montréal avec au cou une médaille offerte par Karadzic ou encore se moquant gentiment de mon éloge funèbre d’Anne Hébert dans La Presse : « C’est quoi, cette déclaration d’amour cucul à cette vieille écrivaine morte, Péan ? »

Je me souviens de Paul au Salon du livre de Québec, balançant à une Denise Bombardier juchée sur le piédestal qu’elle était en train de s’ériger elle-même en se comparant (sans rire) à Simone de Beauvoir : « Vous ? Une nouvelle Simone de Beauvoir ! Mais je rêve. Votre problème, Mme Bombardier, c’est que vous êtes incapable de prendre la critique et que ce que la critique a à vous dire, c’est que vos livres, c’est de la merde ! »

Je me souviens de l’émission de télé que nous avions développée ensemble, quelques potes et moi, autour de la figure de Paul M. Marchand, une sorte de Cinq fois cinq en plus décapant, en plus satirique, en plus fantaisiste et surréaliste, où l’on aurait montré Paul circulant en Jaguar à travers Montréal, répondant aux questions les plus saugrenues de son public par des reportages fouillés sur des sujets parfois fictifs.

Je me souviens de Paul, fustigeant l’équipe d’une émission de radio matinale à Québec qui présentait un reportage sur la guerre des motards. « Une guerre ? Quelle guerre ? Quelques brutes bedonnantes gavées de bières se tirent dessus, font exploser quelques voitures piégées et vous faites dans votre froc en pensant sincèrement être plongés dans une guerre ! »

J’ai tellement de souvenirs de Paul, l’amateur des Rolling Stones comme eux jamais satisfait, l’homme du refus de la demi-mesure, l’extrémiste, le merveilleux emmerdeur qui toujours nous mettait au défi d’aller plus loin, de nous remettre davantage en question. Paul, reconverti en romancier sulfureux, faisant montre en littérature de la même intransigeance qui le rendait à la fois attachant pour certains et rebutant pour d’autres. Tiens, sa mort soudaine m’informe qu’il l’avait fait paraître, ce troisième roman chez Grasset, qui m’était carrément passé sous le nez sans que je m’en aperçoive : Le paradis d’en face. Pas lu, celui-là. Mais j’avais beaucoup aimé les deux précédents, Ceux qui vont mourir… et J’abandonne aux chiens l’exploit de nous juger, que j’avais par ailleurs commentés çà et là.

J’ai souvenir aussi de son dernier passage à Montréal (à ma connaissance), il y a un an et demi environ. Il était venu à la maison, souper en tête à tête avec moi, partager un plat de fettucine al mare et une bouteille de blanc sec, un verre de scotch et un cigare, et bien des anecdotes et réflexions sur nos parcours respectifs depuis son départ du Québec, sur notre manière d’apprivoiser la paternité, les ruptures et l’éternelle insatisfaction que nous inspiraient nos vies sentimentales d’ados attardés. C’est la dernière fois que je l’ai vu. Je ne savais pas que c’était la dernière fois que je le verrais.

Je me fais sentencieux, alors que le personnage l’était si peu, tout entier livré à ses passions, à ses emportements. Mieux vaut me taire, alors. On aura compris la valeur de l’homme qui nous a quittés la semaine dernière. Il me manquera, le vieux Paul, sacrement ! Il manquera à tous ceux et celles qui avaient su voir au-delà de l’armure, l’être véritablement humain en lui.

Allez, Paul, pars en paix, mon vieux. Ceux qui ne sont pas encore morts te saluent. Avec respect. Avec honneur.

« Les Misérables » de Ladj Ly

Ce film plonge au cœur des banlieues parisiennes troubles en 1998, année d’une autre fiction post coupe du monde de fouteballe qui fit long feu, celle d’une France victorieuse « black-blanc-beur ». Le film nous emmène à travers Montfermeil, en compagnie d’une patrouille de trois policiers, dans un univers interlope où s’entrechoquent les gangs de différentes communautés, les mères de famille, les armes, les dealers, les filous, les caïds, les religieux, le tout dans un univers de cités et d’anarchie. Tout n’y est que délits, crimes et trafics. Au bout d’un moment, bien entendu, il y a une bavure policière commise par l’un des membres du trio issu lui-même de Montfermeil. Le troisième tiers de l’histoire montre la vengeance froide et violente d’Issa, le gamin victime de ladite bavure. La dernière image est un face-à-face entre le gamin et l’un des policiers dont on ne sait comment il se termine. Le générique de fin démarre sur une citation :

« Il n’y a pas de mauvaise herbe, ni de mauvais homme, il n’y a que de mauvais cultivateurs »

Victor Hugo, Les Misérables

L’écrivain aurait rédigé Les Misérables en partie à Montfermeil, pas sûr qu’il aurait écrit la même sentence s’il y avait vécu en 1998 !

Le film fait actuellement polémique pour des questions collatérales touchant au passé judiciaire de son réalisateur. Sur le fond il décrit le chaos qui règne (ou en tout cas qui régnait en 1998) dans ce quartier où pas grand monde ne respecte grand-chose. Les commentateurs qui n’y ont jamais mis les pieds s’imaginent que c’est la réalité, ce que semble confirmer la chronique sans fin des émeutes, des attaques, des mises en examen et des « plans banlieue » qui se succèdent. La description des différentes communautés est plutôt équilibrée, tout le monde dérive, mais il y a tout de même ceux qui commencent et ceux qui réagissent !

« Histoire de la peinture en moins de deux heures » d’Hector Obalk au Théâtre de l’Atelier

Hector Obalk, critique et historien d’art, présente sa vision de la peinture au théâtre de l’Atelier sous un format de stand-up, plutôt iconoclaste mais intéressant. Il a composé un pêle-mêle numérisé, projeté à l’écran, de tableaux partant du XIVème siècle jusqu’à nos jours et, au cours de la prestation, revient sur certains de ces tableaux, de Giotto à Klein. Bien sûr nous ne sommes réunis que pour 75 minutes alors il fait des pas de géant à travers cette histoire culturelle mais l’outil de la projection permet de zoomer sur nombre de détails passionnants des tableaux sélectionnés qui marquent les différentes étapes que l’historien a choisi de nous expliquer et sur lesquelles il s’attarde. L’homme étant aussi critique d’art, il ne peut s’empêcher de faire part de son avis sur le contemporain qui selon lui, à partir du cubisme, marque une rupture profonde dans l’art de la peinture et la fin de la technique. « Il n’y a rien » dans un tableau de Rothko ou de Klein ce qui n’exclut pas l’inspiration de son concepteur mais stoppe net la progression vers toujours plus de technique et de subtilité de leurs prédécesseurs.

Le garçon s’écoute un peu parler, ne manque pas de faire la réclame de ses livres et DVD « en vente à la sortie », ainsi que de ses prochaines prestations prévues pour février qui traverseront la même période mais s’arrêteront sur des étapes différentes. On imagine plus facilement de genre de prestation tenue dans une salle de conférence austère du Louvre que dans un théâtre parisien, mais qu’importe, le spectateur ressort intéressé par ce qu’il vient de voir et d’entendre.

« L’âge d’or de la peinture anglaise – De Reynolds à Turner » au musée du Luxembourg

Le musée du Luxembourg expose la peinture anglaise de la période 1760-1820, des tableaux ultra-classiques prêtés par la Tate Gallery montrent la peinture sous Georges III (1738-1820) qui avait créé la Royal accademy en 1768, institution regroupant des artistes en résidence, financée uniquement par des fonds privés et qui existe toujours aujourd’hui. Les tableaux exposés commencent par d’immenses portraits en pied commandés par l’aristocratie de l’époque à Reynolds ou Gainsborough puis évoluent progressivement vers de vastes paysages dont ceux de Turner. Les peintures rendent l’image de l’environnement prospère d’une Angleterre puissante à la tête d’un immense empire colonial qui commencera à se déliter avec la guerre d’indépendance américaine. Intérieurs sombres, extérieurs plombés, personnages puissants : nous sommes au cœur de la peinture britannique.

« The World of Bansky – the immersive experience » à l’Espace Lafayette Drouot

Flower Thrower, Bansky

L’Espace Lafayette Drouot expose le célèbre grapheur de rue Bansky qui n’est d’ailleurs pas associé à cet évènement. L’artiste est toujours officiellement anonyme. On le sait originaire de la ville britannique de Bristol, celle du mouvement musical Trip-Hop si bien représenté par les groupes Massive Attack et Portishead. Les dessins exposés ont été créés sur les murs des rues de Londres, Bristol, New-York ou Paris. Ils ont représentatifs de l’engagement de l’artiste contre le consumérisme de notre société et le business de la guerre et de la violence. Les œuvres sont ironiques et astucieuses, mêlant des symboles connus de tous dans une fusion iconoclaste.

C’est drôle et tragique, aussi inutile qu’une revendication de la CGT d’abaisser l’âge de la retraite à 60 ans, mais tout de même plus poétique que la moustache de Martinez ! Une nuée d’aïe-phones défilent devant les dessins avec des bobos accrochés derrière. Paris fête Bansky une nouvelle fois.

Exposition « Greco » au Grand Palais

Rétrospective Greco (1541-1614) au Grand-Palais : peintre et sculpteur né en Crète (vénitienne à l’époque), avant de séjourner en Italie puis de s’installer en Espagne. Reconnu de son vivant, il fut redécouvert du XXIXème siècle et fêté pour sa modernité annonciatrice de la peinture contemporaine du XXème. Beaucoup de mystères entourent sa vie et son œuvre. On dit qu’il quitta Rome à cause de critiques émises contre Michel-Ange et voulait repeindre la chapelle Sixtine…

Qu’importe toutes ces interrogations, l’exposition présentée permet au visiteur d’appréhender et d’apprécier une œuvre qui marqua une étape dans l’édification de la peinture européenne, apporta une pierre à l’édifice de la culture humaine !

« Le char et l’olivier, une autre histoire de la Palestine » de Roland Nurier

Un film documentaire sur l’histoire de la création d’Israël sur le territoire de Palestine qui rappelle l’histoire depuis ses origines. Après la première guerre mondiale et le démantèlement de l’empire ottoman, le Royaume-Uni et la France bénéficient de mandats (un autre mot désignant la colonisation) pour administrer le Proche et le Moyen Orient et, déjà, l’Europe et la Russie, globalement antisémites, cherchent une terre d’accueil pour y localiser les populations juives qu’elles abritent sur leurs territoires. La déclaration Balfour, du nom du ministre britannique des affaires étrangères britannique de l’époque, évoque en 1917 le principe d’un « foyer national juif » à situer dans la Palestine sous mandat. La suite des événements, et notamment le volontarisme juif parfois localement violent ainsi que la culpabilité occidentale suite à la Shoah aboutiront à la création de l’Etat d’Israël en 1947 issu d’un « partage » décidé par l’ONU entre un Etat juif et un Etat arabe… Il s’ensuivra une première guerre en 1948 avec l’expulsion de 800 000 palestiniens de leurs terres (la Naqba, la catastrophe en arabe), puis de nombreuses autres guerres qui permirent à Israël d’étendre son territoire par la force. Aujourd’hui encore la colonisation israélienne des terres se poursuit et la question de leur annexion pure et simple se pose. Le problème est loin d’être résolu, gangrène toute cette région et une bonne partie de la planète.

Ce documentaire donne une version historique de l’origine du conflit. Les personnes interrogées sont propalestiniennes mais s’expriment avec mesure et sur un mode factuel. La parole n’est pas donnée aux israéliens conservateurs, actuellement au pouvoir dans leur pays, et c’est aussi bien tant le dialogue et la réconciliation sont à ce jour impossibles. Pour les partis israéliens religieux ou en faveur des conquêtes territoriales, leur droit sur ces terres vient de la Genèse de la Bible qui stipule que « Dieu a promis Israël au peuple juif » ! Ben Gourion, le fondateur de l’Etat, disait que la Bible était son titre de propriété. Un titre datant de 4000 ans et rédigé par on ne sait qui…

Lire aussi : Israël se déchaîne

Pour le moment la conquête israélienne se poursuit en évitant l’embrasement général grâce à la puissance de cet Etat et aux soutiens dont il bénéficie, mais les palestiniens n’oublient pas qu’ils ont été expulsés de leur terre il y a 70 ans. Ce souvenir est d’ailleurs soigneusement diffusé aux générations suivantes. Le seul espoir d’une résolution de ce conflit serait l’apparition de leaders intelligents et raisonnables des deux côtés et en même temps. Nous n’y sommes pas encore même si un fol espoir s’était emparé du monde lors des accords d’Oslo en 1993 qui fut ensuite soigneusement démonté par la mauvaise volonté des parties.

« Le Père tranquille » de René Clément (1946)

Un film classique sorti juste après la fin de la IIème guerre mondiale (après visa de l’armée) : un bon père de famille vendeur de contrats d’assurance cache aux siens qu’il est un chef de la résistance locale. Arrêté par « les boches » puis blessé, il est libéré par son fils maquisard qui ignorait l’engagement de son père en lui reprochant son inaction. Inspiré de faits véridiques, le film est un peu angélique, alternant entre bons résistants et mauvais collaborateurs. En 1946 il fallait sans doute cela pour remettre le pays au travail après en évitant que la guerre civile ne succède à la guerre mondiale. Il fallut des décennies pour que la France revienne sur son passé, hélas bien plus tragique que l’image donné par ce film.

« Chambre 212 » de Christophe Honoré

Une jolie comédie qui se penche sur le démon de la jeunesse qui revient hanter les quinquas ! On voit un couple (Chiara Mastroianni et Benjamin Biolay [qui ressemble étrangement à Saint-Exupéry]) se confronter à ce qu’ils furent 20 ou 30 années plus tôt. Se noue alors un étrange dialogue entre ces deux personnages et leurs doubles lorsqu’ils étaient jeunes. Cette confrontation est productive et les amènera à comprendre leur amour d’aujourd’hui après une prise de conscience que le temps est passé et que les folies de la jeunesse sont désormais remplacées par la sérénité et l’attachement. C’est frais, un peu naïf, mais plutôt agréable.

“Un jour de Pluie à New York” de Woody Allen

Une comédie plaisante de Woody Allen qui se déroule dans sa ville fétiche de New York : deux étudiants (d’une université moyennement cotée, hors de la ville) amoureux doivent y passer deux jours et rien ne va se passer comme prévu. Venant tous deux de familles aisées, originaire de New York pour lui mais de l’Arizona pour elle, bobos contre ploucs, mais ils croient s’aimer au-delà des stéréotypes propres à leurs origines.

Alors Woody accumule tous ces petits clins d’œil qui nous font tant sourire depuis le début de sa carrière, sur la mère, la famille, les habitudes de la bourgeoisie intellectuelle de New York, la communauté cinématographique hollywoodienne, etc. Finalement, ce week-end agité va faire réaliser au jeune héros que sa vie est dans cette ville et qu’il se morfondrait ailleurs. Une fois réalisée cette évidence, il renvoi sa petite amie dans son université de province et reste au cœur de Big Apple où il a déjà initié une relation avec une pure new-yorkaise : jolie et peste.

Ce film est un délice de fraîcheur réalisé par ce jeune cinéaste de 83 ans qui ne peut plus diffuser ses productions aux Etats-Unis compte tenu des accusations de harcèlement sexuel dont il est accusé. L’Europe, bonne mère, continue à l’accueillir et l’acclamer. Le temps passe, hélas, pour tout le monde, mais on regrette un peu l’époque où Woody jouait dans ses propres films. C’est encore lui qui arrivait le mieux à exprimer cet humour allenien tellement apprécié en France.

« Steve Bannon – le grand manipulateur » d’Alison Klayman

Un documentaire sur Steve Bannon : ex-âme damnée du président américain Trump, l’un de ses conseillers les plus proches qui l’a mené à la Maison Blanche, il est depuis tombé en désamour avec son président mais il continue de développer sa vision politique prônant le retour à la nation, la fermeture des frontières à l’immigration et la fin de tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à une institution multilatérale ou supranationale.

Le garçon est suivi et filmé comme son ombre par la réalisatrice Alison Klayman au cours de la période précédant les élections américaines de mi-mandat en 2018. A cette époque il a déjà été remercié par la présidence mais il continue à parcourir le pays pour y développer ses idées et soutenir la politique trumpienne. Comme il a plus de temps depuis qu’il ne travaille plus à la présidence, il parcourt également l’Europe pour essayer de fédérer les partis d’extrême droite autour de son discours. Et il n’a pas trop de mal à réunir les Salvini, Le Pen, Orban et consorts qui surfent sur cette vague populiste depuis longtemps.

Le documentaire ne rentre pas vraiment au fond de la vision de Bannon et se contente de décrire son personnage. Ex-banquier chez Goldman Sachs il a l’air largement plus malin et pernicieux que les dirigeants européens qu’il soutient. On ne mesure pas bien la solidité de ses convictions mais on voit qu’il goûte cette action d’agit-prop conservatrice que Mme. Michu adore. Bannon a sans doute encore de beaux jours devant lui.

« Apocalypse now final cut » de Francis Ford Coppola

C’est la troisième version d’Apocalypse now, légendaire film de Coppola sur la guerre du Vietnam, sorti en 1979. Le principal intérêt de la version 2 était l’apparition d’une scène au cœur d’une plantation de colons français avec une soirée dans laquelle s’affrontaient la vision colonisatrice française en Indochine et le combat anticommuniste américain au Vietnam. Cette scène est maintenue dans la version 3 et le mythique final de Marlon Brando avec son discours sur l’horreur est sans doute un peu rallongé. Globalement le film est le même, on se demande d’ailleurs un peu à quoi sert ce versionning ? Si on élimine des raisons commerciales, sans doute Coppola est-il conscient d’avoir commis une œuvre cinématographique marquante qu’il veut peaufiner pour n’en laisser que la substantifique moëlle, ou au moins ce qu’il croit l’être.

Quoi qu’il en soit, le spectateur ne se lasse pas de visionner une fois encore ce film éblouissant sur cette guerre tragique de la seconde moitié du XXème siècle ! Tout a été démesuré dans cette guerre comme dans le film qui en raconte un épisode. Le plus étonnant dans cette aventure cinématographique fut que le scénario ait été basé sur le roman de Conrad paru en 1899, Au cœur des ténèbres. Le roman se passe en Afrique durant la colonisation belge, le film se déroule près d’un siècle plus tard au Vietnam au cours de la lutte militaire américaine contre le communisme. Dans les deux cas, un homme est saisi d’une folie meurtrière déshumanisée, ivre de son pouvoir, dans un contexte où en somme tout est permis. Dans les deux cas la raison reprendra le dessus avec des méthodes peu orthodoxes mais parfois nécessaires.

Bacon en toutes lettres

In Memory of George Dyer (1971)

Exposition dédiée à Francis Bacon (1909-1992) au centre Pompidou de Paris : peinture mêlée aux lettres, des petites salles sonorisées disent des textes d’Eschyle, Nietzsche, Bataille, Leiris, Conrad et Eliot, écrivains ayant inspirés le peintre qui était un grand lecteur. On ne trouve pas de lien direct évident entre les œuvres peintes et écrites sinon une folie un peu morbide et effrayante des deux côtés.

Les œuvres exposées sont celles peintes entre 1971 et le décès de l’artiste britannique. Elles sont parfois de grande taille, souvent en triptyque, toujours avec un fond de couleur chatoyante et le personnage central dans les beiges-marrons. Les formes sont celles si typiques de Francis Bacon, dégoulinantes, désarticulées, monstrueuses. Rien n’est droit, tout est mouvant, c’est la réalité telle que l’artiste la voyait. Certaines toiles sont dédiées à George Dyer, son modèle et amant qui se suicidera (drogue et alcool) en 1971 à Paris à la veille d’une rétrospective au Grand Palais. Elles ne sont pas plus perturbantes que les autres.

Tout s’effondre dans cette vision du monde tellement particulière. Le texte de Conrad présenté dans l’une des salles est celui si célèbre repris par Marlon Brando dans Apocalypse Now se terminant par ce mot répété deux fois dans un souffle : « L’horreur ! L’horreur ! ». C’est un peu le fil rouge de la création de cet artiste, on éprouve de la fascination voyeuriste devant ces images de dévastation qui hante Francis Bacon : que peut-il se passer dans l’âme d’un créateur pour produire de telles œuvres ?

Le texte d’Eschyle est lui aussi évocateur :

J’entre au fond du sanctuaire, couvert d’offrandes, et je vois près de l’ombilic un homme souillé de sacrilège assis en suppliant, qui serre dans ses mains dégoutantes de sang une épée fraichement tirée et un long rameau d’olivier soigneusement enveloppé de bandelettes, ou pour mieux dire comme une éclatante toison.

Eschyle, « Les Euménides »

On découvre par ailleurs l’amitié inattendue de Bacon avec Michel Leiris (1901-1990), écrivain-poète et ethnologue français. Inattendue tant ces deux personnages paraissaient peu assortis. Le second a fait connaître le premier en France à la fin des années 60’ qui lui a aussi inspiré des textes. Leiris a aussi préfacé la majorité des catalogues de Bacon. Les deux artistes vont s’inspirer et se stimuler l’un l’autre au long de ces années de fréquentation. Des portraits de Leiris sont présentés dans l’exposition.

On ne mettrait sans doute pas les tableaux de Bacon dans son salon sous peine de sérieusement perturber l’atmosphère, mais cette exposition rend un bel hommage à cet artiste important du XXème siècle.

Les doigts dans le pot de confiture !

Une polémique franchouillardo-culturo-germanopratine souffle sur la rive gauche : Yann Moix, écrivain de plateaux télévisés voit sortir de derrière les fagots des écrits et dessins antisémites qu’il a commis il y a de nombreuses années. D’abord dans le déni, il admit ensuite ces dérives expliquant qu’il a depuis vécu un long chemin de croix pour purger ces erreurs. L’auteur brillant plus ces derniers temps par ses apparitions polémiques dans les médias que par sa création littéraire, ces saillies racistes lui sont renvoyées en boomerang dans les leçons de morale qu’il a un peu trop pris l’habitude de déclamer sur les ondes.

C’est le risque, quand on est à ce point fasciné par sa propre image que l’on en sature les médias (et les spectateurs), ceux qui brillent un peu moins ne vous ratent pas. Yann Moix en subit les effets qu’il aurait pu anticiper en manifestant moins d’autosatisfaction et un peu plus d’humilité.

Ainsi va la dure vie de Saint-Germain-des-Prés !

Sally Man au musée du Jeu de Paume

Sally Man (née en 1951) est une photographe américaine née en Virginie dont l’œuvre est hantée par l’Histoire tragique de son pays, de la guerre de sécession à l’esclavage en passant par l’émancipation des populations noires au XXème siècle. L’Etat de Virginie où elle est née fut pionnier de l’indépendance américaine au XVIIIème mais également, plus tard, un Etat confédéré au XIXème, partisan de l’esclavagisme et qui abrita même à Richmond la capitale des Confédérés.

La photographe est partie sur les traces des champs de bataille de la guerre civile en prenant des photos en noir-et-blanc, étranges saisies avec un procédé particulier dit « collodion » donnant un rendu imparfait, très sombre et un peu flou, laissant le spectateur composer lui-même ce qu’il veut voir derrière le tirage.

Une série très émouvante est également consacrée à « Gee-Gee », la nounou noire de la famille, qui a élevé Sally, puis ses enfants, prodiguant à ces deux générations un extraordinaire amour maternel. Ces photos, ainsi qu’une vidéo de commentaires, marquent les ambiguïtés de ces familles américaines pour l’émancipation des populations afro-américaines mais continuant à employer des nounous issues de celles-ci. Sur la vidéo les petites-filles de Gee-Gee racontent à Sally comment leur grand-mère partageait sa vie entre les Man à qui elle vouait un véritable amour, et sa vraie famille. Tout était doublé comme ces deux Noëls qu’elle fêtait pour partager avec ses deux « familles », ou le mariage de sa petite-fille qu’il fallut organiser à 7h du matin car se déroulant le même jour que celui de Sally à midi et que Gee-Gee n’aurait manqué pour rien au monde.

La série sur sa famille est encore plus touchante et lui fut d’ailleurs reprochée tant les corps de ses trois enfants, souvent nus, sont mis en scène. Toutes ces photos sont prises au cœur une nature profonde et foisonnante, en noir-et-blanc pour la plupart, montrant le temps qui passe inexorablement en tuant cette innocence rendue de façon si bouleversante dans ces clichés. La mort est au bout du chemin, une photo de son mari atteint d’une maladie musculaire dégénérative nous le rappelle, son fils Emmet s’est donné la mort récemment pour en finir avec la schizophrénie dont il souffrait (cet évènement n’est pas abordé dans l’exposition), mais la fin n’est qu’évoquée à travers cette profonde méditation dans laquelle nous plonge l’œuvre de cette photographe d’exception.

‘Once upon a time in Hollywood’ de Quentin Tarantino’

Le dernier film de Tarentino est sur les écrans : l’histoire de la descente en pente douce à Los-Angeles d’un acteur (DiCaprio) dans les années 60’ qui voit son succès décliner et se trouve obligé d’accepter des productions de « pacotille » pour pouvoir continuer à maintenir son train de vie. Il est accompagné en permanence de sa « doublure-cascade » (Brad Pitt) qui lui tient lieu de pote de beuverie et de majordome. Plus intéressant, ses voisins de colline sont Roman Polanski (alors en pleine gloire) et sa femme Sharon Tate. Après différentes pérégrinations, Charles Manson et sa bande de hippies ensorcelés viendra semer le trouble dans le quartier mais la fin sera plus heureuse dans le film pour Sharon Tate que dans la vraie vie…

C’est du Tarentino, le final est surprenant et sanguinolant mais l’ensemble manque un peu de l’énergie et de l’humour auxquels le réalisateur nous avait habitués. Un film à voir néanmoins.

Rouge – Art et Utopie au pays des Soviets – Grand Palais

Le Grand Palais expose l’utopie artistique de la révolution bolchévique d’octobre 1917 : il s’agissait de construire un monde nouveau pour un Homme meilleur, et bien sûr, de diriger la démocratisation d’un art nouveau au service « des masses », où quand l’idéologie veut gouverner la culture. Le résultat, comme on le sait, fut mitigé.

Bien sûr, au début du régime, nombre d’artistes et d’intellectuels, y compris hors d’Union soviétique, soutiennent la révolution qui a notamment pour objectif de sortir « le peuple » de la dictature tsariste qui le maintenait en quasi-esclavage. L’art « de la production » doit permettre d’ouvrir les yeux du « prolétariat » sur les nouveaux objets utilitaires qui doivent transformer sa vie. Le théâtre promeut des modèles de « vie collective » ; l’architecture construit des lieux communautaires et les maisons « du peuple » ; la photographie participe à l’œuvre révolutionnaire en produisant photomontages et surimpressions…

Et puis Staline a mis tout ce petit monde au pas, envoyé nombre de ces artistes au goulag et lancé le « réalisme socialiste […] pour représenter la réalité dans son développement révolutionnaire ». L’art doit guider le peuple vers son « avenir radieux », quelques toiles exposées montrent une jeunesse blonde et réjouie, enthousiaste et décidée, sous la conduite éclairée de Staline et de Lénine, dont le kitsch le dispute à la platitude. Les affiches issues par le parti (Direction de l’éducation politique) sont fleuries et montrent la voie au prolétariat. Les messages sont mentionnés sous les dessins au cas où celles-ci ne seraient pas assez parlantes comme ceux-ci édités en 1922 :

Au communisme [nous] ne parviendrons que par la dictature du prolétariat fais-en partout la démonstration à l’usine, à la ferme, sur la terre, sur les vagues.

Trouillards et laquais de la bourgeoisie, du vent ! Cette gadoue rend nos feux pâlissants.

Rappelle-toi les social-traîtres sont les ennemis tout autant que Clémenceau et Briand, ton salut, c’est le Kominterm – état-major de l’Octobre mondial, etc. etc.

L’art soviétique s’est effondré avant le système économique, Chostakovitch a bien dû réécrire quelques symphonies pas assez dans la ligne du parti, mais son œuvre majeur est restée comme celle des écrivains classiques russes et de nombre de leurs contemporains. Le système n’a pas su asservir l’âme russe qui a survécu à la dictature. La morale de l’histoire est que, comme toujours, les idéologies veulent aussi s’emparer des esprits, et lorsqu’elles y parviennent c’est l’aboutissement de la dictature, celle des bolchevicks comme celle des ayatollahs. Heureusement elles ne gagnent pas à tous les coups.

« 68, mon père et les clous » de Samuel Bigiaoui

Un documentaire émouvant sur la fin du magasin de bricolage de la rue Monge dans le Vème arrondissement parisien : tourné par Samuel Bigiaoui, le fils de Jean, patron de Bricomonge, il relate les dernières semaines de cette boutique fourre-tout, emportée dans la tourmente des nouveaux circuits de distribution. On y achetait des clous à l’unité et du bois au mètre, le tout commercialisé par une équipe de trois fidèles sous la direction de Jean, un patron à l’ancienne, depuis 25 ans. La boutique croule sous un entassement de boîtes, de sachets, de factures collées derrière la caisse… mais on y trouve généralement ce que l’on cherche (et le chroniqueur peut en témoigner). Tout a une fin, il y a de moins en moins de clients, Jean vieillit et il faut mettre la clé sous la porte. Bien sûr aucun repreneur ne serait assez fou pour continuer ce business de quincaillerie en plein Paris, alors c’est Carrefour qui va reprendre la surface.

Samuel filme cette fin mélancolique avec beaucoup d’émotion, interrogeant les clients et les employés, sur l’avant et le futur. Il en profite pour convoquer le passé de son père, ancien militant de la Gauche Prolétarienne (GP) en 68 et un peu après. Mais Jean ne s’exprime qu’en pointillés sur cette expérience sur les bords de la violence… On se souviendra peut-être que cette GP fondée et dirigée par Benny Levy, maoïste, ancien secrétaire de Jean-Paul Sartre, fut dissoute quand son inspirateur renonça justement à franchir le pas de la violence politique pour… partir se consacrer à l’étude de la Torah en Israël jusqu’à sa mort en 2003. Jean Bigiaoui fut lui aussi de cette expérience trouble avant de se recycler dans les clous, après avoir été l’assistant de Joris Ivens, autre documentariste (et mari de Marceline Loridan-Ivens, ancienne déportée et écrivaine). Bref, tout ce petit monde de la révolte, voire de la révolution s’est croisé et recroisé, sur le pavé parisien et dans les luttes du XXème siècle.

Puis le rideau tombe sur Bricomonge après quelques larmes échangées entre les employés et Jean que l’on voit disparaître au bout de la rue des Ecoles, au cœur de ce quartier désormais sérieusement boboïsé mais qui fut longtemps fréquenté par des révolutionnaires de tous bords et une jeunesse assoiffée d’idéaux et d’idéologies.