Pierre Génisson et le Quatuor Hermès au théâtre des Champs Elysées

Le toujours brillant Quatuor Hermès s’est produit cet après-midi avec le clarinettiste Pierre Génisson au théâtre des Champs Elysées pour un programme classique en première partie, un quintette de Brahms (1833-1897), « exigeant » (selon les mots du clarinettiste) à la reprise après l’entracte, une pièce contemporaine du compositeur argentin Osvaldo Golijov (né en 1960).

Le Brahms est un enchantement, le son vibrionnant de la clarinette donne un sentiment guilleret à l’ensemble, une allure printanière tout à fait de saison. La découverte de Golijov est plus complexe. La famille du compositeur, de culture juive, a émigré en Argentine depuis l’Ukraine et la Roumanie. Osvaldo a, lui, ensuite émigré en Israël en 1983. La pièce jouée ce soir est intitulée « The dreams and prayers of Isaac the blind », en référence au rabbin français Isaac (1160-1235) qui serait l’un des fondateurs à l’origine de la Kabbale, un concept métaphysique du judaïsme, assez obscur pour les non spécialistes. La musique jouée par les cordes est sombre, la clarinette l’enjolive en y apportant une légèreté et une fantaisie que l’on pourrait croire venue du jazz. La fusion de l’ensemble, résolument moderne, titille un peu l’oreille des seniors qui se réjouissent de constater une nouvelle fois que la musique est vivante, toujours en recherche et en évolution, au gré des générations de compositeurs qui transforment en notes leur environnement et les évènements qui le traversent.

Les rêves d’Isaac sont suivis de morceaux extraits du folklore musical juif ashkénaze sur lequel la clarinette fait des merveilles. En l’écoutant on se croit au cœur d’un shttl d’Europe de l’est où dansent les paysans en habits traditionnels et sabots de bois pour un mariage.

Le dernier rappel est bien plus tragique avec Wiegala, une pièce écrite par Ilse Weber, infirmière, juive, déportée au camp de concentration de Theresienstadt où elle s’occupait des enfants en leur écrivant des comtes et des mélodies. Les quatre musiciens du quatuor pincent leurs cordes à la main pendant que le clarinettiste déploie une lente mélopée de son instrument à vent. Il n’y a plus de folklore ici mais le vent triste et glacé de la barbarie qui soufflait sur Auschwitz où Ilse Weber a été exterminée en 1944.