Le peintre David (1748-1825) est exposé au musée du Louvre, un cadre qui correspond bien au style monumental de ses toiles et de ses toiles. On connait le célèbre et gigantesque tableau du couronnement de Napoléon où le « modeste » corse se coiffe lui-même de la couronne impériale devant le pape un peu dépité et Joséphine en pamoison, le tout dans la pourpre et les ors de l’Empire en 1804 à Notre-Dame de Paris. Celui de Marat trempotant, mort, dans sa baignoire après avoir reçu le coup de couteau mortel de Charlotte Corday en 1993 (l’original et deux copies réalisées par les élèves de David avec son autorisation sont présentés, l’original est reconnaissable par sa dédicace « A Marat » peinte sur la caisse en bois servant d’écritoire). Elle commit ce geste pour protester contre la violence sanguinaire et délirante qui avait saisi les révolutionnaires dont Marat était le tribun. Et on retrouve bien sûr également la toile « Bonaparte [alors premier consul] franchissant le Grand-Saint-Bernard » sur son fougueux cheval blanc.

D’autres toiles sont plus classiques, tournées vers l’antiquité, comme « Les Sabines » et « Le serment des Horaces », inspirés par plusieurs séjours qu’il fit à Rome. Tout ceci est un peu grandiloquent mais révèle un style flamboyant et un vrai talent de dessinateur hyperréaliste. Il a aussi utilisé son art pour traverser la politique de son temps. David fut un artiste engagé, pas toujours pour les bonnes causes. Ami de Robespierre et de Marat durant la Révolution après avoir fréquenté et peint les aristocrates sous la Monarchie, républicain convaincu il se fait élire à la Convention en 1992 d’où il vote la mort du Roi Louis XVI, puis peint les « martyrs » de la Révolution, dont Marat dans la célèbre toile de la baignoire. Il prend une part active au « travail » du « Comité de la sûreté générale » en cosignant nombre de décrets d’arrestation de « contre-révolutionnaires ». Bref, un personnage engagé dans la Révolution ce qui lui valu quelques comptes à rendre à la fin de celle-ci et il put méditer sur ses compromissions durant les quelques mois passés en prison avant d’être remis en liberté avec un non-lieu prononcé en 1796.

Il rebondit en marquant sa déférence à Bonaparte qu’il rencontre en 1796 et dont il sera le portraitiste officiel, avant de devenir « Premier peintre de l’Empereur ». A la fin de l’Empire en 1815 David reste fidèle à l’Empereur, s’exile en Belgique, y continue son œuvre et meurt en 1825.
Si les convictions politiques de David ont été mouvantes (et pas très sympathiques), son talent fut permanent et grandiose, celui d’une époque sanglante.

