Les « financements innovants » du CESE

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) est l’une des trois chambres prévues dans la constitution, avec l’asssemblée nationale et le sénat, et qui peut être consultée sur « tout problème de caractère économique, social ou environnemental » selon l’article 70 de cette constitution. En 1969 MonGénéral, qui n’aimait pas beaucoup le Sénat, voulut le fusionner avec le CES (qui n’était pas encore « environnemental » à l’époque) en réduisant les pouvoirs du nouvel ensemble. Cette réforme fut proposée dans le fameux référendum du 27/04/1969 qui fut perdu et au lendemain duquel il démissionna.

Depuis ce jour funeste où les sénateurs ont senti le vent du boulet en regardant MonGénéral quitter l’Elysée, ils veillent bien à assurer leur survie, avec succès puisque près de 60 ans plus tard le sénat est toujours vaillant et le conseil économique et social a même élargi son domaine de consultation avec un volet environnemental.

Dans un avis du 13/01/2026 le CESE « appelle à investir de manière massive et urgente dans l’adaptation des infrastructures, afin de réduire leurs contributions aux émissions de gaz à effet de serre et d’améliorer leur résistance et leur résilience [aujourd’hui aucun texte ne peut être acceptable sans contenir le mot ‘résilience’] face au réchauffement et aux aléas climatiques ». L’objectif est louable tant il apparaît que nombre d’infrastructures publiques (ponts, routes…) ont souffert de sous-investissement ces dernières décennies, les rendant fragiles aux nouvelles intempéries sans doute liées aux évolutions climatiques en cours, en plus de leur vétusté.

Là où les choses se compliquent c’est quand il faut identifier les financements nécessaires pour ces travaux. Le CSE n’est qu’un organe consultatif il lui est donc plutôt aisé de recommander au gouvernement et au parlement « d’augmenter et de réorienter les financements », de développer « des modèles économiques innovants », de « mobiliser l’épargne des ménages », etc. En gros, il suffit de payer pour parer au péril.

Sur les ondes des membres du CES assurent le service après-vente et expliquent doctement qu’il faut réorienter « l’épargne improductive vers des financements innovants ». Sont visés les livrets A et autres produits d’épargne réglementés. Au 31/12/2025 les statistiques de la Caisse des dépôts et consignation (CDC), établissement public qui gère cette épargne, affichent un encours de 615 milliards d’euros pour les livrets A et les Livrets de développement durable et solidaire (LDDS). A entendre les « experts » du CESE, ces sous dorment dans des tiroirs et ne servent à rien, il faut donc les affecter à « la résilience » des infrastructures publiques.

Comme l’explique le site web de la CDC la réalité est tout autre puisque cette épargne n’est pas improductive mais déjà fléchée : 60% pour des prêts qui financent principalement la construction et la rénovation des logements sociaux, mais aussi des projets d’infrastructures dans les territoires, les 40% restant étant investis dans des placements financiers sûrs afin d’assurer la liquidité du système. « Placement financier sûr » veut dire en bon français que la majorité de ces 40% financent… la dette publique française !

On peut bien sûr décider de réaffecter les sous des livrets d’épargne réglementée vers la « résilience » des infrastructures publiques mais il faudrait alors expliquer comment on va désormais financer les logements sociaux, les projets d’infrastructure et la dette de l’Etat ? Va-t-on baisser ces besoins ou leur substituer d’autres financements ?

Les conseilleurs ne sont pas les payeurs, on le sait, mais on ne peut s’empêcher de constater une certaine désinvolture dans les conseils financiers « innovants » des experts du CESE.

A ce stade, ni le CESE ni les élus ne se sont inquiétés de « réorienter » les financements déjà prévus dans la Loi de finances 2026 pour les jeux olympiques d’hiver « Alpes françaises 2030 » qui inclut une autorisation d’engagement de 400 millions d’euros et une autorisation pour l’Etat d’émettre des garanties financières à hauteur de (i) 500 millions qui pourra s’exercer en faveur du comité chargé d’organiser ces jeux (COJOP) en cas d’annulation et (ii) de 515 millions pour compenser, le cas échéant, un solde déficitaire de ce COJOP. Et nous ne somme qu’en 2026. Il est à craindre que de nouveaux montants ne doivent être budgétés pour les exercices à venir d’ici 2030. Ces dépenses doivent être considérées comme « productives » ce qui expliquerait que les « experts » du CESE ne veuillent point y toucher…

Lire aussi : Avis du CESE adopté le 13/01/2026 « Anticiper et prévenir les risques liés au changement climatique, pour les infrastructures »