La Centrafrique toujours à la pointe de la dévastation

Alors que se profilent des élections présidentielles en République centrafricaine demain 27 décembre, cette perspective démocratique a réussi à liguer contre elle tous les mouvements d’opposition, ce qui est une performance jamais vue auparavant. Même les mouvements qui se sont massacrés ces dernières années comme les « Balaka » (musulmans) et « anti-Balaka » (non-musulmans) sont maintenant dans le même camp pour refuser l’élection. Opposition dans ce pays veut dire « kalachnikovs plus pillages », et elle s’en donne à cœur joie depuis quelques semaines, d’où un sérieux regain de violence. Trois casques bleus de la force des Nations Unies viennent de le payer de leur vie au centre du pays.

L’opposition accuse le président actuel de se préparer à frauder l’élection pour être réélu au premier tour. C’est sans doute vrai tant la notion même d’élection est surréaliste dans un pays qui est si loin de valeurs que l’on appelle « démocratiques ». Hélas, la communauté internationale qui porte à bout de bras la Centrafrique ne sait pas proposer autre chose. Une simple tentative d’accès aux sites Internet de la présidence et de la primature suffit à comprendre l’ambition démesurée de vouloir instaurer la « démocratie » : ils ne sont plus actualisés depuis 2016…

La seule alternative serait de laisser parler les armes mais chaque fois que cette solution a commencé à être mise en œuvre par les « forces vives » du pays, elle a été interrompue par l’extérieur : la France, la Russie, l’ONU, les ONG ou toutes sortes d’organisations voulant préserver les populations civiles. On ne sait donc pas ce qu’elle pourrait donner à long terme, sans doute un pays sans plus d’Etat, comme la Somalie aujourd’hui ou le Liban lors de la guerre civile dans les années 1970’.

Alors, à défaut, on pousse le pays à organiser des élections, pour singer l’occident, dans un pays désertique habité d’une population grandement analphabète, ballotée entre des chefs de guerre qui mettent le pays à sac depuis des décennies et où des troupes étrangères essayent de faire régner l’ordre avec un succès très limité. On ne sait pas faire autre chose malgré les échecs répétés. L’évolution récente est l’apparition de mercenaires russes sur le terrain en soutien à l’actuel président. Au moins Moscou n’a pas à porter le poids et la responsabilité de l’ancienne puissance colonisatrice comme Paris. Une solution serait de laisser la Russie appliquer ses propres méthodes qui ne sont que modérément démocratiques mais pourquoi ne pas essayer, pour une fois ? Que la France ou l’ONU ne sache promouvoir que de la démocratie on peut le comprendre, mais alors laissons faire la Russie ou la Chine et faisons le bilan dans dix ans.

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