BERGEN Véronique, ‘Patti Smith – Horses’.

Sortie : 2018, Chez : DISCOGONIE densité.

Véronique Bergen, philosophe-essayiste, se penche sur « Horses », le disque emblématique de Patti Smith et du rock novateur, à mi-chemin entre punk et alternatif, sorti en 1975. Patti alors âgée de 29 ans erre dans New York, entre squats improbables et le Chelsea Hotel. Elle baigne dans le climat de contreculture explosive que cette ville déglinguée inspire. Elle s’essaye au dessin, à la photographie, à la peinture et, surtout à l’écriture poétique. Elle rencontre Jimi Hendrix, Janis Joplin, Sam Shepard, Robert Mapplethorpe, les poètes de la beat generation… Bref, elle vibrionne dans l’ambiance urbaine, dévastatrice et foisonnante de New York où a éclos l’art underground.

Eprise de la poésie française du XIXe siècle, et tout particulièrement de Rimbaud, Smith va utiliser le rock comme vecteur de sa vision poétique du monde. Avec les huit plages de « Horses » elle va créer l’œuvre fondatrice du rock du dernier quart du XXe siècle.

Véronique Bergen partage sa vision de l’âme de ce disque. Elle en explique les influences musicales, littéraires et poétiques et passe en revue chaque chanson, les reprises comme les originaux, en expliquant leur atmosphère, leurs références (bibliques ou poétiques), l’état d’esprit dans lequel elles ont été créées, les collaborations musicales auxquelles elles ont donné lieu et même les tonalités et suites d’accords utilisées. Passionnant !

L’album Horses est construit comme un vol d’oiseau, comme un trip spatial, mental. D’une plage à l’autre, l’oiseau ouvre ses ailes, prend son envol, avec des allers-retours dans l’amplitude, flux et reflux « sac » et ressac de la marée. Son voyage converge vers l’apothéose, le soleil noir de « Land ». Patti Smith est une Icare qui, n’ayant pas besoin d’une machine volante, d’ailes mécaniques pour planer, ne se fracassera pas dans la mer (dernière partie de « Land ») lorsque, s’approchant trop près de l’astre, la cire des ailes aura fondu.