Le Royaume-Uni en difficultés

Une nouvelle première ministre conservatrice, Liz Truss, désignée en catimini après la démission sans gloire de son prédécesseur, Boris Johnson, a lancé un collectif budgétaire bâclé délivrant des baisses d’impôt pour les plus riche et renonçant à l’augmentation d’impôt sur les sociétés décidée par le gouvernement précédent pour financer l’accroissement des dépenses du Royaume liée à la crise sanitaire.

Toutes ces annonces de baisses (ou de non-augmentations) d’impôt ont un peu inquiété Monsieur le Marché qui est d’habitude plutôt gourmand de ce genre de politique fiscale favorisant les investisseurs. Du coup la livre sterling a perdu beaucoup de sa valeur et les taux d’intérêt de la dette britannique ont augmenté. La banque centrale britannique a initié la hausse de ses taux d’intérêt de base pour lutter contre les attaques contre la monnaie nationale. Le nouveau ministre des finances qui a décliné ce budget a expliqué un peu négligemment que les baisses d’impôt seraient financées par un accroissement de la dette publique sans donner plus de détails. A priori Monsieur le Marché n’est pas très enthousiaste à l’idée de financer cette dette. Sans doute Londres croyait encore au mythe de l’argent magique éternel.

Du coup, branle-bas de combat au Royaume-Uni, un mois après sa désignation la première ministre vacille, le ministre des finances est démis de ses fonctions, la cote de popularité du parti conservateur est au plus bas et les baisses d’impôt sont repoussées à plus tard.

Tout ceci fleure bon un amateurisme auquel le Royaume-Uni nous a un peu habitué depuis les négociations pour sa sortie de l’Union européenne (UE). On dirait que ce pays protestant se rapproche du laisser-aller latin dans la gestion de ses finances publiques. C’est inattendu. Les opposants à la sortie de l’UE clament que c’est là le résultat de cette décision. C’est aller un peu vite en besogne tant le chaos d’aujourd’hui semble plutôt être le simple résultat de l’incompétence de dirigeants de rencontre plus concernés par leurs comptes Twitter que par la théorie économique pourtant largement élaborée en l’Angleterre au cours de l’histoire contemporaine.

Lire aussi : Le Royaume-Uni montre le chemin

Bagarres dans les copropriétés françaises

Un des effets collatéraux de la guerre d’Ukraine est de provoquer des inquiétudes dans les copropriétés sur leur capacité à chauffer leurs immeubles en hiver. La température de 19° recommandée depuis des décennies pour les logements comme pour les bureaux en hiver n’est que très rarement volontairement respectée en France. Lorsqu’elle est constatée elle résulte le plus souvent, soit d’un incident technique, soit de l’incapacité financière des propriétaires à recharger leurs chaudières.

Prenons au hasard les échanges par courriels en cours dans une copropriété parisienne bourgeoise (mais pas bohème) dont le chauffage est collectif, c’est-à-dire que la consommation d’énergie n’est pas facturée individuellement :

12/09/2022 – 19h41

Bonsoir,
Le compte-rendu de la réunion du Conseil Syndical du 7 septembre 2022 mentionne à juste titre, à propos du chauffage, les « consignes gouvernementales sur la réduction de la consommation d’électricité », il faut aussi être conscient que la vapeur de la CPCU, c’est aussi beaucoup de gaz ainsi que le montre la répartition des sources d’énergies utilisées. (Cf. chiffres 2021 ci-dessous, tirés du site de la société)…

06/10/2022 – 21h46

Bonsoir
Je veux simplement appuyer le point sur le chauffage.
Dans notre appartement nord est bâtiment A radiateur ouvert ça monte à 25 degrés.
Les chambres ont les radiateurs éteints et la température est à plus de 21.5.
En journée nous ouvrons les fenêtres avec les radiateurs coupes dans le séjour pour faire redescendre la température.
Il y a surement quelque chose à faire il serait bon de refaire passer le chauffagiste

07/10/2022 – 10h38

Bonjour
Je ne suis absolument pas d’accord avec le courriel ci-[dessus] en ce qui concerne le chauffage.
Il n’appartient pas à une copropriétaire ne faisant pas partie du conseil syndical de décider de la politique de chauffage pour l’ensemble de la résidence.
Si les conditions climatiques actuelles sont relativement clémentes, elles peuvent se dégrader à tout moment comme cela a été le cas dans la semaine du 26/9 durant laquelle l’absence de chauffage était difficilement supportable.
Quant aux « consignes gouvernementales » évoquées, elles n’ont strictement aucune valeur juridique contraignante.
Je demande donc que le chauffage soit maintenu selon les modalités actuelles.

07/10/2022 – 15h53

Bonjour,
Je me joins à la demande de révision de la politique chauffage de Monsieur XXX. A la mi-Juin dernier, j’avais été surprise en constatant des radiateurs encore chauds après des épisodes de grand beau temps (signalé en A.G.).

08/10/2022 – 11h49

Ne serait-il pas temps de reconsidérer, positivement, l’installation de compteurs individuels tant pour le chauffage que pour l’eau ? Ca pourrait peut-être contribuer à une meilleure conscience de l’utilisation de l’énergie et des ressources…
Si ma mémoire est bonne, la loi et les décrets sont passés, mais l’AG considère qu’elle est souveraine par rapport à leur application !

08/10/2022 – 15h56

Je suis tout à fait d’accord avec cette proposition, sachant toutefois que le loi impose je crois un vote à la majorité de l’AG (à vérifier) pour la mise en place des compteurs individuels, qui sont la seule façon de responsabiliser chacun et de répartir équitablement les charges de chauffage. Ceci vaut également pour l’eau.
Par ailleurs, pour mieux inciter à l’installation de double vitrages, en plus des aides gouvernementales, ne serait-il pas possible d’attribuer, dans le cadre d’une campagne d’installation, sur deux ans par exemple, le montant des économies d’énergie réalisées par la collectivité à ceux qui mettraient ces nouveaux vitrages en place? Cela ne couterait rien aux autres et pourrait présenter un caractère incitatif.
Il est assez honteux de devoir ouvrir ses baies vitrées pour réduire la surchauffe de nos appartements, dans la conjoncture économique actuelle mais aussi pour des raisons environnementales et sanitaires. Que les consignes gouvernementales n’aient pas un caractère coercitif ne change rien à l’affaire! Merci de tout faire pour que cesse la surchauffe inutile de nos immeubles, et l’objectif des 19 degrés est sans doute le meilleur pour notre santé, pour notre économie et pour notre environnement.

Chers voisins, je souhaite que la gestion de notre collectivité s’améliore!

10/10/2022 – 11h45

Bonjour,
Au dernier mail (de Monsieur XXX), je me permets toutefois d’ajouter que, depuis des années, les associations (UFC, ARC…), déconseillent l’installation de « répartiteurs de frais de chauffage » dans les logements collectifs. J’en veux pour preuve l’articulet encore tout récemment publié (joint)
Mais peut-être y a-t-il d’autres solutions pour améliorer notre consommation ?

Bref, c’est l’habituelle confrontation entre les intérêts individuels et l’intérêt général. La bonne nouvelle est que certains admettent la surchauffe et donc un gisement possible d’amélioration sans nuire considérablement au confort de tous. D’autres ne veulent rien changer et surtout ne pas individualiser la facturation ce qui reviendrait à leur faire payer leur surchauffe. Ils préfèrent largement la faire financer par les propriétaires frugaux en chauffage.

Cette querelle picrocholine de peu d’importance montre, si besoin en était, l’importance du signal-prix. Tant que les consommateurs ne payent pas le vrai prix de leur consommation, ils ne sont pas incités à la maîtriser.

Vive la sobriété

En ces temps de prix élevés de l’énergie, le pouvoir français se met en tête de sensibiliser les citoyens pour réduire leur consommation d’énergie. On se croit revenu en 1973 lorsque Pierre Messmer, premier ministre de Pompidou, lançait la campagne « antigaspi » à la suite du choc pétrolier : limitation de la vitesse sur les routes (90 km/h sur les routes et 120 km/h sur les autoroutes), suspension des courses automobiles et des rallyes, interdiction de la publicité lumineuse la nuit, réduction des heures de diffusion de la télévision publique, etc. C’était il y a près de 50 ans ! Aussitôt les surcoûts du pétrole absorbés par les utilisateurs, ils se sont empressés d’oublier ces mesures restrictives qu’il n’aurait pas été inutile de maintenir, que ce soit pour des considérations écologiques ou plus simplement pour favoriser le « pouvoir d’achat » des consommateurs. Quand on roule à 120 km/h on brûle moins de carburant qu’à 130 et on dépense moins de sous.

Nouvelle crise aujourd’hui élargie à l’ensemble des sources d’énergie et le gouvernement ressort des mesures similaires en ajoutant la nécessité de chauffer les bureaux et les logements en hiver à 19° au maximum. 5 décennies plus tard les mêmes causes produisent les mêmes effets, gouvernement et citoyens redécouvrent qu’en chauffant à 19° on dépense moins qu’à 21°, quitte à se couvrir un peu plus lorsqu’arrivent les frimas de l’hiver.

La morale de cette histoire est que seule la hausse des prix est susceptible de changer les comportements des consommateurs. Les plans « antigaspi », les slogans sur la sobriété et autres discours écologiques ne sont que billevesées, oubliées aussitôt la crise passée La seule façon de faire baisser la consommation d’énergie est d’augmenter ses prix. Ce n’est qu’aux pieds du mur que les consommateurs ajustent leurs achats.

Cela dit, la France étant un pays fortement redistributif, il n’est pas interdit ensuite de prendre dans la poche des uns pour aider ceux qui ne peuvent pas faire face aux prix actuels de l’énergie. C’est ce qui est fait aujourd’hui l’Etat avec les différents boucliers tarifaires mis en place, consistant à faire payer par les contribuables ce que les consommateurs ne peuvent ou ne veulent pas payer. L’exercice a ses limites et il convient de la manipuler avec subtilité pour laisser le signal-prix jouer son rôle : celui de la baisse de la consommation.

La démagogie à l’assaut des « superprofits »

Différents parlementaires, plutôt de gauche mais pas seulement, sont partis à l’assaut des « superprofits » que réaliseraient les entreprises « profiteuses de la guerre en Ukraine » et qu’il faudrait taxer. La bonne nouvelle est que ces profits sont déjà taxés puisque l’impôt sur les sociétés (IS) étant proportionnel (25%) au bénéfice, si une entreprise réalise plus de profit elle paiera donc plus d’IS, toutes choses étant égales par ailleurs.

Ce qu’expriment probablement maladroitement ces élus c’est qu’ils voudraient une « super-taxe » (en plus de l’IS) sur les profits des entreprises concernées, plutôt qu’une taxe sur les « superprofits ». C’est théoriquement possible à mettre en œuvre et il suffit de la voter dans la Loi de finances 2023. Après, il faudra en définir le périmètre et donner les critères à retenir pour désigner ce qu’est une entreprise « profiteuse de guerre » ? Pas facile à faire intelligemment et, certainement, un débat qui promet des affrontements idéologiques de première catégorie…

Pour le moment, le gouvernement français s’est contenté d’obtenir du pétrolier Total dont le siège est en France, mais dont les actionnaires sont mondialisés, une ristourne de 20cts/litre de carburant dans les stations Total en France. Ces stations étant jusqu’ici celles qui vendaient l’essence la plus chère, cette remise ramène le prix de vente au consommateur un peu en dessous de celui des stations d’autres marques, du coup ces dernières estiment la concurrence faussée et ont obtenu des aides spécifiques de l’Etat pour les plus petites d’entre elles. Et on est entré dans la mécanique infernale des subventions en économie de marché. La prochaine étape, complexe, sera la sortie de ces dispositifs qui n’ont pas vocation à être éternels mais auxquels les consommateurs s’habituent très vite… tout en pestant sur le fait qu’ils payent trop d’impôts !

Lire aussi : Le cours du pétrole revient à un étiage cohérent

AGHION Philippe au Collège de France, leçon donnée le 27/10/2020 : « Destruction créatrice et richesse des nations / Le débat sur l’environnement » 4/6

Chaire : Économie des institutions, de l’innovation et de la croissance

Cours : Destruction créatrice et richesse des nations

Leçon :  https://www.college-de-france.fr/site/philippe-aghion/course-2020-10-27-14h00.htm

Partie 1 : Introduction

En ces temps d’épidémie Covid nous sommes un peu dans une période de pessimisme ambient alors que l’innovation va nous permettre de traiter ce sujet. Une autre raison de pessimisme est le réchauffement climatique qui pousse certains à affirmer que nous sommes condamnés à la décroissance pour y faire face. Dans les années 1970 eut lieu une prise de conscience que la surpopulation allait causer des difficultés à l’humanité d’où la proposition de la décroissance. Dans les années 1990 c’est le réchauffement climatique qui a commencé à inquiéter avec l’augmentation de l’émission des PPM (particules de dioxyde de carbone par millions) aux conséquences dommageables. Sommes-nous condamnés à la décroissance ?

Dans une économie où l’activité est dépendante de l’accumulation du capital et de la consommation du stock de matières premières énergétiques, le développement n’est pas soutenable et la croissance ne peut pas durer éternellement. La croissance du capital va forcément être limitée un jour par l’extraction du stock d’énergie qui est fini. C’est le raisonnement de Greenpeace, mais l’innovation va permettre de limiter le besoin d’énergie nécessaire pour la croissance, voire de s’en passer complètement, et atteindre ainsi une croissance durable.

La mauvaise nouvelle est que les entreprises ne vont va pas spontanément aller vers cette innovation verte.

Partie 2 : L’effet de dépendance au sentier (path dependence)

Dans le marché de l’automobile on distingue les brevets verts (véhicules électriques) des autres brevets (véhicules polluants). Depuis 1978-2005 les brevets triadiques (déposés en Europe, aux Etats-Unis et au Japon) polluants sont plus nombreux que les verts mais ces derniers rattrapent doucement leur retard. Malheureusement, les entreprises innovent dans le domaine où elles ont déjà réussi (path dependence) donc les brevets polluants restent majoritaires. Il va falloir que l’Etat intervienne pour rediriger les investissements.

On connaît les passés des entreprises en matière de dépôt de brevets et l’on constate que le flux d’innovations propres dépend du stock d’innovation propres (clean), et vice-versa pour les innovations polluantes (dirty). C’est la « dépendance au sentier ». Plus j’ai fait du sale dans le passé plus je vais continuer à faire du sale. Si l’Etat n’intervient pas les entreprises ne vont pas aller vers le propre toutes seules.

En revanche, on constate que plus le prix du carbone est élevé et plus les entreprises vont innover dans le propre. On peut donc diriger le changement technique à travers le prix du carbone.

On réalise des simulations sur l’effet-prix du carbone sur les flux de brevets propres vs. sales. Si en 2005 on avait taxé à 40% le prix carbone les courbes se croisent et le propre surpasse le sale. Evidemment augmenter les taxes n’est pas très populaire, on peut aussi raisonner en termes de subventions à l’innovation verte, vers les entreprises comme vers la société civile.

Partie 3 : En quoi la prise en compte de l’innovation change les termes du débat ?

Nordhaus vs. Stern

Le constat de Nordhaus (modèle DICE) est que les entreprises produisent en fonction de différents facteurs (travail, coût du carbone, capital) mais leur productivité dépend négativement de la qualité de l’air. En produisant les entreprises détériorent le climat ce qui fait baisser leur productivité et va contre la croissance. Mais chaque producteur ne prend pas en compte l’effet de sa propre production sur la détérioration de climat, donc il ne s’autodiscipline pas. Chaque entreprise pense qu’elle a un effet négligeable sur les émissions globales de CO2, elles ne se disent pas que leur propre productivité va baisser du fait de la pollution. Cet effet n’est pas internalisé d’où l’utilité de l’instrument taxe carbone pour embarquer cet effet pollution/productivité.

Stern est pour la taxation immédiate et massive pour éviter une perte de PIB à court terme quand Nordhaus prône de ne pas tuer le potentiel de croissance de l’économie, donc y aller progressivement pour ne pas casser la croissance qui permettra d’affronter le problème dans le temps.

C’est en fait une question de taux d’actualisation : Nordhaus privilégie les générations présentes en taxant progressivement, Stern favorise les générations futures en taxant immédiatement de façon très significative. Mais le modèle doit évoluer avec l’introduction de l’innovation.

2 instruments pour 2 externalités

Supposons une économie qui produit des véhicules électriques non polluants et des véhicules thermiques polluants. Les entreprises peuvent innover dans les deux secteurs. Nous avons en fait deux externalités : l’externalité environnementale (la pollution) mais aussi l’externalité technologique de la path dépendance qui veut que si j’investis aujourd’hui dans le polluant, j’y investirai aussi probablement demain. Dans ce monde à deux externalités il faut deux instruments de politique économique : la taxe carbone et la politique industrielle (subvention à l’innovation verte). L’intervention de l’Etat complète la décision des entreprises.

Il faut agir maintenant car plus on attend et plus il faudra agir durement (coût de l’intervention encore plus fort c.a.d. taxe carbone à mettre en œuvre plus tard) et plus la consommation future sera inhibée. Au bout d’un temps fini les entreprises prennent le relais de l’Etat qui n’a plus besoin d’intervenir et les entreprises vont aller naturellement vers les investissements verts sans plus d’incitation, car c’est leur intérêt.

En appliquant la combinaison des deux instruments, taxe carbone et subvention, on peut donc agir plus modérément avec la taxe et donc moins freiner sur la croissance. C’est plus vivable avec « la carotte et le bâton ».

Le débat Nord-Sud

L’environnement est un bien commun mondial. Lorsqu’un pays investit dans le propre, toute la planète en bénéficie. En revanche il y a la tentation du free rider qui pousse un pays à ne rien faire en se disant son inaction n’aura pas d’impact sur l’ensemble. Evidemment le Sud reproche au Nord de s’être développé en polluant en lui déniant le droit d’en faire autant. Le Nord répond, oui c’est vrai mais si on continue à polluer, tout le monde coule.

Aujourd’hui le Nord possède différentes technologies (ce qui n’était pas le cas au XIXème) et peut les mettre à disposition du Sud pour moins polluer. La Chine est un cas à part au Sud car elle innove beaucoup. Le deal serait que le Nord dise au Sud on vous donne les technologies vous permettant de vous développer en polluant moins que nous au XIXème pendant la révolution industrielle et en échange on se fixe des objectifs communs de réduction du CO2

Nous n’aurions même pas besoin d’un accord multilatéral ; si le Nord passe aux investissements verts, le Sud suivra presqu’automatiquement car ne pourra plus produire « sale » de façon rentable. C’est l’externalité technologique.

La mauvaise nouvelle c’est que le libéralisme économique peut générer l’apparition de paradis polluants, des places où l’on favorise la concentration d’industries polluantes qui réexportent ensuite leurs productions vers les pays « verts ». Ce genre de cas se traite avec la taxe carbone aux frontières qui pourrait être introduite dans les nouvelles règles de l’OMC.

Partie 4 : Penser la transition énergétique

Les énergies intermédiaires peuvent être moins polluantes que les hydrocarbures mais plus polluantes que les énergies renouvelables, le gaz naturel ou le gaz de schiste (qui est un gaz naturel non conventionnel). Le gaz est moins polluant que le charbon ou le pétrole. Faut-il subventionner la recherche et le subventionnement de ces énergies. Aux Etats-Unis on a vu une augmentation de la part du gaz dans la production d’électricité en remplacement de celle du charbon qui a diminué. Il y a eu substitution depuis 2008.

A court terme on remplace le charbon par du gaz et on pollue moins par unité d’énergie produite. Mais il y a des effets indirects. Notamment la baisse du prix du charbon car il y aura plus d’offre de matières premières. Donc on va rendre le prix de l’énergie en général moins cher, donc la demande va augmenter… donc plus de pollution. Il faut comprendre quel effet domine : le direct ou l’indirect. Aux Etats-Unis, à court terme l’arrivée du gaz de schiste a fait baisser la pollution, même en prenant en compte la baisse du prix de l’énergie qui a entraîné une augmentation de la consommation.

Mais à long terme i y eut un effet pervers. L’arrivée du gaz de schiste a entraîné une plus forte demande d’innovation sur les technologies du gaz de schiste, au détriment des renouvelables moins polluantes. On voit cet effet avec le nombre de brevets liés au renouvelable qui a baissé aux Etats-Unis à partir de 2008. C’est l’effet pervers du gaz de schiste.

Il faut garder le gaz de schiste mais éliminer les effets indésirables avec un mix de taxe carbone « raisonnable » et de subventionnement des investissements verts.

Partie 5 : Le rôle de la société civile

L’intervention de l’Etat permet d’inciter les entreprises à se tourner vers les investissements verts, mais est-ce suffisant ? Le débat sur la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE) : faut-il que les entreprises aient comme seul objectif la maximisation du profit ? C’est la position de Friedman (ultralibéral, 1970) qui ajoute que s’il y a des points qui ne plaisent pas à l’Etat c’est à lui de mettre en place des régulations (contre le travail des enfants par exemple), chacun dans son rôle. Certains antilibéraux sont également friedmanniens car ils craignent que la RSE déresponsabilise l’Etat…

Mais l’Etat a aussi ses propres limites et dysfonctionnements : il est sous pression du lobbying et il ne peut rien faire tout seul si les autres pays agissent différemment. Pourquoi ne pas s’appuyer également sur la société civile, les consommateurs. Il y a aussi les actionnaires qui peuvent orienter le choix des entreprises.

Faire de la publicité sur les produits « environnementaux ». Les préférences des consommateurs sont aussi forgées par leur éducation.

La concurrence tend à faire baisser les prix donc augmenter leur production/consommation et polluer plus (effet chinois). Mais dans un pays où les consommateurs se soucient de l’environnement la production va être poussée vers l’innovation verte pour attirer les attirer. Ce peut être une force importante comme démontré par des calculs économétriques qui montrent qu’une intensification des valeurs sociales des consommateurs dans un monde concurrentiels équivaudrait à une augmentation de la taxe carbone de 40%.


Pour une politique verte efficace il faut combiner tous les instruments passés en revue : taxe carbone, subventions, énergie intermédiaire, concurrence et éducation des consommateurs.

Parie 6 : L’économie politique de la taxe carbone

Les tentatives d’appliquer en France le principe du « pollueur-payeur » a échoué (exemple des « Gilets jaunes » en 2018) car les taux d’effort demandés étaient plus importants en pourcentages de leurs revenus pour les ménages les plus modestes que pour les plus favorisés. Il y avait aussi une inégalité horizontale entre villes et campagnes. L’idée était bonne mais l’aspect redistributif n’avait pas été pris en compte et, surtout on a compris que cet argent collecté n’était pas affecté à l’énergie verte, mais utilisé par l’Etat pour lui-même. De plus, cette taxe est arrivée à un moment où, conjoncturellement, le prix du pétrole augmentait, donc un calendrier très mal choisi. On a loupé l’économie politique de cette réforme, comme celle des retraites d’ailleurs.

Le président Macron va à Canossa en passant… par Alger

Juin / Charlie Hebdo (24/08/2022)

Nous venons de vivre quelques mois de tension dus à la énième brouille entre la France et l’Algérie sur des questions mémorielles et migratoires, la température se réchauffe et le président français a démarré ce soir une visite « officielle et d’amitié » de trois jours à son alter égo algérien. Cette énième réconciliation sent le gaz et on peut craindre que la France se prépare à compromettre avec Alger pour y acheter plus de gaz en substitution du gaz russe.

Lire aussi :

Vaut-il mieux que la France dépende de l’Algérie ou de la Russie pour ses importations de gaz ? La réponse n’est pas évidente. La Russie fait la guerre à l’occident, y inclus la France, l’Algérie n’aime pas son ancienne puissance coloniale et lui fait savoir, parfois vertement. Le mieux serait de laisser les autres pays européens acheter le gaz algérien et que la France aille acheter au Qatar, aux Etats-Unis d’Amérique, en Norvège etc., partout plutôt qu’à Alger.

La prochaine brouille entre les deux pays est déjà inscrite dans le calendrier et les contrats commerciaux, surtout ceux de nature politique comme pour l’énergie, seront forcément perturbés lors de la prochaine fâcherie. On peut imaginer que l’Algérie ne va pas déclarer la guerre demain à la France, mais elle ne sera jamais mécontente de la menacer ou de lui nuire. C’est ainsi, le passé étant ce qu’il est entre la France et l’Algérie, il vaudrait mieux pour Paris ne dépendre que le moins possible d’Alger, surtout concernant des produits aussi stratégiques que les hydrocarbures. Il reste assez de fournisseurs disponibles dans le monde pour pouvoir se passer de l’Algérie. Le choix de ceux-ci relève juste d’une question de gestion du risque dans laquelle l’intrusion de la politique est toujours malvenue.

Lire aussi : STORA Benjamin, ‘Rapport sur les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie’.

Le cours du pétrole revient à un étiage cohérent

https://prixdubaril.com/;

Alors que le cours du pétrole revient dans un étiage plus acceptable, dans les 100 USD par baril, le concours « je dépense plus d’argent public que toi » fait toujours rage en France. Le parlement avait voté un subventionnement du prix de vente de l’essence de 15 à 18 centimes/litre du 1er avril au 31 août, puis l’a portée à 30 centimes à compter du 1er septembre, puis être réduite à 8,33 centimes au 1er novembre et disparaître au 31 décembre.

Ce transfert de charges du consommateur au contribuable se chiffre en milliards d’euros et le plus croquignolet dans cette histoire est qu’il a été imposé au gouvernement par la droite conservatrice Les Républicains (LR) qui voulait même bloquer les prix de vente de l’essence à 1,50 EUR/l, tout en critiquant les déficits publics…

La logique économique voudrait que la subvention soit flottante, c’est-à-dire varie en fonction des cours du pétrole. LR a affirmé que le transfert des charges sur les contribuables restait justifié malgré la baisse du baril de brut car « les français avaient beaucoup dépensé ces derniers mois et devaient se refaire ». Le maintien de cette subvention non ciblée, qui bénéficie aux riches comme aux pauvres, est contre-intuitive à bien des égards : coût prohibitif pour les contribuables, avantage préférentiel donné aux véhicules à gros moteurs, effet prix déconnecté de l’objectif de frugalité affiché pour des raisons écologiques…

L’addiction à la dépense publique en France est devenue telle que même les partis en principe économiquement libéraux vantent et votent des mesures accroissant ces dépenses à l’effet discutable. La prochaine crise sera sans doute financière en Occident, les pays mal gérés et surendettés seront les premiers à en payer le prix, leurs citoyens seront alors en première ligne !

Vous n’aimez pas l’inflation ? Mangez du poisson !

En vente chez Intermarché (05/08/2022)

Alors que l’inflation refait son apparition en Europe, on constate que nombre de produits alimentaires restent encore abordables. C’est le cas de certains poissons qui sont en-dessous de 10 EUR/kg soit largement moins que la viande de bœuf ou de veau par exemple, et comparables au poulet ou au porc. Certes, il y a la tête et les arrêtes qui, une fois enlevées, augmentent un peu le prix du kilo consommable, mais le poisson reste très compétitif et, en plus, excellent pour la santé.

Le temps des arbitrages est venu, pourquoi ne pas passer du steak de bœuf aux sardines grillées pour préserver son pouvoir d’achat ?

L’opposition parlementaire s’entend pour dépenser plus

Le concours du « je vote pour dépenser plus d’argent public que mon voisin » bat son plein à l’assemblé nationale française. Les résultats des élections législatives de juin dernier ont porté sur les bancs de cette assemblée trois blocs d’importance à peu près équivalente : la droite, la gauche et le centre-droit (qui conserve une majorité relative). Les deux premiers groupes composés de différents partis se sentent pousser des ailes du fait de leur succès électoral. Ils ont décidé de mener la vie dure à la majorité présidentielle.

La gauche, menée par le parti « La France Insoumise – LFI » transforme l’hémicycle en poulailler où caquètent des gallinacés majoritairement occupés à crier ou faire claquer leurs pupitres. La droite, dominée par le parti « Rassemblement National – RN » veut paraître plus respectable et susceptible d’accéder au pouvoir dans un avenir proche adopte clairement une attitude d’opposition systématique en cherchant, de façon plus subtile que leurs concurrents de gauche, à ennuyer le pouvoir.

Les uns comme les autres se retrouvent pour accroître la dépense publique. Nombre d’amendements sont votés contre le gouvernement pour distribuer de l’argent public au-delà de ce qu’il propose. De la revalorisation des retraites aux « chèques-énergie » en passant par toute une série d’aides à distribuer aux citoyens… tout y passe pour transférer aux contribuables une partie des coûts payés par les consommateurs et les partis d’opposition s’y retrouvent en donnant l’impression à leurs électeurs qu’ils prennent leurs intérêts en compte ce qui leur permet au passage de savonner la planche du gouvernement en lui imposant des dépenses qu’il faudra bien financer d’une façon ou d’une autre par de l’impôt ou par de la dette ; pas sûr qu’une telle unanimité se retrouve sur le volet recettes du budget, la gauche et la droite ayant généralement des positions diamétralement opposées sur la réponse à la question : « comment finance-t-on les dépenses » ? L’impôt pour la première, l’activité économique (accompagnée d’une baisse des prélèvements fiscaux) pour la seconde sont les réponses généralement apportées à cette question lancinante depuis 50 ans. Rappelons une nouvelle fois que le dernier budget équilibré de la République date de 1974 (cf. graphe INSEE ci-dessus). Depuis cette date, la France a systématiquement dépensé plus qu’elle n’a encaisse.

Pour le moment, l’assemblée nationale ressemble à une cour d’école où s’affrontent des gamins morveux. Ce n’est pas très brillant, et surtout peu efficace. On a les dirigeants que l’on mérite !

Comment attraper le gogo

Juin / Charlie Hebdo (22/07/2022)

On ne dit plus « économies d’énergie » mais « sobriété énergétique ».

Maintenant que la Russie a repris son rôle favori de perturbateur de l’Occident tout en continuant à fournir l’Europe de l’Ouest en gaz et pétrole, les dirigeants des pays acheteurs rivalisent d’expressions tempérées pour ne pas affoler le gogo. Le consommateur-électeur occidental est particulièrement chatouilleux sur le sujet de son confort et il s’agit surtout de ne pas le brusquer. On utilise donc les termes appropriés pour cacher la vérité à Mme. Michu : l’énergie fossile va disparaître un jour et, plus on se rapprochera de l’échéance plus cette énergie sera rare et donc chère.

Poussés par la rareté et le conflit russo-ukrainien les produits pétroliers connaissent déjà une hausse sensible de leurs cours dont se réjouissent les pays producteurs, la Russie la première. Pour le moment on transfère sur le contribuable le coût que le consommateur ne veut (ou ne peut) pas payer atténuant ainsi l’impact de l’effet prix sur la réduction de la consommation des produits pétroliers amenés à se raréfier.

L’Etat est soumis à des « injonctions contradictoires » : réduire la consommation des produits pétroliers pour des raisons écologiques et de rareté de la ressource d’une part, ne pas trop mécontenter ses électeurs possesseurs de véhicules thermiques ou de chaudières à fuel ou à gaz. Pour le moment, il a arbitré en faveur du deuxième facteur de l’équation et remplacé le terme « économie » par celui de « sobriété », plus neutre et moins effrayant.

L’Ukraine croûle sous les bombes russes, la France manque de moutarde

Biche/Charlie Hebdo (13/03/2022)

Alors que l’Ukraine croûle sous les bombes et les missiles russes qui semblent lancés un peu au hasard sur des objectifs civils comme militaires, la France et d’autres pays occidentaux manquent de matériels et de munitions à fournir à Kiev et… de moutarde pour assaisonner ses hamburgers.

Les citoyens européens découvrent avec un peu de stupéfaction que leurs armées ne disposent que de quelques jours de stocks de munitions et pas assez de matériels pour leurs propres armées, encore moins pour en partager avec l’Ukraine. C’est l’effet de ce qu’on a appelé les « dividendes de la paix » qui ont poussé les gouvernements européens à désinvestir dans leurs forces militaires au profit d’autres dépenses publiques. En France, par exemple, on a adoré financer des compétitions sportives internationales ou des jeux olympiques plutôt que d’investir dans un deuxième porte-avions pour la Marine nationale.

La réouverture de la guerre en Europe est en train de déciller les yeux des dirigeants comme d’une partie de leurs administrés. Il faut réarmer, cela va probablement coûter très cher et prendre du temps avant de pouvoir reconstituer une force susceptible d’impressionner les nouveaux conquérants du monde que sont la Chine, la Russie et leurs affidés. A défaut de les impressionner il faudrait a minima arriver à les dissuader de se lancer dans de nouvelles guerres comme celle actuellement menée par Moscou dont l’issue est encore incertaine.

Mais il va falloir dépenser des sous, beaucoup de sous. Les ordres de grandeur nécessaires sont probablement incompatibles avec le niveau de dépenses publiques françaises auquel la population s’est habituée. L’heure des choix vitaux va bientôt sonner, les contribuables vont devoir payer et les bénéficiaires des prestations publiques vont voir celles-ci se stabiliser, voire décroître. La République va devoir arbitrer dans ses dépenses, ce qu’elle ne sait pas bien faire depuis son dernier budget à l’équilibre qui date de …1974.

En attendant, le ketchup peut heureusement suppléer à la pénurie de moutarde, et les Etats-Unis compenser les défaillances européennes pour délivrer des armements à l’Ukraine.

Les ministres Philippe, Darmanin et Maracineanu jettent l’argent public par les fenêtres et signent leur méfait

Trois ministres félons ont signé le 27 juin 2020 un décret exonérant les organisations chargés des jeux olympiques (JO) et paralympiques de Paris 2024 d’impôts sur les sociétés et de différentes taxes (dont celle sur les salaires). Les trois ministres sont MM. Philippe, Darmanin et Mme. Maracineanu. Ils ont choisi de sacrifier les finances publiques au profit d’une opération de prestige que la France n’a plus les moyens de se payer. Ils accréditent l’idée que notre pays préfère financer les jeux du cirque plutôt que la recherche fondamentale ou son système éducatif.

Accessoirement, les organisations multinationales organisatrices de ces compétitions sont souvent localisées en Confédération Helvétique et sans doute pas que pour des considérations climatiques (olympiques [CIO à Lausanne] ou de fouteballe [FIFA à Zurich]). Le siège de la fédération internationale de rugby est, quant à lui, sis à Dublin en Irlande, pays également tristement célèbre pour les accommodements fiscaux très préférentiels visant à attirer les entreprises sur son sol. Les scandales financiers pullulent également dans ces organisations compte tenu des montants financiers considérables en jeu pour l’organisation des compétitions sportives internationales qu’elles gèrent. Bref, l’Etat français, représenté par ces trois signataires félons a pris l’habitude d’octroyer des exonérations à des institutions fraudeuses et mafieuses… Ce n’est pas brillant !

Au-delà de cette décision navrante de gaspillage de l’argent tiré des poches des contribuables, c’est aussi une occasion manquée pour illustrer auprès de ses citoyens que l’Etat ne peut pas payer tous leurs caprices et que la Nation ne peut plus tout se permettre. C’était le moment d’expliquer que la France renonce à l’organisation des compétitions internationales onéreuses et consacre les ressources ainsi économisées à des sujets prioritaires comme l’éducation, la santé, les places de prison ou, plus simplement, la réduction de la dette.

Mais l’Etat et ses représentants irresponsables ont préféré, une nouvelle fois, dépenser l’argent public. C’est avec de tels comportements que le budget des finances publiques est déficitaire depuis 1974 et que la dette augmente d’année en année. Quel ménage, quelle entreprise pourrait mener durablement une telle gabegie ? Aucun bien sûr, et la France va bientôt se heurter à la réalité. Le prochain choc sera financier, il risque d’être sévère !

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Le chaos du fouteballe

La finale d’une compétition européenne de fouteballe s’est déroulée hier soir à Paris au Stade de France dans un chaos avivé par des supporters avinées dont certains d’entre se sont trouvés tout désappointés de constater que leurs billets étaient des faux. Comme nous sommes dans le peuple du fouteballe les impétrants sont passés à l’attaque, tenté de franchir les grilles, de forcer les portes tout en agressant les forces de l’ordre un peu dépassées semble-t-il. Il y a des blessés, des interpellations, du gaz lacrymogène poivré a volé… bref, le chaos.

Comme nous sommes en France, les partis politiques se sont immédiatement emparés de ce non-sujet pour critiquer l’Etat (au lieu des supporters) et expliquer ce qu’il fallait faire. Mais personne ne pose la seule question vaille : qui a eu l’idée saugrenue de proposer Paris pour remplacer Saint-Pétersbourg, empêchée pour cause de sanctions internationales, comme lieu d’organisation de cette finale de foute ? Cela ne présentait strictement aucun intérêt pour la France sinon une croissance éphémère de ventes de bière et de vodka dans quelques bistrots du coin. En revanche il n’y avait que des coups à prendre et des dégradations à subir (et donc à rembourser).

Comme nous sommes en Seine-Saint-Denis, quelques centaines des loulous du quartier sont venus essayer de se faufiler dans le stade et, au passage, de pick-pocker les foules en détresse. Bien entendu ils ont largement diffusé leurs exploits sur les réseaux dits « sociaux ». Le tableau fut complet.

Bonne nouvelle tout de même dans ce chaos, les fédérations sportives et nombre de pays européens estiment désormais la France incapable d’organiser la coupe du monde de rugby de 2023 et les jeux olympiques de 2024. Ils ont raison mais il est sans doute trop tard pour que la France se retire de l’organisation de ces deux compétitions de musculeux qu’elle a voulu organiser sur son territoire en 2023 et en 2024 alors qu’elle n’en a pas les moyens.

Il faudra un jour demander des comptes aux responsables politiques français qui dilapident ainsi l’argent de leurs contribuables sans parler des exonérations fiscales qui sont octroyées à des fédérations sportives ou olympiques mafieuses qui sont généralement installées dans des paradis fiscaux suisses.

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Redevance audiovisuelle : démagogie et déficit

A l’occasion du premier tour des élections présidentielles françaises du 10 avril, les tracts électoraux de nombre de candidats de droite affichaient leur volonté de supprimer, ou de réduire, la taxe sur l’audiovisuel public de 138,00 EUR (88,00 EUR dans les départements d’outre-mer) payée par tous les contribuables éligibles à la taxe d’habitation, sauf s’ils certifient ne pas avoir de poste de télévision. Cette taxe est affectée au financement des chaînes de radio et de télévision publiques, ce qui permet d’avoir moins de publicité abrutissante sur ces canaux.

  • Marine Le Pen : « …dès mon élection… je supprimerai la redevance audiovisuelle… »
  • Valérie Pécresse : « Mesure 14 : …suppression de la redevance audiovisuelle… »
  • Eric Zemmour : « …supprimer la redevance télévision (138EUR/an)… »
  • Emmanuel Macron : « …suppression de la redevance télé… »

Les candidats prévoyant de supprimer cette taxe sont de sensibilité conservatrice et seul Eric Zemmour explique comment il financera cette suppression : il privatise l’audiovisuel public, il n’y a donc plus de coûts pesant sur le budget de la République… problème réglé !

Les autres candidats n’expliquent pas comment ils financeront cette suppression de la taxe audiovisuelle qui rapporte dans les 3 milliards d’euros annuellement. Ils laissent généralement entendre que les radios et télévisions publiques sont gangrenées par le « gauchisme », problème que la suppression de la taxe audiovisuelle ne résoudra pas.

Si le projet est de maintenir l’audiovisuel public en France il faudra soit demander aux chaînes de se renforcer la publicité privée et institutionnelle qui pollue déjà gravement leurs émissions, soit, si le choix est de maintenir un financement des contribuables, baisser d’autre dépenses d’un montant équivalent à réaffecter à l’audiovisuel, ou créer un nouvel impôt ou augmenter une taxe préexistante.

Une nouvelle fois on prend les électeurs-contribuables pour des enfants et les candidats ont feint de croire qu’ils ne se poseraient pas la question de savoir comment sera financé demain l’audiovisuel public. Le pire est que la réponse est assez évidente pour tout le monde : on augmentera d’autres impôts ou on en baissera certain moins que prévu, mais c’est bien le contribuable qui continuera à payer ou devra supporter un temps supplémentaire de publicité abrutissante. Il est peu probable que l’audiovisuel public vive d’amour et d’eau fraîche, quelqu’un devra donc payer, même Mme. Michu le sait.

L’escroquerie continue

Lors des récentes élections présidentielles françaises, tous les candidats ont rivalisé de mesures visant à « préserver le pouvoir d’achat » des citoyens en une période de retour à l’inflation. Cela consiste en réalité à faire payer par les uns ce que les autres ne peuvent ou ne veulent pas payer. C’est généralement le contribuable qui est mis à contribution. Lorsque le prix de l’essence est subventionné par l’Etat comme c’est actuellement le cas et affiché sur toutes les stations-service, l’Etat prend en charge entre 15 centimes par litre acheté par le consommateur, c’est-à-dire que le contribuable rembourse entre 15 centimes/litre au consommateur. Lorsque le contribuable est également consommateur de carburant, l’opération est plus ou moins neutre. Si ce dernier est un gros rouleur et est peu imposé, il tape dans la poche du contribuable, et vice-versa.

Dans le cas de l’électricité où le producteur historique EDF est forcé par son actionnaire majoritaire, l’Etat, à livrer de l’électricité à bas coût à des distributeurs « indépendants », le transfert est un peu plus sinueux mais est largement similaire puisque EDF, société publique surendettée et non maître de ses prix de vente, doit être régulièrement recapitalisée par l’Etat, donc le contribuable. L’imposition de prix de vente « bas » à EDF revient à précipiter l’inévitable recapitalisation de ce producteur d’énergie par les contribuables.

Un autre grand classique de campagne électorale est l’annonce de baisse d’impôt sans annoncer quelles dépenses publiques diminueront en conséquence ou quel autre impôt augmentera pour compenser celui qui est annoncé comme devant baisser.

Dans une malhonnêteté intellectuelle toute française, les dirigeants expliquent que ces dispositifs sont destinés à éviter aux français de se heurter aux hausses des prix :

Pour plus de pouvoir d’achat dès cet été : maintien des boucliers gaz et électricité, « prime Macron » jusqu’à 6000 euros sans charges ni impôts, indexation des retraites sur l’inflation, suppression de la redevance télé et baisse des impôts de succession.

Mesure n°1 tract électoral Macron 2ème tour (24/04/2022)

L’Etat ne sait plus dire non aux nouvelles dépenses exigées par les citoyens, c’est probablement l’une de ses plus grandes défaillances. L’exemple de l’acceptation du financement sur fonds publics de la coupe du monde de rugby en 2023 et des jeux olympiques en 2024 en est probablement la plus flagrante illustration. En termes de priorité tout le monde est d’accord pour placer l’école, le système de santé, la recherche, la police, l’armée, etc… bien plus prioritaires que le sport, et pourtant la France a préféré financer les jeux du cirque plutôt que ses instituteurs.

Et c’est ainsi que le dernier budget de la République en équilibre date de 1974, une époque où le président Macron n’était même pas né…

Bonne nouvelle : la théorie économique est confirmée

L’inflation est de retour dans le monde, et particulièrement dans les pays occidentaux. Depuis le début de la crise sanitaire les économistes avaient du mal à comprendre comment après avoir déversé tant d’argent « central » sur les économies, sans aucun rapport avec l’évolution de la production qui était au ralenti, nous n’avions pas constaté un retour de l’inflation.

Il y a sans doute eu un peu d’inertie mais cette création monétaire débridée ajoutée à la hausse significative des prix des matières premières a déclenché le retour de l’inflation qui semble durable en cette année 2022. La théorie économique est donc toujours d’actualité : si l’on crée plus de monnaie que n’en nécessite l’évolution de la production, la différence va dans l’inflation. Nous en sommes là !

Les conséquences sont diverses :

  • Les sexagénaires rajeunissent en se souvenant des années 1980 où l’inflation était à deux chiffres et que c’est un gouvernement… socialiste qui a cassé la spirale inflationniste, notamment en coupant le lien entre salaires indexés et inflation.
  • Les banques centrales ont déjà commencé à faire remonter les taux d’intérêt ce qui va ralentir la croissance en renchérissant le coût de la dette.
  • Les pays financièrement mal gérés et en déficits publics permanents, comme la France, vont devoir payer des charges d’intérêt de plus en plus importantes compte tenu des niveaux extravagants de leurs dettes.

La prochaine crise risque d’être financière et toucher plus gravement les pays surendettés…

Pendant la guerre, le gaz à flots continus

Riss / Charlie Hebdo (11/05/2022)

La guerre de la Russie contre l’Ukraine remet au goût du jour la dépendance énergétique de nombreux pays européens à l’égard de Moscou mais le plus étonnant est l’espèce d’équilibre de fait, accepté par les belligérants et l’Europe. Alors que les combats font rage avec leur cortège d’exactions, de civils et militaires tués de part et d’autre, de villes dévastées par les bombes, la Russie continue à envoyer son gaz dans les pipelines en direction de l’Ouest, y compris le pipeline traversant l’Ukraine.

L’utilisation de l’arme d’un embargo/coupure de l’approvisionnement du gaz russe effraie tout le monde : la Russie qui du coup verrait disparaître les revenus correspondants, les pays européens qui devraient demander à leurs citoyens de réduire leur consommation. Alors les bombardements russes comme ukrainiens prennent bien soin de ne pas risquer d’endommager les pipelines qui sont à leur portée sur le territoire de l’Ukraine, les autres tuyaux d’approvisionnement se trouvant dans d’autres pays. Le gaz circule joyeusement et il est payé rubis sur l’ongle à des cours extravagants compte tenu de la loi du marché. Le gaz passe d’Est en Ouest et les sous font le chemin inverse. On voit même la Russie payer à l’Ukraine les droits de passage dus au titre du transit de son gaz par les oléoducs traversant ce pays…

En voyant cet accord tacite inattendu entre des nations qui ne se parlent plus qu’à coups de bombes, on se dit que la guerre mondiale n’est pas encore pour tout de suite !

Les bonnes âmes occidentales qui n’osent toujours pas dire à Mme. Michu qu’il va falloir qu’elle diminue sa consommation et que, même après restriction, elle paiera plus cher pour se chauffer, parlent de « diversifier » les approvisionnements c’est dire d’aller acheter des hydrocarbures au Qatar ou en Arabie-Saoudite, pays guère plus recommandables que la Russie et tout aussi capables de couper le robinet si leurs intérêts le commandaient.

On parle de « diversifier » la consommation d’hydrocarbures et non de la diminuer, c’est bien là le problème. Les programmes électoraux présidentiels français d’avril dernier de nombre de candidats misaient sur l’arrêt des projets éoliens, notamment :

Protection de nos paysages : pas d’éolien sans accord des populations.

Mesure 24 de Valérie Pécresse

Interdire tout nouveau projet d’éoliennes.

Eric Zemmour

Et sans parler de l’inénarrable Stéphane Bern qui a pris la tête d’une croisade contre les éoliennes en 2021 en les qualifiant de « supercherie ». Par les temps qui courent, tous ces pourfendeurs d’énergie non carbonées vont peut-être devoir ravaler leurs arguments de « bobos en circuits courts ». Certes, l’énergie éolienne n’est sans doute pas exempte de défauts et ne va pas tout résoudre, mais c’est probablement une diversification aussi intéressante que d’aller acheter du pétrole au Qatar qu’il convient de ne pas négliger. La diversification doit concerner non seulement l’origine mais aussi la nature de l’énergie. D’ailleurs on entend beaucoup moins M. Bern ces derniers temps ce qui est de toute façon une bonne chose.

Lire aussi : Le goût de la polémique
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Des oligarques clinquants

Les « oligarques » russes sont l’une des cibles des sanctions occidentales prises contre la Russie à la suite de sa guerre menée contre l’Ukraine. Ces sanctions consistent pour le moment à geler leurs actifs identifiés en Occident.

Ces affairistes russes ont créé des fortunes considérables en rachetant à vil prix les entreprises d’Etat privatisées à la suite de la dissolution de l’URSS, principalement sous l’ère du président Eltsine. Reconnaissons-leur qu’ils semblent avoir réussi à gérer correctement les entreprises acquises même si le prix d’achat largement sous-évalué permettait d’absorber quelques erreurs de gestion, au moins dans les premières années. Notons qu’un processus assez similaire s’est déroulé en Ukraine dont l’économie est toujours largement dans les mains d’oligarques qui n’ont pas grand-chose à envier à leurs collègues russes en termes de corruption et de prévarication.

Ce qui est assez comique c’est que nombre de ces affairistes, un peu m’as-tu-vu, sont allés acquérir et domicilier leurs actifs de prestige en… Occident. En gros, les usines polluantes sont en Russie et les yachts clinquants sont à Monaco. Il est vrai qu’ils y sont plus visibles que sur la mer Noire mais les « oligarques » sont ainsi punis par où ils ont péché.

Un site web a été mis en place pour répertorier les biens qui ont pu être rattachés à ces affairistes sanctionnés. On peut leur faire confiance pour avoir caché leurs actifs autant qu’ils le pouvaient sous des montages leur assurant un anonymat, mais comme ils n’aiment rien mieux que parader sur leurs joujoux clinquants la piste de leurs biens n’est souvent pas très compliquée à remonter comme l’illustre le site web monté à cet effet : https://cdn.occrp.org/projects/russian-asset-tracker/en/

L’un des plus flamboyants est Roman Abramovich, que l’on a vu d’ailleurs participer aux négociations menées au début du conflit entre l’Ukraine et la Russie comme conseiller du Kremlin semble-t-il. Le garçon qui aurait trois nationalités (russe, israélienne et portugaise) est à la tête d’un empire dans les hydrocarbures et la sidérurgie, en Russie, mais aussi d’une société de capital-investissement basée à Londres prenant des participations un peu partout, y compris aux Etats-Unis d’Amérique. Il a acheté, entre autres « danseuses » un club de fouteballe britannique performant dont il peut difficilement cacher qu’il en est le propriétaire puisqu’il parade dans les stades les jours de match. Sentant venir le vent du boulet lors du déclenchement de la guerre en Ukraine il a annoncé officiellement qu’il mettait en vente son club alors qu’il n’était pas encore sous sanction et espérant pouvoir conclure la transaction rapidement. Hélas pour lui, le Royaume-Uni a rapidement gelé ses actifs et le club fait partie du gel. Cependant, il aurait eu le temps d’amarrer deux de ses yachts en Turquie, pays qui n’applique pas les sanctions occidentales.

La morale de l’histoire est qu’un investissement en dehors du pays dont on détient la nationalité présente toujours un risque politique supplémentaire par rapport à son propre pays. Les « oligarques » sont en train de confirmer ce principe élémentaire de l’économie. Pas sûr qu’ils en comprennent bien les tenants et aboutissants puisqu’il semble qu’ils soient en train de réorienter massivement leurs investissements de prestige vers les pays du Golfe persique, pour le moment plus conciliants avec la Russie et ses affairistes.

La vraie question qui se pose est de savoir pourquoi ces oligarques préfèrent localiser leurs résidences secondaires princières, et autres actifs tape-à-l’œil, à Nice ou Londres, plutôt que dans l’Oural ou sur les bords de mer d’Azov. Cela relève probablement d’un manque de confiance dans la Russie pour préserver la valeur de ces biens (un peu comme ces français qui avaient des comptes bancaires en Suisse à la fin du siècle précédent) mais aussi par leur besoin de parader et de briller ce qu’il est plus valorisant de faire à Monaco qu’à Sotchi.

Dur d’être russe et riche !

Compétition de la dépense publique

La campagne électorale présidentielle française s’achève avec le premier tour demain. C’est un véritable championnat mondial de celui qui proposera le plus de dépenses publiques. La lecture des douze tracts électoraux des douze candidats retenus est édifiante à ce niveau et sont une succession d’annonces de nouvelles dépenses et de baisses d’impôts[1]. Rares sont les mesures qui vont dans le sens d’une tentative de maîtriser le gouffre du déficit des finances publiques, mais il en existe heureusement quand même quelques-unes. La crise sanitaire de 2020-2021 durant laquelle le dogme du « quoi qu’il en coûte » a été appliqué sans limite a fait tomber toutes les barrières de la bonne gestion. Il est toujours vivace dans les esprits au cœur de la campagne présidentielle. Si ce concept a été largement appliqué par toutes les démocraties, la France a encore réussi à battre les records du pays ayant le plus dépensé par habitant. La guerre entre la Russie et l’Ukraine donne une nouvelle excuse pour encore repousser le moment du retour aux réalités.


[1] La candidate du parti conservateur LR propose même : « Un vrai statut rémunéré pour les sportifs de très haut niveau qui leur permettra de se consacrer entièrement à leur pratique ».

La hausse de l’inflation mondiale depuis quelques mois est la première sanction de ces politiques de la dépense publique sans compter rendue possible par de la création monétaire indirecte (rachat de dettes publiques par les banques centrales ou « quantitive easing »). C’est aussi le retour de la théorie économique : la création de monnaie centrale déconnectée de l’évolution de la production se traduit par de l’inflation. Nous y sommes.

La prochaine crise devrait être financière mais il est vulgaire de parler de ces problèmes en France en pleine campagne électorale. L’avenir risque de nous rappeler assez rapidement aux affres de la vraie vie.