Magazine – 1979/05/13 – Paris le Palace

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Le groupe Magazine explose ce soir au Palace, mené par un Howard Devoto troublant. Co-fondateur en 1976 d’un des groupes phares du mouvement punk, Buzzcoks, avec son ami d’université Pete Shelley, ils assurent alors les premières parties des Sex Pistols, des Smiths, des Clash… Nous sommes au chœur de l’ouragan punk qui secoue le Royaume-Uni et touche déjà le continent.

Devoto les quitte assez rapidement pour fonder Magazine en 1977, avec le guitariste John McGeoch. Leur premier hit, Shot by both sides, encore co-écrit avec Pete Shelley devait être joué initialement par les Buzzcocks, il figure finalement sur le premier disque de Magazine : Real Life, un bijou post-punk mêlant des ritournelles de synthétiseur sur la guitare agressive de McGreoch. Le résultat est un mix d’énergie et de sonorités mi-joyeuses mi-glaçantes, un peu de sophistication dans le monde brut et un peu primaire du punk. C’est du meilleur effet.

Ces deux-là sont présents ce soir avec le reste du groupe : Dave Formula (claviers), Barry Adamson (guitare bass) et John Dole (batterie). Ils viennent de sortir leur second album Secondhand Daylight et démarrent le show sur le majestueux Back to Nature avec sa lourde et menaçante intro de piano.

Back to nature
I can’t go on like this
I want to walk where the power is
Back to nature
I don’t know where to start
Back to nature
I don’t have that kind of heart…

Howard, mince, une veste claire sur une chemise noire au col fermé, le front dégarni, chante fébrilement, habité par sa musique. Sur le devant de la scène il est éclairé par des spots blancs à ses pieds lui donnant des airs de Nosferatu parisien. Formula est installé en arrière de la (petite) scène, un peu surélevé et penché sur ses claviers. McGeoch est un immense guitariste dont le jeu est une partie de l’âme des Magazine.

Le show se poursuit avec Definitive Gaze et nous plongeons dans le monde fascinant de Devoto parfaitement exprimé dans les deux premiers disques d’exception de ce groupe marquant. Au sortir de la musique un peu primaire et brutale des punks il a su rebondir et introduire des claviers et des solos de guitare dans l’univers post-punk qu’il a contribué à créer en cette fin des années 1970. Parfois accusé de crime de lèse-majesté pour une telle outrecuidance, même taxé de rock-progressif (une hérésie !), il a mené son chemin pour arriver à une parfaire synthèse sans abandonner l’énergie ni le nihilisme du punk. Un exploit qui régale les spectateurs ce soir.

Magazine au Palace, c’était le concert qu’il ne fallait surtout pas manquer.

Ecrit en 2025