« Moonage daydream » de Brett Morgan

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Présenté au festival de Cannes 2022, le documentaire de Brett Morgan retrace les grandes étapes de la carrière de l’artiste britannique David Bowie avec force archives dont la vision fait frémir de bonheur les amateurs de cet immense musicien. Le parti-pris cinématographique est celui d’une bande son composée exclusivement de la voix de Bowie, parlée, lorsqu’il narre ses pensées et ses transformations, ou chantée sur les images de concert.

Evidemment nous sommes dans un film grand public qui se prête assez peu à la philosophie alors certains concepts bowiens sont assénés de façon un peu fumeuse et absconse, ils sont d’ailleurs souvent illustrés à l’écran par des images crypto-psychédéliques style kaléidoscope. Bowie explique que les différents personnages qu’il a incarné au long de sa carrière étaient là pour cacher sa vraie personnalité qu’il n’osait pas dévoiler. Il ajoute que c’est probablement lors de la tournée Outside au mitan des années 1990 qu’il s’est senti le plus vrai mais que ce qu’il lui a toujours importé est de vivre le moment présent, délaissant les névroses du passé et les utopies du futur ; « keep walking!. Dont acte, mais peut-être était-ce aussi un personnage qui devisait sur tout cela…

La vraie valeur de ce documentaire réside évidemment dans les extraits des tournées qu’il a menées à travers la planète au fur et à mesure de l’élaboration de son œuvre, de Ziggy Stardust and the Spiders from Mars à Heroes, de Let’s Dance à Outside…  Il s’agit souvent de films inédits mis à disposition du réalisateur directement par les gestionnaires des archives personnelles de Bowie. La dernière tournée Reality est ignorée. Ce n’était pas la plus percutante.

La première partie du film est largement centrée sur les deux personnages fondateurs de sa carrière : Ziggy Stardust et Aladdin Sane. Ils en valent la peine tant cette époque fut flamboyante et iconoclaste dans le monde du rock post-hippie et pré-punk du début des années 1970. Sur un long extrait de cette époque (Jean Genie – 1972) on voit même Jeff Beck épauler Mick Ronson le guitariste historique des Spiders from Mars. Avec son glam-rock original Bowie a secoué le milieu musical britannique et mondial avec une incroyable créativité qui l’a révolutionné pour toujours, d’autant plus que ce n’était qu’un début pour lui.

Interrogée sur l’artiste, une jeune fan déclare :

J‘étais dans l’espace,
Il était aux commandes.

Ceux qui ont assisté à la tournée Heroes de 1978 retrouvent avec émotion le glaçant morceau d’ouverture Warzawa dans lequel Bowie joue de l’orgue debout, sous la direction de son guitariste Carlos Alomar qui tient la baguette, dos au public ; la version de la chanson Heroes est également extraite de cette tournée avec le virtuose Adrien Belew qui fait hurler sa guitare sur le légendaire solo de cette composition. Ces deux archives méritent à elles-seules d’aller visionner ce documentaire. Pour ceux qui en douteraient, une terrifiante version de Hallo Spaceboy reprise de la tournée Outside (qui passa par Paris en 1996) avec Reeves Gabrels à la guitare solo, achèvera de les convaincre qu’ils n’ont pas perdu leur temps. Outside est présenté comme le retour aux choses sérieuses après les légèretés de la période Let’s Dance sur laquelle Bowie questionne : pourquoi ne pas donner aux gens ce qu’ils aiment ?

Le film se termine sur Blackstar, son dernier disque paru deux jours avant sa mort :

In the villa of Ormen[1], in the villa of Ormen
Stands a solitary candle, ah-ah, ah-ah
In the centre of it all, in the centre of it all
Your eyes
Blakstar

Puis les images s’effacent sur une version live de la chanson The Sun Machine is Coming Down (1970) reprise en chœur et sur laquelle sont greffés les hurlements de guitare d’Adrian Belew sur la légendaire intro de Station to Station lors de la tournée Stage (1977-78).

Tony Visconti, le producteur historique des plus beaux disques, a également produit la remarquable partie musicale du film. C’est un régal pour le vieux fan qui revit ainsi les grands moments musicaux de sa vie. Il ne faut surtout pas se priver de voir et revoir ce film.


[1] La « villa of Ormen » fait sans doute référence au village norvégien éponyme, Ormen signifiant « serpent », peut-être la métaphore d’un monde maléfique qui était en train de lui prendre la vie ?