Avec la crise énergétique en cours, la pénurie de produits pétroliers fait augmenter les prix de ceux-ci sur les marchés mondiaux, et donc à la pompe où M. et Mme. Michu font le plein de leur automobile. Bien entendu, les compagnies pétrolières voient leurs profits augmenter en conséquence, leurs coûts de production étant plus ou moins stables et leurs prix de vente se trouvant à la hausse, au moins provisoirement.
En France il existe une compagnie pétrolière quasiment unique, TotalEnergies qui a progressivement racheté tous ses concurrents nationaux et s’est constituée désormais en compagnie globale investie dans tous les domaines du pétrole : exploration, extraction, raffinage et distribution à travers le monde, et a même investi dans les énergies renouvelables et le gaz. C’est une multinationale assez classique qui semble plutôt bien gérée. En 2025 ses comptes consolidées affichent un chiffre d’affaires de 201 milliards d’USD (contre 237 en 2023) et un profit de 13 milliards, ce qui donne donc une marge nette sur les ventes de 6,5%.
Evidemment les comptes 2025 ont été clôturés avant les effets favorables de la crise pétrolière déclenchée en février 2026 (guerre menée par la coalition américano-israélienne contre l’Iran). Les comptes 2026 seront probablement meilleurs, à moins d’une catastrophe d’ici la fin de l’année.
Pour une partie de la classe politique et des citoyens français, une compagnie pétrolière, qui plus est multinationale, même si le siège de sa holding est enregistré en France (à Paris-La Défense), affichant plus de 200 milliards de ventes et un profit qui se compte en dizaines de milliards est rapidement classée dans la catégorie honnie des exploiteurs du peuple qu’il convient de taxer largement pour redistribuer l’argent qu’elle a « volé » et qui revient au peuple. C’est près de deux siècles de philosophie marxiste qui a lentement infusé l’imaginaire français depuis que Karl Marx s’est installé à Paris où commence sa longue amitié avec Friedrich Engels qui produira une œuvre philosophico-économique qui marque encore certains pays, dont la France.
En matière de fiscalité la compétence est nationale, l’imposition concerne les entités légales enregistrées sur le territoire de l’Etat qui impose. Les groupes ne sont pas une unité fiscale reconnue. L’impôt affiché dans les comptes consolidés du groupe n’est que l’agrégation des impôts payés dans les différents pays où le groupe exerce une activité. Pour TotalEnergies cette agrégation donne 9 milliards d’impôts en 2025 soit un taux de 40% de son profit brut. Mais cet impôt a surtout été réglé aux Etats où le groupe produit du pétrole (Gabon, Nigeria, Emirats Arabes Unis, etc.), très peu en France où les activités de raffinage sont déficitaires. Hélas on ne produit plus de pétrole en France. Pour mémoire le taux d’impôt sur les sociétés en France est de 25% au taux normal, 15% au taux réduit, contre 40% payé mondialement par TotalEnergies.
Ainsi, le parlement français a instauré en 1992 une C3S (contribution sociale de solidarité), qui impose les entreprises réalisant plus de 19 millions d’EUR de ventes hors taxes à un taux de 0,16% sur le chiffre d’affaires (et non sur le bénéfice donc même une entreprise déficitaire paye cette contibution) afin de participer au « financement de l’assurance vieillesse ». Cette taxe sur la production est toujours en vigueur aujourd’hui.
En 2025 la loi de Finance a créé une « Contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises » réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 1 milliard d’euros. Cet impôt « exceptionnel » a été reconduit pour 2026 mais appliqué à partir d’un seuil élevé à 1,5 milliard de ventes. Les taux sont significatifs :
- Taux de 20,60 % de la moyenne de l’impôt sur les sociétés des deux derniers exercices pour les chiffres d’affaires compris entre 1,5 milliard d’euros et 3 milliards d’euros,
- Taux de 41,20 % de la moyenne de l’impôt sur les sociétés des deux derniers exercices pour les chiffres d’affaires supérieurs à 3 milliards d’euros.
Au niveau des particuliers on ne cite plus la légendaire CRDS (Contribution au remboursement de la dette sociale) créée « provisoirement » par le gouvernement Juppé en 1996 pour financer la dette de sécurité sociale transférée à une CADES (Caisse d’amortissement de la dette sociale) crée elle aussi pour l’occasion. Cette CRDS a été reconduite depuis à chaque échéance périodique depuis 30 ans. Comme le déficit de la sécurité sociale est devenu récurrent, la CADES est régulièrement dotée avec la dette sociale qui y est transférée car les cotisations sociales seules ne permettent plus de l’apurer et qu’il faut bien rembourser, d’où la CRDS « provisoire ».
Et ce ne sont que quelques exemples parmi bien d’autres du système fiscal d’un Etat qui a perdu le contrôle de ses dépenses publiques depuis deux ou trois décennies. Comme il faut bien financer celles-ci il faut lever l’impôt à hauteur des dépenses.
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Si l’on osait résumer la philosophie marxiste en une phrase on pourrait dire que pour Marx, si une entreprise capitaliste fait un profit c’est qu’elle « vole » le travailleur (en le rémunérant insuffisamment) ou le client (en lui vendant trop cher), voire les deux. Les capitalistes s’approprieraient une part indue de la valeur ajoutée. Au XXIe siècle quelques intellectuels et économistes diffusent encore cette théorie qui est bien reçue en France. L’arme absolue fut un temps de nationaliser ces entreprises pour les « rendre au Peuple ». C’est ce qui a été pratiqué en 1981 après l’élection d’un pouvoir de gauche à Paris. Puis, devant les résultats peu probants de cette tactique, on a dénationalisé. Au XXIe siècle il n’y a plus grand monde pour prôner la nationalisation en revanche, la nouvelle arme fourbie par les « progressistes » est la taxe sur les « surprofits ».
Le refrain sur la « taxe des surprofits » est de nouveau entonné ces dernières semaines. Pourquoi pas si une loi de finances intègre une telle taxe. La difficulté technique sera de définir ce qu’est un surprofit ? Faut-il définir le seuil à partir duquel un profit devient « surprofit » en volume (EUR) ou en pourcentage du chiffre d’affaires ? Définira-t-on alors un « sous-profit », seuil en deçà duquel l’impôt serait inférieur au taux « normal » ? Ce qu’envisagent les taxeurs compulsifs serait un impôt sur les sociétés « progressif » comme cela existe déjà pour les particuliers. C’est complexe à faire fonctionner. Dans le cas de TotalEnergies, est-ce la France envisagerait de taxer aussi les profits réalisés au Qatar, par exemple, en plus des impôts déjà payés à Doha par les filiales de TotalEnergies dans ce pays ?
Les entrepreneurs, gros, moyens et petits, estiment qu’une telle proposition aurait des effets néfastes sur l’économie nationale. Les marxistes estiment que ce serait un impôt « de justice ». C’est un dialogue de sourds qu’il ne sert pas à grand-chose de mener tant le sujet est complexe et pollué par l’idéologie. Si les citoyens veulent diriger le pays vers un tel système il existe une offre politique en ce sens. Il suffit de la porter au pouvoir démocratiquement et les Français verront alors les conséquences de leurs votes. Il semble toutefois qu’il n’existe pas vraiment de majorité politique en ce sens pour le moment.
Et si demain l’Etat français veut créer une compagnie pétrolière nationale qui ne ferait pas de profit pour avantager les consommateurs nationaux et les travailleurs, il suffit de le décider et de la financer dans le budget de la République, puis de la gérer pour atteindre ses objectifs fixés par l’Etat. Cela a été fait dans les années 1950/1960 avec la création de l’ERAP (Entreprise de recherches et d’activités pétrolières), compagnie d’Etat, qui explorait et exploitait le pétrole alors disponible en Aquitaine. Cette société est devenue ELF dans les années 1970 avant d’être rachetée en 2000 par… Total, devenu TotalEnergies dans la foulée et qui réaliserait aujourd’hui des « surprofits » à taxer !

