Du rififi au Mali

Le pouvoir galonné au Mali tremble sous les coups de boutoir des religieux terroristes. Ceux-ci ont renoué leur alliance improbable avec les indépendantistes Touareg sahariens. Ensemble ils viennent de reconquérir Kidal, leur bastion du nord, qui leur avait été repris en 2023 après le coup d’Etat militaire de 2020 avec l’aide de troupes russes. Ils ont aussi assassiné le ministre de la défense, et numéro 2 du gouvernement, lors d’un attentat suicide contre son domicile à Katy, commune située à une vingtaine de kilomètres de la capitale où résident la plupart des ministres sous forte protection militaire.

Depuis qu’ils ont pris les rênes à Bamako, et mis fin aux accords de coopération militaire avec la France, l’ex-puissance coloniale, les galonnés maliens ont installé leur pouvoir, pas vraiment démocratique mais vraisemblablement pas pire que le précédent. Celui qui s’annonce sera religieux et prévoit l’établissement de la charia sur le pays. En novembre 2025, un groupe affidé avait enlevé et exécuté publiquement une jeune « influenceuse » à Tonka, une ville du nord du pays où les djihadistes semblent évoluer assez librement. Personne ne pourra dire qu’il n’était pas informé de ce qui risque d’arriver. Il n’est d’ailleurs pas sûr que cette perspective inquiète beaucoup la population en dehors de la capitale… Comme au Proche-Orient les religieux armés semblent avoir su se faire apprécier à l’intérieur du pays en délivrant les services sociaux que l’Etat défaillant rend peu ou mal.

Les forces russes qui appuient les forces armées maliennes (FAMA) n’ont pas réussi à contrer efficacement cette tentative de déstabilisation. Il semble même que la garnison russe stationnée à Kidal aurait rendu les armes en échange de l’engagement des rebelles de les laisser évacuer leur base et quitter la ville. Cela étant dit il ne faut pas exclure un sursaut des FAMA appuyées par leurs amis russes mais ce serait sans doute éphémère.

Ces évènements militaro-politiques confirment, si besoin en était, que l’expulsion des forces militaires françaises en 2022 fut finalement une bonne chose. Certes l’armée française a dû gérer une blessure d’égo, ne serait-ce qu’en mémoire de la soixantaine de soldats morts au combat contre les djihadistes au Mali, mais l’intervention de forces armées étrangères au Sahel est sans espoir de réussite et la garantie de risquer des vies et de dépenser l’argent public à fonds perdus. L’armée française a bien mieux à faire sur le front est de l’Europe et aux frontières de la France.

Il existe une communauté nombreuse de binationaux franco-maliens et un nombre important d’émigrés maliens en France rendant délicate une rupture complète des relations diplomatiques entre les deux pays. On ignore à ce stade si la politique française d’octroi de visas et de la nationalité a été revue en fonction de la dégradation actuelle des relations entre les deux pays. Les ambassades respectives continuent de fonctionner avec des effectifs réduits. Le régime malien retient toujours en prison un agent français de la DGSE qui était pourtant accrédité. En rétorsion Paris a expulsé quelques diplomates de l’ambassade malienne mais n’a pris personne en otage. Il n’est pas sûr qu’en cas de changement de pouvoir cet otage d’Etat serait libéré mais une négociation serait peut-être plus facile. Le business des otages est assez prisé de la partie Touareg de l’alliance rebelle qui dispute le pouvoir aux galonnés maliens.

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La France a colonisé le Mali sous le nom de « Soudan français » à la fin du XIXe siècle jusqu’à son indépendance en 1960. Comme souvent Paris a tenté de maintenir l’illusion d’un lien « fraternel » avec son ancienne colonie. Cela n’a pas fonctionné comme attendu, elle en paye le prix aujourd’hui. Le mieux désormais est de laisser aller le Mali vers son destin en s’en mêlant le moins possible. Ce destin l’éloigne de la France depuis déjà quelques années, il faut l’admettre et s’y résigner. Ainsi va la vie des nations.

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