Simple Minds – 2006/03/15 – Paris l’Olympia

Les Simple Minds sont à l’Olympia ce soir. Ces musiciens écossais ont bâti leur succès européen des années 80/90 en mixant un progressisme flamboyant avec un rock pur et des textes inspirés. Loin d’être aussi simples d’esprit que ne l’indique leur nom soufflé par le Jean Genie de David Bowie (« He’s so simple minded he can’t drive his module/ He bites on the neon and sleeps in a capsule/ Loves to be loved, loves to be loved/ The Jean Genie lives on his back »), ils ont mené une carrière à succès à une époque où l’harmonie et la composition faisaient jeu égal avec le rythme dans le cœur des spectateurs et des critiques. Et l’on se souvient des ritournelles élégamment ciselées qui ont déboulé sur les platines des disc-jockeys des boîtes de nuit des étés de la fin des 80s : Don’t You Forget About Me, New Gold Dream, Love Song… servies jusqu’à plus soif sur fond de clips vidéo superbes où se mêlaient les grand espaces de l’Ecosse et la gestuelle si particulière de Jim Kerr. C’était rafraîchissant comme une vodka-orange dans la chaleur d’une nuit tropicale, vertigineux comme la pleine lune illuminant un ciel d’encre. Et l’on en a abusé au hasard des passages dans les festivals où nos musiciens ont joué leur musique dans les arènes romaines du sud de la France, mêlant l’histoire de ces lieux avec la modernité de leur démarche, dévorés par ce plaisir musical qui tendait à la magie. A l’époque, l’inoubliable choriste Robin Clark partageait leurs tournées ajoutant ses vocalises à l’incroyable amplitude de la voix de Kerr.

Nous sommes quelques temps plus tard, le dernier succès remonte à une dizaine d’années, c’était en 1995 avec Good News From the Next World. Depuis, à défaut des chroniques rock, Jimmy a fait la une des journaux en divorçant de Chrissie Hynde (The Pretenders) avec laquelle il formait le couple musical le plus glamour qui soit, pour épouser Patsy Kensit, une blondasse hollywoodienne que tous les fans ont immédiatement et définitivement détestée pour avoir détourné l’ange écossais de son égérie rock. La harpie l’a d’ailleurs rapidement zappé pour poursuivre son entreprise de séduction de tous les rockers de la place de Londres, tâche dans laquelle elle rencontra d’ailleurs un franc succès.

Et nous sommes encore là ce soir pour un passage de Simples Minds à Paris, les tripes nouées par l’émotion en attendant l’entrée en scène de nos funambules inspirées. Ils démarrent sur Stay Visible et enchaînent avec Home, au milieu duquel… la sono explose. Les temps ne sont plus ce qu’ils étaient ! Mais après quelques bricolages tout revient dans l’ordre et le groupe nous replonge dans un passé fulgurant, entrecoupé de ses dernières créations, avec Hypnotised, Someone-Somewhere-in-Summertime, New Gold Dream, Book of Brilliant Things, Waterfront, Don’t you Forget About Me, Big Sleep, Alive and Kicking, A Life Shot In Black And White, Kiss The Ground et d’autres.

La formation est dépouillée comme le décor. Les historiques : Jimmy, Charlie Burchill aux guitares et Mel Gaynor à la batterie sont accompagnés pour la circonstance d’un bassiste et d’un clavier. Jim Kerr déploie toujours une présence charismatique même si la voix est un peu moins posée, les aigus plus difficiles à atteindre, mais la joie de cette musique si généreuse est toujours là. Il a besoin de se rassurer et demande un peu trop souvent au public s’il va bien avec un accès écossais épais comme le brouillard d’un matin d’hiver sur les Highlands. Charlie Burchill reste un fidèle maestro, accroché aux manches de ses guitares surlignant à loisir la voix de son partenaire par un foisonnement de notes irréelles et éthérées. Et le public vibre à l’unisson à chacun des rappels de ce brillant passé :

Somewhere there is some place, that one million eyes can’t see/ And somewhere there is someone, who can see what I can see/ Someone, Somewhere In Summertime !

Le show se termine sur Dolphins, une ode à la planète Terre et les habitants magiques de ses océans : Dolphins look around/ And then the dolphins drag me down/ And when it looks though the world just in/ Dolphins drag me down/ Drag me down, qui clôt également leur dernier disque Black And White et dont le clip vidéo est une succession de vues prises de la navette spatiale : une grande beauté, beaucoup d’innocence et de sombre pureté. Alors que les dernières nappes de claviers achèvent de se retirer tel l’océan qui reflue sur l’infini, les lutins tirent leur révérence sur un « You’re a wonderful audience », ce qui est la plus pure vérité car nous sommes en plus un vrai public de fidèles, pour toujours et à jamais.

Deux rappels enflammés achèvent une bonne soirée musicale nostalgia qui manqua un peu de l’émerveillement qui fut le nôtre il y a vingt ans devant l’inspiration de Once Upon A Time.

 

AUSTER Paul, ‘Trilogie New-Yorkaise’.

Les histoires sinueuses de personnalités qui s’épient et se pourchassent, se fuient et se croisent, écrivent et se cachent. La complexité des histoires se mêle à la souplesse narrative d’un écrivain qui se joue de son lecteur pour l’emmener où lui seul a décidé de le conduire : un dénouement haletant.