La niche fiscale dont bénéficient les titulaires de carte de presse en France leur permet une déduction sur leurs revenus imposables dont ne bénéficient les autres citoyens.

L’épidémie de sondagite est loin d’être vaincue

Avec une constance qui force l’admiration et un manque de discernement qui frise l’incompétence les « spécialistes » de plateaux télévisés passent des journées entières à gloser sur les sondages quasi-journaliers qui tombent comme à Gravelotte pour avancer un pronostic sur le résultat de l’élection présidentielle française d’avril 2022. Quant arrive un nouveau sondage, le préambule est toujours en deux points :

  1. Il ne s’agit pas d’un sondage prédictif mais d’une photographie de l’opinion à un moment donné
  2. Il faut faire preuve de la plus extrême prudence car les élections ces dernières années ont souvent abouti à des résultats très différents des anticipations

Une fois posés ces rappels, les plateaux médiatiques passent ensuite des heures à torturer ces chiffres pour essayer d’en tirer, avec difficulté, des analyses qui paraissent intelligentes. Il faut dire qu’ils sont aussi poussés dans ce sens par des candidats qui brillent par l’absence de programme de gouvernement, il n’y a donc pas grand-chose à se mettre sous ma dent.

Le plus étonnant est que l’un des partis conservateur, Les Républicains (LR), revendique officiellement d’avoir utilisé lancer sa propre « enquête d’opinion » pour constater qu’aucun de ses six candidats à la candidature ne prenait vraiment un leadership naturel dans l’opinion et qu’il fallait donc les départager via un vote des militants en décembre prochain.

Les sondages sont érigés en outil de gouvernement depuis des décennies, ils remplacent plus ou moins l’absence de vision politique. A défaut de programme conçus par les gouvernants et expliqué aux citoyens, on demande à Mme. Michu si elle est d’accord pour augmenter les impôts ou nationaliser les autoroutes et l’on voit comment il est possible de concilier les intérêts du pays avec les résultats des sondages.

Fuyez la publicité abrutissante

Avez-vous remarqué que l’une des phrases les plus souvent prononcées sur les médias commerciaux est « restez avec nous ! » ?

En fait elle est assénée avant de lancer la réclame sur les ondes, celle qui fait vivre les stations et qui s’avère tellement abrutissante pour les auditeurs et les téléspectateurs que généralement ils profitent de l’intermède pour aller se soulager ou s’ouvrir une bière, l’un n’allant pas sans l’autre bien entendu. Une annonce sans auditeur/téléspectateur vaudra bien sûr moins cher, sans parler du fait qu’un téléspectateur évadé sur une autre chaîne ne va forcément y revenir après son pissou.

Alors on ânonne « restez avec nous ! » pour convaincre le téléspectateur volage que ce n’est qu’un mauvais moment à passer qui ne vaut pas la peine de partir à la concurrence. Et voici comment toutes les chaînes de télévision et de radio répètent à l’envie cette phrases qui est devenue la plus entendue sur les ondes.

Un polémiste de rencontre

L’actualité politique du jour est monopolisée par un polémiste de plateaux télévisés et de succès populaires en librairie qui laisse planer le doute sur son éventuelle candidature à l’élection présidentielle française d’avril 2022. Adorateur de Napoléon, obsédé par les effets délétères de l’immigration sur la société française dont il fait l’alpha et l’oméga de sa pensée, historien cultivé pour rassurer les bourgeois, muet sur les questions économiques pour inquiéter les bobos qu’il exècre, il aime provoquer avec des idées radicales de droite inapplicables en l’état (stopper l’immigration, expulser tous les prisonniers étrangers, sortir de la convention européenne des droits de l’homme…), histrion médiatique, il critique tout et tout le monde en assénant des simplismes idéologiques qu’adore une Mme. Michu conservatrice.

Le garçon performait sur les médias Bolloré dont il était un très bon client, gage d’audience et de publicité rémunératrice, lorsque le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) décida d’imposer aux médias qui l’hébergent de compter son temps de parole comme celui d’un candidat à l’élection et non plus celui d’un chroniqueur. Cela a évidemment bouleversé les business plans des capitaines d’industrie qui détiennent ces médias qui, du coup, ont fait sortir Éric Zemmour par la porte des polémistes pour le faire rentrer par la fenêtre des candidats. Désormais, au lieu d’être concentré sur Télé-Bolloré, il apparaît sur l’ensemble du champ médiatique en tant que candidat « bon client ». Son audience explose et toutes les chaînes parlent de lui diffusant de façon quasi-permanente ses interventions de campagne et ouvrant leurs micros à leurs « experts » en sondage qui radotent les mêmes consternantes analyses sur le personnage dont on ne sait toujours pas s’il concrétisera ou pas son projet électoral. Il n’a bien entendu pas de programme de gouvernement mais uniquement quelques slogans, ce qui suffit aujourd’hui pour se faire élire.

On a du mal à l’imaginer aux commandes de la République tant son inexpérience est abyssale, mais qui sait. S’il était élu il serait sans doute suffisamment intelligent pour s’entourer des compétences nécessaires pour combler ses immenses lacunes. Pas sûr cependant qu’il accepterait d’adapter ses idées radicales s’il était confronté à la difficile réalité tant son ego en très forte croissance pourrait l’aveugler.

En principe les partis politiques classiques devraient l’absorber et le digérer pour, éventuellement, le transformer en conseiller du Prince si la droite conservatrice l’emportait, mais en ce XXIème siècle où nos démocraties glorifient les slogans plutôt que la réflexion, les provocateurs plutôt que les modérés, le fouteballe plutôt que la philosophie, rien n’est exclu et l’élection d’un Zemmour est possible comme l’a été celle de Trump aux Etats-Unis d’Amérique.

On a les dirigeants que l’on mérite : vous aimez Zemmour ? Eh bien il suffit de voter pour lui !

Une évacuation rondement menée

Les journalistes et les « experts » de plateaux télévisés continuent à qualifier de « désastre » l’opération d’évacuation d’Afghanistan des derniers militaires occidentaux qui s’y trouvaient et d’une partie des Afghans qui le souhaitaient. En réalité cette opération mériterait plutôt d’être reconnue comme un succès logistique. Ce sont en effet environ 120 000 personnes qui ont été évacuées via des rotations d’avions militaires et civils dans un environnement hostile, tellement hostile d’ailleurs qu’un attentat religieux a fait une centaine de morts sur l’aéroport dont une dizaine de soldats américains chargés du contrôle des foules qui étaient massées la en espérant atteindre un avion pour fuir leur pays.

Les pleureuses de plateaux télévisés s’émeuvent de la défaite militaire et politique occidentale dans ce pays d’Extrême-Orient qui blesse leur égo de polémistes nombrilistes au point de les aveugler sur la réussite technique de l’opération logistique que fut cette évacuation. Evidement tous les nombreux Afghans qui souhaitaient quitter leur pays après le retour d’un pouvoir religieux fort n’ont pas pu être emmenés mais c’est hélas le lot habituel de ce genre de reddition. Celle des occidentaux en Afghanistan n’a guère différé sur ce point de celles du Vietnam ou d’Algérie.

On peut bien entendu parler de défaite lorsque l’on voit les occidentaux remettre les clés du pays aux Talibans vingt ans après y être entrés pour les en chasser, de désastre lorsque l’on assiste au retour en force de coutumes d’un autre âge, de tristesse lorsque l’on pense que tous les efforts de promotion de la démocratie auront été probablement vains avec le retour de ce pouvoir religieux… mais l’évacuation de 120 000 personnes militaires et civiles fut une opération couronnée de succès.

La Madone de la droite en pleine crise de mysticisme

Christine Boutin, 77 ans, continue à nuire et à maintenir son compte Twitter.

Inspirée par la grâce, le pape François 1er et les « gilets jaunes » elle n’a certes que 92 000 suiveurs, contre 6 millions à Cyrille Hanouna par exemple, mais ces 92K sont quand même un chiffre impressionnant. Son nouveau combat est celui de la liberté dont elle estime la France privée par la « dictature » qui se met en place dans la crise sanitaire actuelle.

Christine Boutin ne fait que suivre un « courant de pensée » à la mode dans le Café du Commerce que sont devenus les plateaux médiatiques des chaînes d’information en continue. Chacun y va de ses accusions à l’emporte-pièce, critiquant le pouvoir lorsqu’il y a pénurie de vaccins, geignant lorsqu’il y a surplus, éructant lorsqu’il s’agit de contrôler ceux qui ne sont pas vaccinés, s’égosillant devant « l’infantilisation » des citoyens, etc. etc.

Et le discours de cette petite caste de pleureuses se rejoint pour déplorer la « dictature » qui se mettrait en place en France. Comme chacun le sait, l’excès mène au néant, mais on en train de franchir tous les records en ce moment.

Rappelons que la corporation des titulaires de cartes de presse bénéficie d’une niche fiscale sous forme d’un abattement forfaitaire sur leurs revenus imposables pour « frais d’emploi ». Ces subventions financées par les contribuables devraient, à tout le moins, générer un comportement responsable des journaux et journalistes qui en sont les bénéficiaires. Ils sont ainsi reconnus un peu comme service public, qualification qui devrait être un gage de qualité et non de beaufitude.

On pourrait supprimer cette niche fiscale imméritée et en réorienter le produit au financement de voyages d’études de journalistes de Café du Commerce dans de véritables pays autoritaires comme la Russie, le Venezuela, la Chine ou bien d’autres afin qu’ils puissent être éclairés sur ce qu’est une dictature et comparer leur statut avec celui des journalistes dans ces pays. Christine Boutin serait l’invitée d’honneur de ces voyages d’études.

Elections régionales, un seul perdant : les sondeurs !

Charlie Hebdo (23/12/2020)

Cela devient maintenant une habitude : la déroute des sondeurs une fois les résultats officiels des élections publiés. Les élections régionales dont le deuxième tour a eu lieu dimanche 27 juin ont confirmé une nouvelle fois cette routine. Les anticipations tablaient sur une avancée importante du Rassemblement Nationale (RN) qui devait emporter la majorité dans une voire plusieurs régions administratives. Le résultat est qu’il n’en a remporté aucune. Ceci n’est pas bien grave et on mesure la difficulté de prévoir les votes de citoyens aux convictions plutôt variables. Cela montre que les prix auxquels sont facturés ces sondages sont peut-être à revoir à la baisse tant ils sont éloignés des vrais résultats.

Plus notable est la persévérance des organes médiatiques à continuer à utiliser ces sondages comme sources de leurs débats sans même émettre quelques réserves sur la fiabilité de ceux-ci. Le soir même de la diffusion des résultats le 27 juin sur les plateaux télévisés, les journalistes commentaient déjà un nouveau sondage sur les élections présidentielles de 2022 alors même qu’ils constataient la déroute des sondeurs sur les élections régionales aboutie le soir même…

Le mieux à faire pour les commentateurs serait de commenter les programmes électoraux pour les vulgariser auprès de leur public, mais cela nécessite de les lire et de les comprendre au préalable, effort semble-t-il hors de portée de la majorité d’entre eux. Alors il est plus simple, mais aussi plus onéreux, de gloser sur des prévisions chiffrées qui se sont avérées tant de fois bien éloignées des résultats officiels. Les programmes électoraux sont généralement disponibles gratuitement sur des sites Internet, il suffit de les lire et d’activer un peu ses neurones pour les commenter.

Des journalistes de circonstance

A l’occasion du énième embrasement israélo-palestinien, la presse internationale s’émeut d’une possible manipulation dont elle aurait été l’objet de la part de la communication de l’armée israélienne. Celle-ci a en effet communiqué que « l’armée israélienne est rentrée dans Gaza » avant de démentir quelques heures plus tard évoquant une erreur technique de sa part. La presse a immédiatement diffusé cette information sans la vérifier. Il semblerait que les militaires palestiniens se seraient alors positionnés dans les tunnels, construits et utilisés par eux pour sortir sous les frontières terrestres, que les avions israéliens auraient alors bombardés. Le service de communication militaire israélien s’est empressé d’affirmer qu’il n’y avait aucune manipulation de sa part…

Tout est possible et on ne saura sans doute jamais la vérité. En revanche, ce qui est une certitude c’est l’incompétence de journalistes qui ont pris pour argent comptant des informations issues d’un service de communication militaire avant de les répercuter sans vérification. On se demande ce que l’on enseigne dans les écoles de journalisme ?

Les armées ne sont pas vraiment réputées pour la fiabilité de leur communication qui relève plutôt de la propagande que de l’information objective, et l’on comprend bien pourquoi. Ne pas se méfier a priori de cette source et, qui plus est dans le cas d’espèce, ne pas vérifier de visu la présence de soldats israéliens dans Gaza avant de diffuser relève de la faute professionnelle grave. Mais l’attrait du scoop l’emporte depuis longtemps sur le professionnalisme, ce nouvel exemple vient encore le confirmer, hélas !

La France libérée…

Ce jour marque un assouplissement des mesures de contrainte sanitaire compte tenu de la décroissance de l’épidémie de Covid19. Les Français vont pourvoir retourner au bistrot et au cinéma. C’est bien, surtout pour les propriétaires de bistrot et de cinéma d’ailleurs, mais les médias rivalisent de radiotrottoirs et reportages de Café du Commerce pour partager la félicité de Mme. Michu expliquant combien ce « lien social » lui a manqué et comment elle a déjà réservé sa table au restaurant du coin pour fêter cette renaissance.

Certes, cette évolution est sympathique mais l’observateur se demande si l’on en fait pas un peu trop. Il ne s’agit tout de même pas de la libération des camps comme en 1945 ! Un peu plus de mesure dans cette information ne ferait pas trop de mal.

Fouteballe à la Une

On apprend que le fouteballeur Benzéma a été sélectionné pour jouer dans l’équipe nationale pour le championnat d’Europe de ce sport le mois prochain. La nouvelle ne présente bien entendu aucun intérêt mais elle fait la une de tous les médias car le garçon n’avait plus été sélectionné depuis plusieurs années par suite de ses comportements douteux : implication dans une affaire d’extorsion de fonds pour une question de vidéo porno montrant les exploits d’un de ses collègues pousseur de baballe, refus de chanter la Marseillaise, difficulté à positionner sa nationalité de cœur entre l’Algérie et la France, etc.

Bref, sa sélection est fêtée comme un évènement historique à la hauteur de la descente des Champs Elysées par le Générale de Gaulle le 26 août 1944 à la libération de Paris. Même le président de la République s’est cru obligé d’y aller de sa petite déclaration. Bonne nouvelle quand même : un pays qui n’a rien d’autre à faire en 2021 que de s’esbaudir devant un joueur de fouteballe avec un pareil pédigré ne va finalement pas si mal que ça, mais quelle décadence que tout ceci !

L’armée ou la police ?

Charlie Hebdo (23/12/2020)

A l’occasion d’une tribune publiée par des militaires en retraite et d’active s’inquiétant du « délitement » du pays, le débat est relancé sur l’opportunité d’utiliser ou non l’armée pour rétablir l’ordre dans les territoires où il n’existe plus vraiment et où l’on déplore régulièrement des attaques de commissariats de police, des agressions de policiers, des rodéos motorisés, des caillassages d’interventions de pompiers, des nuisances diverses, bref l’expression débridée et nuisible d’une jeunesse en mal de contestation.

Les polémiques embrasent les plateaux télévisés et le Café du Commerce sur le diagnostic de « délitement » et sur l’opportunité de faire appel à l’armée pour redresser la situation. En réalité l’armée, la police ou la gendarmerie sont des instruments au service du pouvoir qui lui donne des instructions pour agir et celles-ci peuvent être plus ou moins fermes. Ce qui inhibe aujourd’hui les dirigeants instruisant les forces de l’ordre est la crainte de blesser gravement, voir de tuer, des agitateurs de banlieues, avec le risque de déclencher des émeutes comme celles de 2005 en région parisienne. C’est la raison pour laquelle, notamment, l’utilisation des lanceurs de balles de défense (LBD) et autres grenades de désencerclement a été réformée pour en réduire les effets après les blessés relevés lors des émeutes de 2019 et 2020. On le voit aujourd’hui les « sauvageons » ne craignent plus grand-chose et certainement pas les foudres de la police ou de la justice, pour ne pas parler de l’autorité de leurs parents…

Mise en œuvre avec les mêmes instructions de prudence face aux désordres actuels, l’armée ne fera sans doute pas beaucoup mieux que police et gendarmerie, et sans doute pire compte tenu de son manque d’expérience dans le domaine du maintien de l’ordre civil. L’armée est d’ailleurs déjà dans les rues depuis les attentats terroristes religieux de 2015 dans le cadre de l’opération Sentinelle. Après avoir subi quelques attaques terroristes dirigées contre ses patrouilles de rue ses militaires désormais ripostent en tirant pour tuer lorsqu’ils sont attaqués.

Il est techniquement possible de répliquer ce genre de méthode contre les « sauvageons » de banlieue mais on entre alors dans un autre monde, aux conséquences imprévisibles. Peut-être faudra-t-il y venir un jour et c’est là la véritable responsabilité des dirigeants élus, pas facile à décider ni à assumer. Les polémistes de circonstance qui devisent sur les plateaux pour gloser sur la question de savoir s’il faut sanctionner les signataires de la tribune ou pas, déployer ou non l’armée dans les banlieues, s’honoreraient à édifier leurs auditeurs sur le fond du problème plutôt que son écume : non pas quels instruments de maintien de l’ordre utiliser, mais plutôt quelles instructions leur donner. Nous célébrons aujourd’hui le 150ème anniversaire de la Commune de Paris en 1871 où l’armée a tué des civils sur ordre politique pour rétablir l’ordre républicain, faisant des milliers de morts parmi les révoltés. C’était il n’y a pas si longtemps… Pas sûr qu’aujourd’hui les mêmes instructions donneraient les mêmes résultats !

Lire la tribune des militaires : https://rehve.fr/wp-content/uploads/ValeursActuelles_Tribune-generaux_20210421.pdf

Confinons Stéphane Bern !

Le mari de la Reine Elisabeth II du Royaume Uni d’Angleterre et de d’Irlande du Nord est décédé à 99 ans après une longue carrière de prince consort. Il fut un homme valeureux et sympathique. Une cérémonie royale s’est déroulée aujourd’hui, retransmise sur toutes les télévisions françaises.

Le dommage collatéral significatif de ce côté-ci de la Manche de tout évènement concernant la couronne de nos amis britanniques est que le service public français nous ressort systématiquement Stéphane Bern pour le commenter et ça, c’est bien le pire qu’il puisse nous arriver en plus d’un deuil royal. Avec sa tête de ravi de la crèche, décoré de l’ordre de l’Empire britannique et de la légion d’honneur française ???), il nous assène à chaque fois, deux heures durant, ses sempiternels commentaires vides de sens et dénués d’intérêt sur : « l’évènement historique », « la page qui se tourne » et bla-bla-bla. Selon la circonstance, mariage, naissance ou enterrement, il ajuste son ton : enthousiaste, délirant ou catastrophé. Quand le service public va-t-il donc confiner Stéphane Bern ?

Le Café du commerce sur CNews

On sait qu’en France les papes du CAC40 ont depuis toujours un furieux appétit pour posséder les médias. Comme ceux-ci sont en permanence à moitié au bord du dépôt de bilan et ils tombent progressivement comme des fruits mûrs dans leurs escarcelles. Cela avait commencé dans les années 1950 avec Marcel Dassault, fabricant d’avions et marchand d’armes, qui avait lancé Jours de France, un hebdomadaire dit « féminin » pour salles d’attente de dentistes et ne présentait aucun intérêt, sinon les photos de têtes couronnées sur papier glacé. Il y tenait une chronique intitulée « Le Café du Commerce » donnant ainsi son nom à cette expression passée dans le langage commun pour évoquer les papotages stupides et éphémères. Il acheta plus tard Le Figaro et ses pairs du CAC40 s’inspirent depuis de son exemple en rachetant la presse française à tour de bras. Le groupe Lagardère détient Paris-Match, Elle, Télé 7 jours… Bernard Tapie possède La Provence, Nice-Matin… Bernard Arnault détient Les Echos, La Tribune…, François Pinault Le Point, L’Agefi, Le Magazine Littéraire, Xavier Niel-Matthieu Pigasse Le Monde, Daniel Kretinsky Le Monde, L’Obs, Elle, Bouygues TF1… etc. etc.

Bien entendu chacun de ces capitaines d’industrie jure la main sur le cœur qu’il n’intervient pas dans la « ligne éditoriale » de ses journaux mais tout le monde s’accorde à penser qu’il est assez peu probable que Le Figaro publie, par exemple, des articles contre les marchands d’armes. Il y a donc une forme relativement compréhensible d’autocensure, « on ne tape pas sur la main qui signe le chèque », le tout est de l’exécuter avec subtilité. Et après tout, la plupart de ces journaux seraient morts et enterrés depuis longtemps si ces capitalistes n’avaient pas accepté d’en faire leurs danseuses, parfois sur leurs deniers personnels. Sans doute ces hommes d’affaires s’imaginent-ils ainsi accroître leur pouvoir, ou plus simplement leur capacité d’influence, donc de pression, pour faire fructifier leurs activités et donc leurs revenus ! Pas vraiment sûr que ce ne soit pas une illusion. Pas grave car ils ont les moyens de se payer des illusions. En revanche, cela fait sûrement très chic dans les dîners en ville du Siècle ou d’ailleurs d’afficher non seulement sa réussite dans les affaires mais aussi son bureau dans une grande rédaction parisienne.

Plus improbable est le cas de Vincent Bolloré, le « Mozart du cashflow » comme on le surnommait au temps de sa jeunesse. Homme d’affaires breton, il est parti dans les années 1980 du business familial de papeterie pour arriver aujourd’hui à un conglomérat multicarte et international, notamment dans le secteur des médias. Une franche réussite et une habileté certaine. A la tête du groupe Vivendi il se retrouve de ce fait et, par la grâce de quelques ficelles juridiques, patron du groupe Canal+. Il va alors mettre un malin plaisir à transformer les médias de ce groupe en entreprises où le Café du Commerce est érigé en modèle et la vulgarité en mode de fonctionnement.

Il a commencé par démanteler le côté bobo de la chaîne Canal+ en supprimant son émission phare Les Guignols, il a poursuivi en recrutant Cyril Hanouna sur C8, Zemmour et Morandini sur CNews, chaîne d’information ex-I-Télé, relooké pour la circonstance, où officie un parterre de journalistes en préretraite, s’écoutant parler, ressassant le simplisme comme philosophie, la beaufitude comme stratégie, Mme Michu comme cible. La « ligne éditoriale » n’est pas même conservatrice, elle est juste « plouc ». Et c’est un franc succès d’audience, Bolloré triomphe.

Qu’est-ce qui peut pousser ce garçon à promouvoir ainsi l’abrutissement des masses ? Catholique traditionaliste, personne ne lui reproche ses idées conservatrices ni son sens de l’humour limité, mais que peut rapporter cet investissement dans la bêtise en termes de pouvoir, de fierté, de sous ? Pour choisir il faudrait au minimum le comparer avec un engagement dans l’intelligence avec les mêmes convictions conservatrices. Est-ce si compliqué que pousser vers la retraite quelques journalistes ventouses de plateaux de plus de 70 ans, faire un peu moins dans les slogans et un peu plus dans l’analyse ? Le Figaro est un média conservateur avec des journalistes et non des piliers de bistrot. Ils délivrent un journal de qualité avec un minimum d’exigence.

Merci Messieurs les capitaines d’industrie d’investir dans les médias pour vous substituer aux consommateurs qui ne veulent plus en payer le coût de l’information. De Libération au Figaro, chacun y retrouve ses petits mais quelques brebis galeuses parmi vous préfère investir dans la bêtise, ne serait-ce pas encore une illusion qui se paiera un jour collectivement ?

Des médias désarçonnés

Charlie Hebdo (23/12/2020)

Depuis plusieurs jours, les médias bavards annonçaient comme certaine l’annonce prochaine d’un nouveau confinement compte tenu de la recrudescence de l’épidémie de coronavirus en France, comme d’ailleurs en Europe. Les plateaux télévisés faisaient défiler des journalistes en retraite et des médecins inoccupés qui anticipaient cette décision « inévitable », nombre d’entre eux ne se gênant d’ailleurs pas pour la critiquer sévèrement.

Hier soir, le premier ministre n’a pas annoncé le retour du confinement mais « seulement » un renforcement des mesures en cours basées essentiellement sur un couvre-feu national à 18h. Alors ce matin, les plateaux médiatiques, dépités, commentent pourquoi l’Etat a renoncé à prendre une décision que les journalistes disaient, faussement, qu’il allait prendre. Et nous voici repartis dans des analyses stériles, des débats oiseux et des polémiques sans fin sur une « non-décision ». Le mieux aurait été d’attendre que les annonces soient faites par ceux qui décident avant de les commenter, cela aurait pu permettre de consacrer le temps perdu à critiquer une décision « non-prise », à l’analyse et à l’intelligence de la situation réelle.

Rappelons que la corporation des titulaires de cartes de presse bénéficie d’une niche fiscale sous forme d’un abattement forfaitaire sur leurs revenus imposables pour « frais d’emploi ». Ces subventions financées par les contribuables devraient, à tout le moins, générer un comportement responsable des journaux et journalistes qui en sont les bénéficiaires. Ils sont ainsi reconnus un peu comme service public, qualification qui devrait être un gage de qualité et non de beaufitude.

Une solution serait peut-être de résilier cette niche fiscale imméritée et d’en allouer le produit à la recherche pour un vaccin contre le coronavirus actuel. Ce serait sans doute ainsi une bien meilleure utilisation des fonds publics.

Un grand moment de solitude

Un zapping des chaînes de télévision depuis le début de la semaine a un peu démoralisé le téléspectateur…

Tout d’abord le chanteur Francis Lalanne est venu expliquer ce 26 janvier à l’animateur Cyril Hanouna tout le bien qu’il pense de l’hydroxychloroquine et accuser le président de la République « d’avoir du sang sur les mains ». Il appelle à la destitution de celui-ci dans un long article publié dans France-Soir numérique et qu’il est venu commenter :

Cet article qui fait plusieurs dizaines de pages est ponctué de saillies révoltées, voire révolutionnaires. La référence au « J’accuse » de Zola dans l’affaire Dreyfus est quasi-explicite, excusez du peu ! Le texte est truffé de références au texte de la Constitution, sans doute son signataire a-t-il obtenu le renfort de spécialistes car on ne le savait pas constitutionnaliste.

Florilège :

La République est donc frappée de caducité ; annulée par l’exercice totalitaire du pouvoir que pratique aujourd’hui l’Exécutif.
L’Exécutif qui supprime tous les droits fondamentaux et s’approprie tous les pouvoirs, met par voie de conséquence le peuple français en situation d’oppression.La Puissance Publique s’emparant du « Bien Public », il s’agit bien d’un coup d’État du gouvernement contre la Nation. Les citoyennes et citoyens de France subissent ainsi l’oppression de leurs représentants.

Il est également du droit et du devoir de la représentation nationale de déclencher le protocole de destitution du président de la République au terme de l’article 3 de notre Constitution ainsi que de l’article 68.
De même, et si de besoin, il est du devoir de l’armée française pour assurer la « sûreté » du peuple français (article 2), de procéder à la mise à pied des auteurs du coup d’État – c’est-à-dire de l’actuel gouvernement ; et ce, afin de rétablir le droit républicain.

Etc., etc.

Lire le texte complet sur : L’Appel de Francis Lalanne

Le débat télévisé entre Lalanne, chanteur populaire en retraite, habillé d’un long manteau de cuir, cheveux très long et lunettes foncées, avec Hanouna, héraut de l’abrutissement télévisuel, fut très productif… Le chanteur y a notamment expliqué qu’il refuse de porter un masque car c’est un nid de microbes dont il ne veut pas se couvrir le nez.

Second point de rendez-vous : Nadine Morano invitée sur le plateau CNews de Pascal Praud le 27 janvier. Elle y assène ses certitudes de Café du Commerce avec sa morgue habituelle et critique la terre entière, mais surtout les dirigeants français, pour la gestion déplorable de la crise sanitaire. On est assez proche du niveau zéro absolu dans le débat politique. Mme. Morano est député européen pour Les Républicains mais semble plus présente sur les plateaux télévisés parisiens que dans les hémicycles du parlement européen.

Francis Lalanne et Nadine Morano illustrent tristement le déclassement français auto-satisfait. Plus encore que les retards techniques annoncés dans les projets de vaccins anti-covid par l’Institut Pasteur et par le groupe Sanofi, le niveau d’abrutissement généré par ces tristes personnages et la place qui leur est donnée dans les médias désespère un peu sur l’avenir du pays qui est aujourd’hui franchement engagé sur la pente de la décadence. On a les dirigeants et les influenceurs que l’on mérite !

Les moulins à vent de la presse

Comme à chaque fois que des déclarations politiques de haut niveau sont annoncées pour une date précise, la presse de circonstance passe les jours précédents à jouer Mme. Irma et cherche à anticiper ce qui va être dit par l’oracle. En l’occurrence le président de la République française devrait s’exprimer dans les médias demain soir pour donner ses vues sur le confinement en cours. L’allocution n’est pas mentionnée sur l’agenda officiel du président.

Bien entendu tout le monde aimerait bien qu’il annonce de bonnes nouvelles mais personne ne sait bien ce qu’il va dire puisqu’il… ne l’a pas encore dit ! Alors les commentateurs commentent ce qu’ils ne savent pas encore, une habitude pour eux. Sans doute bénéficient-ils de fuites plus ou moins officielles, plus ou moins téléguidées, plus ou moins destinées à manipuler leurs bénéficiaires. Bref, il n’y a que des risques à parler de ce que l’on ignore, et très peu d’utilité à procéder ainsi, ni pour les commentateurs, encore moins pour leurs spectateurs.

Le mieux serait que tout le monde attende demain soir, écoute tranquillement la parole présidentielle puis ensuite la commente sur des bases documentées. Ainsi, en attendant, les médias pourraient parler de choses réelles et intelligentes et leurs spectateurs se concentrer sur la vraie vie plutôt que perdre leur temps à chercher à anticiper ce que dira un président qui ne le sait pas même peut-être lui-même.

Des journalistes de rencontre

Christine Ockrent (76 ans) assène des contrevérités sur les plateaux télévisés avec l’assurance d’un François Hollande annonçant « l’inversion de la courbe du chômage ». Invitée par François Langlet, journaliste économique, à parler de la crise sanitaire (on se demande d’ailleurs à quel titre), elle affirme qu’il n’y a pas de système d’assurance santé aux Etats-Unis d’Amérique ce qui rend difficile les soins aux populations. Langlet opine du chef.

En réalité, comme chacun le sait, il existe un système d’assurance publique obligatoire aux Etats-Unis, le fameux « Obamacare » qui concerne une minorité de citoyens disposant de revenus modestes (environ 30 millions de personnes) et permet de cofinancer avec des fonds fédéraux l’accès à un système d’assurance santé universelle pour des personnes qui n’en n’avaient pas. La présidence Trump a tenté de défaire ce système considéré comme « dangereusement gauchiste » mais sans succès, nombre de parlementaires conservateurs hésitant à voter pour une suppression qui remettrait en cause ce système.

Par ailleurs, préalablement à l’Obamacare, existaient, et existent toujours, le système Medicaid pour les personnes les moins favorisées qui bénéficiaient ainsi d’une assurance maladie et le système Medicare servant la même prestation aux personnes de plus de 65 ans.

Au-delà de ces catégories de citoyens spécifiques, les américains peuvent souscrire eux-mêmes librement leurs assurances santé privées, sans aucune obligation légale. Bien entendu il s’agit d’assurance privée donc le niveau de couverture dépend des cotisations payées, bien loin de la philosophie française : « on cotise selon ses moyens et on bénéficie selon ses besoins ». Mais il y a bien de l’assurance santé aux Etats-Unis.

Cet oubli de Christine Ockrent (76 ans) est bien excusable compte tenu de son âge. Le mieux serait qu’elle se retire progressivement des plateaux médiatiques sur lesquels elle n’est plus d’une valeur ajoutée très significative. Mais c’est un peu le péché mignon du monde journalistique français de se réunir entre ses membres, de s’autocongratuler, de s’autopromouvoir, bref, de faire dans la consanguinité qui, on le sait, ne donne jamais de très bons résultats en matière d’intelligence. Christine Ockrent (76 ans) a fait son temps, a mené une belle carrière (sans doute bien rémunérée) et a été décorée de la légion d’honneur et de l’ordre du mérite. Il est temps pour elle de se retirer désormais, cela lui évitera de nouvelles erreurs.

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Les milliards tombent comme les obus à Gravelotte

Comme souvent, à situation équivalente, la France va dépenser plus d’argent public (celui des contribuables) que d’autres pays occidentaux pour essayer d’amortir les effets économiques dramatiques de la crise sanitaire en cours. De prêts garantis par l’Etat en fonds de secours d’urgence, de mesures de chômage partiel en annulations de charges, les contribuables français se sont engagés dans des dépenses considérables, qui vont peser sur les finances publiques pour des décennies. Comme toujours en France, les revendications sociales sont fortes et même accrues à la suite de cette crise. Durant la période de confinement, ceux qui ont fait leur travail sur le terrain veulent des augmentations de salaires pour risques pris (personnel soignant, employés des magasins de distribution alimentaire, éboueurs, etc.), ceux qui ont été mis en chômage partiel (financé par l’Etat et non leurs employeurs) se verraient bien poursuivre ainsi jusqu’à que le risque soit complètement circonscrit et ceux qui sont d’ores et déjà sans emploi émargent en masse à l’assurance chômage.

Tout le monde se plaint, tout le monde critique, tout le monde attaque l’Etat, chacun en veut plus pour sa corporation et se scandalise qu’elle ne soit pas considérée comme prioritaire et pendant ce temps les contribuables se sont fouiller les poches sans même s’en apercevoir. Les experts de plateaux télévisés regardent leurs courbes d’audience, sondent l’humeur de Mme. Michu sur l’Hydroxychloroquine et l’interroge : « Etes-vous en faveur de l’augmentation des salaires du personnel soignant ? Oui-oui-oui » en oubliant la question conséquente : « Etes-vous prête à payer plus de cotisations sociales ? Non-non-non ! ».

En réalité le robinet des aides publiques est déjà largement ouvert et coule à flot. Le chroniqueur a pu constater qu’il a été crédité en 8 jours du chômage partiel de son employée de maison, que l’association d’insertion qu’il conseille a obtenu la garantie de l’Etat pour un prêt bancaire de 30 000 euros sur simple déclaration sur le site Internet de la Banque publique d’investissement (BPI), qu’un petit commerçant qu’il aide dans sa gestion a touché deux fois 1 500 euros d’aide en avril et en mai compte tenu de la fermeture de son magasin (soit plus que son salaire mensuel), etc. Il serait peut-être opportun que quelques journalistes regardent un peu plus loin que la niche fiscale dont ils bénéficient indûment, pour constater, chiffrer et relater ce qui fonctionne dans notre pays au lieu de chercher sans relâche à mettre en difficulté leurs interlocuteurs politiques.

Les décideurs français sont à l’image de leurs électeurs et gèrent une crise, incroyable il y a encore 6 mois, comme ils le peuvent. Il y a certainement des erreurs commises, il y a des changements de pieds, il y a des questions sans réponse un jour dit, il y a des décisions prises qui ne satisfont pas tout le monde, il y a 26 000 morts connus à ce jour (sur une moyenne annuelle d’environ 650 000 en régime de croisière) mais la situation est gérée sans doute pas plus mal que dans les pays avoisinants. La seule chose que cette crise ne semble pas en voie de régler est le pessimisme tapageur des français, leur propension à se plaindre de tout et leur réflexe pavlovien à critiquer tout le monde sauf eux-mêmes.

La presse et le virus

Depuis presqu’un mois que la France est confinée, comme nombre d’autres pays de la planète, ses plateaux médiatiques d’information en continue ne parlent plus quasi exclusivement que de ce sujet. Ils accueillent nombre de commentateurs érigés en « experts de dîner en ville ». On trouve dans cette catégorie d’ailleurs beaucoup de soignants dont on se demande s’ils n’ont vraiment rien de mieux à faire en ce moment que de bavarder sur les plateaux ?

Evidemment lorsqu’on a rabâché en continu 24h sur 24 depuis quatre semaines la question des masques, des tests, de la chloroquine, des lits de réanimation, des cambriolages de pharmacies et des statistiques du nombre de morts, sans oublier la coupe de cheveux du Pr Raoult, il est un peu difficile d’être original. Alors heureusement un nouveau sujet se profile à l’horizon : le président de la République doit faire une communication demain soir. La nouvelle mission dont la presse s’auto-investit est de deviner à l’avance ce qu’il va bien pouvoir dire. Et de nouveau la machine à tourner dans le vide s’est remise en route depuis déjà quelques jours puisque, justement, on ne sait pas encore ce qu’il va dire… Pour alimenter le mouvement perpétuel de cette machine infernale, les chaînes font appel depuis longtemps à une espèce qui n’est pas du tout en voie de disparition, celle des « communicants ».

Au sein de celle-ci une catégorie de « communicants » est mise en avant, celle des « communicants de crise » particulièrement coriace et imbue de son importance. Alors que nos pays sont quasiment en crise permanente depuis celle du pétrole de 1973, cette espèce spécifique prospère et vend ses conseils aussi bien aux Etats qu’aux entreprises. Même certains particuliers y font appel, par exemple DSK lors de sa crise sexuelle du Novotel de New-York, ou Carlos Ghosn lors sa crise judiciaire (il est recherché par la justice japonaise depuis sa fuite au Liban). Lorsqu’ils interviennent pour des particuliers « en crise » la mission de ces « communicants de crise » est de sauver la mise de leurs mandants en leur faisant dire ce qui est censé mettre l’opinion publique de leur côté et qui n’est pas forcément la vérité. Lorsqu’il s’agit de « crise politique » on ne sait pas trop quelle est leur mission sinon d’aller occuper indûment et inutilement les plateaux télévisés pour y asséner leurs soi-disant principes fondamentaux de « communication de crise », qui sont généralement vrais le lundi puis démentis le mardi…

Pour en revenir à l’allocution présidentielle de demain, le mieux serait sans doute tout simplement d’attendre lundi soir une fois que l’allocution aura été prononcée pour savoir ce qu’il y a dedans. Et ainsi, pendant le temps libéré, les journalistes pourraient peut-être consacrer quelques petits moments à d’autres sujets que le coronavirus ? Car pendant ce temps la guerre continue en Syrie, la station spatiale internationale tourne toujours autour de la terre, la campagne électorale se poursuit aux Etats-Unis, avec à la clé la possible éjection du président actuel, certaines entreprises produisent normalement, etc. On pourrait peut-être passer de 98% du temps d’antenne occupé par le virus à seulement 90 ou 95% ?

Nous sommes bien peu de choses…

Riss/Charlie-Hebdo (18/03/2020)

L’épidémie du coronavirus « Covid 19 » continue à se répandre sur la planète devant des citoyens médusés et incrédules, spécialement dans les pays riches qui se croyaient définitivement à l’abri de ce genre de mésaventures, assis sur leurs certitudes technologiques. C’était une erreur que nous pouvons méditer tout à loisir, confinés dans nos logements pour quelques semaines. Ou comment un simple virus met la planète à genoux ; nous sommes décidément bien peu de choses !

Les polémiques franchouillardes circulent encore plus vite que le virus, entretenues par le bouillon de culture que sont les médias radio-télévisés et les médias dits-sociaux. Les deux principales concernent l’insuffisance de masques destinés à protéger ceux qui les portent de la contagion et la question de savoir si le système de santé français permettra d’absorber le pic de l’épidémie et de traiter en réanimation ceux qui le nécessiteront lorsque ledit pic sera atteint.

Les journalistes et médecins de plateaux télévisés ânonnent sans relâche qu’il y a une pénurie de masques tout particulièrement pour le personnel soignant, et pour bien d’autres professions en général. Pénurie il y a : les dirigeants et les producteurs de masques font ce qu’ils peuvent pour y remédier. Les premiers ont réquisitionné toutes les productions faîtes en France afin d’empêcher qu’elles puissent être exportées puisque, grosso-modo, la plupart des pays européens font face à une très forte demande de ces accessoires. D’après les informations sérieusement sourcées les capacités de production nationales augmentent progressivement sans pour autant rejoindre la demande également en forte augmentation. Les polémistes mondains font pleuvoir la critique sur le pouvoir en place, coupable d’aveuglement et de mondialisme, voire de comportements criminels « on envoie nos soignants au casse-pipe…[1] » et bla-bla-bla. Il semble qu’il existait un stock stratégique de masques détenu par l’Etat il y a une dizaine d’années mais que celui-ci aurait été déstocké après avoir été jugé inutile, cette décision faisant suite à la polémique de grande ampleur apparue à la suite de la décision publique de stocker plusieurs dizaines de millions de vaccins contre la grippe H1N1 en 2009, vaccins finalement non utilisés. Les mêmes commentateurs avaient alors raillé la ministre de la santé de l’époque Roselyne Bachelot, avaient ironisé sur toutes les antennes sur ce « scandale d’Etat ». Les mêmes aujourd’hui, ou leurs successeurs de la même engeance, tombent à bras raccourcis sur « l’imprévoyance du gouvernement »… Bon, il y divergence entre l’offre et la demande de masques, celle-ci devrait se résorber progressivement, c’est évidemment ennuyeux mais ce n’est pas non plus la peine de ne parler que de ça cela ne fait pas avancer la résolution du problème plus vite. Des gens sérieux et opérationnels s’en occupent en dehors des plateaux télévisés.

Deuxième sujet récurrent : y-aura-t-il assez de lits de réanimation pour accueillir les 5% de malades gravement atteints au pic de l’épidémie ? Là encore la question est rabâchée à toutes les sauces par les commentateurs mondains et assénée à tout intervenant sur le sujet. La réponse est : « on ne sait pas » puisque personne n’est en mesure d’évaluer combien de patients seront à traiter le moment venu. Ce que l’on sait c’est que les responsables développent tout ce qu’ils peuvent pour augmenter ce nombre lits de réanimation et lisser la courbe de l’épidémie pour essayer d’atténuer la divergence entre l’offre et la demande. Il y aurait 5 000 lits de réanimation disponibles en temps normal et l’on devrait atteindre 10 000 lits sous peu. S’il y a 20 millions de personnes contaminées et que 5% nécessitent des soins intensifs cela ferait un besoin d’un million de lits de réanimation si toutes ces personnes étaient malades au même moment, d’où les actions de confinement en cours pour lisser la courbe de progression de la maladie. Il est probable que, comme en Italie, nous n’y arriveront pas complètement et qu’il y aura sans doute des décès qui auraient pu être évités si le système de santé offrait 1 million de lits de réanimation au lieu de 10 000. On peut polémiquer sur ces simples statistiques, chercher des têtes à couper, parler dans le vide, surfer sur la peur et l’ignorance comme en ce moment sur les ondes radio-télévisées, mais plus difficile est de réfléchir sur ce sujet épineux. Après tout, il est assez simple de passer de 10 000 lits de réanimation x milliers (ou millions), il suffit de payer.

Si demain la République veut accroître ses stocks de sécurité de masques, de blouses, de lits de réanimation, de personnel soignant, etc. il suffit de dépenser plus. Ce n’est pas un problème technique mais une question budgétaire. Nous avons un parlement qui examine chaque année le budget de la sécurité sociale, dépenses comme recettes, et qui peut le doubler, le tripler ou le décupler. La difficulté sera évidemment d’expliquer aux citoyens comment ces augmentations seront financées car il faudra dans ce cas accroître les cotisations, les impôts, diminuer d’autres budgets pour compenser, sans doute un peu des trois. Et cela risque d’être douloureux mais c’est la grandeur de nos démocraties de prendre ce genre de décisions démocratiquement !

Rappelons une nouvelle fois que la corporation des titulaires de cartes de presse donneurs de leçons bénéficie d’une niche fiscale sous forme d’un abattement forfaitaire sur leurs revenus imposables pour « frais d’emploi ». Ces subventions financées par les contribuables devraient, à tout le moins, générer un comportement responsable des journaux et journalistes qui en sont les bénéficiaires. Ils sont ainsi reconnus un peu comme service public, qualification qui devrait être un gage de qualité et non de beaufitude.

Une solution serait peut-être de résilier cette niche fiscale imméritée et d’en allouer le produit à la reconstitution d’un stock de masques chirurgicaux. Ce serait sans doute ainsi une bien meilleure utilisation des fonds publics.


[1] Ivan Rioufol de Valeurs Actuelles sur un plateau