« Ça manque [toujours autant] de moyens Patron ! »…

A l’occasion d’un important incendie dans l’Aude qui a ravagé 16 000 hectares, brûlé nombre de maisons, fait un mort et des blessés, le monde politico-médiatique s’exprime sur les médias et tous ses membres déplorent « le manque de moyens » qui serait responsable des délais mis par les pompiers à réduire ce feu particulièrement violent. La flotte de bombardiers d’eau Canadair aurait 30 ans d’âge, les pièces détachées manquantes, le nombre d’avions trop faible par rapport aux besoins, les engagements politiques de renouvellement de la flotte non tenus, etc.

Tout ceci est sans doute en partie vrai et illustre tristement la perte de contrôle des dépenses publiques par le pouvoir. La difficulté de l’Etat à faire des choix budgétaires conforme à l’intérêt national aboutit à ce genre de situations. Chaque fois qu’un ministre se déplace quelque part il se croit obligé d’annoncer de nouvelles dépenses. On ne sait plus dire non aux requêtes permanentes à toujours dépenser plus. Les parlementaires, les associations, les partis politiques, les corporations, les lobbies, les citoyens, tous se liguent pour réclamer plus de sous, alors l’Etat donne un peu à tout le monde en distribuant l’argent des contribuables, particuliers et entreprises, de ci de là. Et tout le monde crie qu’il faut faire des économies mais… chez le voisin.

Alors on a préféré financer des jeux olympiques à Paris en 2024, et on dépense déjà pour la préparation des jeux de 2030 dans les Alpes françaises, plutôt que d’acheter des Canadair. La défaillance de l’Etat et de ses représentants est de laisser croire que tout est possible en même temps, les Canadair et les jeux olympiques. Les citoyens y croient par paresse intellectuelle et car ils ont envie d’y croire. Les partis progressistes claironnent qu’il suffit de « taxer Bernard Arnault » pour faire disparaitre les déficits, leurs adversaires conservateurs braillent qu’il ne faut pas augmenter les impôts pour ne pas tuer l’économie, et comme aucune de ces tendances n’a de majorité parlementaire, le budget 2025 a été voté avec un déficit de 137 milliards, oui, vous avez bien lu : 137 milliards. Et encore, ne font pas partie de ce chiffre les « comptes spéciaux » qui ajoutent 2 milliards de déficit supplémentaires. Cela veut dire que sur 445 milliards de dépenses du budget général il manque 137 milliards de recettes, soit 31% du total des dépenses. Le budget est en déficit de 31%, c’est-à-dire que pour 10 EUR de dépenses il va falloir en emprunter 3 que nos enfants auront à rembourser. Pour le moment ce sont les dépensiers qui emportent la mise puisque celles-ci continuent à croître.

Les chiffres clés du budget de l’État pour 2025 | budget.gouv.fr

Les participants des dîners en ville, même a priori les mieux informés, n’admettent pas que les finances de l’Etat c’est comme à la maison, quand il n’y a plus de sous, il n’y a plus de sous et il faut se serrer la ceinture. Alors ils assènent des slogans de circonstance entre la poire et le fromage, « taxons Bernard Arnault » ou « coupons les dépenses sociales » et rien ne se passe. Dans les enceintes du parlement français le débat est à peu près du même niveau et comme il n’y a pas de majorité il ne se passe pas plus. Le déficit continue à courir sur son erre et les couteaux s’aiguisent en vue des discussions sur le budget 2026 qui s’annoncent redoutables.

Redresser les finances publiques ne pourra pas se faire sans contraintes. Que les impôts soient augmentés ou que les dépenses soit réduites cela fera moins d’argent dans la poche des citoyens et donc moins de sous injectés dans l’économie. Il y aura bien entendu des conséquences néfastes pour les individus comme pour les entreprises mais il arrive un moment ou ces effets négatifs doivent être affrontés car ils sont moins pires que ceux d’une crise financière comme celle subie par la Grèce en 2008, déclenchée lorsque les prêteurs internationaux ne voulaient plus financer la gabegie de cet Etat. De toute façon, même si la France allait jusqu’à la crise financière elle devrait mener un programme de redressement de ses finances publiques mais celui-ci serait encore plus douloureux car mené sous la pression des marchés financiers.

Dans ces conditions, le remplacement des bombardiers d’eau n’est pour l’instant pas possible alors la forêt brule. Il va falloir s’habituer à voir la France se rabougrir sous les coups de boutoirs de dirigeants affaiblis et de citoyens nombrilistes plus soucieux de leurs intérêts particuliers que de l’avenir collectif du pays. Le résultat peut être terrifiant comme celui constaté aujourd’hui dans l’Aude : on a pu financer des jeux du cirque mais pas remplacer des Canadair.