« L’Agent secret » de Kleber Mendonça Filho

Ce beau film sorti en ce mois de décembre a gagné quelques prix au dernier festival de Cannes. Il raconte les péripéties vécues par un chercheur dans les années 1970 alors que le Brésil est sous la dictature militaire du président général Ernesto Geisel (1907-1996), d’origine allemande, dont le portrait est affiché dans nombre de lieux publics dans le scénario comme il l’était à l’époque. Le pays est alors engagé avec d’autres dictatures sud-américaines et les Etats-Unis d’Amérique, contre la « subversion communiste » et les moyens employés dans cette lutte sans merci sont violents et fort peu démocratiques.

Nous sommes à Recife, au Nord-Est du pays, au cours du carnaval où tout est permis. Marcello tente d’y refaire sa vie sous une fausse identité, et d’y retrouver son fils élevé par ses grands-parents maternels par suite du décès de la mère. Mais il est pourchassé pour « gauchisme » par toute une clique d’affairistes associés à des malfrats, avec la bénédiction du pouvoir politico-militaire, qui vont lui réserver un sort peu enviable.

Le film qui dure 2h40 est tourné dans le monde coloré d’un Brésil populaire où chacun essaye de vivoter dans un environnement de contraintes. Alors il y a les purs qui combattent pour la liberté, les incertains qui font ce qu’ils peuvent, les corrompus qui profitent et les idéologues qui veulent soumettre et briser tout ce qui ne va pas dans leur sens. Marcello affronte avec courage les affres de la clandestinité et la peur des menaces. Il tente de survivre dans un monde de requins et d’assassins, et, surtout, de poursuivre son combat pour la liberté en essayant de ne pas trop mettre en péril ce qu’il lui reste de tendresse familiale.

On a l’impression que les acteurs sont issus de ce peuple bigarré, avec ses imperfections et ses faiblesses. Ils rendent en tout cas une image réaliste de l’incroyable melting-pot qui fonde le Brésil, encore aujourd’hui. Près de 50 ans plus tard on croyait la dictature militaire rangée au rang des mauvais souvenir mais un ancien militaire, Jair Bolsonaro, glorifiant cette époque, est revenu au pouvoir par la voie des urnes en 2018 avant de perdre les élections présidentielles en 2022.

La morale insufflée par Kleber Mendonça Filho est que la démocratie n’est jamais une situation acquise pour toujours et que la liberté est loin d’être une notion universelle. Une morale à méditer par les temps qui courent.

Un très beau film.

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