Avec une constance assez incompréhensible la France cherche à se rabibocher avec des pays africains qui l’ont mises pourtant dehors avec pertes et fracas il y a peu. C’est d’abord le président tchadien qui a été reçu à l’Elysée le 29 janvier 2026. Le communiqué français précise :
Au cours de cet entretien, les chefs d’Etat ont passé en revue les différents aspects de la relation bilatérale. Ils ont affirmé l’ambition d’un partenariat revitalisé, fondé sur le respect mutuel et des intérêts partagés, notamment dans le domaine économique.
https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2026/01/29/communique-conjoint-de-m-emmanuel-macron-president-de-la-republique-francaise-et-du-marechal-mahamat-idriss-deby-itno-president-de-la-republique-du-tchad
On a ensuite appris avec stupéfaction la visite en mars dernier du ministre français des affaires étrangères en Centrafrique :
C’est vrai que cela fait huit ans qu’un ministre des affaires étrangères ne s’était pas rendu en Centrafrique. Et ma visite marque effectivement la restauration complète des relations entre nos deux pays, après une période de refroidissement, une période de tension, qui est brève à l’échelle de notre relation et de l’histoire entre nos deux pays, qui est ancrée dans la relation entre nos deux peuples : une langue en commun, des ressortissants binationaux, des diasporas dynamiques ; et qui est aussi ancrée dans des coopérations très diverses, dans beaucoup de domaines, qui vont de la protection des femmes, comme en atteste la coopération entre la France, l’ambassade et le mouvement MOSUKA, mais aussi la transition écologique.
https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/presse-et-ressources/decouvrir-et-informer/actualites/declaration-a-la-presse-de-jean-noel-barrot-a-l-issue-de-sa-visite-de-la-maison-du-mouvement-des
Ces deux pays sont caractéristiques du refus français d’accepter son éviction des territoires de ses anciennes colonies. Sortie par la porte il y a quelques mois à peine, Paris fait tout pour rentrer aujourd’hui par la fenêtre. Il semble que la Centrafrique et le Tchad soient déçus des relations qui ont été ouvertes avec d’autres pays, la Russie ou la Turquie notamment, et auraient réalisé que la « coopération », militaire comme civile, ne soit pas aussi fructueuse avec eux qu’elle ne l’était avec la France.
Renouer avec ces deux anciennes colonies nécessiterait au minimum de laisser passer un vide sanitaire d’au moins plusieurs décennies. Rappelons qu’après la défaite américaine au Vietnam en 1973 et la reconquête du Vietnam de Sud par le Nord communiste en 1975, Washington a rompu ses relations diplomatiques avec le Vietnam réunifié et ne les rouvrit qu’en 1997, soit plus de 20 ans après. Et encore, le nouvel ambassadeur, Pete Peterson, était un ancien pilote de B52 durant la guerre qui fut fait prisonnier durant 6 années par le Viêt-Cong… Paris n’a pas la même conception de la diplomatie.
Cerise sur le gâteau, une enquête est actuellement cours au ministère français des affaires étrangères sur le comportement de son ambassadeur en Centrafrique qui recevait des jeunes filles à sa résidence de Bangui. Françafrique quand tu nous tiens…
Renouer des relations avec ces anciennes colonies pourrait être un objectif, après une période de décence d’au moins 20 ans, pour peu que les dirigeants en démontrent l’intérêt pour le pays, au-delà du bla-bla diplomatique précité. A défaut de cette démonstration il apparaît que les investissements français, militaires comme civils, en ressources humaines comme financières, sont bien mieux employées en Europe. La perte de contrôle durable des finances publiques rend de toutes façons tout engagement français fort peu crédible et les pays africains doivent le savoir.
C’est aussi ça la triste réalité d’être un pays en déclin : non seulement la France a été chassée plus ou moins diplomatiquement de ses anciennes colonies, mais elle n’a pas les moyens d’y revenir même si elle manifeste l’indécence de le vouloir.

