Patti Smith : “A Book of Days” – Guardian Live event

Aujourd’hui sort le dernier livre de Patti Smith : « A Book of Days ». C’est aussi l’anniversaire de son chat Cairo. Miranda Sawyer du journal The Guardian interview l’artiste (75 ans, née en 1946) en direct sur le site web du grand quotidien britannique. Pour une somme modique les fans peuvent se connecter pour découvrir Patti dans sa chambre raconter ce livre et d’autres petites choses.

A revoir sur :

Photographe depuis toujours, elle a profité du confinement pour se replonger dans ses nombreux cartons de tirages et en rassembler une sélection pour cet ouvrage. D’abord prises au Polaroid à soufflet (Land 250) elle est passée au smartphone lorsqu’il n’y eut plus de production de pellicule par le fabricant, ce qui est aussi bien pour la planète conclut-elle. Il y a beaucoup de photos des artistes qui l’ont inspirée, de sa famille, de sa fille Jesse (pianiste-chanteuse [qui accompagne parfois sa mère], activiste pro-environnement engagée, « People Have the Power »), de tous ceux qu’elle aime et a aimés. Mais cela fait beaucoup de morts constate-t-elle, et comme il est important de se souvenir de toutes ces rencontres décisives.

William Burroughs, Albertine Sarrazin dont il faut lire le roman « Astragal » à la réédition duquel Patti Smith a participé, Fred « Sonic » Smith (le père de ses deux enfant, guitariste du MC5, décédé dans la fleur de l’âge et du talent), Jean Genet, Sam Shepard, Rimbaud, bien sûr, dont elle a racheté à Charleville-Mézières le terrain sur lequel était construite la maison familiale dans laquelle il a écrit « Une saison en enfer » et où il mourut. Une autre maison a été reconstruite à l’emplacement de l’ancienne, ce n’est donc pas l’originale mais elle est faîte du même matériau. Elle essaye d’en faire une résidence pour écrivains lors de discussion en cours avec les pouvoirs publics français.

Elle raconte sa première « rencontre » avec Rimbaud, c’était à Philadelphie, elle avait seize ans et est tombé amoureuse devant la photo du poète, dont elle n’avait jamais entendu parler, dans une vitrine. Elle a aussitôt acheté sa poésie, tout lu, pas tout compris mais perçu l’importance de cette poésie qui allait devenir son phare tout au long de sa carrière.

Elle a repris ses voyages après la levée du confinement, ses pauses dans les cafés pour lire ou écrire au milieu de l’agitation canalisée du monde : « Café-life is romantic ».

Elle divulgue avec beaucoup de bienveillance quelques conseils pour les jeunes artistes : « work hard and believe in you ». Bien sûr le milieu artistique a changé depuis ses 20 ans, mais les basiques et l’exigence de la vocation restent les mêmes.

Et alors qu’il lui est demandé ce qu’elle regrette de n’avoir pas pu faire, elle aurait voulu prendre des photos en Algérie ou alors oublier son appareil et simplement regarder autour d’elle : « just be, take a little breath and just live »

Son chat dort sur le lit derrière elle. Elle se lève pour le prendre dans ses bras et chercher un poème de Nerval afin de finir l’interview. Elle revient avec le chat et la journaliste a trouvé le poème qu’elle lit en anglais. En voici la version originale en français :

Le point noir (Gérard de Nerval, Odelettes)

Quiconque a regardé le soleil fixement
Croit voir devant ses yeux voler obstinément
Autour de lui, dans l’air, une tache livide.

Ainsi, tout jeune encore et plus audacieux,
Sur la gloire un instant j’osai fixer les yeux :
Un point noir est resté dans mon regard avide.

Depuis, mêlée à tout comme un signe de deuil,
Partout, sur quelque endroit que s’arrête mon œil,
Je la vois se poser aussi, la tache noire !

Quoi, toujours ? Entre moi sans cesse et le bonheur !
Oh ! c’est que l’aigle seul – malheur à nous, malheur !
Contemple impunément le Soleil et la Gloire.

Patti interprète ce point noir, cette « tache livide », comme une métaphore de la charge (burden share), la peine (?), portée par l’artiste et de conclure :

Be honest. Go forward!

Patti Smith porte ses yeux et son cœur sur le monde qui change et qu’elle essaye de façonner avec obstination sous un jour meilleur. Ses enfants, ses lecteurs, ses spectateurs, suspendus à ses mots, se demandent maintenant ce qu’il adviendra après elle. Peut-être vont-ils devoir prendre sa relève ?

Patti Smith a 75 ans (Cairo en a 21), une grande dame !

Lire aussi sur Patti Smith :

« Radio Filharmonish Orkest » au Concertgebouw d’Amsterdam, dirigé par Stéphane Denève

  • Hans Abrahamsen (1952) « Vers le silence » (2020-2021)
  • Maurice Ravel (1875-1937) « Concerto pour la main gauche en Ré majeur » (1929-1930), Pierre-Laurent Aimard piano
  • Florent Schmitt (1870-1958), « Suite ‘La tragédie de Salomé’, op. 50 »

Un concert en matinée (14h15) dans cette magnifique salle classique du Concertgebouw d’Amsterdam, avec au programme des œuvres du XXème siècle dont le « Concerto pour la main gauche » de Ravel joué au piano par le pianiste français Pierre-Laurent Aimard tourné vers la musique contemporaine, il fut notamment pianiste soliste de l’Ensemble intercontemporain de Pierre Boulez et interprète de nombreuses œuvres modernes de Messiaen, Stockhausen, Ligeti etc. Il joue ici avec brio et effets de manche ce concerto si sombre de Ravel, composé pour le pianiste autrichien Paul Wittgenstein (1887-1961) amputé du bras droit à la suite de la première guerre mondiale.

Cette œuvre originale est non seulement admirable pour la technicité de la partie de piano exigeant une incroyable virtuosité du soliste, mais surtout pour l’atmosphère dramatique de la musique, alternant la force parfois mélancolique du piano avec l’emportement tragique de l’orchestre. Il y va de la violence de la guerre et de la solitude angoissée du combattant. Un concerto sublime !

« Tosca » de Puccini mis en scène par Pierre Audi

« Tosca », le polar de Puccini, est présenté à l’Opéra Bastille dans une mise en scène simple et bien pensée. Un peintre amoureux d’une diva (Tosca) est en lutte pour l’indépendance de l’Italie mais il se heurte à l’oppression représentée par un policier malfaisant et des religieux bornés. Finalement tout le monde meurt, l’amour n’a pas réussi à vaincre la répression ! « Amour, gloire et beauté », c’est une histoire éternelle tirée ici d’une pièce de Victorien Sardou transformée en opéra par Puccini en 1900.

La musique est majestueuse, les chanteurs talentueux, y compris le chœur des enfants de l’Opéra Bastille sur le final du premier acte. Un opéra classique et sans surprise, d’ailleurs cette session en matinée (14h30) est fréquentée par de nombreux enfants qui viennent s’initier en famille à l’art de l’opéra.

« Hallelujah, les mots de Leonard Cohen » de Dayna Goldfine et Dan Geller

Un merveilleux documentaire sur Leonard Cohen (1934-2016), immense poète-musicien canadien qui a illuminé la vie et l’âme de plusieurs générations. Le film est construit autour du parcours chaotique de son immense tube « Hallelujah », dont l’écriture lui prit sept années. Outre l’histoire de cette œuvre et de ses multiples reprises, c’est surtout l’occasion de revoir et réécouter cet artiste exceptionnel. Sa simple voix parlée, grave et rocailleuse, est émouvante, ses interrogations mystiques sont vertigineuses, son humour à froid et souriant est désarmant, sa modestie (parfois un peu forcée, mais toujours dans l’ironie) est touchante. Mais surtout, son parcours de la poésie au bouddhisme, de la musique à ses réflexions sur le sens de notre passage sur terre, en passant par sa relation à la Torah et, bien sûr, les femmes de sa vie dont la fréquentation l’a tant aidé dans son écriture et sa créativité, le documentaire survole cet homme simple auteur d’une œuvre de légende consignée dans une multitude de carnets noircis de ses poèmes et de ses réflexions sur lesquels il revient toujours, fruit de l’intense travail d’une vie de 82 années, si riche et prolifique.

A « L’Escurial » dans le XIIIème arrondissement qui présente ce documentaire en avant-première, Barbara Carlotti interprète « Hallelujah » avec un guitariste en introduction du film. C’est respectueux et bien mené.

Lire aussi : Leonard Cohen est décédé

« Moonage daydream » de Brett Morgan

Présenté au festival de Cannes 2022, le documentaire de Brett Morgan retrace les grandes étapes de la carrière de l’artiste britannique David Bowie avec force archives dont la vision fait frémir de bonheur les amateurs de cet immense musicien. Le parti-pris cinématographique est celui d’une bande son composée exclusivement de la voix de Bowie, parlée, lorsqu’il narre ses pensées et ses transformations, ou chantée sur les images de concert.

Evidemment nous sommes dans un film grand public qui se prête assez peu à la philosophie alors certains concepts bowiens sont assénés de façon un peu fumeuse et absconse, ils sont d’ailleurs souvent illustrés à l’écran par des images crypto-psychédéliques style kaléidoscope. Bowie explique que les différents personnages qu’il a incarné au long de sa carrière étaient là pour cacher sa vraie personnalité qu’il n’osait pas dévoiler. Il ajoute que c’est probablement lors de la tournée Outside au mitan des années 1990 qu’il s’est senti le plus vrai mais que ce qu’il lui a toujours importé est de vivre le moment présent, délaissant les névroses du passé et les utopies du futur ; « keep walking!. Dont acte, mais peut-être était-ce aussi un personnage qui devisait sur tout cela…

La vraie valeur de ce documentaire réside évidemment dans les extraits des tournées qu’il a menées à travers la planète au fur et à mesure de l’élaboration de son œuvre, de Ziggy Stardust and the Spiders from Mars à Heroes, de Let’s Dance à Outside…  Il s’agit souvent de films inédits mis à disposition du réalisateur directement par les gestionnaires des archives personnelles de Bowie. La dernière tournée Reality est ignorée. Ce n’était pas la plus percutante.

La première partie du film est largement centrée sur les deux personnages fondateurs de sa carrière : Ziggy Stardust et Aladdin Sane. Ils en valent la peine tant cette époque fut flamboyante et iconoclaste dans le monde du rock post-hippie et pré-punk du début des années 1970. Sur un long extrait de cette époque (Jean Genie – 1972) on voit même Jeff Beck épauler Mick Ronson le guitariste historique des Spiders from Mars. Avec son glam-rock original Bowie a secoué le milieu musical britannique et mondial avec une incroyable créativité qui l’a révolutionné pour toujours, d’autant plus que ce n’était qu’un début pour lui.

Interrogée sur l’artiste, une jeune fan déclare :

J‘étais dans l’espace,
Il était aux commandes.

Ceux qui ont assisté à la tournée Heroes de 1978 retrouvent avec émotion le glaçant morceau d’ouverture Warzawa dans lequel Bowie joue de l’orgue debout, sous la direction de son guitariste Carlos Alomar qui tient la baguette, dos au public ; la version de la chanson Heroes est également extraite de cette tournée avec le virtuose Adrien Belew qui fait hurler sa guitare sur le légendaire solo de cette composition. Ces deux archives méritent à elles-seules d’aller visionner ce documentaire. Pour ceux qui en douteraient, une terrifiante version de Hallo Spaceboy reprise de la tournée Outside (qui passa par Paris en 1996) avec Reeves Gabrels à la guitare solo, achèvera de les convaincre qu’ils n’ont pas perdu leur temps. Outside est présenté comme le retour aux choses sérieuses après les légèretés de la période Let’s Dance sur laquelle Bowie questionne : pourquoi ne pas donner aux gens ce qu’ils aiment ?

Le film se termine sur Blackstar, son dernier disque paru deux jours avant sa mort :

In the villa of Ormen[1], in the villa of Ormen
Stands a solitary candle, ah-ah, ah-ah
In the centre of it all, in the centre of it all
Your eyes
Blakstar

Puis les images s’effacent sur une version live de la chanson The Sun Machine is Coming Down (1970) reprise en chœur et sur laquelle sont greffés les hurlements de guitare d’Adrian Belew sur la légendaire intro de Station to Station lors de la tournée Stage (1977-78).

Tony Visconti, le producteur historique des plus beaux disques, a également produit la remarquable partie musicale du film. C’est un régal pour le vieux fan qui revit ainsi les grands moments musicaux de sa vie. Il ne faut surtout pas se priver de voir et revoir ce film.


[1] La « villa of Ormen » fait sans doute référence au village norvégien éponyme, Ormen signifiant « serpent », peut-être la métaphore d’un monde maléfique qui était en train de lui prendre la vie ?

Shine au Planétarium de Bretagne

« Shine » est un tribute-band consacré au Pink Floyd : six papys de Lannion épaulés par deux choristes plus jeunes, dont l’une joue du saxophone. Manifestement les anciens, musiciens amateurs, ont été de grands fans de ce groupe mythique et ont décidé en 2020 de se faire plaisir en rejouant la musique des Britanniques. Ils se composent de deux claviers, un guitariste, un bassiste, un batteur et un chanteur. Les instrumentistes sont d’un bon niveau et quand le concert commence sur les nappes de clavier de Shine on your crazy diamond le public replonge dans au cœur des mystères de cette musique de légende. Le petit problème apparaît lorsque le chanteur entre en scène… sa voix n’est pas vraiment à hauteur de celles de ses glorieux anciens.

Qu’importe on se régale de la set-list qui intègre tous les classiques du Pink Floyd : Confortably numb, Money, Saucerful of Secrets, Another Brick in the Wall, Mother, On the Turning Away… Nous sommes sous le dôme d’un planétarium sur lequel sont projetées les images de galaxies et d’étoiles en mouvement, si bien adaptées à cette musique planante qui a marqué nos jeunes années.

Evidemment, on est loin de la sophistication de l’original et de l’immense talent des musiciens britanniques, mais les papys se font plaisir et nous font passer un bon moment. Mention spéciale pour l’une des choristes qui joue aussi (bien) du saxophone et pour le guitariste très bon instrumentiste.

Flammarion, « David Bowie »

Sortie : 2022, Chez : Flammarion.

Les éditions Flammarion ont demandé à une vingtaine de photographes qui ont eu, à un moment ou à un autre, à photographier l’artiste David Bowie de rassembler quelques un de leurs meilleurs clichés et de les introduire en quelques lignes.

Cela donne un ouvrage de qualité sur la rockstar et les différents personnages qu’il incarna. Les amateurs ont déjà vu la plupart des images mais ce livre de photos a sa place dans toute bibliothèque d’admirateur du musicien. On se replonge avec bonheur dans les photos du Thin White Duke, celles de la tournée « Heroes », celle publiée en couverture de Libération le jour de sa mort où l’artiste est allongé avec sa fille encore nourrisson posée sur son ventre, devant une fenêtre donnant sur la ville de New York, celles de l’époque London Boy, bref un retour passionné sur la carrière à l’incroyable créativité du musicien britannique.

Mort d’Alan White, batteur du groupe de rock progressiste Yes

Alan White (1948-2022) a été le batteur du groupe de rock progressiste Yes de 1972 à ces dernières années. Il est mort aujourd’hui aux Etats-Unis. Il avait remplacé Bill Bruford, batteur depuis la création du groupe en 1968, parti rejoindre King Crimson, autre groupe légendaire du rock progressiste britannique avec Genesis. White a participé à cette aventure du rock apparut après l’époque hippie et balayée par la vague punk à la fin des années 1970.

Ces trois groupes phares d’une période révolue continuent à jouer et à tourner aujourd’hui, mais ils se font vieux, la pendule tourne et certains disparaissent… la fin d’une époque !

Lire aussi : Décès de Chris Squire
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Mort d’Andy Fletcher, membre fondateur de Depeche Mode

Andrew Fletcher (1961-2022), claviériste britannique et cofondateur du groupe électrorock Depeche Mode est mort aujourd’hui à 60 ans. Ils étaient autre à l’origine : Martin Gore, Dave Gahan, Vincent Clark et Andy. Clark a quitté le groupe en 1981, Andy le déserte aujourd’hui, il reste les deux premiers. Ensemble ils ont écrit et joué parmi les tubes les plus emblématiques des années 1980-1990. Le groupe continuait à composer et à tourner pour le plus grand plaisir des vieux fans.

BOILE Anthony, ‘The Stranglers – Black and White’.

Sortie : 2020, Chez : Discogonie.

Une analyse pertinente du troisième disque des Stranglers, « Black and White » (1978), dans cette jolie collection, « Discogonie », dont chaque volume est consacré à un disque de rock. Anthony Boile est un historien de l’art qui est manifestement un amateur de ce groupe marquant du post-punk et qui dure toujours depuis le mitan des années 1970.

Chaque chanson du disque est détaillée dans un chapitre dédié ce qui donne l’occasion de revenir sur la personnalité des musiciens et leurs références artistiques dans le contexte de l’époque. C’était la guerre froide, la crise économique, l’américanisation abêtissante de la jeunesse occidentale, le jubilé de la reine Elisabeth insultée par les Sex Pistols… le mouvement punk a balayé les hippies et les babas, choqué les bourgeois et fait exploser le monde du rock. Les Stranglers font partie de cette vague avec une spécificité musicale liée aux claviers de Dave Greenfield (1948-2020) que l’on a souvent comparé à Ray Manzarek des Doors.

A l’époque de « Black and White » la musique des Stranglers était rugueuse et ses membres ne dédaignaient pas de faire le coup de poing contre les journalistes ou les hooligans qui perturbaient leurs concerts. Ils se sont depuis un peu embourgeoisés mais continuent à produire des disques et à faire des tournées.

Au fur et à mesure du déroulement des chansons de l’album, Boile se penche sur les références politiques et littéraires de ce groupe engagé, l’intérêt du bassiste Jean-Jacques Burnel pour Mishima, celui du guitariste Hugues Cornwell pour Asimov, le nihilisme de tous qui a donné ces albums de légende dont « Black and White est l’un des symboles. L’auteur détaille aussi de façon intéressante les techniques musicales spécifiques qui marquent l’originalité du groupe.

« Black and White » : le livre est évidemment à lire en écoutant cet album charnière d’un groupe détonnant et attachant.

« THIS MUCH I KNOW TO BE TRUE – Nick Cave & Warren Ellis” de Andrew Dominik

Nick Cave continue à mettre sa vie artistique en scène avec ce nouveau film « This is much I know to be true » tourné au printemps 2021. Il s’agit d’une prestation live avec son compère Warren Ellis, tournée dans une ancienne église transformée en studio, les peintures religieuses parent toujours les murs, l’intérieur du bâtiment a été dépouillé de tout élément architectural ou mobilier offrant ainsi un immense espace dédié à la prestation musicale. Au centre trône un piano à queue autour duquel se répartissent les deux musiciens. La scène est cernée par un grand cercle en rail sur lequel roulent des caméras. Des choristes et des cordes interviennent sur certains morceaux qui sont tous joués par nos deux compères : Nick au chant et au piano, Warren au violon ou au clavier. Ils interprètent des morceaux de « Ghosteen » (dont la tournée programmée en 2020 a été annulée pour cause de pandémie) et de « Carnage » .

Lire aussi : Nick Cave & Warren Ellis – 2021/10/13 – Paris Salle Pleyel

Le résultat est subtil, tout en inspiration, loin du monde matériel, tourné vers la magie qui inspire les grands artistes, et le tragique de la vie de Nick Cave. Voila qui compense quelque peu l’annulation de la tournée « Ghosteen » pour cause de pandémie et nous replonge dans la magie de la tournée « Carnage » l’an dernier.

Nick Cave et son compère Warren Ellis continuent à mettre leur vie artistique en disques et en films, pour notre plus grand bonheur.

Lire aussi : « 20 000 jours sur terre » de Iain Forsyth & Jane Pollard

Décès du musicien allemand Klaus Schulze

Klaus Schulze (1947-2022) est mort ce 28 avril. Il a été l’un des fondateurs de la musique électronique et l’un des premiers utilisateurs inventifs du synthétiseur. Membre éphémère du groupe allemand avant-gardiste Tangerine Dream, l’un des pionniers de la « musique planante » à la fin des années 1960. Il a sorti de très nombreux disques et créé ce style « space rock » fait de nappes de synthétiseur s’empilant les unes sur les autres pour donner ces harmonies électroniques propices aux médiations enfumées et intergalactiques.

Mort du rocker belge Arno

Triste nouvelle : le cancer dont souffrait Arno Hintjens depuis deux ans a eu raison du rocker flamand (1949-2022) qui s’est éteint ce 23 avril. Nous n’entendrons plus sa voix rocailleuse rocker nos âmes avec tendresse, humour et énergie, en français, en anglais ou en flamand. Musicien de textes et de scène, il a dédié sa vie au rock et aux tournées. Rocker du bonheur, il a chanté la vie et le bonheur de vivre, des petites choses aux grandes idées.

Adieu l’artiste !

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Le Bataclan « woke »

Au Bataclan, célèbre salle de concert rock parisienne, en plus des « hommes » et des « femmes », les toilettes accueillent les « non binaires » et les handicapés. On vit vraiment une époque formidable !

90 Wardour Street – London

Façade de l’ex-Marquee Club – 90 Wardour Str – London

Il y a 45 ans à l’été 1977, le chroniqueur enfiévré découvrait Londres et la musique rock en pleine explosion punk. Un premier concert à l’Hammersmith Odeon du groupe The Jam met dans l’ambiance. Les trois musiciens mod-revival, à peine sortis de l’adolescence, pantalons et cravates noirs sur chemises blanches, jouent devant un rideau blanc sur lequel est apparaît en lettres noires et coulantes : The Jam.

The Jam (Paul Weller) / Photo Richard Young

Ce trio à l’allure proprette déclenche l’enfer sur scène, sautant comme de beaux diables de leur boîte sur des riffs hallucinés. Leurs « vieilles » idoles sont The Who et The Small Faces. Puis, inspirés par le mouvement punk, dont ils restent un peu à l’écart, ils en délivrent l’énergie brute. La jeunesse londonienne adore, des filles aux cheveux bleus et oranges sur leurs T-shirts déchirés se succèdent pour danser dans les allées de cette salle de concerts-rock mythique de la capitale britannique. Leur premier disque In the City vient de sortir au milieu de la tornade musicale punk qui saisit le Royaume-Uni. Il est joué intégralement ce soir-là, In the City est même repris en rappel, sans doute par manque de chansons pour ce groupe qui ne joue ses propres compositions que depuis quelques mois et dont ce premier disque comporte trois reprises.

The Jam mènera sa route jusqu’au début des années 1980 puis le guitariste-chanteur Paul Weller empruntera le chemin de traverse d’une carrière solo plutôt réussie, créant différents groupes, dont Style Council, ou chantant sous son propre nom. Le mouvement britpop (Oasis, Pulp, Blur) des années 1990 l’éleva au rang de Modfather.

Eberlué par cette nouvelle expérience le chroniqueur la poursuivra durant son séjour par de fiévreuses soirées au Marquee Club, une petite salle où se produisent des groupes dont beaucoup vont devenir célèbres. La scène est à peine surélevée, entre piste de danse et bar louche, les spectateurs s’y pressent dans la chaleur de l’été et la fumée des cigarettes. Nous sommes en pleine période punk, la mode est de cracher sur le monde, musiciens et spectateurs ne s’en privent pas et il faut parfois jongler pour éviter les glaviots… Tout est plutôt déglingué au Marquee mais quel bonheur d’y suivre en direct le monde en marche du Rock qui va bientôt déboucher sur new wave, cold wave et la suite.

On ne connait aucun des groupes qui se produisent sinon par la lecture rapide de la presse rock (New Musical Express et Melody Maker). En ce mois d’août 1977 on se souvient notamment des Boomtown Rats, groupe irlandais qui vient de sortir son premier single et dont le chanteur Bob Geldorf s’engagera par la suite dans l’organisation de concerts en soutien à des causes humanitaires comme le Live Aid en 1985 (contre la famine en Ethiopie). Ce soir-là au Marquee, il termine en mini-slip, trempé de sueur comme les spectateurs, après une prestation scénique physique et désordonnée. Il y eut aussi Kingfish, le groupe monté par l’américain Bob Weir, l’un des guitaristes du Grateful Dead. Et tant d’autres soirées rock où le bonheur était de voir l’histoire musicale rock s’écrire sous nos yeux !

Programme du Marquee Club d’août 1977

45 ans plus tard plus rien ne subsiste du club au 90 Wardour Street, à deux pas de Piccadilly Circus, sinon une plaque commémorative informant que Keith Moon a joué ici avec les Who dans les années 1960. Pourquoi Moon et pas tous les autres qui se sont produits au Marquee, Hendrix, Bowie, The Rolling Stones, Joy Division, Roxy Music, The Sex Pistols, Ultravox, Dire Straits, The Buzzcocks et tant d’autres ? Qu’importe, après tout, Keith Moon témoigne aussi pour eux : fantasque, brillant et autodestructeur, il meurt en 1978 en pleine gloire à 32 ans d’une surdose de médicaments destinés à lutter contre son alcoolisme…

Mort de Marc Lanegan

Isobel Campbell & Mark Lanegan, la Cigale, Paris, 06/06/2008

Le musicien américain auteur-compositeur Marc Lanegan est mort hier à 57 ans en Irlande. Il était réputé pour sa voix sépulcrale qu’il mit au service de la cause grunge de Seattle. Ami de Kurt Cobain il fut aussi guitariste membre du groupe Queens of the Stone Age et de Screaming Trees avant de mener une carrière solo et la production de disques folk-blues à l’ambiance sombre dans laquelle sa voix décavée a fait merveille. Il collabora également avec Isobel Campbell du groupe Belle and Sebastian, un résultat très réussi en disques et en concerts.

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https://rehve.fr/2008/06/isobel-campbell-mark-lanegan-20080606-paris-la-cigale/
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Mort du musicien britannique Ian McDonald

Ian McDonald (1946-2022) est mort ce 11 février d’un cancer. Il fut l’un de cocréateurs du groupe King Crimson et participa à son disque fondateur : In the Court of the Crimson King (1969) dont il cosigne toutes les compositions. Multi-instrumentiste il joue en particulier de la flûte et du saxophone. Ce disque majeur a lancé le rock progressiste et fut très marquant pour l’époque. McDonald n’est pas resté longtemps dans le groupe qu’il a quitté pour co-fonder en 1976 le groupe Foreigner, de bien moindre intérêt, sorte de grosse machine américaine sans beaucoup d’inspiration. Il est revenu joué du sax sur l’album Red des Crimson en 1974, autre disque capital du groupe, ouvrant la voie de la musique répétitive des guitares métalliques, filon que King Crimson continue d’exploiter aujourd’hui.

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Le groupe est toujours dirigé par l’exceptionnel guitariste-auteur-compositeur Robert Fripp (75 ans), qui, outre son immense talent de musicien a su également s’entourer d’artistes d’exception comme Ian McDonald.

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« Meat Loaf » est mort

« Meat Loaf », né Marvin Lee Aday en 1947 au Texas, est mort à 74 ans, a priori des suites de la Covid-19. Il fut le rocker d’un disque devenu légendaire en 1977 : « Bat out of Hell », vendu à plus de 40 millions d’exemplaires. Un album brillant, écrit par Jim Steinman, sur lequel on retrouve des musiciens du E-street Band de Bruce Springsteen, Max Weinberg (batterie) et Roy Bittan (piano), Ellen Foley, choriste (ex-copine de Mick Jones, guitariste des Clash) ainsi que l’immense guitariste-producteur Todd Rundgren. Le résultat est un disque éclatant, baroque, symphonique, un déchaînement instrumental sur lequel se pose la voix aigüe et urgente de Meat Loaf. Bref, un jalon du rock des années 1970.

L’homme était physiquement aussi imposant que ses prestations étaient démesurées et sa musique excessive. Meat Loaf a commis une dizaine d’autres albums et joué dans des films et des séries.