Sortie : 1953, Chez : Union Générale d’Edition.
Alain Robbe-Grillet (1922-2008) est souvent considéré comme l’un des chef de file du « Nouveau roman » avec Nathali Sarraute ou Claude Simon. Ce mouvement littéraire est apparu dans les années 1950 en opposition au roman du XIXe avec un début, une fin et une intrigue qui se déroule de façon logique et réaliste (Balzac, Zola, etc.)
« Le Nouveau roman se veut un art plus conscient de lui-même, s’organisant à partir de principes formels. La position du narrateur y est notamment interrogée : quelle est sa place dans l’intrigue, pourquoi raconte-t-il ou écrit-il ? »
https://fr.wikipedia.org/wiki/Nouveau_roman
Au-delà des arguments un peu intellectuels et « fumeux » de ses partisans, le Nouveau roman a concrétisé le désir d’écrire autrement d’un certain nombre d’écrivains et c’est très bien ainsi. Comme la Nouvelle vague au cinéma, le mouvement a marqué un besoin de changement, de révolution, aussi dans le domaine littéraire. Les autojustifications de ce mouvement et les polémiques qui l’ont accompagné ne sont pas grand-chose, le mieux est de lire le Nouveau roman.
« Les gommes » est l’un des premiers du genre qui raconte une enquête menée par un policier des services secrets, Wallas, sur un assassinat, sans doute politique, qui s’est déroulé dans une petite ville de province. Hélas il n’y a pas de cadavre et des arrangements divers entre services de l’Etat semblent expliquer cette absence. Wallas ne sait pas tout et le lecteur, qui sait dès le départ que « l’assassiné » n’est pas mort, va découvrir les informations au fur et à mesure des deux jours sur lesquels se déroule l’intrigue.
Le style est d’une froideur clinique, c’est la marque du genre semble-t-il, l’auteur est capable de décrire l’épluchage d’une tomate en deux pages ou de revenir à plusieurs reprises sur l’obsession de Wallas pour l’achat d’une gomme à dessin d’un type particulier. Les personnages ne semblent pas ressentir de sentiments ni d’émotions, ce n’est d’ailleurs pas l’objet du roman. Les narrateurs respectifs se contentent juste de dérouler minutieusement une enquête un peu emberlificotée dans des mystères dont certains se dévoilent, d’autres pas, laissant l’imagination du lecteur libre d’en rajouter.
Les analystes plus perspicaces de ce nouveau roman (voir le prologue de l’édition de 1953 « Clefs pour les Gommes » par Bruce Morrissette) y voient des « références œdipiennes », un « cercle du temps » qui se referme sur Wallas… Le lecteur lambda (dont nous sommes) ne voit rien de tout ça bien entendu et s’agace un peu du côté cérébral qui entoure ce concept de Nouveau roman, très « BHL [Bernard-Henri Levy] » qui était d’ailleurs un ami proche de l’auteur. Sans doute Robbe-Grillet a mis dans son roman tout ce que les critiques germanopratins y ont vu mais on peut tout de même passer un bon moment de lecture sans les y remarquer.

