Le capitalisme hexagonal s’agite

Veolia, grosse multinationale de la « gestion optimisée des ressources » comme l’indique son site web, ce qui signifie de façon plus concrète la gestion de l’eau, des déchets et de l’énergie, ex-Compagnie générale des Eaux, impliquée dans les années 70-80 dans de multiples scandales de financements politiques, lance une offre de rachat à 15,50 euros l’action, en plusieurs étapes, de son concurrent Suez, ex-compagnie coloniale crée à l’origine au XIXème siècle pour exploiter le juteux Canal de Suez, reclassée depuis dans la production de « … solutions innovantes pour accompagner [les] clients dans le passage d’un modèle linéaire qui surconsomme les ressources à une économie circulaire qui les recycle et les valorise. (SIC)», tout un programme…

Aussitôt se déchaînent les « banques conseils » prestant leurs conseils à prix d’or pendant que les gros cigares du CAC 40 salivent à l’avance devant ce combat de coqs sur un tas de fumier sentant bon les synergies, les honoraires et les règlements de comptes. C’est bien sûr le bal des faux-c… qui rivalisent en faux-jettoneries et en slogans de circonstance. Qu’on en juge :

 « L’urgence écologique est plus forte que jamais, face à l’état des ressources naturelles et au dérèglement climatique. La pression grandissante de l’opinion publique, le Green Deal européen et les plans de relance qui s’annoncent dans de nombreux pays font de l’ambition écologique une nécessité. Ce projet nous permettra de compléter les solutions que nous fournissons aux acteurs publics et privés afin de leur donner les moyens de réduire durablement leur impact environnemental. Cette opportunité historique permettra de construire le grand champion mondial français de la transformation écologique, tout en accélérant le développement international et en renforçant la capacité d’innovation du nouvel ensemble. Ce projet s’inscrit dans une approche amicale, tant nous partageons avec Suez les mêmes métiers, la même culture et les mêmes valeurs. »

Pédégé de Veolia

Ou :

« Le Conseil d’Administration de SUEZ considère l’approche hostile de Veolia incompatible avec l’intérêt de la société et de ses parties prenantes. Il confirme le caractère fortement créateur de valeur du plan stratégique de SUEZ en tant que société indépendante. »

Conseil d’administration de Suez

Un gros zizi veut s’emparer d’un plus petit, c’est le darwinisme capitaliste vieux comme le monde. Le petit risque de perdre et d’être dévoré, ce sont les risques du métier. Dans sa grande clairvoyance, Monsieur le Marché va arbitrer et choisir. Sans doute les 15,50 euros par action vont être augmentés, certainement quelques postes d’administrateurs Veolia vont être redistribués, des retraites chapeaux seront augmentées. Ah oui, on pourrait appeler le nouvel ensemble « Veolia-Suez » durant quelques années pour préserver les susceptibilités de certains et dans quelques années le « Suez » passera à la trappe des oubliés du CAC 40.

Malgré les affirmations péremptoires de l’attaquant, il y aura bien entendu des pertes d’emploi du nouvel ensemble. L’Etat sera « attentif » aux aspects sociaux de l’absorption du petit par le gros, exigera quelques engagements qui seront vite oubliés et la transaction devrait se faire, mais pour plus cher. Quand on voit le passé des deux belligérants on ne peut que sourire devant leur façon de se présenter comme « lavant plus blanc que blanc » pour le bien des consommateurs et de la planète…

Au niveau économique personne ne peut véritablement anticiper ce qu’il résulterait de cette opération si elle se faisait. Il y aurait moins de concurrence dans le secteur, mais plus de puissance dans les mains du survivant. Affaire à suivre !

L’arroseur arrosé

Parmi les débats houleux s’étant déroulés dans le cadre de l’Union européenne (UE) pour la mise au point d’un plan de relance économique européen de 750 milliards d’euros récemment annoncé, celui de la conditionnalité de l’attribution des sous de ce plan fut particulièrement intéressant. Les pays bien gérés (dits « frugaux ») se sont opposés aux pays mal gérés (dits « Club Méditerranée »), les premiers voulant soumettre à conditions le bénéfice des aides consenties aux seconds… Ceux-ci ont évidemment rué dans les brancards à l’idée que l’on puisse mettre son nez dans leurs affaires et décider comment les aides à eux octroyées seront utilisées.

L’ironie de l’histoire est que ce sont exactement ce que font la France ou l’Italie, par exemple, lorsqu’elles attribuent des aides à des pays pauvres : les riches imposent leur conditionnalité, ceux qui payent veulent décider de ce qui sera fait de leurs sous. On est toujours le va-nu-pieds de quelqu’un. La France et l’Italie sont les va-nu-pieds des pays européens bien gérés. La preuve en est qu’une partie de cette aide européenne, empruntée sur les marchés financiers, va être donnée sous forme de subvention par l’UE à ses va-nu-pieds, c’est-à-dire remboursée par les frugaux aux marchés financiers.

C’est bien le principe de la solidarité mais ce n’est jamais très agréable de se découvrir le pauvre de son voisin et de constater que celui-ci veut bien nous aider, mais à ses conditions… Nous en sommes là. Finalement un accord a été trouvé sur une conditionnalité douce, ménageant la chèvre (des « frugaux ») avec le chou (des va-nu-pieds).

Les finances publiques françaises en péril

Avec une unanimité inhabituelle, toutes les corporations touchées par la crise sanitaire, et donc, économique, se tournent vers l’Etat, et donc ses contribuables, pour appeler à l’aide. Les tribunes se multiplient dans la presse où sont publiées des lettres ouvertes au président de la République où chacune explique pourquoi il faut la sauver de la faillite.

Et l’Etat distribue des sous sans compter, « quoi qu’il en coûte » comme disait son chef il y a peu. Les prévisions de récession pour l’année 2020 varient entre -8 et -11% du produit intérieur brut (PIB) contre +1,5% en 2019. C’est colossal et des dispositifs d’urgence ont été mis en place pour soutenir l’économie (entreprises et individus) avec de l’argent public sous forme de dons ou de prêts. Pour le moment seuls les dons ont un impact sur les dépenses budgétaires, les prêts en auront plus tard s’ils ne sont pas remboursés, ce qui est hélas très probable pour nombre d’entre eux.

Certains secteurs ne vont pas se remettre de cette crise et devront être lourdement restructurés compte tenu des changements à attendre dans les habitudes de consommation. Les soutenir aujourd’hui c’est probablement reculer pour mieux… tomber plus tard. Espérons que le concept de « destruction créatrice » cher à Schumpeter va se révéler correct même en ces circonstances inattendues.

La distribution d’argent public permet en tout cas de maintenir à flot une économie sérieusement choquée par le petit virus. Les soutiens financiers du contribuable ne pourront pas durer éternellement à ce niveau. Pour le moment la République pare au plus pressé mais le réveil risque de s’avérer douloureux, et ce dès la rentrée.

Le gouvernement a présenté une troisième loi de finances rectificative pour l’année 2020 : les dépenses augmentent, les recettes baissent et les déficits explosent. De -93 milliards dans la loi de finances initiale, ces derniers passent à -222. Comme souvent, la France a démarré cette nouvelle crise en plus mauvaise situation financière que les pays avoisinants comparables, va dépenser plus d’argent public durant cette crise, et va donc se retrouver encore en queue de peloton en sortie de crise. Cela semble être son destin.

Pour le moment l’Etat arrive à emprunter pour financer cette déroute…

Les vessies, les lanternes et les mensonges politiques

Alors que les plans de relance amoncellent les centaines de milliards d’euros sur des citoyens éberlués et incrédules qui ne comprennent pas bien pourquoi des dépenses qui étaient impossibles hier le deviennent aujourd’hui du simple effet d’un petit virus baladeur, les dirigeants politiques continuent à mentir sur la question du « qui paiera in fine ? »

On a vu il y a quelques jours ces dirigeants affirmer avec force que les impôts n’augmenteront pas et, au même moment, prolonger la période de prélèvement de la CRDS qui devait s’arrêter en 2024. En matière de « pouvoir d’achat », une non-réduction équivaut à une hausse.

Lire aussi : « Et hop ! Une première augmentation d’impôt à l’horizon »

Voici maintenant qu’après l’annonce de la mise en place prochaine de financements de l’Union européenne dont une quarantaine de milliards pour la France, son président de la République explique doctement à la télévision que ces sous ne seront financés « … ni par notre endettement ni par nos impôts… [et que] Ce n’est pas le contribuable français qui paiera ». Et Mme. Michu de se demander : « mais alors qui paiera ? »

Eh bien elle connait la réponse, même inconsciemment et en dépit des bravades d’un président, c’est bien nous qui paierons. Et comment pourrait-il d’ailleurs en être autrement ? L’entourloupe présidentielle repose sur le fait que c’est l’Union européenne qui va s’endetter pour redistribuer l’argent à ses Etats membres et que certains d’entre eux pourraient recevoir une part sous forme de dons non-remboursables. Mais l’Union européenne devra bien rembourser, elle, sa dette sur son propre budget et celui-ci est bien doté à partir des contributions des Etats, elles-mêmes constituées sur les impôts payés par les ménages et les entreprises. Si le budget européen doit augmenter pour amortir cette dette commune il faudra bien augmenter les prélèvements sur les Etats (et donc leurs contribuables) ou inventer de nouvelles taxes européennes. Mais dans tous les cas ce sont bien les contribuables et les consommateurs qui financeront le remboursement de ces dettes. Dire le contraire est faire prendre des vessies pour des lanternes. C’est une vraie tartuferie qui relève de l’escroquerie intellectuelle ce qui, venant d’un président élu, est mal !

La République et les vaccins

On se souvient que le mois dernier une déclaration du chef d’un laboratoire producteur de vaccins (Sanofi) avait déclenché l’émotion des commentateurs car il avait expliqué que les Etats-Unis d’Amérique finançant une partie de la recherche en cours pour mettre au point un vaccin contre le coronavirus, se verrait réserver une partie de la production de ce vaccin si celui-ci était trouvé. S’en suivirent une série de réactions outragée y compris de la présidence de la République affirmant que « le vaccin [doit être] un bien public et mondial, c’est-à-dire extrait des lois du marché ».

Un mois plus tard la France annonce fièrement s’être alliée avec l’Allemagne, l’Italie et les Pays-Bas pour cofinancer la recherche du laboratoire AstraZeneca qui s’engage en contrepartie à fournir ces quatre pays avec 400 millions de doses de vaccins une fois le produit mis au point. Bref, ce qui est contestable pour les Etats-Unis ne l’est pas bien entendu pour la France… Une telle attitude relève d’un nombrilisme politique dont la France est hélas coutumière.

La vérité est que contrairement au slogan asséné par la République le vaccin est un produit dont la recherche est financée par des entreprises privées, éventuellement aidées par des fonds publics, produit dans des usines privées et commercialisés sur des marchés souvent publics, dans le cadre de programmes nationaux de lutte contre les maladies infectieuses. Il y a donc des investissements à mener (recherche, usines, circuits de distribution) et des recettes à encaisser pour amortir ceux-ci. Sauf quelques exceptions, les Etats ont laissé ce processus dans les mains du secteur privé depuis bien longtemps. Alors, comme pour la fourniture de masques de protection, chaque Etat cherche à privilégier sa propre population. C’est compréhensible !

Sauf à imaginer un système de recherche et de production de vaccins sous l’égide des Nations Unies (un doux rêve), la première entreprise qui va mettre au point le premier vaccin contre le coronavirus va ensuite produire une première dose qu’elle va livrer à un premier client qui sera considéré comme privilégié. On ne pourra pas d’un coup mettre sur le marché plusieurs milliards de doses. Il y a des pays-clients qui seront servis en premier et d’autres… en dernier, « lois du marché » ou pas ! De même, le premier pays qui va recevoir la première dose va bien devoir l’utiliser pour un premier patient qu’il faudra bien désigner. Bref, cette notion de « bien public mondial » s’avère particulièrement fumeuse et vide de sens.

Bienvenue dans l’industrie !

Les nouveaux mots à la mode sont « relocalisation » et « réindustrialisation », employés à tort et à travers sur les plateaux télévisés peuplés d’experts mondains et au Café du Commerce. Deux micro-évènements devraient pousser tous ces « sachants » de pacotille à un peu de réflexion préliminaire pour enrichir leurs interventions.

Depuis le début de la pandémie, nombre d’usines textiles ont été recyclées pour fabriquer des masques protecteurs. Il fallut quelques semaines pour monter en puissance à une période où l’Etat et les entreprises privées cherchaient à de procurer des masques partout à travers le monde pour compléter la production nationale insuffisante par rapport à la demande. Progressivement ces usines françaises ont augmenté les quantités produites et, dans le même temps, la demande diminuait. Le résultat est évidemment dans des stocks de masques invendus. Alors les producteurs privés se tournent vers la puissance publique (donc les contribuables) en exigeant que leurs stocks soient acquis par l’Etat !

L’industrie (même celle de la fabrication de masques qui ne fait pas appel à des processus de haute technologie) est quelque chose de plus lourd à mettre en œuvre que les services. Il faut des usines, des machines, des plannings, des stocks (de matière première, de produits intermédiaires et finis). Il faut respecter des normes environnementales contraignantes (donc coûteuses) en Europe. Le taux de production d’une usine doit se rapprocher le plus possible de 100% de sa capacité sous peine d’être écrasée par des frais fixes qu’elle ne pourra amortir sur une production trop faible. L’ajustement de la capacité de production à la demande doit être permanente mais nécessite une anticipation raisonnable et des investissements/désinvestissements qui prennent souvent des mois. On ne double pas la capacité d’une usine en deux jours, l’industrie présente une certaine rigidité par construction. Les producteurs de masques sont en train de s’en rendre compte…

Deuxième « poil à gratter », le syndicat des industries pharmaceutiques rappelle que si l’on veut « relocaliser » la production de principes actifs en France ou en Europe, outre les probables augmentations de coûts de production de ces produits, il faudra également que les citoyens acceptent de voir construire des usines chimiques, souvent classées « Seveso » dans leur environnement, car il s’agit bien de chimie. A l’heure où l’incendie de l’usine de Lubrizol à Rouen en 2019 continue à déclencher polémiques, enquêtes et actions en justice, il est bon de se rappeler que l’industrie présente des avantages mais aussi des risques. On imagine sans trop de difficultés la réaction des municipalités (et de leurs administrés) lorsqu’une demande de permis de construire une usine chimique sur leur territoire sera déposée…

Bref, tout est possible pour autant que tous les éléments de cette éventuelle réindustrialision / relocalisation soient pris en compte. La « démocratie » impose sans doute que ces sujets soient aussi traités sur les plateaux télévisés et les réseaux dits « sociaux », mais ce serait l’honneur des animateurs et participants à ces débats d’éclairer Mme. Michu sur l’ensemble de la question au lieu de lâcher des slogans dans la nature, propres à déclencher de l’audience stopper toute réflexion et analyse.

Et hop ! Une première augmentation d’impôt à l’horizon

Niant l’évidence, le pouvoir actuel continue à clamer qu’il n’y aura pas d’augmentation des impôts pour ne pas casser la reprise de la croissance comme cela avait été malencontreusement fait après la crise financière de 2008. Et tout le monde de se demander mais qui va payer pour tous ces milliards qui s’abattent sur les citoyens français ? Chacun pressent la réponse mais pas grand monde n’ose la formuler : c’est nous tous qui allons payer collectivement ces dépenses publiques pharaonesques et comme nos vies n’y suffiront pas, nos enfants continueront la tâche et probablement encore les générations qui suivront, et ceci dans l’hypothèse optimiste qu’aucune nouvelle crise du même ordre ne viendrait encore alourdir la barque au risque de la faire couler.

Nous allons tous payer par un mix d’impôts, de cotisations et de dépréciations d’actifs monétaires, financiers et/ou immobiliers. Le premier coup de semonce vient d’être tiré avec la très probable reconduction de la CRDS (Contribution au remboursement de la dette sociale) pour au moins une dizaine d’années. Cette taxe avait été créée en 1996 par le gouvernement de M. Juppé pour financer la CADES (Caisse d’amortissement de la dette sociale), un machin public dans lequel avait été transféré la dette de la sécurité sociale de l’époque (environ 35 milliards d’euros) puisqu’il était clairement avéré que les cotisations sociales ne pourraient jamais suffire au remboursement de celle-ci. On chargeât donc les contribuables de la payer à la place des cotisants. Depuis cette époque quasiment chaque gouvernement, renonçant à équilibrer les recettes et les dépenses sociales, a refourgué à cette CADES des dizaines de milliards de dettes sociales. C’est devenu un jeu de bonneteau : les cotisations encaissées étant insuffisantes pour financer les dépenses engagées, on transfère les déficits sur le contribuable qui les rembourse en payant la CRDS qui était annoncée à sa création comme « provisoire ».

Promis-juré, dès que la dette est remboursée on supprime la CRDS et tout est fini. Mais bien sûr, la France impécunieuse et mal gérée a continué à faire grossir cette dette sociale composée des déficits accumulés et la CRDS n’a jamais été abolie. Il a même fallu à plusieurs reprises proroger la durée de vie légale de la CADES… C’en est devenu une galéjade qui fait se tordre de rire tous les fiscalistes de la planète.

Devinez-quoi ? Compte tenu de nouveaux gigantesques déficits sociaux dus à la crise sanitaire, le gouvernement français étudie actuellement un projet de loi pour proroger une nouvelle fois cette CRDS au-delà de 2024 qui était la dernière date d’extinction annoncée (après déjà deux ou trois reports). Il serait même question d’en augmenter le taux qui est resté fixe à 0,5% des revenus depuis sa création. Et voici donc la première augmentation (ou prorogation, ce qui revient au même) d’impôt coronavirus. La vérité est sans doute encore pire : cette taxe va être permanente et il faudra bien un jour ou l’autre entériner cette situation dans le droit fiscal.

Devant cette absence de contrôle de ses dépenses et de sa dette, on comprend mieux pourquoi la France inspire tant de méfiance aux autres pays européens du nord plus rigoureux qui ne souhaitent pas « mutualiser la dette », c’est-à-dire payer pour un partenaire aux poches percées.

L’histoire du canapé délocalisé

C’est l’histoire d’un canapé orange acheté au Galeries Lafayette il y a quinze ans, un modèle à deux places, modeste et convertible en lit, recouvert d’un tissu orange, payé sans doute moins de 1 000 euros à l’époque et sans doute fabriqué dans des pays exotiques à bas salaires, bref, un produit sans intérêt (ni valeur ajoutée) de la mondialisation. Le temps est passé et le tissu mérite d’être changé, la structure du canapé pouvant a priori survivre encore de nombreuses années. Le devis reçu pour recouvrir ce meuble est de 2 100 euros soit plus de deux fois le prix d’un canapé neuf de même standing.

Pour ceux qui n’auraient pas encore bien compris ce que veut dire concrètement délocalisation-relocalisation ce petit exemple du canapé orange l’illustre à merveille et mériterait d’être cité dans les débats oiseux et verbeux sur le sujet de « la chaîne de valeurs » qui hantent les plateaux télévisés en ces temps de pandémie planétaire où Mme. Michu semble découvrir que même son comprimé de paracétamol est fabriqué en Asie…

Eh oui, l’heure de couture coûte plus cher dans le XIIIème arrondissement qu’au Bangladesh. Délocalisation veut dire dépendance mais faible coût donc favorable au pouvoir d’achat, relocalisation veut dire indépendance mais coût élevé donc défavorable au pouvoir d’achat, et cela joue particulièrement pour les produits à faible valeur ajouté comme un canapé, beaucoup moins pour un Airbus. Le propriétaire du canapé orange fait ses calculs pour déterminer s’il veut payer deux fois le prix d’un canapé neuf pour retapisser son canapé d’occasion. Il lui faut déterminer s’il est prêt à payer un surcoût d’environ 1 500 euros pour favoriser une couturière française et éviter un transport international du meuble. Ainsi va l’économie, l’indépendance et l’écologie ont un coût qui n’était pas payé jusqu’ici.

Enfin une bonne nouvelle

Kiro / Le Canard Enchaîné (08/01/2020)

La crise mondiale du virus baladeur a au moins un avantage en ce qu’elle a ramené l’affaire de la fuite de Carlos Ghosn à ce qu’elle est vraiment c’est-à-dire un dossier de cornecul délinquant qui a fui la justice du pays où il travaillait. Les autorités japonaises continuent à le rechercher bien sûr, mais chacun a mieux à faire que de suivre les aléas d’un aventurier aux petits pieds. On espère néanmoins que son action en justice contre Renault pour percevoir ses indemnités de rupture de contrat et autres retraites chapeaux va tomber d’elle-même. L’entreprise Renault est actuellement portée à bout de bras par les contribuables français et il pourrait être mal vécu qu’une partie de ces soutiens financiers en espèces sonnantes et trébuchantes puissent se retrouver dans les poches du fuyard à égo surdimensionné !

Lire aussi : Carlos et sa malle

Le prévisionniste qui se trompe

Patrick Arthus est polytechnicien, économiste, directeur de la recherche et des études de la banque Natixis. Il s’est beaucoup trompé dans sa carrière de prévisionniste mais ce sont les risques du métier. En 2008 pendant qu’il se trompait dans son analyse de la crise financière occidentale, il ne voyait pas non plus que se développait au cœur de la banque qui l’emploie un des plus grands scandales financiers de la Vème République lorsque qu’un quarteron de dirigeants irresponsables et incompétents a joué avec l’argent des petits déposants des banques populaires et des caisses d’épargne sur le casino des marchés financiers. Les contribuables ont alors sauvé Natixis de la faillite.

Au moins M. Arthus, qui prévoyait une crise financière de courte durée en 2008, admit que ses prévisions étaient erronées. Il est chevalier de la légion d’honneur, on ne sait pas bien pourquoi.

La dernière théorie de M. Arthus est intéressante en ce qu’il prévoit que l’émission massive de monnaie centrale en cours dans la plupart des pays pour survivre à la crise sanitaire ne va pas générer une inflation galopante comme le postulent les sciences économiques mais une baisse de la valeur des actifs immobiliers. Dans un cas comme dans l’autre l’émission de monnaie sans rapport avec la production va dévaloriser les actifs. Que ce soient l’épargne de Mme. Michu ou la valeur de son bien immobilier quand elle en a un, elle va y perdre et se retrouvera avec moins de richesse une fois la crise passée. L’avenir dira si les prévisions de M. Arthus se révèlent une nouvelle fois erronées.

Les milliards tombent comme les obus à Gravelotte

Comme souvent, à situation équivalente, la France va dépenser plus d’argent public (celui des contribuables) que d’autres pays occidentaux pour essayer d’amortir les effets économiques dramatiques de la crise sanitaire en cours. De prêts garantis par l’Etat en fonds de secours d’urgence, de mesures de chômage partiel en annulations de charges, les contribuables français se sont engagés dans des dépenses considérables, qui vont peser sur les finances publiques pour des décennies. Comme toujours en France, les revendications sociales sont fortes et même accrues à la suite de cette crise. Durant la période de confinement, ceux qui ont fait leur travail sur le terrain veulent des augmentations de salaires pour risques pris (personnel soignant, employés des magasins de distribution alimentaire, éboueurs, etc.), ceux qui ont été mis en chômage partiel (financé par l’Etat et non leurs employeurs) se verraient bien poursuivre ainsi jusqu’à que le risque soit complètement circonscrit et ceux qui sont d’ores et déjà sans emploi émargent en masse à l’assurance chômage.

Tout le monde se plaint, tout le monde critique, tout le monde attaque l’Etat, chacun en veut plus pour sa corporation et se scandalise qu’elle ne soit pas considérée comme prioritaire et pendant ce temps les contribuables se sont fouiller les poches sans même s’en apercevoir. Les experts de plateaux télévisés regardent leurs courbes d’audience, sondent l’humeur de Mme. Michu sur l’Hydroxychloroquine et l’interroge : « Etes-vous en faveur de l’augmentation des salaires du personnel soignant ? Oui-oui-oui » en oubliant la question conséquente : « Etes-vous prête à payer plus de cotisations sociales ? Non-non-non ! ».

En réalité le robinet des aides publiques est déjà largement ouvert et coule à flot. Le chroniqueur a pu constater qu’il a été crédité en 8 jours du chômage partiel de son employée de maison, que l’association d’insertion qu’il conseille a obtenu la garantie de l’Etat pour un prêt bancaire de 30 000 euros sur simple déclaration sur le site Internet de la Banque publique d’investissement (BPI), qu’un petit commerçant qu’il aide dans sa gestion a touché deux fois 1 500 euros d’aide en avril et en mai compte tenu de la fermeture de son magasin (soit plus que son salaire mensuel), etc. Il serait peut-être opportun que quelques journalistes regardent un peu plus loin que la niche fiscale dont ils bénéficient indûment, pour constater, chiffrer et relater ce qui fonctionne dans notre pays au lieu de chercher sans relâche à mettre en difficulté leurs interlocuteurs politiques.

Les décideurs français sont à l’image de leurs électeurs et gèrent une crise, incroyable il y a encore 6 mois, comme ils le peuvent. Il y a certainement des erreurs commises, il y a des changements de pieds, il y a des questions sans réponse un jour dit, il y a des décisions prises qui ne satisfont pas tout le monde, il y a 26 000 morts connus à ce jour (sur une moyenne annuelle d’environ 650 000 en régime de croisière) mais la situation est gérée sans doute pas plus mal que dans les pays avoisinants. La seule chose que cette crise ne semble pas en voie de régler est le pessimisme tapageur des français, leur propension à se plaindre de tout et leur réflexe pavlovien à critiquer tout le monde sauf eux-mêmes.

La CGT ne dévie pas de sa ligne

Kiro / Le Canard-Enchaîné (04/02/2019)

Alors que l’entreprise Renault est soutenue à bout de bras, un peu par ses actionnaires, beaucoup par les contribuables nationaux, pour éviter sa cessation des paiements, le syndicat CGT parvient à faire annuler la décision de réouverture post-confinement de l’usine de Sandouville, ouverture dont les conditions sanitaires avaient été négociées et acceptées par les autres syndicats de l’usine. Pour atteindre son but la CGT a utilisé un vice de forme dans la procédure de communication de la direction avec les représentants syndicaux. Des courriels auraient été utilisés à la place de courriers recommandés.

Cette entrave n’a fait que retarder de quelques jours la réouverture qui était souhaitées par les autres syndicats. Elle marque en tout cas la constance de la CGT qui suit sa ligne quoi qu’il arrive : retraite à 60 ans (sauf pour ceux qui bénéficient déjà d’une retraite à un âge inférieur et qui doivent le conserver), semaine de travail à 32 heures pour tous, pas de reprise du travail s’il n’y a pas zéro risque pour la santé, financement de toutes ces mesures par les contribuables et les cotisants.

Fiston-Lagardère reste en place, l’assaut d’Amber raté de peu

L’assemblée générale du groupe Lagardère a rejeté à 79% toutes des résolutions proposées par le fonds activiste Amber Capital qui voulait prendre le pouvoir en remplaçant tous les administrateurs par des individus de son cru avec pour mission de remplacer le grand chef Arnaud Lagardère dont le mandat arrive à échéance l’an prochain. Grâce à ses nouveaux « amis » Bolloré et Sarkozy, le fiston Lagardère a sauvé son poste et son système. Le « loup » Bolloré étant désormais dans la bergerie il n’est sûr que Lagardère garde longtemps sa place dans l’édifice. D’ailleurs, Vivendi le groupe qu’il préside a continué à acheter des actions depuis l’assemblé générale du 5 et se retrouve aujourd’hui avec plus de 13% du capital du groupe Lagardère qui a publié les résultats de son assemblée assortis d’un remerciement ému :

La Société remercie ses actionnaires de la confiance qu’ils ont exprimée, en soutenant la stratégie claire, responsable et ambitieuse qui leur est présentée avec transparence depuis de nombreuses années.

COMMUNIQUÉS DE PRESSE Lagardère – 06/05/2020

L’affaire ne va sans doute pas en rester là. A suivre…

Lire aussi : La chasse est ouverte

Coronavirus en France : des morts et un enterrement de première classe

La pandémie de coronavirus a fait à ce jour 25 000 morts en France (pour un nombre annuel moyen de décès de 640 000 morts) mais aussi un enterrement de première classe, celui des réformes qui étaient en cours et déclenchaient moulte grèves et émeutes depuis un an et demi. Compte tenu de l’effondrement économique actuel de la République qui va entraîner des faillites d’entreprises en masse et de nouveaux chômeurs en nombre, sans doute pour plusieurs années, on voit mal le pouvoir actuel reprendre la marche forcée des réformes qui bouleversent le quotidien des citoyens, notamment celle des assurances retraites et chômage.

Ces évolutions dans les modes de fonctionnement de la France ont été annoncées comme « suspendues » au début de la crise sanitaire. On peut craindre que le provisoire ne devienne définitif ce qui posera un problème juridique car une partie de ces réformes a déjà été votée par le Parlement. Faudra-t-il défaire ce qui a déjà été fait ?

Une fois encore la France va se cacher derrière une crise pour ne pas réformer alors qu’elle n’a pas profité des intermèdes entre deux crises pour le faire comme l’ont pratiqué les pays européens mieux gérés, majoritairement ceux du nord. Alors évidemment les pays mal gérés comme la France se retrouvent en plus mauvaise position pour affronter les dépenses supplémentaires rendues nécessaires par la prise en charge de la crise actuelle. Et bien entendu les pays « cigales » réclament la « solidarité » des pays « fourmis » pour les aider… Cette histoire est un éternel recommencement !

Le nouveau contexte du transport de masse

Les reportages se multiplient sur les conditions de transport dans le cadre de la pandémie de coronavirus. Des passagers de compagnies aériennes s’étonnent que leurs avions soient pleins, idem pour les trains à grande vitesse (TGV). Il leur échappe sans doute que compte tenu du modèle économique de ces activités, un avion ou un TGV à moitié rempli, si cela devait être durable, va déclencher un prix du billet à peu près multiplié par deux, ou alors la prise en charge par les contribuables de pertes conséquentes.

L’augmentation des prix de vente du transport est d’ailleurs probablement la seule solution efficace pour revenir sur le modèle du transport de masse si tel était l’objectif. Idéalement il conviendrait que l’augmentation de ces prix soit plus le fait d’application de taxes écologiques plutôt que l’accroissement des coûts du fait d’une moindre productivité, mais si l’on continue à pouvoir acheter un aller-retour pour la Thaïlande pour 400 EUR ou à 120 EUR pour le Maroc, les classes moyennes continueront à aller passer en masse leurs vacances à Phuket ou leurs week-ends à Marrakech.

Ce sera l’un des sujets sur la table post épidémie.

Des sous…

Riss / Charlie-Hebdo (05/12/2018)

Vous avez aimé les émeutes sociales de l’année 2019 ?  Vous allez adorer les lendemains sociaux de la crise sanitaire en cours !

Les observateurs découvrent que toute une série de « petits métiers » sont nécessaires au fonctionnement de l’économie d’un pays. Alors que les bobos télétravaillent depuis l’Ile-de-Ré les caissières sont dans les supermarchés, les poissonniers dans leurs échoppes, les aides-soignantes dans leurs hôpitaux et les ramasseurs de poubelle sur leurs camions. Ils font un travail qui n’est que peu numérisable et doivent exercer physiquement leurs tâches lorsque celles-ci sont considérées comme de « première nécessité ». En cas de pandémie ils prennent plus de risques pour leur santé que le bobo à l’Ile-de-Ré.

La preuve de leur utilité étant faites, ces corporations réclament « une reconnaissance » c’est-à-dire de manière plus directe : « des sous ». Le gouvernement a déjà annoncé des versements de primes exceptionnelles au personnel soignant. Les entreprises vont être soumises à de rudes revendications salariales dès la sortie de crise, en tout cas pour celles qui survivront à cette période de confinement. Jusqu’ici les salaires étaient plutôt fixés sur les critères de l’offre et la demande, si demain les salaires doivent être fixés sur base de l’utilité sociale de leurs bénéficiaires c’est un changement de paradigme (pour reprendre un mot à la mode). La simple définition de « l’utilité sociale » sera déjà un casse-tête de première catégorie, tout le monde voulant bien entendu apparaître comme socialement utile et éligible à « une reconnaissance ». Des lendemains sociaux qui s’annoncent chauds dans un pays en faillite !

La chasse est ouverte

Petite guéguerre dans le monde feutré des patrons du CAC40. Le fonds d’investissement activiste Amber Capital veut remplacer l’héritier Lagardère, Arnaud, toujours à la tête du groupe qui porte son nom. Le groupe a été fondé par son père, Jean-Luc Lagardère, sous forme d’un conglomérat avec une nature majoritairement industrielle (Matra [voitures, espace, missiles et armements divers], co-fondateur d’EADS [l’ancêtre d’Airbus], édition avec Hachette, média avec la radio Europe 1). Jean-Luc est décédé brutalement en 2003 d’une infection nosocomiale lors d’une intervention chirurgicale bénigne à l’hôpital. Le fiston (unique) a hérité du bébé et s’est employé depuis à en gommer la nature industrielle pour le recentrer sur la presse, l’édition et le sport.

Le pouvoir d’Arnaud sur le groupe est verrouillé via le statut de la société de tête sous forme de commandite. La stratégie et la gestion du groupe sont fortement contestées. Il se murmure que, très endetté à titre personnel, Arnaud gèrerait son groupe en fonction de ses intérêts personnels (le remboursement de sa dette) et non celui des actionnaires. Sommé par le tribunal de commerce de Paris de publier les comptes de ses holdings personnelles Arnaud s’y refuse, préférant payer une astreinte à la place, sa situation personnelle réelle est donc opaque. Des actionnaires minoritaires activistes essayent régulièrement de le remplacer, sans succès jusqu’ici car le garçon est malin et sait s’allier avec certains de ses pairs du CAC40 et ses amis du Qatar. L’assemblée générale du 5 mai prochain donnera lieu à une nouvelle offensive d’Amber Capital qui veut remplacer tout le conseil de surveillance ce qui devrait lui permettre de désigner un nouveau gérant, le mandat d’Arnaud arrivant à son terme en 2021, et de changer le statut juridique de la société. Amber publie de pleines pages de publicité dans la presse française cette semaine et a ouvert un site web pour défendre sa position car il a besoin du soutien d’une partie de l’actionnariat pour emporter la victoire

Amber therefore wishes to propose to Lagardère shareholders the complete replacement of its Supervisory Board. The Board, “emanation of shareholders” in charge of the permanent control of the management of the company, is indeed the only counter power to the Management within a private company limited by shares (société en commandite par actions). Its entire replacement is therefore the sine qua none condition for initiating a real turning point in the organisation, structuring and strategy of the company, the effects of which will benefit the stakeholders.

https://strongerlagardere.com/our-resolutions/

Ces dernières semaines, Lagardère a fait entrer quelques « amis » à son capital dont MM. Bolloré et Ladreit de Lacharrière[1] pour l’appuyer. La bataille va être rude et même si Amber Capital était défait, M. Lagardère se retrouve avec de nouveaux actionnaires « amis » qui ont très certainement des intérêts à défendre au-delà de leur « amitié » pour Arnaud Lagardère. Dans un cas comme dans l’autre, fiston se retrouve comme un petit poisson dans un marigot où frayent des requins assoiffés de sang.


[1] Condamné récemment pour avoir assuré un emploi fictif à l’épouse de l’ancien premier ministre Fillon, après avoir plaidé coupable et donc reconnu les faits.

Le prix de la démondialisation se profile

Les consommateurs français constatent une augmentation des prix de leurs fruits et légumes depuis le début de la crise sanitaire. L’inflation générale n’est pas significative notamment car elle est tirée vers le bas par le prix du pétrole, mais sur certains produits alimentaires il faut payer plus cher. La raison est notamment que les produits d’origine française sont maintenant majoritaires sur les étals et que les frais de transport ont augmenté du fait du confinement. Le ministre de l’économie assène que c’est là le prix de la qualité à payer car la fraise gariguette est meilleure que la fraise espagnole.

C’est en tout cas un effet à méditer en ces temps où les commentateurs de plateaux télévisés expliquent à tout va qu’il faut « démondialiser » et « relocaliser » comme l’une des conséquences à tirer de la crise sanitaire en cours qui révèle les interdépendances mondiales. Eh oui, mais revenir à des productions purement nationales reviendra à des augmentations de coûts de production pour les pays à coûts salariaux élevés comme la France, des augmentations qu’il sera difficile à faire absorber par des efforts de productivité.

Si l’Inde et la Chine sont devenues les premiers pays producteurs de médicaments génériques c’est aussi parce que les autorités de santé des pays développés ont voulu contrôler la hausse permanente de leurs budgets de santé et, en ouvrant la concurrence, ont rendu les productions de ces produits en Chine et en Inde plus compétitives que les productions françaises.

Quel que soit le secteur concerné, de la fraise gariguette aux médicaments, relancer la production en France aura sans doute des avantages macroéconomiques favorables en termes d’emploi et d’activité, mais génèrera aussi très certainement des augmentations de prix. La réflexion à venir sur la redéfinition des rapports économiques entre pays de la planète va être un passionnant et difficile sujet aux enjeux considérables. Il nécessitera une capacité d’analyse qui est fort peu partagée sur les plateaux télévisés ni sur les comptes Tweeter des aboyeurs politicards. Il sera certainement à l’affiche des prochains mois.

Le secteur aérien en sérieux décrochage

Pour la énième fois depuis sa création les contribuables français vont être amenés à sauver la compagnie aérienne Air France de la faillite.  Ce fut déjà le cas à différentes reprises lorsque cette société était détenue à 100% par l’Etat. C’est encore le cas après sa privatisation avec la part publique ramenée à 14,3% (dans le capital du Groupe AirFranceKLM, la participation de l’Etat néerlandais étant de 14%). Un prêt octroyé par les banques et les deux Etats actionnaires de 6 milliards d’euros, 100% garanti par les Etats, est mis en place pour permettre à la compagnie de survivre à l’arrêt quasi-complet de son activité pour cause de pandémie. Il n’est pas sûr que le groupe AirFranceKLM soit sauvé du désastre, encore moins que le prêt soit remboursé normalement. Les contribuables vont sans doute y laisser des plumes, en plus du reste. Le transport aérien va probablement devoir revoir son mode de fonctionnement après la crise, pas sûr qu’il y aura autant de voyageurs pour se bousculer dans les aéroports et sur les plages de Phuket avant longtemps. En France, le transport aérien, qu’il soit privé ou public, coûte aux contribuables. Ce sont en fait eux qui subventionnent en partie les prix cassés sur les billets d’avions des vacances à Phuket du bobo qui préfère voler sur Air France que sur la Thaï.

Peut-être qu’un virus microscopique va arriver à modifier les comportements transhumants de l’humanité là où les défenseurs du climat ont échoué ? Peut-être que les bobos iront cet été plus en vacances en Corrèze qu’au bord du Zambèze ? Peut-être que les futurs salariés licenciés d’Air France seront recyclés dans la production d’éoliennes et autres énergies propres ?

L’étape suivante va concerner les difficultés annoncées dans la construction aéronautique, secteur de pointe important pour l’économie française et européenne…

Des montagnes de dettes qui s’accumulent

La France, comme nombre de ses partenaires occidentaux, déversent actuellement des montagnes d’argent sur son économie pour tenter de passer la crise sanitaire et de plus ou moins maintenir son système productif en état de repartir une fois que les citoyens (producteurs et consommateurs) seront déconfinés. Elément nouveau, l’Etat (c’est-à-dire ses contribuables) prend en charge le « chômage partiel » de millions de salariés et met en place un système équivalent pour les indépendants. Même le personnel de maison est éligible à ce système de chômage partiel. En gros, la République a décidé de rémunérer elle-même ses citoyens qui sont empêchés de travailler afin d’éviter leur licenciement par les entreprises qui sont à l’arrêt et de maintenir le système à flot, prêt pour la reprise. Cette tactique avait été mise en œuvre en Allemagne lors de la crise financière de 2008, avec un relatif succès. A défaut d’autres idées, on suppose que cette méthode produira aussi des effets positifs en 2020.

En termes de finances publiques le chômage partiel ne doit pas coûter beaucoup plus que le chômage classique, mais en trésorerie le déboursement est immédiat alors que si on avait laissé les entreprises licencier leurs personnels et attendre que ces derniers soient inscrit à Pôle-Emploi il aurait coulé de l’eau sous les ponts avant que l’assurance chômage ne soit mise à contribution. Outre son immédiateté, l’avantage majeur de ce système est de transférer la charge des salaires des citoyens qui ne travaillent plus temporairement des entreprises vers les cotisants/contribuables, préservant ainsi la capacité des entreprises à survivre et reprendre leurs activités dès le lendemain du déconfinement.

En outre, l’Etat a mis en place très rapidement un plan de garanties publiques des prêts aux entreprises (300 milliards d’euros) et mis sur pieds un plan de relance à démarrer dès après la crise. Pour autant que l’on puisse savoir ces actions sont relativement opérationnelles et nous sommes nombreux à constater autour de nous des exemples précis de salariés ou d’indépendants ayant perçu leurs indemnités de chômage partiel du mois de mars dès la mi-avril, ou d’entreprises ayant reçu la garantie publique de leur financement bancaire sur une simple déclaration sur un site internet.

Enfin, la banque centrale européenne (BCE) a accepté de refinancer les dettes des Etats pour des montants considérables (1 000 milliards d’euros) et l’Union européenne se prépare également à mettre en œuvre différents mécanismes budgétaires déjà disponibles pour financer les pays en crise et la relance qui, espère-t-on, devrait suivre. Tous ces montants annoncés risquent fortement d’être revus en hausse compte tenu de l’incertitude majeure dans laquelle se trouve l’économie mondiale.

Alors Mme. Michu se demande d’où vient tout cet argent et comment peut-il être aujourd’hui disponible alors qu’hier il ne l’était pas ? Majoritairement cet argent va être emprunté par nos Etats sur les marchés financiers, dans la mesure où l’on trouvera des prêteurs, et aux taux d’intérêt que ceux-ci voudront bien consentir. Pour ce qui concerne les rachats de dette publique de la BCE c’est un mécanisme un peu plus complexe qui permet de refinancer les créances que les établissements financiers prêteurs détiennent sur les Etats. En principe ces refinancements sont provisoires et se terminent lorsque les Etats ont remboursé leurs dettes. Il n’y a donc pas création définitive de monnaie centrale sauf… si les Etats ne remboursent pas ! Dans l’intervalle il y a création provisoire de monnaie centrale, qui devient définitive en cas de défaut de paiement des Etats. La théorie monétaire veut que si la création de monnaie est déconnectée de la production, l’ajustement se fait par l’inflation des prix. C’est ce qui s’est passé en Allemagne dans les années 30’ (avec les funestes conséquences que l’on connaît) et c’est ce qui se passe en Argentine depuis quelques années. On peut toutefois noter que la théorie monétaire ne sait pas trop expliquer pourquoi l’Occident garde une faible inflation malgré la création massive de monnaie centrale post-crise financière de 2008 ! C’est sans doute l’exception qui confirme la règle…

En France, des commentateurs aux connaissances économiques limitées et des hommes politiques roublards expliquent à Mme. Michu que ces montagnes de dettes ne seront jamais remboursées, qu’elles doivent être « annulées » et que cela peut être fait « sans conséquence » sur les citoyens. S’agissant de la dette des Etats, une annulation génèrera une perte identique chez les prêteurs et leur réaction immédiate de stopper de l’octroi de tous nouveaux financements. Les prêteurs ne sont pas les « méchants banquiers capitalistes » qui ne sont que des intermédiaires prêtant l’argent des citoyens. Par ses quelques économies placées à la Caisse d’épargne ou dans un contrat d’assurance-vie Mme. Michu prête aussi aux Etats. Comme nous le disions ce 14 avril dernier les ménages français disposent de 3 500 milliards d’épargne monétaire, eh bien une partie de ces 3 500 milliards est la contrepartie de la dette publique française de 2 300 milliards d’euros (avant la crise en cours). Ne pas rembourser cette dette revient à annuler une partie de cette épargne monétaire qui ne sera donc perdue pour Mme. Michu. C’est techniquement possible. Lorsque la République annule, par exemple, la dette des pays en développement elle renonce ainsi à des remboursements qui devaient venir financer ses propres dépenses, y compris pour rembourser sa propre dette et c’est donc Mme. Michu qui verra ses impôts financer ce que les remboursements desdits pays ne financeront plus. Simplement dans le cas d’espèce les montants en jeu sont d’une ampleur limitée et sont absorbés sans trop de difficultés par le budget de l’Etat.

Lire aussi : L’épargne des ménages risque d’être entamée.

Et si l’on dit à la place (comme l’assène les « souverainistes » français) : la BCE rachète définitivement les dettes publiques, voire finance directement les Etats, ce que l’on appelait autrefois « faire tourner la planche à billets » et créer plus de monnaie que la croissance de la production, eh bien Mme. Michu le paiera par de l’inflation qui amputera son pouvoir d’achat, et son épargne lorsqu’elle en dispose.

Dans un cas comme dans les autres, nous allons devoir tous payer ces montagnes de dettes qui s’accumulent par des impôts, par de l’inflation et, probablement, subir les affres de la décroissance car il apparaît désormais peu probable que l’économie mondiale reparte « comme avant » après un tel séisme.