Le festival de Perros Gurec a accueilli ce soir une immense pianiste pour un récital époustouflant. Sophia Liu, canadienne d’origine chinoise, âgée de 18 ans a joué ce soir ce qui manifestement lui tient le plus à cœur pour le moment : la musique romantique, en commençant par Chopin bien entendu.
Son jeu est brillant, sa prestance devant le Steinway est tout en élégance. Grande et élancée, ses bras sont d’une finesse dont on se demande comment ils peuvent développer une telle énergie devant le clavier. Elle affiche une retenue physique qui tourne à la froideur des pentes verglacées de l’Himalya chinois, esquissant seulement un ersatz de sourire lorsqu’elle salue mais c’est avec son piano qu’elle exprime une sensibilité à fleur de peau et son incroyable talent.
Elle joue les passages vigoureux de Chopin avec une sombre vitalité et, lorsque viennent les moments plus apaisés, elle tourne la tête avec douceur vers la baie vitrée devant laquelle est disposé le piano et laisse son regard dériver vers les pins qui descendent doucement vers la mer, ses bras terminant les pièces en grandes et lentes envolées au-dessus du clavier.
Le récital se termine sur une fantaisie « orientale » du compositeur russe Balakirev, inconnu des néophytes, qui a peu composé mais qui mérite d’être visité.
Sopia a commencé le piano à 4 ans mais elle n’est même plus aujourd’hui une pianiste en devenir tant son génie est déjà éclatant à seulement 18 ans. On pense simplement avec impatience à ce qu’elle va encore nous réserver au cours d’une carrière qui ne fait que débuter.
Programme
- Frédéric CHOPIN (1810-1849)
- Polonaise « Héroïque » en la bémol majeur op. 53
- Nocturne n°3 en si bémol majeur op. 9
- Introduction & Rondo en mi bémol majeur op. 16
- Balade n°1 en sol mineur op. 23
- Scherzo n°3 en ut dièse mineur op. 39
- Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893) : Dumka op. 59, Les Saisons op. 37a (extraits)
- Mili BALAKIREV (1837-1910) : Islamey (fantaisie orientale pour piano) op. 18
- 2 rappels (dont une valse [?] de Chopin)
En découvrant l’aisance avec laquelle Sophia Liu interprète le répertoire russe et européen on remarque une fois encore la présence intense de pianistes d’origine asiatique, et chinoise en particulier, sur la scène internationale actuelle marquant ainsi leur admiration pour des compositeurs qui ne relèvent pas forcément de leur culture musicale et, surtout, leur fantastique capacité d’adaptation à ces partitions d’inspiration plus occidentale qu’orientale. Les romantiques russes comme Tchaïkovski ou Rakmaninov ont fait le pont entre Europe et Asie sans renier leur inspiration occidentale. Sophia Liu les interprète tous avec la même magie.
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