de SAINT PIERRE Michel, ‘Le drame des Romanov 1/3’.

Michel de Saint Pierre (1916-1987) fut un écrivain prolifique de XXème siècle, ancien résistant, plutôt conservateur, un peu « catho-tradi », un peu « Algérie française », anti-communiste féroce, presque tombé aux oubliettes de la littérature. Il n’en demeure pas moins l’auteur de nombreux romans, essais, dont on a parlé à l’époque. Le « Drame des Romanov » n’est sans doute pas un livre historique au sens scientifique du terme mais le récit d’un écrivain passionné par la Russie et fasciné par le destin tragique de cette famille de tsars qui l’a dirigée d’un main de fer.

Ce premier tome part de l’avènement de la dynastie Romanov jusqu’à la victoire de la Russie, emmenée par le tsar Alexandre 1er, contre Napoléon. Ivan IV le Terrible puis Boris Godounov de la dynastie de Rurik ont fondé l’Etat russe entre 1547 et 1605 avant de passer la main au premier Romanov après le rocambolesque épisode du « faux Dimitri » qui se faisait passer pour le fils d’Ivan le Terrible. Une fois Dimitri assassiné, la voie était libre pour Mikhail, le premier tsar Romanov de 1613 à 1645. Alexis, Féodor et la régente Sophie précédèrent l’arrivée de Pierre 1er (dit « Pierre le Grand »), tsar de 1689 jusqu’à sa mort au pouvoir en 1725.

Pierre le Grand va agrandir l’empire russe vers la mer d’Azov, la mer Baltique, le moderniser, créer ce qui est devenu Saint-Pétersbourg, mener moulte guerres (victoires et défaites contre la Suède et l’empire Ottoman notamment), ouvrir le pays à l’extérieur, soumettre le pays à la religion orthodoxe, voyager en Occident, écraser des rébellions intérieures, ouvert un conflit avec son fils Alexis qui se terminera par la condamnation à mort de celui-ci après de sévères tortures. Saint Pierre note que « La Russie de Pierre le Grand n’a que deux ennemis au monde : l’athéisme et l’Asie ».

« Les grands Empires ne sauraient se passer de ports de mer : ce sont les artères qui font battre le cœur d’un Etat de façon plus saine et régulière »

Pierre 1er

A sa mort c’est sa seconde femme qui hérite du poste sous le nom de Catherine 1ère pour deux années (1725-1727), puis Pierre II prend la relève, puis Anne 1ère, puis Ivan VI et, enfin, Elisabeth qui laisse la place à Pierre III « le tsar fou », petit-fils de Pierre 1er, pour quelques mois de 1762 avant de mourir assassiné dans un complot ourdi par sa femme, qui deviendra Catherine II, et déclara : « Il était le premier à conspirer contre lui-même« .

Il laisse donc la place à son épouse qui fut surnommée « la Grande Catherine » de 1762 à 1796. Elle était prussienne sans une goutte de sang slave et dut se convertir à la religion orthodoxe pour épouser Pierre III. Elle agrandit considérablement l’empire en dépouillant la Pologne (déjà) avec la Prusse et l’Autriche et une partie de l’empire Ottoman (encore). Catherine, féminine et philosophe, va innover pour son pays d’adoption en matières juridiques, législatives et institutionnelles, multiplier les amants qu’elle place aux postes du pouvoir, correspondre avec Voltaire, investir dans l’éducation, le tout dans le cadre de l’autocratie et du « droit divin ».

Son fils Paul lui succède pour un bref règne qui se termine en 1801. Il est détesté par sa mère et accusé d’être trop proche de la Prusse. Il est assassiné à l’issue d’un complot comme la Russie sait en provoquer. Alexandre 1er, petit-fils de Catherine II, prend alors le pouvoir et son règne va être marqué par l’affrontement avec Napoléon.

Les deux autocrates vont à la fois se séduire et se faire la guerre. Celle-ci se terminera par la retraite de Russie, crépuscule de l’empire napoléonien. Alexandre 1er est alors considéré en Europe comme le vainqueur de l’empire français ce qui donne un poids considérable à la Russie. Ses troupes sont entrées dans Paris en 1814 avec Alexandre à leur tête. Un triomphe !

L’agrandissement de l’empire initié avec constance par ses prédécesseurs reste son but et il participe en personne au congrès de Vienne de 1815 qui redéfinit l’Europe après la défaite française de Waterloo. Autocrate éclairé il tente de remettre en cause le statut du serf qui pèse encore sur le monde rural russe et participe au maintien d’une écrasante inégalité dans la population, sans doute bien au-delà de celle régnant dans les pays d’Europe. Il y renonce finalement devant le poids de l’inertie générale et des intérêts de la noblesse. Il maintient son pays sous contrôle policier, s’égare dans des crises mystiques, et rend l’âme fin 1825, laissant la Sainte Russie au summum de sa gloire.

En 1825 l’empire est devenue l’un des plus importants fournisseurs de produits agricoles et de matières premières sur les marché mondiaux mais le régime reste moyenâgeux et le pays est tellement immense qu’il est impossible à gérer et à moderniser. La révolution est déjà passée en France, elle rôde en Russie où le régime impérial échoue à se réformer.

Le Mali franchit le Rubicon à l’ONU

L’assemblée générale des Nations Unies (ONU) a voté ce 23 février une résolution demandant le retrait des troupes russes de l’Ukraine. 141 sur des 193 Etats membres se sont prononcés :

  • 7 ont voté contre – Russie, Biélorussie, Syrie, Corée du Nord, Mali, Nicaragua, Erythrée
  • 32 se sont abstenus, dont la Chine, l’Inde, l’Afrique du Sud
  • Et donc 102 ont voté pour

Cette résolution mentionne qu’elle « exige de nouveau que la Fédération de Russie retire immédiatement, complètement et sans condition toutes ses forces militaires du territoire ukrainien à l’intérieur des frontières internationalement reconnues du pays, et appelle à une cessation des hostilités » (https://news.un.org/fr/story/2023/02/1132607)

Le délégué russe s’est exprimé au cours du débat précédant le vote pour rappeler la position de son pays, c’est-à-dire celle d’une « guerre contre l’Occident pour la survie, pour l’avenir de notre pays et de nos enfants, et pour notre identité » et celle de « la renaissance du néo-nazisme en Ukraine et la glorification de criminels du nazisme » qui justifierait aussi le combat russe.

Rien de nouveau à ce stade, une partie de ce que dit la Russie, avec excès bien entendu, n’est d’ailleurs pas tout à fait inexact mais son péché originel restera d’avoir déclenché la guerre et que son armée et ses milices se comportent sur le terrain comme des forbans sans foi ni loi ce qui, vu de « l’Ouest collectif », est contraire au droit international, mais pour les pays qui la soutiennent et ceux qui se sont abstenus (c’est à dire la majorité de la population de la planète) est un mode de gouvernance « normal ». Là est le souci de l’Occident : il est minoritaire en nombre mais semble néanmoins présenter quelque intérêt pour tous ces autocrates et oligarques qui investissent massivement en Occident et envoient leurs enfants dans les universités américaines. La vraie question serait de comprendre pourquoi un oligarque russe dépense des dizaines de millions pour acquérir des villas de nabab à Saint-Jean Cap-Ferrat plutôt que sur les bords de Mer Noire ? Pourquoi un milliardaire chinois rachète à grand frais des vignes dans le Bordelais plutôt que de se lancer la viticulture dans son pays d’origine ?

L’attractivité de « l’Ouest collectif » pour ces régimes autoritaires, dits par fois « illibéraux », reste forte. La guerre d’Ukraine va probablement rebattre les cartes. Déjà les oligarques russes qui l’on put sont allés ancrer leurs yachts clinquants sur les bords de la Mer de Marmara ou dans le Golf persique. La mise sous sanctions occidentales d’un certain nombre de hiérarques russes va probablement leur faire mieux comprendre le concept de « risque politique » : quand on investit à l’étranger, cela peut rapporter plus mais on est aussi soumis aux potentielles humeurs du pays où l’on dépense ses sous, risque qui est moindre lorsqu’on investit chez soi où, cependant, existe un risque fiscal significatif. La Russie pourra toujours investir chez ses nouveaux amis mais il n’est pas sûr que le Mali ou le Nicaragua attisent véritablement l’appétit des investisseurs russes.

L’Histoire dira si l’Occident, même minoritaire au niveau « des valeurs » dans cette guerre d’Ukraine, reste néanmoins le leader en termes d’attractivité, d’innovation et de réussite économique ! En cela, cette guerre sauvage annonciatrice de révisions déchirantes pour le monde de demain, ou pas !

Déclaration du délégué russe

M. VASSILY A. NEBENZIA (Fédération de Russie) a souligné qu’il y a un peu plus d’un an, « l’Ukraine et ses parrains occidentaux » ont convoqué la onzième session extraordinaire d’urgence de l’Assemblée générale des Nations Unies, ce qui a prêté à confusion pour de nombreux États. Depuis lors, de nombreux pays ont compris ce qui s’est passé et ce qui se passe, et le camp occidental a beaucoup plus de difficulté à mobiliser les États Membres de l’ONU en faveur de leur croisade contre la Russie, a-t-il dit. Ceci est également attesté « par un projet de résolution au rabais » qui sera mis aux voix, a relevé le représentant en le qualifiant de « texte antirusse et malveillant ». Il a rappelé que « le régime nationaliste criminel », qui est arrivé au pouvoir à Kiev grâce au soutien occidental par un coup d’État anticonstitutionnel, a mené une guerre sanglante contre les habitants du Donbass dont le seul défaut était qu’ils voulaient rester russes.

Le délégué a relevé que grâce aux révélations bien connues d’un certain nombre de dirigeants occidentaux à la retraite, il ne fait aucun doute que les accords de Minsk, approuvés par le Conseil de sécurité, avaient pour but de préparer l’Ukraine à une guerre contre la Russie. Toutes ces années, le « régime de Kiev » a poursuivi selon lui sa politique inhumaine de bombardement des villes pacifiques des républiques populaires de Donetsk et de Lougansk. Au vu des actes des Occidentaux en Ukraine, nous n’avions pas d’autre choix que de protéger la population du Donbass et assurer la sécurité de notre pays par des moyens militaires, a—t-il justifié. Il a exprimé les préoccupations russes de voir s’étendre l’infrastructure de l’OTAN jusqu’à ses frontières, alors que des déclarations « hypocrites » font croire que c’est la Russie qui est responsable de la destruction des systèmes de sécurité régionaux et mondiaux. Il a rappelé que fin 2021, la Russie avait pourtant avancé un certain nombre d’initiatives de désescalade et de renforcement de la confiance dans la zone euro-atlantique. Nous avons invité les États-Unis et l’OTAN à signer des accords de garanties de sécurité, a-t-il dit. Nous avons donné une chance à la diplomatie, a-t-il poursuivi, soulignant que ces propositions furent rejetées avec arrogance par les États-Unis et leurs alliés. Pourtant, si elles avaient été mises en œuvre, ces initiatives auraient permis d’éviter ce que nous voyons aujourd’hui, a-t-il regretté.

Le délégué a affirmé qu’un an après le début de la phase active de la crise ukrainienne, peu de gens doutent aujourd’hui du fait que la Russie n’est pas en guerre avec l’Ukraine, qui a gaspillé son potentiel militaire dans les premières semaines du conflit, mais plutôt avec « l’Ouest collectif » représenté par les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN et de l’UE. Non seulement ils fournissent armes et munitions à Kiev, mais ils lui communiquent également des informations du renseignement et s’entendent sur des cibles pour les frappes de missiles. Il a dit que ces alliés ont abandonné toute pudeur et fixé un objectif : armer l’Ukraine, infliger une défaite stratégique à la Russie, puis la démembrer et la détruire. Au nom de cet objectif, a-t-il relevé, ils ont fermé les yeux en Occident, et les ferment encore maintenant, sur la renaissance du néo-nazisme en Ukraine et la glorification de criminels du nazisme. Il a ensuite évoqué l’hégémonie des États-Unis et de ses alliés qui ne veulent laisser personne gouverner la planète, parce qu’ils la considèrent comme la leur et seulement la leur.

Quant à notre pays, a expliqué le représentant, nous percevons tout cela comme une guerre contre l’Occident pour la survie, pour l’avenir de notre pays et de nos enfants, et pour notre identité. Une guerre dans laquelle, comme il y a 80 ans, nous avons été défiés par un ennemi insidieux et puissant qui voulait nous soumettre, a-t-il expliqué en évoquant des chars allemands à nouveau envoyés afin de tuer les Russes. Et l’Ukraine, dans tout ce schéma, n’est rien de plus qu’une monnaie d’échange, a-t-il analysé. Selon lui, le texte soumis par l’Ukraine ne contribuera pas à la paix, car il vise plutôt à encourager l’Occident dans ses actions, à donner à nos adversaires une raison de prétendre que la Russie est soi-disant isolée dans le monde. « Cela signifie continuer la ligne militariste russophobe, en se cachant derrière un prétendu soutien des États Membres de l’ONU. » De plus, dans les conditions où beaucoup d’entre vous font face à la pression la plus sévère et le chantage de Washington et ses alliés, a lancé le représentant à l’endroit des délégations, il faut soutenir les « amendements d’équilibrage » qui sont devant vous et qui ont été présentés par le Bélarus. Si ces derniers sont rejetés, alors le projet de la résolution restera tel qu’il est maintenant : unilatéral et dénué de toute réalité, a-t-il conclu.

Source : https://press.un.org/fr/2023/ag12491.doc.htm

Engels toujours là

A l’occasion d’un bombardement par un drone ukrainien sur une base aérienne russe pour bombardiers à long rayon d’action en décembre dernier on découvre que la base s’appelle « Engels » du nom du copain de Karl Marx. Au moins en Russie il n’y a pas de wokisme ni de déboulonnage des idoles !

La Russie vue par Michel de Saint Pierre en 1967

Relire l’essai de Michel de Saint Pierre (1916-1987) « Le drame des Romanov » est intéressant. Il fut un écrivain prolifique de XXème siècle, ancien résistant, plutôt conservateur, un peu « catho-tradi », un peu « Algérie française », anti-communiste féroce, tombé aux oubliettes depuis. Il n’en demeure pas moins l’auteur de nombre de romans, essais, dont on a parlé à l’époque. Le « Drame des Romanov » n’est sans doute pas un livre historique au sens scientifique du terme mais le récit d’un écrivain passionné par la Russie et fasciné par le destin tragique de cette famille de tsars qui l’a dirigée d’un main de fer.

Dans le premier chapitre, Saint Pierre trace un sentiment global de ce qu’est « l’âme russe » en citant certains auteurs russes. Certaines d’entre elles sont édifiantes à la lumière de la guerre d’Ukraine menée aujourd’hui par Moscou.

Le Russe a toujours besoin de dépasser la mesure, d’arriver au précipice, de se pencher sur le bord pour en explorer le fond et souvent même s’y jeter comme un fou. C’est le besoin de la négation chez l’homme le plus croyant, la négation de tout, la négation des sentiments les plus sacrés, de l’idéal le plus élevé, des choses les plus saintes de la patrie. Aux heures critiques de sa vie personnelle ou de sa vie nationale, le Russe de déclare avec une précipitation effrayante pour le bien ou pour le mal.

Dostoïevski (Journal d’un écrivain)

Une définition des Romanov :

Dans la maison des Romanov comme dans celle des Atrides une malédiction mystérieuse passe de génération en génération. Meurtre sur adultère, du sang sur de la boue, « le cinquième acte d’une tragédie jouée dans un lupanar », Pierre 1er tue son fils, Alexandre 1er tue son père, Catherine II tue son époux. Et, parmi ces victimes célèbres, les petits, les inconnus, les malheureux avortons de l’autocratie, dans le genre d’Ivan Antonovitch, étranglés comme des souris dans les recoins obscurs, dans les cachots de Schlusselbourg. Le billot, la corde, le poison, tels sont les vrais emblèmes de l’autocratie russe. L’onction de Dieu sur le front des tsars s’est transformée en la marque et la malédiction de Caïn.

Merejkowski (écrivain et critique littéraire russe 1865-1941)

La Russie, un empire nihiliste qui respecte ses traditions malgré le temps qui passe.

Les experts de plateaux télévisés

Coco/Charlie Hebdo (28/12/2022)

Dans la guerre d’Ukraine l’armée russe semble reprendre du poil de la bête. Alors que les « experts » de plateaux télévisés l’avait déjà enterrée après la contre-offensive ukrainienne plutôt victorieuse de l’été dernier, ils sont en train d’avaler leurs képis et, finalement, d’admettre du bout des lèvres que la soldatesque russe dispose encore d’une certaine capacité de nuisance contre l’Ukraine et l’Occident. Outre l’inquiétude de voir cette guerre encore perdurer, cela pose la question de la crédibilité de la presse télévisuelle française quasi-unanimement pro-ukrainienne et antirusse. Les généraux en retraite qui peuplent les plateaux, experts d’un jour à fort égo, généralement formés à l’ombre de la guerre froide et de l’anticommunisme, dévident à longueur de programmes des banalités et des certitudes sur les sujets militaires pour lesquels ils ne sont évidemment pas dans le secret des opérations.

D’une façon plus générale il est des sujets qu’il ne fait pas bon aborder en ce moment sous peine d’être taxé d’être un « munichois », un défaitiste voire un traître. L’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne qui va entraîner des révisions déchirantes pour les pays fondateurs, la cohabitation future avec une Russie génétiquement anti-occidentale, les coûts de la reconstruction qui vont s’accroissant à chaque jour de guerre qui passe, les accords de Minsk qui n’ont jamais été appliqués par les parties mais qui restent probablement un bon plan de départ pour une future négociation, la volonté occidentale d’éviter de mettre les doigts dans une guerre directe avec la Russie pour éviter une guerre mondiale… tous ces sujets sont globalement interdits pour le moment. Ils reviendront sur le devant de la scène forcément un jour.

En attendant la guerre continue et les experts de plateaux télévisés n’ont guère de solution à proposer si ce n’est la victoire militaire totale de Kiev qu’ils estiment, dans la phrase suivante, peu probable. Quelques voix plus politiques, comme celles de l’ex-ambassadeur Araud ou l’ancien ministre Lelouche écrivent des articles pour dire qu’il est temps maintenant de parler paix pour arrêter une guerre ravageuse initiée par le clan au pouvoir au Kremlin, et même envisager des compromis pour ce faire avec l’éternel ennemi : la Russie. Ils sont plutôt ostracisés, voire insultés, sur les plateaux d’experts qui certifiaient encore il y a deux mois que la Russie avait perdu la guerre.

Malgré tout il faut bien arrêter cette guerre qui dévaste les hommes… et les budgets. Le concept d’’autodétermination des peuples pourrait être mis en œuvre pour les régions contestées dans un cadre légal international comme proposition pur mettre fin aux hostilités ? Le modèle appliqué par la France en Nouvelle Calédonie pourrait être un exemple à suivre. Quelle que l’issue de la guerre d’Ukraine, la Russie restera une puissance maléfique qui n’aime pas l’Occident. Il faudra en tenir compte pour quelques siècles dans le futur avant, peut-être, de pouvoir une relation « normale » entre voisins.

Le martyr de Moscou

https://t.me/varlamov_news/38074

Le président russe a présenté ses vœux à son pays devant un parterre de militaires sous la forme d’une litanie auto-justificatrice de la guerre d’Ukraine entamée par la Russie le 24/02/2022. Il s’étend sur l’agression dont la Russie serait victime de la part de l’Occident qui « encourage les néo-nazis ukrainiens » et rend hommage à l’héroïsme des combattants russes qui aurait la morale de leur côté :

L’essentiel est le sort de la Russie. La défense de la patrie est notre devoir sacré envers nos ancêtres et nos descendants. La droiture morale et historique est de notre côté.

Cette envolée venant du premier dirigeant du plus grand pays de la planète Terre qui a déclaré une guerre pour envahir son voisin, a déjà annexé unilatéralement une partie du territoire de ce dernier et dont l’armée et ses supplétifs se distinguent depuis lors par ses actes de violence et de barbarie dans les territoires qu’ils occupent et via les bombardements réguliers sur des infrastructures du reste de l’Ukraine, ne manque pas d’ironie.

Probablement croit-il sincèrement à ce qu’il assène. Sans doute le peuple russe qui n’a guère de considération pour ses « frères » ukrainiens est tout prêt à avaler cette fable de la « droiture morale ». Le mieux aurait été sans aucun doute pour la Russie, l’Ukraine et le reste de la planète, que Moscou reste tranquillement à l’intérieur de ses frontières reconnues par le droit international et consacre toute sa belle énergie à développer son pays plutôt que d’aller chercher noise à ses voisins.

TRADUCTION Microsoft

Poutine a prononcé un discours du Nouvel An :

• « Ce fut une année de décisions difficiles et nécessaires, les étapes les plus importantes vers l’acquisition de la pleine souveraineté de la Russie et la puissante consolidation de notre société. Ce fut une année qui a beaucoup mis à sa place, séparant clairement le courage et l’héroïsme de la trahison et de la lâcheté. Il a montré qu’il n’y a pas de pouvoir plus élevé que l’amour pour ses parents et amis, la loyauté envers les amis et les compagnons d’armes, le dévouement à sa patrie.

• « Ce fut une année d’événements vraiment cruciaux et fatidiques. Ils sont devenus la frontière qui jette les bases de notre avenir commun, de notre véritable indépendance. C’est ce pour quoi nous nous battons aujourd’hui, en protégeant notre peuple dans nos propres territoires historiques, les nouvelles régions de la Fédération de Russie.

• « L’essentiel est le sort de la Russie. La défense de la patrie est notre devoir sacré envers nos ancêtres et nos descendants. La droiture morale et historique est de notre côté. »

Pendant des années, les élites occidentales nous ont hypocritement assurés de leurs intentions pacifiques, y compris la résolution du grave conflit dans le Donbass. En fait, ils ont encouragé les néo-nazis de toutes les manières possibles, qui ont continué à mener des actions militaires ouvertement terroristes contre des citoyens pacifiques des républiques populaires du Donbass. L’Occident a menti sur la paix et se préparait à l’agression. »

« Ils [les combattants morts] ont donné leur vie pour protéger la vie des autres. Je comprends à quel point il est difficile maintenant le soir du Nouvel An pour leurs femmes, leurs fils, leurs filles, leurs parents, qui ont élevé de vrais héros. Nous ferons tout notre possible pour aider les familles de nos camarades tombés au combat, élever leurs enfants, leur donner une éducation décente, trouver un métier. De tout mon cœur, je partage votre douleur et je vous demande d’accepter des paroles sincères de soutien. »

• « Ensemble, nous surmonterons toutes les difficultés et garderons notre pays grand et indépendant, nous n’irons qu’à l’avant, à gagner pour le bien de nos familles et pour le bien de la Russie, pour le bien de l’avenir de notre seule patrie bien-aimée. Bonne année, chers amis. »

La Russie s’enfonce dans une logique guerrière sans retour

Pendant qu’une compétition mondiale de fouteballe bat son plein dans le Golfe Persique au point que le président de la République française estime nécessaire de se déplacer à Doha mercredi prochain aux frais des contribuables (n’a-t-il rien de mieux à faire à Paris ?), la guerre d’Ukraine dérive vers une nouvelle tactique russe visant à détruire les infrastructures publiques pour nuire à la vie quotidienne des civils en espérant qu’ils pousseront leur gouvernement à compromettre avec l’ennemi russe. A défaut de victoires militaires nettes sur le terrain, le conflit se transforme en guerre de tranchées sans issue nette prévisible à court terme. Les destructions causées par Moscou rendent difficiles la vie des civils ukrainiens, souvent privés d’alimentation électrique et d’eau potable alors que l’hiver, plutôt rude dans ces contrées, arrive. L’armée ukrainienne commence de son côté à bombarder le territoire russe, se limitant pour le moment aux cibles militaires, mais pour combien de temps ?

A chaque fois que l’armée russe est poussée en dehors des territoires qu’elle a occupés depuis le déclenchement de cette « opération militaire spéciale » on découvre l’ampleur des exactions qu’elle a commises contre les populations civiles antirusses : salles de torture, viols, déplacements de populations… bref tous les sévices qui sont le lot habituel des armées de forbans dirigés par des dirigeants politiques sans états d’âme. Le président russe a même poussé le bouchon jusqu’à décorer les unités a priori exécutantes des crimes de guerre découverts à Boutcha qui fut la première ville reconquise par l’armée ukrainienne où fut révélé au grand jour le niveau de sauvagerie de l’occupation.

Alors se pose toujours la lancinante question de savoir comment et pourquoi la Russie a pu en arriver à s’enferrer dans une situation guerrière désormais inextricable ? Les deux pays sont soi-disant « frères » mais Kiev lorgnait vers l’Ouest en voulant manifestement s’émanciper de Moscou et de ses pratiques soviétiques d’un autre âge. C’en était trop pour la Russie. L’Occident a évidemment sous-estimé la puissance de la haine et du rejet qu’il inspirait au plus grand pays de la planète. Malgré les exemples soviétiques d’invasions des « pays frères » au cours de la seconde moitié du XXème siècle : Allemagne de l’est (1953), Hongrie (1956), Tchécoslovaquie (1968), Afghanistan (1979), l’aide à la répression en Pologne lors de la contestation menée par Solidarnosc (1981) ; malgré les exemples d’invasion de la Fédération de Russie : Transnistrie (1990), Géorgie (2008), Crimée (2014), l’aide à la répression en Syrie depuis le déclenchement de la guerre civile en 2011, sans parler des guerres civiles de Tchétchénie interne à la Fédération en 1994 et 1999… malgré tous ces évènements violents et mortifères l’Occident a toujours espéré convaincre la Russie d’adopter le droit international et le mode de vie de ses démocraties, amadouer l’ours russe pour qu’il se concentre sur son développement intérieur plutôt que de vouloir encore agrandir son territoire qui est déjà le plus vaste de la planète. C’est un échec, incompréhensible vu de l’Ouest, mais un désastre bien réel.

On s’est souvent demandé comment la patrie de Goethe et de Brahms a pu engendrer la barbarie nazie. On s’interroge de même aujourd’hui sur le pays de Dostoïevski et de Chostakovitch qui préfère envahir ses voisins à la recherche d’un illusoire retour à la puissance, plutôt que de gérer sa population répartie sur son vaste territoire en bon père de famille. L’affrontement militaire plutôt que la lutte par le développement économique et culturel, c’est un combat de géants dont l’issue est encore improbable mais qui, quelle qu’elle soit, laissera les combattants et leurs soutiens sur le flanc, face à des générations pétries de haines respectives qui devront payer pour reconstruire ce qui a été détruit par le fait de la bêtise des hommes et qui ne résoudra pas la question existentielle de la Russie : pourquoi la très grande majorité des « pays frères » cherche à s’éloigner d’elle pour se rapprocher de l’Occident ? Un peu d’introspection sur ce sujet serait probablement bienvenu à Moscou…

La Russie bombarde

Riss / Charlie Hebdo (11/05/2022)

Avec constance les experts militaires de plateaux télévisés, généralement des militaires en retraite ou des journalistes abonnés à « Air & Cosmos », prédisent la fin des stocks de missiles russes. Avec la même régularité ils sont démentis par les faits et des pluies de nouveaux missiles s’abattent sur l’Ukraine, de façon particulièrement intense après chaque revers de l’armée russe sur le terrain. La tactique russe est de détruire les infrastructures d’eau et d’électricité afin de pourrir la vie des civils ukrainiens. Quelques bombes tombent aussi sur les civils, plus ou moins par hasard, faisant des morts et blessés civils tous les jours dans le pays.

La ville de Kherson est symbolique de cette tactique. Elle a été évacuée par l’armée russe il y a deux semaines devant l’avancée de l’armée ukrainienne mais les soldats russes se sont installés à quelques kilomètres, de l’autre côté du fleuve, à portée de canons, et ils bombardent consciencieusement depuis tout ce qui bouge à Kherson afin de rendre infernale la vie des habitants qui ont eu l’outrecuidance d’accueillir les soldats ukrainiens en héros après leur propre évacuation. Le côté inextricable de ce champ de bataille est que dans l’esprit des Russes la ville de Kherson est… russe puisque cette région a été annexée par la Fédération. La Russie bombarde la Russie !

Dans le même temps, les civils ukrainiens qui le peuvent évacuent la ville de Kherson qui devient invivable, une petite victoire politique pour Moscou après la défaite militaire.

Lire aussi : Les inextricables imbroglios juridiques de la guerre d’Ukraine

Les inextricables imbroglios juridiques de la guerre d’Ukraine

Dutreix / Le Canard Enchainé (21/09/2022)

A défaut de victoire nette sur le terrain militaire en Ukraine, la Russie s’efforce de tisser une toile juridique pour lier une partie de l’Ukraine à son territoire de façon désordonnée et quasiment inextricable. Quand on connaît le peu de cas que fait Moscou du droit international en général, cette tactique serait plutôt risible mais est annonciatrice de vraies difficultés lorsqu’il faudra défaire ce qui a été fait, si l’Ukraine et la communauté internationale y arrivent un jour et ce, quelque soit l’issue de la guerre en cours.

La constitution russe a été modifiée pour entériner l’annexion de quatre régions ukrainiennes et l’augmentation conséquente du territoire de la Fédération de Russie alors que l’armée russe n’avait pas encore conquis la totalité de ces régions. Depuis cette annexion célébrée en grande pompe à Moscou par le président russe et les responsables ukrainiens prorusses de ces régions, l’armée russe a perdu du terrain et même abandonné la ville de Kherson, capitale d’une des quatre régions, qu’elle ne pouvait plus tenir. À la suite de la mobilisation partielle de ses citoyens, la Russie mobilise maintenant aussi dans ces quatre régions annexées mais non totalement conquises puisqu’elles sont formellement devenues russes… envoyant sur le front contre l’Ukraine des citoyens ukrainiens devenus russes comme effet de cette annexion. Tous ne sont sans doute pas prorusses mais se retrouvent potentiellement enrôlés dans l’armée russe du fait d’une simple signature sur un décret…

Plus pernicieux, la Russie a saisi l’occasion de son occupation militaire sur une partie de ces régions pour procéder à des déplacements de population importants (une ancienne habitude soviétique) de ces territoires vers la Russie, le plus souvent sous couvert de « raisons humanitaires », pour les « protéger » des attaques ukrainiennes. Des milliers de passeports russes ont également été délivrés à des citoyens « ex-ukrainiens » selon l’entendement de Moscou mais pas forcément de celui des personnes concernées. Certains sont prorusses et ne verront pas cette démarche d’un mauvais œil mais ce n’est sûrement pas le cas de tous. Il semble que nombre d’enfants isolés sans leurs parents (que ceux-ci soient au front sous les couleurs ukrainiennes ou soient morts), aient été aussi « déportés » en Russie pour y être russifiés. Le moment venu, il sera bien sûr extrêmement difficile à leurs familles de les retrouver et de les récupérer.

Tout ceci est bien entendu en totale contradiction avec le droit international et le « droit de la guerre », mais cela est fait tout de même par Moscou qui suit ainsi une feuille de route machiavélique. Lorsque cette guerre se terminera, et qu’elle qu’en soit l’issue, ces manœuvres juridiques sont annonciatrices d’un chaos inédit probablement accompagnés de règlements de comptes entre ukrainiens, les prorusses et les fidèles à Kiev. Ceux-ci ont d’ailleurs déjà commencé dans les territoires annexés repris par l’armée ukrainienne.

La France a connu ce genre de circonstances dans son histoire contemporaine avec l’Alsace-Lorraine annexée par l’Allemagne en 1871 après la défaite française contre la Prusse, récupérée en 1918 après la défaite allemande, réoccupée et annexée de facto par le IIIème Reich en 1940 puis de nouveau « francisée » en 1945. Cette situation provoqua des tragédies comme celle des « malgré-nous » qui furent incorporés de force sous le drapeau nazi et qui, pour certains, subirent les affres de l’épuration après la libération en 1945. Ces annexions juridiques sont toujours synonymes de quasi-guerre civile pendant leur déroulement et après, si elles sont « démontées ». Il est à craindre que cela ne sera guère différent dans les régions ukrainiennes reconnues par le droit international et annexées par la Russie.

La Russie se révèle

Riss / Charlie Hebdo (02/03/2022)

La guerre d’Ukraine menée par la Russie depuis fin février a révélé ce pays tel qu’il est et il faudra sans doute plusieurs générations avant qu’il ne se rapproche à nouveau de l’Occident, s’il ne s’en rapproche jamais. Depuis la fin de l’Union soviétique en 1991, l’Occident a pensé pouvoir « amadouer » la Fédération de Russie en commerçant avec elle, en l’intégrant au G7 devenu G8 en 1997 avant de redevenir G7 après l’exclusion de la Russie par suite de son annexion de la Crimée en 2014, en investissant sur son territoire, en abritant les investissements de ses oligarques en Europe, en recevant ses dirigeants avec faste, bref en cherchant à traiter avec ce pays comme s’il était membre de la communauté occidentale. On a même entendu le président français déclarer le 19/08/2019 en présence de son homologue russe qu’il recevait au fort de Brégançon :

Je sais une autre chose : c’est que la Russie est européenne, très profondément, et nous croyons dans cette Europe qui va de Lisbonne à Vladivostok. Un grand auteur russe, DOSTOÏEVSKI, dans L’adolescent disait, et je le cite imparfaitement, de mémoire, que le Russe avait cela de particulier par rapport à l’Allemand, au Français ou autre, c’est qu’il était le plus russe quand il était le plus européen, et en quelque sorte son nationalisme était toujours plus grand que lui-même et devait embrasser le fait européen, et je crois très profondément à cela.

Emmanuel Macron (19/08/2019)

Lire aussi : Le président français et la géographie

A force de vouloir que la Fédération de Russie adopte les modes de fonctionnement européen on a fini par croire qu’un pays qui a donné naissance à Chostakovitch et Dostoïevski ne pouvait pas être animée par des valeurs autres que la démocratie, l’état de droit, la liberté d’expression, les droits de l’homme, etc. Eh bien, l’Occident s’est trompé comme l’illustre la tentative d’invasion de l’Ukraine et la façon dont cette guerre se déroule : sauvage et désordonnée, agrémentée de probables crimes de guerres. La Russie est restée fidèle à ses modes de pensée et de fonctionnement tsaristes ou soviétiques.

Certains de ses dirigeants rivalisent de provocations infantiles qui prêteraient à sourire s’il ne s’agissait de guerre et de ses milliers de morts déjà à déplorer des deux côtés. Ainsi M. Medvedev, ancien premier ministre, ancien président et actuel vice-président du conseil de sécurité de la Fédération qui twitte compulsivement pour ses 900 000 abonnés sur le réseau dit « social » Telegram :

Traduction Microsoft

POURQUOI NOTRE CAUSE EST JUSTE
Des réponses à des questions simples à l’occasion de la Journée de l’unité nationale

Pour quoi nous battons-nous ? La Russie est un pays immense et riche. Nous n’avons pas besoin de territoires étrangers, nous avons tout en abondance. Mais il y a notre terre, qui est sacrée pour nous, sur laquelle nos ancêtres ont vécu et sur laquelle notre peuple vit aujourd’hui. Et que nous ne donnerons à personne. Nous protégeons notre peuple. Nous nous battons pour tous les nôtres, pour notre terre, pour notre histoire millénaire.

Qui se bat contre nous ? Nous luttons contre ceux qui nous haïssent, qui interdisent notre langue, nos valeurs et même notre foi, qui haïssent l’histoire de notre patrie.

Contre nous aujourd’hui fait partie d’un monde mourant. C’est une bande de toxicomanes nazis fous, un peuple confus et intimidé et une grande meute de chiens qui aboient de chiens occidentaux. Avec eux se trouve un patchwork de cochons grognons et de philistins à l’esprit étroit de l’empire occidental désintégré avec de la salive dégoulinant sur leur menton de dégénérescence. Ils n’ont aucune foi et aucun idéal autre que les habitudes honteuses qu’ils ont inventées et les normes de double pensée qu’ils imposent qui nient la moralité accordée aux gens normaux. Par conséquent, en nous soulevant contre eux, nous avons acquis un pouvoir sacré.

Où sont nos anciens amis ? Nous avons été abandonnés par des partenaires effrayés – et nous leur avons craché dessus. Donc, ils n’étaient pas nos amis, mais juste des compagnons de voyage aléatoires, des autocollants et des cintres.

Des traîtres lâches et des transfuges cupides sont tombés sur les terres des Tri-Nine – laissez-les pourrir leurs os dans un pays étranger. Ils ne sont pas parmi nous, mais nous sommes devenus plus forts et plus purs.

Pourquoi sommes-nous restés silencieux pendant longtemps ? Nous étions faibles et dévastés par l’intemporalité. Et maintenant, nous nous sommes débarrassés du sommeil collant et du bourbier morne des dernières décennies, dans lesquelles nous étions plongés par la mort de l’ancienne patrie. Notre réveil a été attendu par d’autres pays violés par des seigneurs des ténèbres, des propriétaires d’esclaves et des oppresseurs qui rêvent de leur passé colonial monstrueux et aspirent à maintenir leur pouvoir sur le monde. De nombreux pays ont longtemps ignoré leurs absurdités, mais jusqu’à présent, ils en ont peur. Bientôt, ils se réveilleront complètement. Et quand l’ordre mondial pourri s’effondrera, il enterrera sous le nuage de plusieurs tonnes de ses décombres tous ses prêtres arrogants, ses adeptes assoiffés de sang, ses serviteurs moqueurs et ses mankurts sans paroles.

Quelles sont nos armes ? Les armes sont différentes. Nous avons la capacité d’envoyer tous les ennemis dans un enfer de feu, mais ce n’est pas notre tâche. Nous écoutons et obéissons aux paroles du Créateur dans nos cœurs, et ces paroles nous donnent un but sacré. Le but est d’arrêter le souverain suprême de l’enfer, quel que soit le nom qu’il utilise – Satan, Lucifer ou Iblis. Car son but est la perdition. Notre but, c’est la vie.

Son arme est un mensonge complexe.

Et nos armes sont la Vérité.

C’est pourquoi notre cause est juste.

C’est pourquoi la victoire sera la nôtre !

Félicitations!

1,2 million views 07:00 le 04/11/2022

Fallait-il pour autant ne pas essayer d’embarquer la Fédération de Russie dans l’aventure démocratique qui a tout de même produit quelques bonnes choses depuis le XXème siècle ? Sans doute non ! En tout cas c’est l’option qui a été adoptée en Occident avec plus ou moins d’enthousiasme, elle n’a pas atteint ses objectifs, c’est le moins que l’on puisse dire. Gageons que l’Occident sera maintenant vacciné pour un moment de reprendre langue avec ce pays avant, qu’un jour, des discussions ne s’ouvrent de nouveau car la géographie étant ce qu’elle est, la Russie restera frontalière de l’Europe tant que la dérive des continents ne produira pas suffisamment ses effets.

Il faut oser

Il semble que l’armée russe ait acquis des drones « suicide » à l’Iran qu’elle utilise de façon importante contre l’Ukraine depuis une semaine pour détruire ses infrastructures énergétiques civiles. Moscou nie cette acquisition et explique que ces diaboliques petites machines sont russes, elles ont d’ailleurs été rebaptisés d’un nom russe, mais leur origine iranienne ne semble faire guère de doutes parmi les « experts de plateaux télévisés ».

Avec un certain culot, les puissances occidentales accusent Téhéran de violer on ne sait plus quel traité en vendant des armes à la Russie. Quand on voit les quantités astronomiques d’armes que le même Occident déverse sur l’Ukraine depuis des mois, on se demande s’il est bien sérieux d’utiliser les mêmes moyens de propagande que Moscou, et surtout à quoi cela sert-il ? Que la Russie soit réduite à aller acheter de l’armement à un pays en développement ne devrait pas forcément être une trop mauvaise nouvelle pour l’Occident. Prendre ensuite des sanctions contre la compagnie iranienne produisant ces drones comme l’ont fait les Occidentaux fait partie des règles du jeu. Mais critiquer un Etat iranien qui fait exactement la même chose que les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France et tous les autres, c’est-à-dire livrer des armes au belligérant pour qui on a pris parti : est-ce bien nécessaire ?

Le chaos après la bataille

Coco / Charlie Hebdo (20/09/2022)

La guerre d’Ukraine va bien se terminer un jour. On ignore quand. La seule certitude à ce jour est que l’ensemble Ukraine-Russie sera exsangue après la bataille et qu’il faudra des années, voir des décennies, pour redonner bonne figure à ces deux pays. Le chaos sera total et durable, sans parler des dommages collatéraux subis par le reste de la planète qui a pris parti pour l’un ou l’autre des belligérants.

Le désastre va être humain : on parle déjà de bilans à ce jour de 20 à 30 000 morts de chaque côté et la statistique militaire a l’habitude de multiplier le chiffre des morts par deux ou par trois pour estimer le nombre de blessés. Il sera aussi financier, et dans les grandes largeurs, pour reconstruire l’Ukraine et financer son Etat et les contribuables européens sont les meilleurs candidats pour assurer ce financement. Par ailleurs, il est plus que probable que les aides actuelles, budgétaires et en matériels militaires, ne seront jamais remboursées. Le chaos sera probablement aussi militaire, des quantités considérables d’armements, souvent sophistiqués, ont été déversés sur l’Ukraine et personne ne peut assurer que l’Etat ukrainien, ou ce qu’il en restera après la guerre, sera capable de contrôler ces équipements et d’éviter qu’ils ne soient un jour retournés contre leurs donateurs ou se retrouver dans les mains des mafieux de tous ordres qui pullulent à l’Ouest comme à l’Est.

Le chaos sera aussi politique tant l’Union européenne va être bouleversée par les suites de cette guerre et, notamment, par l’adhésion annoncée de l’Ukraine et de la Moldavie et celles des pays balkaniques occidentaux à venir déjà inscrits sur la liste (l’Albanie, la Macédoine du Nord et la Bosnie-Herzégovine, en attendant la Serbie, le Kosovo et le Monténégro). En cas de victoire ukrainienne on peut facilement imaginer la capacité de Kiev quand elle siégera à Bruxelles à se draper derrière le sang versé pour s’être battu « pour préserver l’Europe de la barbarie russe ». Qui osera s’opposer aux demandes de l’Ukraine dans les instances européennes ? Et même si les pays occidentaux de l’Europe avaient l’audace de le faire ils seraient rapidement emportés par la vague de l’Europe centrale et orientale. Et si l’Ukraine perdait la guerre, on ne sait pas encore bien ce qui adviendrait à l’Occident…

Pour la Russie le chaos semble aussi inévitable. Si elle perd la guerre il est probable que le président actuel et son clan seront déposés, voire éliminés, et qui sait qui les remplacera, ni quelles seront les réactions du peuple, des peuples de la Fédération ? Si elle gagne elle devra occuper une Ukraine ou une partie d’Ukraine dont un pourcentage de la population lui sera hostile comme le reste de l’Occident qui maintiendrait alors ses sanctions économiques.

Le mieux aurait été de ne pas faire cette guerre surtout que la Fédération de Russie est déjà le plus grand pays de la planète, quel besoin avait-elle de vouloir encore augmenter son territoire sinon pour satisfaire des égos surdimensionnés de dirigeants de rencontre préoccupés de laisser des traces dans une histoire qu’ils s’évertuent à réécrire avec le soutien plus ou moins affiché d’une partie de leurs citoyens ? Comme tout ceci est vain et inutile !

Lire aussi : Une première victoire de la Russie

Les poètes du Kremlin

Alice / Charlie Hebdo (06/07/2022)

Tout en nuance et subtilité, le fan-club du président russe s’est déchaîné ce 10 octobre comme l’illustrent ces trois publications sur le réseau dit « social » Telegram M. Kadyrov est le président de la République tchéchène qui est partie de la Fédération de Russie. Il est connu pour son idéologie islamiste et la brutalité avec laquelle il gouverne sa République. M. Medvedev est ancien premier ministre et ancien président de la Fédération de Russie, il est actuellement vice-président du conseil de sécurité russe.

Ces personnages font partie de l’aile nationaliste radicale russe. Ils sont investis de pouvoir et peuvent, un jour peut-être, se retrouver les interlocuteurs d’une future négociation entre la Russie et l’Ukraine… Ils sont sans doute représentatifs d’une frange de la population russe qu’on a du mal à évaluer mais qui exprime par leur intermédiaire des décennies de frustrations et d’échecs ainsi que la volonté féroce de ce pays de revenir sur le devant de la scène, quels que soient les moyens à utiliser pour parvenir à cet objectif.

La France, elle-même ex-empire en voie de décadence, vit avec son déclassement ou, tout au moins, essaye de le reconquérir (avec difficulté) par le développement économique et intellectuel plutôt que par « la politique du gourdin ». C’est probablement ce qui différencie la démocratie des dictatures. La bataille entre ces deux méthodes de gestion politique va probablement marquer le XXIème siècle. Le gagnant de ce combat de titans n’est pas désigné d’avance.

Ce populisme autoritaire qui fait flores en Russie est marqué par la libération de la parole de dignitaires dont on s’interroge sur le niveau intellectuel. Le président russe ou son ministre des affaires étrangères développent des théories, certes contestées, mais qui reposent néanmoins sur une rationalité propres et un raisonnement documenté. Les saillies de MM. Kadyrov ou Medvedev relèvent de la cour d’école et seraient risibles si elles n’engageaient pas l’avenir de tout un continent. Le populisme des temps modernes s’accompagne aussi d’un affaissement intellectuel de ses meneurs. Cette triste situation se constate aussi dans certains pays d’Europe, au Brésil et connut une apogée avec la présidence de Donald Trump aux Etats-Unis d’Amérique.

La Russie n’aime toujours pas l’Occident

Foltz/Charlie Hebdo (02/03/2022)

A l’occasion de la signature des textes légaux russe entérinant l’annexion de quatre régions de l’Est ukrainien à la Fédération de Russie le 30/09/2022, le président russe a prononcé un long discours dans une salle du Kremlin en présence de tout un aréopage de responsables russes ainsi que des quatre gouverneurs ukrainiens pro-russes des régions ayant demandé leur rattachement à la Fédération.

Ce discours montre une évolution de l’idéologie du Kremlin : d’une conquête de l’Ukraine pour la ramener dans le giron russe, seul cadre où « la véritable souveraineté de l’Ukraine est possible » (article signé Poutine de juillet 2021) la justification de la guerre évolue vers un conflit pour se défendre de l’agression de l’Occident (discours de Poutine du 30/09/2022). Peut-être la première justification n’a pas suffisamment convaincu et, devant le rejet de l’Ukraine (au moins de sa partie ouest) d’une tutelle russe, sans doute a-t-il fallu forger de nouveaux buts de guerre pour tenter de glorifier le combat mené par le Kremlin comme la lutte à mort pour la survie de la Grande Russie ?

Dans ce discours du 30 septembre, après avoir rappelé que les quatre régions annexées seront russes pour toujours, le président a rendu hommage aux héros morts au champ d’honneur et appelé aux valeurs immortelles de la Russie (culture, religion, traditions et langue). Puis il a consacré la majorité de son exposé à expliquer que l’Occident colonialiste attaque la Russie qui est donc fondée à se défendre les armes à la main.

The West is ready to cross every line to preserve the neo-colonial system which allows it to live off the world, to plunder it thanks to the domination of the dollar and technology, to collect an actual tribute from humanity, to extract its primary source of unearned prosperity, the rent paid to the hegemon.

L’attaque de l’Ouest porterait aussi contre la pensée russe en cherchant à l’annihiler.

They see our thought and our philosophy as a direct threat. That is why they target our philosophers for assassination. Our culture and art present a danger to them, so they are trying to ban them. Our development and prosperity are also a threat to them because competition is growing. They do not want or need Russia, but we do.

Le président russe rappelle que les Etats-Unis d’Amérique sont la seule nation à avoir utilisé l’arme nucléaire à deux reprises contre le Japon en 1945, créant ainsi un précédent, que les alliés ont rasé les villes allemandes de Dresde, Hambourg et Cologne, toujours en 1945, sans nécessité militaire autre que d’intimider l’Allemagne et le reste du monde, qu’ils continuent d’occuper l’Allemagne, le Japon, la Corée du sud, etc. La charge est lourde contre le monde anglo-saxon mais le reste du bloc occidental en prend aussi pour son grade, en étant qualifié au mieux de victime consentante, au pire de complice.

The truth has been drowned in an ocean of myths, illusions and fakes, using extremely aggressive propaganda, lying like Goebbels. The more unbelievable the lie, the quicker people will believe it – that is how they operate, according to this principle.

L’Occident n’est que dictature où des élites asservissent le peuple en un « pur satanisme ».

Let me repeat that the dictatorship of the Western elites targets all societies, including the citizens of Western countries themselves. This is a challenge to all. This complete renunciation of what it means to be human, the overthrow of faith and traditional values, and the suppression of freedom are coming to resemble a “religion in reverse” – pure Satanism.

Le président russe conclu son long discours par un cri du cœur :

Today, we are fighting so that it would never occur to anyone that Russia, our people, our language, or our culture can be erased from history. Today, we need a consolidated society, and this consolidation can only be based on sovereignty, freedom, creation, and justice. Our values are humanity, mercy and compassion.

The truth is with us, and behind us is Russia!

Certains faits historiques cités dans ce discours sont véridiques et mis à profit pour montrer combien la Russie est une blanche colombe éprise « d’humanité, de miséricorde et de compassion ». Tout ceci serait plus recevable si le Kremlin n’avait pas déclenché cette guerre préventive qui ennuie beaucoup de monde.

Mais depuis plusieurs siècles la Russie s’est mis beaucoup de pays à dos, et tout particulièrement ses voisins, en agissant contre eux avec la délicatesse d’un ours dans un magasin de porcelaine. Il semble que certains de ces voisins aient quelques doutes sur la capacité altruiste de « miséricorde et de compassion » de la Russie… Cette nouvelle croisade contre l’Occident serait plus entendable si la plupart des républiques indépendantes ex-soviétiques ne s’étaient pas jetées dans les bras de l’Occident dès qu’elles en eurent la possibilité après la dissolution de l’URSS provoquée notamment par la Fédération de Russie qui clama son indépendance contre l’URSS de Gorbatchev en 1991 en hissant le drapeau russe sur le Kremlin pour remplacer celui de couleur rouge siglé de la faucille et du marteau. Tout ceci serait plus cohérent si toute une élite russe avait investi ses milliards en Russie plutôt qu’à Londres et acheté des villas de rêve sur les rives de la mer Noire ou de la Baltique plutôt qu’à Nice…

Certes l’Occident pousse à l’occidentalisation du monde, mais il le fait généralement avec son soft power quand l’URSS ou la Fédération Russie mènent leur internationalisation au bruit des bottes puisque leur modèle socio-économique ne semble pas convaincre naturellement beaucoup de monde. C’est la différence de méthode qui fait aussi son acceptabilité par les pays concernés.

Il n’est plus temps de deviser sur les incohérences des modèles de l’Orient et de l’Occident, mais de mettre fin à cette guerre qui est en train de nuire considérablement à la planète, outre les milliers de morts qu’elle a déjà provoqués, sans parler des destructions massives exercées sur le territoire ukrainien dont, très probablement, les contribuables occidentaux « colonialistes et décadents » vont devoir financer la reconstruction. Pour le moment, personne n’a de bonnes idées pour la paix autre que la reddition complète du belligérant d’en face. Ces positions jusqu’auboutistes ne sont pas favorables à un règlement rapide de cette guerre d’un autre âge qui met le monde en péril.

Attaque sur le pont reliant la Crimée à la Russie

Une forte explosion a endommagé le pont de Crimée, reliant la Crimée à la Russie et construit par Moscou après son annexion de la péninsule. Accessoirement il est actuellement utilisé par les Russes se rendant en vacances en Crimée et par les convois d’armement russes allant approvisionner ses militaires combattant au Sud de l’Ukraine. L’attaque n’est pas formellement revendiquée à ce stade mais on peut raisonnablement supposer qu’elle est le fait de l’Ukraine.

Lire aussi : L’incroyable destruction du navire amiral russe en mer Noire

C’est de nouveau une mauvaise nouvelle pour la Russie qui voit ainsi attaquer un ouvrage qui voulait marquer symboliquement la « russité » de la Crimée, quelques jours après l’annexion de quatre nouvelles régions ukrainiennes par la Russie. Ce succès symbolique n’est pas sans rappeler la destruction du navire amiral russe en mer noire au début de la guerre. Il confirme les défaillances d’une armée russe qui se croyait pourtant invincible. Il est vrai qu’une simple analyse des budgets militaires suffit à déduire que la Russie est loin derrière les budgets occidentaux ou chinois. Sachant qu’en plus une partie des budgets russes d’armement semblent s’évaporer dans la corruption qui touche le pays, il n’y avait donc pas de raison de croire à la propagande de ce pays sur la force de son armée. Le problème, « son » problème est que même ses dirigeants semblent avoir cru à leur propre propagande et à l’invincibilité de leurs militaires. Comme ils pensaient par ailleurs que les Ukrainiens les accueilleraient en libérateurs et que le régime de Kiev tomberait comme un fruit mûr, le Kremlin a ouvert les hostilités il y a huit mois et cette guerre absurde se poursuit encore aujourd’hui…

Lire aussi : L’armée russe a ses limites

Ce matin, pour se venger de l’attaque du pont de Crimée, Moscou a envoyé un déluge de bombes et de missiles sur les villes ukrainiennes, y compris sur la capitale, ciblant des cibles civiles et d’infrastructures énergétiques. L’ours russe n’est pas encore complètement moribond et garde une forte capacité de nuisance. Le mieux aurait été de ne pas déclencher cette guerre mais maintenant qu’elle est en cours, on ne sait pas bien comment en sortir. La Russie se dit « attaquée par l’Occident » mais envoie ses missiles sur l’Ukraine qui, elle, ne veut rien céder de ses objectifs de reconquête de l’ensemble de son territoire dans ses frontières telles que reconnues par le droit international… Il va bien pourtant falloir un jour mettre un terme à cette folie guerrière.

La Russie annexe des territoires ukrainiens

Le Kremlin a organisé ces jours derniers des référendums dans les quatre régions ukrainiennes frontalières, déjà partiellement occupées par l’armée de Moscou, pour proposer le rattachement de celles-ci à la Fédération de Russie. Ces régions sont pour l’instant objet de combats plutôt violents entre les belligérants russes et ukrainiens. Elles sont habitées par des Ukrainiens pro-russes et des Ukrainiens antirusses qui, dans leur grande majorité ont fui ces régions et n’ont pas voté. Le résultat a donc été un oui franc et massif en faveur du rattachement à la Russie. Aussitôt dit aussitôt fait, et aujourd’hui les textes « légaux » ont été signés en Russie pour étendre le territoire de la Fédération à ces quatre régions. Il reste à les faire approuver par le parlement dans les jours à venir, ce qui ne devrait pas poser de difficultés. Venus à Moscou, les quatre gouverneurs Ukrainiens pro-russes qui ont demandé cette annexion se réjouissent de la voir se réaliser.

Bien entendu tout ce processus est parfaitement contraire au droit international malgré un vague vernis de juridisme avec référendums et textes de lois. Mais les pays autoritaires n’utilisent ce concept de « droit international » que lorsqu’il est à leur avantage et se font un malin plaisir d’en trahir l’esprit tout en respectant la lettre. A cet égard l’annexion d’une partie d’un territoire étranger par la Russie finalisée aujourd’hui est un modèle du genre.

L’une des difficultés de ce conflit, quoi que l’on en dise, réside dans le fait qu’une partie des citoyens ukrainiens résidant dans ces régions est prorusse, soutient le rattachement de leurs régions à la Russie et la transformation de leur nationalité ukrainienne en nationalité russe. Nous sommes en présence d’une espèce de guerre civile avec interventions étrangères soutenant chacune leur camp. Les accords de Minsk (deux protocoles successifs signés en 2014 puis en 2015) n’ont jamais été appliqués par des signataires qui n’en n’avaient pas vraiment la volonté. Outre un cessez-le-feu, ils prévoyaient, notamment, un statut d’autonomie pour deux des régions ukrainiennes sécessionistes, celles de Donetsk et de Louhansk avec une décentralisation des pouvoirs. Ces accords proposaient une solution moyenne qui prenait en compte la mixité des habitants de ces zones : russe et ukrainienne, même si les territoires eux-mêmes étaient reconnus comme ukrainiens par le droit international. De tels accords ne pouvaient fonctionner que si les parties y adhéraient. Ce ne fut pas le cas et la guerre a été lancée par la Russie. La où il aurait fallu de l’intelligence et de la diplomatie, on a privilégié l’obstination et la brutalité. Le résultat se constate aujourd’hui dans les tranchées et un regain de nationalisme propice aux dérives de tous ordres.

Fondamentalement cette annexion ne change pas grand-chose sur le terrain où une armée ukrainienne motivée (et armée par l’Occident) s’affronte à une armée russe à l’efficacité plus modeste que prévue. En revanche cette décision éloigne un peu plus la possibilité d’une paix négociée et accroit donc les risques d’une d’extension de la guerre en cours. L’Allemagne nazie avait annexé la région tchécoslovaque des Sudètes en 1939 pour « libérer les Allemands des Sudètes de l’oppression tchécoslovaque » ; il a fallu une guerre mondiale et 60 millions de morts avant que la région annexée ne soit restituée à la Tchécoslovaquie.

La Russie continue à nuire avec l’Occident, elle le fait avec efficacité et délectation, mais les combats continuent et l’escalade s’aggrave.

La Russie mobilise pour reconstituer son armée en guerre contre l’Ukraine

Confrontée à de sérieux déboires militaires et à quelques milliers de morts en son sein, l’armée russe semble reculer dans son invasion de l’Ukraine. Pour reconstituer ses forces, le président russe a annoncé une mobilisation « partielle » de ses citoyens, limitée à ceux ayant des compétences militaires, bref, la réserve. Le chiffre de 300 000 nouveaux soldats est avancé mais cette mobilisation déclenche des vagues d’émigration de citoyens russes mobilisables qui s’enfuient pour se mettre à l’abri dans d’autres pays. Cela rappelle les flux de jeunes américains qui, dans les années 1970, fuyaient leur mobilisation, notamment au Canada voisin, pour éviter d’aller guerroyer au Vietnam.

Evidemment, cette mobilisation n’est pas excessivement populaire ni auprès des populations urbaines favorisées de Moscou et Saint-Pétersbourg qui ont les moyens de s’exiler pour fuir la conscription, ni auprès de populations des Républiques dites « périphériques » qui contribuent à constituer la « chair à canon » beaucoup plus que proportionnellement à leur nombre, comme les afro-américains et les latinos allaient plus faire la guerre du Vietnam sous la bannière étoilée que les WASP des universités de la côte Est.

Il n’en reste pas moins que la mobilisation, même partielle, est une étape de plus vers une guerre généralisée et ce n’est pas un bon signe.

Décès de Mikhaïl Gorbatchev

L’ancien et dernier président de l’Union soviétique Mikhaïl Gorbatchev (1931-2022) est mort le 30 août dernier à Moscou. Alors que la Russie successeur de l’Union soviétique (URSS) est empêtrée au milieu d’une guerre contre l’Ukraine ce décès est passé plutôt inaperçu dans l’actualité brûlante de ce pays asiatique. Le pouvoir du Kremlin et la frange nationaliste russe qui le soutient considèrent le défunt comme le fossoyeur de l’URSS et de la puissance de Moscou.

En réalité la dislocation de l’URSS a plutôt été provoquée par le russe Boris Eltsine en 1991 qui déclara la souveraineté de la Russie, s’opposa au putsch des généraux russes conservateurs qui voulaient déposer Gorbatchev et interdit les activités du Parti communiste d’Union soviétique sur le territoire de la Fédération de Russie dont il a fait hisser le drapeau sur les bulbes du Kremlin pour remplacer le drapeau rouge orné de la faucille et du marteau chers à Lénine.

Qu’importe que ce soit l’un ou l’autre, l’URSS était à bout de souffle et aucun dirigeant sans doute n’aurait pu la maintenir en vie. L’effondrement était économique, politique et idéologique. L’idéal de la « dictature du prolétariat » avait sombré depuis longtemps dans l’esprit des soviétiques comme de leurs soutiens à l’étranger, l’évidence de la dictature totale exercée par le Parti était apparue à tous. Bref, la fin était proche.

On apprit par la suite que Gorbatchev avait vainement tenté d’obtenir une aide économique et financière des pays occidentaux pour essayer de sauver l’URSS du désastre. Le mur de Berlin était tombé, les pays d’Europe de l’Est, ex-satellites soviétiques se carapataient vers l’Ouest. Sa seule décision majeure fut de ne pas faire sortir l’Armée rouge de ses casernes pour tenter de maintenir l’URSS contre ses propres membres qui voulaient la détruire. L’aide occidentale fut refusée et n’aurait sans doute pas beaucoup changé le destin de ce conglomérat fictif de républiques soviétiques. Mis à part quelques nostalgiques, dont le Parti communiste soviétique, personne n’a vraiment semblé s’attrister à l’époque de cette fin peu glorieuse de l’URSS, ni à l’intérieur, ni à l’extérieur.

Hélas, la Fédération de Russie fut ensuite livrée à la voracité d’oligarques qui en ont pillé les biens publics vendus à l’encan dans un processus de privatisation sauvage. L’ouverture démocratique fut bien vite refermée après l’ère Eltsine, le pays fut transformé en émirat pétrolier, négligeant son développement économique. L’Etat russe retourna progressivement à ses sirènes dictatoriales sous la botte d’une clique de dirigeants issus de ses services de sécurité qui réécrivent l’Histoire et s’éloignent de l’Occident.

Gorbatchev était le coupable tout désigné pour assumer la responsabilité de ces échecs. Le président Poutine fut désigné comme le seul sauveur capable de redonner à la Russie son lustre d’antan. Il n’est pas vraiment sûr qu’il emploie actuellement la bonne manière pour y parvenir !

La retraite de Russie ?

Alors que la guerre se poursuit entre la Russie et l’Ukraine, les forces de Kiev ont lancé une contre-offensive depuis quelques jours qui semble rencontrer un franc succès devant des forces russes à la dérive à tel point qu’une reconquête des territoires ukrainiens occupés semble maintenant concevable. Même les médias officiels et quelques dirigeants russes conviennent de l’échec de leurs troupes, évoquant à demi-mots des erreurs stratégiques de leur gouvernement. Il convient sans doute de ne pas se réjouir trop vite tant la Russie a des ressources et la volonté de nuire à l’Ukraine et à l’Occident mais elle ne s’avance pas depuis six mois que dure cette guerre vers une franche et nette victoire.

Evidemment, sans trop triompher publiquement, tout le monde se réjouit à l’Ouest de voir l’ours russe trébucher dans son invasion de l’Ukraine. Tout le monde se rassure en Occident de constater que l’armée russe supposée invincible et de haute technologie trébuche sur les rives du Dniepr. Tout le monde ne peut que constater que les armes occidentales fournies en masse à l’Ukraine sont plus dommageables que celles d’en face.

Localement le Kremlin est toujours soutenu par un fan-club d’ultranationalistes comme l’ancien président Medvedev très disert sur Telegram :

L’avenir est incertain, le président russe commençant à être mis en cause intérieurement va sans doute devoir réagir pour sauver son poste, voire sa tête. Sans doute l’invasion de l’Ukraine a été le pas de trop de la Russie après ses invasions « réussies » de la Transnistrie (1992), la Géorgie (2008), de la Syrie (2013), du Donbass et la Crimée (2014), sans doute la Russie a eu les yeux plus gros que le ventre en s’attaquant à son « frère » ukrainien.

La Russie n’a pas dit son dernier mot dans cette volonté de puissance et de nuisance qui l’anime depuis des siècles. On reste confondu de constater comment la décision d’un clan de quelques individus enfermés derrière les murs du Kremlin, étouffés par leurs égos, peut à ce point bouleverser durablement la situation du monde, dans son économie et sa géopolitique. Cela rappelle aussi a contrario, pour ceux qui en doutent, l’un des mérites des démocraties dont les institutions rendent improbables de telles folles et mortifères décisions.

A suivre…

La Russie et ses nouveaux amis

Biche / Charlie Hebdo (27/04/2022)

La Russie organise en ce moment un Forum économique oriental (Eastern Economic Forum) à Vladivostok dans l’extrême orient russe. Le président russe y accueille certains de ses partenaires comme le Myanmar (ex-Birmanie), l’Arménie, la Mongolie, la Chine, l’Inde, la Malaisie ou le Vietnam.

Le président Poutine a fait un discours d’accueil et est bien sûr revenu sur les effets de la guerre encours dont il fait porter la responsabilité à l’Occident :

I am referring to the Western sanctions frenzy and the open and aggressive attempts to force the Western mode of behaviour on other countries, to extinguish their sovereignty and to bend them to its will. In fact, there is nothing unusual in that: this policy has been pursued by the “collective West” for decades.

What I am saying is, many European countries today continue to act as colonisers, exactly as they have been doing in previous decades and centuries. Developing countries have simply been cheated yet again and continue to be cheated.

Russia is coping well with the economic, financial and technological aggression of the West. I am talking about a real aggression; there is no other word for it. Russia’s currency and financial market has stabilised, inflation is going down, as I have already mentioned, and the unemployment rate is at an all-time historical low of less than 4 percent. The assessments and forecasts of our economic performance, including by businesspeople, are more optimistic now than in early spring.

It is important for Russia that the economy of the Russian Far East grows together with Asia Pacific economies, that this region provide modern living conditions, boost people’s incomes and well-being, and that it create high-quality jobs and cost-effective production facilities.

Etc, etc, etc.

http://en.kremlin.ru/events/president/news/69299

M. Poutine décline ensuite longuement les réussites économiques de l’Asie, dont celles de la Russie, les difficultés que l’Occident est en train de s’infliger en soumettant la Russie à des sanctions et les avantages mutuels dont la Russie et l’Asie vont bénéficier en coopérant désormais ensemble. L’avenir dira si les nouveaux amis de Moscou investissent suffisamment pour remplacer les anciens que sont les occidentaux qui ont cessé tout investissement en Russie et même poussé nombre de leurs entreprises à y désinvestir en fermant leurs filiales locales.

La semaine prochaine une rencontre entre les présidents Russe et Chinois aura lieu dans le cadre d’un sommet de l’Organisation de coopération de Shangaï à Samarcande en Ouzbékistan. Moscou se détourne de l’Europe pour se tourner vers l’Est. C’est une page qui se tourne et sans doute pour longtemps. Personne ne sait bien aujourd’hui si ces nouvelles alliances seront bénéfiques. Elles auront au moins le mérite de la clarté : les démocraties libérales basées sur le droit d’un côté, les régimes autoritaires fondés sur un parti ou un dictateur de l’autre. Les dernières illusions d’un monde réconcilié et mondialisé post-guerre froide sont en train de tomber.