L’indulgence dont bénéficie le monde rural

Les acteurs du secteur agricole français bénéficient d’une indulgence significative des pouvoirs publics comme des citoyens. Alors qu’ils sont désormais largement minoritaires (environ 390 mille personnes selon les Chambres d’Agriculture sur une population de 67 millions) ils peuvent se permettre de répandre du fumier dans les cours des préfectures, saccager les immeubles de perception des impôts, bloquer les routes, faire annuler des lois qui les gênent… sans encourir les foudres ni de la justice, ni des citoyens. Les dernières semaines ont confirmé l’impunité dont bénéficie cette corporation en opposition au protocole de lutte sanitaire contre une épidémie touchant le cheptel bovin ou contre le traité Mercosur instaurant le libre-échange entre l’Union européenne et quatre pays d’Amérique latine.

Leur capacité de nuisance est importante et sans commune mesure avec l’importance socio-économique de ce secteur. Du fait de leur popularité, les autorités renoncent d’emblée à leur appliquer la loi ou à les brutaliser pour rétablir l’ordre quand ils le dérangent. Cette corporation agricole n’est d’ailleurs pas complètement unifiée. Sur le traité de libre-échange du Mercosur, les producteurs de vin par exemple ont intérêt à ce traité alors que les éleveurs redoutent cette nouvelle concurrence. Mais à l’intérieur du secteur lui-même aussi, ceux qui crient le plus fort annihilent les réactions de ceux qui ne craignent pas le libre-échange du Mercosur et qu’on n’entend pas.

Cette inégalité de traitement est sans doute en partie due au passé rural de la France qui a forgé son identité au cours des siècles passés et qui imprime encore les mentalités françaises. Et puis les paysans hexagonaux sont auréolés de la réputation de « nourrir les français » ce qui les innocente a priori de toutes leurs dérives. Les secteurs de l’industrie ou des services sont bien moins favorisés par l’opinion publique qui veut « taxer Bernard Arnault » mais ne s’intéresse pas aux fortunes de certains céréaliers ou de certains producteurs de vin 1er cru, certes moins importantes que celle du patron du luxe mais néanmoins significatives.

Voilà au moins une inégalité flagrante, celle dont bénéficie les agriculteurs dans l’opinion et auprès des pouvoirs publics, qui est plébiscitée par le peuple, c’est déjà ça.