Emilie Simon – 20100702 – Paris la Cité de la Musique

C’est l’été qui annonce la saison des festivals pour notre grand bonheur. La Cité de la Musique nous offre une très jolie programmation pour son Days Off.

Emilie Simon fait l’ouverture ce soir. Exilée aux Etats-Unis elle a publié The Big Machine l’an passé, un agréable disque qu’elle va jouer ce soir dans la salle de Pantin. Habillée d’une robe verte à paillettes, collant noir, béret vert rétro avec pétales de fleur en flèche, une longue natte sur le coté, les épaules façon boa et toujours son appareillage électronique sur le bras gauche comme une armure style Mad Max qui lui permet de mixer sa voix. Elle est installée derrière un clavier délicatement décoré bois et dorures, avec une pieuvre naïve face aux public, et nombre d’excroissances d’appareillages électroniques variés. Un platineur-percussionniste, un batteur, un bassiste et une percussionniste (avec de drôles d’instruments) l’accompagnent, mais elle occupe définitivement le centre de la scène.

Le DJ ouvre le show seul avec un set de percussions délivré à partir d’une bonbonne à eau minérale sonorisée, il faut quand même inventer un tel instrument… et nous ne seront pas au bout de nos surprises technologiques ! Emilie et les autres se mettent en place alors que les derniers effluves sonores de la bonbonne se dissipent dans l’atmosphère et là, et là, et là… laissez vous porter par le charme qui fait immédiatement succomber la salle entière.

Emilie joue les morceaux de The Big Machine dans un charmant concert électro-pop, énergique et subtil. Sa voix est merveilleuse, à la fois sucrée et agile, tendre et virtuose. Elle monte en octaves avec une incroyable souplesse de diva. Ses compositions sont toutes en ruptures : les tonalités changent soudainement alors que s’envolent ses trémolos ; les mesures se brisent sur le mur des boîtes à rythmes ; l’électronique fait se mouvoir et superposer les sons étranges. Un light show intelligent donne à l’ensemble une touche de magie venue des galaxies.

Et lorsque s’éclipsent les musiciens elle s’empare d’une guitare acoustique et à défaut de pied de micro s’agenouille devant un spectateur du premier rang qui lui tiendra le micro à bout de bras pour chanter la très bouleversante Fleur de Saison : Condamnée chaque année à l’amnésie/ …Dès les premières lueurs d’octobre/ En tout bien tout honneur/ Je sombre/ Oh le temps a tourné je compte les pousses des autres fleurs de saison/ Je ne sortirai pas encore de la mousse pas plus qu’une autre fleur de saison.

Pour le premier rappel, assise devant le piano à queue elle reprend deux très beaux morceaux de La Marche de l’Empereur avec un percussionniste invité qui répartit d’improbables objets sur le bois noir réfléchissant du Pleyel pour en extraire des sons venus d’un autre Monde, et Kira Kira (Islandaise contemporaine qui a fait la première partie) qui superpose ses vocalises vocodées sur cette musique majestueuse.

Après les derniers saluts et embrassades avec tous ses musiciens, Emilie seule sur la scène nous envoie baisers virevoltants et mercis stridents, avant de nous laisser enchantés et déjà frustrés de sentir le plaisir éphémère de cette soirée se dissoudre lentement dans nos neurones qui gardent l’image d’une Emilie délicieusement artiste, adorablement superficielle, définitivement électro, instantanément romantique. Comme la pieuvre rieuse qui décore le clavier, elle a lancé ses bras multiples qui nous ont entourés, caressés, effleurés, sans rien accrocher, diffusant juste le glissement du plaisir sur notre peau électrisée.

Au piano, à la guitare, aux machines bizarres, elle place sa voix merveilleuse et agile au-dessus de tout avec un enthousiasme sans borne et, telle une Marlène bionique, a enchanté la Villette ce soir pour le lancement de ce sympathique festival Days Off.

 Kira Kira fait la première partie, venue d’Islande.