Dexia : la banque publique qui a roulé les collectivités incompétentes

La banque Dexia, en principe dédiée au financement des collectivités locales françaises et belges, a fait faillite et est en liquidation depuis quelques années, aux frais des contribuables qui cette fois-ci sont sûrs de ne pas récupérer leur mise puisque cette banque va disparaître. Cette banque en principe créée pour financer la chose publique a voulu jouer dans la cour des tripatouilleurs de subprimes et autres réhausseurs de crédit, et donc a fait faillite.

Entre autres joyeusetés, Dexia proposait aux collectivités locales des prêts hautement spéculatifs dont le taux d’intérêt variable était indexé sur la variation d’un couple de devises (CHF et USD si ma mémoire est bonne), d’où leur qualificatif de toxique. Bien entendu, cette variation a tourné à la Bérézina et les emprunteurs se sont vus imposer des taux usuraires… mais contractuels. Que des élus locaux aient pu signer de tels accords de crédit relève tout simplement de l’analphabétisme : il suffisait de lire ce que l’on signait pour en comprendre le caractère spéculatif, c’était à la portée d’un gamin en école primaire. Mais les élus n’ont sans doute pas eu le temps de lire.

Certaines de ces collectivités ont attaqué en justice Dexia pour leur avoir fourgué des produits incompréhensibles pour les neurones de leurs dirigeants, limités en nombre et en agilité. Le conseil général de Seine Saint-Denis vient de gagner une première manche et le tribunal de grande instance a annulé avec effet rétroactif le taux d’intérêt (spéculatif et contractuel).

Tout ceci est bel et bien beau, en tout cas moralement satisfaisant, mais va renchérir le coût de la liquidation financé par… les contribuables. En résumé, des requins de la finance ont vendu à des élus incompétents (voire pire) des produits spéculatifs auxquels ils n’ont rien compris ; les requins ont fait faillite, les élus ont été réélus, ou pas, et le contribuable paye l’addition.

RBS : la banque libérale nationalisée par le contribuable brittanique

Nouvel épisode de la manipulation à grande échelle des taux d’intérêt sur les marchés financiers par les traders-fraudeurs : la banque Royal Bank of Scotland (RBS) accepte de régler une pénalité d’environ 600 millions d’USD aux autorités britanniques et américaines pour avoir des années durant faussé et manipulé le taux d’intérêt de référence LIBOR. La banque informe par ailleurs de la démission de son directeur de quelque-chose ! C’est bien le moins… Compte tenu des circonstances on se serait plutôt attendu à un licenciement sec de tout l’état-major avec plainte au pénal et embastillement immédiat à la Tour de Londres.

RBS s’est rendue célèbre durant la crise financière de 2008 pour son risque de complète faillite qui poussa le gouvernement britannique à la nationaliser à quasiment 100% pour éviter son effondrement. Le contribuable a donc financé les errements du management de cet établissement : rachat hors de prix de la banque ABN Amro début 2008, pertes de trading colossales, expansion démesurée et incontrôlée, pertes gigantesques sur les valeurs dites subprime (crédit immobilier fait à des emprunteurs non solvables), rémunérations exorbitantes d’employés jouant au casino avec l’argent des déposants, utilisation massive de paradis fiscaux pour compte propre et pour des clients, on en passe et des meilleures !

Cerise sur le gâteau, son pédégé Fred Goodwin (il s’appelle bien Goodwin, ça ne s’invente pas) a finalement accepté de démissionner en 2009 avec toute une série d’avantages en espèces sonnantes et trébuchantes, retraite chapeau et autres gâteries comme les banques savent en mijoter pour leurs dirigeants incompétents. Devant la levée de bouclier constatée au Royaume-Uni en 2009 face aux avantages acquis à ce banquier failli, le garçon a accepté de réduire ses exigences.

La transaction acceptée par RBS en 2013 montre que non seulement cette banque était mal gérée, que ses cadres percevaient des rémunérations sans rapport avec leurs mérites et résultats, que le contribuable britannique a dû casser sa tirelire pour lui sauver la mise, mais qu’en plus de tous ces errements, la banque fraudait massivement en manipulant les taux d’intérêt. N’en jetez plus !

Le plus insupportable dans ces affaires bancaires (RBS est loin d’être seule dans le marigot des tripatouillages financiers) pour le citoyen lambda c’est finalement l’absence de sanction. Certes, la City a licencié une partie de ses effectifs de traders-fraudeurs, mais pas beaucoup plus que le secteur de la sidérurgie en Europe du Nord.

La puissance des secteurs financiers face aux Etats est sans limite. Il a quand même fallu voir le Royaume britannique, la Mecque du libéralisme financier, accepter de nationaliser ses banques ! Pire, alors que le capitalisme en partie originaire de la perfide Albion nous ressasse depuis des décennies que le libéralisme c’est la responsabilité : on voit à Londres les fat-cats continuent globalement à ronronner tranquillement, malgré leurs échecs, gorgés d’avantages financiers immérités. Eh oui, même un gouvernement britannique conservateur (qui est en train de se préparer à proposer à ses citoyens de statuer sur leur départ de l’Union européenne) n’arrive pas trop à changer les choses… Espérons au moins qu’il arrivera à revendre cette banque félonne sur les marchés, pour qu’au moins le contribuable soit remboursé.