Les incendies actuels qui dévastent la France en Gironde ont causé la mort de trois pompiers alors qu’ils luttaient contre le feu. Ce bilan est communiqué par l’administration française et on n’a pas vraiment les moyens, ni l’envie, de les contester. Mais dans les dîners en ville la rumeur va bon train et Mme. Michu assène qu’il y a « certainement plus de trois morts » et que, comme le chantait Jacques Dutronc dans les années 1960 :
On nous cache tout, on nous dit rien
Plus on apprend plus on ne sait rien
On nous informe vraiment sur rien
On nous cache tout on nous dit rien
On nous cache-cache et cache-tampon
Colin-maillard et tartampion
Ce sont les rois de l’information
Ces doutes sont fondés sur la conviction de Mme. Michu et il est difficile de la contredire car elle n’entend aucun argument tant elle est persuadée qu’« on nous cache tout ». Toute communication officielle est mise en doute dans une espèce de foi inébranlable qu’un gouvernement ne peut que mentir au peuple pour dominer et durer. Le fait que des journalistes professionnels sont censés vérifier les informations qu’ils diffusent ne change rien puisque cette corporation est mise dans le même lot que les dirigeants : des menteurs.
Ces mêmes incendies font aussi revenir le sujet du réchauffement climatique comme une des raisons possibles de leur aggravation. Les sceptiques avancent que, certes il existe un consensus scientifique pour l’attester, mais que, d’un autre côté, la planète a connu de tous temps des périodes de réchauffement alors « ce n’est peut-être pas si grave ». C’est la toute la perversion du raisonnement : opposer une rumeur à la rigueur scientifique ou journalistique.
Et d’ailleurs, même certains médias établis ont tendance à contester toute communication officielle, quelle qu’en soit le sujet, confondant le Café du commerce avec l’information sourcée, arguant de la liberté d’expression pour justifier leur absence de travail journalistique. A cet égard on se souvient des positions des médias du groupe Bolloré durant la crise sanitaire de la Covid, instillant des doutes sur la nécessité des vaccins, ou, encore aujourd’hui, voulant à tout prix mettre en doute l’impact des actions humaines sur le réchauffement climatique, « je ne conteste pas le consensus scientifique mais… ».
Le niveau d’abrutissement général de la population, à la hausse, largement favorisé par la sanctification du fouteballe, et la contestation de plus en plus insidieuse de la démocratie font prospérer la rumeur au détriment de l’information. C’est notre société d’aujourd’hui, celle que nous construisons pour nos enfants. L’avenir dira s’ils nous le reprocheront un jour ou si, au contraire, ils se vautreront dans le populisme qui leur tend les bras.

