« Dîtes-lui que je l’aime » de Romane Bohringer

Romane Bohringer, actrice-réalisatrice, fille de Richard, acteur déjanté, et d’une femme métisse franco-vietnamienne née à Saïgon durant la guerre, Maggy, abandonnée sur place à une famille française (dont le père, militaire, a lui-même été abandonné) qui l’amènera plus tard en France ou elle rencontre Richard avant d’abandonner Romane qui sera élevée par son père, de mener une vie de bohème et de fuir dans l’héroïne dont elle mourra alors que sa fille a 14 ans.

Romane a lu le livre écrit par Clémentine Autain, élue d’extrême gauche tendance écologique-féministe, fille de la comédienne Dominique Laffin, décédée à 33 ans (Clémentine avait 12 ans), prise dans différentes addictions dont l’alcool. La première décide de tourner un film sur ce livre et d’y faire jouer la seconde, tout en interprétant elle-même son propre rôle.

Ce film est conçu comme un récit dialogué entre ces deux femmes, adultes, qui se retournent sur leur enfance, leurs mères respectives et le traumatisme commun de leur « abandon ». Dans une scène avec sa psychothérapeute Romane dit d’ailleurs de sa mère : « elle ne m’a pas abandonnée, elle est partie… » Quelle que soit la façon de qualifier cet acte, départ, mort ou abandon, ces deux femmes ont connu dans les premières années de leur vie ce terrible sentiment d’aimer une mère qui n’est plus là. Le scénario voit Romane et Clémentine plonger dans ce passé émouvant et mystérieux en se penchant sur des photos et des films super-8 de la vraie-vie, en provoquant des rencontres avec des personnes qui ont connu ces mères absentes, toutes deux investies d’ambitions créatrices que leurs addictions les empêcheront de réaliser. Romane va même découvrir que Maggy avait eu des jumeaux avant de rencontrer Richard Bohringer, abandonnés eux aussi… On les retrouve dans ce film qui mêle la réalité avec des scènes de fiction, avec un même fil directeur : l’émotion un peu désespérée de cette recherche de leurs mères pour se colleter avec leurs absences prépondérantes et intolérables. Elles s’interrogent pour savoir s’il faut admirer, regretter, haïr ou plaindre ces Mamans défaillantes, belles et artistes. Elles n’empruntent heureusement aucune de ces voies mais choisissent plutôt d’aller à leur rencontre pour savoir qui étaient-elles et ainsi apaiser leur tourment commun. Romane, qui a deux enfants, fait jouer son jeune garçon dans le film en lui confiant un rôle ironique d’enquêteur sur sa grand-mère et conclue : « avec eux, j’ai cassé cette succession d’abandons dans la famille ».

C’est un film émouvant à la mise en scène originale, mêlant fiction et, surtout, réalité. Un scénario un peu touffu tant les histoires individuelles et les sentiments communs s’entremêlent, il faut suivre. Mais une belle façon de transcender l’absence en criant « je vous aime » aux absentes.