Peugeot dans la démesure

La CGT Peugeot dévoile que les comptes publiés de la holding du groupe affichent une provision de 21 millions d’euros pour financer la retraite chapeau de Philippe Varin, futur ex-numéro 1 du groupe qui n’est resté que quatre ou cinq années dans la boîte. Peugeot aurait prévu de verser à son futur ex-chef une retraite de 400 000 EUR et quelques par an jusqu’à la fin de ses jours (d’où l’évaluation des 21 millions compte tenu d’une espérance de vie statistique et des charges sociales à la charge de l’entreprise). Devant la levée de bouclier politico-médiatique, l’intéressé renonce à ce droit et s’en remet à la sagesse de son conseil d’administration pour fixer un montant qui fasse moins de bruit dans la presse et au Café du Commerce.

En réalité cette retraite chapeau pour un dirigeant qui n’a passé que 4 ans dans la boutique c’est juste une rémunération cachée pour éviter d’afficher un trop gros salaire fixe au recrutement de cette perle rare.

Hélas pour Varin, le couperet tombe sur sa tête. Son prédécesseur continue à percevoir une retraite chapeau bien supérieure à celle à laquelle lui-même renonce, et son successeur touchera sans doute également une retraite chapeau pour un montant qui doit être actuellement en cours de négociation.

La presse bien informée explique que le patronat aurait fait pression sur l’impétrant pour le pousser à ne pas se battre pour ne pas conserver cet avantage jugé contraire à la chartre publiée par le patronat (MEDEF & AFEP) en 2008 sur la rémunération des dirigeants et qui stipule en son article 3 :

Les retraites supplémentaires à prestations définies sont soumises à la condition que le bénéficiaire soit mandataire social ou salarié de l’entreprise lorsqu’il fait valoir ses droits à la retraite en application des règles en vigueur.
Afin de prévenir tout abus, il est nécessaire de poser certaines règles complémentaires :
– La valeur de cet avantage doit être prise en compte dans la fixation globale de la rémunération sur la base des principes généraux énoncés en introduction de ce document.
– Le groupe de bénéficiaires potentiels doit être sensiblement plus large que les seuls mandataires sociaux.
– Les bénéficiaires doivent satisfaire des conditions raisonnables d’ancienneté dans l’entreprise, fixées par le conseil d’administration ou le directoire.
– Les droits potentiels ne doivent représenter, chaque année, qu’un pourcentage limité de la rémunération fixe du bénéficiaire.
– La période de référence prise en compte pour le calcul des prestations doit être de plusieurs années et tout gonflement artificiel de la rémunération sur cette période à la seule fin d’augmenter le rendement du régime de retraite est à proscrire.
Les systèmes donnant droit immédiatement ou au terme d’un petit nombre d’années à un pourcentage élevé de la rémunération totale de fin de carrière sont de ce fait à exclure.

Evidemment, à première lecture (comme à la seconde d’ailleurs), la retraite chapeau du soldat Varin était contradictoire avec cette chartre et faisait donc désordre. Elle devrait être revue par Peugeot pour être plus conforme avec les engagements patronaux écrits.

Varin avait déjà renoncé ces dernières années à ses rémunérations variables compte tenu de la situation financière tendue du groupe, des plans de restructuration lancés sous sa direction et de la garantie de plusieurs milliards que le contribuables français avait dû accorder à la banque interne de Peugeot pour assurer sa survie. Il se contentait donc de sa rémunération fixe de 1 ou 2 millions annuels. Il va désormais se contenter de sa retraite simple qui doit tout de même s’élever dans les 100 000 EUR par an. Il a peut-être aussi fait quelques économies durant sa vie de cadre dirigeant où il a émargé à plusieurs millions d’euros annuels pendant un certain nombre d’années. Il devrait survivre.

Plus sérieusement, le problème de fond dans cette affaire est la tendance à surpayer des dirigeants au-delà des bornes de la décence. C’est une pratique courante pour soi-disant attirer les meilleurs, ou en tout cas éviter que les dénommés « meilleurs » ne partent vendre leurs services à l’étranger. Il existe effectivement un risque mais qui est aussi surévalué que les rémunérations en cause. Lorsque le gouvernement actuel a plafonné la rémunération des pédégés d’entreprises publiques à 500 000 EUR bruts/an, personne n’est parti à l’étranger, personne n’a même démissionné pour aller vendre ses services à plus offrant ! Même le pédégé d’EDF, pourtant âpre au gain (on se souvient de sa volonté de cumuler son poste et son salaire avec un poste et un salaire chez Veolia dont il venait), n’a pas moufté. Il se dirait même qu’il a entamé sa campagne de communication pour être renouvelé dans ses fonctions avec ce même salaire plafonné.

Comme nous le disons régulièrement dans ces colonnes, si les numéros 1 sont trop exigeants en termes de rémunération, il suffit de promouvoir les numéros 2 ou les numéros 3 ou les numéros 10. Cela fera baisser les prix et ils feront le job aussi bien. Ces gens sont interchangeables et la petite caste internationale de ces pédégés surpayés a surtout brillé par sa capacité à s’auto-renouveler dans la consanguinité la plus intense. Les dommages collatéraux de cette consanguinité sur les rémunérations des dirigeants d’entreprises publiques ont cessé depuis 2012. Ne désespérons pas qu’ils puissent en être de même dans le secteur privé.

Grossman Vassili, ‘Vie et destin’.

Sortie : 1962, Chez : Le Livre de Poche 30321. La suite (1 200 pages supplémentaires) de « Pour une juste cause » où l’on suit les pérégrinations de la famille Chapochnikov des ruines de Stalingrad en 1942 à Moscou, les aventures du commissaire politique aux armées Krymov, des champs de bataille aux cellules de la Loubianka, où l’on confronte les tireurs d’élite allemands et russes qui errent comme des loups dans Stalingrad dévastée, où l’on voit l’essence des partis totalitaires (nazi et communiste-staliniste) continuer à répandre leur venin même au cœur de l’enfer…
Grossmann développe ici une analogie entre les totalitaismes acteurs morbides de cette deuxième guerre mondiale qui lui valut bien des critiques et l’interdiction de son livre en URSS. C’est sans doute seule la mort de Staline en 1953 qui l’a sauvé du goulag pour crime de lèse-majesté.
Cette suite de deux romans est une œuvre majeur pour comprendre le Xxème siècle, une véritable épopée vécue par Grossmann qui était alors correspondant de guerre au plus près des combats.