Du Rubicon au Golfe persique

Une coalition américano-israélienne a franchi le Rubicon et lancé un assaut militaire aérien important contre l’Iran ce 28 février dernier. Dès la première nuit de l’intervention armée le « guide suprême », sorte de grand chef religieux qui préside à la destinée du pays depuis 1989, est bombardé et y laisse la vie avec une partie son équipe dirigeante. Depuis un mois les raids aériens coalisés se succèdent nuits et jours et les destructions matérielles semblent assez importantes à Téhéran comme dans d’autres villes. En principe ne sont visées que les infrastructures liées au pouvoir et à ses forces de sécurité mais il est à craindre d’inévitables dommages collatéraux. D’ores et déjà une école de jeunes filles située à côté d’une installation militaire aurait été bombardée « par erreur » et les autorités iraniennes parlent de 150 fillettes mortes.

Quoi qu’il en soit, cette guerre déclarée contre le régime religieux iranien est un coup de tonnerre dans un monde déjà sérieusement bouleversé par les errements des nations et, surtout, par le désir de revanche du « Sud global » contre « l’Occident collectif ». L’Iran fait partie du premier groupe et a su liguer contre lui nombre de pays occidentaux à force d’avoir favorisé ou mené des actions terroristes qui ont fait des milliers de morts dans ces pays, ou de citoyens occidentaux tués dans des pays proche ou moyen-orientaux. La France n’est pas en reste qui a vu se déchaîner le terrorisme sur son territoire depuis les années 1980 via des attentats d’inspiration, ou d’exécution directe par des religieux iraniens, sans parler des attentats contre ses troupes au Liban en 1983 (58 morts militaires français et 241 morts militaires américains).

L’Iran n’est donc pas vraiment un pays ami de l’Occident ni d’Israël (« l’Etat sioniste » comme il est appelé dans la doxa iranienne officielle), sur qui il déverse sa haine et ses menaces d’anéantissement depuis des décennies. Après avoir été porté au pouvoir dans l’enthousiasme en 1979 par une révolution populaire pour mettre fin au régime autocratique du Chah d’Iran, le régime religieux est désormais régulièrement contesté de l’intérieur par une partie de sa population mais le pouvoir exerce une répression féroce pour se maintenir aux commandes, avec succès jusqu’ici. Comme toujours dans les dictatures, une autre partie de la population vit de celle-ci et lui apporte son soutien. La haine ancestrale entre les Arabes et les Perses fédère également nombre de pays voisins du Golfe persique contre ce pays et vice versa.

Fort de son histoire millénaire et de ses ambitions islamiques plus récentes, le pouvoir iranien affiche sa volonté d’imposer un modèle politique et religieux à sa population (90 millions d’habitants) et au reste du monde. Pour assurer sa survie et accroître son « influence » le pays développe un programme nucléaire militaire qui effraie considérablement le reste de la planète tant imaginer un bouton nucléaire au bout des doigts d’un descendant de Prophète laisse craindre le pire.

Depuis un mois que dure cette guerre les dirigeants politiques américains, et surtout le président Trump, paradent dans les médias en assénant des communiqués militaires de victoire décousus, les militaires sont beaucoup plus discrets, mais, surtout, l’Iran ne semble pas vraiment à genoux et riposte contre ses agresseurs et les pays arabes avoisinants, tout spécialement ceux abritant des structures militaires américaines. Accessoirement le détroit d’Ormuz est bloqué. Des avions américains ont été abattus ou détruits au sol, des morts civils sont à déplorer dans les pays de Golfe et en Israël. Les milices alliées du pouvoir iranien attaquent les intérêts américains et israéliens partout où elles peuvent. Les bombardements respectifs touchent maintenant les installations pétrolières et gazières de ces pays dont les économies sont plus ou moins à l’arrêt. Dans le reste du monde les prix de l’énergie augmentent significativement. On découvre par ailleurs que les pays du Golfe persique produisent des produits sidérurgiques et des engrais dont les exportations sont actuellement impossibles du fait du blocage du détroit d’Ormuz. La crise économique mondiale couve.

Une nouvelle fois, « l’Orient compliqué » perturbe le reste de la planète, cette fois-ci avec la participation active des Etats-Unis d’Amérique. La religion plane au-dessus de ce nouveau conflit, même les dirigeants américains invoquent Dieu dans leurs communiqués. L’incertitude est totale ce qui ne présage rien de bon.