Bon plan

Une réforme politique est passée un peu inaperçue en 2020, celle de la réactivation d’un Haut-commissariat au Plan. Le dernier datait du premier gouvernement Mauroy en 1981 sous la présidence Mitterrand. Michel Rocard avait été nommé ministre d’État, ministre du Plan et de l’Aménagement du territoire.

Le texte fondateur du présent Haut-commissariat stipule :

[qu’il est] chargé d’animer et de coordonner les travaux de planification et de réflexion prospective conduits pour le compte de l’Etat et d’éclairer les choix des pouvoirs publics au regard des enjeux démographiques, économiques, sociaux, environnementaux, sanitaires, technologiques et culturels.

Décret n° 2020-1101 du 1er septembre 2020 instituant un haut-commissaire au plan.

Le poste a été confié à François Bayrou (70 ans) « à titre gratuit ».

La simple évocation d’un « plan » fait généralement immédiatement défaillir les idéologues du libéralisme qui, en principe, font immédiatement référence à l’Union soviétique et à son « Gosplan » aux résultats mitigés. Pendant longtemps l’idée de planification était associée à la bureaucratie d’Etat, lourde et inutile, dictatoriale et invasive, inefficace et couteuse. Bref, un désastre à leurs yeux !

La mauvaise foi qui caractérisent ces vendeurs de libéralisme et ces chantres de l’économie privée les amenaient à passer sous le tapis le fait que les entreprises privées qu’ils déifiaient passent une bonne partie de leur temps à… planifier parce que la bourse le demande, parce que les banques veulent anticiper le futur de leurs emprunteurs, parce que les nécessités du management l’exigent, parce que les investissements engagent les entreprises pour des années, parce que tout simplement c’est une question de bon sens que d’essayer de prévoir l’avenir quand on y investit des ressources !

Aujourd’hui, en temps de pandémie, ces parangons de la liberté économique sont plutôt aux abonnés absents et ont ravalé leurs certitudes. Nos Etats, donc nous les contribuables, subventionnent l’économie et les entreprises privées à coups de dizaines de milliards d’euros et pas grand monde n’y trouve à redire ! La théorie est balayée par la réalité et l’économie privée est bien heureuse de se reposer sur les contribuables.

Alors, la réactivation d’un commissariat au plan n’est que bien peu de choses au regard des révisions déchirantes que doit mener la théorie libérale qui n’a pas fini d’avaler des couleuvres. Le célèbre slogan lancé par Ronald Reagan : « l’Etat n’est pas la solution mais le problème » atteint aujourd’hui ses limites. Il serait bon de s’en souvenir. Comme souvent la vraie vie économique demande modération et réflexion quand beaucoup ne savent nous servir qu’excès et idées toutes faites.

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