Innovations acronymiques

On ne dit plus LGBT (Lesbienne-Gai-Bisexuel-Transsexuel) mais LGBTQI+ (Lesbienne-Gai-Bisexuel-Transsexuel-Queer-Intersexe-plus) !

L, G, B ou T, on voit à peu près ce dont il s’agit et l’on pensait couvrir ainsi le champ complet des comportements non-hétérosexuels. Queer et Intersexe c’est un peu plus mystérieux, une petite recherche sur Wikipédia permet d’y voir plus clair, pour autant que les définitions de cette encyclopédie communautaire soient exactes.

Queer

Queer est un mot anglais signifiant « étrange », « peu commun », « bizarre » ou « tordu », il est utilisé pour désigner l’ensemble des minorités sexuelles et de genres : personnes ayant une sexualité ou une identité de genre différentes à l’hétérosexualité ou la cisidentité…

Intersexe

L’intersexuation, anciennement appelée intersexualité, est un terme biologique décrivant des personnes « nées avec des caractéristiques sexuelles qui ne correspondent pas aux définitions typiques de « mâle » et « femelle » », selon l’ONU3. C’est un terme générique, couvrant un large éventail de conditions anatomiques sexuelles atypiques, liées par leur signification sociale plutôt que par des causes ou des caractéristiques cliniques communes. Le qualificatif appliqué aux personnes correspondantes est « intersexes »…

On ne comprend pas bien la signification ni la nécessité du « + » ? Peut-être est-il ajouté dans l’hypothèse où de nouvelles catégories sexuelles seraient à inclure dans l’avenir en plus des six actuelles ? Déjà la catégorie A comme Asexuel se profile à l’horizon.

La ville de Paris affirme son soutien à la communauté LGBTQI+ en octroyant des subventions à différentes associations appartenant à cette mouvance et en participant à de multiples évènements liés à ces critères sexuels, dont l’élaboration en cours d’un « lieu dédié aux archives et à la mémoire des communautés LGBTQI+ » au 22 rue Mahler dans le 4e arrondissement de Paris.

Comme toujours en France, des minorités veulent à la fois être considérées « comme tout le monde » mais faire valoir leurs spécificités. La ville de Paris tombe dans cet écueil avec l’argent de ses contribuables. Ce n’est pas très grave, ni très utile.

Jargonnage féministe

Lorsque l’on est féministe, on ne dit plus « cumuler les galères » mais « affronter la discrimination intersectionnelle » ! En gros, si vous êtes femme et noire, vous souffrirez à la fois du paternalisme et du racisme. C’est l’intersectionnalité.

Comme disait Francis Blanche : « il vaut mieux être riche et en bonne santé que pauvre et malade. » C’était, en langage populaire, les prémices de ce nouveau concept.

Dans une tribune publiée dans le journal Le Monde le 13/08/2020, Camille Froidevaux-Metterie, philosophe et professeure de science politique à l’université de Reims Champagne-Ardenne, répond à une autre tribune du 28/07/2020, plutôt dispensable, écrite par la romancière Mazarine Pingeot, dénonçant la haine qui guiderait le nouveau féminisme :

…Cette aspiration anime également celles et ceux qui défendent la cause féministe au prisme de l’intersectionnalité ; c’est le second aspect visé par ces tribunes dénonçant les « nouveaux maccarthystes ». Ainsi que la crise sanitaire l’a cruellement montré, des millions de femmes endurent un faisceau croisé de discriminations, où le genre se superpose à la classe sociale et à la condition racisée pour produire des modalités d’existence insupportables et indignes. C’est ce que mettent au jour les analyses intersectionnelles. Il a fallu quelques décennies pour que les féministes françaises se débarrassent de leur solipsisme blanc et les intègrent. Nous sommes dans le moment de cette prise de conscience où le féminisme croise le chemin de l’antiracisme, et cela génère quelques remous, comme à chaque fois qu’il faut accepter de remettre en cause des privilèges aussi prégnants qu’impensés…

Camille Froidevaux-Metterie (Le Monde 13/08/2020)

Il faut suivre…

La contestation permanente rentre dans le vocabulaire

On ne dit plus « la loi est votée démocratiquement par le parlement et s’applique aux résidents français » mais « le gouvernement infantilise les citoyens » afin de justifier la contestation permanente des français à l’encontre de toute décision.

De même, on ne dit plus « l’autorité du chef qui commande aux sous-chefs, qui commandent aux sous-sous-chefs, etc. » mais on parle de « la verticalité du pouvoir », c’est plus chic et on espère que le bon peuple acceptera ainsi mieux l’autorité. Ce n’est pas gagné !

C’est « compliqué » de parler français

On ne dit plus « c’est difficile de faire ceci » ou « c’est impossible de dire cela ». On dit « c’est compliqué de… » généralement suivi d’un « on va dire… » histoire de faire bonne mesure. Les tics verbaux compulsifs se dispersent dans l’atmosphère comme les postillons et leur virus.

Un nouveau tic verbal compulsif

On ne dit plus « des recommandations évolutives » mais des « injonctions contradictoires ». Ce nouveau terme est utilisé par les commentateurs mondains pour critiquer le fait que les positions des dirigeants et des scientifiques changent au fur et à mesure de la connaissance de ce méchant coronavirus.

Nouveau TVC politique

Le pouvoir actuel a adopté un nouveau tic verbal compulsif : « je veux… », incarné par le président qui essaime ses discours de « je veux rendre hommage aux soldats morts pour la France » plutôt que « je rends hommage aux soldats morts pour la France », ou « je veux dire ici que… » au lieu de « je dis ici que… », etc. Ses ministres ont été contaminés par ce nouveau tic et celui en charge de l’économie et des finances tient la corde.

C’est étrange car énoncer « je veux dire… » c’est faire part d’une intention alors que « je dis… » c’est un acte. Mais qu’importe, après l’envahissant « on va dire… » voici venu le « je veux… ». Et d’ailleurs les deux se superposent dans notre époque de tics verbaux. Aaaah, mais que sont devenus les discours politiques de MonGénéral et de François Mitterrand qui n’avaient pas besoin de tics verbaux pour produire une langue flamboyante ?

Le Grenelle des tics verbaux

On ne dit plus une « réunion sur les violences conjugales » mais le « Grenelle sur les violences conjugales ».

Le terme « Grenelle » fait référence à la réunion qui eut lieu au ministère du travail rue de Grenelle à Paris en 1968 entre les syndicats ouvriers et patronats, et le gouvernement pour mettre fin aux émeutes de cette année 1968. Désormais, chaque fois qu’un grand raout politico-social est organisé on parle de « Grenelle de ceci ou de cela » : le Grenelle de l’environnement en 2007, le Grenelle des violences conjugales cette année, etc.

Cela pose son homme de se référer à Grenelle. Cela fait sans doute aussi plus cultivé ! C’est le propre du tic verbal de remplacer un mot par un autre, sans véritable rationnel autre que « c’est plus joli ».

Les émeutes continuent…

On ne dit plus : le huitième jour d’émeute d’une minorité de citoyens violents qui veulent imposer leurs vues à la majorité du pays en cassant sans compter les biens publics et privés dont les manifestations ont entraîné la mort par accident de déjà dix personnes ; on dit : « le huitième acte des gilets jaunes ».

Universités « ouvertes »

On ne dit plus (comme Marine Le Pen) : « une université bloquée par les bolchos », mais une université ouverte « pour construire une vie politique alternative et plus démocratique au service de nos luttes que tout dans l’université contribue d’ordinaire à masquer, voire à réprimer » comme sur le site web Révolution Permanente (https://www.revolutionpermanente.fr/) qui se revendique comme le Courant Communiste Révolutionnaire du NPA.

On reconnaît ici toute la subtilité du débat politique franchouillard.

Jeux de maux

En ces temps d’agitation syndicale on ne dit plus « convergence des luttes » mais « coagulation des revendications ». Dans le même ordre on a remplacé autrefois « l’enculage de mouches » par « la sodomisation de coléoptères » ! On joue avec les maux, cela ne trompe pas grand monde et on peut placer de bons mots.

Tic verbal compulsif : les territoires et les quartiers

On ne parle plus de régions ou de provinces ou de départements, on parle maintenant de « territoires », en les accompagnant généralement de l’adjectif « oubliés ». On a même créé un Ministère de la cohésion des territoires dans le gouvernement actuel ! L’expression « les territoires » est employée dans un cadre toujours un peu misérabiliste : le territoire est forcément oublié et, par construction, maltraité par la « capitale » qui en est le négatif, ou vice-versa.

On avait déjà il y a quelques années détourné le terme « quartier » pour désigner des zones urbaines, plutôt en banlieue, peuplées d’habitants défavorisés, si possible « issus de la diversité ». Un quartier représente sémantiquement une partie d’une ville désigne désormais une banlieue peuplée de chômeurs et de dealers, possiblement d’origine immigrée.
La langue bouge avec les modes et les snobismes !

Enrichir le narratif et bla-bla-bla

Nouveau tic verbal compulsif entendu dans la bouche d’un soi-disant « communiquant » : enrichir le narratif. En gros cela veut dire changer de discours. Ce conseil abscons est généralement adressé aux hommes politiques de plateaux télévisés à qui les « communicants » apprennent la joute oratoire c’est-à-dire parler pour ne rien dire en réponse à un adversaire qui n’en dit guère plus.

Rachida « hors sol »

Rachida Dati, ex-ministre un peu oubliée, élue plutôt inexistante, qui se rappelle au souvenir des électeurs par une activité compulsive sur Tweeter, cède aux tics verbaux de circonstance et ponctue ses phrases de « hors-sol » pour illustrer le fait que les politiciens incompétents sont loin du peuple, ce qui n’est pas son cas bien entendu.

Cette expression « hors-sol » nous vient de l’agriculture où l’on parle d’élevage hors-sol lorsque l’alimentation du bétail ne provient pas de l’exploitation elle-même ou de culture « hors-sol » c’est-à-dire sans terre, ou tout au moins pas la terre de la ferme.

On se demande bien comment les politiciens et les journalistes ont adopté ce terme pour l’adapter à la critique politique ? Sans doute leur désir de changer les mots pour cacher la répétition et la platitude du fond.

Tic verbal compulsif : l’adjectif disruptif

Employé à toutes les sauces, l’adjectif disruptif fait savant quand il est employé dans les dîners en ville. A l’origine il sert à désigner un phénomène technique lié à l’électricité, sorte de court-circuit. Aujourd’hui, employé en économie ou la vie de tous les jours, il indique un changement, une rupture, dans la façon de mener un business ou de conduire sa vie. Il marque surtout le côté précieux, et même un peu anglophone, de celui qui l’emploie.