Sortie : 1954, Chez : Librairie Gallimard.
Henry de Montherlant (1895-1972) fut un écrivain prolifique du XXe siècle, auteur de romans, d’essais et de pièces de théâtre, issu d’une famille de la bourgeoisie de l’Ancien Régime, anoblie au XVIIe. Sa vocation d’écrivain lui est apparue à l’adolescence. Blessé durant la première guerre mondiale il s’élève contre le défaitisme qui s’empare de certains dirigeants français alors que la seconde se profile à l’horizon pour laquelle il est réformé par suite de ses blessures de 1918. Il suit la bataille de France de mai-juin 1940 comme journaliste. Après la Libération il est accusé de collaboration pour avoir commis quelques textes un peu métaphoriques sur « l’amitié chevaleresque entre vainqueur et vaincu ». Son dossier sera classé sans suite par les tribunaux d’épuration. Porté par son admiration pour le monde antique il se consacre ensuite à sa vocation d’écrivain et une œuvre tournée vers le bien et le mal. Il se suicide en 1972 alors qu’il devenait progressivement aveugle et sans doute perturbé dans sa vie affective du fait de son homosexualité, pas facile à assumer à l’époque.
« Les Célibataires » raconte la vie de deux aristocrates, l’oncle et le neveu, tout entier centrés sur eux-mêmes et leurs petits tracas. Nous sommes dans l’entre-deux guerres à Paris, boulevard Arago. Ils ne travaillent pas et se débattent dans des soucis d’argent, la fortune familiale ayant été consommée depuis longtemps. Heureusement un frère de l’oncle a réussi dans les affaires et comble les trous béants laissés dans le budget des deux premiers, amplifiés par leur refus de mener toute activité rémunératrice que ce soit. Ils ne vont quand même pas se mettre à travailler pour vivre comme les roturiers ! Alors Montherlant décrit par le menu détail l’ordinaire inintéressant et répétitif de cette noblesse désargentée qui ne se remettrait en cause pour rien au monde.
La narration de ce monde à la dérive est minutieuse et jouissive. Montherlant prend à malin plaisir à insister sur les petits riens des vies et des pensées de ces deux aristocrates sur le retour. Ils sont acerbes entre eux deux, insignifiants par dessus tout et, bien sûr, venimeux contre l’oncle qui les supporte financièrement. Il n’y a rien de bon dans le cœur de ces célibataires sinon la méchanceté qui les fait survivre. Le narrateur est habile dans la cruauté avec laquelle il écrit sur ce monde qui se dissout. Nous sommes dans la littérature du début du XXe siècle, un temps où le style était fin et soigné. Montherlant fut un des maîtres de cette époque.



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