Une palme d’or « inclusive »

La réalisatrice ayant emporté la Palme d’Or au festival de cinéma de cannes a déclaré en recevant son prix :

[merci de] reconnaître avec ce prix le besoin avide et viscéral qu’on a d’un monde plus inclusif et plus fluide. Merci au jury d’appeler pour plus de diversité dans nos expériences au cinéma et dans nos vies.

Traduit en français, ce vocabulaire fait référence au monde LGBTQIA+[1], le « fluide », et aux minorités de tous ordres (raciale, féministe, « décolonialiste », etc.), le « inclusif ». Cette réalisatrice donne en plein dans le jargonnage à la mode « woke », anglicisme désignant la nécessité d’être éveillé et combatif face au sort peu enviable des « minorités ».

Félix/Charlie Hebdo (14/07/2021)

Le film primé, « Titane », est assez étrange semble-t-il, mêlant sexualité, machines et délires variés. On est impatient de le découvrir en salle !


[1] Lesbien-Gay-Trans-Queer-Intersexe-Asexuel-plus tout ce qui n’est pas hétérosexuel et non encore identifié ou qualifié

Félix/Charlie Hebdo (14/07/2021)
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« La Fontaine en 10 leçons, de et par Jérôme Hauser » au Parc Sainte-Périne

La Mairie du XVIème arrondissement de Paris célèbre le 400ème anniversaire de la naissance de Jean de La Fontaine en organisant différents évènements en l’honneur du poète qui a donné son nom à nombre de bâtiments dans cet arrondissement ainsi qu’une rue. Aujourd’hui Jérôme Hauser dit, interprète et commente des poèmes de La Fontaine sur dix thèmes, l’amour, l’amitié, la liberté… et réjouit une petite audience (jauge oblige) attentionnée et ravie, jeune et moins jeune.

Cela se passe sur une petite scène éphémère montée à l’ombre d’un vaste mûrier dans le parc Sainte-Périne, aux pieds du centre hospitalier de soins palliatifs du même nom. Sur la colline des grands malades s’éteignent, dans le parc sous leurs fenêtres des enfants découvrent le fabuliste et de grands enfants s’émerveillent à nouveau devant la clairvoyance de La Fontaine à décrire nos travers. Le poète joue les passeurs du temps.

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« Le Caire confidentiel » de Tarik Saleh

Un film policier égyptien original, qui serait inspiré d’un fait réel, dans lequel on suit les enquêtes d’un policier corrompu du Caire, saisi d’une soudaine vague d’honnêteté lorsqu’il découvre des filles égorgées membre d’un réseau de prostitution de luxe impliquant les caciques du pouvoir. Sa rédemption trouvera ses limites quand la sécurité de l’Etat achètera le silence de son commissariat pour qu’il laisse accuser un riche homme d’affaire des crimes.

Tournées au Maroc, les images du film sont lugubres, toujours la nuit, souvent dans des bidonvilles surpeuplés habités par des immigrés soudanais. Elles rendent une vision sinistre de la ville du Caire à travers la morgue de ce policier désabusé. Nous sommes en 2011, les dernières images portent sur la révolution en marche Place Tahrir… Dix ans plus tard, un maréchal a remplacé un général après un pouvoir religieux en intermède. Pas sûr que grand-chose n’ait changé en Egypte !

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Victor-Hugo. Dessins, « Dans l’intimité du génie » au Musée Maisons de Victor-Hugo

Le musée des Maisons de Victor-Hugo (celle de Paris Place des Vosges, mais aussi celle de Guernesey Hauteville House) présente une collection des dessins de Victor-Hugo. On apprend à cette occasion que l’écrivain avait aussi des talents de dessinateur qu’il réservait aux siens, ne voulant pas considérer ses dessins (il en a produit plus de 4 000) comme faisant partie de son œuvre artistique. Nombre d’entre eux sont exposés ici après avoir été conservés par Juliette Drouet, sa maîtresse de cœur qui le suivra sa vie durant.

Son ami Célestin Nanteuil, dessinateur-graveur, va accompagner l’apprentissage d’Hugo et l’éclosion d’un véritable talent, en plus des autres… Son style est crépusculaire, sous forme de lavis de couleur sombres et ambrées, l’inspiration vient souvent de la nature qu’il dessine dans toute sa majesté, mais aussi de son combat pour la justice, son opposition à la peine de mort notamment.

Les dessins sont exposés au premier étage. Au deuxième on visite l’ancien appartement de l’écrivain-poète où ont été reconstituées certaines pièces de différents lieux où vécut l’artiste. On y voit notamment les meubles et les décors réalisés également par Victor-Hugo. On croise aussi les étapes de sa vie, les plus joyeuses comme celles qui furent tragiques (la perte de deux de ses enfants dont sa fille Léopoldine dont il était très proche), des photos émouvante d’Hugo avec ses petits-enfants (c’est l’époque de l’apparition des daguerréotypes), des écrits originaux exposés dans des vitrines, bref, tout le monde du créateur foisonnant que fut Victor-Hugo.

Oh ! Ces enfantements et ces créations,
Ces rencontres de l’âme avec les visions
Pèsent sur le génie, et, le courbant à terre,
Le penchent du côté le plus noir du mystère.
Du jour où tout ce monde étrange t’apparut,
Des passions d’en bas râlant l’horrible rut,
T’apportant des douleurs la sublime démence,
Ô sculpteur, à partir de cet instant immense,
Ta pensée à jamais fut mêlée à la nuit !

« Les Cariatides » (Les Quatre Vents de l’Esprit) Victor-Hugo

Voir aussi : | Maisons de Victor Hugo | Paris – Guernesey

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Musée de la Libération de Paris – musée du général Leclerc – musée Jean Moulin

Un nom un peu long pour un petit musée très intéressant sur la libération de Paris en août 1944. Complètement rénové, il a été déménagé en 2019 de la gare Montparnasse à Denfert-Rochereau à l’occasion du 75ème anniversaire de la libération de Paris, dans le bâtiment même dont le sous-sol avait été transformé en quartier général du commandement de la résistance parisienne lors des combats d’août 1944 autour de l’entrée de la 2ème division blindée commandée par Leclerc dans la capitale.

Le musée est aussi consacré à Jean Moulin et au général Leclerc dont les vies sont retracées avec de nombreux documents d’époque. Le premier était déjà mort dans les prisons de la Gestapo à la Libération de Paris dont le second a été un acteur important. On découvre leurs parcours entremêlés avec les heures décisives des combats de Paris en 1944. Des vidéos connues, le célèbre discours de de Gaulle à l’Hôtel de Ville « … mais Paris libéré… », le voyage de Pétain en mars 1944 venu dans la capitale pour compatir avec les victimes des bombardements aériens alliés, la reddition des nazis le 25 août, les derniers bombardements allemands du 26…

En descendant 100 marches on se retrouve dans les caves qui avaient été aménagées pour être un abri de défense passive et accueillir les personnels de l’administration parisienne qui travaillaient dans le bâtiment du rez-de-chaussée donnant sur la place Denfert-Rochereau. Cet abri est devenu le quartier général de colonel Rol-Tanguy, chef (communiste) des Forces françaises de l’intérieur (FFI) de la région parisienne qui participèrent à l’insurrection de Paris durant ces heures décisives d’août 1944. Le visiteur se promène avec un casque de réalité virtuelle sur la tête en suivant le soldat Jean qui le fait pénétrer dans les salles reconstituées numériquement avec les personnages animés qui les occupaient : le standard téléphonique, les bureaux du colonel Rol et celui de Madame qui lui servait d’assistante…

Un beau musés dédié aux grandes heures des combats pour la Liberté animées par des grands hommes et des anonymes. Quelle époque !

« Henri Cartier-Bresson – Revoir Paris » au Musée Carnavalet

Pour sa réouverture après quatre années de travaux, le Musée Carnavalet présente une exposition temporaire Cartier-Bresson (1908-2004) sur Paris. Photographe majeur du XXème siècle, proche des surréalistes, compagnon de route du Parti communiste français, il voyage très tôt à travers la planète, il photographie nombre d’évènements clés de son temps : la guerre d’Espagne, la libération de Paris en 1944, la partition des Indes coloniales, la mort de Gandhi, la révolution cubaine, Mai 68 à Paris… Photographe il s’essaye aussi au cinéma, fut assistant de Renoir dans les années 1930 et tourne quelques films politiques. Fait prisonnier pendant la guerre, il s’évade et entre dans la résistance.

Alors que le photographe à beaucoup voyagé et travaillé de par le monde il est souvent revenu à Paris retrouver son port d’attache. Il a laissé de très nombreuses photos de ses pérégrinations dans la capitale dont celles présentées à Carnavalet. On y trouve des regards émouvants sur la vie de tous les jours de parisiens de milieux populaires : pique-niques sur les bords de Marne, gamins jouant dans les rues, devantures de magasins… mais aussi des portraits de sujets qu’il admire : Mauriac, Ezra Pound, les obsèques d’Aristide Briand, Sartre… et d’autres moins connus.

On est frappé par la justesse des mises en scène où tout semble instantané mais réglé au cordeau. C’est sans doute la définition du talent. Cela révèle en tout cas l’incroyable coup d’œil de l’artiste qui fait rentrer sous terre le photographe déplorable qu’est devenu aujourd’hui n’importe quel possesseur de smartphone ! Le sens de la géométrie propre à Cartier-Bresson est aussi révélé de façon éclatante dans nombre des clichés présentés. Un quai de seine, un alignement de voies ferrées, un escalier de Montmartre, le photographe repère les figures ainsi formées pour en faire un décor des plus harmonieux sur lequel s’incruste son sujet principal dans une magie de lignes, comme sur un calque d’architecte, mais il s’agit de la réalité. Une vraie réalité d’ailleurs puisqu’il précise ne jamais compromettre avec les tirages : pas de retouche, pas de suppression. Ce qui est sur le négatif est agrandit sur le papier.

A mon sens, la photographie a le pouvoir d’évoquer et ne doit pas simplement documenter. Nous devons être des abstraits d’après nature.

On apprend par ailleurs que l’artiste a appris le dessin au crépuscule de sa vie. Certains d’entre eux sont exposés, montrant le Parc des Tuileries croqué depuis la fenêtre de son appartement de la rue de Rivoli.

Une très belle exposition qui permet aussi de mieux connaître l’intéressante personnalité du photographe.

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« Un espion ordinaire » de Dominic Cooke

Ce film raconte comment les services secrets britannique et américain ont embarqué dans les années 1960 un représentant de commerce londonien pour servir de porteur de courrier entre un dirigeant de la sécurité militaire soviétique (GRU) à Moscou, Oleg Penkovsky, et les services à Londres. Il ne connaît pas le contenu des messages qui portent sur l’installation de missiles nucléaires à Cuba par Moscou. Basé sur une histoire vraie, le film détaille ensuite la chute de l’agent-double soviétique, qui sera exécuté en 1963, et de son correspondant britannique qui fera deux années de prison à Moscou avant de faire l’objet d’un échange d’espions comme il s’en pratiquait régulièrement à l’époque entre les deux camps.

Le film est bien mené, les acteurs sont crédibles et le décors « année 60 » magnifiquement reconstitué, du Bolchoï de Moscou au clubs londoniens.

On suppose que ce qui a été révélé de l’affaire Penkovsky et qui sert de base au scénario est effectivement vrai, mais qui peut savoir ? Evidement, réduire 40 années d’espionnage durant la guerre froide en un film de 90 minutes pousse certainement à quelques simplifications de scénario mais l’essentiel est sans doute là : dans la guerre « froide » mais féroce qui opposait deux conceptions du monde, des citoyens, parfois ordinaires, ont pris le risque soit de trahir leur pays soit d’aider la trahison d’agents doubles appartenant à l’autre côté. Beaucoup l’ont fait par conviction, certains par intérêt, nombreux sont ceux qui l’ont payé de leurs vies et de celles de leurs familles. Les trahisons ont eu lieu dans les deux sens mais il convient de rappeler aux plus jeunes qu’à l’époque le goulag était à l’Est et les pacifistes à l’Ouest…

Aujourd’hui le combat de blocs continue de façon différente mais tout aussi violente. L’actualité regorge d’informations sur des assassinats d’ex-agents doubles russes ou soviétiques réfugiés en Europe, de scientifiques iraniens dans leur propre pays ou de chefs de guerre religieux au Moyen-Orient. La situation est plus complexe et les moyens utilisés plus sophistiqués mais la lutte pour la suprématie reste identique.

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« Nous vous aimons, Madame » ‘Simone Veil 1927-2017’ à l’Hôtel de Ville de Paris

La mairie de Paris organise plusieurs évènements en souvenir de Simone Veil (1927-2017), personnage politique consensuel d’une grande élévation, qui a parcouru les drames du XXème siècle sans rien abdiquer de ses principes renforcés à la terrible expérience des camps d’extermination nazis.

La salle d’exposition de la rue de Lobau retrace la vie de Simone Veil avec photos, vidéos et documents historiques, objets marquants dont son épée d’académicienne marquée de son numéro de déportée 78651 tatoué sur son bras gauche, du nom du camp de Birkenau, les devises française « Liberté, égalité, fraternité » et européenne « Unie dans la diversité », les flammes symbolisant les fours crématoires mais aussi deux mains jointes pour rappeler la fraternité.

Née dans une famille juive (Jacob) non pratiquante plutôt bourgeoise, enfance à Nice, vacances à la montagne ou à La Ciotat, entrée dans la clandestinité en 1944 pour échapper aux rafles anti-juives avant d’être arrêtée avec toute sa famille en mars de cette même année, le retour en en France en 1945, sans ses deux parents et son frère assassinés sur place, les études de droit, son mariage avec Antoine Veil (1926-2013) rencontré à Sciences-Politiques et l’amorce d’un long et brillant parcours dans la magistrature puis la politique. Chaque étape de cette vie foisonnante est restituée dans les salles d’exposition jusqu’à son entrée à l’Académie française où Jean d’Ormesson l’accueillera avec émotion et cette phrase partagée par beaucoup : « Nous vous aimons, Madame », puis son entrée au Panthéon avec son mari, quelques mois après son décès en 2017.

On s’attarde sur sa foi et son expérience européennes, elle fut présidente du parlement européen en 1979, son combat pour faire voter une loi en France sur l’interruption volontaire de grossesse en 1974, et on relit avec consternation les attaques dont elle fut l’objet de la part de parlementaires conservateurs et d’anonymes, allant même jusqu’à la traiter de nazie à la tribune de l’assemblée nationale ou via des lettres anonymes d’insultes… On s’émeut devant ses témoignages de l’horreur nazie qu’elle vécut de l’intérieur qu’elle rapporte via d’innombrables cérémonies, souvenirs, visites des camps, interviews, engagements notamment à la présidence de la « Fondation pour la mémoire de la Shoah »… et dont elle parle inlassablement toujours avec cette indicible tristesse de ceux qui sont revenus de la barbarie et ne s’en sont jamais remis.

Une intéressante exposition sur une femme politique que « nous aimons » bien sûr, et dont nous regrettons encore plus la stature quand on la compare au niveau des débats politiques actuels.

« Napoléon » à la Grande Halle de La Villette

« Napoléon »

A l’occasion du bicentenaire de la mort de Napoléon, décédé à Sainte-Hélène le 05/05/1821, la France du Café du Commerce a polémiqué pour savoir s’il fallait « célébrer », « commémorer » ou « déboulonner » le souvenir de l’empereur. Au-delà de ces débats de peu d’intérêt, cet anniversaire voit s’organiser différentes expositions historiques sur la vie et l’œuvre du personnage globalement cher au cœur des Français en ce qu’il leur rappelle un temps révolu où leur pays était puissant et dominateur.

La Grande Halle de La Villette présente la vie de Napoléon répartie par période chronologiques, de la naissance en Corse en 1769 à l’exil à Sainte-Hélène en 1815. Très pédagogique, l’exposition est plutôt tournée vers le public jeune mais il ne fait pas de mal aux plus seniors de se remémorer dates et réalisations. Documents écrits, interviews filmées, cartographies animées des grandes batailles, costumes et matériels d’époque, notices explicatives, tous les outils muséaux modernes sont mis en œuvre pour permettre à chacun de connaître les faits : la conquête, les guerres, les massacres, le rétablissement de l’esclavage, le déclin, l’ambition, les défaites…

Mise en place par des historiens l’exposition présente l’homme intelligemment et dans son contexte d’époque. On en sort admiratif de l’ambition forcenée qui anima cet homme sa vie durant, lui permettant de décider de l’organisation administrative moderne de la France tout en ravageant l’Europe de guerres qu’il finit par perdre, entraînant le pays qu’il dirigeait dans le chaos. Comme souvent, qu’il s’agisse de monarques, de militaires ou de civils, quand ils exercent un pouvoir absolu sans le risque d’être déposés, par les armes ou par un vote démocratique, même les meilleurs se mettent à dériver vers la tyrannie. Napoléon n’échappa point à ce funeste sort !

Deux siècles plus tard, cette leçon est toujours d’actualité… Ce n’est pas le moindre intérêt de cette exposition que de le rappeler aux visiteurs.

« L’Heure bleue » de Peter Severin KRØYER au Musée Marmottan Monet

L’Heure bleue

Le Musée Marmottan expose le grand peintre danois Peter Severin Krøyer (1851-1909) dans une symphonie de bleus majoritairement inspirée par les séjours de l’artiste à Skagen, à l’époque modeste village de pêcheurs situé le plus au nord du Danemark, aux confins des mers du Nord et Baltique.

Peter Severin Krøyer

Il est question d’étendues maritimes, de plages infinies, de ciels vertigineux le tout dans des bleus crépusculaires que Krøyer restituent avec une incroyable majesté, sur des toiles monumentales comme sur de petits tableaux.

La profonde et sereine luminosité existant dans ce bout du monde septentrional a poussé un groupe d’artistes-peintres à former le « groupe de Skagen » dont un tableau représente une joyeuse agape : des trognes scandinaves, saines et pleines de santé, le teint buriné aux grands espaces marins, trinquant devant un nombre de bouteilles de vodka impressionnant…

Krøyer sut capter cette « heure bleue », instant fugace de la nuit tombante avant qu’elle ne gagne la voute céleste, et expression vulgarisée par le parfumeur Guerlain qui en baptisa l’un de ses célèbres parfums en 1912. Peintre naturaliste par excellence il s’essaya également aux portraits au début de sa carrière, ceux de sa femme Marie, peintre également, de ses amis de Skagen, d’enfants sur la plage, mais également de personnalités du « grand monde » de la capitale danoise.

Au-delà des portraits, dont ceux de son épouse qui révèlent une grande tendresse, le visiteur se perd avec délice dans les grands paysages de ce peintre d’exception. Toutes ces nuances de bleu et les reflets du soleil couchant sur les vagues ont un effet apaisant et nous plonge dans une méditation sans fin sur la beauté du Monde. Les tableaux Krøyer pourraient illustrer une conférence sur les risques que fait courir le réchauffement climatique !

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« Médecin de nuit » d’Elie Wajeman

C’est l’histoire d’un médecin qui s’est engagé dans un trafic d’ordonnances de Subutex via un mafieux géorgien pour aider son cousin pharmacien qui doit de l’argent à beaucoup de monde. Pour simplifier l’affaire il trompe sa femme (et leurs deux petites filles) avec la copine dudit cousin. Le garçon est gentil et pataud, mais surtout il n’arrête pas de se jeter dans des situations inextricables et semble même les accumuler. Cela se termine mal mais peut-être pas de façon définitive…

Le film se déroule exclusivement de nuit dans les ambiances glauques des boulevards extérieurs parisiens où les toxicomanes échangent leurs produits avant d’aller les consommer dans les soirées mondaines du centre-ville. Le médecin soigne et bricole les ordonnances, le pharmacien s’endette et manipule son cousin, l’amante (l’actrice Sara Girardeau, portrait craché de ses parents) volète de l’un à l’autre, les Géorgiens règlent leurs comptes à coups de couteau. Tout ça n’est pas joli-joli mais ce film noir est réussi.

La morale de l’histoire est qu’il vaut mieux ne pas trafiquer le Subutex avec des Géorgiens ni coucher avec la femme des autres si l’on veut mener une vie apaisée.

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« Salgado Amazônia » de Sebastião et Lélia Salgado à la Philharmonie de Paris

Salgado Amazônia

C’est une impressionnante exposition de photos de Sebastião Salgado présentée à la Philharmonie de Paris sur une illustration sonore de Jean-Michel Jarre : plus de 200 clichés en noir et blanc, tirés en grand format et issus des pérégrinations de Salgado durant sept années, à pied ou en hélicoptère, au cœur de la forêt amazonienne pour la sauvegarde de laquelle le photographe brésilien consacre une grande partie de son œuvre et da vie.

On apprend tout sur l’incroyable système climatologique de cet ensemble forestier grand comme l’Europe, composé de 300 à 400 milliards d’arbres, s’étendant sur plusieurs pays d’Amérique latine bien que majoritairement située au Brésil. La forêt tropicale humide pompe elle-même l’eau de la terre par les racines des arbres, qui s’évapore ensuite pour constituer les « rivières volantes » qui, enfin, se déversent à nouveau sur les arbres. Le tout est auto-suffisant mais mis en risque par déforestation qui elle-même alimenterait le réchauffement climatique.

Sebastião Salgado

Les photos de paysages sont majestueuses et plongent le visiteur dans un abyme de méditation sur ce monde primaire que l’humain n’a pas encore perverti. C’est sans doute l’un des derniers endroits de la planète Terre qui est encore dans l’état dans lequel nous l’avons « reçu » et cela rend la contemplation du travail de Salgado émouvante. Les clichés aériens sont tous pris avec de grands angles et l’option du noir et blanc fait parfois confondre la canopée avec un sol volcanique ou lunaire. L’eau est partout, dans les nuages comme au sol. Les fleuves débordent et peuvent monter 20 mètres au-dessus de leur cours normal en saison des pluies, modelant d’éphémères archipels d’eau douce.

Quelques tribus subsistent encore dans cette immensité et Salgado réalise aussi des clichés de ces humains survivants si loin du modernisme, veillant à maintenir leurs pratiques culturelles traditionnalistes. Leurs photos montrent des personnes plutôt trapues, taillées pour survivre dans cet improbable environnement fait d’arbres et d’eau. Les Surawahá par exemple, spécialistes de poisons, dont le taux de mortalité est important car beaucoup des adultes en bonne santé âgés de 14 à 28 ans ingèrent un poison puissant qui provoque leur mort. Il existe dans leur cosmologie trois cieux où se rendent les âmes après le décès. Le plus désirable est celui où se retrouvent les personnes qui meurent en bonne santé quand les deux autres rassemblent celles qui ont été mordues par un serpent, et celles qui meurent de vieillesse. On dirait un texte de loi sur le suicide assisté !

Quel espace, quel mystère !

La musique sur laquelle est posée cette exposition est la porte d’entrée de la Philharmonie de Paris pour aborder les questions écologiques. Jean-Michel Jarre a composé ses habituelles nappes de clavier sur lesquelles ont été greffés des échantillons des bruits de la forêt : pépiements d’oiseaux ; bruissements du vent, éclats d’eau, etc. qui sont diffusées dans les salles de l’exposition des photos. Dans les deux petites salles de projection on écoute des compositions de musiciens brésiliens : Heitor Villa-Lobas (1887-1959) et Rodolfo Stroeter, bassiste-compositeur contemporain. La Philharmonie organise par ailleurs un week-end de concerts de musiciens brésiliens et des communautés d’Amazonie.

J’ai conçu [cette musique] comme une déambulation à travers des éléments naturels, ethniques, orchestraux, électroniques, figures passagères d’une forêt que l’on traverse  et qu’on laisserait derrière soi, vestiges d’un temps et d’un espace infinis.

Jean-Michel Jarre

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« Des Hommes » de Lucas Belvaux

Basé sur le roman « Des Hommes » de Laurent Mauvignié sorti en 2009, le film de Lucas Belvaux retrace le traumatisme de deux cousins anciens appelés de la guerre d’Algérie qui, revenus dans leur village familial, gèrent différemment les suites d’un drame dont ils furent les acteurs durant cette guerre. Le film colle au roman et transmets le syndrome de ces hommes qui, encore adolescents, sont allés guerroyer pour tenter de maintenir ce fantasme politique que fut le concept d’une Algérie « française ».

Gérard Depardieu, à l’état physique dégradé, incarne à merveille le personnage le plus violent du duo qui ne s’est jamais vraiment remis de son expérience algérienne, comme tant d’autres. Le film se termine sur la question de son avenir, le pire est à craindre !

Lire aussi : MAUVIGNIER Laurent, ‘Des hommes’. – Keep on rockin’ in the free world (rehve.fr)

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« Follement drôle – Wahnsinnig komisch » au Musée d’Art et d’Histoire de l’hôpital Sainte-Anne

Prolongée jusqu’en juin 2021 pour cause de confinement, l’exposition « Follement drôle » est présentée dans le petit musée de l’hôpital psychiatrique Sainte-Anne à Paris. Montée en association avec un autre hôpital psychiatrique, allemand, elle rassemble des œuvres réalisées par des patients dont on ne connaît pas exactement les pathologies, sinon qu’ils résidaient dans ces lieux spécialisés dans les maladies mentales. Ces œuvres ont aussi fait l’objet de travaux de recherche scientifique entre art et psychiatrie.

Classés par thèmes (la critique sociale, la critique de la psychiatrie, la grivoiserie, etc.) plutôt que par ordre chronologique, nombre de ces tableaux traduisent l’humour de leurs auteurs sur leur environnement, y compris psychiatrique. Il y a également des dessins, des illustrations, des portraits gigantesques de Danton ou du Dr Guillotin. On a du mal à oublier la maladie des créateurs et l’on se demande si leur inspiration artistique est le produit de la pathologie ou un traitement de celle-ci. En se promenant dans les allées de l’hôpital qui portent les noms de géants (Verlaine, Artaud, Camille Claudel, etc.) aux créations aussi complexes que leurs neurones on médite sur les liens étranges entre l’art et la folie !

Mais on ne sait toujours pas quelle est la cause ni quel est l’effet…

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« The House of Cards » d’Andrew Davies, épisodes 1 et 2/4

Arte rediffuse cette série britannique de 1990 romançant la succession de Margaret Thatcher au poste de premier ministre. C’est une « série », donc du cinéma étriqué et à courte vue. C’est une « série », donc du simplisme et du papotage de Café du commerce. C’est une « série », donc un format peu intéressant et il serait vraiment superfétatoire de regarder les épisodes 3 et 4.

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« Pulp Fiction » de Quentin Tarantino (1994)

Près de 25 ans après Orange mécanique, Tarantino nous a régalé de la violence ironique de Pulp Fiction qu’il ne faut pas de priver de revoir ! Monté de façon non chronologique on y suit les aventures des deux porte-flingues d’un puissant mafieux de Los-Angeles ainsi que d’un boxeur sur le retour chargé de truquer un match par le chef mafieux. Beaucoup de sang, beaucoup de cynisme et d’humour, il ne faut pas craindre l’hémoglobine mais les mises en situation sont burlesques, les comportements et dialogues de Vincent Vega (John Travolta) et Jules Winnfield (Samuel L. Jackson) sont hilarants. Le film a obtenu la palme d’or au Festival de Cannes 1994 ce qui fut bien mérité et lança la carrière internationale de Tarantino qui poursuit depuis son œuvre sur le même sillon.

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« Orange mécanique » de Stanley Kubrick (1971)

Alors que des sauvageons mal élevés mettent à mal l’autorité de la police et de la justice en injuriant, taguant et agressant à tout va, certains parlent d’une génération « Orange mécanique ». Il était temps de revisionner ce film de Stanley Kubrick, tiré du roman d’Anthony Burgess paru en 1962, le film datant de 1974. Et l’on suit les aventures d’Alex et sa bande, modérément intéressés par la chose scolaire mais beaucoup plus par la violence et le sexe. Alex, passionné de Beethoven, laisse ses parents désemparés qui ne savent pas comment le ramener à la raison. La police essaiera de s’en charger et, en prison, il subira un protocole médical destiné à le faire revenir dans le droit chemin. Un peu de chimie en échange d’un peu plus de tranquillité pour la société, deal qui se retournera contre le pouvoir politique qui croyait avoir trouvé le graal contre la violence mais sera finalement accusé de totalitarisme !

Le roman ainsi que film peuvent être qualifiés « d’anticipation » et la métaphore du traitement chimique provoquant un débat de société n’est pas très éloignée des polémiques sans fin de notre monde d’aujourd’hui face à une ultraviolence qui elle, est bien notre quotidien.

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« Phantom of the Paradise » de Brian de Palma

1974, Brian de Palma réalise « Phantom of the Paradise » ou le mythe de Faust adapté au monde du glamrock de l’époque. Winslow a composé et interprète une cantate mais il se fait maltraiter par le producteur Swan (joué par le musicien et acteur Paul William qui a aussi écrit la bande originale du film ainsi que de nombreux autres hits) qui veut la faire chanter par d’autres. Swan a passé un acte avec le diable qui lui assure une éternelle jeunesse. S’en suivent bien des évènements au cours desquels Winslow signe lui aussi un pacte avec Swan pour que Phoenix, la chanteuse qu’il a choisie soit son interprète. Ensemble, ils se rendent « du côté de chez Swan » pour finaliser la cantate qui sera jouée en public et aboutira à un incroyable final avec la mort de Swan et de Winslow, et le triomphe de Phoenix.

Un beau film, une très belle musique, à revoir régulièrement !

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« Manipulations, une histoire française » de Jean-Robert Viallet 5et6/6

Dans ces deux derniers épisodes du documentaire sur l’affaire Clearstream, on rentre dans l’incroyable implication de la politique intérieure française dans cette affaire grandguignolesque. Le repris de justice Lahoud ayant bien compris comment fonctionnait le cerveau torturé et complotiste du haut-fonctionnaire Gergorin, va l’alimenter avec ce qu’il attendait. Gergorin, ancien diplomate est toujours proche de Dominique Galouzeau de Villepin alors ministre des affaires étrangères, lui-même en guerre ouverte contre Nicolas Sarkozy alors ministre de l’intérieur, pour de basses histoires politiciennes de règlement de comptes sur fond de fidélité/trahison à l’égard du président de la République Chirac.

Alors, le repris de justice Lahoud introduit frauduleusement les noms de Sarkozy et de quelques autres sur les listings de comptes privés « non publiés » détenus par la société financière luxembourgeoise Clearstream, Gergorin devint fébrile et porta ces listings à Galouzeau de Villepin qui sans doute trépignait à l’idée de ce qu’il pourrait en faire avant, raisonnablement, de les transmettre à la justice, pour une enquête dans laquelle le juge Van Ruymbeke va ajouter des complications de procédure aboutissant à ce que le haut fonctionnaire Gergorin lui « transmette » ces listings via des lettres anonymes… On entre ici dans le côté burlesque de l’affaire où même ce juge expérimenté, notamment en charge de l’affaire des frégates de Taïwan, va lui aussi se faire embobiner par le repris de justice Lahoud et le Gergorin au cœur tendre !

Il sera finalement démontré assez facilement que les listings avaient été grossièrement falsifiés, sans doute par le repris de justice Lahoud, qui ne l’a jamais reconnu et tout ceci s’est terminé devant la justice et sur les plateaux télévisés :

  • Le repris de justice Imad Lahoud est de nouveau condamné définitivement à de la prison ferme pour dénonciation calomnieuse, faux et usage de faux (il est aujourd’hui à 53 ans professeur de mathématique)
  • Le haut-fonctionnaire au cœur tendre Jean-Louis Gergorin est condamné définitivement à de la prison ferme pour dénonciation calomnieuse, usage de faux, recel d’abus de confiance et vol (il est aujourd’hui à 74 ans chroniqueur-essayiste sur les sujets liés à la cybersécurité et on le voit régulièrement signer des chroniques publiées dans la presse quotidienne)
  • L’ex-ministre Dominique Gallouzeau de Villepin est relaxé des soupçons de non-dénonciation de listings truqués (il est aujourd’hui âgé de 67 ans et sévit dans des activités de conseil et de lobbying majoritairement en faveur de pays émergents)
  • Denis Robert, le journaliste qui avait initialement enquêté sur les mécanismes financiers de Clearstream avant d’être impliqué un peu malgré lui dans l’affaire du même nom et fait l’objet de multiples procédures menées par Clearstream pour diffamation, est blanchi de toute accusation
  • Le général Rondeau, « le maître espion français » aux petits pieds, révoqué par les services secrets et qui servit de petit télégraphiste pour distribuer les faux-listings est mis hors de cause dans l’affaire (il est décédé en 2017)

Ce documentaire très détaillé est mené à charge, sans doute à raison, contre les corneculs qui furent les vedettes de cette affaire, mais aussi contre « le système financier oppresseurs de citoyens » et c’est la que ses concepteurs prennent parti. En réalité, les chambres de compensation du type Clearstream sont des éléments nécessaires pour les activités financières désormais mondialisées et ont existé de tous temps. On ne peut évidement pas exclure que Clearstream, comme beaucoup d’autre banques à l’époque, ait procédé à du blanchiment d’argent et de l’escroquerie fiscale, plus ou moins couvert par des dirigeants peu scrupuleux. C’est ce que Denis Robert a voulu démontrer dans ses publications. La justice luxembourgeoise, sans doute assez peu pointilleuse sur le sujet à l’époque, ne l’a pas établi…

Le plus catastrophique dans cette lamentable histoire est de voir comment l’incompétence de hauts responsables français a pu les laisser se faire embobiner par la fratrie Lahoud, aussi rapidement et aussi complètement. Quelques jours après sa sortie de prison, Imad Lahoud était dans la salle à manger présidentielle d’EADS en présence de l’un de ses vice-présidents, Jean-Louis Gergorin, introduit par son frère Marwan. Quelques semaines plus tard il était recruté par les services secrets, sous couverture d’un contrat de travail avec EADS, sous l’égide d’un ex-membre de ces services qui en fut révoqué, le général Rondeau. Les bases de l’affaire Clearstream étaient jetées et tout ce petit monde va s’activer à brasser du vent et du complot durant des mois aux frais des contribuables (EADS est une société largement publique et les autres personnages sont des fonctionnaires), se laissant raconter toutes les sornettes possibles par un repris de justice, Imad Lahoud, au charme sans doute ravageur mais d’autant plus pernicieux qu’il s’adressait à des incompétents qui vont aller jusqu’à impliquer le monde politique qui n’a guère était plus perspicaces qu’eux tant les fausses informations diffusées les arrangeaient. Lahoud est longuement interviewé dans les six épisodes et raconte avec un petit sourire malicieux avec quelle facilité il a pu tromper ce petit monde de naïfs.

Reconnaissons néanmoins que les « vrais » services secrets après l’avoir recruté comme « correspondant » l’ont rapidement « débranché » compte tenu du non-respect de ses engagements à fournir de l’information au sujet des circuits financiers de la famille Ben Laden. La justice quant à elle, une fois saisie, a également facilement mis à jour la falsification des informations Lahoud et même déchargé le juge en charge qui était sortie du code de procédure pénale.

En réalité, cette lamentable affaire est plus une histoire de défaillance RH (ressources humaines) qu’autre chose. Les copinages franchouillards ont amené les groupes Lagardère puis EADS à embaucher un haut-fonctionnaire au cœur tendre pour un poste de vice-président « en chocolat » qui passa beaucoup de temps dans son bureau à comploter et envoyer des lettres anonymes, tâches qui ne figuraient manifestement dans la fiche de poste pour laquelle il était rémunéré. Il n’avait rien à faire dans cette fonction.

Le recrutement à sa sortie de prison de l’escroc Lahoud par EADS était également une erreur de casting qui n’aurait jamais dû se produire. La politisation de la gouvernance du groupe EADS a permis ce dysfonctionnement. Le maintien du général Rondeau dans les cabinets ministériels bien qu’il ait été révoqué par les services secrets est également difficilement compréhensible, à près de 70 ans à l’époque, et après de brillants états de services, il aurait été préférable pour la République qu’il goûte les joies d’une retraite paisible.

Bref, l’affaire Clearstream c’est trois pieds nickelés qui illustrèrent les dysfonctionnements de l’Etat dans le choix de certains de ses hauts responsables. Dès qu’elle arriva dans des mains professionnelles, celles de la justice, elle se révéla pour ce qu’elle était et la baudruche se dégonfla. Elle provoqua toutefois beaucoup d’agitation, de temps et d’énergie perdus, de soupçons infondés et le renforcement du sentiment populaire « on nous cache tout, on ne nous dit rien ». A ce titre, elle a affaibli la République.

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Ce quatrième épisode de la saga Clearstream nous emmène sur les ventes d’armes françaises, notamment à Taïwan avec le désormais très fameux contrat dit des « frégates de Taïwan » mené par Thomson CSF, entreprise d’électronique de défense, nationalisée en 1981, et son patron Alain Gomez, dans les années 1990’. Ce contrat engage également d’autres fournisseurs comme la DCN (Direction des constructions navales, société publique) et Lagardère (missiles, groupe privé). Grand patron « de gauche », Gomez s’oppose en tout à Jean-Luc Lagardère, dont le groupe est également partie à ce contrat pour la partie des missiles devant équiper les navires de combat et dont les amitiés sont plutôt à droite. Le premier n’hésite pas à corrompre les acheteurs pour emporter les marchés, le second a plus de prévenance sur le principe. Dans le contrat taïwanais c’est Gomez qui va l’emporter et le montant exceptionnel de plus d’un demi-milliard d’euros est budgété pour les commissions à payer aux intermédiaires et aigrefins de tous genre qui rôdent autour de l’affaire d’une quinzaine de milliards au total. Le versement de commission est à l’époque légal. Ce qui l‘est beaucoup moins c’est le concept de rétrocommission qui apparaît à cette occasion, c’est-à-dire qu’une partie des commissions versées aux intermédiaires étrangers sont ensuite repayées en France à d’autres aigrefins. Il s’agit sans doute d’une nouvelle manière de financer les partis politiques qui n’ont plus la possibilité d’utiliser le système simpliste de la fausse facture utilisé durant des décennies mais la justice française ne parvint jamais à identifier qui encaissa ces rétrocommissions.

Et le lien avec Clearstream ? Eh bien il n’y en a pas sinon que le fonctionnaire Gergorin aimerait en voir un et que le repris de justice Lahoud (employé par le premier) va introduire le nom de Gomez dans les listings. Il n’en faut pas de plus pour rendre Gergorin définitivement fébrile à l’idée de pouvoir compromettre l’ennemi intime de son ex-patron déifié : Jean-Luc Lagardère, décédé depuis. Il va alors faire jouer tout son carnet d’adresses pour faire cheminer ses délires à travers ce qu’il lui reste de correspondants dans la haute administration et les ministères. Son employé, le voyou Lahoud, lui sert sur un plateau tout ce qu’il attend pour renforcer sa tactique de pied nickelé.

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