Assault de délicatesse en Corse

Avec toujours une délicatesse assumée et un art de vivre consommé, les mafias corses continuent leur politique d’assassinats. Cette fois-ci c’est l’affairiste Alain Orsoni qui en fait les frais. Il a été tué ce 12 janvier, à 71 ans, dans le cimetière de son village où il assistait aux obsèques de… sa mère. Il avait démarré sa « carrière » dans la politique au sein du Front de libération nationale corse (FLNC) et fit des séjours en prison pour les violences commises sous couvert de militantisme. Son frère Guy est assassiné en 1983, il semble que c’était Alain qui était alors visé. Il passe ensuite dans les affaires, club de fouteballe, business de casinos en Amérique latine, continue à subir régulièrement des tentatives d’assassinat et à être impliqué dans d’autres à l’encontre de différentes bandes locales. Son fils, soupçonné d’avoir participé à plusieurs crimes, est toujours en prison.

Au-delà du cas regrettable de la mort de M. Orsoni qui fait suite à toute une myriade de meurtres, extorsions diverses, trafics généralisés, au travers des affaires corses ces dernières années, ce nouveau crime contre un parrain du système confirme si besoin en était que la Corse n’est pas soluble dans les règles de la République et que la France ne sait pas comment se débarrasser du fardeau de cette île imprudemment achetée à la République de Gênes an 1768. Il semble que la solidité juridique de cette cession était discutable et Gênes continua de réclamer le retour de sa souveraineté sur la Corse durant des décennies. Paris n’y a jamais consenti, hélas…

Depuis 1768 cette île n’est que rébellions, révoltes, attentats, protestations et volonté d’indépendance plus ou moins consciente. Là encore l’Etat français a cru pouvoir maintenir sa souveraineté sur l’île, d’abord par la force, ensuite par le droit et, aujourd’hui, un peu par les deux. Entre temps, la violence des mafias locales a pris le pas sur la sincérité des militants. Tout le monde tue tout le monde et l’Etat ne sait que faire avec ce confetti corse qui ne lui rapporte que des ennuis et des dépenses, et entraîne sa population dans la violence et la frustration.

Plus grave encore : des situations similaires se font jour dans les autres confettis de l’Empire dont la Nouvelle-Calédonie est le plus emblématique. C’est le prix à payer aujourd’hui pour le péché de colonisation commis hier. Le divorce est prononcé depuis longtemps entre ces deux iles et la République mais les parties n’arrivent toujours pas à se séparer de corps. Il faudra pourtant bien y arriver un jour, « quoi qu’il en coûte ».