Rapacité et démesure

Le Canard Enchaîné (2018)

L’ex-dirigeant des groupes automobiles Renault et Nissan, sous contrôle judiciaire au Japon depuis un an pour de sombres histoires de détournement de fonds au détriment de ses employeurs, non déclaration de certains revenus et autres joyeusetés du même acabit, a quitté illégalement le Japon pour fuir au Liban, l’un des trois pays dont il détient la nationalité avec le Brésil et la France. Il va sans doute devoir y rester un moment car il est désormais l’objet d’un mandat d’arrêt international émis par la justice japonaise. On saura un jour si les accusations portées contre lui sont fondées ou non. Mais le plus important dans cette affaire n’est pas tant son volet illégal que son aspect légal : comment un mandataire social, fût-il un dirigeant efficace, a pu accumuler de tels revenus octroyés légalement par ses actionnaires ?

Il est en effet confirmé qu’outre sa rémunération annuelle de l’ordre de 17 millions d’euros il est bénéficiaire de retraites complémentaires, à verser jusqu’à sa mort par les groupes qu’il dirigeait, s’élevant à un total de plusieurs dizaines de millions d’euros. Ces montagnes d’argent ont été octroyées « normalement » et semblent être légales ; et c’est bien là une grande partie du problème. Avec de telles rémunérations on attise la rapacité de dirigeants-employés qui deviennent des accumulateurs compulsifs. Il n’y a rien qui puisse justifier des sommes aussi démesurées versées à un seul individu par une entreprise.

C’est l’un des travers du monde capitaliste qui devra un jour l’examiner de près car il est contre-productif. L’ex-dirigeant en fuite en est l’un des avatars, il n’est sans doute pas pire qu’un autre, il est juste l’un de ces forbans qui trustent les places de capitaines des grandes multinationales et dont la plus grande réussite consiste d’abord à faire croire à des actionnaires qu’ils sont irremplaçables.

Cerise sur le gâteau : il semble que l’appartement qu’il occupe actuellement à Beyrouth soit l’un des logements fastueux achetés par Nissan dans différentes capitales afin que son dirigeant puisse y séjourner au cours de ses voyages. N’étant plus le patron de Nissan il ne devrait théoriquement pas pouvoir résider dans cet appartement. Encore un mystère de cette affaire de peu d’intérêt.

Grèves, réformes et vacances

La France, et tout particulièrement sa région Ile de France, est perturbée par des grèves du secteur des transports publics. Les négociations sont difficiles et ont connu différents épisodes, le gouvernement a un projet : les syndicats ouvriers sont contre, les syndicats patronaux sont pour, mais les premiers ont une forte capacité de nuisance qu’ils mettent en œuvre depuis un mois.

Fin décembre dernier, et après trois semaines de grève et de discussions, alors qu’approchaient les fêtes de surconsommation de fin d’année, tout ce petit monde s’est donné rendez-vous pour… après les congés : le gouvernement en fixant une nouvelle session de négociations à partir du 7 janvier et les syndicats ouvriers une nouvelle manifestation le 9 janvier, une fois digérées les agapes de Noël et du réveillon.

Cet unanimisme pour rester tranquille durant les vacances est touchant ! C’est également une bonne nouvelle : un pays qui privilégie ses congés à une négociation sur ses retraites est finalement un pays qui ne va pas si mal que ça.

Le patronat est en vacances

La France est très perturbée par la grève des transports publics qui s’opposent au projet de réforme des retraites du gouvernement. Les syndicats ouvriers sont contre, les syndicats patronaux sont pour. Les premiers luttent, les seconds sont aux abonnés absents. Jusque-là rien de bien neuf dans le paysage social français.

On ne peut pas dire que le patronat en fasse trop pour défendre ses positions et soutenir le gouvernement. Ce silence est étonnant : manque de courage ou absence de conviction ?

Une bonne nouvelle pour l’Afrique

En réunion à Abidjan, les présidents ivoirien et français annoncent que le franc CFA va être remplacé en Afrique de l’Ouest par une nouvelle monnaie, l’ECO dont la gestion sera sensiblement réformée. Il n’y aura plus d’administrateur français dans les instances de la Banque centrale de Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et celle-ci n’aura plus à déposer une partie de ses réserves auprès du Trésor français. Cependant, il semble que le cours fixe entre l’Euro et l’Eco serait maintenu et que la France continuerait à garantir la convertibilité de l’Eco. Ces deux derniers points, s’ils étaient confirmés, limitent sérieusement l’ampleur de la réforme.

Il serait souhaitable de couper définitivement le cordon monétaire entre la France et ses anciennes colonies. Si l’on se contente de changer le nom de la devise mais de continuer à attendre que la France garantisse son cours et sa convertibilité, on ne va pas bien loin dans ce sens. Espérons que ne n’est qu’une première étape vers un changement plus radical donnant la responsabilité monétaire pleine et entière aux Etats africains.

Grève ou vacances ?

Kiro – Le Canard Enchaïné

Les transports publics sont en grève depuis dix jours et transforment Paris en vaste capharnaüm à cause d’un projet de réforme des retraites en France. Ceux qui doivent se déplacer pour travailler font ce qu’ils peuvent. Les partenaires sociaux (hors représentants patronaux) et le gouvernement s’affrontent sur les termes de cette réforme, chacun expliquant sur les plateaux télévisés que l’autre est responsable de la pétaudière. Et voici que s’annoncent les vacances de Noël et la perspective que ces grèves gênent les citoyens dans le déroulement de leurs congés. C’est une possibilité, effectivement. Même le premier ministre implore les syndicats pour qu’ils marquent une trêve dans leur action pour ne pas perturber les congés des citoyens.

Cette soudaine inquiétude est intéressante en ce qu’elle marque une priorité : il apparaît plus grave de perturber les vacances des français plutôt que leur travail.

Coupons la moustache de la CGT

Les syndicats ouvriers ont réussi à mobiliser les citoyens contre le projet de réforme des retraites : grèves et manifestations au programme dans le pays. Les partis extrêmes de droite comme de gauche réclament l’abaissement de l’âge de la retraite à 60 ans, les partis républicains non majoritaires ne veulent rien changer et le parti au pouvoir veut remplacer l’organisation multi-systèmes de retraire par un environnement d’une retraire universelle unique.

La Confédération Générale du Travail (CGT) reprend du poil de la bête et son moustachu de secrétaire général frétille dans les rues et sur les plateaux télévisés. Son programme est simple :

  • Rejet total du projet actuel de réforme proposée par le pouvoir.
  • Elargissement des domaines d’application des « régimes spéciaux » plus favorables que le régime général.
  • Retour à la retraite à 60 ans pour tous, sauf ceux qui bénéficient déjà d’un âge de départ inférieur à 60 ans et qui doivent le conserver.
  • Pour le financement : instauration d’une taxe de 50% sur les dividendes versés aux capitalistes du CAC40 et l’on pourra même financer au-delà des régimes de retraite.

Une discussion raisonnée est délicate sur un tel argumentaire, on se croirait revenu aux temps de l’avenir radieux du socialisme. Après tout, une telle politique peut être de nouveau mise en œuvre si elle était votée par le parlement. Mais nous sommes en France, alors à défaut de l’emporter dans les urnes on met le débat dans la rue. Le plus malin gagnera !

Il faut faire payer le voisin…

Eternelle antienne de la politique française : on est d’accord pour réformer du moment que c’est le voisin qui paye ! Le projet de réforme systémique des retraites françaises percute de plein fouet ce refrain : « il faut augmenter les prestations dont je bénéficie mais diminuer les cotisations que je paye ».

Le débat actuel entre les parties est probablement sans issue tant chacune campe sur ses positions partisanes. La mauvaise foi est de mise, les idéologies sont au programme. Et de toute façon personne ne peut vraiment anticiper ce que sera l’équilibre, ou le déséquilibre, financier des retraites au-delà des cinq à dix années à venir… Le système des retraites c’est de l’assurance, il y a donc des cotisations qui rentrent et des prestations qui sortent. Sur le long terme il faut que les unes et les autres soient grosso-modo du même montant. Ce n’est pas le cas en France et nos retraites sont également financées par l’impôt pour environ 30%), et donc les contribuables, car notre République ne sait pas équilibrer dépenses et recettes.

Ce que l’on peut prévoir avec une probabilité relativement élevée c’est que les prestations dépasseront les cotisations sur encore les dix prochaines années, que la retraite soit calculée en annuités ou en points, avec un régime universel ou un multi-systèmes. Il y aura donc des déficits à combler, et donc de l’argent nouveau à trouver ou des prestations à diminuer. L’une des façons « élégantes » de faire c’est d’augmenter progressivement la durée de cotisation, en gros, travailler plus longtemps ce qui évite de trop baisser les rentes en faisant augmenter les cotisations non pas sur les taux mais sur la durée. Financièrement cela revient au même, politiquement pas tout à fait. C’est ce qui se pratique depuis 1983, année au cours de laquelle l’âge de départ en retraite a été ramené de 65 à 60 ans suite à la première alternance de gauche de la Vème République. Depuis, la France revient progressivement vers cet âge de 65 ans mais il s’agit bien entendu d’une « provocation » pour tous les syndicats ouvriers. De leur côté, les syndicats patronaux approuvent.

Au-delà, les questions de méthodes des systèmes de calcul, la vérité vraie qui fait peur est que pour éviter une baisse trop visible des pensions il va falloir continuer à reporter la date de départ en retraite à taux plein. Et ce, au moins pour une génération. Au-delà, personne ne sait bien ce que sera la conjoncture de l’emploi (s’il y a moins de chômeurs, il y a plus de cotisants, si les rémunérations moyennes augmentent, les cotisations vont suivre la même direction, et vice-versa). Le nouveau système proposé, s’il était mis en œuvre, devrait permettre un ajustement permanent des pensions versées, à la hausse comme à la baisse. Cela aussi fait peur.

Réforme des retraites : la dérive de la presse !

Une journée de revendication est programmée pour le 5 décembre prochain en France. Différentes corporations veulent afficher leur opposition au projet de réforme du système des retraites. Des grèves lourdes sont annoncées dans les transports publics et vont sérieusement perturber le fonctionnement du pays. Elles sont renouvelables.

La presse qui adore faire peur à l’annonce de ce genre d’évènement et vendre cette angoisse à ses consommateurs, passe son temps et ses articles à deviser sur l’écume des choses. Les habituels « experts » de plateaux télévisés sont convoqués à longueur d’émissions pour échanger à l’infini sur le niveau de blocage du pays, et sa durée, que provoquera cette grève. Un sujet « clé » également répété ad nauseam est le résultat des sondages exprimant le niveau de soutien à cette grève des personnes sondées. Des débats sur le fond de la réforme proposée ? Nenni, on préfère ânonner que la réforme n’est pas claire et que les citoyens ne sont informés de rien ! Le contraire fut étonnant tant la majorité des médias se refusent à aborder le fond du projet.

Celui-ci est fort bien expliqué dans le rapport Delevoye « Pour un système universel de retraite » de 138 pages. Ensuite la loi définitive sera celle qui sera votée par le parlement mais en attendant, tous les grands principes et changements du projet sont sur la table. Il suffit de télécharger ce rapport, de le lire et d’en débattre. C’est en principe le rôle d’une presse intelligente.

De deux choses l’une : soit les journalistes n’ont pas même pris le temps de lire ce document, auquel cas nous leur indiquons bien volontiers le lien de téléchargement, soit ils l’ont lu mais préfèrent débattre de l’accessoire pour vendre de l’émotion plutôt que de la réflexion. Dans un cas comme dans l’autre ils participent avec enthousiasme à l’abrutissement des masses au lieu d’en élever le niveau de compréhension sur ce sujet complexe.

L’un des sujets favoris des journaux télévisés est le reportage sur Mme. Michu retraitée qui explique que « après avoir payé toutes ses factures » il ne lui reste que 300 euros pour vivre. On ne sait pas bien ce qu’il y a dans « toutes ses factures » mais qu’importe le gogo est accroché et sort ses mouchoirs. Ce que l’on attend d’une presse intelligente est d’expliquer les différentes solutions et alternatives possibles pour améliorer le sort de Mme. Michu et non pas simplement faire sangloter dans les chaumières. Elles sont de plusieurs ordres :

  1. On baisse les factures à payer par Mme. Michu, ce sont alors ses fournisseurs* qui doivent rogner sur leurs revenus,
  2. On fait payer tout ou partie de ces factures « par l’Etat », ce sont alors les contribuables qui verront augmenter leurs impôts ou d’autres citoyens qui verront baisser leurs prestations
  3. On augmente la retraite de Mme. Michu, ce seront alors les cotisants (employés et/ou employeurs) qui verront augmenter leurs prélèvements ou d’autres retraités qui verront baisser leurs prestations
  4. Ou un mix de toutes ces mesures

* Certains d’entre eux proposent déjà des offres low cost comme les fournisseurs d’accès internet et de téléphone. Le chroniqueur s’en félicite d’ailleurs qui bénéficie d’un abonnement mobile à 10 EUR/mois 4G avec appels et SMS illimités en France et vers les départements d’outre-mer hors Mayotte, plus 40Go d’internet mobile par mois. La box internet haut-débit est facturée 20 EUR/mois sans accès à la télévision (qui n’est pas vraiment nécessaire puisque la télévision numérique publique offre une trentaine de chaînes financées par la redevance déjà payée par la grande majorité des citoyens). Le coût total de communications est donc de 30 EUR/mois. Ce fournisseur est REDbySFR.

Un « expert » normalement constitué devrait être en mesure de développer ce genre de raisonnement sur un mode pédagogique : tout est possible mais tout a des conséquences qu’il faut gérer et arbitrer. Hélas, trois fois hélas, nos « experts » préfèrent le mode Café du commerce à celui de la raison.

Rappelons tout de même que la corporation des titulaires de cartes de presse (c’est-à-dire sans doute aussi un Morandini ou une Chazalle…) bénéficie d’une niche fiscale sous forme d’un abattement forfaitaire sur leurs revenus taxables pour « frais d’emploi », d’autres avantages existaient mais ont été supprimés au fur et à mesure du temps. Le secteur de la presse est également subventionné par les contribuables via le reversement d’aides aux journaux et réseaux de distribution pour les aider à combler leurs déficits d’exploitation car ces journaux sont vendus en dessous de leurs coûts de production et, malgré tout, de moins en moins de lecteurs les achètent. Elles sont publiées par le ministère de la Culture avec un peu de délai. Les derniers chiffres concernent 2015, année où 53 millions d’euros ont été distribués à 326 journaux, le premier bénéficiaire étant le Parisien – aujourd’hui en France avec 7,8 millions d’euros en 2015. Viennent ensuite Libération, Le Monde, Le Figaro, La Croix, Ouest-France… mais on trouve aussi à des niveaux bien plus modestes des journaux comme La Dépêche du Pays de Bray, La Gazette du Val d’Oise, L’Hebdo de l’Ardèche, etc.

Voir aussi : tableau des aides 2015

Ces subventions payées par les contribuables pourraient aussi servir à régler les factures de Mme. Michu, ou rester dans les poches des contribuables… Malgré tout, elles ne sont pas complètement illégitimes, sont votées par le parlement sur un mode démocratique et permettent de maintenir en vie une presse qui est de moins en moins viable au niveau financier. Elles pourraient en revanche générer un comportement responsable des journaux et journalistes qui en sont les bénéficiaires et sont ainsi un peu reconnus comme service public, qualification qui devrait être un gage de qualité et non de populisme.

Paresse intellectuelle

La presse et la politicaille continuent à ânonner dans les médias que « le gouvernement est dans le flou et ne sait pas où il va » concernant la réforme du système de retraite en France. Cette assertion est étonnante puisque, comme nous l’avons déjà souligné ici, le système envisagé est parfaitement expliqué dans le rapport Delevoye disponible depuis juillet 2019. Les grands principes d’une retraite universelle par points, ainsi que du mode de valorisation du point, sont détaillés dans ce document de façon assez pédagogique. Il suffit de le lire. Ce qui n’est pas encore arrêté puisqu’en cours de négociation sont les modalités de transition du système actuel vers le système universel qui dépendront, bien sûr (nous sommes en France), du rapport de force entre les corporations qui vont perdre des avantages dans cette réforme et la conviction du pouvoir en place à dérouler son projet.

Voir : Rapport Delevoye

Lire aussi : La réforme des retraites

Evidemment, ce rapport fait 132 pages sur un sujet complexe et cela peut prendre un peu de temps à déchiffrer bien que formulé de la façon sans doute la plus explicative possible sur une telle matière. En principe même un journaliste de Paris-Match est en mesure de comprendre et de restituer. Éric Woerth, qui est diplômé d’HEC et ancien ministre du budget de droite devrait aussi y arriver s’il faisait un petit effort et investissait juste la moitié du temps qu’il passe à rédiger des Tweets crétins à la lecture de ces 132 pages :

En vérité, c’est le bal des incompétents qui se retrouvent unanimes pour danser la valse de la démagogie sur un sujet grave qui engage l’avenir des citoyens. Plutôt que d’opter pour l’intelligence, de lire ce projet et d’en formuler des critiques et contrepropositions fondées, ils continuent le concours de celui qui fera pipi le plus loin dans la cour de maternelle.

On a les dirigeants que l’on mérite !

Sniff…

Le chroniqueur-investisseur liquide ses valeurs Natixis avec une moins-value de 85%. Une fois séchées ses larmes, il se souvient que Natixis fut l’un des plus grands scandales financiers de la Vème République ! On y vit une bagarre d’égos qui voulurent transformer l’alliance capitalistique des caisses d’épargne et des banques populaires en une banque d’affaires, tout ceci pour satisfaire leurs besoins de standing et leurs ambitions démesurées. Laissés à eux-mêmes par un contrôle défaillant de leurs actionnaires, ils ont livré à la spéculation forcenée l’épargne populaire déposée par Mme. Michu à la caisse d’épargne ou à la banque populaire. Des dirigeants de rencontre sont alors tombés à partir de 2006 dans tous les pièges tendus aux incompétents ambitieux : les subprimes, les rehausseurs de crédit, les pyramides de Ponzi vendues par les Madoff et autres escrocs, les traders-fraudeurs, etc. En 2008, la crise financière mondiale révèle ces dérives et la banque n’évite la faillite que grâce au soutien des contribuables. Son cours en bourse s’est effondré depuis longtemps et les mauvais investisseurs n’ont plus que leurs yeux pour pleurer !

Cette banque dirigée par des forbans et contrôlée par des incompétents aurait du normalement être laissée en faillite et les responsables de ce désastre orientés vers la case prison. Il n’en fut rien : la République décida de sauver la banque et nombre de ses dirigeants furent révoqués avec de très confortables indemnités. Depuis Natixis continue d’exister en tant que banque d’investissement, sans doute mieux gérée qu’auparavant. La moins-value financière constatée par les investisseurs de la première heure est à la hauteur de l’incompétence de ceux qui l’ont amené à l’un des gros scandales financiers de notre temps et sans que personne n’ait vraiment endossé la responsabilité de l’escroquerie.

Le système des retraites selon la CGT

Philippe Martinez, chef du syndicat CGT explique ce matin sur France Culture sa vision du système de retraites que l’on peut résumer ainsi :

  • Rejet total du projet actuel de réforme proposée par le pouvoir en place établissant, notamment, une retraite universelle dite « à points » et la suppression des régime spéciaux.
  • Elargissement des domaines d’application des « régimes spéciaux » plus favorables que le régime général.
  • Retour à la retraite à 60 ans pour tous, sauf ceux qui bénéficient déjà d’un âge de départ inférieur à 60 ans et qui doivent le conserver.
  • Que les opposants aux régimes spéciaux viennent se lever tous les jours à 3 heures du matin pour conduire un bus à Saint-Denis et on les réinterrogera ensuite sur ce qu’ils pensent de ces traitements plus favorables.
  • Et pour le financement : instauration d’une taxe de 50% sur les dividendes versés aux capitalistes du CAC40 et l’on pourra même financer au-delà des régimes de retraite.

Tout est dit ! Il suffit maintenant de trouver une majorité de parlementaires pour voter pour une réforme allant dans le sens de ces propositions. Si on ne peut rassembler une telle majorité, eh-bien c’est une autre réforme qui sera votée. Ainsi va la démocratie.

La mère des réformes pour les retraites

Après plus d’une année de travail un « haut-commissaire à la réforme des retraites » a présenté un rapport en ce sens au premier ministre. Le document de 132 pages est assez facilement compréhensible par ceux qui prennent la peine de le lire et qui sont plutôt rares si l’on en juge par les réflexions et questions assénées au Café du commerce et sur les plateaux télévisés.

Le rapport prend acte que le système des retraites français date de 1945 et qu’il est nécessaire de le faire évoluer pour s’adapter à notre société du XXIème siècle. Il s’agit en gros de maintenir un système par répartition (les actifs payent pour les retraités) et qui tend à l’universel c’est-à-dire un système unique où chacun accumule des points durant sa vie active et se les voit restituer sous forme de rente lors de sa retraite. La valeur du point est la même pour tous. Les plus de 40 systèmes existant de retraites spécifiques devraient donc être fusionnés dans un seul avec des conditions de solidarité particulières pour la prise en compte des carrières différentes.

La rente versée à la retraite sera fonction du nombre de points acquis et… de la valeur de celui-ci. Alors évidement comme lors de toute réforme, il y aura des gagnants et des perdants. Ceux qui ont à perdre s’agitent et ceux qui vont gagner sont silencieux. C’est à qui défendra le mieux les intérêts particuliers de certains, l’intérêt général étant allègrement passé aux oubliettes. Les syndicats opposés et les journalistes mobilisent leurs troupes et s’égosillent en questionnant : « mais comment sera fixé la valeur du point ? Celle-ci peut-elle baisser ? ». Il suffit de lire le rapport, la réponse est claire :

La détermination de l’évolution des retraites. Si la règle de revalorisation par défaut sera l’inflation, le Conseil d’administration aura la possibilité de proposer une règle pluriannuelle de revalorisation des retraites. Le cas échéant, cette modalité d’évolution permettra, compte tenu des prévisions économiques réalisées, d’ajuster la revalorisation des retraites à la situation du pays, sans dépendre trop fortement des évolutions conjoncturelles du cycle économique.

La détermination de la revalorisation de la valeur du point. Si la règle de revalorisation par défaut tiendra compte de l’évolution du revenu moyen par tête (RMPT), le Conseil d’administration aura la possibilité de proposer une autre règle de revalorisation, au regard d’une analyse pluriannuelle de la situation du système.

La détermination de l’évolution de l’âge du taux plein par génération. Si la règle par défaut consistera à s’assurer que les éventuels gains d’espérance de vie soient partagés à 2/3 pour l’allongement de la durée de vie en activité et à 1/3 pour l’allongement de la durée de vie en retraite, le Conseil d’administration pourra proposer de moduler cet âge par génération. Pour ce faire, il tiendra compte des évolutions de gains d’espérance de vie constatées au sein de la population française.

Tout est dit, le point évoluera comme l’inflation sauf… lorsqu’il évoluera différemment. Il pourra effectivement baisser ou augmenter en fonction de l’équilibre financier à long terme du système. C’est déjà le cas aujourd’hui où l’on joue à chaque réforme (tous les 4 ou 5 ans) sur les paramètres habituels : âge légal de départ, durée de cotisation et revalorisation (ou gel) des rentes. La proposition sur la table est de faire la même chose de façon plus transparente. Nous verrons ce que sera la loi finale mais les grands principes du rapport vont dans le bon sens.

Les actifs dévalorisés du fouteballe

Un feuilleton financiaro- footeux déroule ses épisodes depuis quelques semaines. Le pousseur de baballe Naymard, acheté plusieurs centaines de millions d’euros par un club parisien en 2017 (222 millions a priori), a des états d’âme et est annoncé dans un autre club. Cette somme de 222 M est versée par le club acheteur au club vendeur, c’est un investissement. Le salaire versé au joueur est une autre histoire. Il s’agit en fait d’un achat d’actif, un peu comme si une société achetait un bâtiment ou une usine, mais il s’agit d’un pousseur de baballe avec deux jambes et quelques neurones.

Comptablement les 222 millions sont inscrits au bilan du club et sont amortis sur la durée du contrat du joueur, exactement comme une machine est amortie sur sa durée de vie estimée. Si le joueur est revendu avant le terme de son contrat et que la somme convenue pour le transfert est inférieure à la valeur nette inscrite au bilan, eh bien il faudra comptabiliser une perte, ou un gain dans le cas contraire. Et même si la transaction n’est pas conclue mais que la valeur de marché du joueur est inférieure à sa valeur nette comptable le club devra déprécier son bilan et enregistrer une perte.

Le cas actuel de Naymard est caractéristique de cette situation. Le garçon souvent blessé ne joue plus beaucoup et ne semble plus intéresser grand monde au prix proposé. Son club voudrait s’en débarrasser mais sans devoir enregistrer de perte comptable. En face du coté des acheteurs, peu semblent intéressés par payer un tel prix pour un pousseur de baballe qui ne tient pas ses promesses. C’est un cas d’investissement assez classique, ce qui est plus inhabituel est qu’il porte sur un humain mais la logique comptable est la même. Ainsi va la fouteballe aujourd’hui !

Les déserteurs du FMI !

Cabu – Charlie Hebdo 2011

Une nouvelle fois un chef du Fonds monétaire international (FMI) déserte son poste avant son terme et avec la même nonchalance que nombre de ses prédécesseurs.

  • 2019, Christine Lagarde démissionne pour prendre un poste à la Banque centrale européenne
  • 2011, Dominique Strauss-Kahn démissionne pour aller en prison
  • 2007, Rodrigo Rato démissionne pour prendre un poste dans une banque d’affaires (il finira en prison pour une affaire de corruption liée à la faillite de la banque Bankia dont il était le chef)
  • 1987, Jacques de la Rosière démissionne pour prendre un poste à Banque de France

et sans doute d’autres encore auparavant.

La légèreté avec laquelle ces apprentis-responsables délaissent les fonctions importantes qui leur sont confiées par la communauté internationale, le plus souvent pour des maroquins qu’ils estiment plus en rapport avec leurs petits prestiges personnels, est confondante. Il est regrettable qu’au moins 3 français se soient lâchement débinés au milieu de leurs mandats, le cas de M. Strauss-Kahn est un peu particulier puisque c’est la police qui a mis fin à ses activités, mais le résultat est le même. Il est d’ailleurs probable que s’il n’avait pas été impliqué dans un crime il aurait quand même démissionné pour se présenter à l’élection présidentielle française de 2012. La police new-yorkaise a permis à la République française d’éviter un tel naufrage.

Il faudrait interdire aux Etats qui ont couvert de telles désertions de pouvoir représenter un nouveau candidat national pour au moins les deux mandats suivants.

Un compte Suisse pour Raymond Barre

L’ancien premier ministre de la République de 1976 à 1981 Raymond Barre, qualifié à l’époque de « meilleur économiste de France », décédé en 2007 avait quelques millions d’euros (on parle de 7) cachés en Suisse. La révélation en a été faite par Le Canard Enchaîné qui explique que ses héritiers ont décidé de régler les impôts et pénalités nécessaire à l’administration française afin de régulariser cette somme frauduleuse. On ne sait pas à ce stade quelle était la source de revenus qui a permis d’accumuler ce pactole, sans doute pas les rémunérations versées par la République à ses serviteurs.

Il s’est rendu célèbre d’abord car c’est sous son règne que le dernier budget français a été voté en équilibre soit il y a plus de 40 ans, depuis, la France dépense plus qu’elle ne gagne. Il avait aussi été l’auteur de quelques sorties de légende notamment : un « si les Corses veulent leur indépendance, qu’ils la prennent », frappé au coin du bon sens, mais d’autres saillies moins glorieuses, à la toute fin de sa vie sur les juifs, ce qui prouve en tout cas que les hommes politiques ne devraient plus s’exprimer une fois leur retraite prise d’abord car ce qu’ils peuvent raconter n’intéresse plus personne et ensuite parce que l’avancée de la vieillesse peut entraîner parfois des dérèglements fâcheux dans le fonctionnement des neurones.

Raymond Barre fraudeur ! C’est une mauvaise surprise pour nombre de citoyens, tout au moins ceux qui se souviennent encore de lui tant le personnage incarnait la rigueur et l’orthodoxie économique. Il fut universitaire bien plus longtemps qu’homme politique et nombre d’étudiants en économie ont planché sur ses écrits. A priori cela ne l’a pas empêché de se laisser tenter par l’attrait de l’argent et prendre le risque de la fraude. C’est une nouvelle certitude qui s’effondre, une illusion qui s’envole. Pour un amateur de sciences économiques, apprendre que Raymond Barre était fraudeur c’est un peu comme si Christine Boutin découvrait que la vierge Marie n’était pas si vierge que ça ! Ça laisse pantois et un brin découragé.

Privatiser ou ne pas privatiser

Encore un débat franchouillard inutile : la République prévoit des modifications dans la gestion de ses actifs comme le fait très normalement tout détenteur d’un patrimoine. Un projet déclenche un hourvari général de l’opposition, de l’extrême gauche à son pendant d’extrême droite, en passant par les partis républicains placés au milieu : la poursuite de la privatisation d’Aéroports de Paris (ADP), société déjà détenue à 49,4% par des acteurs privés qui possèdent donc 49,4% des infrastructures (pistes, terrains, etc.). Sur la forme il s’agit d’un mécanisme compliqué qui permettra à l’Etat de récupérer la pleine propriété des actifs au bout de 70 ans et de se repositionner alors sur la gestion de l’ensemble à confier à un nouvel opérateur ou à réintégrer dans le domaine public.

Tous les arguments et leurs contraires sont débités par les opposants professionnels qui s’agitent dans les couloirs du parlement pour tenter de nuire au gouvernement en place. On voit même la droite demander l’annulation de cette privatisation alors qu’elle a de tous temps promu les privatisations après s’être opposée aux nationalisations « idéologiques » réalisées à différentes reprises par la gauche. Laurent Wauquiez, l’ex-chef de Les Républicains, après avoir soutenu récemment les émeutiers en gilet jaune, s’être opposé à la baisse des emplois aidés décidée au début du quinquennat actuel, conteste maintenant la privatisation d’ADP en déclarant « …on brade les bijoux de famille pour boucher les trous budgétaires ». Oui, c’est tout à fait et il faut effectivement boucher l’abysse du déficit budgétaire alors la République, comme tout ménage qui serait dans la même situation, va, non pas « brader », mais monétariser quelques-uns de ses actifs pour essayer de se renflouer. C’est un comportement responsable. Le produit de cette opération, à laquelle s’ajouteront les privatisations de la Française des Jeux et d’Engie (ex-Gaz de France), doit venir doter un fonds pour l’innovation.

Peut-être que le parti Les Républicains ne doit pas chercher beaucoup plus loin la raison de la baisse significative de ses scores électoraux. Il arrive un moment où les retournements de vestes et autres reniements opportunistes ont tendance à perdre l’électeur, voir à le faire fuir !

L’élément nouveau dans cette affaire est le regroupement improbable de parlementaires opposés (du parti communiste à Les Républicains) pour déclencher un référendum d’initiative partagée (RIP) tel que prévu dans la Constitution et bloquer ainsi le processus en cours. C’est la première fois qu’un tel référendum serait ainsi mis en œuvre à l’initiative du parlement et des citoyens, si toutefois 10% du corps électoral en signe la demande, ce qui fait plus de 4 millions de citoyens. Si la démarche réussit, cela démontrerait par l’absurde que finalement cette procédure de RIP peut être déclenchée si « le peuple » en manifeste la volonté et qu’elle n’a pas vraiment besoin d’être réformée comme le réclame à cor et à cri. Pour le moment il suffit de cliquer sur une plateforme ouverte par l’administration, ensuite il faudra tout de même se déplacer physiquement et voter pour ou contre.

D’ici là, le processus de privatisation de cette société est bloqué en attendant (i) de savoir si 4 millions d’électeurs veulent l’organiser le référendum et (ii), en cas de réponse est positive, ce que votera in fine le corps électoral dans son ensemble. Ainsi va le cheminement tortueux de notre vieille démocratie.

Nos enfants vont payer


Nous nous demandions récemment qui allait devoir payer pour que les émeutiers cessent d’imposer leur chaos à la majorité. Le président de la République a donné la réponse hier soir à l’occasion d’une conférence de presse : ce sont nos enfants qui paieront pour maintenir notre niveau de vie d’aujourd’hui. Différentes mesures de baisses des dépenses publiques prises depuis deux ans sont annulées, de nouvelles dépenses sont annoncées et des impôts doivent baisser. C’est le cocktail classique en France depuis des décennies pour les sorties de crises sociales (le dernier budget de la nation voté en équilibre remonte à 1974) qui explique la situation tendue des finances publiques : on augmente les dépenses et on baisse les recettes, le résultat est explosif. C’est comme à la maison : la dette augmente.

Les bonnes résolutions sur la réduction des déficits et du niveau de dette sont jetées aux oubliettes, il est fort peu probable que les engagements électoraux du président vis-à-vis de ses électeurs comme de nos partenaires financiers de la zone euro puissent être tenus. Et comme il va bien falloir payer, et bien la République va emprunter des sous et nos enfants les rembourseront…

La première série d’annonces en décembre pesaient déjà une dizaine de milliards d’euros en année pleine, celles dévoilées hier ajoutent une autre dizaine, on en est donc maintenant à 20 milliards d’euros à distribuer pour arrêter les émeutes et acheter le calme social. Il n’est d’ailleurs pas sûr que l’objectif soit atteint tant les revendications des émeutiers sont irrationnelles. Une revue des « niches fiscales » dont bénéficient les entreprises devraient être lancées mais en excluant les deux principales que sont le crédit impôt recherche (CIR) et le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE). Il y a sans doute assez peu de chance qu’une révision à la baisse des niches résiduelles permette de financer 20 milliards. Les méthodes habituelles devraient donner les résultats attendus : la dette publique va augmenter.

Les discours lénifiants sur les effets bénéfiques de cette injection de fonds publics sur la croissance sont évidemment servis, Keynes expliqué à Mme. Michu, mais on connaît maintenant les limites de cette tactique qui consiste à dépenser d’abord puis réformer ensuite, et la seconde étape passe toujours aux oubliettes bien entendu. C’est le drame financier de la France, qui continue !

Démesure et rapacité

Le prochain départ du chef de la société Airbus déclenche les mêmes réactions étonnées sur le montant extravagant des sommes cumulées que l’impétrant devrait percevoir jusqu’à son décès. On parle d’une trentaine de millions d’euros. Evidement il y a là-dedans des actions dont les cours de vente ne peuvent pas être connus à l’heure d’aujourd’hui, mais que l’on peut néanmoins les évaluer et qui font partie de la somme. Ensuite, il y a ce fumeux concept de « retraite chapeau » qui consiste pour l’entreprise à verser une retraite additionnelle à son ancien dirigeant jusqu’à sa mort. Dans le cas de ce patron, il percevra un petit million d’euros annuel pour une vingtaine d’années compte tenue de la durée de vie moyenne d’un homme allemand (il est de cette nationalité) soit 80 ans. Comme le grand chef n’est pas le seul à bénéficier de tels avantages dans la compagnie et qu’à un moment donné il y a un dirigeant en poste mais au moins deux ou trois retraités encore en vie, on peut craindre que la société soit non seulement une industrie de construction aéronautique mais également une caisse de retraite pour VIP.

Comme toujours, le citoyen, ébahi, redécouvre ces avantages financiers extraordinaires. Comme souvent l’employeur explique que ces conditions sont celles « du marché », qu’elles sont largement supérieures aux Etats-Unis, qu’elles sont transparentes et contractuelle, que le dirigeant bénéficiaire a atteint ses objectifs, et bla-bla-bla, et bla-bla-bla.

La vraie question que doit se poser l’économie libérale serait : est-ce qu’un dirigeant payé moins cher pourrait faire le même travail avec des résultats équivalents ? La réponse est très certainement « oui » tant ces grands patrons sont interchangeables, mais le système ne veut pas tenter l’expérience, préférant garder ces avantages faramineux pour un petit groupe de happy-few au sommet de l’échelle. La mise en concurrence c’est bien pour faire baisser les prix des fournisseurs mais pas les salaires des dirigeants… Les actionnaires n’ont que peu d’états d’âme du moment que leurs dividendes sont au rendez-vous et, finalement, les rémunérations abracadabrantesques versées à leurs mandataires est importante rapportée à un individu mais peu de chose rapportée au chiffre d’affaires et aux profits des grands groupes mondialisés qui les versent. En réalité, rien ne justifie de pareilles rémunérations, ni l’intelligence, ni la compétence, ni les résultats de leurs bénéficiaires. Certains s’émeuvent de ce marqueur de l’incroyable augmentation des inégalités générée par la société capitaliste ces dernières décennies. Le chef de la société agro-industrielle Danone vient d’annoncer qu’il renonçait à sa retraite chapeau (1,2 millions d’euros/an) en ajoutant : « l’argent qu’on a ne nous appartient pas, il ne m’appartient pas. C’est l’argent de nos agriculteurs, c’est l’argent de nos consommateurs, c’est l’argent de nos salariés, c’est l’argent de la planète et c’est pour ça que cet argent restera là ». Certains patrons, français et américains notamment, ont lancé des appels pour être plus imposés. Ils restent largement minoritaires et Wall-Street ne s’est pas encore transformée en organisme humanitaire, mais ces prises de conscience sont bonnes à prendre, surtout lorsqu’elles sont suivies d’actes concrets comme dans le cas Danone. On espère que M. Danone ne va pas se rattraper autrement.

Emotion et privatisation

Un projet de loi sur l’économie est en cours de discussion au parlement. Il s’appelle PACTE pour plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises, prévoit différentes mesures pour simplifier et dynamiser l’environnement dans lequel évoluent les entreprises. A priori, rien à redire s’agissant de nouvelles mesures dans le cadre d’un programme économique présidentiel sous le slogan « libérer et protéger ».

Plus délicat, le projet prévoit la vente ou sur le marché (ou la mise en concession) d’une partie des participations de l’Etat (c’est-à-dire de nous les contribuables) dans deux entreprises afin de créer un Fonds pour l’industrie et l’innovation à hauteur de 10 milliards d’euros dont les revenus serviront au financement de « dispositifs de soutien à l’innovation de rupture ». Les deux entreprises ciblées sont Aéroports de Paris (ADP) et la Française des Jeux (FDJ) ; par ailleurs un changement de mécanisme juridique au sein du capital d’Engie est également prévu, supprimant la contrainte du capital minimum de l’Etat.

Une polémique franchouillarde est en cours sur la soi-disant privatisation d’ADP. En réalité il ne s’agit pas d’une privatisation à proprement parler mais d’une mise en concession de l’exploitation pour 70 ans. Aujourd’hui l’entreprise est détenue par l’Etat à hauteur de 59% le reste revenant au privé, y compris donc la propriété des installations, pistes et terminaux. Le projet prévoit qu’à l’issue de la concession de 70 ans, la propriété de l’ensemble des actifs reviennent à la République qui pourra alors opter pour une nouvelle concession ou un autre mode d’exploitation. Accessoirement, il se trouve que le cours de l’action ADP étant plutôt haut, le rendement de cette participation publique est actuellement inférieur au rendement moyen du portefeuille de l’Etat…

A peu près l’ensemble des partis d’opposition contestent cette mise en concession et, le plus drôle, même la droite libérale argue contre « ce bradage des biens de la République ». Il s’est même trouvé un groupe de parlementaires pour lancer un processus de référendum d’initiative partagée comme prévu dans la constitution. L’argumentation des uns et des autres ne mérite même pas de s’y attarder tant elle relève du Café du commerce après mout blanc-secs ! Si l’on regarde le dossier sereinement il s’agit plus d’une question de financement que de philosophie. L’Etat, comme n’importe quel ménage, a sous la main un actif A et veut acquérir un actif B. Pour cela il vend A pour construire B. Il se trouve que le parlement élu démocratiquement approuve ce transfert. Il suffit de le réaliser tout en gardant à l’esprit qu’il s’agit bien d’une mise en concession prévoyant que l’ensemble des actifs (incessibles durant la concession sans l’accord de l’Etat) reviendra ensuite à la République, donc au contribuable.

La théorie économique libérale qui guide globalement le gouvernement actuel pose que le secteur privé saura faire mieux faire fonctionner cette société que l’Etat. Certes elle est rentable et efficace aujourd’hui, elle le sera peut-être plus demain, ou pas… Voir la droite, également libérale, se contorsionner pour défendre la gestion par l’Etat d’un aéroport est sans doute l’aspect le plus novateur et intéressant de ce dossier.

Cela rappelle le psychodrame qui était intervenu à l’issue du projet de mise en location de l’Hôtel de la Marine sur la place de la Concorde après que le ministère de la marine l’eut quitté en 2009. Le gouvernement de droite de l’époque (MM. Woerth ministre du budget, Juppé ministre des affaires étrangères, notamment, et Sarkozy président de la République) avait dû reculer et annoncer que ce lieu serait dédié à la culture et à l’Histoire, c’est-à-dire ne génèrerait pas de loyers substantiels. Eternel recommencement dans la gestion de l’Etat, on restructure le patrimoine public, en l’occurrence on avait réuni les états-majors militaires dans le nouvel ensemble immobilier de Balard, mais on conserve les anciens immeubles en renonçant à en tirer des revenus… Cette droite-là quand elle était aux commandes voulaient faire ce qu’elle reproche au gouvernement actuel qui lui, semble un peu plus malin car il a réussi à faire voter sa loi PACTE. L’avenir dira s’il réussit à en appliquer son volet privatisation.

Combien va-t-il falloir payer ?

L’agitation sociale dans la République depuis le mois de novembre 17’, fortement renforcée par des émeutes hebdomadaires du samedi d’une minorité de citoyens sur l’ensemble du territoire, n’en finit pas malgré l’annonce en décembre dernier de dépenses supplémentaires pour une dizaine de milliards d’euros en année pleine qui n’a pas calmé la contestation.

Un débat national a été organisé, sorte de psychothérapie de groupe pour tenter de canaliser les mécontentements et d’en tirer la substantifique moëlle en formalisant la volonté du citoyen. Il est prévu que le président de la République fasse sou peu des annonces susceptibles de renvoyer en douceur les émeutiers dans leurs pénates. Cela ne va pas être facile !

A défaut de savoir ce qui se trame dans la pensée présidentielle, les ministres annoncent des « mesures fortes », des « décisions puissantes », des « changements majeurs »… En fait, il va falloir payer et il n’y a plus de sous dans la caisse, c’est un classique français, d’autant plus grave cette fois-ci qu’a priori l’addition risque d’être très lourde, proportionnelle à la hauteur des exigences des émeutiers pour cesser leur révolte. Petit point de pédagogie : il ne serait pas inutile au passage de signifier aux citoyens le montant des dégradations de biens publics et privés subis un peu partout en France depuis six mois en précisant comment seront financées ces dépenses imprévues.

Comment payer ? Les solutions sont maintenant bien au point. Si l’on raisonne à niveau de dépenses publiques constantes, soit l’on augmente des impôts des uns pour baisser ceux des autres, soit, ce qui revient au même, on augmente les prestations sociales dont bénéficient les uns en baissant celle des autres ; si par contre on accepte que la République dépense plus qu’aujourd’hui, il suffit de désigner les bénéficiaires et ceux qui devront payer. Après il faudra déterminer combien transférer ou combien augmenter. Finalement c’est simple la politique !

La seule solution qui vaille est celle qui verrait la France reprendre le contrôle de son budget, comme le ferait n’importe quel ménage dans la difficulté, ce qu’elle n’a jamais réussi à faire depuis 45 ans (dernier budget voté en équilibre : 1974). Il s’agirait de procéder à une véritable baisse des dépenses publiques, non pas une baisse de la hausse, non plus une baisse du déficit, mais une diminution de ce que paye l’Etat de façon à équilibrer ses dépenses avec ses recettes. Bien entendu dépenser moins signifie que moins d’argent aboutira dans les poches des citoyens et il s’agit alors de répartir la pénurie de façon acceptable pour ceux-ci. Ce n’est pas facile, spécialement avec un peuple indiscipliné, mais il ne faut pas désespérer. C’est toute la noblesse du métier de gouvernant que de remettre sans cesse l’ouvrage sur le métier.