SIMON Claude, « Les Géorgiques ».

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Sortie : 1981, Chez : Les Editions de Minuit.

Claude Simon (1913-2005) est une énigme. Le prix Nobel de littérature 1985 est considéré comme le descendant de Proust tant son style est complexe et sans respiration Des phrases qui durent plusieurs pages, quasiment sans paragraphe, avec peu de ponctuation (et moulte parenthèses enveloppant de nouveaux développements assez longs mais qui au moins le mérite de se terminer avec la parenthèse fermante). La spécificité des Géorgiques est qu’elles intriquent trois histoires différentes se déroulant à trois époques distinctes.

L’écrivain ne marque visuellement ni sémantiquement quasiment aucune séparation entre les trois scenarii. Dans une même phrase de plusieurs page on peut passer sans aucun intermède autre que quelques points de suspension, de la Convention à la guerre de 1940. A cause de cette confusion organisée le lecteur doit déployer une attention de tous les instants pour ne pas se laisser submerger par ce chaos stylistique. Il s’y retrouve à peu près, en tout cas suffisamment pour suivre les déambulations des personnages dans leurs époques, toujours guerrières. On connait l’obsession de Simon pour les situations de guerre, ayant lui-même participé au second conflit mondial. Mobilisé dans la cavalerie en 1939, puis fait prisonnier des Allemands après la défaite française avant de s’évader et de passer le reste de la guerre à Paris. Toute son œuvre est irriguée par la guerre.

On pense à une volonté de perdre sciemment le lecteur mais dans quel but Simon aurait-il choisi une telle option ? Ce parti-pris rédactionnel atténue la perception de la richesse de l’écriture tant il faut se concentrer sur les lignes et le déluge des mots pour les comprendre. Certes, on mesure l’aspect volcanique de sa pensée qui se déverse dans les pages telle la lave sur les pentes du volcan. Sans doute le créateur ne connaît pas d’autre façon de s’exprimer mais le lecteur, sans doute un peu trop rationnel, ne peut s’empêcher de se dire qu’ajouter un renvoi à la ligne de temps en temps ne nuirait en rien au brio de l’écrivain ni de expression tout en facilitant la lecture.

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