Un excellent podcast sur David Bowie

On peut écouter l’excellente émission de Michka Assayas sur France-Inter : neuf épisodes sur l’œuvre de l’artiste britannique qui a marqué son époque. Michka est le nouveau Bernard Lenoir chroniquant le rock sur les radios publiques, largement à la hauteur de son prédécesseur. Il fait preuve d’une immense culture rock qu’il partage avec bonhommie.

Tom Verlaine est mort

Le guitariste et chanteur-compositeur américain Tom Verlaine est mort hier à 73 ans (1949-2023). C’est l’un derniers représentants du rock underground américain qui s’échappe ainsi. Il a fondé le groupe éphémère Television en 1973 avec Richard Hell. Leur célèbre disque Marquee Moon, comme le premier disque du Velvet Underground (celui avec la banane) a été peu vendu en son temps mais a été écouté par tout ce qui comptait de la scène new-yorkaise de cette époque. Verlaine a influencé nombre de musiciens de l’époque et a continué une carrière solo discrète. Son nom de scène était un hommage au poète français.

Il joue sur Horses (1975) et Gone Again (1996) de Patti Smith qui doit désormais se sentir bien seule… C’est le crépuscule d’une époque musicale, ils sont tous en train de partir.

Lire aussi : Television – 2016/04/02 – Paris la Philharmonie

David Crosby est mort

Après le récent décès de Jeff Beck, c’est un autre géant de la guitare qui vient de s’éteindre. L’américain David Crosby (1941-2023) est mort ce 19 janvier à 81 ans. Il fut un compositeur-chanteur-guitariste de légende à travers les groupes The Byrds et CSN&Y ([David] Crosby, [Stephen] Still, [Graham] Nash & [Neil] Young), et une très riche carrière solo.

Issu du mouvement hippy il participe à son évolution psychédélique en fréquentant et collaborant avec tous les groupes californiens des années 1960-1970 : Jefferson Airplane, The Grateful Dead… Folkeux électrifié et électrisant, spécialiste des harmonies vocales-polyphoniques et des accordages étranges de guitare, mixant rock, folk, jazz dans une inspiration toujours bouillonnante, c’est un immense musicien de plus qui a rejoint le paradis des rockers. Sa survie jusqu’à 81 ans relève du miracle tant il d’adonna à toutes les addictions les plus dures de son époque. Malgré une vie sens dessus-dessous, un caractère affirmé qui le fit se fâcher avec la plupart de ses coreligionnaires, et tout spécialement ceux avec qui il composa ses plus belles mélodies, il publiait encore sa musique en 2021, ForFree.

En 2016 il créait le groupe The Ligthouse Band avec de jeunes et talentueux musiciens dont deux merveilleuses choristes avec lesquelles il poursuivait ses polyphonies si caractéristiques et déclarait : « I felt that I didn’t have any choice but to leave that band that I’m absolutely glad I did. ». Un disque live était encore produit l’an passé.

Il est temps de réécouter David Crosby !

Jeff Beck est mort

Le musicien britannique Jeff Beck (1944-2023) est mort ce 10 janvier. Guitariste de génie, il a joué dans les Yardbirds, notamment avec Jimmy Page pendant une courte période, avec Rod Stewart et Ron Wood dans le Jeff Beck Group. Il est invité par David Bowie sur la tournée de Ziggy Stardust, on le voit notamment sur Jean Genie dans le documentaire récent Mooage Daydream. Et il joue avec une multitude d’autres musiciens, Eric Clapton notamment. Dans sa carrière solo il se laisse aller vers le jazz-rock, style dans lequel il compose des morceaux étonnants.

Lire aussi : « Moonage daydream » de Brett Morgan

Virtuose, il était aussi techno et a travaillé le son sa vie durant, sur ses guitares traditionnellement d’un blanc immaculé. Il tournait encore récemment et est passé à l’Olympia en 2018.

Lire aussi : Jeff Beck – 2018/06/09 – Paris l’Olympia

The Musical Box – 2023/01/10 Paris l’Olympia

The Musical Box, le tribute band canadien de Genesis, époque « Peter Gabriel », a repris la route et revient présenter l’œuvre finale du groupe britannique de rock-progressiste : The Lamb Lies Donwn on Brodawy. Nous les avions déjà vu au même endroit en 2005. Le spectacle original qui date de 1974 n’a pas pris une ride… c’était il y a cinquante ans, l’âge moyen des spectateurs ce soir à l’Olympia est là pour le rappeler.

Le spectacle, évidemment, n’a pas changé et est précédé d’une petite introduction vidéo sur les performances techniques que représentaient les shows de Genesis, avec, et même après Gabriel, à une époque où les outils n’étaient pas ce qu’ils sont devenus avec l’avènement de l’électronique et de l’informatique.

La puissance musicale et lyrique de ce concept album narrant l’histoire délirante de Rael demeure éternelle. Elle a marqué son époque et ceux qui l’ont découverte alors. En 1975, les Genesis étaient sur la fin ; la personnalité de Peter et sa médiatisation écrasaient les autres ce qui provoquait un peu de mal-être semble-t-il. Il était temps de se séparer ce qu’ils firent après la flamboyante tournée américaine de The Lamb… Et, tous poursuivirent leurs routes musicales avec succès dans des genres qui leur furent propres. Mais jamais aucun d’eux ne sut recréer la magie du Genesis d’origine, fruit de l’incroyable créativité qu’ils ont su générer ensemble à cette époque.

Peter Gabriel est resté ce trublion rock toujours curieux et novateur, apparaissant là où on ne l’attend pas, un fascinant lutin jongleur de mots, d’histoires et de mélodies. Ce n’est sans doute pas un hasard si son départ a transformé Genesis en une machine plus terne. D’ailleurs, Peter (72 ans) sera en concert à Paris cet été. Il continue à nous enchanter depuis son premier concert hors Genesis à la Fête de l’Humanité en 1977…

Les musiciens du Musical Box ont un peu changé des dernières années, Denis Gagné reste le clone de Gabriel dont même la voix présente le timbre un peu rocailleux de celle, si caractéristique de Peter. On ne sait toujours pas bien s’il s’agit de sa voix naturelle ou si des traitements électroniques sont à l’origine de cette similitude en tout cas parfaite. Mais le temps a un peu passé depuis 2005 et sans doute a-t-il un peu perdu en agilité vocale, pas toujours aussi facile de monter dans les aigus… Ce n’est pas grave et la soirée passe comme une madeleine jusqu’au rappel sur Musical Box et Watcher on the Skies.

Concert The Lamb… (la vraie histoire de Rael)

Lire aussi : The Musical Box – 2005/05/18 – Paris l’Olympia

Concerts Foxtrot et Selling England…

Lire aussi : The Musical Box – 2007/03/24-25 – Paris l’Olympia

Jet Black du groupe The Stranglers est mort

L’information est passée plutôt inaperçue en cette fin d’année 2022 mais Jet Black (Brian John Duffy de son vrai nom), le batteur des Stranglers est mort le 6 décembre, à 84 ans. Il a été un peu le père fondateur de ce groupe post-punk dans les années 1970, le plus âgé de la bande et sans doute le plus musicien aussi. Féru de jazz il a adapté son jeu à la musique plus rock du groupe.

En proie à de l’asthme depuis son enfance il ne tournait plus avec les Stranglers depuis 2012 mais, semble-t-il restait musicalement un membre actif du groupe, notamment sur les enregistrements studio. Après la mort du claviériste Dave Greenfield suite d’une Covid, le bassiste Jean-Jacques Burnel est le dernier historique du groupe, Hugh Cornwell ayant quitté la bande en 1990 pour poursuivre une carrière solo.

Lire aussi : Dave Greenfield est mort

Mais les Stranglers produisent toujours de la musique : ils seront à l’Olympia en mars prochain et leur dernier disque est sorti en 2022 et s’appelle « Dark Matters », on ne saurait mieux dire !

Vivienne Westwood est morte

Vivienne Westwood (1941-2022) est morte en décembre dernier. Styliste iconoclaste elle fut l’égérie du mouvement punk dans les années 1970. Compagne de Malcom McLaren, le sulfureux manager des Sex Pistols elle a « habillé » les membres de ce groupe phare provocateur de l’époque. Sa boutique « Sex » sur King’s Road à Londres servait de quartier général aux punks naissants. Chrissie Hynde (The Pretenders) ou Glen Matlock (premier bassiste des Sex Pitols) y étaient vendeurs. Il se dit que McLaren fit passer leur première audition à Johnny Rotten et Sid Vicious du Sex Pistols dans le magasin. Les « créations » vestimentaires de Westwood ne sont pas d’un goût particulièrement subtil comme les fameux T-shirts déchirés ornés de croix gammées ou de représentations de Karl Marx, du cuir, des zip… C’était le style punk.

Les Sex Pistols et Vivienne se sont promus les uns les autres. Les premiers connurent une carrière éphémère mais leur influence fut décisive pour les décennies suivantes. La seconde a duré à coups de provocations et présentait encore des collections à la veille de son décès à 81 ans.

Elle avait rebaptisé sa première boutique : Too Fast to Live, Too Young to Die, mais tout à une fin !

« FELA ANIKULAPO-KUTI – Rébellion afrobeat » à la Cité de la Musique

La Cité de la Musique consacre une exposition au musicien nigérian, d’ethnie yoruba, Fela-Kuti (1938-1997). Fils d’une militante des droits de la femme à une époque où l’Afrique n’était pas vraiment éveillée au féminisme, et d’un pasteur, il se forme à la musique à Londres et éveille sa conscience politique au contact des militants des droits civiques aux Etats-Unis. Il revient au pays armé de ce double cursus pour y mener son combat politique contre une dictature galonnée qui ne lui fait pas de cadeaux. Ses concerts sont des messes qui durent des heures dans un chaos organisé où il s’affuble de costumes sophistiqués et bariolés au milieu de nombreux musiciens et danseuses. Il chante, joue du saxophone et dirige sa bande en fumant sans cesse des joints XXL. Sa maison et son club à Lagos sont des colonies où se retrouve toute une faune d’artistes, de militants, de pique-assiettes et où l’armée nigériane aime venir faire des descentes plutôt violentes.

Les slips de Fela…

L’exposition détaille l’environnement créé par ce personnage un peu ubuesque avec photos, coupures de presse, vidéos d’interviews, références à ses guides (Kwame Nkrumah, Sandra Izsadore, Malcom X…), ses costumes flamboyants, les slips multicolores dans lesquels il aimait parader au milieu des siens, les messages politiques qu’il assénait avec pas de mal de simplisme. Il a créé des mouvements politiques aussi fumeux qu’éphémères : Movement of the People (MOP), Young African Pionneers (YOP).  De ses révoltes il n’est d’ailleurs pas resté grand-chose tant le Nigeria demeure un pays hors de contrôle et la pensée politique de Fela étaient idéaliste et peu structurée. On dirait aujourd’hui qu’il était un homme « déconstruit » …

Mais Fela était avant tout un musicien et c’est dans ce domaine qu’il s’est le mieux exprimé en créant le mouvement « afrobeat », sorte de mix entre jazz et musique africaine, aux rythmes hallucinés marqués des cuivres et des percussions. C’est encore par ce média que l’artiste nigérian a été le plus performant. La Cité de la Musique offre aux visiteurs de longs extraits des incroyables concerts que dirigeait ce joyeux trublion.

Lire aussi : « Finding Fella » d’Alex Gibney

Terry Hall du groupe The Specials est mort

Terry au milieu sur le devant

Terry Hall, le chanteur blanc leader du groupe multicolore de ska The Specials est mort ce 18 décembre. La musique militante de ce groupe a marqué l’Angleterre post-punk des années 1980. Ces artistes ont mixé des influences musicales reggae, ska et new-wave pour donner une musique riche et dansante partagée avec d’autres groupes comme Madness, The Beat, UB40, Dexys Midnight Runners. Les Specials, habillés mods, étaient sans doute un plus engagés que les autres en faveur des droits sociaux et contre le racisme dans un pays secoué par la politique dure menée par Mme. Thatcher à la tête d’un gouvernement conservateur.

Le groupe s’était reformé ponctuellement en 2014 pour une tournée de concerts dont un à Paris, bien sûr.

Lire aussi : The Specials – Paris Bataclan – 30 novembre 2014

Toute une époque !

Pete Doherty & Frédéric Lo – 2022/12/10 – Paris, Salle Pleyel

Deux musiciens se retrouvent en Normandie. L’un, Pete Doherty, enfant terrible du rock britannique (The Libertines, Babyshambles) est venu s’y apaiser auprès de son épouse française qui y habite, l’autre, Frédéric Lo, français, est moins connu mais a collaboré comme compositeur-arrangeur-producteur avec différents rockers français, dont Daniel Darc, ex-Taxi Girl qui mena ensuite une carrière solo guidée par Lo.

Ces deux-là se rencontrent un peu par hasard car Lo désire faire participer Doherty à un hommage à Darc décédé en 2013 au terme d’une vie très bousculée de 53 courtes années. Du coup nos deux larrons vont se plaire et poursuivre une fructueuse collaboration ; les textes pour Pete qui retrouve le plaisir d’écrire et Frédéric à qui on ne la fait pas pour créer des mélodies poppy-mélancoliques pleines de douceur et de subtilité. Et les voici embarqués dans la magnifique maison normande figurant sur la couverture de l’album pour quelques semaines de création qui aboutiront à la sortie du CD The Fantasy Life of Poetry & Crime (voir le très joli documentaire tourné par Arte sur l’enregistrement : Peter Doherty & Frédéric Lo – The Fantasy Life of Poetry and Crime – @arteconcert disponible sur Youtube). C’est la touchante surprise de cette année 2022 qui se termine par une tournée du duo épaulé aux claviers par Mme. Doherty ainsi que par une violoniste et… les deux chiens de Pete.

Après un premier show au Trianon, les revoici Salle Pleyel pour cette fin d’année ! Doherty a pris beaucoup de poids, il se dit que la lutte contre ses addictions se déroule difficilement ce qui laisse quelques traces sur son physique. Débraillé dans un costume avachi, il promène sa bonne bouille au bout de son micro. Voix enfantine sous une chevelure ébouriffée, il n’a rien perdu de sa capacité à émouvoir d’autant plus qu’il s’exprime dans une ambiance folk et non plus couvert par le feu de l’électricité. Lo est élégant et tout en noir, sous un chapeau de même couleur qu’il ne quittera pas de la soirée, accroché à une guitare folk qui accompagne si bien la voix poétique de son comparse. Les deux chiens jouent tranquillement sur la scène, pas impressionnés du tout par la sono qui reste malgré tout d’un volume modéré. Lors des shows précédents de Doherty c’étaient deux ou trois danseuses qui faisaient une apparition, c’est ainsi, Pete a besoin de compagnie et aussi de montrer qu’il continue, un peu, à s’affranchir des règles.

En tout cas, s’il y a des règles qui sont magnifiquement respectées ce sont celles de l’harmonie et de la poésie qui insufflent à ce concert un romantisme désarmant. Les thèmes sont les sujets familiers qui hantent Doherty, la perte des siens, la drogue, la vie qui passe…

Sur Abe Wassenstein un hommage à un ami disparu :

He lived on a rock and you know he died upon a road
You know he died upon a roll
I sit and stare I say a prayer
It’s a kind of, it’s a kind of prayer for a friend of mine
He was a friend you know he was a friend
He was a friend, friend of mine

Sur The Monster, une référence à sa lutte contre les drogues :

But the monster’s there for me
And I have no doubt that when I go out lad the monster adores me
Stand and deliver it felt so right
The Lord knows
« La vie est tendre, belle et violente »

Sur la rédemption après tant d’errements, Yes I wear a Mask

I sing the sweetest saddest song
The sweetest saddest song
To cloud all of my wrongs
Confuse all of my wrongs

It’s lovely to be free my friend in-style
Sometimes to right all of my wrongs
Occcasionally
Occasionnally
I scale the highest peak
I find the peace I seek

Yes I wear a mask my friend inside
Outside to hide all of my crimes
The sweetest saddest song
I sing thе sweetest saddest song

La roue qui tourne avec The Glassblower :

Wine like a siren threads
Between the lives I’ve led
Wind swims in my naked hеad
With my legs in the air
My veil is two cеnturies long
I sing forgotten songs amongst the sarees and sarongs
There in is my lair

La musique est douce et enveloppe tous ces titres introspectifs exactement comme il le faut, transformant en mélodie la mélancolie d’une vie brûlée par les deux bouts. Pour la première fois ce n’est pas lui qui l’a écrite et il s’est laissé guidé dans cette collaboration douce avec Frédéric Lo. Quelle chance que Pete Doherty puisse mener ce parcours solo dans lequel il semble retrouver une once de sérénité, un soupçon d’apaisement, et qui l’oriente vers une nouvelle voie musicale qui berce notre esprit et nos âmes.

Au bout d’une heure, tout le nouveau répertoire est joué alors le groupe revient sur quelques morceaux du premier et merveilleux album solo Grace/Wastelands, ainsi que sur une reprise de Daniel Darc : Inutile et hors d’usage, et une chanson écrite par Lo : Cet obscur objet du désir chantée par lui et dont le refrain est repris en français par eux deux. Superbe et majestueux !

Setist : Rock & Roll Alchemy/ The Epidemiologist/ You Can’t Keep It From Me Forever/ Yes I Wear a Mask/ The Fantasy Life of Poetry & Crime/ The Monster/ Invictus/ The Glassblower/ Keeping Me on File/ Abe Wassenstein/ Far From the Madding Crowd/ Half a Person/ Inutile et hors d’usage/ Cet obscur objet du désir/ Arcady/ Salome

Lire aussi : Pete Doherty – 2016/11/17 – Paris le Bataclan & Pete Doherty – 2010/07/07 – Paris la Cité de la Musique

Christine McVie du groupe Fleetwood Mac est décédée

Christine McVie, 2ème en partant de la gauche

Christine McVie est décédée à 79 ans ce 30 novembre. Elle fut chanteuse et claviériste du groupe Fleetwood Mac et épouse de John McVie le bassiste historique du groupe britannico-américain. Créé en 1967 le groupe a rencontré un franc succès avec Rumours, sorti en 1977 et vendu à 40 millions d’exemplaire. Avec Stevie Nicks, américaine, elle formait le duo blond de charme épaulant une solide équipe de guitaristes masculins dans cette musique blues-rock, à la fois percutante et parfois romantique.

The Cure – 2022/11/28 – Paris Bercy

Assister à un concert des Cure en 2022 c’est un peu se lancer dans un voyage introspectif sur son passé musical tant ce groupe, formé en 1978, a accompagné le parcours musical des fans, et tout particulièrement français, The Cure ayant toujours rencontré un franc succès dans l’hexagone. Alors lorsque les lumières s’éteignent ce soir et que démarrent les notes amples de Alone, Bercy frissonne de plaisir. Les musiciens sont en place et joue une longue et lente intro quand Robert Smith fait son entrée, longeant lentement le bord de la scène, en log et en large, saluant les spectateurs avec un petit sourire timide. Sans sa guitare il est « en civil », un peu pataud avec ses kilos en trop, ses cheveux grisonnants-filasse en bataille, son éternel rouge-à-lèvres et ses fringues noires informes. Fidèle à lui-même il déploie avec son groupe la bande-son de notre vie.

Robert Smith

Après cette affectueuse entrée en scène il s’approche du micro pour entamer Alone, une chanson du disque The Lost World dont la sortie est annoncée depuis plusieurs mois mais sans cesse repoussée. On est toujours dans le sombre, la marque de fabrique des Cure :

This is the end of every song that we sing
The fire burned out to ash and the stars grown dim with tears
Cold and afraid, the ghosts of all that we’ve been
We toast, with bitter dregs, to our emptiness

On ne peut pas dire que ces paroles débordent d’enthousiasme, pas plus d’ailleurs que le rythme pesant et étiré de sa musique, mais nous sommes à un concert des Cure pas à un show de chippendales …, et c’est comme ça que nous les aimons.

Le groupe est composé du quatuor habituel : Robert Smith (chant et guitare), Simon Gallup (bass), Roger O’Donnell (clavier) et Jason Cooper (batterie), renforcé par Reeves Gabrels (guitare), qui tourne avec le groupe depuis 2012, et le revenant Perry Bamonte (guitare et clavier) qui fit partie du groupe dans les années 1990 ; il est un peu relégué tout seul à gauche de la vaste scène de Bercy.

Une fois passée cette ouverture pour faire patienter encore un peu la sortie du nouveau disque, le groupe rentre dans une setist de bonheur déclinant 40 années de création. L’enchaînement A Night Like This/ Lovesong est sublime ; Lovesong, cette chanson écrite par Robert comme cadeau de mariage à sa femme Mary… quelle classe ! Charlotte Sometimes, Push, Play for Today sont des sommets qui déclenchent l’enthousiasme. Robert est serein derrière son micro, en pleine forme vocale. Si son aspect physique a pris quelques rides, sa voix est toujours la même, perchée dans les aigües, un peu forcée. Elle s’envole sous les voutes de Bercy et strie nos âmes, nous ramenant toutes ces chansons sur lesquelles les quinqua/sexa rattachent immanquablement nombre des étapes de leurs vies.

Une petite frustration quand même est la sous-utilisation des talents de Gabrels. Quand on l’a vu sur scène avec Bowie, notamment sur la tournée Outside, développer une incroyable virtuosité appuyée par la maîtrise de la technique lui permettant de jouer des sons surréalistes avec seulement six cordes, on reste un peu sur notre faim de le voir entamer seulement deux petits solos sur A night like this et Endsong. C’est un peu maigre mais il n’est sans doute pas facile d’être le guitariste d’un groupe mené par un guitariste-chanteur ! Certes, la musique du groupe ne se prête pas complètement à la virtuosité guitaristique mais il nous semble que Porl Thomson qui a précédé Gabrels pour les tournées avait un peu plus l’initiative sur scène. Et puis, les quelques rares solos joués ce soir, et qui ne sont pas sur les disques, sont parfaitement placés et pourraient être mulitipliés.

Reeves Gabrels

Le show se termine sur Endsong, tirée également du futur CD à sortir. Le beat est lent, de lourdes nappes de claviers se répandent sur l’assistance, les guitares marquent le rythme répétitifs et pesant dans les aigües et le chant de Robert achève de faire tomber un voile de déprime au milieu des larsens déchirants…

And I’m outside in the dark
Staring at the blood red moon
Remembering the hopes and dreams I had
All I had to do
And wondering what became of that boy
And the world he called his own
And I’m outside in the dark
Wondering how I got so old

It’s all gone, it’s all gone
Nothing left of all I loved
It all feels wrong
It’s all gone, it’s all gone, it’s all gone
No hopes, no dreams, no world
No, I don’t belong
AI don’t belong here anymore

Mais pour relever le moral, le groupe revient pour deux rappels d’anthologie enchainant tous les tubes de leur si fructueuse carrière et Bercy se déchaîne. Des gamines de 17 ans hurlent et dansent sur In Between Days  sorti en 1985…, les moins jeunes sont debouts devant leurs sièges, trois générations de fans révèrent ce groupe de légende qui nous laisse bouillonnants sur Boys Don’t Cry… après 2h45 de musique.

Voir aussi : Les photos de Roberto

Setlist : Alone/ Pictures of You/ A Night Like This/ Lovesong/ And Nothing Is Forever/ The Last Day of Summer/ Want/ A Fragile Thing/ Burn/ At Night/ Charlotte Sometimes/ The Figurehead (Robert change « American » for « Parisian » girls)/ A Strange Day/ Push/ Play for Today/ Shake Dog Shake/ From the Edge of the Deep Green Sea/ Endsong

Encore : I Can Never Say Goodbye/ Faith/ A Forest

Encore 2 : Lullaby/ The Walk/ Friday I’m in Love/ Close to Me/ In Between Days/ Just Like Heaven/ Boys Don’t Cry

Warmup : The Twiligth Sad

Lire aussi : The Cure – 2016/11/15 – Paris Bercy
The Cure – 2008/03/12 – Paris Bercy

Patti Smith : “A Book of Days” – Guardian Live event

Aujourd’hui sort le dernier livre de Patti Smith : « A Book of Days ». C’est aussi l’anniversaire de son chat Cairo. Miranda Sawyer du journal The Guardian interview l’artiste (75 ans, née en 1946) en direct sur le site web du grand quotidien britannique. Pour une somme modique les fans peuvent se connecter pour découvrir Patti dans sa chambre raconter ce livre et d’autres petites choses.

A revoir sur :

Photographe depuis toujours, elle a profité du confinement pour se replonger dans ses nombreux cartons de tirages et en rassembler une sélection pour cet ouvrage. D’abord prises au Polaroid à soufflet (Land 250) elle est passée au smartphone lorsqu’il n’y eut plus de production de pellicule par le fabricant, ce qui est aussi bien pour la planète conclut-elle. Il y a beaucoup de photos des artistes qui l’ont inspirée, de sa famille, de sa fille Jesse (pianiste-chanteuse [qui accompagne parfois sa mère], activiste pro-environnement engagée, « People Have the Power »), de tous ceux qu’elle aime et a aimés. Mais cela fait beaucoup de morts constate-t-elle, et comme il est important de se souvenir de toutes ces rencontres décisives.

William Burroughs, Albertine Sarrazin dont il faut lire le roman « Astragal » à la réédition duquel Patti Smith a participé, Fred « Sonic » Smith (le père de ses deux enfant, guitariste du MC5, décédé dans la fleur de l’âge et du talent), Jean Genet, Sam Shepard, Rimbaud, bien sûr, dont elle a racheté à Charleville-Mézières le terrain sur lequel était construite la maison familiale dans laquelle il a écrit « Une saison en enfer » et où il mourut. Une autre maison a été reconstruite à l’emplacement de l’ancienne, ce n’est donc pas l’originale mais elle est faîte du même matériau. Elle essaye d’en faire une résidence pour écrivains lors de discussion en cours avec les pouvoirs publics français.

Elle raconte sa première « rencontre » avec Rimbaud, c’était à Philadelphie, elle avait seize ans et est tombé amoureuse devant la photo du poète, dont elle n’avait jamais entendu parler, dans une vitrine. Elle a aussitôt acheté sa poésie, tout lu, pas tout compris mais perçu l’importance de cette poésie qui allait devenir son phare tout au long de sa carrière.

Elle a repris ses voyages après la levée du confinement, ses pauses dans les cafés pour lire ou écrire au milieu de l’agitation canalisée du monde : « Café-life is romantic ».

Elle divulgue avec beaucoup de bienveillance quelques conseils pour les jeunes artistes : « work hard and believe in you ». Bien sûr le milieu artistique a changé depuis ses 20 ans, mais les basiques et l’exigence de la vocation restent les mêmes.

Et alors qu’il lui est demandé ce qu’elle regrette de n’avoir pas pu faire, elle aurait voulu prendre des photos en Algérie ou alors oublier son appareil et simplement regarder autour d’elle : « just be, take a little breath and just live »

Son chat dort sur le lit derrière elle. Elle se lève pour le prendre dans ses bras et chercher un poème de Nerval afin de finir l’interview. Elle revient avec le chat et la journaliste a trouvé le poème qu’elle lit en anglais. En voici la version originale en français :

Le point noir (Gérard de Nerval, Odelettes)

Quiconque a regardé le soleil fixement
Croit voir devant ses yeux voler obstinément
Autour de lui, dans l’air, une tache livide.

Ainsi, tout jeune encore et plus audacieux,
Sur la gloire un instant j’osai fixer les yeux :
Un point noir est resté dans mon regard avide.

Depuis, mêlée à tout comme un signe de deuil,
Partout, sur quelque endroit que s’arrête mon œil,
Je la vois se poser aussi, la tache noire !

Quoi, toujours ? Entre moi sans cesse et le bonheur !
Oh ! c’est que l’aigle seul – malheur à nous, malheur !
Contemple impunément le Soleil et la Gloire.

Patti interprète ce point noir, cette « tache livide », comme une métaphore de la charge (burden share), la peine (?), portée par l’artiste et de conclure :

Be honest. Go forward!

Patti Smith porte ses yeux et son cœur sur le monde qui change et qu’elle essaye de façonner avec obstination sous un jour meilleur. Ses enfants, ses lecteurs, ses spectateurs, suspendus à ses mots, se demandent maintenant ce qu’il adviendra après elle. Peut-être vont-ils devoir prendre sa relève ?

Patti Smith a 75 ans (Cairo en a 21), une grande dame !

Lire aussi sur Patti Smith :

Sigur Rós – 2022/11/05 – Paris le Zénith

Le quatuor islandais Sigur Rós joue deux soirées au Zénith à guichets fermés. On croyait le groupe mené par Jónsi cantonné à l’avant-garde pour spécialistes, les voici maintenant et depuis déjà quelques années, à l’origine d’un succès d’estime et commercial auprès d’un public international élargi, joyeusement représenté ce soir au Zénith.

La scène est composée de groupes de filins tendus entre plafond et sol, qui vont se torsader selon les morceaux interprétés. L’éclairage est rouge ou vert-laser. Il s’enroule sur les filins donnant à la scène un aspect mystérieux et galactique. Les quatre musiciens sont habillés de noir et démarrent le show sur la ritournelle au clavier de Untitled #1 introduisant leur troisième disque, sans titre, dont on célèbre aussi ce soir le 20ème anniversaire via une réédition remastérisée et qui a la part belle de la set-list du jour. Les Sigur Rós occupent la scène pour deux parties séparées par un entracte.

Jonsi, haut de taille, est sur le devant, jouant le grand prêtre de cette soirée mystique dans sa longue tunique noire. Maniant son archet de violoncelle sur sa guitare il déclenche l’orage avec le son épais de l’instrument lorsqu’il l’écrase sous la mèche de l’archet. Il nous charme avec sa voix de fausset nous emmenant très haut dans les aigus et faisant de cette voix si particulière le cinquième instrument du groupe. Parfois il chante la guitare devant la bouche et sa voix est alors transformée par les multiples traitements de l’instrument. Le claviériste, qui joue aussi du trombone à coulisse, marque l’atmosphère de ses longues et discrètes nappes de claviers, alternées avec des passages de piano aux notes sibyllines. Le batteur et le bassiste sont sur un registre plus classique, marquant confusément la rythmique d’une musique qui n’en n’a guère.

Les écrans de fond de scène diffusent des images, le plus souvent en noir et blanc, parfois floues, de brumes, de fumées qui s’accordent si bien avec cette musique mystérieuse qui envahit le temple du Zénith. On se laisse porter par la magie des compositions, emporter par la grâce et la beauté incompréhensibles de cette production venue du grand Nord. Cette musique sort de l’imagination débridée de ces quatre lutins islandais tellement innovants et c’est un sommet de beauté et de poésie.

Le Zénith en reste pétrifié avant de laisser éclater sa reconnaissance au groupe qui, à la fin du show, revient saluer deux fois en applaudissant à tout rompre les spectateurs enchantés. Sigur Rós reste ancré dans l’avant-garde et aurait tort de s’en éloigner tant il réussit aujourd’hui à la vulgariser sans compromettre. Il mène d’ailleurs une collaboration de longue date avec le groupe Radiohead autre légende de la musique indie qui la met à portée de beaucoup. Quel bonheur d’assister tout au long de ces années à la création de ces artistes toujours en recherche de la perfection !

Setlist : Untitled #1 – Vaka/ Untitled #2 – Fyrsta/ Untitled #3 – Samskeyti/ Svefn-g-englar/ Rafmagnið búið/ Ný batterí/ Gold 2/ Untitled #7 – Dauðalagið/ Smáskifa

Glósóli/ Untitled #6 – E-Bow/ Sæglópur/ Gong/ Andvari/ Festival/ Kveikur/ Untitled #8 – Popplagið

Voir aussi : Les photos de Roberto

« Radio Filharmonish Orkest » au Concertgebouw d’Amsterdam, dirigé par Stéphane Denève

  • Hans Abrahamsen (1952) « Vers le silence » (2020-2021)
  • Maurice Ravel (1875-1937) « Concerto pour la main gauche en Ré majeur » (1929-1930), Pierre-Laurent Aimard piano
  • Florent Schmitt (1870-1958), « Suite ‘La tragédie de Salomé’, op. 50 »

Un concert en matinée (14h15) dans cette magnifique salle classique du Concertgebouw d’Amsterdam, avec au programme des œuvres du XXème siècle dont le « Concerto pour la main gauche » de Ravel joué au piano par le pianiste français Pierre-Laurent Aimard tourné vers la musique contemporaine, il fut notamment pianiste soliste de l’Ensemble intercontemporain de Pierre Boulez et interprète de nombreuses œuvres modernes de Messiaen, Stockhausen, Ligeti etc. Il joue ici avec brio et effets de manche ce concerto si sombre de Ravel, composé pour le pianiste autrichien Paul Wittgenstein (1887-1961) amputé du bras droit à la suite de la première guerre mondiale.

Cette œuvre originale est non seulement admirable pour la technicité de la partie de piano exigeant une incroyable virtuosité du soliste, mais surtout pour l’atmosphère dramatique de la musique, alternant la force parfois mélancolique du piano avec l’emportement tragique de l’orchestre. Il y va de la violence de la guerre et de la solitude angoissée du combattant. Un concerto sublime !

« Tosca » de Puccini mis en scène par Pierre Audi

« Tosca », le polar de Puccini, est présenté à l’Opéra Bastille dans une mise en scène simple et bien pensée. Un peintre amoureux d’une diva (Tosca) est en lutte pour l’indépendance de l’Italie mais il se heurte à l’oppression représentée par un policier malfaisant et des religieux bornés. Finalement tout le monde meurt, l’amour n’a pas réussi à vaincre la répression ! « Amour, gloire et beauté », c’est une histoire éternelle tirée ici d’une pièce de Victorien Sardou transformée en opéra par Puccini en 1900.

La musique est majestueuse, les chanteurs talentueux, y compris le chœur des enfants de l’Opéra Bastille sur le final du premier acte. Un opéra classique et sans surprise, d’ailleurs cette session en matinée (14h30) est fréquentée par de nombreux enfants qui viennent s’initier en famille à l’art de l’opéra.

« Hallelujah, les mots de Leonard Cohen » de Dayna Goldfine et Dan Geller

Un merveilleux documentaire sur Leonard Cohen (1934-2016), immense poète-musicien canadien qui a illuminé la vie et l’âme de plusieurs générations. Le film est construit autour du parcours chaotique de son immense tube « Hallelujah », dont l’écriture lui prit sept années. Outre l’histoire de cette œuvre et de ses multiples reprises, c’est surtout l’occasion de revoir et réécouter cet artiste exceptionnel. Sa simple voix parlée, grave et rocailleuse, est émouvante, ses interrogations mystiques sont vertigineuses, son humour à froid et souriant est désarmant, sa modestie (parfois un peu forcée, mais toujours dans l’ironie) est touchante. Mais surtout, son parcours de la poésie au bouddhisme, de la musique à ses réflexions sur le sens de notre passage sur terre, en passant par sa relation à la Torah et, bien sûr, les femmes de sa vie dont la fréquentation l’a tant aidé dans son écriture et sa créativité, le documentaire survole cet homme simple auteur d’une œuvre de légende consignée dans une multitude de carnets noircis de ses poèmes et de ses réflexions sur lesquels il revient toujours, fruit de l’intense travail d’une vie de 82 années, si riche et prolifique.

A « L’Escurial » dans le XIIIème arrondissement qui présente ce documentaire en avant-première, Barbara Carlotti interprète « Hallelujah » avec un guitariste en introduction du film. C’est respectueux et bien mené.

Lire aussi : Leonard Cohen est décédé

« Moonage daydream » de Brett Morgan

Présenté au festival de Cannes 2022, le documentaire de Brett Morgan retrace les grandes étapes de la carrière de l’artiste britannique David Bowie avec force archives dont la vision fait frémir de bonheur les amateurs de cet immense musicien. Le parti-pris cinématographique est celui d’une bande son composée exclusivement de la voix de Bowie, parlée, lorsqu’il narre ses pensées et ses transformations, ou chantée sur les images de concert.

Evidemment nous sommes dans un film grand public qui se prête assez peu à la philosophie alors certains concepts bowiens sont assénés de façon un peu fumeuse et absconse, ils sont d’ailleurs souvent illustrés à l’écran par des images crypto-psychédéliques style kaléidoscope. Bowie explique que les différents personnages qu’il a incarné au long de sa carrière étaient là pour cacher sa vraie personnalité qu’il n’osait pas dévoiler. Il ajoute que c’est probablement lors de la tournée Outside au mitan des années 1990 qu’il s’est senti le plus vrai mais que ce qu’il lui a toujours importé est de vivre le moment présent, délaissant les névroses du passé et les utopies du futur ; « keep walking!. Dont acte, mais peut-être était-ce aussi un personnage qui devisait sur tout cela…

La vraie valeur de ce documentaire réside évidemment dans les extraits des tournées qu’il a menées à travers la planète au fur et à mesure de l’élaboration de son œuvre, de Ziggy Stardust and the Spiders from Mars à Heroes, de Let’s Dance à Outside…  Il s’agit souvent de films inédits mis à disposition du réalisateur directement par les gestionnaires des archives personnelles de Bowie. La dernière tournée Reality est ignorée. Ce n’était pas la plus percutante.

La première partie du film est largement centrée sur les deux personnages fondateurs de sa carrière : Ziggy Stardust et Aladdin Sane. Ils en valent la peine tant cette époque fut flamboyante et iconoclaste dans le monde du rock post-hippie et pré-punk du début des années 1970. Sur un long extrait de cette époque (Jean Genie – 1972) on voit même Jeff Beck épauler Mick Ronson le guitariste historique des Spiders from Mars. Avec son glam-rock original Bowie a secoué le milieu musical britannique et mondial avec une incroyable créativité qui l’a révolutionné pour toujours, d’autant plus que ce n’était qu’un début pour lui.

Interrogée sur l’artiste, une jeune fan déclare :

J‘étais dans l’espace,
Il était aux commandes.

Ceux qui ont assisté à la tournée Heroes de 1978 retrouvent avec émotion le glaçant morceau d’ouverture Warzawa dans lequel Bowie joue de l’orgue debout, sous la direction de son guitariste Carlos Alomar qui tient la baguette, dos au public ; la version de la chanson Heroes est également extraite de cette tournée avec le virtuose Adrien Belew qui fait hurler sa guitare sur le légendaire solo de cette composition. Ces deux archives méritent à elles-seules d’aller visionner ce documentaire. Pour ceux qui en douteraient, une terrifiante version de Hallo Spaceboy reprise de la tournée Outside (qui passa par Paris en 1996) avec Reeves Gabrels à la guitare solo, achèvera de les convaincre qu’ils n’ont pas perdu leur temps. Outside est présenté comme le retour aux choses sérieuses après les légèretés de la période Let’s Dance sur laquelle Bowie questionne : pourquoi ne pas donner aux gens ce qu’ils aiment ?

Le film se termine sur Blackstar, son dernier disque paru deux jours avant sa mort :

In the villa of Ormen[1], in the villa of Ormen
Stands a solitary candle, ah-ah, ah-ah
In the centre of it all, in the centre of it all
Your eyes
Blakstar

Puis les images s’effacent sur une version live de la chanson The Sun Machine is Coming Down (1970) reprise en chœur et sur laquelle sont greffés les hurlements de guitare d’Adrian Belew sur la légendaire intro de Station to Station lors de la tournée Stage (1977-78).

Tony Visconti, le producteur historique des plus beaux disques, a également produit la remarquable partie musicale du film. C’est un régal pour le vieux fan qui revit ainsi les grands moments musicaux de sa vie. Il ne faut surtout pas se priver de voir et revoir ce film.


[1] La « villa of Ormen » fait sans doute référence au village norvégien éponyme, Ormen signifiant « serpent », peut-être la métaphore d’un monde maléfique qui était en train de lui prendre la vie ?

Arcade Fire – 2022/09/15 – Bercy

Arcade Fire se produit à Bercy pour un nouveau et gigantesque concert à l’occasion de la sortie de son excellent disque « WE ». C’est sur la moderne et dynamique Rhapsody de Gershwin que les lumières s’éteignent laissant les musiciens entrer sur scène. La ritournelle de piano de Age of Anxiety I envahit alors l’arène de Bercy qui s’illumine sur Win, pantalon bicolore, une jambe noire et la deuxième blanche, veste dégradée rouge et mauve et les cheveux arrangés comme l’as de pique parsemés de mèches blondes sur nuque rasée de près, Régine derrière ses claviers, et les autres musiciens autour, au sein desquels on note quelques changements par rapport à la dernière formation : il n’y a plus qu’une seule violoniste et un multiinstrumentiste à dreadlocks fait son apparition.

Soul Kitchen

Sous la grande arche qui domine la scène, debout sur son retour marqué « WE » en grandes lettres blanches, Win lance le show sur cette magnifique chanson au milieu de laquelle Régine le rejoint sur le devant de la scène, sous ses boucles rousses en robe noire sur collants à paillettes avec mitaines fluos, et on lui tend un clavier portable aux touches multicolores pour reprendre en duo :

It’s a maze of mirrors
It’s a hologram of a ghost
And you can’t quite touch it
Which is how it hurts us the most

In the age of, living in the age of, living in the age of anxiety

Il s’en suit deux heures de musique jouée par ce groupe exceptionnel qui diffuse sa joie de vivre si communicative sur des rythmes d’une folle énergie.

Une B-stage est installée au milieu de la fosse sous une boule à facettes qui illumine la salle de ses rayons obliques et que Régine rejoint sur It’s Never Over, puis, installée devant un piano en plexiglas transparent pour My Body in the Cage et sur lequel grimpe Win pour interpréter cette triste comptine. La machine repart ensuite comme une troupe de purs-sangs au grand galop sur la broussaille de nos émotions, fringants, enthousiastes, inarrêtables même au bord de l’épuisement.

Sur Reflektor, Régine apparaît drapée dans un imperméable transparent vert pomme pour exercer ses mimiques saccadées de poupée mécanique tout en chantant. The Lighting I et II sont enchaînés dans un déluge de riffs annonçant Rebellion (Lies), Régine au piano, Win debout sur son retour « WE », tenant sa guitare à bout de bras comme Zeus brandit son foudre, Mr. Dreadloks monté sur ressorts sautant partout en frappant son tambour. Un sommet !

Le rappel est joué sur la B-stage avec End off the Empire, nostalgique déclinaison de la fin de l’Amérique délivré par le chanteur-créateur texan accroché à sa guitare, puis une reprise du groupe rennais Niagara, chanté par Régine en français et le final Wake Up qui se terminera dehors a cappella sur les marches de la rue de Bercy.

Ces concerts du groupe canadien laissent toujours leurs spectateurs, un peu éberlués, totalement épuisés et des étoiles plein les mirettes. Celui-ci n’a pas dérogé à la règle, dédié à la couleur, celles de l’affiche promotionnelle, des touches des claviers, des costumes des musiciens, des lasers et du light-show et surtout les couleurs de leur musique tellement inspirée et dynamique, jouée sans relâche ni l’ombre d’un doute. Un groupe flamboyant qui pourrait risque de tomber un peu dans la grandiloquence s’il n’y prenait garde. Mais quelle jouissance de voir ces huit musiciens déchaînés et créatifs enchanter leur audience au cours de concerts d’anthologie.

Setlist : Rhapsody in Blue (George Gershwin song)/ Age of Anxiety I/ Ready to Start/ Black Wave/Bad Vibrations (First time since 2008)/ It’s Never Over (Hey Orpheus) (Régine on B-stage)/ My Body Is a Cage (Win and Régine on B-stage)/ Afterlife/ Reflektor/ Age of Anxiety II (Rabbit Hole)/ The Lightning I/ The Lightning II/ Rebellion (Lies)/ Month of May (Tour debut)/ The Suburbs / The Suburbs (Continued)/ Unconditional I (Lookout Kid)/ Haïti (with Boukman Eksperyans)/ Sprawl II (Mountains Beyond Mountains)/ Everything Now

Encore : End of the Empire I-III (Encore performed on B-stage)/ End of the Empire IV (Sagittarius A*)/ Pendant que les champs brûlent (Niagara cover)/ Wake Up (with a 15mn-outro a cappella outside the arena)

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