A tribute to David Bowie – Haupstrasse The Berlin Years 1976 – 1978

1976, David Bowie s’installe à Berlin dans le quartier de Schönberg (Hauptstrasse 155) pour 3 ans. Il y composera et enregistrera une grande partie de la trilogie berlinoise, dont le sublime enchaînement Low-Heroes qui marqua la musique rock du XXème siècle. Il y produit également deux albums du renouveau artistique et humain de son ami Iggy Popp qui habitait alors avec lui.

Usé par les abus divers de sa vie passée à Los Angeles, Bowie est venu se ressourcer dans cette ville si créative à cette époque, et s’imprégner de l’art expressionniste qui le fascinait tant en ce lieu historique. Ce petit livre de photos paru en 2013 revisite les lieux fréquentés par Bowie (et souvent aussi Pop) ainsi que les artistes qui l’on inspiré. Emouvant !

Madonna – 2020/02/27 – Paris le Grand Rex

Après 2h30 de retard sur l’horaire annoncé sur les billets, une bande préenregistrée est diffusée dans le Grand Rex par laquelle la voix de la Madone annonce le début du show et se conclue que un mystérieux : « Don’t forget: nothing of this is real! » et la star apparut au milieu d’un groupe de filles blondes toutes grimées à l’identique en espions façon guerre froide pour chanter Vogue. S’en est suivi un concert presque sans musiciens mais avec des danseurs et la voix toujours superbe de Madonna.

Le décor se compose de deux escaliers qui sont montés et démontés comme des Lego pour composer les scènes de chaque chanson. Des décors qui accueillent les bellâtres-danseurs de la bande à Madonna et où l’américaine évolue avec aisance. A 61 ans elle a un peu perdu de son énergie, elle est très (trop) bavarde, peut-être pour reprendre son souffle, mais elle chante toujours magnifiquement, parfois accompagnée par un groupe de femmes capverdiennes. Pour les prochaines tournées, il faudra peut-être revoir le format et, pourquoi ne pas revenir à un format plus classique musiciens-chanteuse pour réinterpréter avec plus de simplicité le fantastique catalogue de cette artiste originale ?

Devendra Banhart – 2020/02/05 – Paris salle Pleyel

Les Inrocks

Découverte de Devendra Banhart en concert à la salle Pleyel ce soir : un musicien américano-vénézuélien d’un genre folk-psychédélique, étrange et original. Une voix profonde de crooner, un look de bel hidalgo, un jeu de guitare délicat, un chant en espagnol ou en anglais et des compositions alternant entre le folk pur et dépouillé et un rock latinos sautillant.

Une révélationà approfondir !

Bryan Ferry

David Bowie

Archive

Massive Attack

CHEMAM Mélissa, ‘En dehors de la zone de confort, de Massive Attack à Bansky’.

Sortie : 2016, Chez : Edition Anne Carrière.

Mélissa Chemam, journaliste, a plongé dans l’histoire de Bristol et de ses artistes pour nous raconter l’extraordinaire explosion musicale et culturelle qui transcende cette ville située à 250 km à l’ouest de Londres. Cité portuaire au passé esclavagiste honteux, peuplée d’une forte communauté antillaise et africaine, elle a connu un passé rebelle et continue à se révolter de temps à autres. Depuis le mouvement d’émancipation des populations noires dans les années 60′, elle est à l’origine d’une formidable explosion culturelle basée sur ce joyeux mixage humain. Mélissa nous emmène au long de ce brillant parcours bristolien en suivant l’histoire du groupe Massive Attack et du graffeur Banksy, deux des plus belles réussites artistiques de la ville.

Un groupe de potes, Robert Del Naja (3D, d’ascendance italienne), Grant Marchall (Daddy G, originaire de la Barbade aux Antilles), Adrian Thaws (Tricky) et Andrew Vowles (Mushroom) traînent chez les disquaires et dans les bars de la ville plutôt qu’à l’école, bricolent des sound systems, vivotent en faisant les DJs dans des soirées arrosées et, surtout, laissent leur imagination les porter. Ils ont été fascinés par l’énergie débridée du mouvement punk, qui s’éteint en ce début de la décennie 80′, et qu’ils mélangent avec l’amour du reggae et du dub que leur ont insufflé leurs amis jamaïcains. Ils ne sont pas musiciens, 3D est graffeur-peintre et couvre les murs de Bristol de ses œuvre (embarqué parfois par la police pour ses dessins qui choquent la bourgeoisie locale). Ils montent le collectif The Wild Bunch (L’Equipée Sauvage) qui se transformera en Massive Attack (attaque massive d’avant-garde) à la fin des années 80′. Leur premier album s’intitule Bleu Lines sort en 1991 et sonne comme un coup de tonnerre dans l’univers musical européen.

L’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher, les guerres au Moyen-Orient, forgent l’engagement politique du groupe qu’il ne cessera d’afficher. Robert Del Naja se sent particulièrement concerné par l’histoire et la responsabilité britanniques dans cette région, leurs shows diffusent nombre de messages sur ce conflit et l’activisme néfaste des Etats-Unis qui a pris la suite de celui de Londres.

Ils collaborent avec toute une bande bristolienne qui gravite les uns autour des autres et qui invente de Trip-Hop, sorte de fusion entre le psychédélisme (le trip) et le hip-hop (le rap naissant) qui fait fureur à l’époque. Leur musique est mélancolique et urbaine, leurs paroles mystérieuses (majoritairement écrites par 3D) et minimalismes. Ils aspirent toutes les inspirations qu’ils trouvent pour inventer le « bristol sound ». Massive Attack est un collectif à géométrie variable qui se transforme progressivement de sound system en véritable groupe avec des instrumentistes et des voix variées et renouvelées. Ses prestations scéniques deviennent progressivement un spectacle époustouflant, sombre et total.

Pointilliste à l’extrême 3D met un temps infini à transformer ses idées en sons et images. Il recherche toujours le travail collectif et affronte quelques déceptions au hasard des pérégrinations de ses acolytes. Au moins Horace Andy, chanteur reggae jamaïcain légendaire, est embarqué sur tous les disques et toutes les tournées, les autres vont et viennent mais le son est toujours celui de Massive Attack dont Robert Del Naja est le sorcier. Le groupe produit également des clips vidéo musicaux très originaux et novateurs, ainsi que de nombreuses musiques de films et séries.

Les artistes orbitant autour de Bristol sont légion. Portishead (du nom d’une ville toute proche) marque aussi son empreinte dans le paysage. Les musiciens s’échangent et s’influencent. Les producteurs aussi. Tricky (le mauvais garçon de la bande) qui participe aux deux premiers disques avant de partir vivre sa vie musicale en solo. Martina Topley-Bird (ex-épouse de Tricky), revenue en force et en beauté sur l’album Heligoland et la tournée qui s’en suit. Neneh Cherry née à Stockholm et rapidement installée à Londres, après avoir collaboré avec les Slits croise la route des Massive Attack dont elle épouse le premier producteur et pour laquelle 3D signe quelques titres. Il y en bien d’autres tant ce groupe inspire à tous l’envie de travailler avec lui.

Autre enfant de Bristol, Banksy n’est jamais bien loin non plus. Admirateur de Robert lorsque celui-ci n’était que grapheur de rue, il est resté très proche du collectif et a mené sa barque depuis. Son ironie un peu désespérée et son engagement politique l’ont toujours fait voguer dans l’univers des Massive…

C’est un beau livre, pour initiés ou ceux qui veulent le devenir, sur ce groupe et la fantastique histoire d’une bande d’adolescents multiculturels qui ne connaissaient rien à la musique mais dont la curiosité et la créativité leur ont permis de synthétiser le son de notre époque : nostalgique, urbain et politique. Depuis vingt ans ils sont les têtes chercheuses de ce Trip-hop qui est l’âme de Bristol.

Garbage

BRUNNER Vincent, ‘Sandinista ! 12 décembre 1980, The Clash fait sa révolution.’

Sortie : 2019, Chez : Le Castor Astral / « A Day in the Life ».

Au début des années 90′ un adolescent s’étant initié au groupe britannique The Clash avec des rééditions, découvre, dix ans après sa sortie, Sandinista ! le triple album vinyle du groupe sorti en 1980. Il se fait alors la promesse d’écrire un jour un livre sur cette œuvre révolutionnaire du rock. En 2019, Vincent Brunner respecte sa promesse en racontant l’histoire de ce disque et des douze mois de la vie des quatre Clashs durant sa réalisation entre la Jamaïque, New-York et Londres.

6 faces, 36 morceaux, des influences musicales multiples : punk, rock, reggae, dub, ska, rap, rockabilly, des messages politiques révolutionnaires variés (la guerre, la drogue, les inégalités…), des invités nombreux : Mickey Dread (1954-2008, pape du reggae jamaïcain), Norman Watt-Roy (bassiste de Ian Dury), Ellen Folley (chanteuse « fiancée » de Mick Jones, guitariste du groupe), Tymon Dogg (musicien violoniste pote de Joe Strummer (1952-2002, chanteur-guitariste du Clash), Mickey Gallagher (claviériste de Ian Dury, et dont les enfants chantent une version de Career Opportunities, un classique punk du groupe), et d’autres. Cet album intelligent marqua un moment clé dans l’histoire du rock ou comment l’énergie punk pouvait être recyclée dans un rock plus subtil et ouvert.

L’enregistrement du disque démarre à Kingston en Jamaïque compte tenu de l’attachement du groupe pour le reggae, et particulièrement celui de Paul Simonon, le bassiste, élevé dans le quartier jamaïcain de Londres. Hélas, les Rolling Stones sont passés par là quelques mois auparavant et ont distribué de l’argent un peu partout pour avoir la paix dans ce pays en voie de développement soumis à une violence politique aigüe. Le Clash n’a pas les moyens de faire de même et de toute façon un tel comportement serait contraire à ses principes. Après l’enregistrement d’une seule chanson (Junco Partner) au studio Channel One de Kingston ils sont obligés de quitter la place rapidement sous la pression des gangs et racketteurs locaux.

Après avoir laissé quelques illusions à Kingston, le groupe écrit et enregistre la suite de l’album à New York, ville mythique pour les quatre britanniques qui, tous révolutionnaires qu’ils s’affichent, restent fascinés par cette cité créatrice et sordide à l’époque par certains aspects. Ils vont y rester plusieurs mois, Joe se consacrer aux textes, Mick à la musique, Topper (Headon, le batteur) à ses addictions pendant que Paul est absent car tourne un film au Canada sur feu Sex Pistols.

Le groupe est arrivé aux Etats-Unis déjà fort d’une certaine réussite commerciale (l’album London Calling a été très bien reçu) et du succès de ses tournées frénétiques qui lui ont donné une certaine aisance financière. Les musiciens sont logés dans de bons hôtels et profitent aussi de la vie sociale new-yorkaises pour des rencontres variées

Le résultat est magique, le groupe se bat avec CBS pour que le triple album soit commercialisé à un prix acceptable pour ses fans, le disque sort dans les bacs le 12 décembre 1980. L’accueil de la critique est mitigé. Le groupe organise alors une tournée avec des résidence dans différentes villes : 15 jours au Bond International Casino de New York en mai 1981 avec des rappeurs et du hip-hop en warmup, de Niro, Scorsese, Ginsberg… dans les spectateurs, 8 concerts au théâtre de Mogador à Paris deux mois plus tard où se pressent notamment Rachid Taha (Carte de Séjour qui collaborera ensuite avec Mick), Manu Chao (La Mano Negra), Jean-François Bizot (fondateur du magazine Actuel et de Radio Nova), MC Solaar et, notamment, votre chroniqueur.

Après ce fantastique et novateur album, le Cash sortira Combat Rock qui rencontra un franc succès commercial (Rock the Casbah, Should I stay or Should I Go). Un dernier album Cut the Crap est commercialisé après que Mick et Topper aient été virés. Joe dissout alors The Clash et ce fut bien ainsi. Il meurt brusquement en 2002 à 50 ans d’une malformation cardiaque qui n’avait jamais été diagnostiqué. The Clah restera un groupe majeur du rock du XXème siècle dont Sandinista ! fut l’œuvre la plus originale.

ALBERTINE Viv, ‘De fringues, de musiques, de mecs’.

Sortie : 2014, Chez : Libella – 10/18 5419.

Viv Albertine est la guitariste britannique cocréatrice du groupe punk féminin The Slits (Les Fentes…) créé à Londres à la fin des années 70′. Née en 1954 en Australie mais revenue très jeune au Royaume-Uni avec ses parents et sa sœur, elle évoque ses souvenirs et nous fait vivre l’enfance d’une gamine anglaise issue d’une famille moyenne, aspirée par la musique et la révolution punk. Plus intéressée par la vie des rues et des salles de concert que par l’école, elle voit éclore Bowie, les Sex Pistols, King Crimson, Patti Smith, se passionne pour Lennon, Zappa, Cream, Syd Barrett, Lou Reed… et tous les autres. Elle vit au cœur de l’ouragan du punk à Londres, nihiliste et créatif. Le tableau sera complet en ajoutant le sexe (plutôt beaucoup) et la drogue (plutôt modérément)

Les fringues et le look sont (déjà) une préoccupation majeure. Les punks ont produit une mode plutôt voyante et provocante, une des caractéristiques du mouvement. Tout ce petit monde dès qu’il a quelques pounds de coté s’habille dans la boutique de fringues « SEX » tenue par Vivienne Westwood (toujours en activité), la compagne de Malcom McLaren, l’un des initiateurs et animateurs du mouvement.

Avec Viv on retrouve tous les acteurs de cette période magique, so british. Elle est la fiancée de Mick Jones (The Clash), monte un premier groupe avec Sid Vicious (The Sex Pistols), fréquente les squats, Malcom McLaren, John « Rotten » Lydon… Avec ses copines elles montent The Slits dans lequel elle tient le poste de guitariste et d’organisatrice. Les quatre filles ne connaissent ni la musique ni les instruments (comme d’ailleurs la plupart des musiciens punks de l’époque), mais qu’importe, elles ont le feu sacré, de l’énergie à revendre, et puis elles travaillent un peu le sujet pour être à la hauteur de leurs collègues masculins. Ari « Up », la jeune chanteuse allemande a un charisme et un enthousiasme sans limite, la joie de la scène fait le reste. Le groupe tourne, publie deux ou trois disques puis se disperse avec l’extinction du mouvement.

1980 : la fête est finie, Mme. Thatcher gouverne le Royaume, les survivants retournent progressivement à une vie « normale », le rock se professionnalise mais l’étincelle punk a allumé un brasier qui ne s’éteindra plus et qui inspire encore nombre de ses acteurs.

Viv travaille maintenant dans le cinéma, se marie, après moulte difficultés donne naissance à une fille, affronte un cancer, divorce, remonte sur scène pour une gig avec les éphémères New Slits, enterre nombre de ses amis (Ari « Up », Polly Styren, Malcom McLaren) puis 30 ans après la fin des Slits entame une carrière solo plus apaisée où elle chante ses compositions en s’accompagnant à la guitare. Installée à Londres, elle se consacre désormais à l’écriture.

Les historiques du punk, du moins ceux qui ont survécu, ont maintenant atteint l’âge où l’on écrit ses mémoires. Celles de John Lydon (marié avec la mère d’Ari « Up ») parue en 2015 comme celles aujourd’hui de Viv Albertine montrent que le mouvement punk ne fut pas seulement sordide et mortifère, image bien facile retenue par le commun des mortels, mais s’est surtout avéré comme un fantastique incubateur de musique nouvelle, énergique et joyeuse auquel se réfèrent encore les plus grands.

Zappa Dweezil – 2019/12/02 – Paris la Cigale

Dweezil Zappa rejoue Hot Rats. Ce fut le second album de Frank Zappa après la dissolution des Mothers of Invention. Sorti en 1969, il était dédicacé à Dweezil, son fils né la même année qui aujourd’hui continue à faire vivre l’âme de son père à travers ce disque instrumental d’inspiration jazz.

Comme les musiciens qui accompagnaient Franck, ceux qui entourent Dweezil, au nombre de cinq, sont du genre virtuose et déjanté, à l’exemple de Sheila Gonzales au saxophone, claviers et chants. Tout ce petit monde est multi-instrumentiste, inspiré et détendu. Dweezil se contente de jouer de la guitare et quelques très rares vocaux. Propret et discret, il n’est pas d’un charisme exceptionnel mais quel doigté. Et puis la musique l’emporte sur le reste. Dweezil c’est un peu le « papa-m’a-dit » du rock, mais pourquoi s’en priver puisque son père était une légende.

Ceux qui ne connaissent pas bien la discographie zappaienne découvrent ce disque marquant que fut Hot Rats, notamment du fait de ses innovations technologiques avancées pour l’époque mises en œuvre lors de son enregistrement par un Franck Zappa qui ne manquait pas d’inventivité musicale comme technique. Alors on se laisse porter par ce rock-jazzy puissant qui sera complété après l’entracte par un retour sur d’autres classiques de Franck. Une joyeuse bande américaine, inspirée et musicienne, rend un hommage mérité à l’immense Franck Zappa.

1985 : Frank et Dweezil Zappa (Photo by Hulton Archive/Getty Images)

The Stranglers – 2019/11/27 – Paris l’Olympia

Et hop ! Un nouveau concert des Stranglers à l’Olympia, toujours en noir, toujours flamboyants, plus de 40 ans de rock éperdu, des souvenirs à en revendre et beaucoup de bonne humeur ce soir avec ces quatre indestructibles lascars !

Un concert des Stranglers en 2019 c’est propre et bien envoyé, vitaminé et élégant. Ils n’ont rien abdiqué de leur (notre) jeunesse mais juste adouci les angles, la musique reste le phare qui les (nous) guide, ils mourront sur scène avec le sourire et notre reconnaissance infinie.

Sur l’affiche de la tournée, Jet Black, le batteur historique, est définitivement remplacé par Jim Macaulay. JJ-Burnel, bassiste-chanteur, nous a souvent expliqué sur scène que Jet a consommé tellement de cocaïne dans sa vie qu’on l’a surnommé « l’aspirateur ». A 81 ans, sa santé fragile l’empêche de tourner avec le reste du groupe depuis déjà plusieurs années.

Sur scène les Stranglers font les Stranglers et nous emmènent avec enthousiasme et ironie dans une setlist de cœur menée tambour battant. JJ remercie les agriculteurs français de leur avoir permis de découvrir longuement le périphérique… A défaut de nouveau disque, le dernier, Giants, remonte à 2016, le groupe nous gratifie d’une dispensable décoration scénique faite de ventilateurs multicolore ventilant devant la vaste photo d’une cave-égout délabrée et pleine de détritus avec le logo des Stranglers de couleur blanche inscrit dessus.

La machine infernale délivre des interprétations vigoureuses des classiques post-punk du groupe. Midnight Summer Dream est merveilleusement interprétée par Baz sur fond d’accords de guitare acoustique. Don’t bring Harry est chantée en français par JJ.

Tout est sous contrôle avec ces quatre musiciens qui volent en formation serrée depuis si longtemps :

Fly straight with perfection
Find me a new direction
You never realized the things they said
We’ll never realize until we’re dead

The fires they burned along the coast of triumphs
The ebony embittered souls of children
We’ll seek another way before too long
But will you stop my wind before I’m gone

And when you find me all alone
Your world has never been my own

The Raven

La colonie britannique à Paris est bien sûr à l’Olympia ce soir, le reste de l’assemblée est composés des quinqua/sexa, avec parfois quelques pièces rapportées, qui vivent encore dans le son des Strangler. Quel bonheur !

Setlist : Waltzinblack/ The Raven/ I’ve Been Wild/ (Get a) Grip (on Yourself)/ Midnight Summer Dream/ Time To Die/ Nice ‘n’ Sleazy/ Norfolk Coast/ 5 Minutes/ Unbroken/ Golden Brown/ Always the Sun/ Don’t Bring Harry/ Nuclear Device (The Wizard of Aus)/ Peaches/ Toiler on the Sea/ Freedom Is Insane/ Walk On By (Dionne Warwick cover)/ Something Better Change/ Relentless/ Hanging Around/ Tank

Encore : Go Buddy Go/ No More Heroes

CRITCHLEY Simon, ‘Bowie – philosophie intime’.

Sortie : 2014, Chez : La rue musicale.

Professeur de philosophie, le britannique Simon Critchley écrit ce court essai sur la relation intellectuelle qu’il a partagée avec David Bowie, sans jamais avoir rencontré celui-ci. Né en 1960 il est de la génération des fans qui ont été bousculés par Ziggy Stardust et fascinés par la personnalité multiple de cet artiste hors du commun.

Avec un retour sur les paroles marquantes des chansons de Bowie, l’auteur plonge dans les mythes et les utopies bowiennes, qui furent aussi un peu les siennes : la confrontation permanente entre la réalité et la fiction (des personnages successifs qu’il jouât), la destruction et la création, le chaos et le rien, la nostalgie et le désir…

L’auteur parle de lui et de nous à travers les étapes brillantes de la vie musicale de Bowie. Il interprète ses mots à l’aune de ses propres connaissances et convictions. L’artiste n’a jamais beaucoup épilogué sur ses pensées intimes, mais on l’a sut toujours curieux de son environnement intellectuel. Son imagination a fait le reste et la puissance de son œuvre réside aussi dans l’inspiration sans limite qu’elle provoque chez ceux qui l’aborde. C’est le propre des grands !

Zazie – 2019/11/14 – Paris l’Olympia

Zazie à l’Olympia : un concert agréable, un peu variétoche mais qui essaye d’être rock. Zazie (Isabelle Marie Anne de Truchis de Varennes de son vrai nom, 55 ans) est plutôt en forme et vient de sortir son dixième album : Essentiel, et a entamé la tournée qui va avec. Elle déboule sur scène en pantalon taille-basse-cuir-noir coiffée d’une espèce de chapeau Borsalino également noir. Grande bringue élancée, elle est sympatoche Zazie, même quand elle se dandine un peu trop. Zazie est entourée sur scène de deux guitaristes femmes : l’indestructible Edith Fambuena (ex-Les Valentins, et marraine du rock français pour avoir collaboré avec Daho, Bashung, Higelin et d’autres…) et une jeune femme, Marie Lalonde, déjà sur les traces de son aînée. Il y a également deux claviéristes et une rythmique bass/batterie classique.

Tout ceci est bien sympathique, les spectateurs sont en places assises et plutôt ravis. Zazie est trop bavarde et ne peut s’empêcher de les faire battre la mesure en tapant dans leurs mains, cela doit lui donner de l’énergie. Elle est bien plus séduisante et efficace lorsqu’elle chante plutôt que lorsqu’elle minaude. Quelques « fayots » quittent leurs sièges pour aller danser dans les couloirs, l’ambiance est populaire et familiale.

Le chroniqueur essaye de se souvenir à quand remonte le dernier concert de Zazie auquel il a assisté… ce devait être le « Tour des anges » (qui a donné le disque « Made in Live ») au début des années 2000, déjà à l’Olympia, elle chantait sous de grandes éoliennes tournoyantes, habillée en tenue légère d’un blanc immaculé. C’était plus… rock.

Aujourd’hui la voilà recyclée en noir mais dans la douceur, l’âge sans doute… D’ailleurs elle ouvre le show sur 20 ans : « D’accord/ J’ai menti/ J’suis pas vip/ Je sors/ Tant pis/ J’ai 20ans jusqu’au bout de la nuit// Et quand le silence est trop lourd/ Je prends mes talons haut et je cours, je cours,/ Je fuis l’ombre qui me suit/ Quand l’étau se resserre je sors/ Changer la poussière en or »

Elle est sympa Zazie, elle joue avec les mots et les sentiments sur de jolies mélodies, elle est un peu notre Daho féminine.

Setlist : 20 ans/ Garde la pose/ Waterloo/ I Love You All/ Zen/ Encore heureux/ Tout/ Nos âmes sont/ Larsen/ L’addition/ Je suis un homme/ Veilleurs amis/ J’étais là/ Cyclo/ Des rails/ Rue de la Paix/ Toc toc toc/ Rodéo

Encore : Va chercher/ Speed/ J’envoie valser

Aldous Harding – 2019/11/12 – Paris la Cigale

Aldous Harding à la Cigale ce soir : une folkeuse néo-zélandaise mystique et étrange, d’une minceur diaphane que son ample tenue de Pierrot lunaire rend encore plus impressionnante, jouant de la guitare, effleurant les cordes de ses doigts infinis, chantant assise sur un pouf, ses longues jambes emberlificotées devant elle, comme autour d’un feu de bois dans la nature. Parfois elle pose son front sur le bois de la guitare un long moment durant, comme pour s’évader sur les notes que diffusent doucement ses compagnons de musique. Parfois elle rejoint la claviériste-choriste sur son banc pour jouer avec elle à quatre mains et chanter à deux voix dans un délicieux duo.

Son dernier disque Designer est produit par John Parish, musicien proche de PJ Harvey, et l’on sent d’ailleurs une proximité musicale diffuse entre ces deux compositrices, et même physique d’ailleurs. Les morceaux de Designer sont entrecoupés d’autres classiques d’Aldous qui déroule son show par petites touches, pleines de subtilité. Ses mots sont aussi délicats et brumeux que ses notes : Honey, your face is folding up/ As the memory kisses you goodby/ Better to live with melody and have an honest time/ Isn’t that rihght?/ There’s a definitive vibe/ You cant’t be pure and in love/ In the corner in blue is my name/ In the corner/ Fixture, Picture/ Iv’e got it. I’m on it.You’re in it. I’m honoured/ Fixture, Picture…

Une très belle voix éthérée, à l’image du personnage, des textes mystérieux, beaucoup de douceur pour une soirée apaisante.

Neil Youg veut voter aux Etats-Unis

Sur son site web Neil Young explique qu’il est en train de demander la nationalité américaine pour pouvoir voter aux prochaines élections présidentielles mais que, signalé comme consommateur de cannabis, il doit passer un entretien supplémentaire. Il est résident américain depuis déjà des décennies.

I sincerely hope I have exhibited good moral character and will be able to vote my conscience on Donald J. Trump and his fellow American candidates, (as yet un-named).

Ayant soutenu Bernie Sanders la dernière fois, on peut imaginer qu’il ne votera pas pour Trump à qui l’opposa un litige quand celui-ci utilisait Keep on rockin’ in the free world comme bande-son de ses meetings…

Vieillir avec Mick Jagger

« How the years they rush on by
Birthdays, kids and suicides
Still I play the fool and strut
Still you’re a slut »

“All the Way Down” – The Rolling Stones

Comment les années s’écoulent à toute allure
Anniversaires, enfants et suicides
Je fais toujours l’imbécile et je me pavane
Tu es toujours une salope.

Traduction – www.DeepL.com

New Order – 2019/10/11 – Paris le Grand Rex

Bluedot festival 2019 (photo by Warren Jackson)

Superbe concert de New Order à Paris ce soir, débuté sur Wagner et clôt sur Gainsbourg ! Il reste trois des musiciens historiques, Barney bien sûr, principal auteur-compositeur, musicien et chanteur (Bernard Sumner de son vrai nom), Stephen Morris à la batterie, Gillian Gilbert aux claviers. Peter Hook (dit Hooky), bassiste fondateur du groupe les a quittés en plutôt mauvais termes il y a dix ans (voir ses mémoires « Substance – New Order vu de l’intérieur ») et est remplacé par Tom Chapman. Phil Cunningham fait le deuxième guitariste depuis bientôt quinze ans.

Et tout ce petit monde nous fait replonger avec bonheur dans le son des années 80’ que nous avons tant aimé. Au commencement de cette décennie était le groupe post-punk Joy Division qui explosa en plein vol après le suicide de son charismatique chanteur Ian Curtis en mai 1980 : guitares brutes, voix profonde, rythmique hallucinée parfois adoucie par une petite ritournelle de clavier. Les textes de Curtis était glaçant de désespoir, son langage corporel sur scène, épileptique. Le groupe joue immédiatement dans la cour des grands et est reconnu pour son influence majeur dans ce qui deviendra la new wave et la cold wave. Il n’a sorti que deux disques (Unknown Pleasures et Closer), oui, mais du Joy Division. Leur nom fait référence aux divisions de la joie qui désignaient l’exploitation sexuelle des détenues par l’armée allemande dans les camps de concentration. Ambiance…

Lorsqu’ils reprirent le flambeau du groupe, les New Order transformèrent le son en le modernisant : plus électronique et dansant, sans doute moins gothique. Ils firent preuve d’ingéniosité et de curiosité dans la science du bidouillage électronique, toujours à la pointe du son à une époque où le matériel était moins performant. Ce soir ils passent largement en revue ces périodes et font tressauter le Grand Rex lorsqu’ils entament les classiques électro. Les puristes, sans doute aussi les plus âgés, s’émeuvent sur les retours à l’époque Joy Division, d’ailleurs Barney porte sur son T-shirt noir le célèbre logo du disque Unknown Pleasure, premier des deux disques que produira Joy Division. Le light show coloré et animé ajoute une note de gaîté dépouillée sur la musique plutôt sombre de ce groupe qui fut un peu la tête chercheuse du rock de la fin du siècle dernier. A plus ou moins 60 ans d’âge moyen, les cinq musiciens sont professionnels et détendus, plutôt inondés de sérénité. Ils traînent derrière eux le passé d’une vie de rockers brûlée par les deux bouts (voir les mémoires de Hooky…) mais n’en semblent pas si marqués que ça.

New Order a continué d’écrire des disques et de les jouer sur scène dans les années 2000, le dernier, Music Complete, est sorti en 2015. Après diverses interruptions consacrées à des projets alternatifs des uns et des autres, le groupe est toujours sur les planches et tout le monde s’en félicite. Le résultat musical est enthousiasmant.

Setlist : Intro Das Rheingold Vorspiel (Richard Wagner song)

Age of Consent/ Restless/ She’s Lost Control (Joy Division song)/ Disorder (Joy Division song)/ Academic/ Your Silent Face/ World/ Tutti Frutti/ Subculture/ Bizarre Love Triangle/ Fine Time/ Plastic/ True Faith/ Blue Monday/ Temptation

Encore : Decades (Joy Division song)/ Love Will Tear Us Apart (Joy Division song)

Outro : Je t’aime… moi non plus (Jane Birkin & Serge Gainsbourg song)